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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 287: Chapitre 53. 2
(par lambertine, ajouté le 21/10/00 22:57)


- Célestin ?
- ...
Il reste là, planté devant l'escalier qui monte vers le rez-de chaussée. Vers le salon. Vers les autres. Il reste immobile, hypnotisé par les marches. Ailleurs.
- Célestin, ça va ?
Je redescends, le prends par le bras. Il sursaute, secoué par un long frisson, comme s'il revenait sur Terre.
- J'ai promis, fait-il d'une voix lointaine. Maman a tellement l'air d'y croire encore. Alors, j'essaierai. J'essaie... Je lui ai demandé de ne pas venir, dimanche.
Je ne comprends pas. Il est tellement attaché à elle, comme elle, à lui. Si j'étais à la place de Murielle, si mon enfant était dans une telle détresse, je...
- Je suis consigné au Centre, en dehors des activités communautaires. Nous ne pourrons pas sortir. La faire se déplacer, pour que nous passions l'après-midi à nous regarder dans le blanc des yeux, pendant que les autres nous observeront comme des bêtes rares ? A ne pas pouvoir nous parler sans être écoutés, épiés par une trentaine d'espions, prêts à rapporter nos paroles à Thomas, et même plus que nos paroles ? Je ne le supporterai pas, et elle, ça lui fera du mal, plus encore que ce qu'elle souffre déjà. Ce regard des autres, si tu savais comme il fait mal, ce regard, cette certitude qu'ils ont, que je ne suis qu'une cause perdue, que je ne veux pas vraiment arrêter la came, que je suis de mauvaise volonté...
Je devrais sans doute essayer de le convaincre du contraire, mais pourquoi y arriverais-je ? Je sais bien qu'il a raison.
- Je ne suis pas de mauvaise volonté, continue-t-il en revenant lentement à lui. Je veux réussir. S'ils savaient comme je veux réussir ! Se rendent-ils seulement compte de ce que ça voudrait dire pour moi, échouer ? Se rendent-ils compte de ce que c'est, la vue d'un junky dans la rue ? La vie d'un fils qui sait qu'il détruit sa mère ? Si seulement, ils voulaient bien croire, les autres, et l'Équipe, que j'essaie de toutes mes forces ?
- Certains y croient, Célestin. Moi, j'y crois.
- Mais à part toi ? Ben, peut-être, parce qu'il est comme moi. Mais il est complètement HS, et on l'envoie à l'abattoir. Et Béatrice, parce qu'elle m'aime bien. les autres... c'est même pas leur faute. C'est l'ambiance du Centre. On devrait s'entraider, et en fait on fait tout l'inverse, comme des crabes dans un panier. On se grimpe les uns sur les autres, on se donne des coups de pinces, on s'entretue d'une certaine façon. En dénonçant. En ne voyant chez l'autre que ce qu'il a de mauvais en lui. C'est logique : toutes les réunions se passent à chercher les défauts, les faiblesses de celui qui est sur le gril. J'ai parfois l'impression que c'est comme un concours : il faut être le premier, à n'importe quel prix. Alors qu'on est juste ici pour guérir. Juste pour guérir. Et que ce serait tellement plus simple si on s'épaulait. Mais on ne s'épaule pas. Celui qui sombre, on lui attache des poids aux pieds pour qu'il coule encore plus vite. Et quand il a coulé, qu'il a abandonné, ou qu'il se soit fait viré, il n'existe plus, il est mort aux yeux de la Communauté. Même si c'est injuste. Qui se souvient de Jean-Claude ? Et qui a essayé d'aider Martin ?
- Toi. Tu l'as laissé gagné, au bowling.
- Ca vaut bien la peine... Les gens qui vont mal font peur, Diane. Ils..
- Célestin ! Diane !
La voix de Julie me fait sursauter. Elle se tient en haut de l'escalier, l'air mauvais.
- En haut, et tout de suite. Filez à la douche.

- Que faisiez-vous, Célestin et toi, seuls, dans la salle récréative ?
J'ai presqu'envie de provoquer, de leur jeter au visage "nous faisions l'amour". Mais ce n'est pas le moment de plaisanter. Et plaisanter là dessus serait d'un goût plus que douteux.
- Nous discutions.
- Vous n'avez pas à vous isoler pour discuter. Qu'avez-vous à cacher ?
- Rien. J'essayais de l'aider. Un peu. Célestin ne va pas bien.
- Ce n'est pas ton problème, Diane.
- Non. C'est le vôtre.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.