Chapitre 246:
Le bal du Printemps.4.
(par
michele huwart, ajouté le 20/07/05 00:22)
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- A moi ? s’étonna l’adolescente. - A vous, oui. Voyez-vous, expliqua-t-elle, les médecins du palais royal prétendent que je ne suis pas faite pour être enceinte. C’est ridicule, bien sûr. Je dois cependant reconnaître que depuis que mon bébé grandit en moi, je me sens plutôt mal fichue. Vous avez dû vous en rendre compte cet après midi. Galea opina. - Bref, reprit la princesse, ces satanés guérisseurs ont mis dans la tête de mon époux bien-aimé que les eaux de Berck me feraient le plus grand bien. Et je me disais… vous n’êtes pas très en forme, vous non plus. Les Eaux de Berck ont des vertus quasi-miraculeuses. Cela vous ferait-il plaisir de m’y accompagner. La jeune paysanne éclata d’un rire cristallin, alors que son visage exprimait à la fois l’incrédulité, et une forme de condescendance. Elle finit par s’excuser auprès de Bathilde, et tenta de lui faire comprendre que ce qu’elle lui suggérait était rigoureusement impossible. - Ne le prenez pas mal, ma Dame, lui dit-elle après avoir repris son sérieux. Je commence à beaucoup vous aimer, mais… nous ne vivons pas dans le même monde. Les miens et moi-même devrions travailler dix ans, pour pouvoir me payer ne serait-ce qu’une semaine dans un des établissements de Berck. Sans compter qu’ils sélectionnent leur clientèle, et que je suis loin de correspondre à leurs critères. Bathilde, cependant, la détrompa. - Non seulement, ces soi-disant critères sont une infamie à laquelle mon beau-père devrait songer à mettre fin, mais vous y correspondez bel et bien, Galea. Depuis ce soir, du moins. Vous n’êtes plus la fille obscure d’un hobereau de province, la fiancée tout ce qu’il y a de plus officielle de l’écuyer personnel du prince héritier. Et si vous consentez à m’accompagner, vous le ferez en tant que demoiselle de compagnie. Elle insista. - Ma demoiselle de compagnie. Et les frais de votre séjour seront entièrement couverts par la couronne d’Otrante. Galea porta sa main à la bouche, et resta un long moment sans voix. « La couronne d’Otrante », songea-t-elle, « la couronne honnie d’Otrante ». Sa tête se mit à tourner plus fort. Elle réussit finalement à articuler « Pourquoi » ? « Pourquoi moi ? » - Parce qu’apparemment vous en avez besoin, soupira la princesse. Et parce que je suis profondément égoïste. J’aimerais avoir à mes côtés une personne normale, sensée, au milieu de ce panier de crabes prétentieux qu’est Berck. Et il me semble que vous êtes une personne normale et sensée. - Peut-être, balbutia la jeune fille. Je ne l’ai pourtant pas toujours été…
Hunter se trouva soudain auprès d’elles. Galea leva son visage pâle vers le précepteur, et le baigna de son regard unique. - J’aimerais rentrer à l’auberge, quémanda-t-elle doucement. Pourriez-vous me ramener ? - Ca ne va pas ? s’inquiéta le jeune homme. Vous avez l’air défait… - Je suis épuisée, admit-elle, mais je ne veux pas alarmer ma mère. Vous voulez bien me raccompagner ? Il la prit par les épaules. Elle salua la princesse, et la remercia de son offre. Bathilde lui promit de passer la voir dès le lendemain. - Quelle offre ? questionna Hunter. - Je vous expliquerai demain, répondit-elle en réprimant un bâillement. Ils croisèrent Ferrand et Maury. Le jeune prince se proposa pour « réquisitionner » un cabriolet, tandis que son ami prit gentiment sa promise par la main. Dans la voiture, Ferrand attira la jeune fille contre lui. Elle se laissa aller, somnolente, sur l’épaule de son fiancé, en tendant la main,vers Königar, qui s’en saisit. Elle se sentait mal, et pourtant si bien. Ses yeux se fermèrent d’eux-mêmes, et elle s’endormit, entourée des hommes qui l’aimaient, et qu’elle aimait en retour, chacun à sa façon.
Thorwald s’enroula dans sa couverture rêche. Il avait froid. Il était fatigué, épuisé, même. Il luttait pourtant contre le sommeil. Sans raison particulière. Sauf, peut-être, de se trouver en communion avec les siens, avec les Puissances, avec la création toute entière. Il ne disait rien, préférant prier en silence, alors qu’au dehors, dans le Monde, que certains appelaient « réel », mais qui n’était pas plus réel que cette cellule obscure, les bals et les fêtes déversaient leurs musiques et leurs lumières sans tenir compte des chagrins et des deuils. Il ferma les yeux, ce qui ne faisait rigoureusement aucune différence, sauf dans son âme. Il tendit son esprit, non pour utiliser le don, mais pour atteindre autre chose. Une dimension différente. Supérieure, peut-être. Il eut plus froid, encore, et le sommeil le prit.
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