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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 31: Chapitre 10.3.
(par lambertine, ajouté le 13/08/09 22:35)


Raoul me précède. Il se lève, fixe l'impressionnant Camille, et s'exprime d'une voix forte.
- Ainsi, si je comprends bien, si on ne rakispote pas, on est complice ? Belle mentalité ! Ça pue les années 40...
C’est au tour de l’éducateur de pâlir, puis de se reprendre. De nous expliquer que la loi qui règne ici n’est plus celle de la rue, mais celle de l’honnêteté, de la franchise. Que nous sommes là pour nous soutenir dans l’abstinence. Que la rechute de l’un d’entre nous met tout le groupe en danger. Qu’il est de notre devoir de dénoncer le moindre manquement au règlement. Que si Raoul n’est pas d’accord, la porte est là, et que c’est valable aussi pour Célestin, sur qui Honoré n’a toujours pas desserré son étreinte.
- Enfin ! Réplique le facteur, ironique. D’après le gosse…
- Ce n’est plus un gosse, interrompt Camille. C’est un adulte, majeur, et qui a un prénom.
- Je sais. Célestin. Ila, quoi ? Vingt ans ? Vingt et un ? Ce n’est qu’un gosse. Qui pourrait être le mien. Ou le tien, Camille. Un gosse malade, au bout du rouleau, que vous tirez vers le fond. Et à qui vous apprenez à devenir une balance.
- Ça suffit, Raoul. Personne ne vous retient, ni toi, ni Célestin, si vous ne nous faites pas confiance. Ne pas dénoncer, c’est ne pas nous faire confiance.
J’interromps. Je me lève et j’interromps. Peu m’importent les conséquences. Je ne peux plus laisser Raoul défendre seul un garçon que je sens de plus en plus abattu sous la poigne d’Honoré.
- C’est absurde. Ne pas dénoncer les coupables qui, vous ne le nierez pas, ont parlé à l’éducateur de garde, c’est précisément vous faire confiance. Comment pourrions-nous imaginer, nous qui venons d’entamer cette cure, que vous êtes incapables de repérer un homme ivre, qui sent l’alcool à dix mètres ? Comment un jeune garçon sans expérience pourrait-il se croire supérieur à un professionnel de deux fois son âge ? C’est du n’importe quoi. Célestin a cru, et il avait certainement raison, que Jules connaissait son métier.
Je n’écoute pas la réponse de Camille.Je n’écoute pas les retours des autres résidents, qui vont pour la plupart dans le sens de l’éducateur. Je me sens seule et j’ai peur. Peur des réactions de l’Equipe. J’ai affronté ouvertement l’un de ses membres les plus éminents. J’étais incapable de faire autrement, mais je redoute la suite. Et je ne regrette rien.
Il n’y a pas d’autre réunion. Nous sommes Dimanche. J’attends avec impatience la visite de mon fils aîné. Je me retire dans l’aquarium en compagnie de mes feutres, de mon tipp-ex, et de ma courbe de consommation. Je n’en sors que pour accueillir les Rouges de retour de week-end. La fraîcheur de Damien me réconforte, et la joie de Frédéric est communicative. Il a passé un merveilleux Samedi, a gagné en travaillant dans son domaine, l’élagage, une très rondelette somme d’argent. Son employeur d’un jour lui a fait miroiter la possibilité d’un emploi futur. Il est heureux.
J’aime voir des jeunes gens heureux.
J’aime voir des jeunes gens qui vont bien.
Je suis heureuse de voir mon fils, de discuter avec lui de ses études, de ses fiançailles prochaines, de son envahissante grand-mère. Je lui propose une promenade en ville. Il accepte avec d’autant plus d’empressement qu’il n’a pas dîné, et qu’il meurt de faim.Nous sommes sur le point de partir lorsque je sens qu’on me tire par la main.
- Diane! Viens voir !
J’emboîte le pas à Célestin. Que faire d’autre ?
- Regarde ! Maman m’a apporté ça !
Il me montre des vêtements. Elégants. De grandes marques. De bonne qualité. Très chers.
- Ils démarquaient à 50%, à l’Inno. Ça te plaît ?
Je n’ai aucun mal à affirmer « beaucoup ».
- Je n’aurai plus l’air d’un gamin de merrde ?
- Non. A un jeune homme de bonne famille, bien comme il faut. Au petit frère d’Aurélien, par exemple.
Il rit. Les chagrins du matin semblent s’être envolés. L’insouciance revenue. En apparence, du moins.
- Vas ranger ça ! lui demande sa mère.
Il disparaît dans le couloir qui mène aux chambres des hommes.
- Vous avez fait des folies.
Je n’ai pas cru un instant aux « démarques de l’Innovation ».Elle a un sourire triste.
- Je lui dois bien ça.
Elle baisse la tête. Cache son regard si semblable à celui de son fils.
- On lui a fait tant de mal. Et je n’ai rien vu. Rien.
Je me tais. Je n’ai rien à dire. Mon Frédéric nous observe en sirotant un café.
- Il vous aime bien. Ne le jugez pas seulement sur sa déchéance, je vous en prie.
- Je n’en ai pas le droit. Je suis déchue, moi aussi. Et je n’en ai jamais eu l’idée, bien au contraire. Je considère Célestin comme un gentil garçon. Un gentil garçon qui promet beaucoup.
- Il a l’air si fatigué ! J’ai peur qu’il me cache la vérité. Est-ce qu’il s’adapte, ici ?
Je n’ai pas envie de mentir. Je ne veux pas non plus raconter à la mère de Célestin ce qu’il ne veut pas lui dire.
- C’est difficile. Très difficile. Mais il s’accroche. Il a beaucoup de courage.
- Merci, Diane. Merci d’être là.
Être là ? Oh, si peu…
- Tu as l’air de t’être fait un ami ! constate mon fils, une fois franchie la porte du Centre. Je ne cherche pas à m’en défendre.
- Tu es jaloux ?
Il me bouscule gentiment Il n’est pas jaloux de Flora, ni de Gilles. Mes jeunes amis sont devenus les siens. Alors, pourquoi le serait-il de Célestin ?
- Il aime Tolkien ?
- Hein ?
Je n’ai pas eu l’idée de le lui demander.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.