Chapitre 243:
Chapitre 45.3
(par
lambertine, ajouté le 02/08/00 23:10)
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Nous nous installons ensuite à une table en terrasse, sur la Grand Place. De loin, je fais un signe de la main à Célestin et « ses femmes », sa maman et Dolores. Damien grimace. - Encore ! Toi et ce garçon ! Et sa famille ! Je me demande parfois comment elle peut encore le supporter, sa mère, après tout ce qu’il lui a fait subir. Et comment toi, tu peux le supporter aussi. - Il est gentil… fais-je, naïvement. - Oui. Je sais. Il est gentil. Mais qu’est-ce qu’il peut réagir bêtement, parfois, face à l’autorité. Et… Bon sang, il était d’une humeur de chien, tout à l’heure. A la place de sa mère , je crois que je l’aurais giflé. Pourquoi est-ce qu’elle lui passe tout, comme ça ? Ce n’est pas un bon service à lui rendre. Un peu d’autorité ne fait pas de tort, à l’occasion. Je ne lui répond pas « comme celle de ton père ? », même si je le pense très fort. Parce que je sais que Damien aime son père, et que celui-ci a cru agir pour le bien de son enfant, comme bien des parents qui exigent « toujours plus » et n’obtiennent finalement pas grand-chose. Je me contente d’un « il en a eu plus que sa part ». - Célestin ? Tu veux rire ? Il donne plutôt l’impression d’un enfant gâté. En tout cas, il ne parle jamais de problèmes qu’il aurait pu avoir avec ses parents. Il dit du bien de sa mère, c’est tout. - Ca ne m’étonne pas. Ca ne m’étonne pas, et je n’ai rien à ajouter. Les affaires de Célestin ne sont pas les miennes, et je trouve que j’en ai déjà trop dit, du peu que je sais. - Parlons d’autre choses, veux-tu ? Comme le stage que le Centre lui a programmé dans un lycée local, et qu’il n’envisage pas sans appréhension. Ce que je peux comprendre : se retrouver devant une salle de classe remplie d’ados inconnus qui pour la plupart se contrefichent de Verlaine ou de Victor Hugo n’est déjà pas facile pour un étudiant normal. Alors, pour le résident d’un centre de désintox… - Ils ne sont pas censés savoir d’où je viens. N’empêche… Nous sommes dans une petite ville où tout le monde se connaît. Les élèves ne mettront pas trois jours avant d’être au courant. Je me demande comment j’aurais réagi, devant un prof toxicomane. J’aurais chahuté, j’imagine. - Sauf s’il avait été un excellent professeur. Sois un excellent professeur, et ils oublieront le reste. Tu veux enseigner, oui ou non ? - Oui, mais… - Alors fonce. De quel droit est-ce que je lui donne des conseils ? Je suis incapable d’affronter une classe. J’y préfère cent fois un tribunal. Les gamins me terrifient. Mais il n’est pas question de moi. Il est question de Damien. Et lui, a l’étoffe d’un bon professeur. - Mais si j’échoue ? Mon père… - Tu le fais pour ton père, ou pour toi ? Arrête de te comparer à lui, ou même de vouloir être digne de lui. Tu es différent. Tu es toi. Si tu continues à réagir en fonction de lui, tu n’arriveras jamais à donner tout ce dont tu es capable. Il te bloque. Il faut que tu l’oublies. Pas dans la vie, mais quand tu seras devant tes élèves. Sois toi-même. Sois toi-même, s’il te plaît, et pas un succédané de lui. Je ne sais pas s’il m’écoute. Je ne sais pas s’il m’entend. Je voudrais bien l’aider, mais je ne peux pas grand-chose pour rendre confiance à un garçon qui, depuis l’enfance, est persuadé de ne pas être « assez ». Ni assez bien. Ni assez bon. Ni à l’école. Ni en sport. Ni dans la vie. Parce qu’on l’en a persuadé. Pour son bien.
Je ne tarde pas à apprendre par Murielle pourquoi Célestin était « d’une humeur de chien » en début d’après-midi. Ou plutôt, Murielle ne m’apprend rien du tout. - Il était tracassé à cause de ce cadeau. Et triste. Il aime bien ce vieil homme, Hermann. Et il n’avait pas assez d’argent pour lui acheter ce qu’il désirait. Ca, ce n’est pas étonnant. D’autant plus que Célestin aime les belles choses. - Heureusement que j’étais là pour le modérer, ajoute-t-elle. - Le modérer ? Qu’est-ce que tu veux dire ? - Il ne voulait pas que le cadeau d’Hermann fasse « minable », à côté de celui de l’autre dame. Alors, il a mis de sa poche pour pouvoir lui offrir quelque chose de beau. Il n’aurait peut-être pas dû, mais c’est son argent… Et depuis, il a retrouvé le sourire. Plus que le sourire. Il rit aux éclats, en jouant au ballon avec Dolorès dans l’herbe humide du jardin, au milieu des pétales roses semées par le cerisier du Japon.
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