|
[1] Il existe d’innombrables éditions du Seigneur
des Anneaux en anglais. Bien que nous l’évoquerons sous son titre
français, l’édition de référence de cette étude est celle du centenaire
de la naissance de l’auteur, en un volume illustré par Alan Lee :
J.R.R Tolkien, The Lord of The Rings, HarperCollins, Londres,
1992.
[2] Dans One ring to bind them all: Tolkien’s mythology, (Alabama
Press, 1979) elle écrit : “a study of Tolkien must come to an undestanding
of the basic structure of mythological elements, rather than a cataloging
of his sources from mythic literature, which, although its reveals
the breadth of Professor Tolkien's learning, does not adequately come
to grip with the folkloristic structure as it is generated by the
mythic impulse.”
Si nous partageons globalement l’idée de Mrs Petty, son utilisation
de l’expression “ basic structure of mythological elements ”
au singulier nous paraît trop simplificatrice. Il va également de
soit que l’idée même de “ folkloristic structure ”, est
l’antithèse de l’entreprise de Tolkien, comme le souligne son allégorie
de la tour dans la conférence Beowulf :‘The Monsters and the
Critics’ in The Monsters and the critics and other essays,
HarperCollins, Londres, 1983,
[3] Ruth S.Noel, The Mythology of Middle Earth, Thames and
Hudson, Londres, 1977.
[4] Nous avons seulement eu accès au chapitre publié de ce mémoire :
“ Une interprétation trifonctionnelle d’un poème de J.R.R Tolkien ”
(cf. recueil critique Tolkien en France; sous la direction
d’Edouard J. Kloczko, Editions Arda, Argenteuil, 1998).
[5] “That the images are of things not in the primary world (if indeed
that is possible) is a virtue, not a vice” (Cf. On Fairy-stories
in Essais, p.139).
[6] Tolkien écrit ainsi : “Many people […] stupidly and
even maliciously confound Fantasy with Dreaming, in which there
is no Art – this is not true of all dreams. In some Fantasy seems
to take place. But this is exceptional. Fantasy is a rational not
irrational activity ”. (cf. Essais, p.139)
[7] A propos des importantes déclarations de Tolkien sur les mythes
qui aboutirent à la reconversion de Lewis, lire le chapitre Jack,
p.162-72, dans l’ouvrage de Humphrey Carpenter, Tolkien, une biographie,
Christian Bourgois, Paris, 1980 (nous utiliserons pour cette étude
les références de la réedition en poche chez Presses Pocket).
[8] Le terme est employé par Tolkien dans le souci théologique
de ne pas confondre le travail de l’homme et la Création, c’est-à-dire
notre monde, qui est œuvre de Dieu. La critique tolkienienne de langue
française ayant toujours gardé l’expression originale de Tolkien pour
désigner le concept de création secondaire (artistique), nous ne chercherons
pas à traduire “ sub-cr[é]ation ” dans cette étude.
[9] L’édition que nous prendrons en compte est la suivante :
J.R.R Tolkien, The Silmarillion, HarperCollins, Londres, 1998,
(illustrée par Ted Nasmith).
[10] L’attachement de Tolkien à ces œuvres scandinaves ne déclinera
jamais. Le poète W. H. Auden (qui fut l’un de ses élèves) et Paul
Taylor publièrent chez Faber & faber en 1969 une traduction partielle
de l’Edda poétique qui fut dédié à Tolkien. Nos éditions de référence
seront les suivantes : Snorri Sturluson, L’Edda, traduction
de François-Xavier Dillman (Gallimard, coll. L’aube des peuples, Paris,
1991) et L’Edda poétique, traduction de Régis Boyer (Fayard,
Paris, 1992).
[11] Cf. V. Ferré, Tolkien : sur les rivages de la Terre du
Milieu, Christian Bourgois, Paris 2001, p.259 et suivantes.
[12] J. Pearce Tolkien Man and Myth, p. 59. HarperCollins,
Londres, 1998.
[13] J.R.R.Tolkien, The Book of Lost Tales, - The History
of Middle Earth vol.1 et 2 - , HarperCollins, Londres, 1983-84.
[14] Sa conception de l’homme à venir est en fait partiellement reconnaissable
dans l’attitude des personnages de Boromir (il l’évoque dans une lettre)
et de Saruman.
[15] En plus du christianisme de Tolkien doit être pris en compte
un indéfectible amour de la Nature, du monde physique, imprégnant
toute l’œuvre. C’est le rapport conflictuel de cet amour et du temps
qui est l’origine de la mélancolie elfique.
[16] Il s’explique sur cette théorie dans son essai On Fairy-Stories
(in Essais, p. 145-157).
[17] Il évoque son ambition d’une mythologie pour l’Angleterre dans
la lettre 131 à Milton Waldman citée plus loin.
[18] Le concept du carnavalesque mis en lumière par Mikhail Bakhtine
dans des œuvres postérieures - Rabelais, Dostoïevski - est un des
signes de survivance de ce syncrétisme médiéval longtemps méconnu.
De nombreuses fêtes médiévales servaient en un sens à réguler les
conflits moraux que pouvaient générer cette période de transition.
Ces fêtes donnaient à la population la possibilité de perpétrer d’anciennes
coutumes dont les valeurs heurtaient celle du christianisme, mais
que le clergé permettait dans un cadre temporel strictement défini.
Les anciennes croyances étant ainsi peu à peu reléguées au statut
de coutumes.
[19] Beowulf, traduction de Seamus Heaney, Faber and faber,
Londres, 1999
[20] Les Quatre branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen-Âge,
Gallimard coll. L’aube des peuples, Paris, 1993.
[21] Certes, l’auteur de la Völuspa s’inspire directement
de passages des Ecritures pour réinventer certaines strophes (on peut
rapprocher en particulier la strophe 45 de Marc [13 : 7-8, 12]
ou la strophe 57 de Mathieu [24 : 29]), mais l’esprit scandinave
de l’œuvre reste intact: tout comme dans les Mabinogi gallois,
la morale chrétienne ne vient pas plus perturber l’esprit indo-européen
du texte.
[22] Comme le note très justement Albert Béguin dans la préface à
sa traduction de la Queste del saint graal (Seuil, Points/Sagesse,
Paris,)la condamnation morale de la courtoisie - et des valeurs non
chrétiennes en général - qui est propre à cette œuvre cistercienne
ou à celles de Robert de Boron n’est pas aussi clairement valable
dans le corpus de Chrétien de Troyes.
[23] L’exemple de Robert de Boron est frappant. L’interprétation du
graal comme le calice où Joseph d’Arimathie récupéra le sang du christ
et de la lance qui saigne comme celle de Longin est le fruit d’une
volonté d’enlever les traces religieuses païennes qui survivaient
encore dans Le Conte du Graal.
[24] Cf. Defending Middle-Earth par Patrick Curry, St Martin’s
Press NewYork, 1997 (Réed. HarperCollins), dans les sous-chapitres
Postmodernity in Middle Earth et Middle Earth in Postmodernity
(p.20-25).
[25] Ainsi, citant dans son essai sur les contes de fées l’ouvrage
Progress and Religion de Christopher Dawson, Tolkien intervient
ironiquement au milieu de sa citation même: "The rawness and
ugliness of modern European life" - that real life whose contact
we should welcome - "is the sign of a biological inferiority,
of an insufficient or false reaction to environment". (Nos italiques ;
Essais, p.150)
[26] Socialisme comme fascisme, par exemple, promettent un avenir
resplendissant sur cette terre auquel la pensée catholique
de Tolkien ne peut souscrire (même si le fascisme revendique un modèle
d’Âge d’or – celui de la Rome Antique -, l’idée de décadence n’est
pas dans cette idéologie un destin inéluctable de l’Histoire, comme
c’est le cas dans le concept chrétien de la Chute). Son univers se
fait l’écho de cette philosophie du temps corrompu (à ce propos lire
la note 128 citant les propos d’Haldir en Lothlorien).
[27] Il évoque clairement dans une lettre la relation de caricature
entre la Comté et l’Angleterre rurale. C’est une Angleterre plus légendaire
à laquelle il est fait allusion en Rohan. Nous étudierons ces points
plus en détails dans la partie consacrée à La dimension linguistique
et la profondeur historiquo-légendaire.
[28] Même s’il y a critique de la société industrielle, c’est toujours
de la manière la plus indirecte et suggérée qui soit, dans la mesure
où Tolkien s’impose les règles d’une cohérence de l’Evasion. On notera
néanmoins que Shippey interprète l’action menée par Saruman en Isengard
comme une allégorie du développement technologique et industriel de
l’Angleterre des West Midlands et souligne, entre autres, la proximité
phonétique des noms “ Saruman ” et “ Sarehole ”.
Ce dernier étant le hameau où grandit Tolkien et dont il souffrit
l’absorption rapide dans l’agglomération de Birmingham.
[29] Cf On Fairy-stories, in Essais p. 148.
[30] Leaf, By Niggle in Tree and Leaf, Allen and Unwin,
Londres, 1964.
[31] Il aimait particulièrement les oeuvres d’Isaac Azimov ou le Perelandra
de C.S. Lewis (Cf. Letters ; p. 89 et 377).
[32] Jane Chance considére la conception tolkienienne du réel comme
héritière de Saint Augustin : “This reality is perceived by the
heart or imagination rather than by the head ; Tolkien reveals
an Augustinian bias towards faith and revelation, “ the eye of
the heart ”, instead of the Aristotelian “ eye of reason ”” (Cf.
in Tolkien’s Art: A Mythology for England, p. 81). “Revenez
à votre coeur” est bien une expression récurrente de la pensée des
Confessions.
[33] “The eucatastrophic tale is the true form of fairy-tale, and
its highest function.” (Cf.On Fairy-stories, in Essais,
p. 153).
[34] “It [i.e. eucatastrophe] denies (in the face of much evidence,
if you will) universal final defeat and in so far is evangelium, giving
a fleeting glimpse of Joy, Joy beyond the wall of the world, poignant
as grief” (Cf. Ibid, p; 153)
[35] C’est aussi bien le cas des humains se lamentant sur la perte
de la civilisation numenoréenne que des nains vivant dans le souvenir
des cités perdues de Nogrod, Belegost et Khazad-Dûm.
[36] A ce sujet, lire l’essai de Michaël Devaux “ L’Ombre
de la Mort ” chez Tolkien et celui d’Emeric Sarron Le
destin des Elfes une expression du lien à Arda. On trouve des
versions de ces essais sur le site internet de Jrrvf. Les références
aux sites internet concernés sont données dans la bibliographie.
[37] Aldarion and Erendis, in Unfinished Tales, HarperCollins,
Londres, 1980.
[38] La grande influence de Saint Augustin sur la pensée médiévale
n’y est pas sans doute pas pour rien. Le fameux “ Credo quia
absurdum ” ou encore l’idée que “ par nature, l’homme
n’a pas de pouvoir sur l’homme ” furent particulièrement décisives
sur la considération des sciences au Moyen-Âge. Au chapitre 6 du traité
sur le libre-arbitre, Saint Augustin note par exemple l’importance
de ne pas placer la raison au-dessus de Dieu.
[39] Nombre d’auteurs majeurs du Moyen-Âge décidèrent de ne pas signer
leurs œuvres. Ainsi le poète de Sir Gawain et celui de Beowulf
en Angleterre ou celui de La Queste del saint Graal en France.
[40] La chanson de la croisade albigeoise, Livre de Poche,
coll. Lettres Gothiques, Paris, 1989
[41] Spenser, The Faerie Queene, in The Norton Anthology
of English Literature, vol. 1, Norton, Londres, 1962-2000
[42] Pensons au personnage Archimago qui représente le danger et le
leurre de l’image jusque dans son nom. Il est d’ailleurs un ermite
fallacieux, qui, non sans hasard, est un compagnon de Duessa, personnage
symbolisant la “ fausse religion ” (le catholicisme, par
opposition au protestantisme anglais).
[43] Cf. The Faerie Queene, Livre 2, Canto 12.
[44] Sir Gawain, Pearl and Sir Orfeo, traduction de J.R.R.
Tolkien, Allen and Unwin, Londres, 1975.
[45] Sa lecture de 1953 à Glasgow sur le thème de la résistance à
la tentation de l’adultère dans Sir Gawain est convaincante
à ce propos.
[46] Il écrit dans la lettre 329 (p.414) : “[…]I
cannot understand how I shoud be labelled ‘a believer in moral didacticism’.
Who by? It is in any case the exact opposite of my procedure in The
Lord of the Rings. I neither preach nor teach”
[47] Cf. letters, p. 221: “The book is not of course a ‘Trilogy’.
That and the titles of the volumes was fudge thought necessary for
publication, owing to length and cost”.
[48] Antérieure sur le plan chronologique du légendaire tolkienien
mais également (souvent, quoique pas de manière exclusive) sur le
plan de la composition dans la vie de l’auteur. Nombre des poèmes
et chansons du SdA dérivent de versions antérieures à l’œuvre.
[49] Certes peu développés. A ce sujet lire Shippey, in Tolkien :
Author of the Century (HarperCollins, Londres 2000), p 314-5.
[50] V. Ferré p. 67-72 et T.A.Shippey, p. 102-111
[51] Première continuation de Perceval (ou continuation-Gauvain),
Livre de Poche, coll. Lettres Gothiques, Paris, 1993
[52] Le roman de Renart, Ed. et traduction de J. Dufournet
et A. Mélin, GF-Flammarion, Paris, 1985
[53] Cf. Tolkien en France, p.15. L’article de Léaud est L’épopée
religieuse de J.R.R. Tolkien.
[54] E. Kloczko, Dictionnaire des langues des Hobbits des Nains
des Orques et autres créatures de la Terre du Milieu, de Numenor et
d’Aman, (Editions Arda, Argenteuil, 2002) p.69.
[55] Cette influence est surtout perceptible dans Bilbo le Hobbit,
mais très effacée dans les œuvres majeures à plus forte teneur mythologique.
Tolkien évoque une relation d’influence tantôt relative (Letters,
p. 178) tantôt négligeable (ibid ; p. 185).
[56] Cf. L’Edda, p. 43-4 : “ […] sur la décision
des Dieux, ils [>les Nains] reçurent intelligence et forme humaine,
tout en continuant à habiter dans la terre et dans les pierres ”.
Sur la forge : Edouard Kloczko fait remarquer que le nain forgeron
Mimir de la saga islandaise de Thidreks (1220-50) est un modèle
du nain Mîm dans l’histoire de Turin Turambar.
Enfin, un autre point commun réside dans leur origine pré-humaine.
Snorri écrit qu’avant de posséder une forme humaine, “ leur
état était celui de vers ” (Cf. L’Edda, p.43)
[57] J.R.R. Tolkien, The Hobbit, Allen and Unwin, Londres,
1937, 1952, 1966 (Réed. HarperCollins)
[58] On peut citer par exemple le nain de la charrette d’infamie chez
Chrétien de Troyes (dans le Chevalier à la charrette); ou encore
celui qui s’oppose au sénéchal Keu dans la Continuation-Gauvain
(v. 3690 : “ Mauvais nains bocerés ”; ou v. 3696
“ Cras est et bius,et tu iés lais ”).
[59] Pour la dureté de la langue (tout au moins sur des critères elfiques):
“they could understand no word of the tongue of the Naugrim, which
to their ears was cumbrous and unlovely; and few ever of the Eldar
have achieved the mastery of it”; Cf. Silm, p. 92)et pour la
barbe des femmes (SdA, appendice p. 1116).
[60] La situation du peuple des nains est très difficile à interpréter
du point de vue théologique, dans la mesure où ils n’appartiennent
pas directement aux Enfants d’Iluvatar (Dieu), mais sont créés par
le Vala Aulë. On sait qu’ils seront sans doute intégrés aux enfants
de Dieu lorsqu’ils auront reconstruit la Terre après l’ultime bataille
des Valar. En un sens on peut voir dans leur histoire l’image du péché
d’orgueil de la sub-création et celle de son salut dans la dévotion
à célébrer la véritable création dont tout est indirectement issu,
même si en partie corrompu.
[61] Ainsi l’enchanteur Elïavrés de l’histoire de Cardué (Continuation-Gauvain)
ou le Merlin de Robert de Boron sont des créatures maléfiques dont
la nature n’a guère de liens avec celle de Gandalf ou même Saruman.
Il y a un véritable malaise éthique dans les textes médiévaux empreints
de christianisme à l’égard des mages qui n’est pas fondé dans l’œuvre
de Tolkien (on le retrouve simplement sous forme de méfiance populaire,
par exemple dans le peuple de Rohan).
[62] Cf. Ruth S. Noel ; The Mythology of Middle-Earth,
p. 108-9.
[63] Cf. SdA ; Livre V, chapitre IX.
[64] “[...]Merlin’s sudden disappear from Le Morte
Darthur (out of the twenty-one books, Merlin appears in the first
four) is reflected in Gandalf’s fall in the Moria. [...] Gandalf
was Aragorn’s counselor in much the same way that Merlin was King
Arthur’s. For example, before the battle with the eleven kings, King
Arthur asked his barons to take the advice of Merlin in organizing
their strategy. Comparably, in the Last Debate, Aragorn counseled
the Captains of the West to rely on Gandalf’s experience in their
war with the Enemy. Gandalf’s relationship to the whole Compagny of
the Ring is stated well by Loomis’ description of Merlin.” Ruth S.
Noel, p. 110 [Loomis: Celtic Myth and Arthurian Romance, NY
Columbia University Press 1927, (réed. Academy Chicago Publishers
1997), p. 127 : “an omniscient and omnipotent arranger of the
tests and master of ceremonies, with all good will conducting the
heroes through the trials and struggles that will fall their lot”].
[65] Cf. lettre à Milton Waldman: “As I say the legendary Silmarillion
is peculiar, and differs from all similar things that I know in not
being anthropocentric. Its centre of view and interest is not Men
but Elves.” (Cf. Letters, p.147).
[66] On peut noter que cette conception de la féerie est partiellement
présente dans le Livre des contes perdus et surtout dans Bilbo.
[67] La biographie de Humphrey Carpenter et les lettres sont
suffisamment explicites sur l’évolution de l’opinion de Tolkien sur
Bilbo le Hobbit.
[68] Cf. v.112 de Beowulf; les elfes sont rapportés aux “ evil
phantoms ”, sans doute sous l'influence du christianisme de l’auteur.
C’est dans ce même vers qu’apparaît le mot vieil anglais “ orc ”
(sous la forme “ orc-neas ”) signifiant démon, et
duquel ne semblent pas se distinguer les elfes sur le plan moral.
[69] Ce roi Teleri n’aida pas les royaumes des Noldor dans leurs guerres
contre Morgoth, que ce soit à Dagor Bragolach (Silm; chapitre
XVIII) ou Nirnaeth Arnoediad (ibid ; chapitre XX).
[70] Certes Snorri distingue les ljosalfar (elfes de lumières)
des dökkalfar (elfes noirs), que Régis Boyer considère comme
des figures d’origines orientales (Edda poétique ; p.418), mais
les elfes tolkieniens, selon Verlyn Flieger sont associés à une conception
chrétienne du symbolisme de la lumière (Cf. note suivante).
[71] Verlyn Flieger, The Splintered Light: Logos and Language in
Tolkien’s World, Gran Rapids, Michigan, 1983.
[72] Flieger rappelle entre autres que l’Histoire du légendaire ne
prend pratiquement pas en compte les plus proches de la lumière (Vanyar)
et de l’obscurité (Avari). S’appuyant sur deux vers du poème Mythopoeia
à l’origine du titre de sa monumentale étude (“ man sub-creator,
the refracted light / through whom is splintered from a single White ”)
elle note que presque tout se joue parmi des races d’elfes dont la
relation à la lumière et l’obscurité est plus nuancée, intermédiaire :
les Noldor (dits Elfes Profonds) et les Sindar (dits Elfes Gris).
[73] L’existence d’une occurrence du terme hobbit dans un ouvrage
de 1878 (sur une liste sans contexte de mots oubliés du folklore anglais)
ne permet pas de remettre en cause l’entière paternité de Tolkien
sur la création de cette race – dans la mesure où la signification
ancienne du mot était aussi inconnue à l’époque de Tolkien qu’aujourd’hui.
[74] On Fairy-stories, in Essais, p. 119.
[75] Cf., par exemple, les tableaux que propose G. Dumézil dans Les
trois fonctions sociales et cosmiques (repris dans Mythes
et dieux des indo-européens, Champs-L’Essentiel, Flammarion).
[76] La première version attestée est celle contenue dans le second
tome du livre des conte perdus (vers 1918), la seconde, est
un poème narratif de plus de 4000 vers nommé Lay of Leithian écrit
entre 1927 et 1931 puis repris en 1951avant d’être laissé inachevé.
La version publiée dans le Silm provient majoritairement d’un
texte de la Quenta de 1937. Plusieurs autres textes épars évoquent
la légende : ainsi un passage, chanté par Aragorn , est
contenu dans le SdA, p.208-9.
[77] E. Kohler, cité par D. Boutet et A. Strubel, Littérature,
politique et société dans la France du Moyen-Âge, p. 72
[78] Notons qu'en anglais “ romantic” ne renvoie pas nécessairement
au mouvement littéraire (romanticism) - ce serait ici un anachronisme
- mais aussi au genre littéraire de la “ romance ”.
[79] Il y a dans cette relation Gimli/Galadriel une parodie de l’attitude
courtoise, particulièrement soulignée lorsque celui-ci à deux reprises
en vient presque à défier Eomer pour des propos peu élogieux à l’égard
de la Reine de Lorien (SdA, p.453; p.1011).
[80] On sait, par exemple, que la figure du chevalier solaire est
un trait indo-européen particulier de Gauvain qui ancre le personnage
dans une tradition largement antérieure aux premiers écrits arthuriens.
[81] Gauvain garde malgré tout des traits typiques qui ne correspondent
guère à Aragorn, tels les trois baisers à la femme de l’hôte. La tentation,
s’il y en a bien une chez Aragorn, est beaucoup plus intériorisée.
Il est cependant difficile de l’écarter complètement au regard de
l’évolution des manuscrits du SdA (cf. HoME VII, The
Treason of Isengard, HarperCollins, Londres, 1989) qui présente
d’abord une situation où les personnages d’Eowyn et d’Aragorn devaient
se marier.
[82] D. Boutet et A. Strubel expliquent dans Littérature, Politique
et société dans la France du Moyen-Âge, que la notion de fin’amor
est liée à l’expression d’une “ tension amoureuse ” tournée
autour de “ l’insatisfaction ”. “ La dame, déesse bien
charnelle, n’en est pas moins inaccessible ” (p. 71).
[83] On trouve nombre d’obstacles de l’ordre de l’éloignement géographique
ou d’un mur social et même racial (dans la mesure où les elfes ne
sauraient être simplement des nobles de Beleriand par opposition à
une “ caste ” humaine inférieure : leur différence
est aussi au niveau du sang). On peut se rappeler combien certaines
œuvres médiévales prenant place lors des croisades furent imprégnées
par l’idée d’un obstacle à l’amour d’ordre racial comme dans le Cycle
de Guillaume d’Orange.
[84] Le caractère tragique du destin de Luthien, bien qu’évoqué, n’est
pas le sujet du conte : celui-ci n’est autre que la victoire
des amants sur toute séparation.
[85] Bien que son origine soit orientale (on retrouve ce même thème
chez les Sumériens dans la descente aux Enfers d’Innana/Ishtar pour
délivrer Dumuzi et chez les Phéniciens avec l’histoire d’Anath et
de Baal), on ne rencontre cette fin tragique que dans sa version grecque
(Dumuzi comme Baal reviennent chez les vivants). La tradition dyscatastrophique
se poursuit chez Virgile : dans le livre VI de l’Enéide, Didon
repousse un Enée éploré.
[86] Rappelons que sa mère, Melian est une Maïa, être antérieure à
la création du monde.
[87] Tolkien insiste sur l’aspect eucatastrophique du conte par une
intervention du narrateur dès l’incipit de celui-ci : “Among
the tales of sorrow and ruin that come down to us from the darkness
of those days there are yet some in whichamid weeping there is joy
and under the shadow of death light that endures”. L’expression biblique
“shadow of death vient ici souligner l’aspect religieux de l’happy
ending : au milieu du doute, de la perte de foi, il y a l’expression
d’une Joie d’ordre divine sur le modèle de l’Evangelium.
A ce propos lire, l’article de Michaël Devaux, “ L’ombre de
la mort ” chez Tolkien in La Feuille de la Compagnie
n°1, Ed. L’œil du Sphinx, Paris, automne 2001.
[88] Malgré l'évocation d'un temps de bonheur au livre III, on peut
dire que Troilus et Cryseide est un poème de l'amour impossible.
[89] Il écrit dans Tolkien : Author of the Century :
“In the cultures Tolkien admired, introspection was not admired. He
was aware of it, in a way his ancient models were not, but he did
not develop it” (cf. p.315).
[90] Par exemple, dans le Conte du graal, lorsque la robe
de la reine et son honneur se voient salis par le chevalier Vermeil ;
plus loin, apprenant l’absence prolongée de Gauvain, il “fu mornes
et pansis / Com il vit sa grant baronie / Et de son neveu n’i vit
mie, / Si chiet pasmez par grant destrece” (v. 9220-3).
[91] Vincent Ferré le remarque également (Cf. Tolkien : sur
les rivages de la Terre du Milieu, p. 182.)
[92] Farmer Gil of Ham, Allen and Unwin, Londres, 1949. Notre
édition est celle présentée et annotée par Wayne Hammond pour Harper
Collins à l’occasion du le cinquantième anniversaire de la publication
originale.
[93] Celle-ci étant d’ailleurs héritier de la Valhalle de l’Asgard :
La halle de Hrohtgar dans Beowulf est considérée comme la plus
grande qui soit, sans doute inconsciemment bâtie sur le modèle de
celle de Svafnir (Odin).
[94] C'est le cas de Jane Chance dans son ouvrage Tolkien’s Art:
A Mythology for England, (Cf. Introduction, p.9).
[95] Rappelons qu’elle est au premier temps de la création d’Arda
et que, même si l’on peut y voir un symbole de mort (cf. Vincent Ferré
p. 180-1), c’est toujours dans une perspective dénuée de la corruption
terrestre : Morgoth n’a aucune prise sur la mer car son domaine
est la terre du milieu où il a disséminé son emprise (“ the whole
of Middle-Earth was Morgoth’s ring ”, Cf. HoME X, p.400).
L’autre exception est le lac de Gollum déjà évoqué.
[96] Wudu Wyrtum Faest (que John R. Clark Hall traduit par
“ wood clinging by its roots ”) renvoie à la description
du lac de la mère de Grendel (vers 1362-82). Ces vers inspirèrent
à Tolkien les peintures à l’encre de chine du même nom.
[97] Tolkien : Artist and Illustrator, édité et présenté
par Hammond et Scull, HarperCollins, Londres, 1995
[98] Complexe, dans la mesure où fruit d’un compromis qui n’est pas
exempt de tension comme en témoignent divers passages, telle que la
situation qui oppose en mots Beowulf et Unferth ou celle de l’approche
des côtes.
[99] Sa halle est également proche de celle de Gimlé avec qui il partage
la couleur or - Cf. Edda p.50
[100] C’est le chapitre The King of the Golden Hall (SdA,
p. 528-48) qui fait écho aux vers 286-394 de Beowulf.
[101] Cf. On faery-stories (in Essais p.156).
[102] “ traduire ” est la fonction imagée de Tolkien à l’égard
de son œuvre pour maintenir la cohérence de son monde secondaire.
[103] Cf. SdA , p.130, chapitre “The Old Forest”.
[104] Il utilise une considération étymologique de la rivière du lieu
en question – Cherwell (“ *cier-welle ”, “ the turning
stream, the winding stream ”) et celle d’une ville proche, Windsor
(“ *windles-ora, ‘the place on the winding stream’”), pour proposer
une explication du lieu créé Withywindle - Withy étant le mot en vieil
anglais pour “ willow ”.
[105] Cf. Shippey, Tolkien : Author of the century, p.
61
[106] Cf. Lettre à Milton Waldman, Letters p.144 : “There
was Greek, and Celtic, and Romance, Germanic, Scandinavian, and Finnish
(which greatly affected me) ; but nothing English, save impoverished
chap-book stuff… Do not laugh ! But once upon a time (my crest
has long since fallen) I had a mind to make a body of more or less
connected legends [...] which I could dedicate simply: to England;
to my country.”
[107] Cf. Tolkien en France, Editions Arda, p.7.
[108] Dans le fragment qui survécut de La Bataille de Maldon,
on peut lire que les guerriers descendent de cheval afin de combattre
les Vikings – ce qui, ajouter à l’ “ overmastering pride ”
du chef anglais, contribua à leur perte.
[109] Une étude très développée de ce sujet de Jean Philippe Qadri
est à paraître dans la Feuille de la Comté n°3 (Cahier d’études
tolkieniennes), aux éditions de L’œil du Sphinx.
[110] Cf Letters p.288-9
[111] The Notion Club Papers est un roman inachevé publié dans
le tome 9 de The History of Middle Earth (HarperCollins,
Londres, 1992).
[112] J.R.R Tolkien, The Lost Road, The History of Middle Earth,
vol. V, HarperCollins, Londres, 1987.
[113] Frank Stenton Anglo-saxon England, Oxford Press, Londres,
1971.
[114] J.R.R Tolkien, The people of Middle Earth, The History of
Middle Earth, vol. XII, HarperCollins, Londres, 1996.
[115] Notre texte de référence est ici la traduction en anglais moderne
de la Norton Anthology of English Literature, vol.1 déjà citée en
note.
[116] Cf. The homecoming of Beorhtnoth, Beorhthelm’s son, in
Tree and Leaf, p.128.
[117] Pengolodh (qui vint à Tol Eresseä après le sac de Gondolin)
et indirectement Rumil, sage qui inventa le premier alphabet et fut
le chroniqueur des annales d’Aman (HoME X, p.48).
[118] Cf. The shaping of MiddleEarth,The History of Middle Earth,vol.
IV, HarperCollins, Londres, 1986, - réed. Ballantine, coll. Del
Rey, New York, 1995, p. 334-50 et p. 406-11.
[119] Sur une double échelle : celle du lecteur qui découvre
les contes perdus par Aelfwine et celle d’Aelfwine lui-même qui les
écoute de vive voix des habitants de Tol Eresseä.
[120] A ce sujet, lire l’article de John Rateliff: “The Lost Road,
The Dark Tower, and The Notion Club Papers: Tolkien and Lewis’s Time-Travel
Triad” in Tolkien’s Legendarium, ouvrage collectif dirigé
par V. Flieger et C.F. Hostetter, Westport, Conn., and London: Greenwood,
2000.
[121] On trouve ici une des rares traces d’influences directes (revendiquée
par l’auteur) de la vie de Tolkien sur son œuvre : c’est l’obsession
d’un rêve de son enfance - la vague submergeant l’Atlantide - qui
est à l’origine de l’image récurrente de la chute de Numenor au sein
de l’oeuvre.
[122] Cf. E. Kloczko, Dictionnaire des langues elfiques Vol. 1.
[123] Chrétien de Troyes, Perceval ou le conte du Graal, GF-Flammarion,
Paris 1997
[124] Rappelons qu’Aragorn est également appelé Estel qui signifie
en sindarin aussi bien qu’en quenya la foi.
[125] G.Dumézil, Les trois fonctions sociales et cosmiques,
p.113 (in Mythes et Dieux des indo-européens, Champs/L’Essentiel
Flammarion, Paris, 1992).
[126] “Behold ! we are not bound for ever to the circles of the
world, and beyond is more than memory.”, (cf. SdA, appendice
A, v ; p.1100).
[127] Nous reviendrons plus en détails sur ce nom symbolique dans
la dernière partie de notre étude. Sa signification profonde n’étant
pas donné dans le SdA mais un texte de HoME X (p. 300-56)
que nous évoquerons.
[128] On ne peut prendre en compte les propos nostalgiques de Galadriel
qui n’engageraient qu’elle à cause de l’emprise de l’anneau Nenya.
Voici donc ceux de l’elfe Haldir (SdA, p. 367): “Some there
are among us who sing that the shadow will draw back, and peace shall
come again. Yet I do not believe that the world about us will ever
again be as it was of old, or the light of the Sun as it was
afortime. For the Elves, I fear, it will prove at best a truce, in
which they may pass to the Sea unhindered and leave the Middle-Earth
for ever. Alas for Lothlorien that I love! It would be a poor life
in a land where no mallorn grew.”
[129] “ both fair and wise ” indique Of the Rings of
Power and the Third Age (Silm; p. 287). Un article de
Didier Willis sur son site Hiswelokë - Sauron, l’anneau
et le symbolisme du “ Dieu lieur ” - évoque également
les points communs qui unissent Sauron à la figure indo-européenne
du “ Dieu lieur ” (en l’occurrence Odin pour la religion
des scandinaves) par le biais notamment de l’Anneau Unique (“ One
ring to bring them all and in the darkness bind them ”).
[130] Cf. L’essai déjà cité : Frédérique Munier, Une interprétation
tri-fonctionnelle d’un poème de J.R.R. Tolkien, in Tolkien
en France (ouvrage publié par Edourad Kloczko).
[131] A propos de leur nombre, Silm, p. 53 et HoME X,
p 163.
[132] On pense bien sûr à la guerre des Ases et des Vanes chez les
scandinaves, mais aussi à la guerre originelle entre Romains et Sabins.
Cf. G. Dumézil, Les théologies tripartites (in Mythes et
Dieux des Indo-européens, p.141)
[133] Là encore, des différences inévitables affleurent : contrairement
aux peuples indo-européens où la première fonction s’associe toujours
à la seconde contre la troisième (les Ases, par exemple, désignent
des dieux appartenant aux deux premières fonctions), on ne retrouve
pas ce schéma chez Tolkien : en dehors d’une minorité, les Vanyar
ne s’allièrent pas avec les Noldor au massacre d’Alqualondë.
[134] Les Teleri ne vivant certes pas dans la cité de Tirion mais
aux havres d’Alqualondë, dans le même pays mythique, symbole de paix
et de prospérité, Aman.
[135] Cf. Unfinished Tales p. 75-209
[136] Notre traduction; cf. Shippey, Tolkien :Author of
the Century p. 181 : "about the status of pagans, especially
the pagans who [...] had not rejected the Gospel, indeed had never
heard of it, or done christians any harm."
[137] Nous conservons ce terme anglais dans la mesure où Tolkien refusait
l’usage du mot “ nordic ”, connoté racialement et d’origine
française. (Letters, p.375).
[138] Cf. L’édition présentée par Hammond et Scull de Tolkien
: Artist and Illustrator.
[139] Cf.Unfinished Tales, p. 502 : “They
first appeared in Middle Earth about the year 1000 of the Third Age
[...]”
[140] sur la valeur de la pitié, (SdA p.73) : “ It
was Pity that stayed his hand. Pity, and Mercy : not to strike
without need. And he has been well rewarded, Frodo. Be sure that he
took so little hurt from the evil, and escaped in the end, because
he began his ownership of the Ring so. With Pity. ” ; sur
l’acception de sa place dans un cadre temporel non choisi (SdA,
p. 64) : “ ‘I wish it need not have happened in my time’ said
Frodo. ‘So do I’ said Gandalf, ‘and so do all who live to see such
times. But that is not for them to decide. All we have to decide
is what to do with the time that is given to us. ” ; enfin,
la phrase à Saruman (SdA, p. 276) peut très bien être lu sous
un angle plus large : celui du peu de goût de l’auteur pour l’étude
de son œuvre.
[141] Comme son intuition sur le rôle à venir de Gollum : “My
heart tells me that he has some part to play yet, for good or ill,
before the end” SdA, p.71; ou celle sur le danger de franchir
par les mines Moria, qui lui fait opter, contre l’avis d’Aragorn,
pour la traversée du Caradhras.
[142] Tout le chapitre V est sous le signe de ce motif dès le titre:
“ The White Rider ” (SdA, p. 508).
[143] Cf. Letters, p.224 : ” [...] the old word
froth meaning ethymologically ‘wise by experience’, but
it had connections with legends of the Golden Age in North” (Nos
italiques). Il n’y a guère de doutes que les légendes en questions
soient celles avancées par Shippey concernant le roi Frothi.
[144] Certes, la légende de Frodo ne se veut pas parallèle sur le
plan chronologique (à l’opposé du roi Frothi), mais seulement sur
le plan moral.
[145] C’est à la tentation d’utiliser l’anneau, bien sûr, que l’on
pense d’abord, qui signa les chutes de Boromir et Saruman mais ennoblit
ceux qui résistèrent (tels Gandalf et Galadriel). On peut néanmoins
songer à d’autres types de tentations: celle du désespoir dans la
lutte (Denethor) ou de la rupture d’un serment moral (à laquelle résiste
Aragorn).
[146] Il s’agit en fait de l’intervention divine d’Eru comme le souligne
l’auteur dans une lettre (lettre n°246, Letters p.325-32).
[147] A l'image de Caïn, il devient paria - mais aussi monstre
- car il est le meurtrier originel de la société hobbite en tuant
son frère, Déagol, par jalousie; ce n’est pas un hasard si la ressemblance
à Grendel, le monstre de Beowulf, se poursuit dans le fait
que celui-ci soit désigné dans le poème comme descendant de Caïn.
[148] SdA, appendice A, p. 1099. Tolkien donne cette traduction :
“ I gave Hope to the Dunedain, I have kept no hope for myself ”.
[149] En ce qui concerne l’épée, on rapprochera plus volontiers Anduril
surnommée “ l’épée-qui-fut-brisée ” à l’arme que reçoit
Perceval dans le Conte du Graal, et qui sera amenée à n’être
brisée qu’en une circonstance connue uniquement par celui qui la forgea.
Cf. Le Conte du Graal, v.3130-90.
Une occurrence pourtant rapproche aussi Anduril d’Excalibur :
la clarté surnaturelle qu’elles dégagent. Ainsi, dans La Morte
d’Arthur de Malory, I. 9, il est dit que l’épée “ was so
bright in his enemies’ eyes that it gave a light like thirty torches ”.
La puissante clarté de l’épée d’Aragorn est soulignée à maintes reprises
(Cf. par exemple, SdA, p.294 “Very bright was the sword ”).
[150] A ce sujet, voir 3°) de ce chapitre.
[151] A ce sujet, lire La chute de Gondolin dans le Livre
des Contes Perdus.
[152] Cf. l’article Horwendillus de G. Dumézil (in Mythes
et Dieux des scandinaves, Bibliothèque des sciences humaines,
Gallimard, Paris, 2000, p.273-281)
[153] C’est également à l’archange Saint Michel qu’Earendil fait écho :
comme celui-ci, il est un pourfendeur de dragons (Cf. Apo 12 :7-13
et Silm, p. 252) et comme celui-ci il n’éradiquera pas le Mal :
le Dragon biblique n’est pas mort et l’Ancalagon tolkienien n’empêchera
pas sa race de perdurer jusqu’à Smaug ni le mal de survivre ensuite.
[154] Cf. Humphrey Carpenter, Bio, p.81
[155] Tolkien suggère clairement que l’immortalité des elfes est un
leurre, car ils sont liés au sort du monde, tandis que les hommes
ne sont qu’ “ invités ” sur Arda, et destinés à la
véritable immortalité, par-delà les bornes du monde. L’article “ L’ombre
de la mort ” chez Tolkien, de Michaël Devaux, clarifie
cette question.
[156] Contrairement à l’opinion générale, les hobbits sont des Atani
(hommes) à part entière comme en atteste une note de l’auteur (Cf.
Letters, p. 158) : “ The Hobbits are of course, really
meant to be a branch of the specifically human race (not Elves or
Dwarves). ”
[157] Cité par son ami George Sayer dans l’article Recollections
of J.R.R. Tolkien, in Tolkien : A Celebration, HarperCollins,
Fount, Londres, 1999 , p.11.
[158] La première utilisation du Phial ramène Sam au souvenir de la
Dame de Lorien (cf. p. 746-7).
[159] “I was particularly interested in your remarks about Galadriel.
. . . . I think it is true I owe much of this character to Christian
and Catholic teaching and imagination about Mary, but actually Galadriel
is a penitent” (cf. Letters, p. 407).
[160] Cf. Charles A. Coulombe, A Catholic view in Tolkien
: A Celebration; p. 58-9.
[161] Dans la lettre 182 (Cf. p.237), Tolkien souligne l’importance
de ce thème : “[The Lord of the Rings] is planned to be ‘hobbito-centric’,
that is, primarily a study of the ennoblement (or sanctification)
of the humble”.
La parenthèse est ici garante de l’aspect spirituel de cet ennoblissement.
Lire à ce propos, l’étude convergente de Vincent Ferré (in Tolkien :
sur les rivages de la Terre du Milieu, p.234-8).
[162] Ainsi est-elle décrite après la scène qui la montre tentée par
l’anneau: “and lo! she was shrunken: a slender elf-woman, clad in
simple white whose gentle voice was soft and sad” (Cf. SdA,
p.385).
[163] Lettre citée par Randel Helm dans Tolkien’s World, HMCo., New
York & Londres, 1974.
[164] Tolkien avoue dans plusieurs lettres qu’une fin ne peut être
totalement heureuse. Cela ouvre une nouvelle dimension au terme d’eucatastrophe.
[165] A ce propos, lire lettre 246, qui explique les conditions morales
qui permirent à Frodo d’être sauvé par la Grâce alors qu’il succombait
à la tentation de l’anneau (p.325-6).
[166] Cf. Tolkien Author of the Century; “a kind of anachronism”
(p.176) “he uses the significant and in a way illogical adjective
‘heathen’”(p.177).
[167] Le texte Athrabeth Finrod ah Andreth déjà évoqué plus
haut cautionne au moins partiellement cette hypothèse.
[168] A ce propos, lire Régis Boyer, L’Edda poétique, p. 19
[169] Nous adoptons ici une expression de Shippey qui nous semble
bien montrer l’aspect volontairement intermédiaire du légendaire tolkienien
autant sur ce plan cosmogonique que sur le plan idéologique. La foi
de l’auteur l’empêchant par souci d’humilité de “ réécrire ”
la bible mais lui dictant une morale, il se doit de trouver un schéma
qui allie la tradition des mythes imparfaits et les idées fondatrices
du Mythe chrétien comme le monothéisme et la Chute.
[170] Un texte comme Une description de l'ïle de Numenor (in
Unfinished Tales) décrit des scènes d’offrandes et de cérémonies
religieuses à Eru au sommet du Meneltarma, montagne sacrée de Numenor
(p. 214-5).
[171] Le caractère de Tulkas est emblématique de sa fonction :
il signifie "le hardi" dans le légendaire. On notera que
Tolkien a ici procédé à un clin d’œil linguistique quant à l’étymologie
de son propre nom : Tulkas, dans une interprétation externiste
(c’est-à-dire externe vis-à-vis du légendaire) est un mot lithuanien
de même origine que Tolkien (cf. Letters, p.428-9).
[172] Aulë est l’archétype de la divinité productrice:
révéré par Noldor et Nains, il est “smith and master of all crafts
[…] his [works] are the gems that lie deep in the Earth and the gold
that is fair in the hand, no less than the walls of the mountains
and the basins of the sea. Son épouse, Yavanna, est des Valier celle
qui symbolise le plus la fertilité comme le souligne son surnom “ the
Giver of the Fruits ” (cf. Valaquenta, in Silm.
p.27 “she is the lover of all things that grow in the earth [...]
from the trees like towers in forests long ago to the moss upon stones
or the small secret things in the mould.”).
[173] A rapprocher de l’idée d’un certain panthéisme de Tolkien ;
lire Jane Chance, Tolkien’s Art : A Mythology for England,
p. 192-3.
[174] Cf. Letters, p. 286.
[175] Ainsi, il écrit à W.H. Auden (Letters, p.243) :
“In my story I do not deal with absolute Evil. Ido not think there
is such a thing, since that is Zero. I do not think at any rate any
‘rational being’ is wholly evil. Satan fell. In my myth, Morgoth fell
before Creation of the physical world. [...] It is about God, His
sole right to vivine honour. The Eldar and the Numenoreans believed
in The One, the True God, and held worship of any other person an
abomination.”
Les lettres 131 et 212 s’étendent sur les points communs et différences
entre le mythe tolkienien et le “ christian myth ”.
[176] L’ouvrage collectif Tolkien: A Celebration, est un
exemple de la multiplication des lectures chrétiennes de l’œuvre durant
ces dernières années.
[177] “ There was Eru, the One, who in Arda is called Iluvtar ”.
L’expression “ The One ” dans le Silmarillion est à l’origine
de plusieurs études sur la relation entre la pensée religieuse de
Tolkien et la doctrine de l’unité des néo-platoniciens.
[178] Sur cette question, on se doit de garder à l'esprit la distance
de tonalité entre les différents narrateurs de l'oeuvre et l'auteur
lui-même: Aelfwine peut évoquer les Valar comme des dieux alors que
ce n'est pas la position d’un Rumil, d’un Pengolodh ou du “ traducteur ”
J.R.R. Tolkien.
[179] Cf. HoME X, p. 239-40
[180] C’est un lien attesté par l’auteur. Tous deux sont voyageurs
parmi les hommes. Le motif du chapeau est également commun. G. Dumézil
qualifie Odin de “ plus puissant des magiciens ” et “ maître
des runes ” (Cf. Mythes et Dieux des Indo-européens ;
p. 145).Ce sont des caractéristiques parfaitement valables pour Gandalf
comme l’attestent sa victoire sur Saruman (SdA ; livre
III, chapitre X) et sa capacité à lire les caractères runiques du
livre de Mazarbul (SdA, p. 339-40).
[181] Cf HoME X, p. 361-2
[182] Dans les deux cas, c’est la démesure de l’orgueil humain qui
est punie.
[183] Le titre de Narn i hîn Hurin publié dans Unfinished
Tales est une erreur de l’éditeur Christopher Tolkien, le véritable
titre définitif du texte manuscrit étant Narn i chîn Hurin.
[184] Par contre, Tolkien suggère clairement qu’Eru est intervenu
directement sur Orodruin, la montagne du Destin. (Letters,
p. 326).
[185] C’est par exemple de manière tout à fait consciente que Tolkien
décida de ne rien réutiliser de l’aspect “ vulgaire ” de
l’imaginaire celte des Mabinogi. Son amour pour le vieux gallois
était contrebalancé par une certaine distance vis-à-vis de l’esthétique
des mythes celtes. Il écrit à Stanley Unwin en 1937 : “ I
do know Celtic things (many in their original languages Irish and
Welsh), and feel for them a certain distaste: largely for their fundamental
unreason. They have bright colour, but are like broken stained glass
window reassembled without design. They are in fact ‘mad’ as your
reader says – but I don’t believe I am.” (Letters, p. 26)
[186] Le Kalevala, par Elias Lonnröt traduit du finnois par
Gabriel Rebourcet, Gallimard, coll. L’aube des peuples, Paris, 1991.
[187] Cf. son article sur les sources de ce conte sur le site de la
Fée. Les références sont indiquées dans la bibliographie.
[188] On trouve notamment : Adanedhel, Neithian, Thurin, Gorthol,
Agarwaen, Mormegil, et Turambar (Cf. aux index de Unfinished Tales
et du Silm).
[189] Cf. On Fairy-Stories, in Essais, p.153
[190] Comme le montre, par exemple, les vers 1387-89 déjà cités dans
la traduction de Seamus Heaney.
[191] A ce propos lire R. Boyer, Edda poétique : p.472
[192] Cf. Kalevala, tome 2, chant 35, p.191 : “ Elle
s’esquive du traîneau, / sitôt court jusqu’à la rivière, / vers le
rapide aux remous rudes, le tourbillon de flamme et braise / Bras
déployés pour le trépas / la fillette s’ouvre à la mort / elle prend
abri chez Mana, / à la merci des vagues rondes. ” Dans le conte
de Tolkien, Nienor se jettera dans les chutes de Cabed-en-Aras.
[193] Il y a malgré tout une évolution dans la narration de Bilbo :
les interventions du narrateur s’amenuisent et le récit perd peu à
peu son aspect enfantin pour prendre une teinte plus épique. C’est
une opinion soutenue par Lewis et étudiée par Jane Chance dans Tolkien’s
Art : A Mythology for England.
[194] Cf. Conférence sur Beowulf , in Essais p.16 “ The
dragon in legend is a potent creation of men’s imagination richer
in significance than his barrow is in gold ”.
[195] Mot de vieil anglais désignant le dragon et qui donna “ worm ”
(ver) en anglais moderne.
[196] Cf. La feuille de la Compagnie n°1, Cahier d’études tolkieniennes,
Editions L’œil du Sphinx, Paris, automne 2001 ; article de Michaël
Devaux : “ L’ombre de la mort ” chez Tolkien,
p.59-61.
[197] Cf. On Fairy-stories, in Essais p.153: “And lastly
there is the oldest and deepest desire, the Great Escape: the Escape
from Death.”
[198] Cf. Tolkien : Author of the Century; p. 128-143,
chapitres “two views of Evil” et “Evil and the Ring”.
[199] Cf. Narn i Chîn Hurin, p.86-89 in Unfinished Tales,
chapitre “The Words of Hurin and Morgoth”.
[200] Nous sommes conscients que la tradition allégorique du monstre
existait au Moyen-Âge, comme c’est le cas pour les dragons blanc et
rouge des Prophéties de Merlin de Geoffrey of Monmouth. Mais
cette tradition n’est pas celle de Beowulf ou de la Völsunga
dans laquelle Tolkien s’inscrit.
[201] Rappelons que l’essai sur les contes de fées où il explique
ses théories littéraires date de 1938, soit une période durant laquelle
le Seigneur des anneaux n’était qu’une ébauche.
[202] Mircea Eliade, Aspects du Mythe, Gallimard, Paris, 1963.
[203] On Fairy-stories peut être lu comme une réaction à cette
conception. La conférence était d’abord - nous précise Christopher
Tolkien dans la préface des Essais - une lecture sur Andrew
Lang. On retrouve une opposition directe à la vision de Lang dans
la partie concernant les origines (Essais, p. 124).
[204] Comme l’écrit R. Boyer, la poésie scaldique “ refuse le
mot propre ”, et les heiti trouvent de nombreux échos
dans l’œuvre de Tolkien où, par exemple, la population khazad (les
nains), refuse de donner leur “ inner name ”, leur nom véritable,
auquel ils substituent un nom public.
[205] La Skaldskaparmal de Snorri signifie “ Art poétique ”
et éclaire, entre autres, le fonctionnement des kenningar.
Celles-ci se forment d’abord sur un fonds mythique : pour désigner
l’or, on utilise ainsi les expressions “ farine de Frodi ”
ou “ semence de Kraki ” car chacune met en scène une histoire
où le sort d’un personnage est lié à l’or. Les nombreux noms de la
poésie - tels “ sang de Kvasir ” ou encore “ boisson
ou ivresse des nains ” - lui viennent de l’histoire de sa création
(Cf. Edda, p.108-9, Skaldskaparmal, Deuxième chapitre).
[206] “ I should have prefer to write in ‘Elvish’ ”, (cf.
Letters p.219) |