Chapitre 229:
Tourments nocturenes.2.
(par
michele huwart, ajouté le 15/06/05 12:35)
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Elle aurait voulu lui dire "non". Elle aurait voulu lui dire qu'elle ne craignait rien. Rien de rien. Elle aurait voulu se montrer forte. Impassible, comme elle pouvait l'être, parfois... Mais c'était faux. Et elle n'avait aucune envie de lui mentir. - Un peu, avoua-t-elle, troublée. Un peu. Je n'ai pas vu Ferrand depuis... depuis sa demande. Je reconnais... Elle aurait voulu se trancher la gorge, plutôt que d'accepter ce qu'elle allait dire à l'homme qu'elle aimait... Mais elle ne se trancha pas la gorge. Elle parla. - Je reconnais, reprit-elle, que je l'aime profondément. Mais, vous le savez mieux que quiconque, ce qu'on appelle communément l'amour, c'est pour un autre que lui que je le ressens. Elle aurait pu dire "je vous aime". Elle s'en abstint. - Je ne sais pas comment je vais réagir en sa présence. De tout coeur, j'espère que ce sera "bien". Il serra tendrement sa main. Tendrement... - Ce sera bien, ma douce, concéda-t-il à contre-coeur. Ce sera bien. Et vous serez heureux, ensemble. Heureux... ? D'un geste, elle chassa cette allusion au bonheur. Le bonheur n'était pas pour elle. Le bonheur n'était pas pour Galea de Lammermoor... Peu importait, après tout. Elle n'avait jamais rêvé du bonheur. Ils se mirent à parler, de choses et d'autres. Jusqu'au moment où la conversation vint à porter sur le bal à venir. Et ce bal, ainsi que ce qu'elle projetait d'y faire, sur son idée à lui, elle ne le redoutait pas du tout. - Etes vous sûre d'en avoir la force, Galea ? s'en fit le jeune homme. Vous savez, vous pouvez toujours reculer... Elle redressa la tête, fière et belle comme jamais. - Reculer ? demanda-t-elle. Mais pourquoi, Hunter ? Je ne risque rien. D'ailleurs, fit-elle avec un petit rire, je serai simplement moi-même. Galea la peste. Galea l'enquiquineuse. Et je parie que ce sera tout juste si le comte Raymond et son épouse me remarqueront. Il la contempla longuement. Il aurait voulu lui hurler son amour, mais, à la place, il se contenta de l'avertir. - Je suis sûr du contraire, Damoiselle. Vous allez être le caillou dans l'engrenage. Celle qui empêchera la fête de Guelen d'être parfaite. Et il en sera d'autant plus fâché que vous êtes sa future nièce. Ne l'oubliez pas. Elle le baigna de son regard bleu, et haussa les épaules. - Alors, tant mieux, affirma-t-elle. Je ne crains ni Guelen, ni les siens. D'autant que je serai entourée par ma famille, et mes amis les plus chers. Königar confirma, en ajoutant qu'elle pourrait certainement compter sur le soutien du prince Guilhelm et de son épouse. Elle eut un sourire carnassier. - Cà, çà mettra vraiment le comte en rogne contre moi. Le fait de recevoir le soutien du fils de "l'usurpateur". - Et vous n'avez pas peur ? s'enquit-il à nouveau. - De Guelen ? Non. J'espère seulement que mon attitude ne le montera pas trop contre Ferrand. En ce qui me concerne, j'ai d'autres sujet de crainte, croyez, moi. Contre toute attente, des larmes emplires ses yeux, et se mirent à couler sur ses joues. - Galea ? s'inquiéta Königar, surpris. Galea, çà ne va pas ? Elle aurait voulu lui dire que si, que tout allait bien. Elle n'en eut pas le courage, et fit "non" de la tête, enfouissant son visage dans ses mains. - J'ai peur, sanglotta-t-elle doucement. J'ai peur de mourir avant... avant de... Non, Hunter, j'ai peur de mourir tout court. Il l'attira contre lui, et la pris dans ses bras, sans mot dire. Car il n'y avait rien à dire. Il ne pouvait pas la rassurer. Il ne pouvait lui dire qu'elle ne risquait rien. C'était faux. Il le savait autant qu'elle. Il se contenta donc de la serrer contre son coeur, avec tout l'amour du monde.
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