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Chroniques d'un au revoir

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 12: Verschwinden
(par Elisabeth Laneyrie, ajouté le 02/09/07 02:28)


Les mots très durs de Michel m’ont trotté dans la tête pendant toute la durée de ces premiers troubles, et je ne suis guère sortie de chez moi. Je me suis pas mal demandée ou trouver le courage de défendre ses idées politiques, et j’en ai d’ailleurs discuté avec Daniel. Je me souviens qu’il avait rigolé.
- Avant de défendre tes idées, il faudrait que tu en aies ! Tu n’es engagée nulle part, j’imagine ?
J’étais consciente de ce défaut. Xav, lui, n’avait pas autant d’état d’âme. Il semblait ravi que Michel ait quitté l’hôpital, même si cela signifiait l’échec des traitements, et donc, pour moi en tout cas, sa condamnation à mort. Il passait beaucoup de temps chez les Saintnoms, et je ne les voyais pas souvent, ni l’un ni l’autre. C’est ainsi que je ne me suis pas rendue compte que mon camerounais déprimait une fois de plus. Je déprimais moi aussi, la vérité, c’est que les longues discussions de nos nuits blanches me manquaient…
Un jour de fin mars, je crois, Michel et Dan ont frappé chez moi. En voyant leur mine sombre je m’étais tout de suite inquiétée. Xav s’était disputé avec Michel voila deux jours, et avait depuis lors disparu de la circulation. Michel avait été consulter Dan, qui n’avait pas de nouvelles. Ils étaient montés plusieurs fois chez Xav, il n’y avait jamais personne. Ils avaient donc espéré le trouver chez moi. Mais je ne l’avais pas croisé depuis presque une semaine. Il était injoignable. La voiture de Dan, ainsi que son conducteur légitime, fut mise à notre disposition. Nous avons tout d’abord investit l’université. La bibliothèque ne recelait que des livres et leurs lecteurs. Michel était suffisamment inquiet pour ne pas s’y attarder. Le resto U était désert, il était à peine onze heures. Les salles informatiques furent fouillées une à une. Il n’y était pas. Nous avons alors exploré les alentours de l’université. Il aurait pu se cacher dans n’importe lequel de ces parcs, dans le jardin des plantes à côté. Chaque allée ne nous dévoilait que des mères poussant leur landau, des enfants accroupis bâtissant des routes, des ponts, des villes peuplées de fantômes, des châteaux au sable dormant et des remparts contre des ennemis imaginaires, des commères à la discussion vide de sens, des lecteurs assis sur les bancs, l’air absent le livre entre les mains, des adolescents se préparant à pique-niquer et dont nous n’entendions pas les rires. Tous les quarts d’heure, nous essayions de joindre Xav sur son portable, sans espoir car il devait l’avoir éteint. Nos montres indiquaient trois heure quand, nous avouant vaincus, nous nous sommes effondrés dans la voiture de Dan. C’étai comme rechercher un fantôme…
- Bon, on ne panique pas. Sandra, on va réfléchir chez toi, si cela ne t’ennuie pas. Comme ça nous serons en mesure de voir s’il arrive.
Nous avons suivi le conseil de Dan et nous sommes retourné chez moi.
- Nous devons avoir un moyen de savoir ou il est allé. Michel, peux-tu nous répéter exactement les termes de votre dispute ?
- C’était trois fois rien. Il voulait emprunter un disque à ma soeur, je lui ai dit que je ne pensais pas que ma mère serait d’accord.
- A priori, il aurait pu demander à ta soeur ? demanda Dan.
Michel prit l’expression d’un pâtissier à qui l’on viendrait juste de suggérer un régime.
- Tu veux dire... un des disques d’Eliane ?
Il approuva.
- Mais...
J’y perdais mon latin, visiblement Dan n’avait pas l’air de comprendre l’origine du silence qui s’ensuivit mais n’osa pas le briser.
- Maman n’a pas touché à sa chambre, les affaires ont été laissée telle quelle depuis...
...enfin, je crois bien que même le lit n’a pas été fait. J’y vais parfois, quand maman n’est pas là, pour lire un de ses livres ou écouter de la musique, mais je ne pense pas qu’elle serait ravie si quelqu’un touchait à ses affaires. Tu comprends, n’est ce pas ? C’est déjà assez dur pour elle de savoir que je ne suis pas en excellente santé, si en plus on ressort ce genre de souvenirs en ce moment... Tu dois imaginer comme c’est terrible pour elle.
Daniel restait silencieux, assis près du radiateur. Michel semblait avoir oublié sa présence.
- Est ce qu’il savait qu’Eliane s’est suicidée ?
J’entendis Daniel bouger à côté de moi mais ne lui jetais pas un regard.
- C’est ce que je lui ai dit. Il doit l’avoir mal pris, pour une raison que j’ignore, parce qu’il s’est barré à ce moment.
- Il n’a rien dit de plus ?
- Non. Mais il n’avait pas l’air de très bonne humeur ce jour là.
Nous avons attendu toute la soirée que Xav daigne se montrer mais visiblement il ne voulait pas rentrer dormir. Daniel était rentré chez lui, nous demandant de le contacter si nous avions du nouveau. Michel s’était attardé.
- Il y a quelque chose que je voulais rajouter au sujet de Xav. Mais je ne pouvais pas trop aborder ce point tant que Dan était là. Je ne pense pas qu’il ait compris véritablement qui était Xav.
- Je ne l’ai pas vraiment compris non plus, visiblement.
- Je ne crois pas que ce soit à cause de notre dispute qu’il a disparu. Je lui en ai dit plus sur la mort d’Eliane que ce que j’ai laissé entendre tout à l’heure.
- Que lui as tu dit ?
- La vérité. Ce que je t’avais raconté, tu sais ? Dans ma lettre...
Nous n’avions jamais encore évoqué ensemble cette lettre dans laquelle il m’avait révélé sa maladie, il y a plusieurs années de ça.
- Tu lui as dit que c’était de ta faute ?
Il haussa les épaules : est ce que ce n’était pas l’exacte vérité ?
- Et après ça, il est parti ?
- Il m’a regardé d’une façon encore plus étrange que d’habitude, et puis oui, il est parti.
- Tu ne lui as pas expliqué ?
- Non... mais je penses qu’il m’en veut.
- ... ?
- Sandra... Je l’imagine très bien tenter de mettre fin à sa vie.
- Ne parle pas de malheur ! J’ignore ce qu’il s’est passé mais nous allons le retrouver avant qu’il ait fait une bêtise !
- Ce n’est pas de cela que je voulais parler. Tu ne crois pas... qu’il a déjà essayé ? Après tout quand tu l’as trouvé, il n’allait pas très bien, n’est ce pas ? Qu’est ce qu’il faisait d’ailleurs sur ce pont ? Je vois très bien de quoi tu veux parler, je connais ce pont, quand j’étais gamin il y avait un jardin public avec toboggan, tourniquet et balançoire, et nous habitions à côté. Maman nous y emmenait, j’ai traversé les voies de chemin de fer je ne sais combien de fois sur ce pont ! Et j’ai entendu raconter qu’il y a longtemps, un type s’était jeté de ce pont au passage d’un train. Aussi, quand tu m’as parlé de cet endroit, ou vous vous étiez croisé, je me suis demandé ce qu’il faisait là. Et je me suis demandé pourquoi tu étais là, comme par hasard.
- Qu’est ce que tu racontes ? Je me baladais, et c’était le chemin le plus court pour rentrer chez moi ! Quant à Xav, s’il avait tenu à se foutre sous un train, il ne m’aurait pas appelé, il m’aurait laissé passer en cherchant à ne pas se faire remarquer, tu ne penses pas ?
- Pour être franc, non. Peut-être étais-tu sa dernière chance ?

Je réfléchis un instant. Des horizons nouveaux s’ouvraient. Pourquoi Michel ne m’avait-il pas parlé de cela plus tôt ? Une intuition me traversa.
- Peut-être qu’il y est retourné ?
- Ou ça, sur le pont ?
- Ca ne coûte rien d’aller voir.

Nous avons marché dans ma rue, puis nous avons pressé le pas. En vue du pont je me mis à courir et Michel m’emboîta le pas. Mais le pont était désert et rien ne prouvait que Xav fût passé par là.
- Il devrait être ici ! M’écriais-je devant l’emplacement ou il m’était apparu pour la première fois. Découragée, je me laissais tomber là, m’accroupissant à même le trottoir. Michel s’accroupit près de moi, en se mordant la lèvre inférieure de déception. Nous restâmes là, prostrés, reprenant lentement notre souffle, pendant de longues minutes. Puis subitement un changement vint. Un nuage peut-être passait devant le soleil. Mais Michel leva les yeux et laissa surgir un cri de surprise. Xav avait surgi aussi soudainement que s’il venait juste de se matérialiser dans les airs.
- Qu’attendez vous là ?
- Qui veux-tu qu’on attende ? Le passage du prochain train ? Répondis-je reprenant rapidement mes esprits, en désignant les rails qui somnolaient en bas, couverts de la rouille des années. Xav, sans répondre, sourit mélancoliquement.
- On te cherche depuis hier, Mik.
- Fallait pas. Je n’étais pas perdu...
- Non mais t’es gonflé ! Tu disparais, il pourrait t’être arrivé n’importe quoi… tu pourrais avoir été arrêté, je sais pas, ou être mort, ou à l’hôpital… tu répondais même pas à nos appels, ça sonnait dans le vide ! T’as même fini par éteindre ton portable !
- Gronde pas, gronde pas…
Il ressemblait à un gamin pris en faute. J’étais hors de moi.
- Mais ta gueule, on dirait un gosse de six ans ! Et puis, j’ai bien le droit de m’énerver…
Il se dirigea sans faire plus attention à nous vers l’extrémité du pont d’ou nous étions venus. Après avoir échangé un regard, nous lui emboîtâmes le pas. Pas une seule fois il ne s’arrêta, ne se retourna pour nous observer, ni ne nous adressa la parole avant d’être arrivé à un petit square. Il s’arrête, s’assoie sur un banc. Je me pose à côté. Michel reste silencieux, et me regarde avec anxiété.
- Ecoute, Xav, excuse moi. Mais on a eu si peur qu’il te soit arrivé quelque chose… Comment tu peux disparaître comme ça ? Pourquoi tu nous fais ça ? Est-ce que tu ne sais pas qu’on t’aime ? Ou bien, tu te fous de nous…
- Qui m’aime, ici ?
- Moi, je t’aime…
Ma respiration était presque aussi calme que la sienne. Enervée, je m’étais penchée vers lui, et je le regardais maintenant par en dessous. Il avait son visage des jours malheureux.
- Vous m’aimez comment, madame ?
- Mais je sais pas, moi…
- Peut-être que je t’aime aussi ?
- Où est passé Michel ?
Mais le regard de Xav ne se détachait pas de moi. Pourtant, Michel s’était à son tour évanoui dans la nature.
- Peut-être qu’il voulait nous laisser seuls ?
Je gardais le silence, m’abîmant dans la contemplation des graviers à mes pieds. Je ne résistai pas quand il m’attira à lui.
- Tu ne dis rien à Daniel, hein ? Et même Michel, il n’a pas besoin de savoir comment ça se finit…
- Ecoute… Tu crois pas que les choses sont un peu compliquées ?
Je retrouvais un peu de mes esprits.
- Compliquées pourquoi ?
- Et bien, tu sais…
Mais nous étions sur un banc public dans un square, et je n’avais aucune raison de m’inquiéter du futur. Les dieux étaient au repos…



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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.