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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 65: Chapitre 16.5
(par lambertine, ajouté le 31/10/09 00:27)


- Retire ta main de là.
- Pardon ?
- Tu as raison. C’est un beau début de contrat. Mais retire sa main de son épaule. Tu connais le règlement, Aurélien !
- C’est mon ami, et il a besoin de moi.
- Il a besoin de s’ouvrir aux autres. Et nous ne lui ficherons pas la paix. Il n’est pas ici pour qu’on lui fiche la paix. Bien au contraire.
- Mais…
- Laisse tomber, Aurélien.
Le jeune garçon regarde tristement son camarade, redresse la tête, fixe intensément l’éducatrice.
- Je risque d’être contagieux, non ? Mais quelle importance ? Vous avez raison. Je ne suis pas ici pour qu’on me fiche la paix. Alors, je vais essayer. De… de parler de ma souffrance.
- Et d’être plus rigoureux ?
- Quoi ?
- D’être plus rigoureux. De respecter le règlement à la lettre. De rendre tes travaux dans les délais. D’accomplir tes charges à la perfection.
- Je…
Il soupire. Ne polémique pas. Abandonne.
- « Je suis plus rigoureux, et je parle de ma souffrance ». Si vous le voulez, je suis d’accord.
- Sabotages ?
Quelques minutes de discussion suffisent.
»Je m’isole ». Même au milieu du monde.
« J’ironise ». Oui. Pourquoi ? Quelle importance…
« Je me montre sous mon meilleur jour ». A quoi bon se plaindre ?

A mon tour.
Je n’y échapperai pas.
J’ironise, moi aussi. Je ris de mes difficultés. J’ai dans une autre vie offensé les dieux de l’administration et du bonheur conjugal. Mieux vaut présenter ainsi mes problèmes que pleurer sur mon sort. Et raconter mes aventures au bout du monde que mes taudis sordides dans une ville de province. Et rester dans mon coin quand, vraiment, je suis au bout du rouleau. Les sabotages de Célestin sont les miens autant que les siens.
- Tu n’arrives pas dire ton chagrin. A dire ta misère. Tu étais une Dame dans une autre vie. Tu en es toujours une, Diane. Une Dame sans argent, sans statut, sans amour. Mais une Dame quand même. Tu es déchue, mais tu tiens à sauver la face. Parce que ton orgueil est tout ce qui te reste.
Quelques instant plus tôt , ce gamin était abattu de tristesse, au bord du malaise. A présent, il me décrit comme nul ne l’a jamais fait. Il lit en moi comme dans un livre ouvert.
- En ça, on se ressemble. Tu devrais prendre mon contrat. Il t’irait comme un gant. Tu pourrais y ajouter « je demande de l’aide ». Tu ne le fais jamais. Ou alors, pour des bêtises. Des détails matériels que tu pourrais régler toute seule sans problème. J’ai l’impression que tu es incapable d’appeler « au secours ». Sans doute, parce que cela implique de faire confiance aux autres. Les blessures de ton passé sont si profondes qu’elles t’empêchent de le faire. Au point même de ne pouvoir saisir la main qui se tend vers toi pour t’éviter de sombrer.
Il a raison. Sur tout. Et je n’en suis pas fière.
- Morwen de Dor Lomin, ajoute-t-il. En moins inhumaine.
Les autres ne comprennent pas à qui il fait allusion. Moi, si. Trop bien. Morwen de Dor Lomin, hélas.
Mon alter ego littéraire. Que je déteste, et à qui je ressemble.
Que je déteste parce que je lui ressemble.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.