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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 105: Chapitre 23.2
(par lambertine, ajouté le 27/12/09 21:17)


Un monde dans lequel les enfants malades ne sont pas punis pour avoir été voir le médecin.
Même s’ils y trouvent pire encore.

Mais pas les miens. Plus les miens. Ils ont assez payé, pour leur père et pour moi. Adultes avant l’heure. Je ne peux pas leur rendre les années passées. Les années perdues. Mais peut-être un meilleur avenir ? Un avenir où ils ne s’inquiéteraient plus pour leur mère. Pour leur père, par contre, j’y suis impuissante.
Je ne peux pas empêcher leur père de faire des bêtises. Je ne peux pas l’empêcher d’être plus enfant qu’eux.
Il y a longtemps que je n’ai plus aucune influence sur lui. Qu’il préfère à mon avis celui des gamines qui partagent sa vie pour quelques mois. Comme il préfère leur corps au mien. Ce que l’on peut comprendre. Je ne suis plus ni jeune, ni jolie. Lui, n’est plus ni jeune, ni fringant. Mais il en cherche, et peut-être en trouve, l’illusion dans d’autres bras. Des bras juvéniles.
Moi, je dors seule depuis bien longtemps. Et cette nuit, pour la première fois depuis des semaines, je dors dans un lit à deux places. Seule dans un lit à deux places… tel sera mon sort, sans doute, jusqu’à la fin de mes jours. Je ne suis plus capable d’aimer un homme. Et pas assez cynique pour séduire quelqu’un que je n’aimerais pas. Il ne me reste donc qu’à accepter la solitude. Qu’elle devienne « presqu’une amie, une douce habitude ». Il le faut bien, puisque je n’ai plus droit aux succédanés chimiques du bonheur.

Mais j’ai droit à une promenade dans la forêt avec toute ma famille. J’ai droit aux sourires d’un tout petit garçon. J’ai droit à l’affection des miens. Alors que d’autres n’ont plus personne. Ma solitude, finalement, n’est que relative. Et le temps passe trop vite. Le week-end est trop court pour les Résidents du Centre. Il se termine le Dimanche à Midi. A Midi. Pas à Midi une.
Je sonne donc à la porte du Centre à Midi. Pas à Midi une.
Mes enfants m’ont raccompagnée en voiture. Je sortirai avec eux cet après-midi encore. En attendant, l’éducatrice de garde me tend un gobelet et deux flacons. Je me soumets au contrôle anti-dopage. Je pisse dans le pot, comme on dit ici, avant de rejoindre les autres pour l’apéritif. Je regarde furtivement autour de moi. Je repère Aurélien, sourire aux lèvres, et Jacob, qui n’a pas l’air en mauvaise forme non plus. Ils sont de retour, et n’ont visiblement pas rechuté. Çà me fait plaisir. Par contre, pas de Célestin en vue. Camille m’avait dit « pas avant lundi »…
- Tu cherches le gamin ?
Oui. Oui, bien entendu ! Pourquoi Béatrice me pose-t-elle une question pareille ? C’est normal, non, vu les circonstances ?
- Il n’a pas abandonné. Il est en cuisine.
Maudit gamin ! Il m’a donné des sueurs froides. Et que fait-il en cuisine ? Ce n’est pas sa tâche du jour. Mais il aime ça. Il peut y montrer sa valeur en nous préparant quelque chose de bon. Tant mieux. Qu’il s’occupe. Pendant ce temps-là, il ne pense pas. Ou pas trop.
- Comment est-ce que ça c’est passé durant mon absence ?
- Bien. La visite de la cristallerie était intéressante et sympa. Et pas de drame ici. Pas d’incident. Ou presque. Agnès voulait s’offrir un œuf en cristal. C’est interdit, bien entendu. Pas communautaire. Elle l’a assez mal pris.
Il est totalement interdit, en effet, de s’offrir des souvenirs lors de nos sorties du samedi. Parce que nous sommes tous censés être égaux. Et que nombreux sont les résidents trop pauvres pour s’offrir ne fût-ce qu’un porte-clefs. Ou une collation. Cela n’empêche pas les différences, bien entendu. Cela n’empêche pas Agnès ou Marie-Line de porter des robes de créateurs alors que je dois me contenter de vêtements de seconde main. Cela n’empêche pas Philippe de fumer du tabac de prix dans des pipes élégantes plutôt que des cigarettes roulées. Cela n’empêche pas Aurélien et Béatrice d’avoir leurs voitures garées devant la Cathédrale, alors que nous utilisons les transports en commun. Certains des résidents sont riches, d’autres sont pauvres. D’autres encore, misérables. Mais le règlement nie ces inégalités. Nous sommes tous censés être pareils.
Même si nous ne sommes pas traités de manière équitable.

Voir le chapitre 105 sur 395



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.