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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 289: Chapitre 53.3
(par lambertine, ajouté le 24/10/00 16:26)


Et ça recommence ! J'essaie de ne pas écouter. J'essaie de m'en foutre. Les occupe-toi-de-toi, j'en ai eu mon compte. Ils me donneraient presqu'envie de hausser les épaules si j'avais plus confiance en l'Equipe. Les accusations de Gervaise concernant mes médisances à son égard m'irritent déjà plus. Pitié ! Je ne l'ai pas traîtée de menteuse, je n'ai même pas parlé d'elle et je commence à en avoir assez de ces élucubrations d'école maternelle. Là aussi, ça me serait égal, si Gervaise n'était pas sur le point de devenir coordinatrice des bleues. Je dois reconnaître que ça me fait peur. Je me rends de plus en plus compte du pouvoir que les coordos exercent à l'intérieur du Centre. Pouvoir de décision. Pouvoir de surveillance. Pouvoir de sanction, aussi. Gervaise ne m'aime pas, et savoir qu'elle sera, dans quelques jours, ma "cheffe", me noue les tripes. Le dire en réunion ? A quoi bon ? Ca ne servirait à rien.
Monter sur mes grands chevaux lorsque Soazig insinue une nouvelle fois que j'entretiens avec Célestin une liaison de nature sexuelle, par contre, je ne peux m'en empêcher. Je bondis.
- Ca suffit. Mets-moi en cause, si tu veux, mais pas lui. Pas sur ce sujet-là. Et jamais. Jamais je ne l'ai touché. Jamais je ne le toucherais. Jamais, tu l'entends ? Ce que tu affirmes-là, c'est dégueulasse.
Je regarde les autres, l'une après l'autre. Certaines baissent la tête, d'autres pas.
- Vous êtes d'accord avec elle ?
Pas de réponse.
- Est-ce qu'il y a quelqu'un d'autre, ici, autour de cette table, qui peut me dire en me regardant dans les yeux qu'elle croit à ces ragots de comptoir ?
Nouveau silence. Jusqu'à ce que l'éducatrice elle-même prenne la parole.
- Nous n'avons pas de preuve, Diane. Seulement des présomptions. Et la certitude qu'il te manipule. Qu'il couche avec toi pour...
- Pour quoi ? Pour du fric ? Pour de la came ? Vous croyez qu'il se prostitue pour que je l'aide à rechuter ?
- ... c'est à dire ...
- ... peut-être...
- ... tu t'isoles souvent, avec lui...
- ... avec Aurélien aussi, d'ailleurs...
- ... avec Aurélien, c'est compréhensible...
- ... Aurélien est un intello, comme Diane...
Aurélien est un intello, un universitaire, un fils de bonne famille. C'est normal, selon ces femmes, que j'aime passer du temps avec lui. Que ce soit pour parler de nos relations communes, ou discuter politique ou littérature, ou encore religion.
- Aurélien et toi, vous avez beau ne pas être de la même génération, votre relation s'apparente à celle de deux personnes de bonne famille qui se retrouveraient à un vernissage, ou au club-house d'un théâtre branché. Que vous soyez des tox n'y change rien . Mais Célestin ? Qu'est-ce que tu peux bien lui trouver, à part qu'il a un joli petit cul ?
- Si vous n'êtes pas fichues de le voir, alors je vous plains. Je vous plains sincèrement.
Je suis dégoûtée. Pas seulement par les accusations sordides qui me tombent dessus, mais par le fait que personne n'a pris ma défense, même les femmes avec lesquelles j'ai habituellement de bonnes relations. Pas même Agnès. Et pas même Béatrice. Je suis dégoûtée, et déçue. Et inquiète, aussi. Qu'est-ce que les membres des Verts, et ceux de l'Equipe, lui ont dit, au gamin ? L'ont-il accusé publiquement de coucher avec moi, de se prostituer pour... pour quoi, au fait ? Je n'ai rien à lui offrir, qu'un peu d'affection maternelle.
- Tu sais, on n'a pas voulu...
- Laisse tomber, Agnès.
Oui, laisse tomber. Ce n'est pas la peine de venir t'excuser, de me dire que, non, tu n'as pas voulu, mais que les autres, la présence de l'éducatrice, t'ont empêché de donner ton avis, en toute sincérité. Si tu ne penses pas que Célestin et moi couchons ensemble, il fallait le dire en réunion, pas en tête à tête.
Je n'ai pas faim. Peu importe, le repas est servi, et je dois passer à table. Comme tout le monde. Me servir de potage, et en avaler quelques cuillères. Tenter d'avaler le poisson bouilli, et les pommes de terre à l'eau qui constituent, en ce vendredi, notre plat principal.
- C'est dégueulasse.
Célestin repousse violemment son assiette.
- J'ai envie de vomir. Je ne peux plus rien avaler.
Il se lève de table, et se dirige vers le jardin. Damien me prends le poignet, me maintient sur ma chaise.
- Tu le laisse. Tu ne te lèves pas. Il va se faire saquer, mais tu n'y peux rien. C'est trop tard.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.