Chapitre 40:
Chapitre 12.6
(par
lambertine, ajouté le 04/09/09 10:02)
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Je prends place dans le cercle du Night Meeting. Chacun peut prendre la parole, mais je n'ai rien à dire.Pour l'instant, du moins. J'écoute le silence. Une minute. Deux minutes. Cinq minutes. - Alors, personne n'a rien à dire ? Claude se décide : il rappelle, comme chaque fois, que nous devons débarrasser les tables après le repas. Gervaise fait part de son malaise face à son prochain week-end de sortie. Jean-Jacques a remarqué une odeur de tabac dans les toilettes des Verts. - J'ai rien fait ! grommelle très bas Célestin entre ses dents. - Personne ne t'accuse. - On parie ? Si je l'avais fait, j'aurais perdu. Il ne faut pas dix secondes à l'éducateur pour interpeller mon jeune ami. - De un, tu jettes ton chewing-gum. De deux, tu répètes tout haut ce que tu viens de dire tout bas. Il obéit, mais pas sagement. - J'ai dit "on parie". Parce que je suis sûr que l'on va m'accuser. Et je n'ai rien fait. Je n'ai pas fumé dans les ch... dans les toilettes des Verts. - De un, tu es transgressé pour insolence. De deux, prouve-nous que ce n'est pas toi. Il se redresse, jeune coq sur ses ergots. - Je n'ai rien à prouver. Ce n'est pas moi, c'est tout. C'est à vous de prouver que je suis coupable. - Je vois que tu as l'habitude des tribunaux. Sa respiration s'accélère. Il serre les poings. Puis, dans un effort, baisse la tête, ferme les yeux, et murmure, la voix cassée : "J'ai rien fait. Croyez ce que vous voulez." Je n'ai plus envie de les écouter, ni lui, ni les autres. Je suis dégoûtée, en tant que mère, et en tant qu'avocat. Je me force à me taire. A être attentive aux angoisses justifiées de Frédéric. Aux questionnements d'Aurélien sur sa cure et sa vie. A l'impatience d'Hermann quant aux loisirs préparés par ses jeunes compagnons Verts. Aux bouillonnements furieux de Patrick. Au babil léger et extravagant d'Agnès. Je me force à être bien dans ma cure. Je n'y suis pas bien. Je n'y suis pas du tout. Je suis ailleurs. J'ai 23 ans, et je défends un garçon dans un tribunal. Un jeune homme farouche, aux grands yeux tristes, sans fonds. Je le défends sans espoir de victoire. Je le défends et je perds. Et il me regarde. Il me regarde... - Je suis désolé. Je te demande pardon. - C'est à moi de te demander pardon. - Hein ? fait Célestin à mes côtés. Je retombe sur Terre. Les yeux bruns qui s'accrochent aux miens sont plus inquiets que désespérés. - Tu vas bien ? Hé, Diane ? Tu es là ? - Oui... Non... Je pensais. Ce n'est pas grave. Tu disais ? Son expression me dit qu'il ne me croit pas. Ses mots également. - Tu racontes des connneries. C'était grave. Mais tu parles si tu veux. Moi aussi. Je ne pourrai pas répondre à tes questions. Je... je te demande pardon. Il est vraiment navré. Triste. Seul. - Tu n'as pas à me demander pardon. C'est moi qui suis une imbécile. Tu as raison. Tu parles si tu veux. Seulement si tu veux. Je n'ai pas à te poser de questions. Sauf une. Il se met sur la défensive. - Je n'ai rien fait. Je n'ai pas fumé dans les chiottes. Je lui prends la main. C'est interdit mais je m'en moque. - Je le sais aussi bien que toi, que tu n'as rien fait. Tu n'as aucune raison de me mentir, à moi. Et tu es assez malin pour aller, le cas échéant, fumer ailleurs que dans les toilettes de ton groupe. - Alors, quoi ? Toujours anxieux, toujours méfiant. - Quelle punition t'ont-ils donné pour n'avoir pas remis ta Courbe à temps ? Il soupire. - Une disserte à remettre à Thomas. "En quoi la rigueur m'aidera-t-elle dans mon abstinence". Déjà faite. Déjà remise. Déjà acceptée. - Je peux la lire ? - Si tu veux. J'ai la copie dans ma chambre. Mais je te préviens : c'est bâclé. Sinon, j'ai droit à une semaine de plus ici, et à quelques séances de psy. - Pas con, comme sanctions. Pour une fois. - Tu l'as dit. Maintenant, excuses ! J'ai du travail. |
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