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Le Précepteur

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 174: Les sartois .4.
(par michele huwart, ajouté le 18/01/05 12:50)


Il aurait voulu rentrer sous terre. C’était lui-même, pourtant, qui avait autorisé les enfants à questionner Gradian à son sujet. Un Gradian qui continuait sur sa lancée…
- On aurait tout aussi bien pu l’appeler « Messire Comment ? » ou « Messire c’est quoi çà ? ». Il n’arrêtait pas. Et il retenait tout, absolument tout ce qu’on lui disait. J’ai rarement vu un gamin aussi précoce, aussi. A à peine deux ans, il parlait comme un petit avocat…
- Gradian, s’il vous plaît ! tenta d’intervenir Königar. En vain…


Elle était entrée dans la pièce. Suivie par une femme d’âge mûr, d’aspect sévère, et tout de noir vêtue. Elle. Aveline…
Elle l’avait salué d’un sourire. Avait présenté des excuses concernant son « envahissant petit monstre ».
Elle s’était approchée de l’enfant.
- Viens, Köni, avait elle dit. Il est temps de laisser Gradian travailler. Et defaire ta sieste.
Le bambin l’avait regardée, un air de défi dans les yeux.
- Suis pas fatigué, avait-il répondu. Et m’amuse bien, avec G’adian.
- Allons, Altesse ! avait réprimandé la femme en noir. Obéissez.
Mais Aveline s’était accroupie auprès de son fils.
- Si Köni n’est pas fatigué, il pourrait ranger ses blocs dans le chariot, n’est-ce pas ?
L’enfant avait opiné. S’était mis à récupérer les cubes de bois aux quatre coins de la pièce. Et à les ranger dans le petit chariot en chantonnant.
- Que dis-tu, bébé ? s’était soudain étonnée la princesse. Sa princesse…
Il avait brandi le jouet vers sa mère.
- Köni dit « c’est un A ».
C’était effectivement un « A ».
- Et çà ? lui avait demandé Aveline en riant.
Le petit avait froncé les sourcils.
- Sais pas. G’adian l’a pas enco’e dit .
- C’est un « F ». Fffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffff .
Elle avait soufflé sur le visage du petit prince, qui s’était esclaffé. Puis s’était tournée vers lui.
- Et bien, Gradian, avait-elle dit, sérieuse, te voilà précepteur royal, à présent !


Gradian n’en finissait pas ! Heureusement, songea Hunter, qu’il omettait les noms propres, lorsqu’il racontait. Il n’était question que du « petit » et de Dame sa Mère. Mais même comme çà… Le précepteur regarda subrepticement les convives suspendus aux lèvres du Grand Intendant. Sauf Bron, qui devait comme tout habitant du château ducal avoir entendu cette histoire des dizaines de fois. Et qui continuait à regarder sa bière d’un air dégoûté, sans oser demander autre chose à boire. Hunter se leva donc, prit un gobelet sur le buffet, le remplit d’eau fraîche, et le posa devant le garçon. Qui remercia en rougissant, ahuri de se faire servir par le propre petit-fils de son maître. Pire. Par son roi légitime. Même s’il ne devait pas faire mention de qui était vraiment « Messire Hunter ». Sa seigneurie le Duc lui avait ben fait la morale à ce sujet…
- Tu n’es pas obligé d’aimer la bière, Bron ! lança Hunter d’une voix qui se voulait enjouée, mais qui était, de fait, tendue. Et, s’il vous plaît, Gradian ! Arrêtez d’exagérer à mon sujet.
- Sauf votre respect, Messire, répondit l’Intendant, vous savez parfaitement que je n’exagère pas. Par contre, la bière n’est pas pour me déplaire, à moi. Et j’ai soif !
Ce fut Galea qui le servit. Avec une lueur étrange dans le regard.

- Ainsi, fit remarquer plus tard la jeune fille au précepteur, c’est çà. Le truc des blocs de bois. C’est ainsi que vous avez appris à lire.
Il acquiesça.
- Que vous avez appris tout seul, ou presque.
- C’est ce que raconte Gradian. J’ai l’impression qu’il m’a quand même beaucoup aidé.
- Et vous aviez deux ans à peine ? Pas mal…
- Je ne m’en souviens pas, Galea. J’ai seulement entendu cette histoire un peu trop souvent à mon gré. Ce dont je suis sûr, par contre, c’est que je ne me souviens pas de ne pas avoir su lire. C’était, comment dire… naturel, à mes yeux. Comme de respirer.
- Naturel !
Elle prit un air espiègle. Fit voler sa chevelure en se retournant.
- Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !
Et elle s’engouffra dans l’escalier.



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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.