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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 129: Chapitre 27.3
(par lambertine, ajouté le 31/01/00 17:37)


Cet interrogatoire, parce qu’il m’est impossible de le qualifier d’entretien ou de consultation, m’écœure plus qu’il m’est possible de l’exprimer. Elle doit le savoir. Elle doit le sentir. Elle est psychologue, bon Dieu de bon sang ! Elle devrait gagner ma confiance, m’amener à m’ouvrir, et au lieu de ça… au lieu de ça elle me harcèle avec ces bêtises qui sont bien plus que des bêtises. Avec ces bêtises qui me blessent dans les tréfonds de mon âme. Avec ces bêtises qui me touchent dans ce que j’ai de plus intime. Est-ce fait volontairement ? Je ne peux que le supposer. Dans le cas contraire, elle n’est pas faite pour exercer ce métier. Mais pourquoi me blesse-t-elle ? Pourquoi me blesse-t-elle ainsi ? Pourquoi me force-t-elle à me refermer, alors que je ne demande qu’à parler, qu’à sortir de moi-même tous ces mots qui font mal ? Mon malaise par rapport au sexe. Mon malaise par rapport aux hommes de mon âge. Mon malaise par rapport à l’amour. Je suis une femme blessée, et elle le sait. Je suis une femme trahie, et elle le sait aussi. Je suis incapable de donner ma confiance à un homme de mon âge, à un homme avec qui « quelque chose » serait possible. A un homme que je pourrais désirer. Je suis incapable de désirer sans confiance. Il y a des blessures qui laissent des séquelles. Comme celles causées par les mains, par le sexe d’un adulte sur un corps d’enfant. Comme celles causées par la trahison d’un époux sur une âme de femme. Je ne peux pas plus donner mon corps et ma vie à un homme que désirer poser mes mains sur un enfant. Ou sur un garçon qui pourrait être mon enfant.
En particulier, si ce garçon a souffert. Et si j’éprouve de l’affection pour lui.
- Je ne veux coucher avec personne Danielle. Avec aucun des garçons. Et surtout pas avec Célestin. Je n’ai rien d’autre à vous dire à ce sujet-là.
- A « te » dire.
- A te dire, si tu veux.

Le repas n’a pas fait tomber ma colère. Les Grandes tâches n’y parviennent pas non plus. Filtrer l’huile des friteuses n’est pas une activité propice au défoulement. Dégraisser le four non plus. Et je déteste toujours autant faire le ménage. Même en chantant. Je n’ai d’ailleurs pas envie de chanter. Je le fais quand même, pour sauver la face. En pensant aux allusions scabreuses de Danielle. En m’inquiétant pour Aurélien, qui garde la chambre depuis la fin du groupe corporel. En me demandant où se trouve Laura, bien que je le devine trop bien. Je chante avec les autres, pas trop mal, des chansons de ma jeunesse. Des chansons simples, de camp scout. Joe Dassin et Hugues Aufray. Stewball. L’Amérique. Les Petits pains au chocolat.
- Vous avez l’air en forme ! nous lance le Patron en inspectant discrètement la pièce.
Je voudrais lui dire « non », mais je laisse les autres acquiescer. Sincèrement ? Je n’en sais rien et je m’en fiche. Elles ne peuvent pas être plus hypocrites que moi-même. Je chante avec elles. Je chante avec mes lèvres, pas avec mon cœur.
- Elle est sympa, la chorale des Bleues, non ?
- On devrait toujours travailler en chansons.
Oui. Pourquoi pas. Travailler en chansons. Pleurer en chansons. Se faire exclure en chansons.
Comme Laura.

- Nous avons le regret de vous annoncer que nous avons dû mettre fin à la cure de Laura, qui s’est rendue coupable de violences à répétition. L’hôpital dans lequel elle était soignée a accepté de la reprendre. Elle y sera bien soignée, n’en doutez pas.
Un soupir de soulagement s’élève de la majorité des poitrines. Laura n’était pas comme nous. Laura nous faisait peur. Elle était folle. Et dangereuse. Elle aurait pu tuer l’un d’entre nous. Elle…
- Elle était sous camisole chimique. Elle n’avait rien fait de mal. Elle était juste malheureuse. Perdue.
Célestin serre les poings à se faire éclater les jointures, à s’enfoncer les ongles dans les paumes jusqu’au sang.
- Vous la renvoyez chez les dingues, sans même lui donner sa chance.
- Tais-toi, Célestin.
- Vous ne savez pas ce que c’est, d’être là-bas. Vous ne savez pas. Ce n’est pas juste. Elle n’avait rien fait.
- J’ai dit « Tais-toi, Célestin ». Ou prends la porte. Pas celle du Grand Grenier, me suis-je bien fait comprendre ? Laura a fait preuve de violence. Elle a tenté de tuer Philippe.
Je sens mon jeune ami prêt à bondir. Je le retiens par la manche.
- Calme-toi, fais-je à voix basse.
Puis, plus fort, à l’attention de Thomas, en sachant très bien que c’est inutile.
- Il ne faut quand même pas exagérer.
- La remarque vaut pour toi aussi, Diane. Le débat est clos. La Staff est ouverte. Jean-Jacques, s’il te plaît…



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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.