J'aime dessiner. Je le ferais plus souvent si le temps m'y autorisait.
Le temps, ce voleur, lors d'un sursis accordé il y a peu, m'a donc permis pour la première fois, de poser sur la feuille des images du Légendaire qui attendaient ma main pour vivre.
Car j'aime aussi l'univers de Tolkien (pour ceux qui auraient des doutes).
Il a su non seulement créer un monde sur le papier, mais également dans le cour et l'esprit de ceux qui laissent l'Enchantement agir.
Au fil des lectures, les images se forment, certaines sombres comme un esprit de mort qui rôde et d'autres chaleureuses et pleines d'une émouvante clarté.
Les mots de Tolkien, toujours simples, agissent sur la pensée, comme la vague sur la plage, par ses allers et retours, en une douce caresse, imprime des ondulations sur le sable.
Lorsque la vague se retire, il reste des figures, des coquillages aux multiples couleurs ou bien ternes mais à l'aspect toujours rehaussé par l'eau qui soit les fait luire, soit les rend plus sombres.
La vague revient, avec son lot de coquillages, son lot de formes et de figures et de couleurs.
Lorsqu'elle se retire à nouveau, rien n'est totalement changé, rien n'est totalement identique. La perception est différente, mais l'Enchantement est le même.
Et il arrive que celui qui marche le long de la plage, l'eau jusqu'aux chevilles, cherche à graver cet instant dans sa mémoire ; ainsi, loin de l'océan enchanteur, il conservera précieusement une image à défaut de la brise sur le visage et de la mélodie à ses oreilles.
Peut-être que la musique de Tolkien est déjà pour moi aussi puissante que la voix de Billie Holiday ; cette voix capable de générer en moi aussi bien l'envoûtante image de Lady Day avec ses fleurs de gardénia glissées sur son oreille gauche que celle, repoussante, d'un arbre sombre aux « fruits étranges ». Toujours la même voix, jamais la même voix. Toujours le même charme.
Une chose est certaine ; je ne me lasserai jamais des deux respirations de l'âme : le dessin et le chant de la vague sur la plage.
Jean-Philippe Qadri,
alias Sosrko,
décembre 2003.