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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 104: Chapitre 23.1
(par lambertine, ajouté le 26/12/09 22:13)


Le train est bondé. Rempli de jeunes gens. Ils rentrent chez eux, après une semaine d’école, ou d’université. Chez leurs parents. Moi, je me rends chez ma fille. Ma Florentine. Elle doit venir me chercher à la gare. M’emmener dans la maison que je n’ai pas encore vue. Elle et son époux l’ont achetée alors que j’étais déjà internée. Même si internée n’est pas le terme exact. Peu importe. Le Centre ressemble bien à un hôpital psychiatrique. C’est ce qu’il est, d’une certaine façon. En sortir, c’est renaître. Respirer. Ne plus se sentir surveillée à chaque instant. Pouvoir téléphoner sans crainte d’être écoutée. Même au milieu d’une foule de gamins. De gamins normaux. De gamins qui vont bien, ou qui du moins en ont l’air. De gamins qui plaisantent. Qui rient. Qui se chamaillent pour des histoires sans importance. Qui me paraissent sans importance. Qui ne le sont pas pour eux, bien entendu. Professeurs trop sévères. Rivalités amoureuses. Equipes de football. Groupes musicaux à la mode. Ou pas. Vêtements de marques. Ou pas. Tracas d’enfants gâtés. Insouciants. Heureux. Du moins en apparence. Y a-t-il parmi eux des Lambert, des Jacob, des Célestin ? J’espère que non, de tout mon cœur. Mais j’en doute. La jeunesse est orgueilleuse. Elle cache sa souffrance, quand elle peut. Même au Centre, elle essaie. Même au Centre, elle se chamaille pour des équipes de foot, des marques de vêtements et des groupes musicaux. Pour des histoires sans importances. Les histoires importantes restent le plus souvent cachées.

Jacob ne m’a pas confié ses secrets, dans le bus qui nous conduisait à la gare. Ou si peu. Ce que je savais déjà de lui. Qu’il se rendait chez ses grands parents. Que son père ne désirait pas le revoir. Et que c’était normal, finalement. Il n’était pas un enfant sage. Il ne l’avait jamais été, ou si peu. Il avait déçu sa famille. Mais c’était fini, à présent. Il se rachèterait une conduite. Il travaillerait dur. Honnêtement. Quand il aurait réussi, quand ses patrons seraient contents de lui, il pourrait se présenter enfin, tête haute, devant sa famille. En attendant, il se contenterait de l’affection de sa grand-mère. Les grand-mères pardonnent tout. Même l’impardonnable.
- Tu n’as rien fait d’impardonnable.
- Ah non ? J’ai fumé de l’herbe. J’ai sniffé de la coke. J’en ai même vendu. J’ai raté mes études. J’ai tellement déçu mon père qu’il m’a viré pour faute grave. Et ce n’est pas impardonnable ?
- Non. Rien n’est impardonnable. Surtout à ton âge. Tu n’en es qu’au début de ta vie. Tu peux recommencer.
- J’en ai bien l’intention. Mais, en attendant…
- En attendant, tu as tes grands-parents.
Et moi j’ai mes enfants. Et Florentine m’attend, sur le quai de la gare.

La maison est grande. La maison sera belle. Je tiens mon petit-fils dans mes bras. Ce soir, je préparerai le repas. Je suis heureuse. Ou presque. Mais je veux que pour mes enfants, ce soit « tout à fait ». Je veux qu’ils croient en moi. Je veux qu’ils aient confiance. Je veux qu’ils cessent de s’inquiéter pour moi. Qu’ils puissent vivre leur vie, sans le poids de ma déchéance. Je veux que mes enfants aillent bien.
Et ils vont bien. Florentine est une maman comblée. Les garçons sont amoureux. La vie est douce, ici. Nous parlons longuement. La Terre tourne. Il est difficile de s’en rendre compte lorsque l’on vit au Centre. Le monde extérieur est pour nous un autre monde. Un monde dans lequel mon petit garçon a retrouvé une amie d’enfance et s’est remis à l’aimer. Un monde dans lequel une jeune étudiante a décidé de changer de faculté pour rejoindre mon autre fils. Un monde dans lequel les bébés grandissent, et se mettent à marcher à quatre pattes.
Un monde dans lequel les enfants ne sont pas punis pour avoir été voir le médecin.
Même s’ils y trouvent pire encore.
Mais pas les miens. Plus les miens. Ils ont assez payé, pour leur père et pour moi. Adultes avant l’heure. Je ne peux pas leur rendre les années passées. Les années perdues. Mais peut-être un meilleur avenir ? Un avenir où ils ne s’inquiéteraient plus pour leur mère. Pour leur père, par contre, je n’y pouvais rien.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.