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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 77: Chapitre 18.3
(par lambertine, ajouté le 19/11/09 17:31)


- Je n’ai pas faim.
- Mange quand même. C’est important, d’avoir quelque chose dans le corps pour affronter les dragons.
- Je t’ai dit que je n’avais pas faim. Et mes parents ne sont pas des dragons.
Non. En effet. Les dragons, eux, veillent sur leurs petits.
Il se met malgré tout à manger, du bout des lèvres, plus pour faire plaisir à son camarade que par faim réelle. Je goûte moi aussi. Je sursaute. Le plat est délicieux. Digne d’un grand restaurant. La dernière chose à laquelle on s’attendrait dans un Centre qui oscille entre la prison et le pensionnat.
- C’est mauvais ? s’inquiète le cuistot du jour.
- Non. Ce n’est pas mauvais. C’est même très bon.
J’ai envie d’ajouter « ce sont les meilleures pâtes que j’ai mangé de ma vie ». Je ne le dis pas, même si c’est vrai. Peur de donner l’impression d’en rajouter pour lui faire plaisir.
- Qu’est-ce qui ne va pas, alors ?
- Rien. Je ne me doutais pas que tu cuisinais aussi bien, c’est tout.
Tout ? Non. Certainement pas. Mais je ne peux pas dire ce que je ressens. Je ne peux pas dire mon impression d’avoir devant moi un enfant sur le berceau duquel se sont penchées toutes les fées de la création.
Toutes les fées.
Même Carabosse, hélas.
Je ne peux pas dire à Célestin l’impression de gâchis qui m’envahit quand je le regarde.
- Je m’inquiète pour Aurélien.
Rien de plus vrai, après tout.
- Il ne faut pas. Je…
- Ne dis pas encore que tu n’en vaux pas la peine. Ce n’est pas vrai et ça m’énerve. Même si je préférerais que Diane s’intéresse plus à mes pâtes qu’à toi.
- Pense ce que tu veux, Célestin. Je sais bien ce que je suis, et mes parents aussi. Et je sais ce qu’ils sont, eux : tout sauf des monstres. Des gens bien, à qui je vais faire du mal aujourd’hui. Beaucoup de mal.
- Ils vont culpabiliser, ça, c’est sûr. S’en vouloir à eux.
Comme sa maman à lui s’en veut plus que tout.
- Mais c’est ma faute si j’en suis là. Pas la leur.
- Ils n’ont rien vu, Aurélien. Ils auraient dû. Mais c’est sans doute de ta faute. Tu as tout fait pour leur cacher ce qui t’arrivait. Je sais ce que c’est. Trop bien, je crois. Mais on ne peut rien y changer.
- Et je dois les affronter cet après-midi.

Jean- Claude, confus, prend le livre que je lui tends.
- Merci. Je suis désolé. J’ai oublié la Horde dans ma chambre.
- Ce n’est pas grave, lui dis-je amicalement. Tu me le donneras ce soir. De toute façon, je n’aurai pas le temps de le lire avant. Célestin m’a demandé d’aller voir Ben avec lui, et, ensuite, mon fils vient me rendre visite.
- Ton fils ? Celui qui aime la Fantasy ?
- Non. Le plus jeune. Le philosophe.
- Tu sais, la Fantasy, c’est bourré de philosophie. Rien de tel que des mondes imaginaires pour mettre en scène des utopies et dénoncer les erreurs humaines. Rien de tel pour se pencher sur les grandes questions qui tracassent l’Homme depuis l’aube des temps.
- Je sais. N’empêchent que chez certains auteurs, il s’agit de philosophie de comptoir.
- Pas chez tous. Par exemple…
Il interrompt sa phrase. Un couple âgé, très distingué, vient de pénétrer dans le salon. Aurélien s’approche d’eux, et les embrasse.
- Ce sont ses grands-parents ?
- Non. Ses parents.
Jean-Claude écarquille les yeux d’étonnement, tandis que le jeune homme et les siens suivent un psychologue à travers le restaurant, et disparaissent dans le couloir des psys.
- Aurélien est le « petit dernier » de six enfants, explique Célestin en me tendant un document vierge que je regarde en me renfrognant. Sa sœur à l’âge d’être sa maman, et son neveu a son âge à lui. Tu veux bien remplir la feuille de démarches, Diane ? Enfin, si tu es toujours d’accord de m’accompagner à l’hosto, bien sûr.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.