Chapitre 262:
Réveils.2.3.
(par
michele huwart, ajouté le 08/09/05 16:07)
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Cette simple perspective lui glaçait le sang. Il aimait bien le roi Géraud. I se serait fait tailler en pièces pour Bathilde et Guilhelm. Mais Aube était froide. Elle était imbue d’elle-même et de son rang. Il y avait en elle, aussi, une forme d’ambition dangereuse. Eut-elle été un homme, il l’aurait bien imaginée tel Guibert le Soudard, l’envahisseur d’Hamerland. L’homme qui avait brûlé lui-même la princesse Brigitte sur la place Royale de Marbourg. Il ne voulait pas épouser Aube d’Otrante.. Il se leva, tira les tentures. Bleu nuit. C’était Layna, se souvint-il qui les avait choisies, lorsque son père l’avait jugé en âge de quitter la nursery. « Layna… », murmura-t-il. « Maman… » Elle lui manquait. Il aurait aimé se réfugier dans ses bras, comme il le faisait, petit garçon. Depuis Guelen, même s’il le cachait bien, il avait besoin de réconfort. Il se recoucha, s’enfouissant sous les couvertures. Il tira l’édredon par-dessus sa tête, et ferma les yeux. La tension accumulée tout au cours du voyage s’échappait maintenant en une migraine pulsatile qui lui donnait la nausée. Il avait l’habitude d’organiser les déplacements princiers, et cette partie de son travail lui plaisait. Elle lui plaisait d’autant plus, à présent, que Ferrand s’occupait désormais de la gestion financière, corvée pour laquelle lui-même se sentait peu doué. Cette fois, ç’avait été différent. Il n’en avait rien dit à son père, mais l’hostilité lourde, palpable, de Guelen et de sa famille à l’égard de Guilhelm l’avait profondément ébranlé. Il n’avait pu se défaire d’une crainte profonde, qu’il avait d’abord jugée irraisonnée, mais qui à la réflexion ne l’était pas tant que ça. Ces gens étaient dangereux. La jeune fille sans doute moins que les autres, mais… « Il faudra que j’en discute avec Ferrand », se dit-il. « Sérieusement. Mais pas maintenant. Pas tout de suite. J’ai bien trop mal à la tête. Oh… maman… pourquoi es-tu partie… j’ai tant besoin de toi… » Il sombra dans un sommeil lourd, agité.
- Votre Grâce ? - Hein ?, marmonna-t-il en se frottant les yeux. Un domestique se tenait à côté du lit. - Sa Grâce votre père vous fait dire que le dîner sera servi dans une heure environs. Je me suis permis de vous préparer un bain, et de sortir des vêtements du coffre. S’ils ne sont pas à votre goût, je… - Peu importe, Gontrand… La lumière entrait à flots dans la chambre. Ce n’était pas la lumière violente du soleil de midi. Elle blessait néanmoins ses yeux douloureux, et relançait ses maux de tête. - S’il vous plaît, commanda-t-il, pourriez-vous refermer les tentures. Celles de la salle de bains, également. Et aller me chercher de la tisane d’écorce de saule, aux cuisines. Il prit sa tête douloureuse entre ses mains. Il ne fallait pas, surtout pas, que son père s’inquiète pour lui. - Votre Grâce ne se sent pas bien ? s’enquit le domestique. Maury secoua la tête. - Ce n’est rien, Gontrand. Juste une migraine sans importance. Mais je tiens à faire bonne figure lors du dîner. Un bain me fera certainement du bien. Le domestique ferma les tentures, salua, et sortit. - Il faut absolument que j’interroge Ferrand au sujet de son oncle, songea-t-il à nouveau, avant de se laisser aller dans l’eau tiède.
Aëlia vérifiait l’assaisonnement de la porée lorsque sa fille aînée parut, enveloppée dans sa robe de chambre, dans la cuisine. Elle voulut la renvoyer au lit, mais Galea haussa les épaules, s’assit, et se versa un bol de cidre. - Je n’ai plus sommeil, maman. Inutile que je passe mon temps à tourner et me retourner dans mon lit. Ca m’énerve plus qu’autre chose. Elle saisit une quenouille que Rita avait laissée sur la table, et se mit à filer machinalement. Son petit frère vint s’asseoir à ses côtés. - Dis Galea ? - Oui, Val ? répondit-elle distraitement. - C’est quoi, une espérience mistisque ? - Une expérience mystique, le reprit Grace. Dis, tu vérifieras ma broderie ? Galea leva les yeux sur les petits en fronçant les sourcils. - Après le dîner, Grace. Qu’est-ce que c’est que ces questions au sujet d’expérience mystique. - Ben, expliqua Val en grimaçant, et en écartant les bras, c’est le Frère Orren. Il a dit que Hunter et toi vous aviez fait un truc comme ça. Moi, je vous ai juste vu avoir froid et tomber dans les pommes, alors… Elle éclata de rire, fit semblant de ronchonner. - D’abord, je ne suis pas tombée dans les pommes, Val. Et puis, quitte à employer des termes pareils devant vous, Frère Orren aurait dû aussi vous les expliquer. C’est son rôle, après tout, de parler de ces choses-là. - Il n’avait pas le temps, expliqua Grace. Il a parlé un peu avec Quantor. De toi. De trucs qu’on n’a pas compris. Puis il a dit qu’il devait partir, parce qu’il n’y avait personne au temple et que les cloches avaient sonné toutes seules. Galea posa sa quenouille, mit les coudes sur la table, le menton sur ses poings fermés, et réfléchit longuement.
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