Chapitre 424:
Le Roi d'Otrante.2.
(par
michele huwart, ajouté le 19/05/07 14:20)
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- Papa…Aron est mort, Papa. On m’a dit… c’est Edmond qui… Il ne pot continuer. Ormond le serra plus fort. Son fils. Son fils à lui était vivant. Sa fille à lui, même malade, était vivante. Il avait gardé ses enfants. Ce n’était pas le cas de tous les pères. Il allait sombrer dans le sommeil, lorsqu’une voix le sortit de sa torpeur. Pour être celle d’un roi, elle n’en était pas moins celle d’un père éploré. - Messire Ormond de Lammermoor ? Il acquiesça, se leva lentement, gauchement, tout comme son fils. - Je suis au… Géraud l’interrompit. - Pas de ça ce soir, Ormond. Pas ici. Je ne vous parle pas en tant que monarque. Je voulais seulement vous dire merci. Merci ? Pourquoi ? Pourquoi particulièrement à lui ? D’autres en avaient fait autant. Plus. D’autres l’avaient payé bien plus cher. - Pour l’enfant. C’est vous qui avez mis mon petit-fils au monde. L’enfant… l’enfant de Bathilde… - Comment va-t-elle ? s’enquit-il précipitamment. Le Roi soupira. Des guérisseurs de la Guilde s’occupaient de la Princesse. Ils ne pouvaient encore se prononcer quant à sa survie. Quant à celle de son époux non plus. - Ils vivront, fit la voix de Quantor, à peine audible. Le Roi regarda fixement le jeune garçon. Il souvenait vaguement de lui. Le frère de la petite Galea. Celui que Königar avait choisi comme écuyer personnel, au mépris de toutes les convenances et les traditions. Comment ce petit campagnard pouvait-il se montrer aussi affirmatif alors que les médecins de la Guilde émettaient un pronostic plus que réservé, pour le Prince comme pour son épouse ? - J’étais auprès de lui, Majesté. De Hun… de Sa… - Donne-lui le nom que tu veux, mon garçon… … il se souvenait de lui, mais pas de son prénom… - … mais pas Sa Majesté. Pas aujourd’hui. Pas aujourd’hui. Pas après « ça ». - Et explique. Intimidé, Quantor ravala sa salive. Et parla. - Je… j’étais auprès de Hunter. Il tenait les mains de votre… de Son Altesse. Il parlait un peu, avec quelqu’un qui n’était pas là. Je crois que c’était ce prêtre, l’ami de ma sœur. - Thorwald ? Le garçon fit « oui » de la tête. - Thorwald, c’est ça. Hunter l’aidait à soigner Son Altesse, comme ma sœur l’a déjà fait. Elle… - Je sais ce dont ta sœur est capable, fit le Roi, agacé et fou d’inquiétude. Abrège, et viens en aux faits. Quantor rougit, contrit. - Il a dit que votre fils était sauvé. Qu’il ne fallait surtout pas essayer de le réveiller, ni Bathilde mais que… Il hésita. Guilhelm vivrait, certes. Mais… Il prit une profonde respiration. - Mais que… Il ne marchera plus jamais, Majesté. « Non » rugit l’esprit de Géraud à l’intérieur de sa tâte. Non ! Ce ne pouvait pas. Son fils ne pouvait pas être infirme à vie. Il était son successeur. Il serait Roi. Il venait d’être père… Père ? Retenant ses larmes, le souverain remercia Quantor, et s’adressa à nouveau à son père. Guilhelm vivrait. Guilhelm ne marcherait plus jamais. Et il y avait le bébé. - Par ici, Majesté. Ormond souleva délicatement le manteau qui recouvrait sa fille endormie et le nourrisson blotti contre son sein. Le Roi approcha, les contempla longuement. Il caressa tendrement la tête minuscule du petit prince, le bénit silencieusement, et remonta la couverture improvisée sur lui et sa mère de substitution. - Merci, Ormond, dit-il à nouveau. Merci à vous… et à elle. Votre fille est quelqu’un de très particulier, Lammermoor. Ormond ne put démentir. Elle était particulière, oui. Et particulièrement obstinée. Ce qui lui valait d’être là. - Mais aussi particulière soit-elle, elle n’a pas de lait.. « Caylen » songea Ormond. - Et sans lait, mon petit-fils mourra. Bathilde n’est pas en état de le nourrir. Elle a les deux bras brisés, et elle est dans le coma. - Il ne doit pas manquer de femmes allaitantes à Marbourg, suggéra Lammermoor. Géraud lui lança un regard sombre et lui lança, plein d’animosité : « Vous croyez que je pourrais avoir encore confiance en une Hamerlandaise, après ce qui s’est passé ? » - N’avez-vous pas confiance en ma fille ? Et dans le jugement de ma fille ? Le Roi resta coi. Cet homme, épuisé et passablement désorienté par ce qu’ il venait de vivre lui tenait tête, à lui, le puissant souverain d’Otrante et d’Hamerland ! - N’y a-t-il aucune personne à la Citadelle Rouge ayant un bébé en bas âge, et disposée à partager son lait durant quelques jours ? A partager son lait en attendant la venue dune nourrice de confiance ? - Vous avez une idée derrière la tête, n’est-ce pas ? soupira le Roi. - Ce n’est pas mon idée, Majesté. C’est l’idée de ma fille.
Lehan remercia le prêtre-guérisseur. Le petit était toujours sans connaissance, mais il se remettrait. Il se remettrait physiquement, même si cela prendrait du temps. Pour le reste… Pour le reste, il devrait se remettre aussi. Ce qu’il avait vécu n’était qu’un début. Un hors d’œuvre atroce de ce qui se préparait dans l’Ombre. Il aurait dû se reposer, lui aussi. Mais il en était incapable. Incapable de quitter son pupille souffrant. Incapable, aussi, d’oublier. D’oublier l’horreur. Et d’oublier, dans cette horreur, l’impossible. L’indicible. L’espérance par delà la mort. Son esprit tenait l’esprit de Thorwald lorsqu’il les avait ressenties. Puis qu’ils les avait entrevues, diaphanes. Lumineuses. Plus belles que tout. Ce n’étaient que des esprits, des âmes prêtes à quitter le monde pour s’unir aux Puissances, à jamais. Malgré elles. Un homme. Une femme. Et entre eux, l’âme pure et innocente d’un enfant qui n’avait pas vécu. Elles peinaient à partir. Elles attendaient. Elles ne s’estompèrent qu’au moment où Galea de Lammermoor protégea de ses bras le petit Garin d’Otrante.
Elle voulut résister, se dégager. Ouvrit les yeux. Crut un instant reconnaître sa mère. Ce n’était qu’une femme de la Guilde, une guérisseuse qui tentait de lui arracher Garin. - Non, gémit-elle. Non. Mon bébé, non…. Garin n’était pas son bébé. Seulement celui de sa maîtresse. Seulement l’héritier en devenir d’un des plus puissants souverains du monde. Un puissant souverain, qui avait été impuissant à protéger les siens. Elle était bien faible encore, et incapable de s’opposer à la guérisseuse, qui emporta le nourrisson, faisant place à l’un de ses collègues masculins, qui tenta de la raisonner. - Elle doit l’examiner, Damoiselle. Comme moi, je dois vous examiner, vous. Elle ? Pourquoi elle ? Pourquoi pas Ferrand ? Pourquoi pas Köni ? Pourquoi pas d’autres ? Elle avait si peu d’importance…. - Vous êtes responsable du petit prince, Damoiselle. Vous êtes donc, de ce fait, très importante. Elle voulut s’en défendre. Elle voulut… - Laissez-vous faire. Plus tôt j’en aurai fini avec vous, plus tôt je pourrai m'occuper des autres.
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