Accueil » Fervent hommage » Votre Nouvelle
Apparence  

 

Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
Add Chapter
Stories List
Voir les Options:
Sommaire | Plein texte
additions are not allowed l'auteur interdit les ajouts

Chapitre 270: Chapitre 50.3
(par lambertine, ajouté le 26/09/00 17:09)


- A toi de voir. Je n'y étais pas. Comment te sens-tu ?
- Bien. Très bien. J'ai l'impression d'être une grande sportive, et d'être en bonne santé. Capable de franchir des montagnes. Je ne l'aurais jamais cru, avant de venir ici. Tu te rends compte ? Etre suspendue entre ciel et terre, au milieu des arbres, par-dessus les rivières ! Tu te sens libre, libre ! Et forte ! Tu aurais dû nous accompagner. Tu en aurais été capable, j'en suis certaine.
- Un temps pour chaque chose, Agnès. Comme dirait le sergent Murthaugh, je suis "trop vieille pour ces conneries". Mais j'aurais aimé. J'aurais vraiment aimé.
Je la laisse rejoindre les douches. Je retourne à mon dessin. Le Petit Chaperon Rouge au milieu d'une forêt automnale. Jeu de bruns, d'ocres et de verts. A la gouache. J'ai peu de talent, mais j'aime dessiner, à mes heures. Faire naître une histoire au moyen de touches de couleurs. Pas comme une artiste. Juste comme une grand-mère.
- Il est où, le loup ?
Il n'est encore nulle part. Je suis incapable de dessiner un animal "de tête", et je n'ai pas de modèle sous la main.
- Et pourquoi tu l'a faite de dos, la fille ?
- Pour faire parler les bavards.
- Non ? Sans rire !
Il dépose sur la table un tas de feuilles imprimées. Et le journal local.
- Pourquoi de dos ? insiste-t-il.
- Parce que je sais pas "faire" les visages. Je rends les gens méchants. Mes professeurs me répètent tous que c'est parce que je les "vois" méchants. Je n'ai jamais eu cette impression, pourtant.
- Moi non plus. Je trouve même que c'est le contraire. Tu vois le bon en nous, même en moi. Et j'aime bien ta silhouette encapuchonnée. Mystérieuse. Attirante. Un oiseau pour le chat... pour le loup.
- Ce n'est pas difficile, de voir le bon en toi. Alors, comme ça, tu aimes mon dessin ?
- Il fait très "contes de fées". Tu vas me dire que c'est normal, pour l'illustration d'un conte de fées. Mais c'est autre chose. L'ambiance. Et la fille vue de dos.
- Merci. C'est gentil.
- Non. C'est vrai.
- C'est gentil quand même.
Pendant que nous discutions, il a étalé sur la table les documents qu'ils tenait à la main, et qui se révèlent autant de contrats de travail intérimaire. Sauf un, qu'il me tend.
- Mon dernier. Je me plaisais bien, là-bas. J'aurais aimé rester. Suivre une formation de soudeur, et travailler sur chantier. Mais j'ai déconné. Clothilde m'avait quitté. J'ai... enfin, tu sais quoi. J'ai manqué deux jours de travail, puis je n'ai plus osé me représenter. J'ai fugué. Tu connais la suite.
La suite... La rue, et tout ce qu'elle implique. La drogue, jusqu'à en mourir... Le Centre.
- Tu étais bien payé.
Il acquiesce, me reprend le contrat des mains, se met à classer les autres par ordre de date.
- Bien payé. Apprécié. Et j'aimais mon travail. J'aurais pu tout avoir, et j'ai tout fichu par terre. C'est con, hein ?
- Je ne vais pas te dire que c'était intelligent.
- C'est là, que je travaillais.
Il déplie le journal, et me montre un article concernant une entreprise de la région. Une entreprise modèle, leader en son domaine, et qui exporte dans le monde entier ses pompes hydrauliques.
Une entreprise qui annonce l'ouverture prochaine d'un centre de formation.
- Tu voudrais y entrer, n'est-ce pas ?
Il hausse tristement les épaules.
- Après ce qui s'est passé ? Pourquoi donneraient-ils une chance à quelqu'un d'aussi peu fiable ?
Je déchire la page, la plie soigneusement, et la classe parmi mes dessins.
- Il me semble que l'Equipe a réussi à réintégrer professionnellement plusieurs des Résidents. A "arranger les bidons" avec leurs employeurs. D'autres sont en stage de réinsertion. Pourquoi pas toi ?
- Parce que c'est Catherine qui s'occupe de ça. Et que Catherine m'en veut.
- Tu la vois quand, Catherine ?
- Mardi prochain, mais...
- Je te rendrai l'article Mardi matin. Et tu le donneras à Catherine, en lui expliquant la situation, et ce que tu désires. Elle devra t'aider. C'est son travail.



Voir le chapitre 270 sur 395



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.