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Chroniques d'un au revoir

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 3: Krankheit
(par Elisabeth Laneyrie, ajouté le 02/08/07 02:18)


J’ai reçu une lettre vers la mi novembre qui était signée Michel Saintnom.
Michel vit avec le cancer depuis l’âge de treize ans. On lui a décelé une tumeur très mal placée, et il n’a jamais été opérable. Mais son état s’étant très rapidement stabilisé, il avait continué sa vie aussi normalement que faire se peut. Tout en sachant qu’un jour il lui faudrait affronter la maladie.

Cela faisait deux ans que je n’avais pas de ses nouvelles. Quand nous nous étions quittés, le bac en poche, il allait bien. Ses parents pouvaient être fier de lui : d’origine modeste, ils avaient su déceler chez cet enfant un appétit hors du commun pour la lecture, et pour lui assurer les meilleurs conditions d’études, ils l’avaient placé dans le même lycée privé que moi. Michel ne m’avait avoué sa maladie qu’il y a un peu plus de trois ans. Mais j’étais partie étudier en France, puis mes parents s’en étaient allés rejoindre mon frère là haut, et comme toujours les amis de lycée avaient disparu dans les méandres du souvenir. Bien sur, j’avais souvent repensé à Michel, à ses terribles aveux, mais...
Et puis cette lettre est arrivée, et j’aurais préféré ne jamais avoir à la lire.

Elle commençait de façon bien banale : chère Sandra, comment vas-tu, que deviens-tu, ça fait bien longtemps etc.
« Pour ma part j’ai entamé un double cursus lettres philo à la fac, et ça ne marchait pas trop mal, mais je n’ai pas pu reprendre les cours cette année... »

A la lecture de ces mots maudits tout le passé est revenu. Le passé avec lui. Le camp Saint George. Les chansons que nous écoutions avec sa soeur... La politique... Les révoltes de la troisième. Et cette lettre, cette lettre que j’avais trouvée dans ma poche en sortant du cimetière Bételgeuse... cette lettre ou il avait écrit ce qu’il n’osait dire de vive voix de peur d’appeler le destin sur lui...
Je savais qu’il me fallait lui rendre visite. Je me suis décidée assez rapidement, et j’ai cherché sur le plan l’hôpital ou il vivait maintenant. Si on peut parler de vie... Je sortais juste, j’étais sous le porche de la résidence en train de taper le code pour ouvrir la grille quand Xav m’a abordé. Il m’a gratifié d’un « salut, c’est comment ?», puis m’a demandé ou j’allais... Et parce que j’avais si peur de ce que j’allais voir, je lui ai demandé de m’accompagner.
- Si tu n’as rien d’autre à faire bien entendu...
- Rien d’autre à faire ! Après tout, tu m’as sorti du trou, ce n’est que justice que je te rende service.
- Oui, au fait, tu t’en sors ?
- Très bien. Daniel est un prof formidable. Je déborde d’idée.
- Daniel ? Tu l’appelles par son petit nom maintenant ?
- Oh, arrête, il n’est pas beaucoup plus vieux que moi...
- Tu sais quel âge il a ?
- Pas précisément, mais il ne doit pas avoir beaucoup plus de 27 ou 28 ans, non ? Pourquoi ?
- Rien... c’est un de nos sujets de discussion favori, à l’EJP.
- Passionnant...
- Oh, ça va !
- Je lui demanderais son âge, si ça peut te faire plaisir.

Plus pâle, affaibli par le traitement, Michel n’avait pourtant pas beaucoup changé depuis le bac, mis à part qu’il portait à présent des lunettes. Nous le dérangions dans son occupation favorite : il lisait avec un intérêt stupéfiant un volume de taille considérable que je ne reconnue pas au premier abord. Nous sommes restés quelques instants près de son lit à l’observer (je vous épargne la description) tandis qu’il se rongeait lentement un ongle de la main droite. Les murs blancs de l’hôpital m’avaient impressionnée mais c’est surtout l’odeur d’éther qui m’insupportait. J’avais en fait failli m’enfuir en courant, et je l’aurais probablement fait si Xav n’avait pas été là. Mais en voyant mon ancien camarade de classe dans sa posture préférée, dont le comportement m’était si familier, j’ai esquissé un sourire. Nous aurions aussi bien pu ne pas être là.
- Je vois que tu n’as pas changé.
- Heinkoi ?
Il redressa le regard et en me voyant, prit une expression coupable.
- Tiens, salut Sandra. J’aurais du m’y attendre... Comment ça va ?
- Bien... Qu’est ce que tu lis de beau ?
Son air contrit s’accentua. Il referma le bouquin et je distinguai stupéfaite le dernier volume d’Harry Potter.
- Au moins t’as pas perdu ton temps en fac de lettre... Tiens, je me suis permise de venir avec un copain. Xav Geister est dans la même résidence universitaire que moi, et il prépare sa thèse de doctorat.
- Condoléance. Tu t’appelles Geister...
- Oui, pourquoi ?
- Rien...
Ils se saisirent mutuellement la main, mais je distinguai l’espace d’un instant une expression étrange sur le visage de Michel. Une expression que je l’avais déjà vue porter auparavant : c’était celle de la peur, mêlée à une fascination étonnée. Mais il se redressa un peu dans son lit et un sourire effaça le mirage. J’approchais un siège, et après une légère hésitation Xav s’assit de même. Michel retira ses lunettes et les posa près du livre.
- Toi, qu’est ce que tu deviens ? Toujours fan de Daniel Anger ?
J’entendis à côté de moi Xav retenir un fou rire, et Michel prit un air infiniment satisfait de lui.

Voir le chapitre 3 sur 19



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.