|
Section « Le Légendaire » Fuseau « Affaire de volonté » |
| Atteindre la fin du fuseau | |
|
Affaire de volonté
- Les messages - |
|
|
Cedric le 13-08-2002 à 15:40 |
Enfin, par un grand effort, il parla, étonné d'entendre ses propres mots, comme si quelque autre volonté se servit de sa petite voix. Le Seigneur des Anneaux, éd. Pocket, vol. 1, p. 361 comme si quelque autre volonté se servit de sa petite voix : croyez-vous que cette phrase soit innocente ? Serait-il possible qu'une volonté extérieure se soit imposée à Frodon et que celui-ci ait été incité à dire les paroles qui allaient le lier à la mission de détruire l'Anneau. Evidemment, on pourrait prendre cette phrase au pied de la lettre et ne pas se poser autant de questions. Mais quand on connaît le pointillisme de Tolkien, on pourrait croire que c'est une allusion parfaitement voulue (??)
|
|
firnafin
le 13-08-2002 à 18:55 |
la lecture de cette phrase m'avait aussi laissée le méme sentiment. pour ma part, je pense que frodo a été "guidé" dans le choix a prendre serait ce par l'un des valars mais alors lequel? Ulmo pour qui l'interet envers les gens peuplant les terres du millieux ne se serait pas estompait, ou alors Eru lui méme, je ne pense pas que ces 2 solutions soit les bonnes. Peut etre est ce Gandalf qui a inspiré cette phrase,connaissant la capacité des hobbit a ce surpassé face a l'epreuve et peut etre voulant faire connaitre les semi-hommes aux elfes et aux autre races. je ne sais plus si c'est dans le livre ou dans le film, mais a un moment Galadriel dis quelque chose comme" vous avez été designez pour etre le porteur de l'anneau et si vous ne parvenez pas a la fin de votre quete, personne n'y arrivera." Cette phrase montre bien que frodon a été "choisi" donc cela prouve la présence d'une volonté exterieure.
|
|
stonelas
le 16-08-2002 à 15:13 |
Salut S'il est dit que Frodon est instrument de la Providence (lettre n°246 semble t-il), je ne pense pas que ce soit à prendre au pied de la lettre non plus. J'explique mon point de vue objectivement subjectif. |
|
NIKITA
le 16-08-2002 à 21:54 |
En relisant cette citation, j’ai tout de suite penser à ces passages de la Bible où les personnages qui vont accomplir de grandes actions se mettent à parler sous l’inspiration de Dieu. Voici deux exemples : Yahvé s’adresse à Moïse avant son envoi en mission : Jésus envoie en mission ses apôtres : Il est notable que dans ces deux exemples, à chaque fois, la divinité choisit des hommes ordinaires pour accomplir sa volonté et que ses paroles ont pour but de les rassurer en leur disant qu’elle sera leur guide dans cette mission qui s’annonce difficile voire dangereuse pour leurs vies puisqu’elle leur dictera leurs propos. Ces parallélismes me font donc pencher en faveur d’une interprétation « chrétienne » du passage : Frodo est l’élu choisi pour la mission et ses paroles dépassent sa propre volonté. Tout cela est bien entendu très diffus comme toutes les références religieuses dans le SDA. |
|
stonelas
le 18-08-2002 à 02:54 |
Nikita, Il y a là une question de perception de la foi et plus précisément de Dieu, de ses desseins et de la façon dont nous les percevons. L'interprétation de la bible est laissée à la sensibilité spirituelle de chacun. A priori, nous sommes tous d'accord en ce qui concerne le message principal qui ressort de cet ouvrage. Mais les chemins pour appréhender ce message semblent être multiples. L'essentiel étant sauf puisqu'au bout du compte, nous nous rejoignons. Pour ma part, là aussi, je ne perçois pas les citations que tu as choisis de façon directe. En l'occurrence : « Mais, quand on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. » (Evangile selon St Matthieu 10,19-20) Voilà pourquoi, je ne peux me résoudre à penser que Frodon est influencé. Simplement, en le sollicitant, on le laisse entrevoir ce dont il est capable. Mais la décision finale lui appartient totalement. Il reste libre de son choix. Dieu n'est pas un "manipulateur". Ce serait plutôt un "éducateur". Il nous exhorte à découvrir ce qu'il y a de grand en nous. C'est une différence fondamentale à mes yeux. C'est en tout cas ma compréhension de Dieu. Bien que je ne le perçoive pas de façon commune, comme une entité dirais-je. Mais se serait sans doute délicat à expliciter et je ne veux pas dévier du sujet de départ. Pour conclure, je penche en faveur d'une interprétation chrétienne du passage, tout comme toi. Pourtant, nous n'avons pas le même avis en ce qui concerne ce qui nous intéresse ici : Frodon a t-il été influencé ? Je trouve cela intéressant :-) Cédric, ton sujet de réflexion m'aura fait cogiter plus que de raison ! Je suis claqué et Morphée pionce depuis longtemps. Si elle se réveille, je te colle tout sur le dos ;-)) |
|
Vinyamar
le 21-08-2002 à 18:45 |
Non pas influencé, mais aidé Parfois, bien que le choix soit pris, il est difficile et pénible de le prononcer à haute et claire voix. En répondant aux citation bibliques de Nikita, je dirai donc aidé (et dans le monde Tolkien, le Père (Eru) existe et son esprit aussi. Stonelas, tu n'as pas l'impression que ton explication, bien qu'intéressante, tire vraiment les cheveux un peu fort. Tu ne peux pas faire dire ça (si loin je veux dire) à un texte qui dit le contraire. Enfin, c'est aussi une impression que l'on peut avoir (que sa voix ne nous paraisse plus la nôtre) quand on parle en ayant l'impression de vivre un moment iréel. L'explication est peut-être bêtement humaine, mais connaissant Tolkien, ça m'étonnerait. |
|
stonelas
le 21-08-2002 à 21:12 |
Vinyamar > Stonelas, tu n'as pas l'impression que ton explication, bien qu'intéressante, tire vraiment les cheveux un peu fort. Tu ne peux pas faire dire ça (si loin je veux dire) à un texte qui dit le contraire. Salut Vinyamar, Ce "texte" est un extrait de la Bible. Il ne s'agit pas d'un écrit cartésien. Une lecture intellectuelle stricto sensu des évangiles fait obstacle au sens profond du récit allégorique. Rationaliser ce passage hors contexte me semble aléatoire. Cela reste du domaine de mes convictions :-)
|
|
Ylem
le 22-08-2002 à 21:56 |
Frodo aurait été guidé ou soutenu par Eru au moment de son choix ? Mmmm… Il est vrai que les écrits bibliques foisonnent de passages témoignant de l’intervention divine dans le destin des hommes. Quelques exemples ont été donnés plus haut et point n’est besoin de rappeler d’importance de la pensée chrétienne dans les écrits de Tolkien. (Ton interprétation, Stonelas, m’est apparue fort pertinente – La question de la liberté de choix et de la maîtrise du destin, sujet à mon sens, central dans l’œuvre de Tolkien, mériterait sans doute un fuseau à elle seule). Il est vrai que Gandalf dit lui-même : « Derrière cela (la découverte de l’Anneau par Bilbo), il y avait quelque chose d’autre à l’œuvre en dehors de tout dessin du Créateur de l’Anneau. Je ne puis le faire comprendre plus clairement qu’en disant que Bilbo était destiné à trouver l’Anneau, et pas par la volonté de celui qui l’avait créé. Et c’est peut-être là une pensée encourageante » (Livre I Chap. 2)
… Eru n’est, il me semble, jamais cité comme tel dans le SDA, tandis que dans le Silmarillion, il ne semble guère s’être préoccupé ou être intervenu dans la vie de ses Enfants installés en Terre du Milieu. En conclusion, il me semble difficile de trouver, dans le texte, un argument qui donnerait une réponse claire. De ce point de vue, la question, comme bien d’autres, reste ouverte. Subjectivement, j’ai tendance à voir dans le sentiment de Frodo, la simple réaction humaine de quelqu’un de profondément simple et modeste, qui prend une décision extrêmement difficile et lourde de conséquences, et qui l’exprime devant un parterre de personnalités, ma foi, assez impressionnant. Ylem
|
|
paulo
le 23-08-2002 à 14:58 |
Moi, je pense que Frodon a été influhensait par l'anneau car ne l'avait-il pas déjà utiliser plusieurs fois ? Son désir de le garder et profon et grand car même en ne l'ayant que garder, quelque années, il a ésité à le cofier à Gandalf avant qu'il lui explique son ipotese sur ce qu'était l'anneaux. De plus dans le conseil d'Elrond ( chp 1 liv 2 ) Gandalf dit que ,sous l'idée de Boromir ( je crois ), les habitant de l'autre côté de la mer se soucient peut des histoires de la terre du milieu. paulo P.S : Vous ne trouver pas que je me suis amméliorer en Orthographe. |
|
Ylem
le 23-08-2002 à 17:45 |
Bonjour Paulo. Puis-je te suggérer de préparer tes interventions sur un traitement de textes et de les passer au correcteur orthographique et grammatical avant de les copier dans le forum... (un simple copier/coller fonctionne très bien) Malgré tes efforts, il est vraiment fort difficile de te comprendre... Amicalement, Ylem. |
|
jean
le 23-08-2002 à 17:51 |
>Ylem Il y a un cas ou Eru intervient directement dans la vie d'Arda, c'est lors de la submersion de Numenor. Il est dit (je cite de mémoire car je n’ai pas mes livres avec moi) « Les valars abandonnèrent les rennes du monde « Cela semble indiquer que en temps ordinaire Eru fait confiance aux Valars pour la conduite des affaires du monde. Ses interventions sont rares et particulièrement spectaculaire. Dans le cas présent il s’agit tout simplement d’une modification totale de la forme d’Arda qui passe d’un monde plat à un monde Sphérique. C’est à mon avis le seul cas connu d’intervention d’Eru cordialement |
|
NIKITA
le 24-08-2002 à 14:59 |
Voilà ce qui arrive quand je poste des messages trop vite : on ne me comprend pas bien ! Stonelas, je n’ai jamais eu l’intention de démontrer que Frodo était « influencé » ni « téléguidé » par une divinité ! Ce n’est ce que dit la Bible (au contraire !!!), ce n’est pas non plus, je crois, ce que voulait suggérer Tolkien ici ! Tout ce que je voulais faire en rappelant ces citations, c’est montrer combien la formulation de Tolkien y faisait étrangement écho. Soyons clairs, l’homme d’après la Bible est on ne peut plus libre, c’est ce qui fait son bonheur mais aussi son malheur mais cette liberté accordée par Dieu est un bien inaliénable. Cela dit, tout lien avec Dieu n’est pas rompu et il arrive des moments où la volonté de Dieu rejoint celle de l’homme : c’est ce que je qualifierais de communion mais cela n’engage que moi… Dans le cas de Frodo, au moment où il prend sa décision, il découvre qu’il accomplit là une volonté supérieure, il se sent donc porté et non influencé dans son choix, aidé pour reprendre la formulation de Vinyamar. Voilà j’espère avoir été plus claire. Comme tu le dis, Stonelas, nos points de vue se rejoignent et c’est là l’essentiel même si le débat reste ouvert… |
|
Cirdan
le 25-08-2002 à 12:30 |
La lettre 246 du recueil The Letteres of J.R.R. Tolkien est claire pour qu'on puisse affirmer l'interventionnisme d'Eru sur Orodruin. "Frodo had done what he could and spent himself completely (as an instrument of Providence) and had produced a situation in which the object of his quest could be achieved.His humility (with which he began) and his sufferings were justly rewarded by highest honour; and his exercice of patience and mercy towards Gollum gained him Mercy: his failure was redressed." Les expressions "instrument of Providence" et "his failure was redressed" me semblent particulièrement significatives.
ps: |
|
stonelas
le 27-08-2002 à 13:45 |
Cirdan, Mon anglais est aussi rouillé que les feuilles d'automne. Cependant, la lecture attentive de cette lettre ne me permet aucune affirmation concernant l'interventionnisme d'Eru sur Orodruin. Cet extrait rend hommage à Frodon et "as an instrument of providence" met en relief l'abnégation du hobbit sans pour autant signifier que ce dernier est l'instrument d'Eru. "his failure was redressed" - Frodon "rachète" sa défaillance en faisant preuve de miséricorde envers Gollum. Ce rétablissement, il ne le doit qu'à lui-même. Je reste sur ma position initiale. Quelles que soient les situations auxquelles Frodon est confronté, le libre arbitre lui reste acquis. Je suis néanmoins ouvert à toute autre interprétation. C'est un sujet de réflexion fort intéressant qui mérite de perdurer. stonelas |
|
Ylem
le 27-08-2002 à 14:10 |
Bonjour Cirdan. Un petit mot pour dire que je partage l'avis de Stonelas qui a juste été plus rapide que moi pour te répondre dans ce même sens. Après relecture, je n'ai pas non plus trouvé d'indication explicite comme quoi Gandalf aurait été "ramené à la vie matérielle" grâce à l'intervention d'Eru en personne. Mais peut-être ais-je laissé échapper quelque chose ? Ylem. |
|
tthingol
le 27-08-2002 à 15:13 |
Salutations Je n´ai pas vu sur ce fuseau de théorie qui implique la volonté de l´anneau dans les paroles de Frodon. L´anneau a une réelle volonté sur son porteur (je pense que c´est difficilement discutable) et peut-etre croit-il qu´il pourra maitriser Frodon. Après tout, notre ami hobbith ne compte pas parmi les plus grands sages de son temps et il a déja failli succomber à la volonté de l´objet (cf.le voyage vers Bree, l´arbre et le nazgul). De plus, Frodon a déja fait une erreur et s´est montré (cf. Bree, la salle et la chanson). L´anneau le croit donc faible et il est vrai qu´il y a des personnes plus dangereuses qui pourraient prendre l´anneau (Gandalf, Aragorn, Elrond, Boromir, Glorfindel ...). Evidemment, cela pose le problème d´une possible conscience de l´anneau mais cette explication peut en partie expliquer cela, je crois. De plus, c´est peut-etre le mal du porteur qui commence à atteindre frodon : il répugne à le voir porter par qqun d´autre mais cela lui parait étrange car il en est encore conscient et spectateur tant il est vrai que les vertus de Fondcombe (aidé par l´anneau d´Elrond et en plus, à ce moment là, par celui de Gandalf) pourraient permettre à Frodon de percevoir ses sentiments (de possesion en l´occurence) comme s´ils lui étaient étrangers. |
|
Vinchmor
le 27-08-2002 à 15:25 |
Je m'incruste sur ce fuseau simplement pour dire à tthingol que sa théorie est très séduisante. Namárië Vinch' |
|
tthingol
le 27-08-2002 à 16:14 |
Cher maitre Je ne saurais exprimer le ravissement ou je suis quand je vois que mes timides théories ont la gloire et la chance d´arriver jusqu´à vos augustes oreilles et, j´ose le penser, les intéresser à un sujet qui m´est cher. Votre très humble et respectueux serviteur, tthingol PS:je sais, ca n´apporte rien et ca ne sert à rien pour le débat et je m´en excuse très platement auprès du maitre Cédric le grand (son nom puisse-t´il etre loué par les peuples libres tant que durera le royaume des valar), mais on ne me fait pas souvent des compliments et je ne pouvais pas, au nom de mon éthique, ne pas remercier le généreux bienfaiteur de ce charmant pamphlet. |
|
stonelas
le 27-08-2002 à 18:37 |
tthingol le 27-08-02 > Je n´ai pas vu sur ce fuseau de théorie qui implique la volonté de l´anneau dans les paroles de Frodon. (...) paulo le 23-08-02 > Moi, je pense que Frodon a été influhensait par l'anneau (...) tthingol, J'ai également omis la lecture du post de paulo. J'apprécie d'autant plus ton intervention ;-) La discussion s'est focalisée sur une hypothétique intervention d'Eru. Je ne vais pas dans ce sens pour les raisons explicitées plus haut. En revanche, la théorie selon laquelle l'anneau insufflerait une volonté à Frodon pour mener ce dernier à sa propre perte me semble séduisante. Enfin, par un grand effort, il parla, étonné d'entendre ses propres mots, comme si quelque autre volonté se servit de sa petite voix. A cet instant, si influence il y a, je l'accorde volontiers à l'anneau. Cela donne une dimension de malignité à la mesure de Sauron. Mais quel est ton sentiment concernant Eru ? |
|
Vinchmor
le 28-08-2002 à 11:37 |
Suilad, Le post de tthingol m'a fait pas mal cogiter (à ce propos, il est disproportionné de m'appeler Maître, tout le mérite de ton intervention te revient). J'ai trouvé un passage dans le SdA des plus intéressants: Soudain un sentiment d’urgence qu’il ne comprenait pas s’empara de Sam. C’était presque comme un appel : Qui lance cet appel ? Certainement pas l’Anneau. Cependant à mon sens, celui-ci a également senti cet appel car quelques lignes plus bas : Frodon s’y hissa ; puis, comme mu par quelque impulsion, il se tourna lentement face à l’Est. Au loin planaient les ombres de Sauron ; mais, déchirés par une grande agitation intérieure, les nuages enveloppants tournoyèrent et s’écartèrent un moment ; et il vit alors, dressée toute noire, plus noire et sombre que les vastes ombres au milieu desquelles elle s’élevait, la plus haute tour de Barad-dûr avec ses cruels pinacles et son couronnement de fer. Elle ne se détacha qu’un moment, mais comme d’une grande fenêtre incommensurablement haute, jaillit vers le nord une flamme rouge, le clignement d’un Œil perçant ; et puis les ombres se replièrent et la terrible vision disparut. L’Œil n’était pas tourné vers eux : il observait le nord, où les Capitaines de L’Ouest luttaient en désespérés, et toute sa malice était axée sur ce point, comme la Puissance s’apprêtait à frapper son coup décisif ; mais Frodon, à cet horrible aperçu, tomba comme mortellement frappé. Sa main chercha la chaîne qu’il avait au cou. Donc nous n’aurions pas une mais deux volontés antagonistes et Frodon serait écartelé entre les deux. Namárië Vinch’ |
|
tthingol
le 28-08-2002 à 14:55 |
Vinchmor, Ton explication me semble intéressante et soulève en moi qques doutes par rapport à l´interprétation que j´avais eu de ces passages. Je t´en remercie profondément. Votre serviteur, dont les rares neurones subsistants sont mis à rude épreuve depuis qu´il s´est inscrit, tthingol. |
|
stonelas
le 28-08-2002 à 15:10 |
Plus je repense à la proposition de ttinghol et plus je m'en éloigne. Certes, je suis enclin à penser que le mal verse dans la manipulation contrairement au bien. L'idée que l'anneau impose sa volonté à Frodon afin de le conduire à Sauron pourrait cadrer avec la malignité de ce dernier. Mais Sauron peut-il exercer un tel pouvoir à travers l'unique ? Je ne le crois pas et je vais y revenir. Je pense toujours que le combat intérieur de Frodon ne peut être réduit à un duel de volontés extérieures. J'y verrais presque un appauvrissement de l'oeuvre. Les protagonistes ne seraient finalement que des marionnettes entre les mains de puissances antagonistes. Des instruments juste bons à accomplir leurs desseins. L'intensité dramatique de l'oeuvre naît de cette pâle lueur d'espoir qui chancelle au milieu d'un gouffre abyssale de désespérance. Le destin de Frodon lui a été révélé. L'accomplissement de sa charge revient entièrement au hobbit. Le libre arbitre est sa souffrance. Influencé, il n'aurait pas été soumis aux tourments que nous savons. J'en reviens à l'anneau dont le pouvoir ne peut se substituer radicalement à celui de la volonté de Frodon. Prenons, par exemple, l'extrait que tu as choisi Vinchmor. L'oeil ne pourrait se tourner vers Frodon lorsque l'unique conduit son porteur à la vue de Barad-dûr ? Sachant que l'anneau et Sauron ne font qu'un, nous frôlons l'hérésie. Donc nous n’aurions pas une mais deux volontés antagonistes et Frodon serait écartelé entre les deux. Frodon n'est pas seul dans son périple mais nulle volonté extérieure ne s'impose à lui. Oui, il est écartelé. La lutte est faramineuse et son esprit se déchire lorsque sa propre volonté exprime une dualité. Ici, l'éternel combat du bien contre le mal trouve ses lettres de noblesse. stonelas. |
|
Vinchmor
le 28-08-2002 à 15:31 |
Stonelas, Dans la première citation il est clair, à mon sens, qu'il y a une intervention extérieure puisque Sam et Frodon l'entendent; j'y vois là une preuve que quelque chose veille sur la quête. Dans la seconde, à mes yeux, l'Anneau pousse Frodon à regarder vers Barad-dûr (d'ailleurs est-ce l'Unique qui écarte les nuages???)pour briser sa volonté. L'Anneau doit commencer à se douter de quelque chose, si on peut dire, car il a déjà reconnu la Montagne du Destin par le passé (je pourrais vous retrouver le passage précis dans les Deux Tours si vous le souhaitez) et il doit se rendre compte qu'il a du mal à imposer sa volonté à ce hobbit. L'oeil ne pourrait se tourner vers Frodon lorsque l'unique conduit son porteur à la vue de Barad-dûr ? Sachant que l'anneau et Sauron ne font qu'un, nous frôlons l'hérésie. Mais, je te rejoins sur le fait que Frodon garde son libre arbitre, ce qui fait toute la beauté de cette oeuvre. Et il doit essayer de rester lui-même au milieu des ces puissances qui écartèlent son corps, son esprit et son âme. Vinch' |
|
tthingol
le 28-08-2002 à 16:12 |
Stonelas, Il est vrai que je n´avais pas vu le post de Paulo et j´en suis profondément désolé. |
|
tthingol
le 28-08-2002 à 16:38 |
Salutations, Tout d´abord, je voudrais m´excuser pour le récent message. J´avais oublié de le poster il y a 40 minutes. Il n´est donc plus d´actualité. tthingol |
|
stonelas
le 28-08-2002 à 17:32 |
Vinchmor, ton post précédent m'a laissé penser qu'il étayait la théorie proposée par tthingol dans son premier post. Théorie qui, je cite tthingol, implique la volonté de l´anneau dans les paroles de Frodon. Je commente quelques passages postés par tthingol (en abordant ma "définition" du pouvoir de l´anneau et la manière dont il influence le porteur) : L´anneau a une réelle volonté sur son porteur (je pense que c´est difficilement discutable) Je le discute. A mon sens, l'anneau n'applique pas sa volonté. il fait naître un vil désir de pouvoir, de possession propre à son porteur. L'unique est un tentateur. Il éveille ce qu'il y a de plus sombre en l'individu. Si ce dernier à la force de ne pas céder à ses plus basses aspirations et donc de "servir" l'anneau, un combat intérieur s'en suit. il répugne à le voir porter par qqun d´autre mais cela lui parait étrange car il en est encore conscient et spectateur En effet, Frodon répugne à le voir porter par quelqu'un d'autre. L'anneau a fait son oeuvre. Frodon n'est pas détaché des considérations matérialistes de possession comme peut l'être Tom Bombadil. On peut alors imaginer qu'il se propose, à Fondcombe, pour cette raison. Mais je ne le pense pas. A cet instant, Frodon a le dessus sur l'unique qui commence à "travailler" sur le porteur. Je pense qu'il fait ce choix librement car il commence à cerner l'action de l'anneau : la "corruption des âmes". Il saisit toute la dimension et l'urgence de la quête. Aussi et malgré le fait qu'il ne sache pas comment y parvenir, il prend la ferme résolution de le détruire. Il est possible que la présence de Gandalf ou le fait d'être dans la demeure d'Elrond lui octroie le courage de prendre sa décision. Mais il n'est point question de magie, c'est là un sentiment simplement humain. Evidemment, cela pose le problème d´une possible conscience de l´anneau Oui ! Lorsque j'écris L'oeil ne pourrait se tourner vers Frodon lorsque l'unique conduit son porteur à la vue de Barad-dûr ? Sachant que l'anneau et Sauron ne font qu'un, nous frôlons l'hérésie. tthingol >> J´attends avec impatience les théories de ceux qui croient encore dans les interventions des valars au A. Puissent-ils me convaincre! idem stonelas. |
|
tthingol
le 28-08-2002 à 17:39 |
Stonelas, Je suis d´accord avec toi pour ne pas trop donner de conscience à l´anneau mais l´explication d´une possible conscience de Frodon de l´urgence de sa cause me parait chancelante. Revenons à la citation. Si il y avait cela dans la décision de Frodon, il y aurait qqc d´écrit là-dessus mais non. La raison est inconnue et apparement le reste pour nous aussi. tthingol |
|
tthingol
le 28-08-2002 à 17:42 |
Il me faut aussi dire que je ne suis pas d´ac avec toi quand tu dis: "Frodon n'est pas seul dans son périple mais nulle volonté extérieure ne s'impose à lui." Je reprends la citation qui montre bien la présence d´une volonté extérieure : Enfin, par un grand effort, il parla, étonné d'entendre ses propres mots, comme si quelque autre volonté se servit de sa petite voix. - J'emporterai l'Anneau, dit-il, encore que je ne connaisse pas le moyen. Il y a encore matière à réflexion, je crois. tthingol |
|
stonelas
le 28-08-2002 à 18:09 |
tthingol, Cette citation ouvre le sujet et je développe mon point de vue dans de précédentes interventions. Je t'invite à les lire. En effet, il y a matière à réflexion. Des avis sont partagés mais l'interrogation de Cedric reste entière. Au plaisir de te lire. stonelas. |
|
NIKITA
le 28-08-2002 à 19:00 |
>Tthingol : Ta citation va peut-être nous permettre de recentrer le débat qui a pris des proportions impressionnantes. Encore une preuve, s’il en fallait, de la profondeur des écrits de Tolkien. N’avez-vous pas remarqué comment la syntaxe employée par Tolkien traduit tout le débat intérieur qui agite Frodo : « par un grand effort » nous indique combien cette décision est difficile à prendre pour Frodo Même constat quand Frodo prend la parole : « J'emporterai l'Anneau » : Voici une phrase affirmative au futur de l’indicatif par dessus le marché ! Je rappelle que l’indicatif est le mode du réel par opposition au conditionnel et au subjonctif : en effet Frodo aurait pu dire : « Je pourrais emporter l’anneau » ou encore « Il faudrait que j’emporte l’anneau ». Pas de trace d’hésitation ou de doute dans cette affirmation ! Pardon pour cette analyse stylistique mais elle me semble bien illsutrer le débat intérieur qui anime Frodo : est-ce sa volonté qui est tiraillée entre deux choix (rentrer chez lui ou accepter de mener la quête jusqu’au bout) ou n’est elle pas le terrain où se jouent plusieurs influences : Eru , l’Anneau Unique ? Je rejoins plutôt cette seconde hypothèse bien que je ne puisse pas le démontrer véritablement. Mon sentiment est que quelque chose de plus grand dépasse Frodo mais il n’en a pas moins de mérite à prendre cette décision exemplaire ! |
|
Vinchmor
le 29-08-2002 à 08:51 |
Suilad, Un nouveau jour se lève... En fait, et nous sommes apparemment tous d'accord, l'Anneau essaye de briser la volonté propre de Frodon. C'est dans cette optique que je vois la deuxième citation. L'Unique cherche à ce que le Porteur le passe au doigt et se révèle à Sauron. C'est le seul moyen qu'a l'Anneau pour attirer vers lui son Maître (Gentil Maître, Gentil). Donc entre sa volonté, ce vil désir de pouvoir dont Stonelas parle et ce curieux appel que les deux hobbits ont entendu, Frodon est entre le marteua et l'enclume. Les blessures qui résulteront d'un tel dilemne ne se refermeront jamais en Terres du Milieu. Namárië Vinch' P.S. la citation dont je parlais dans mon précédent post sur l'anneau qui "reconnait" le Mont du Destin se trouve dans le Retour du Roi et non les Deux Tours. |
|
tthingol
le 29-08-2002 à 14:46 |
Salutations Revenons au conseil d´Elrond et à la question de Cédric : Eorlindas! |
|
tthingol
le 29-08-2002 à 14:53 |
Nikita, Je pense que ton analyse est tout à fait pertinente et justifiée et, de plus, elle est excellente (ce qui ne gate rien). Mais peut-etre que la citation originale en anglais pourrait nous aider. tthingol |
|
NIKITA
le 29-08-2002 à 16:58 |
Merci tthingol pour tes compliments. Effectivement si l'on veut affiner l'analyse, on devrait se reporter au texte anglais mais je ne l'ai pas sous la main alors si quelqu'un veut bien se dévouer... Cela dit, je ne pense pas que l'on ait de grosses surprises mais on ne sait jamais... |
|
tthingol
le 29-08-2002 à 17:30 |
Salutations, Moi non plus, j´ai pas la version anglaise (oui mais bon j´en ai honte alors ca excuse un peu, non?). tthingol |
|
NIKITA
le 30-08-2002 à 12:35 |
Alors voilà, je viens de revisionner le film et il me semble que les paroles de Frodo sont à peu près exactes à celle du livre : « Il will take the Ring to Mordor… though I don’t know the way. » Si cela se confirme, je n’ai rien à rectifier à mon analyse. A part cela, certains passages du livre me sont revenus en mémoire, qui pourraient éclairer notre discussion. Ils sont tirés du chapitre II « L’ombre du passé » du tome I du SDA. Pour resituer le contexte, Gandalf retrace à Frodo le cheminement de l’anneau Unique. Il évoque notamment le fait que l’anneau soit tombé entre les mains de Bilbo : « Derrière cela, il y avait quelque chose d’autre à l’œuvre, en dehors de tout dessein du Créateur de l’Anneau. Je ne puis le faire comprendre plus clairement qu’en disant que Bilbon était destiné à trouver l’Anneau, et pas par la volonté de celui qui l’avait créé. Et c’est peut-être là une pensée encourageante. » (Folio Junior, p.107) Ce qui est encourageant ici, c’est que Gandalf partage aussi nos doutes et nos interrogations en ce qui concerne la volonté de l’anneau et son destin. Je précise à ce sujet que le mot « destiné » est en italique dans le texte : est-ce une réserve du traducteur ? En tout cas si Bilbo était destiné à recueillir l’anneau, Frodo s’inscrit dans cette lignée : nulle place pour le hasard… C’est d’ailleurs ce que dit plus clairement Gandalf quelques pages plus loin : « - Je voudrais bien n’avoir jamais vu l’Anneau ! Pourquoi m’est-il venu ? Pourquoi ai-je été choisi ? Le terme « choisi » est répété deux fois, reste à savoir par qui ? Il est bon d’ajouter pour être tout à fait complet que le fait d’avoir été choisi conserve à Frodo tout son libre-arbitre puisque que Gandalf lui dit plus loin lorsqu’il doit prendre la décision de quitter la Comté : « La décision est entre vos mains. » (FJ, p.117) Ou encore : « -J’aurais bien voulu que cela n’eût pas à se passer de mon temps, dit Frodon. A ce moment-clé de l’histoire Frodo a déjà pris sa décision (« Oui, je veux vraiment le détruire ! » FJ.p .116) mais il lui restera à l’affermir, c’est pourquoi je trouve intéressant de mettre en parallèle ces citations avec celle proposée par Cédric en préambule |
|
Vinchmor
le 30-08-2002 à 08:40 |
C'est extrèmement intéressant, merci Nikita d'avoir fouillé dans le SdA pour enrichir ce fuseau. Vinch' |
|
tthingol
le 30-08-2002 à 09:27 |
Excellente et grandissime recherche dont je ne saurais jamais assez te remercier, nikita. Ca me donne à réfléchir. tthingol |
|
Ylem
le 30-08-2002 à 12:11 |
Bonjour. Je me permets de rappeler une partie de mon intervention du 22/08...
Ylem. NB1 : Merci à Nikita de relever un second exemple d'une possible intervention extérieure dans le destin de Frodo. ("Vous avez été choisi") |
|
tthingol
le 30-08-2002 à 12:45 |
Salutaions Ylem, Je ne crois pas perso que Tolkien ait une vision pessimiste. Je crois que le bien et le mal ont leurs royaumes et cela dès le premier age oú Morgoth a la terre du milieu et les valars la terre des dieux à l´ouest. Ce que je crois, c´est que Tolkien ne va que là ou le mal est présent (et ca se comprend : quel interet de décrire aman dans ses jours bienheureux où rien ne se passe). On a description des terres d´Aman quand morgoth y est ou quand Feanor y provoque des perturbations. Puis on a description des terres du milieu où le mal était censé regner mais ce n´est pas le cas ! Donc, c´est plutot optimiste : au débit du 4ème age, le bien est sur les deux terres. Tout ca pour dire que je ne crois pas que les dieux soient derrière tout ca ( ce n´est plus vraiment leur terre : gandalf dit qu´ils s´en soucient peu maintenant) mais je réitère ma demande : si qqun peut me convaincre que les valars interviennent perso (en volonté j´entends) à la fin du 3A ou au 4A, je suis pret à lui accorder toute mon attention. ceci étant dit, ce n´est pas le sujet du fuseau mais le vrai sujet me demande encore qque réfléxion et qque relecture (ben oui du SDA comment vous avez deviné?). Au plaisir d´entendre qque nouvelle théorie sur ce fuseau décidément très riche. |
|
Vinyamar
le 30-08-2002 à 18:45 |
Nikita m'a devancé. je pensais en effet à ce passage, mais pas seulement. je voulais réagir devant ces sceptiques disant que chaque fois que Tolkien parle de Dieu, il le fait par voie détournée, parlant de chance, ou de sentiment. - Gandalf : « Derrière cela, il y avait quelque chose d’autre à l’œuvre, en dehors de tout dessein du Créateur de l’Anneau. Je ne puis le faire comprendre plus clairement qu’en disant que Bilbon était destiné à trouver l’Anneau, et pas par la volonté de celui qui l’avait créé. Et c’est peut-être là une pensée encourageante. " - On a aussi Gandalf parlant à Bilbo dans "le Hobbit", lui disant quil l'aime bien, mais qu'il n'est pas quelqu'un de si important pour avoir réalisé tout cela à lui seul sans une aide supérieure (qui désigne Eru, mais je ne me souviens plus de la phrase exacte - Tom Bombadil: "Hein quoi ? dit-il. Si je vous ai entendu appeler ? Non, je n'ai rien entendu, j'étais occupé à chanter. C'est simplement la chance qui m'a amené à ce moment, si vous appeler cela de la chance." - A fondcombe : Frodon et Gandalf "- C'est miracle que j'en ai réchappé ! / - Oui, la chance ou le destin vous ont aidé, sans parler du courage, dit Gandalf" - Gandalf au sujet de Frodon: "Mais il faut bien s'y attendre, se dit Gandalf. Il n'en a ps encore à moitié terminé, et à quoi il arrivera en fin de compte, pas même Elrond ne saurait le prédire. Pas à du mal, je pens. Il pourrait devenir comme un mirroir empli de claire lumière pour les yeux capables de voir" - Elrond lors de son conseil: "Voilà la raison pour laquelle vous êtes rassemblés. Rassemblés dis-je, bien que je ne vous aie pas convoqués, étrangers de terres lointaines. Vous êtes venus et vous vous êtes rencontrés ici, à point nommé, par hasard, pourrait-il sembler. Mais il n'en est pas ainsi. Croyez plutôt qu'il en est ainsi ordonné que nous, qui ségeons ici, et nuls autres, devons maintenant trouver une ligne de conduite pour répondre au péril du monde." - Il me semble qu'il y en a bien d'autres encore, dont une au sujet du ven d'Ouest qui pousse le sbateau d'Aragorn à Minas Tirith juste à temps. Moi je trouve qu'Eru bosse pas mal, mais comme dit Yelm, d'une façon silencieuse. Et c'est finalement celle qui lui convient le mieux, et lui rend le mieux la dignité de sa toute puissance. Que dirait Eru ? "Attendez que j'y mette mon nez, vous autres mortels, vous allez voir !" Ce serait ridicule. Eru est ainsi préservé comme le tout supérieur. Sa volonté entre dans le monde discrètement. Tolkien disait qu'il voulait mettre dans ses romans la religion naturelle. Nommer à chque fois l'action d'Eru aurait abîmer cette poussée naturelle de la religion à partir des choses observées, et aurait gêné ses lecteurs. Je trouve qu'Eru au contraire est drôlement et efficacement présent, de manière divine, c'est à dire aimante en tout, sans jamais détruire ni renier ce qui a été, mais en créant de nouveau.
|
|
sosryko
le 30-08-2002 à 19:37 |
>>Vinyamar:- On a aussi Gandalf parlant à Bilbo dans "le Hobbit", lui disant quil l'aime bien, mais qu'il n'est pas quelqu'un de si important pour avoir réalisé tout cela à lui seul sans une aide supérieure (qui désigne Eru, mais je ne me souviens plus de la phrase exacte - Ainsi les prédictions des anciens chants se réalisent - dans un certain sens! dit Bilbo. - Bien sûr! dit Gandalf, et pourquoi ne se réaliseraient-elles pas? Vous n'allez pas refuser créance aux prophéties pour la seule raison que vous avez contribué à leur réalisation? Vous ne pensez tout de même pas que toutes vos aventures et vos évasions ont été le résultat d'une pure chance à votre seul bénéfice? Vous êtes une personne très bien, monsieur Baggins, et je vous aime beaucoup; mais vous n'êtes, après tout, qu'un minuscule individu dans le vaste monde [Bilbo le Hobbit, XIX.la dernière étape, LdPoche, p.312]
|
|
NIKITA
le 30-08-2002 à 22:48 |
Que de messages décidément ! Je vais tâcher de n’oublier personne… >Ylem : Rendons à Ylem ce qui lui appartient ! Mille excuses pour t’avoir volé la vedette en citant le même passage du SDA. Je ne saurais expliquer pourquoi je l’ai si vite oublié. Mettons cela sur le compte de l’émotion (je venais de visionner le film) et sur l’heure tardive ! Finalement tu es un peu pour moi comme Eru avec Frodo, un guide très discret… En revanche je ne partage pas ton avis sur le scepticisme de Tolkien. Comme Vinyamar l’a expliqué, Tolkien a volontairement débarrassé le SDA de toute allusion directe à la religion, laissant ainsi libre champ à l’interprétation du lecteur en fonction de ses propres convictions. D’autre part je ne ressens pas le silence d’Eru et son apparente indifférence comme un signe d’abandon des enfants d’Iluvatar mais comme la marque d’un profond respect. En les créant, il leur a fait un don immense : la liberté ! Cette liberté est certes à double tranchant mais quelle plus belle marque d’amour pouvait-il leur donner ? Certainement pas de les contrôler ! >Vinyamar : Tes citations sont éclairantes et elles me font penser à ce magnifique passage de la Bible où Dieu se manifeste à Elie dans le murmure d’une brise : « Et voici que Yahvé passa. Il y eut un grand ouragan, si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, en avant de Yahvé, mais Yahvé n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan un tremblement de terre, mais Yahvé n’était pas dans le tremblement de terre ; et après le tremblement de terre un feu, mais Yahvé n’était pas dans le feu ; et après le feu, le bruit d’une brise légère. Dès qu’Elie l’entendit, il se voila le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de le grotte. » (1 Rois, 19,11-13) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! >Sosryko : Je suis ravie de te voir de retour parmi nous mais j’ai surtout hâte d’entendre ton avis sur la question initiale de ce fuseau, surtout depuis que j’ai lu tes interventions sur l’excellent fuseau : « Le Silmarillion : mythologie ou chrétienté ? » |
|
sosryko
le 31-08-2002 à 04:15 |
Tu penses effectivement bien que j’ai quelque idée sur le sujet ; mais tu dois bien deviner déjà ma position ; de plus toi ou Vinyamar vous en sortez très bien sans moi, pour preuve : si j’avais eu le temps, j’aurais, entre autre, cité ce passage des Rois ;-) Pourtant, une précision sur ce texte biblique capital, qui n’est pas sans rapport avec le sujet qui nous préoccupe. L’expression hébraïque qol demama daqqa est une véritable énigme qui devrait provoquer le lecteur, mais que les traducteurs, depuis l’édition grecque de la Septante, ont préféré gommer avec la formule, belle mais réductrice, de ‘murmure/bruit d’une brise légère’. En réalité, le texte, mot à mot, devrait se lire « le son d’un silence fin ». Soit encore, parmi les traductions possibles : « une voix légère, comme un silence » et « une voix, un silence subtil ». Comment un silence peut-il être sonore, c’est-à-dire s’entendre ? Comment un silence peut-il être fin ? « La révélation de l’Horeb implique un renversement radical : Dieu n’est plus perçu ni comme une voix, ni comme force enthousiasmante, il est silence et ne peut être connu que dans le silence, c’est-à-dire de l’intérieur, dans l’abandon des sensations, du moi et donc de la puissance. » [Michel Masson, Université Paris-III, in Prophètes et Rois, Cerf, p.125 - c’est moi qui souligne] N’oublions pas qu’il s’agit là d’une révélation faite par Dieu à Elie. Pourquoi alors, doutons-nous que Tolkien, catholique se réclamant d’avoir écrit une œuvre catholique, ait pu faire intervenir Eru de manière subtile et invisible à la majorité de ses personnages (et lecteurs !) dans le cours de l’histoire du SdA ? ! ! « Dieu parle tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, Plus intéressant encore, la suite [Job 33 :15-16] : « Dans un rêve, dans une vision nocturne, Ne vous vient-il pas à l’esprit le nombre impressionnant de rêves ou de visions auxquels il est fait allusion dans le SdA ? « Mais s’il se trouve pour lui [l’homme sur le point de mourir] un messager [= un ange], un interprète, Si le texte hébreu est plutôt obscur et fait référence apparemment à l’action d’un envoyé mandaté par Dieu auprès de l’homme alité et mourant (Job), il n’en reste pas moins que nous avons là l’expression d’une ‘voix divine’ chargée de « dire à l’être humain son devoir », et, si ce dernier agit en conséquence (sous-entendu dans le texte), il se verra délivré (par Dieu) de la mort. L’action salvatrice de Dieu ne dépend pas de sa volonté, parce qu’elle est bonne à l’avance, elle dépend de l’acceptation de l’être humain de faire son devoir. Le salut de l’homme vient de Dieu mais l’homme doit faire sa part : entrer dans le plan de Dieu. Plan qui peut être parfois annoncé dans le tonnerre et le feu (Moïse au Sinaï), dans le silence (Elie sur l’Horeb), dans le sommeil ou dans la douleur (Job sur sa couche, souffrant), etc… Il ne me semble pas m’être trop éloigné du sujet : Frodo, inspiré déjà par plusieurs songes nocturnes et visions, une fois arrivé à Rivendell, est devenu sensible à la voix divine, voilà pourquoi il ressent l’urgence du moment comme une impulsion qui le dépasse (tout comme les prophètes, surtout Jérémie, sont animés du souffle divin lorsque Dieu les utilisent comme porte-parole, tout comme Samuel, tout petit, entend la voix de Dieu sans la reconnaître, parce que Dieu l’a élu, connaissant son coeur). Et Frodo, en acceptant de laisser sa bouche s’ouvrir va devenir un instrument de délivrance, non seulement pour lui, mais pour tous les êtres de la Terre-du-milieu : il est devenu « rançon ». Oh l’instrument n’est pas parfait (Job, Samuel ou Jérémie ont failli et douté eux aussi), mais ce qui compte c’est « l’être humain [qui accepte] son devoir ». Eru fait le reste. En silence. |
|
Finrod
le 31-08-2002 à 09:21 |
Quelle explication intéressante ! Décidément, tu nous reviens plus en forme que jamais :-) Finrod. |
|
Loki
le 31-08-2002 à 14:00 |
sosryko : "(...) Tolkien, catholique" Là, nous sommes d'accord sosryko : Loki, perplexe ;p |
|
sosryko
le 31-08-2002 à 15:09 |
Loki, Loki, You of little faith...juste une phrase qui lèvera tes doutes, puisque tu doutais des miennes : [Letters, L142 (2 décembre 1953), p.172] S. |
|
NIKITA
le 31-08-2002 à 18:51 |
Je n'ai qu'une seule chose à dire: Merci, Sosryko! |
|
Loki
le 31-08-2002 à 19:49 |
Grmbl ! La 142... J'étais en train d'éplucher la 153 pour la troisième fois pour être sûr de n’avoir rien raté :rolleyes: Quoi qu'il en soit, je ne partage pas votre interprétation "biblique" (devrais-je dire exégèse ? ;p) de ce passage. Pour caricaturer, le plan "ouvre la bouche, avale la pilule... voilà ! C’est bien ! Maintenant, en avant, marche ! Et en route pour le martyr" me parait un peu limite comme conception du libre arbitre (oui, je sais, j'y tiens. :D) Bon, je suis conscient de la légèreté de mon propos, alors je vais essayer d'argumenter plus sérieusement. 1°) Il y a une différence entre avoir des visions, des rêves ou des intuitions et voir ses paroles et sa décision dictées. Et si l’on suit votre raisonnement, l’hypothétique « autre volonté » qui s’imposerait à Frodo serait celle du Créateur. Et elle s’imposerait bien puisqu’elle parlerait à la place du Hobbit. Le Créateur dominerait-il même momentanément l’esprit d’un être libre (ce qu’est Frodo) alors que la définition du Mal dans l'oeuvre de Tolkien est justement la domination ou la tentative de domination des libres volontés ? De plus, avant d’énoncer ces paroles fatidiques, Frodo n’a pas pris de décision. Il est juste en proie à la peur, à l’appréhension « d’une condamnation qu’il avait depuis longtemps prévu et dont il espérait vainement qu’après tout elle ne serait jamais prononcée », à la tentation de rester, de s’arrêter là et de profiter du repos et de la paix. Selon vous, Frodo n’ayant pas encore pris sa décision, la volonté (du Créateur) la prendrait pour lui ? Alors qu’il s’agit justement d’un moment de crise (et de prise ?) de conscience ou il doit faire un choix par lui-même ? Cela ne serait-il pas en totale contradiction avec les paroles d’Elrond qui suivent juste après : « Mais c'est un lourd fardeau. Si lourd que personne ne pourrait l'assigner à un autre. Je ne le fais pas pour vous. Mais si vous l'assumez librement, je dirai que votre choix est bon » ? Hum… Non, décidément, la notion de « librement » devrait être sérieusement révisée si elle correspondait soudain à « comme si quelque autre volonté se servit de sa petite voix ». Ainsi que celle de bon choix ;) 2°) On pourrait alors faire appel à la psychanalyse et démontrer que cette « autre volonté » n’est rien de moins que le Surmoi de Frodo qui, gagnant la lutte contre son Ça (la peur et la tentation de rester et se reposer), lui fait prendre une décision altruiste, le pousse à se sacrifier pour la bonne cause. 3°) Enfin, et je rejoint un peu la conclusion d’Ylem, on pourrait y voir un effet de style mettrant en relief le débat intérieur qui secoue le Hobbit, une façon de montrer que ce dernier est obligé de se "surpasser" pour finalement prendre la bonne décision (sanctionnée comme telle par Elrond juste après). Éventuellement (et éventuellement seulement), Tolkien a pu vouloir profiter de l'occasion pour instiller l'idée d'un possible coup de pouce divin à ce moment là. Mais non la certitude que ce soit le cas, afin que chacun apporte la réponse qui lui semble convenir… Loki |
|
sosryko
le 01-09-2002 à 12:03 |
>>Loki : Pour caricaturer, le plan "ouvre la bouche, avale la pilule... voilà ! C’est bien ! Maintenant, en avant, marche ! Et en route pour le martyr" me parait un peu limite comme conception du libre arbitre (oui, je sais, j'y tiens. :D) A) Je ne voulais pas intervenir sur ce fuseau de crainte de tomber dans des discussions de ce genre…alors, Loki, cesse de me vouvoyer, s’il te plait, et respecte plutôt ces textes qu’on ne peut balayer d’une boutade méprisante. Nous abordons là un point de méthode qui me semble essentiel. Comment interpréter un texte ? Sauf que, sauf que…si toutes ces lectures personnelles se tiennent, elles ne se valent pas du tout (malgré ce que tu affirmes dans ton 2°)) lorsqu’on cherche à connaître l’intention de l’auteur lorsqu’il a écrit ce texte. Pour cela il faut prendre en compte notre connaissance de l’auteur, de sa vie, de ses écrits, de ses lectures, de sa culture, etc…bref, rassembler les indices qui permettront peut-être d’atteindre le message que voulait transmettre l’écrivain. Voilà effectivement une démarche qui mérite le titre pompeux d’« exégèse » du texte. B) Malheureusement (?), nous n’avons pas accès à la somme de la théologie personnelle de Tolkien ; il ne l’a jamais mise par écrit pour que nous puissions la lire et nous en servir comme grille de lecture du SdA (démarche que Tolkien aurait certainement détestée). 1) ce qu’a dit Tolkien au sujet de ses écrits [SON interprétation religieuse du SdA] Mais attention, si nous empruntons cette démarche, il faut se garder de ses opinions, de sa subjectivité. Bien entendu, l’« exégète » parfaitement objectif n’existe pas, tôt ou tard il est amené à interpréter ses sources (primaire et secondaires), et ce d’autant plus qu’elles sont réduites. Mais en ce qui nous concerne, les quatre ‘outils/sources’ permettent de ne pas complètement nous égarer. C) Maintenant, si le SdA est une œuvre religieuse dans son ensemble, l’interprétation religieuse du passage très particulier qui nous concerne est-elle vraiment valable ? Assurément oui. Valable car ce passage est un tournant (sinon LE tournant) capital de l’histoire ; et il serait ridicule que Tolkien crible son texte de références religieuses pour les oublier en son nexus. D’autant plus que les références religieuses ont été introduites « consciemment » (cf L142) à partir de la révision du SdA ; or, Le Conseil d’Elrond fut écrit après cette révision… Mais non, cette interprétation religieuse n’est pas nécessaire, car Tolkien ne l’a pas voulu ainsi, sinon il aurait été explicite. D) Le libre arbitre (Free Will) : il s’agit effectivement d’un élément essentiel de la pensée de Tolkien (et de la théologie tout cours ;-)). Mais tu commets il me semble une erreur en pensant que l’être humain (selon la Bible comme selon Tolkien) est libre de choisir de son comportement à chaque instant et à tous les niveaux de son existence. Tolkien est conscient de cela, lui qui qualifie Dieu « as the one wholly free Will » [L156], et surtout il sait que le seul enjeu du libre arbitre des hommes est le Salut (cf. « the mystery of free will, by which either of us could throw away 'salvation' » (L64]). Ainsi, Tolkien sait que Dieu ne veut que le Salut des hommes mais qu'il leur laisse aussi la liberté de l’accepter ou de le refuser. Voilà le domaine d’application du libre arbitre de l’homme : accepter le Salut ou le refuser. Ainsi, dans une interprétation religieuse du passage, rien ne s'oppose à une action divine, au contraire tout y contribue... |
|
tthingol
le 01-09-2002 à 12:12 |
Salutations Ces explications diverses et variées sont ô combien intéressantes (bien me garde d'entrer dans la conversation) mais c'est juste pour dire que c'est le genre d'explication qui me fait un peu perdre la magie que je trouve dans les livres de Tolkien. Expliquer certes! mais peut-être ne pas oublier de ressentir. :o)))) |
|
sosryko
le 01-09-2002 à 14:44 |
Bonjour à toi tthingol ;-) Lapalissade : "la magie [qui se] trouve dans les livres de Tolkien" ne se trouve QUE dans les livres de Tolkien. S. |
|
Vinyamar
le 01-09-2002 à 17:26 |
Salut Sosryko, salut Loki. Je tiens à modérer (peut-être ais-je tort) les propors de sosryko, car je comprend le point de vue de Loki, selon la façon dont il a compris ce qui a été dit jusqu'ici. Frodon a choisi de parler, et de prendre la décision, mais je dirais qu'il l'a fait un peu comme sous le coup d'une drogue, sans vraiment se rendre pleinement compte de ce qu'il faisait ou disait, parce qu'un autre était là avec lui pour le pousser (le pousser seulement, non pas le forcer) à faire ce pas. Ce sont des choses que l'on expérimente parfois nous-même quand nous perdons le contrôle d'une situation, et que nous prenons néanmoins les décision qui s'imposent rapidement (je songe à un cas de danger quand nous sommes alors le responsable de ce qu'il y a à faire). Nous prenons nos décisions dictées à moitié par l'habitude (s'il y a) et pa les circonstance, comme en état second parfois devant l'urgence, sans prendre toujorus la bonne, mais en faisant comme si elle l'était et en s'arangeant pour qu'ele le devienne. je ne dis pas que Dieu est là à ce moment pour guider notre action, mais que le phénomène de mi-liberté est le même. Je suis libre, et en même temps le réflexe et l'habitude prennent le pas sur ma réflexion, puisqu'on ne lui laisse pas le temps de travailler. cependant "comme si quelque autre volonté se servit de sa petite voix.
Daniel 13,45:" [Dieu] suscita l'esprit saint d'un jeune enfant, Daniel, qui se mit à crier: "Je suis pur du sang de cette femme!" Le jeune Daniel avait un esprit déjà saint, et c'est de lui, dans toute la foule, que Dieu se servit pour sauver la pauvre Suzanne. Daniel n'a a bien parlé par ses propres mots, en accord avec son libre arbitre, mais en accord aussi avec l'esprit de Dieu qui "suscite" sa volonté. Tthingol: tu trouveras d'autres fiseaux sur ce forum (sur la capacité des aigles géabts à voler par exemple) qui brisent totalement la magie du monde de Tolkien (même si le sujet est passionnant). Je ne trouve pas qu'un sujet comme celui qu'a suscité Cédric, à partir de cette seule petite phrase, brise la magie. Je toruve au contraire qu'elle l'amplifie !! Frodon n'était pas seul ! Quelle nouvelle magie est-ce là ?! n'est-ce pas magnifique au contraire de découvrir ce passage secret vers une nouvelle magie ? |
|
NIKITA
le 01-09-2002 à 19:50 |
Sosryko, je ne crois pas que Loki te vouvoie mais plutôt que son post était censé répondre à plusieurs interventions dont la mienne aussi je me permets quelques petites remarques. >Loki : « Le Créateur dominerait-il même momentanément l’esprit d’un être libre (ce qu’est Frodo) alors que la définition du Mal dans l’œuvre de Tolkien est justement la domination ou la tentative de domination des libres volontés ? » Tout est affaire de conception, Loki ! Il faudrait d’abord se mettre d’accord sur notre définition de la liberté et du libre-arbitre pour nous entendre. J’ai le sentiment que pour toi comme pour l’homme moderne (j’emprunte ici une formulation de Mircea Eliade qui désigne par cette expression l’homme pour qui les mythes de sa civilisation n’a plus d’actualité ni de crédit) la liberté équivaut à l’absence de toute influence et de hiérarchie. C’est un point de vue qui va bien sûr à l’encontre de la vision chrétienne de la liberté humaine que Sosryko a très bien expliquée: je n’y reviens pas mais je me permets d’ajouter ici la citation d’un philosophe dont j’ai oublié le nom :
Peut-on vraiment l’affirmer ? Je te renvoie ici aux citations que j’ai données plus haut du chapitre II (tome I du SDA) qui peuvent nous laisser songeurs quant aux intentions de Frodo à ce moment de l’histoire. C’est Gandalf qui parle : « -Il n’est qu’un seul moyen : trouver la Crevasse du Destin dans les profondeurs d’Oradruin, la Montagne du feu, et y jeter l’Anneau, si vous voulez vraiment le détruire, pour le mettre à jamais hors de portée de l’ennemi. Certes Frodo doute encore et il doutera jusqu’au bout mais on sent déjà en lui les prémisses de ce qui peut justifier son « élection » : la volonté ferme de défendre le bien en même temps qu’une humilité inhabituelle chez un héros.
« Si lourd que personne ne pourrait l'assigner à un autre. » :Cela ne revient-il pas à dire que seul Frodo est habilité pour cette quête, non pas pour ses qualités physiques ou morales (comme le dit Gandalf au chapitre II), mais parce qu’il a été « élu » ? « Mais si vous l'assumez librement » :Il faudrait vérifier quel verbe anglais est traduit par « assumer » mais jusqu’à nouvel ordre, « assumer » signifie bien accepter une charge, une mission. La liberté de Frodo consiste donc à accepter ou refuser la mission qui lui est proposée, certes pas par les membres du Conseil, donc par déduction, par une volonté supérieure.
Eh bien moi, je trouve qu’il y a de la magie dans les posts de Sosryko (entre autres…) ! En effet la magie n’a-t-elle pas pour effet de nous ouvrir des perspectives toujours plus grandes et des profondeurs jamais sondées ? Le texte de Tolkien s’enrichit de toutes ces références et renouvelle mon émerveillement devant son œuvre ! |
|
sosryko
le 01-09-2002 à 20:39 |
merci merci Nikita (et Finrod) :-)) (je commençais à croire que j'étais le seul à voyager) Loki, veuilles me pardonner si j'ai mal compris ton vouvoiement (et quelque autre remarque que ce soit), il n'était pas du tout dans mon intention d'être brutal, surtout pas à ton encontre! de même que Vinyamar, si tu peux me trouver parfois extrémiste, c'est peut-être parce que j'ai mal choisi les mots (*): le temps de la réflexion, de la rédaction étant longs, j'essaye de synthétiser sans tomber dans le piège de perdre de vue notre sujet, et tout en gardant à l'esprit les développement possibles, c'est pas facile ;-) (* : toutefois, une affaire à suivre) |
|
Loki
le 01-09-2002 à 21:27 |
Sosryko Je vais te rappeler le passage intégral qui semble te choquer. Bien. Je n’ai jamais caché qu’il s’agissait là d’une caricature (« pour caricaturer ») et que cette phrase n’était en rien une argumentation recevable (« légèreté de mon propos », « essayer d’argumenter plus sérieusement »). L’argumentation plus « sérieuse » suit, au contraire. Pourquoi ce passage alors ? Une façon de réagir au fait que certains (d’où le « vous » que je maintiens) semblent accorder aux écrits de Tolkien plus de sérieux, plus de rapport avec notre monde qu’ils n’en ont à mon sens. Au point de les sur-interpréter. Ne confondons pas le monde où nous vivons et le monde créé par Tolkien. Ils sont différents. Certes, Tolkien a été inspiré par sa foi catholique, mais pas seulement. Et je ne pense pas que le Seigneur des Anneaux soit un « article de foi ». Bien malin serait celui qui pourrait affirmer quels éléments de sa foi, de ses convictions personnelles et catholiques sont passées dans son œuvre. Ou dans quelle proportion. Parce que bien malin serait celui qui connaîtrait l’intégralité de ces convictions personnelles, l’ensemble de ces motivations et de son action. De fait, interpréter les textes de Tolkien grâce à une interprétation (forcément sujette à caution) de textes bibliques auxquels il a peut-être voulu faire référence ou qui l’ont peut-être influencé pour l’écriture de certains passages (et encore, dans quelle mesure ? Dans quelle proportion ?) me paraît justement relever de la sur-interprétation. Il est impossible de connaître avec certitude, dans leur « entièreté » la vie, les conceptions et les motivations de Tolkien. Peut être devrions nous nous cantonner aux textes qui traitent du monde de Tolkien. Les références extérieures peuvent être bien sûr être mentionnées, et elles servent évidemment à approcher les conceptions de Tolkien, mais de là à s’en servir comme « tables de loi », il y a un pas. Comme d’habitude, il s’agit là d’un avis personnel qui supporte parfaitement (voire appel, puisque nous sommes sur un forum) la contradiction. Ma philosophie du Libre Arbitre ? La notion de Libre Arbitre ne vaut que dans un système de croyance en un être supérieur capable d’autoriser ou non la liberté de pensée et d’action. Étant plutôt agnostique, ne croyant pas en l’existence d’un principe divin (sans pour autant y être dogmatiquement opposé, mais pensant plutôt que c’est du domaine de la croyance et non de la connaissance), je ne pense pas avoir une philosophie personnelle du Libre Arbitre. J’ai bien sûr une conception personnelle de la liberté individuelle, mais elle ne s’inscrit pas du tout dans un registre divin. De plus, elle n’a rien à faire sur ce forum. Donc non, ma philosophie du Libre Arbitre n’existe pas, je ne peux donc pas la présenter, contrairement à ce que tu avances.
Car je ne nie absolument pas l’intervention « délicate » d’Eru. Mais justement, elle reste délicate, elle consiste à inciter plutôt qu’à forcer me semble-t-il. Cela passe par des intuitions, des visions, bref des connaissances permettant de remettre en perspective les évènements et de choisir en connaissance de cause. L’une des armes principales du Mal en Terre du Milieu est la parole, le mensonge, la diffusion d’idées fausses. Les interventions délicates d’Eru donnent des outils de résistance à ces mensonges à ceux qu’il a choisi pour participer au rétablissement du plan divin (la Musique des Ainur telle qu’elle aurait dû être selon sa partition). J’ai l’impression que l’intervention d’Eru est tout aussi délicate que celle des Istari. Je dirai même que l’intervention des Istari ne devait pas « dépasser » la délicatesse de celle d’Eru. Conseiller, coordonner, enseigner, encourager, éventuellement confronter aux responsabilités. Mais non imposer des paroles ou des actes. Un dernier point. Je pense que si Tolkien avait voulu confirmer le fait que « quelque autre volonté se servit de sa petite voix », la phrase qui aurait suivit aurait été « J'emporterai l'Anneau, dit-elle, encore que je ne connaisse pas le moyen. » Loki |
|
Loki
le 01-09-2002 à 21:29 |
Arfou ! Le temps que je rédige mon pavé, d'autres interventions en ont rendu certaines parties caduques... Et je n'ai malheureusement plus le temps de réagir aujourd'hui... Loki, désolé |
|
NIKITA
le 02-09-2002 à 23:44 |
Je voudrais dissiper ici tout malentendu, Loki. Je me suis peut-être un peu laissée prendre au jeu du débat contradictoire et j’ai peur que mes propos ne t’aient semblé un brin « totalitaires ». En tout cas, si tu y vois de l’ « arrogance », sache que ce n’est pas du tout l’intention que je voulais y mettre ! Comme tu le rappelles, un forum permet à toutes les sensibilités de s’exprimer et je respecte ce principe. Je ne l’ai peut-être pas assez dit mais je conçois tout à fait que l’on ne puisse pas adhérer à telle conviction ou telle interprétation. Le contraire ne serait pas très « catholique » ! Si j’ai évoqué la notion de libre-arbitre, c’était uniquement pour essayer de comprendre ce qui pouvait expliquer nos différences de points de vue : il arrive souvent que sous un même terme, on entende différentes choses et le débat s’en trouve un peu faussé. Je ne prétends pas connaître ta conception de la liberté mais je voulais juste démontrer qu’il pouvait y avoir plusieurs définitions de la liberté et du libre-arbitre… Si je n’ai pas été assez mesurée dans mes propos et que je t’ai offensé, je m’en excuse platement. Sache que j’ai infiniment de respect pour les personnes qui ne partagent pas mes opinions mais qui prennent le temps d’en débattre avec moi: on ne va sûrement pas se convaincre mais essayer de se comprendre, c’est déjà beaucoup ! D’autant que je ne peux que souscrire à la conclusion de ton post : « L’une des armes principales du Mal en Terre du Milieu est la parole, le mensonge, la diffusion d’idées fausses. Les interventions délicates d’Eru donnent des outils de résistance à ces mensonges à ceux qu’il a choisi pour participer au rétablissement du plan divin (la Musique des Ainur telle qu’elle aurait dû être selon sa partition). J’ai l’impression que l’intervention d’Eru est tout aussi délicate que celle des Istari. Je dirai même que l’intervention des Istari ne devait pas « dépasser » la délicatesse de celle d’Eru. Conseiller, coordonner, enseigner, encourager, éventuellement confronter aux responsabilités. Mais non imposer des paroles ou des actes. » |
|
tthingol
le 03-09-2002 à 12:05 |
salutations, amis des elfes Lisant les messages du fuseau, je m'apercois d'un malentendu : loin de moi l'idée d'adresser un seul reproche (même le plus petit) aux dignes ressortissants de ce forum (louez les avec de grandes louanges). De plus, le sujet de cédric est ô combien intéressant (j'ai moi-même usé qqes touches de mon clavier sur ce fuseau qui soulève beaucoup d'interrogations) et demande bcp d'explications (j'en suis convaicu). Les posts envoyés sont les résultats de très grandes recherches et réflexions et sont de toute beauté ... Non, ce qui me gêne, c'est les parralélismes que l'on peut apercevoir (par ex avec la bible) qui apparaissent comme des métaphores filées. Je ne conteste en aucun cas leur pertinence et j'admets bien évidemment que l'on se sente obligé pour parler du monde de Tolkien d'utiliser des réferences diverses tant il est vrai que les terres du milieu sont une mine d'or de différentes cultures (celtique, nordique, chrétienne ...). Mais je crois qu'il ne faut pas tuer l'explication par le trop plein de références et que l'explication se trouve dans les écrits de Tolkien et pas ailleurs au final. Je crois aussi que Tolkien s'est suffisament battu contre les parralélismes effectués (politique, ...) pour qu'on en retienne la lecon de rester simplement dans l'univers qui nous est si géniallement donné, de réfléchir dans cet univers, à propos de cet univers mais sans chercher à le décorticer de peur de ne plus y croire. Ceci étant dit, c'est mon avis et il n'engage que moi. Je reste persuadé que tel n'était pas votre intention mais je préféres émettre mon avis (après tout, on est sur un forum) car il est vrai qu'il m'arrive aussi de désacraliser un peu trop l'oeuvre de Tolkien et je suis alors content quand qqun m'en fait prendre conscience. Enfin voilà, c'était surtout pour rectifier les choses quant au malentendu suivant mon message. Et pis, au fait, avec tout ca, on sait toujours pas vraiment qui c'est qui "volontarise" pour prendre le petit anneau et c'est ca la question non? Très amicalement, votre serviteur, tthingol. PS: je crois qu'il est inutile de vous engeuler et ,en ce qui me concerne, soyez bien assuré que la plus grande politesse est sous-jacente dans toutes mes paroles. |
|
Ylem
le 03-09-2002 à 14:16 |
Ici ma petite réponse... dans l'ordre ! NIKITA : "Finalement tu es un peu pour moi comme Eru avec Frodo, un guide très discret…" Concernant ton développement sur la liberté, je ne suis pas en contradiction avec toi. C'est juste que Tolkien ne donne pas de réponse claire à cette question. D'où l'hypothèse qu'il pouvait lui-même être sujet à quelques doutes qui transparaissent dans son oeuvre (même un croyant peut douter, non ?). Cela me semble plausible - toute oeuvre ne transmet-elle pas une part de la personnalité de son auteur ? - mais, naturellement invérifiable, personne ne pouvant être dans sa tête... Pour ma part, je suis de ceux qui pensent que Frodo a pris sa décision en toute liberté. La liberté est un élément très important tout au long du SDA. On voit ainsi, par exemple, combien il est important que Bilbo se sépare volontairement de l'Anneau, et aussi que Frodo décide de lui-même de se mettre en route, au début du récit (contrairement à la scène du film de Jackson, Gandalf ne dit pas à Frodo ce qu'il faut faire. C'est bien Frodo qui décide de son propre chef de quitter la Comté lorsqu'il prend connaissance du danger que représente l'Anneau - C'est déjà un tout premier choix bien courageux, d'ailleurs). **** tthingol : "Je ne crois pas perso que Tolkien ait une vision pessimiste. " **** Ylem.
|
|
sosryko
le 03-09-2002 à 15:25 |
Tthingol, ton message, enrobé d’une politesse compassée, reprend finalement, ta position, internaliste, tout à fait compréhensible, énoncée ci-dessus (le 01/09/02)…la mienne, axée sur une intertextualité que reconnaissait Tolkien lui-même, n’a pas changée (cf ma réponse à ce post). Je ne puis que préciser à nouveau les choses en reprenant l’argument du « ceci est un forum de discussion » qui fait croire à son destinataire que le destinateur est plus large d’esprit que lui (et d’autres extraits de tes posts) : si des interventions « de toutes beauté » « ô combien intéressantes » et surtout « pertinentes » t’empêchent de « croire » à l’œuvre de Tolkien parce qu’elles les « désacralise[nt] un peu trop » eh bien, n’hésite surtout pas à ne pas lire certains posts, à commencer par les miens ! Je serai déçu, bien sûr, que tu ne me lises pas, mais je préfère te prévenir : RIEN, pour moi, ne peut être considéré comme « sacré » dans l’œuvre de Tolkien, et mon admiration devant l’œuvre du bonhomme, sans se teinter de ferveur religieuse, ne saura pas être ternie par la connaissance que j’aurai acquise de sa formation en étudiant le texte de manière externaliste. Maintenant, je comprends que pour d’autres, il n’en soit pas ainsi (Cf l'excellent double fuseau initié par Yyr dans la section Tolkien et la Littérature) ! ! Mais, mais, mais… je remarque que ce sont toujours les partisans d’une lecture internaliste extrême (qui conduirait, en toute logique, à demander la suppression des éditions de HoME) qui interviennent pour faire « prendre conscience » à ceux qui pratiquent une lecture externaliste de l’erreur dans laquelle ils se trouvent (puisqu’on ne fait « prendre conscience » à quelqu’un de son état que s’il est en perdition, non ?). À l’opposé, jamais je n’ai vu un participant du forum reprocher deux fois d’affilée à un autre une interprétation internaliste sous prétexte qu’elle ternissait selon lui la vision qu’il avait de l’œuvre de Tolkien. Et pourtant, pour ma part, il y a une floppée d’interventions, depuis le temps que je connais ce forum, qui ont eu la faculté de « me gêner » ou tout simplement qui ne m’intéressaient pas au moment où je les découvrais (bien entendu il y en a d’autres qui m’ont émerveillé !)… En ce qui concerne les « engueulades », je ne savais pas que nous nous étions engueulés…la discussion avec Loki est des plus honnête, chacun respectant l’autre tout en défendant son point de vue, et aucune intention n’était mauvaise. Sosryko |
|
Vinyamar
le 03-09-2002 à 18:52 |
Tthingol: je ne suis pas tant ami des elfes qu'ami de Tolkien. Je préfère garder la distinction, merci, les elfes ne résument pas toute l'oeuvre de Tolkien Non, ce qui me gêne, c'est les parralélismes que l'on peut apercevoir (par ex avec la bible) qui apparaissent comme des métaphores filées OK tthingol. Alors tenons nous en uniquement à ce que Tolkien a écrit (ou même uniquement à ce qu'il a écrit pour un grand public). Il définit dans une introduction à des notes conséquentes concernant le débat entre Andreth et Finrod quelles sont les faits de son monde imaginaires qui doivent être acceptés comme des faits posés d'avance, en dehors de réflexion philosophique (qui est son sujet). < font color="0000CC">1- Il existe Eru (l'Unique); c'est à dire, Un Dieu Créateur, qui [...] C'est sa première vérité posée, sans démonstration. Noter les majuscule dans "Un Dieu Créateur" et les virgules. C'est comme un nom propre ! (One God Creator : c'est le credo catholique) < font color="0000CC">L'existence des Valars Tolkien distingue clairement les 'dieux' de 'Dieu', et il prend la peine de préciser qui est Eru: c'est Dieu ! OK ? pas besoin de se révolter et de hurler au massacre d'un rêve parce qu'il fait référence à notre monde bien concret et tristounet pour certains. Eru = God, nom propre défini plus bas. les Valars sont eux-même mis en référence au monde céleste chrétien. Si tu en restes là et veux en rester là, tu restera plein de questions sans réponses. Mais ces réponses tu les trouves par l'étude externe. En allant voir les letters par exemple. Il y a des gens qui ont posé des questions à Tolkien. Ca tombe bien, on se pose les mêmes. Ben Tolkien a répondu. Tu peux dire que ça ne vaut pas, que c'est pas du jeu, que ce n'est pas dans son oeuvre telle que tu l'a lu, mais ça l'est dans son oeuvre telle qu'il l'a écrite. Et comme le dit Sosryko, je n'ai vu personne ici s'engueuler, et j'admire au contraire la façon dont se débat dure sans le moindre accroc, mais dans un respect mutuel de idées, et même dans un partage de ces idées (le respect ne menant pas très loin). Ylem: tout d'accord avec toi. Sauf sur la pleine liberté de Frodon. Même si ce n'est pas Eru qui est désigné par cette "comme quelque autre volonté", Frodon ne sait pas ce qu'il s'aprête à faire il sait simplement qu'il faut le faire et qu'il y est appelé (Elrond est assez clair à ce sujet, et même Bilbon se croyant désigné se fait rabroué: Frodon sait donc que c'est de lui qu'on attend la décision, il ne sait pas ce qu'il faut faire, et pourtant le décide. Librement certes, mais pas en pleine liberté puisque pas en pleine connaissance de cause. Sosryko: je n'ai hélas rien à dire de plus ou de moins. Et comment parler plus juste que tu ne le fais ? J'ajouterais que presque aucun des grands fuseaux n'a jamais trouvé une réponse définitive et assurée. Mais comme le disent sosryko et Ylem, le chemin est plus intéressant que son terme. Si on nous donnait la réponse (ah, Tolkien a écrit là que ceci), boum, au revoir, le forum serait moins passionnant.
|
|
NIKITA
le 03-09-2002 à 19:50 |
>Tthingol : Pour rebondir sur ce qu’ a dit Sosryko que décidément je ne peux qu’approuver, étant une inconditionnelle de l’intertextualité, mais aussi, il faut le dire, pour faire mes débuts en html, je te recommande chaudement la lecture de ces deux fuseaux qui posent la question de l’intérêt d’une approche externaliste des textes de Tolkien : Etude et Créance secondaire Etude et Créance secondaire II |
|
sosryko
le 03-09-2002 à 23:30 |
Dans un message précédent, j’ai prétendu que le Conseil d’Elrond, second chapitre du livre II du Seigneur des Anneaux, avait subi une révision au cours de laquelle Tolkien avait à l’esprit qu’il rédigeait une œuvre catholique ; au risque de me répéter : [Letters, L142 (2 décembre 1953), p.172] Cet aveu éclaire d’une lumière nouvelle l’affirmation, certes rhétorique mais significative, que Tolkien aurait volontairement choisi chacun de ses mots au cours des multiples révisions : [Letters, L131 (c.1951), p.160] Mais de quelle révision parle Tolkien dans la première citation? Il ne s’agit pas de la grande série de révisions du texte commencée en 1965 pour traquer les fautes ou compléter appendices et index puisque la lettre est datée de décembre 1953. Et puisque The Fellowship of The Ring ne paraîtra qu’en juillet 1954, il faut comprendre qu’il s’agit d’une réécriture majeure effectuée par Tolkien au cours de la lente création du SdA, lente création au cours de laquelle tous les ajouts, au mot près, on été pesés par l’auteur, selon ses dires. Toutes se trouvent dans la première version (datée d’avant 1940). Les quatre autres versions (datées d’après 1940, cf. VII.111) se trouvent dans le volume VII. Christopher Tolkien ne citant pas, pour ces versions, le passage de la prise de décision de Frodo, nous ne pouvons rien conclure quant au moment exact de l’apparition du passage dans sa rédaction définitive. La première mention de la prise de décision de Frodo se trouve dans des notes préparatoires : Frodo volunteers to go. Who shall go with him ? Gandalf. Trotter. Sam. Odo. Folco. Merry.(7) Glorfindel and Frár son of Balin. [VI.397] Suivent, quelques pages plus loin [VI.406-7], deux modèles du passages, l’un devant conduire à la version définitive que nous connaissons : These words stand at the foot of a page. The next page, beginning ‘At last with an effort he spoke’, continues only a brief way, and was replaced by another beginning with the same words. I give both forms. [Il est sympa Christopher !] [§5b] At last with an effort he spoke. ‘If this task is fated to fall to the weak,’ he said, ‘I will attempt it. But I shall need help of the strong and the wise.’ [§5b’] At last with an effort he spoke. ‘I will take the Ring,’ he said. ‘Though I don’t know the way.’ Rappelons maintenant la version définitive de ce passage en le replaçant dans son contexte [FR, II.2, p.263-4 de l’éd. Houghton Mifflin]. Comme le forum ne se prête pas à une présentation en synopse, j’ai décidé d’utiliser le code suivant : couron y va : [FR§1]'Very well, very well, Master Elrond!' said Bilbo suddenly. 'Say no more! It is plain enough what you are pointing at. Bilbo the silly hobbit started this affair, and Bilbo had better finish it, or himself. I was very comfortable here, and getting on with my book. If you want to know, I am just writing an ending for it. I had thought of putting: and he lived happily ever afterwards to the end of his days. It is a good ending, and none the worse for having been used before. Now I shall have to alter that: it does not look like coming true; and anyway there will evidently have to be several more chapters, if I live to write them. It is a frightful nuisance. When ought I to start? ' [FR§5] No one answered. [// There was a long silence] The noon-bell rang. Still no one spoke. Frodo glanced *round* at all the faces, but they were not turned to him. [*] All the Council [//others] sat with downcast eyes, as if in deep thought. A great dread fell on him [//Frodo], as if he was awaiting the pronouncement of some doom that he had long foreseen and vainly hoped might after all never be spoken. An overwhelming longing to rest and remain at peace by Bilbo's side in Rivendell filled all his heart. At last with an effort he spoke, and wondered to hear his own words, as if some other will was using his small voice. [FR§6] Elrond raised his eyes and looked [*] at him, and Frodo felt his heart pierced by the sudden keenness of the glance. `If I understand aright all that I have heard,' he said, `I think that this task is appointed for you, Frodo; and that if you do not find a way, no one will.This is the hour of the Shire-folk, when they arise from their quiet fields to shake the towers and counsels of the Great. Who of all the Wise could have foreseen it? Or, if they are wise, why should they expect to know it, until the hour has struck?
Sosryko |
|
tthingol
le 05-09-2002 à 20:49 |
Salutations, Je vois encore de virulentes réponses à mon post. Je ne vais pas essayer d'expliquer ma position encore une fois tant il est vrai que j'ai du mal à m'exprimer. Ma seconde intervention n'était pas pour me plaindre à nouveau mais bien pour préciser ma pensée. Il vaut mieux considérer que je n'ai rien dit car je l'ai mal dit (la rentrée, les exams, la fatigue, le stress) et je vous prie d'accepter mes plus plates et profondes excuses. Cette remarque venait juste de ma très grande sensiblité et fragilité quant à ma croyance aux écrits de Tolkien et aussi d'une peur (presque paranoiaque) des analyses peu ragoutantes que l'on trouve sur d'autres sites mais pas sur ce forum, je m'en rends compte à présent. Mea maxima culpa. Bon, disons qu'on efface mes deux derniers posts, OK. |
|
sosryko
le 25-09-2002 à 12:58 |
Nikita, je ne t'ai pas oubliée, mais c'est que ma réponse est plus longue que prévue...beaucoup plus longue ;-). Alors un tout petit peu de patience (encore, je sais, mais c'est la fin) et à bientôt. |
|
Szpako
le 25-09-2002 à 03:12 |
Apparemment, Tolkien est bien clair à ce sujet dans la Lettre 246, dans une petite note, qui souligne que lors de certains moments fatidiques, il y a bien « prise de contrôle temporaire » (terminologie de Sosryko) de Frodo par la providence divine sauf aux crevasses d’Orodruin où Frodo est totalement possédé par la Roue de Feu : « Frodo was given ‘grace’ : first to answer the call (at the end of the Council) after long resisting a complete surrender ; and later in his resistance to the temptation of the Ring (at times when to claim and to reveal it would have been fatal), and in his endurance of fear and suffering. But grace is not infinite, and for the most part seems in the Divine economy limited to what is sufficient for the accomplishment of the task appointed to one instrument in a pattern of circumstances and other instruments ».
Mais Sosryko va sans doute dire cela mieux que moi ;-)) Cathy |
|
Cirdan
le 25-09-2002 à 18:09 |
Content de voir que tout le monde ne partage pas la lecture (très subjective à mes yeux) de Stonelas et Ylem pour qui la lettre 246 ne serait pas explicite... :-) Mais Syrdon, oupss... je veux dire Sosryko, saura mieux convaincre les dubitatifs que moi... Cirdan |
|
Szpako
le 26-09-2002 à 01:52 |
Cirdan ... Syrdon ... gros paresseux, va :-)) avec une maîtrise en poche (ou sous peu), tu dois bien avoir des arguments valables ;-)) Cathy
|
|
sosryko
le 26-09-2002 à 03:51 |
>Szpako : il y a eu double méprise, je pense que Cirdan voulait donner 'mon' autre nom (Soslan/Sosryko est un héros Ossète), sauf qu'il a fait la confusion entre Soslan et Syrdon, lequel est l'ennemi juré de Soslan/Sosryko! C'est comme si on confondait Gandalf et Sauron!;-)) Quant à me qualifier de paresseux...je laisse la suite parler d'elle-même ;-) |
|
sosryko
le 26-09-2002 à 03:59 |
Affaire de volonté Commentaire de la révision (1/6) Commentons le texte final de Tolkien, en nous limitant aux ajouts inédits dans la version primitive et aux modifications de vocabulaire au cours de la révision (texte en noir dans la citation précédente). Si nous faisons confiance à Tolkien qui avouait que cette révision a été exécutée avec la volonté consciente de développer un message religieux (et c'est le moins que nous puissions faire ! !), nous nous rendons compte que ces ajouts, en grande majorité et même (ou surtout) ceux qui pourraient sembler anodins, confirment parfaitement l'aveu du professeur ! Nous allons voir que ces ajouts font écho à des textes biblique ; des échos non pas artificiels mais relevant quasiment tous du même thème, de la même théologie : celle d'un plan de salut divin et de son catalyseur humain, le Serviteur Souffrant, préfigurant Jésus. Ainsi, si nous relevons un nombre important de termes et d'expressions se prêtant à une interprétation religieuse cohérente, interprétation qui pourrait être confortée par le passage incriminé dans ce fuseau, comment alors pourrions-nous continuer d'affirmer que ledit passage n'autorise pas cette interprétation religieuse ? De plus, il apparaîtra que Frodo, quoiqu'on en dise, n'est pas la figure d'un 'saint'quelconque, mais bien la préfiguration de Christ en Terre-du-Milieu ; tout comme Moïse le fut au désert, tout comme Josué le fut en Canaan, tout comme le Serviteur Souffrant l'est dans la prophétie d'Esaïe : aucun des trois ne représente Jésus Christ dans son entier, mais tous préfigurent des aspects complémentaires du Messie par excellence. 'Anticipation partielle' serait plus juste que 'préfiguration' qui, selon le Petit Robert, contient en elle " tous les caractères d'un être, d'une chose à venir ". Mais cette terminologie n'est pas la mienne, elle est celle de l'auteur de l'épître aux Hébreux qui évoque " une sorte de préfiguration " en [Hb 11:19 TOB ou Segond]. Alors, ne chipotons pas sur les mots mais comprenons l'esprit de ce que j'affirme et me propose de démontrer : Frodon est une " figure " [litt. un 'type' = grec 'tupos'] de Jésus tout comme Adam, pour des raisons complètement différentes, " est la figure de celui qui devait venir " [Ro 5:14]. On le comprend, certaines citations devront être nécessaires. On y va ? There is still hope for it. [FR§3] Francis Ledoux en choisissant de traduire " Il y a encore de l'espoir qu'il en soit ainsi " introduit avec finesse une dimension spirituelle à l'encouragement que prodigue Gandalf à Bilbon, le " qu'il en soit ainsi " pouvant relever aussi bien de la prière que d'un simple vœu. Et c'est bien de cela qu'il s'agit ! Gandalf fait plus que conseiller à Bilbon de " garder espoir " (1er niveau de lecture), il lui demande de " demeurer dans l'espérance " (lecture religieuse). Plus qu'un 'espoir' qui ne repose sur aucune certitude, l''espérance', elle, repose sur la foi (foi en Dieu bien entendu). L''espérance' est une dimension essentielle de la foi chrétienne. Car c'est par l'" espérance que nous sommes sauvés " [Ro 8 :24-25]: (24) For we are saved by hope; but hope that is seen is not hope, for what a man seeth, why doth he yet hope for it? (25) But if we hope for that which we see not, then do we with patience wait for it. Je rajoute 'Dieu' parce qu'il est expressément associé à l'espérance dans la même épître en étant qualifié de " Dieu de l'espérance / God of hope " [Ro 15 :13] ! Or le salut ('salvation') est un des thèmes principaux du Seigneur des Anneaux, tout comme de l'interprétation religieuse qu'en faisait Tolkien (cf. [L181, p.234] qui concerne le " 'salut' du monde et le propre 'salut' de Frodo "). I don't suppose I have the strength Il est inutile de préciser le rôle capital que joue la 'chance' ou la 'fortune' dans les aventures de Bilbo (cf. le fuseau Énigmes (2) pour quelques remarques supplémentaires). La chance est ce qui caractérisait Bilbo ; la chance lui serait toujours nécessaire pour s'engager une nouvelle aventuredans et la 'force' lui paraît essentielle pour s'opposer à l'Anneau. Tolkien, avec cet ajout par rapport à la version originale, rappelle que la chance gouvernait la vie de Bilbo. Mais le rappeler revient à rappeler également que ce mot, omniprésent dans le texte, n'est qu'un synonyme de 'providence' comme Gandalf essaie de le faire comprendre à Bilbo à la fin de son aventure [Bilbo, XIX, p.312 LdP]. - Ainsi les prédictions {prophecies} des anciens chants se réalisent - dans un certain sens ! dit Bilbo. Autre aspect intéressant de ce dernier texte : Frodon a été sauvé " parce qu'il a résisté jusqu'au bout " ('you resisted to the last'). - parce qu'il a résisté, alors qu'il était aux frontière de la mort (" votre maître a reçu une blessure mortelle " [I.12, p.224 (267)] De son côté, Jésus est devenu sauveur parce qu'il a " résisté jusqu'au sang " et il a été fortifié par un ange.
|
|
sosryko
le 26-09-2002 à 04:08 |
Affaire de volonté Commentaire (2/6) ` The messengers [// adventurers] who are sent with the Ring.' [FR§4]‘Messengers’ qui remplace ‘adventurers’ : pourquoi un tel changement qui modifie radicalement la qualité des membres de la Compagnie ? En effet, s’ils sont bien des aventuriers, ils ne sont pas des messagers au sens où ils n’ont pas pour fonction de transmettre une information. Or le mot ‘messenger’ chez Tolkien (très fréquent autant dans FR, TT ou RK) a pour sens principal celui de ‘messager’. Ici, exceptionnellement, il faut comprendre, plutôt, qu’il s’agit de ‘commissionnaires’, de personnes envoyées en mission, chargées de remplir une mission, à savoir : aider Frodo à détruire l’Anneau. Tolkien raffole du mot ‘messenger’. Il se trouve que la Bible aussi. Normal en des temps où le téléphone n’existait pas… Par exemple, nous trouvons de tels ‘commissionnaires’ en [Luc 9 :52] : (52) and He sent messengers before His face. And they went and entered into a village of the Samaritans to make ready for Him. Ces Messagers sont de simples hommes, mais le texte grec utilise bien le terme d’ " anges " (angelous). In the end before [Gandalf] departs for ever he sums himself up : ‘I was the enemy of Sauron’. He might have added : ‘for that purpose I was sent to Middle-earth’. But by that he would at the end have meant more than at the beginning. He was sent by a mere plan of the angelic Valar or governors ; but Authority had taken up this plan and enlarged it, at the moment of its failure. ‘Naked I was sent back – for brief time, until my task is done’. Sent back by whom, and whence ? Not by the ‘gods’ whose business is only with this embodied world and its time ; for he passed ‘out of thought and time’. Dans ce rêve, j'avais l'impression que le ciel s'assombrissait à l'est {the eastern sky grew dark}, que le tonnerre grondait de façon croissante, mais à l'ouest s'attardait une pâle lumière {a pale light}, et de cette lumière sortait une voix, lointaine mais claire, qui me criait : Il faut relever encore la mention du ‘hasard’ (‘chance’) dans les propos d’Elrond qui précise bien à ses compagnons que cette chance n’est pas plus que lui à l’origine de leur rencontre… Songe 2 [I.5, p.129 (151-2)] Songe 3 [I.7, p.149 (176){125}] Songe 3bis Sosryko |
|
sosryko
le 26-09-2002 à 04:16 |
Affaire de volonté : Commentaire (3/6) No one answered. [// There was a long silence] (…) Still no one spoke. [FR§5]Pourquoi donc Tolkien a-t-il choisit d’abandonner la mention du " long silence ", pourtant si adaptée à l’instant dramatique, pour le remplacer par ce qui semble équivalent (" Personne ne répondit " doublé de " Personne ne parla davantage ") ? Non seulement l’expression aurait été adaptée, mais en plus elle est une des expressions favorite de Tolkien pour traduire le désarroi du moment ou bien la tension qui règne avant chaque prise de décision dramatique. Lister leurs apparitions montre que Tolkien n’a pas peur de les accumuler dans un même chapitre, parfois beaucoup plus court pourtant que Le Conseil d’Elrond . Considérons les occurrences dans deux chapitres caractéristiques, L’Ombre du Passé et Grand-Pas : §L’Ombre du Passé : 24p [I.2, 58-82] [I.2, p.62 (70)] Sam resta assis en silence et ne dit plus rien. [I.2, p.63 (71)] Il fumait maintenant en silence, car Frodon était assis immobile, plongé dans ses pensées. [I.2, p.63 (72)] Il y eut de nouveau un long silence. On entendait, venant du jardin, le bruit que faisait Sam Gamegie en tondant la pelouse. [I.2, p.66 (75)] L'obscurité et le silence envahirent la pièce, (…) [I.2, p.67 (77)] Frodon restait assis en silence et sans mouvement. La peur semblait étendre une vaste main, comme un nuage sombre qui se lèverait à l'Orient et s'avancerait pour l'engloutir: [I.2, p.76 (87)] Un lourd silence tomba sur la pièce. Frodon pouvait entendre le battement de son coeur. [I.2, p.79 (91)] Il y eut un long silence. §Grands-Pas : 13p [I.10, p.187-200] [I.10, p.188 (224)] Il y eut un silence. Enfin, Frodon s'adressa à Pippin et à Sam : [I.10, p.190 (226)] Il y eut un lourd silence. Frodon ne répondit pas l'esprit troublé par le doute et la crainte. [I.10, p.196 (233)] Il y eut un long silence. Enfin, Frodon prit la parole avec hésitation: Non seulement nous constatons que Tolkien apprécie la formule " Il y eut un (long/lourd) silence ", mais en plus nous relevons que plus le récit avance et plus le nom de Frodon est étroitement associé à ce silence…ce qui confirme l’interprétation que je propose d’un Frodon qui devient au fur et à mesure de son aventure inconsciemment sensible à l’invisible et à l’inaudible. Le Conseil d’Elrond confirme ce constat. § Le Conseil d’Elrond : 34p [II.2, p.266-300] [II.2, p.266 (320)] Elrond était là, et plusieurs autres personnes étaient assises en silence autour de lui. [II.2, p.274 (329)] Il y eut un silence et chacun tourna le regard vers Frodon. [II.2, p.282 (340)] Tous gardèrent un moment le silence, jusqu'à ce qu'enfin Boromir reprit la parole: [II.2, p.293 (353)] Il y eut un silence. Elrond reprit finalement la parole : [II.2, p.295 (356)] Le silence tomba de nouveau. Frodon, (…) sentit son coeur envahi de ténèbres. [FR§5] No one answered. [// There was a long silence] The noon-bell rang. Still no one spoke. Frodo glanced round at all the faces, Alors pourquoi Tolkien a-t-il choisit d’abandonner la mention du " long silence " qui a précédé le moment ‘fatidique’ pour la remplacer par " personne ne répondit. (la cloche de midi sonna.) Personne ne parla davantage "? Là encore il apparaît qu’il y a une volonté de faire écho au texte et à un message (LE message) biblique pour le croyant qu’était Tolkien, à savoir le message du salut divin qui, mystère d’entre les mystères, ne peut se réaliser sans le concours d’un homme. Ce message apparaît dès le livre d’Esaïe, au chapitre 50, verset 2 : (Es 50 :2) Je [=Dieu] suis venu, pourquoi n’y avait-il personne ? J’ai appelé, pourquoi personne n’a -t-il répondu ? Ma main est-elle trop courte pour racheter ? Il est certainement nécessaire de préciser que ce verset se trouve dans un chapitre qui fait partie d’une section capitale, pour les Juifs comme les pour les Chrétiens, du livre d’Esaïe : il s’agit des chapitres formant les " chants du Serviteur " (Chap 49-50,52-53). La destinée de ce Serviteur, appelé encore le Serviteur Souffrant, qui est décrit comme étant le serviteur parfait de Dieu, seul à accepter la souffrance et la mort pour le salut des hommes, a été comprise comme l’image des souffrances du peuple d’Israël par les Juifs et comme l’annonce prophétique de la mission de Jésus par les Chrétiens. Alors est-il étonnant, juste après [Es 50 :2] d’entendre comme seule réponse à l’appel de Dieu la voix du Serviteur qui précise avec quelle douceur Dieu a exercé son oreille pour qu’il soit sensible à Sa volonté (Es 50 :4-5) ? (4) Le Seigneur, l’Eternel, m’a donné une langue exercée, Pour que je sache soutenir par la parole celui qui est abattu ; Il éveille, chaque matin, il éveille mon oreille, Pour que j’écoute comme écoutent des disciples. (5) Le Seigneur, l’Eternel, m’a ouvert l’oreille, Et je n’ai point résisté, Je ne me suis point retiré en arrière. Et que fait Frodo sinon ne pas résister à l’appel divin ? Ce Serviteur n’avait aucune qualité physique extraordinaire pour accomplir sa tache, ce qui n’est pas sans rappeler le physique peu adapté d’un hobbit à l’aventure (2b) Il n'avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, Et son aspect n'avait rien pour nous plaire. (3) Méprisé et abandonné des hommes, Homme de douleur et habitué à la souffrance, Semblable à celui dont on détourne le visage, Nous l'avons dédaigné, nous n'avons fait de lui aucun cas. il n’est qu’à se souvenir du rire-réflexe très vite tu de Boromir à la vue de Bilbo qui se proposait pour l’aventure. Le texte initial était encore plus sévère envers Bilbo… Still no one spoke. Frodo glanced round at all the faces, but they were not turned to him. . [*] All the Council [//others] sat with downcast eyes, as if in deep thought. [FR§5]Nous avons vu que ce silence des participants pouvaient renvoyer à Ésaïe, donnant alors à Frodo un rôle analogue à celui du Serviteur Souffrant. Ce qui est intéressant c’est que le Serviteur Souffrant étant la préfiguration de Jésus, le texte de Tolkien et sa suite montrant " Frodon jet[er] un regard circulaire sur tous les visages " ne peux que confirmer les liens entre Frodon, le Serviteur Souffrant et Jésus. Car l’Évangile de Marc fait apparaître Jésus comme celui qui regarde d’un ‘regard circulaire’ (‘to look round about’ dans la KJV : sir les 6 emplois du verbe, 5 servent à décrire la manière de regarder de Jésus : [Marc 3:5.34, 5:32, 10:23, 11:11]). Ainsi en [Marc 3 :31-34] (31) Survinrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, l'envoyèrent appeler. (32) La foule était assise autour de lui, et on lui dit : ‘Voici, ta mère et tes frères sont dehors et te demandent.’ (33) Et il répondit : ‘Qui est ma mère, et qui sont mes frères?’ (34) Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis tout autour de lui : ‘Voici, dit-il, ma mère et mes frères.’ = (34) And He looked round about on those who sat about Him and said, "Behold, My mother and My brethren. Jésus a un regard circulaire sur ceux qui l’entoure, ceux qu’il appelle " ma mère et mes frères ", ceux qu’il appelle dans l’Évangile de Jean ses " amis " et de qui il dit " Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis " [Jn 15 :13]. Sur-interprétation ? Frodo ne serait pas celui qui donne sa vie pour ses amis ? Mais alors il faudra trouver une explication plus adaptée à la constatation suivante… On trouve 76 occurrences du mot ‘ami(s)’ dans le SdA jusqu’au chapitre II.2 Le Conseil d’Elrond inclus. Sur ces 76 occurrences, si on enlève les généralités [Prologue 3, p.22 (22)], l’ironie [I.1, p.54 (61) / I.2, p.76 (87) / I.11, p.206 (245)], l’interventionnisme du narrateur [I.9, p.179 (213)], l’utilisation du terme pour désigner des alliés de circonstances [I.2, p.74 (85) / II.2, p.287 (346)], il reste 69 occurrences. Plusieurs personnages s’adressent à des amis, ou bien d’autres leur associent des amis plus ou moins intimes ; il s’agit : * de Ted [I.2, p.62] (1) * de Gildor [I.3, p.99 (115)] (1) * d’Elrond [II.2, p.267 (320)] (1) * de Pippin [I.4, p.112 (131)] (1) * de Grands-Pas [I.10, p. 188 (223) / I.11, p.206 (245)] (2) * de Baie d’Or [I.7, p.145 (171) / I.7, p.147 (173)] (2) * des Elfes [I.3, p.99 (115) / II.2, p.271 (325) / II.2, p.299 (361)] (3) * de Bilbon [Prologue 4, p. (27) / I.1, p. 35 (38) / I.1, p.42 (46)] (3) * de Radagast [II.2, p.285 (343) / II.2, p.289 (348)] (3) * de Gandalf [I.1, p.49 (54) / I.2, p.75 (86) / II.2, p. 282 (339) / II.2, p.288 (347) / II.2, p.287 (345)] (5) * de Tom Bombadil > mes petits amis [I.6, p.141 (167) / I.6, p.142 (168) / I.7, p.151 (178) / I.7, p.153 (182) / I.8, p.166 (197)] (7) Soit un total de 29 occurrences. Il reste donc 40 occurrences du mot ‘ami(s)’ sur les 76 initiales (dont seules 69 ont une importance), et ces 40 occurrences sont destinées à évoquer les amis d’un seul personnage : Frodon ! Les voici dans l’ordre d’apparition : 1) Frodon > Merry [I.1, p.54 (61)] 2-3) Frodon > Pippin & Merry (amis les plus intimes), la jeune génération des Hobbits (bon nombre d’amis) [I.2, p.58-9 (66)] (2) 4) Frodon > Merry et ses autres amis [I.2, p.59 (67)] 5) Frodon > Gandalf, le meilleur des amis [I.2, p.76 (88)] 6) Frodon > amis les plus intimes [I.2, p.80 (93)] 7-8) Frodon > amis + amis intimes [I.3, p.86 (98)] (2) 9) Frodon > amis intimes [I.3, p.86 (99)] 10) Frodon > ses amis [I.3, p.99 (115) {79}] 11) Frodon > amis [I.3, p.103 (120)] 12) Frodon > ses jeunes amis [I.4, p.106 (123)] 13) Frofon > des amis [I.4, p.114 (134)] 14) Frodon > ses amis [I.5, p.121 (141) {98}] 15) Frodon > mes cher amis [I.5, p.124 (146) {102}] 16) Frodon > tes amis [I.5, p.125 (146)] – Pourtant c’est Merry qui parle : il devrait dire " tu es notre ami ", au lieu de cela il choisit comme tournure " nous sommes tes amis ". 17) Frodon > tes amis [I.5, p.126 (148)] – là encore, c’est Merry qui parle : il devrait dire " tu es notre ami ", au lieu de cela il choisit comme tournure " nous sommes tes amis " pour la seconde fois ! 18) Frodon > mes amis [I.6, p.141 (167)] 19) Frodon > ses amis [I.8, p.158 (188)] 20) Frodon > ses amis [I.8, p.164 (194)] 21) Frodon > ses amis [I.9, p.178 (212)] 22) Frodon > vos jeunes amis [I.9, p.180 (214)] 23) Frodon > vos amis [I.9, p.184 (219)] 24) Frodon > ses amis [I.9, p.185 (220)] 25) Frodon > ses amis [I.10, p.188 (223)] 26) Frodon > ses amis [I.12, p.224 (267)] 27) Frodon > ses amis [I.12, p.224 (283)] 28) Frodon > ses amis [I.12, p. 237 (284)] 29) Frodon > mes amis [I.12, p. 238 (284)] 30) Frodon > vos amis [I.12, p. 238 (284)] 31) Frodon > ses amis [I.12, p.240 (287)] 32) Frodon > ses amis [I.12, p.240 (287)] 33) Frodon > mes amis [II.1, p. 249 (299)] 34-36) Frodon > vos amis [II.1, p. 250 (299-300)] {Récit de Gandalf} (3) 37) Frodon > mes amis [II.1, p. 251 (300)] 38) Frodon > ses amis [II.1, p. 252 (302)] 39) Frodon > ses amis [II.1, p. 254 (305)] = Sam, Merry, Pippin, Grands-Pas considéré comme un ami désormais 40) Frodon > ses amis [II.2, p. 266 (320)] Et chose étonnante, si Frodon est qualifié par ses amis à 40 reprises, il n’est jamais réciproquement qualifié d’être l’ami de ceux qu’il appelle ses amis ou qui se nomment ses amis (comme Gandalf, Merry, Pippin, Grand-Pas,…) comme si Frodo avait, dès le départ, une responsabilité particulière à leur égard. Est-il alors ridicule de penser que le regard circulaire que Jésus pose sur des amis est celui de Frodo sur Gandalf, Bilbo, Sam, Aragorn, Elrond ?…certes il doit préférer, en ce terrible instant, attendre qu’un volontaire se propose parmi l’assemblée des héros pour se charger de détruire l’Anneau ; mais tout en regardant, ce sont ses amis qu’il contemple, et comment pourrait-il leur souhaiter un destin qu’il sait funeste ? Sa conscience est prête à l’abandon, l’amour qu’il porte à ses amis le rend sensible au devoir qui l’attend. Mais pas seulement… son oreille est sensible à la voix divine. Il lève la tête et regarde tout autour de lui. Il est le seul à le faire. Ce n’est pas innocemment que Tolkien a éliminé du passage initial la description de Frodo qui croisait le regard de Sam (elle aurait été au niveau de [*] en [FR§5]) : There was a long silence. Frodo glanced round at all the faces, but no one looked at him – except Sam ; in whose eyes there was a strange mixture of hope and fear. All the others sat as if in deep thought with their eyes closed or upon the ground. [VI, p.406] En éliminant la mention de Sam tête levée, Tolkien rend l’attitude de Frodo exceptionnelle. Sosryko |
|
sosryko
le 26-09-2002 à 04:37 |
Affaire de volonté : Commentaire (4/6) The noon-bell rang. [FR§5] Cette courte phrase rappelle que le Conseil s’est tenu le matin (" ce clair matin d’automne " [II.2, p.266]), qu’il a duré longtemps (" Il est inutile de rapporter tout ce qui fut dit et débattu en ce Conseil " [II.2, p.267]), le soleil a eu le temps de monter " à son zénith " [II.2, p.282], et le Conseil s’est terminé à midi (" la cloche de midi sonna " [II.2, p.299]) avec la décision de Frodon de se charger de l’Anneau jusqu’au bout. Au cours de ce Conseil, il est intéressant de constater que les références à la lumière/paix, nombreuses au début, laissent place à celles des ténèbres/peur : Le frais soleil (266) Une saine paix s’étendait sur la terre (266) Les rumeurs de ténèbres croissantes dans le monde extérieur ne paraissaient déjà plus que les souvenirs d’un rêve troublé (266) - Une ombre sembla passer sur le soleil à son zénith {the high sun} (282) Une obscurité envahit un moment le porche (282) Comme l’ombre passait (282) - Frodon, même dans cette belle maison, qui donnait sur une vallée ensoleillée, sentit son cœur envahi de ténèbres. (295) - (La cloche de midi sonna) (299) Une grande peur l’envahit (299)Point intéressant : l’écoulement du temps s’arrête à partir du moment où Gandalf prononce la conjuration de l’Anneau en Noir Parler. En effet, le soleil arrête alors sa course puisque, arrivé au plus haut dans le ciel (p.282), c’est-à-dire à midi, il y reste jusqu’à la prise de décision de Frodon qui a lieu juste après la sonnerie de la cloche de midi (p.299) : pendant 18 pages de conversations et de silences il est midi, sous le porche d’Elrond ! Est-ce une erreur de la part de Tolkien, ou bien plutôt une volonté de placer hors du temps le choix de Frodo ? Car ce choix de Frodo, c’est celui que d’autres ont fait, que d’autres feront, un en particulier et " jusqu’au bout " : donner sa vie pour le salut des autres, en un instant où le mal semble triompher et que rien ne semble pouvoir l’arrêter. Les indices conduisant à une telle comparaison sont là puisque le temps suspendu à midi (282 & 299) nous autorise à associer le thème de la peur (299), des ténèbres (295), de l’ombre qui cache le soleil…Or, voici ce que nous disent [Marc 15:25.33] et [Mt 27:45] quant à la chronologie de la crucifixion de Jésus :(25) C'était la troisième heure, quand ils le crucifièrent. (…) (33) La sixième heure étant venue, il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure. // (27:45) Depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, il y eut des ténèbres sur toute la terre. La ‘troisième heure’ correspond à 9h du matin, la ‘neuvième heure’ est 15h et la ‘sixième heure’ est donc…midi ! En s’engageant à détruire l’Anneau au moment même où les ténèbres manifestent leur pouvoir, Frodon sait qu’il va être conduit sur un chemin de tourments. Il choisit un chemin qui sera une image de la Passion de Jésus, ce Jésus qui subira les assauts des ténèbres à partir de midi, cloué sur le bois. Cette suspension du temps, ce renversement des lois naturelles où les ténèbres obscurcissent le soleil de midi se trouvent en d’autres textes bibliques dont [Amos 8:9] et surtout [Job 5:14]: (9) "And it shall come to pass in that day," saith the Lord GOD, "that I will cause the sun to go down at noon, and I will darken the earth in the clear day.(14) They meet with darkness in the daytime, and grope in the noonday as in the night. = (14) Ils rencontrent les ténèbres au milieu du jour, Ils tâtonnent en plein midi comme dans la nuit.Noter la présence d’une comparaison (‘as in’) dans ce texte. Or le texte de Tolkien utilise pas moins de trois comparaisons (‘as if in deep thought’, ‘as if he was awaiting…’, ‘as if some other will…’) dans le paragraphe concerné. Le choix de midi n’est décidément pas innocent pour Tolkien. Revenons à cette ‘sixième heure’ avec [Luc 23 :44-45] : (44) Il était déjà environ la sixième heure, et il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure.(45) Le soleil s'obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu. = (45) And the sun was darkened, and the veil of the temple was rent in the midst. Intéressant cette mention du voile {veil} déchiré car elle nous renvoie au quatrième songe de Frodon ! En effet, un voile déchiré tout comme un voile roulé permet de voir ce qui était invisible et d’accéder à ce qui se trouvait derrière. Le quatrième songe, le dernier avant le Conseil, peut-être donc compris comme une annonce de la Passion de Frodon, une Passion qui durera de la ‘sixième heure’ (le jour du Conseil, le jour de la décision) à la ‘neuvième heure’ (sur le Mont du Destin) ; et entre les deux : le règne des ténèbres et le silence apparent d’Eru. Apparent seulement car il ne faut pas oublier que derrière le voile déchiré se trouve le Saint des Saints du Temple et que derrière le voile roulé se trouve ‘un lointain pays vert’, promesse, différée par l’éloignement mais promesse quand même, d’une victoire et d’un repos. All the Council [//others] sat with downcast eyes, as if in deep thought. [FR§5]Gardons à l’esprit cette modification (others > Council) ; nous en verrons toute l’importance plus tard. Passons directement à la ‘glose’ suivante : A great dread fell on him [//Frodo], as if he was awaiting the pronouncement of some doom that he had long foreseen and vainly hoped might after all never be spoken. [FR§5] Qui prononce les destins et peut parler sur les vies ? Qui prononce un destin si ce n’est le maître des destinées ? Qui permet au voyant de pré-voir (foreseen) si ce n’est le maître de visions et des songes ? Noter comment Frodon, comprend à cet instant, qu’il aurait pu prévoir son geste longtemps à l’avance, car cela fait longtemps qu’il recevait des signes de son élection. Noter également comment cette terreur soudaine qui tombe sur Frodon rappelle la terreur qui tombe sur Abraham lorsque Dieu vient le visiter : il s’agit de l’effroi qui annonce la venue de la divinité [Gn 15 :12] : (12) And when the sun was going down, a deep sleep fell upon Abram; and lo, a horror of great darkness fell upon him. = (12) Au coucher du soleil, un profond sommeil tomba sur Abram; et voici une frayeur et une grande obscurité vinrent l'assaillir.Effroi divin que nous retrouvons en [Job 4 :14, 13 :11.21] avec un vocabulaire similaire à celui qu’utilise Tolkien : (4:14) Je fus saisi de frayeur et d'épouvante, Et tous mes os tremblèrent. (13:11) Shall not His excellency make you afraid, and His dread fall upon you? – Tiens ! Bonjour ! dit Bilbo. Prêt pour le grand conseil ? – Je me sens prêt pour n’importe quoi, répondit Frodon. Mais j’aimerais par-dessus tout marcher un peu et explorer la vallée. J’aimerais pénétrer dans ces bois de pins, là-haut." J’aimerais ", " j’aimerais "…il s’agit bien de volonté et de désir, depuis le début. Frodon alors aurait aimé " sauver la Comté " (p.79), maintenant, il se contenterait de " marcher un peu (…) dans ces bois de pins ". Sa motivation première l’a quitté, et on le comprend ! On comprend également pourquoi Eru provoque le Conseil, rassemblant chacun des membres, allant même jusqu’à inspirer des songes à certains (Boromir) pour qu’ils viennent : ce rassemblement est nécessaire pour que Frodon ne perde pas de vue le terrible enjeu ; pour qu’il se souvienne de songes oubliés, pour qu’il entende, pour qu’il voie ses amis, ceux qu’il aime, pour que sa sensibilité au souffle d’Eru le conduise finalement à prendre le chemin tracé pour lui, l’élu (" pourquoi ai-je été choisi ? "[I.2, p.78]). An overwhelming longing to rest and remain at peace by Bilbo's side in Rivendell filled all his heart.Les craintes de Frodon devant ce qui l’attend rappellent fort les paroles de Job [Job 3 :26] (26) Je n'ai ni tranquillité, ni paix, ni repos, Et le trouble s'est emparé de moi. Elrond raised his eyes and looked [*] at him, and Frodo felt his heart pierced by the sudden keenness of the glance.[FR§6] C’est la seconde fois que Frodo sent un regard qui lui ‘perce le cœur’ ; cf. [II.1, p.265] :Soudain il parut à Frodon qu'Arwen se tournait de son côté, et la lumière des yeux de la jeune fille tomba de loin sur lui et lui perça le coeur. {= pierced his heart} Or, le ‘cœur percé’ (pierced heart’) a été associé à Marie d’après un texte de l’Évangile de Luc qui voit Siméon prophétiser et annoncer à Marie la douleur qui l’attend lorsque son fils sera mis à mort pour le salut (ou la chute) de tous [Luc 2:34-35]: (34) And Simeon blessed them and said unto Mary His mother, "Behold, this Child is set for the fall and rising again of many in Israel, and for a sign which shall be spoken against (35) (yea, a sword shall pierce through thy own soul also), that the thoughts of many hearts may be revealed." = (34) Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère, Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, (35) et à toi-même une épée te transpercera l'âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées. Le ‘cœur percé’, même si l’expression n’est pas utilisée dans ce sens au niveau premier de lecture, fait écho, comme la très grande majorité des ajouts de Tolkien au texte initial, à la Passion du Christ. N’oublions pas que Frodon a reçu un coup de poignard qui, s’il n’a pu blesser que l’épaule, était destiné à ‘percer’ son cœur [II.1, p.248 (297){216}] : – Ils ont tenté de vous percer le coeur {pierce your heart} d'un poignard de Morgul, qui demeure dans la blessure. (…) – Oui, la chance ou le destin vous ont aidé, sans parler du courage, dit Gandalf. Car votre coeur n'a pas été touché et seule votre épaule a été percée {pierced} ; et cela, c'est parce que vous avez résisté jusqu'au bout. Ici se réalise presque la métaphore destinée à illustrer la douleur de Marie devant la perte de son fils. Tolkien, plus loin, après le choix de Frodo, va lui faire subir une épreuve douloureuse similaire à celle, parmi tant d’autres, qu’aura à subir Jésus sur la croix, après son choix à Gethsémani (cf. plus bas). En effet, le passage suivant [II.5, p.356-7 {317}] :Plongeant sous le coup d'Aragorn avec la rapidité d'un serpent à l'attaque, [un énorme chef orque] chargea la Compagnie et pointa sa lance directement sur Frodon. Atteint au côté droit {his right side}, celui-ci fut projeté contre le mur, où il resta cloué {pinned}. [II.5, p.356-7 {317}] N’est pas sans rappeler [Jn 19:34] (et [Jn 20:20.25.27] qui reprennent l’image du ‘côté’) :(34) but one of the soldiers with a spear pierced His side, and forthwith there came out blood and water. = (34) mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau. Noter la présence en ce verset du verbe ‘percer’. La volonté de la part de Tolkien de faire écho à la Passion du Christ est encore plus évidente si on se rappelle que la tradition iconographique catholique a conservé un Jésus percé par une lance en son côté ‘droit’, détail non spécifié dans le texte évangélique (si ce n’est dans des versions éthiopiques ou dans l’œuvre apocryphe des Actes de Pilate) ! Sosryko |
|
sosryko
le 26-09-2002 à 04:46 |
Affaire de volonté : Commentaire (5/6) `If I understand aright all that I have heard,' he said, `I think that this task is appointed for you, Frodo; and that if you do not find a way, no one will.This is the hour of the Shire-folk, when they arise from their quiet fields to shake the towers and counsels of the Great. Who of all the Wise could have foreseen it? Or, if they are wise, why should they expect to know it, until the hour has struck? [FR§6]Dans cet ajout, ce qui frappe, c’est la répétition du thème de ‘l’heure’ {the hour} et de la double mention des ‘Sages’ {Wise} destinée à montrer combien ils sont, finalement, limités dans leur vision des événements. Deux thèmes encore bibliques dont le premier correspond (à nouveau !) à la mission de salut de Jésus, et, plus particulièrement, signale le début de sa…Passion. Voici les occurrences dans l’Évangile de Jean : (2:4) Jesus said unto her, "Woman, what have I to do with thee? Mine hour is not yet come." All the This is the hour of the Shire-folk, when they arise from their quiet fields to shake the towers and counsels of the Great. [FR§6] Je peux désormais présenter notre explication de l’apparition du mot ‘Council’ dans la révision du texte. Puisqu’il me semble évident que Tolkien à voulu faire de Frodon une préfiguration de Jésus en tant que Messie souffrant, et puisque le sort de Jésus s’est joué lors d’une réunion du Sanhédrin, pouvoir religieux du Temple, il me paraît intéressant de nous pencher sur ce texte : Jean 11 :47-53 1) Un conseil (‘Council’ Tolkien & KJV) tenu en urgence Je ne puis croire que tous ces points de contacts sont innocents, surtout devant l’originalité de certains, en particulier le point (6) qui nous mâche le travail pour confirmer l’interprétation de la phrase qui nous concerne dans ce fuseau (c’était long, mais on y est arrivé !). Sosryko |
|
sosryko
le 26-09-2002 à 04:55 |
Affaire de volonté : Commentaire (6/6) At last with an effort he spoke, and wondered to hear his own words, as if some other will was using his small voice.`I will take the Ring,' he said, `though I do not know the way.' [FR§5] Comprenons bien où nous sommes arrivés : il est apparu chaque mot du paragraphe révisé de Tolkien favorise une lecture religieuse du passage, devenant un des textes pivots pour une interprétation théologique de l’œuvre. Il serait aberrant, à ce stade, que la description d’un Frodon " étonnée d’entendre ses propres mots, comme si une autre volonté se servît de sa petite voix ", placée au cœur même du texte, relève d’une autre grille d’interprétation. Surtout lorsque nombre de références bibliques viennent éclairer cette scène ! ! En particulier, un verset que j’avais volontairement caché ci-dessus mais que je présente maintenant, dans un texte clef 1) pour comprendre la théologie de l’abandon à la volonté divine qui sous-tend la phrase de Tolkien et 2) pour justifier à nouveau, si cela était encore nécessaire, le caractère christique de Frodon : il s’agit de la prière touchante de Jésus à son Père dans le jardin de Gethsémani [Luc 22 :39-46] : (39) Après être sorti, il alla, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers. Ses disciples le suivirent. Ces quatre thèmes se trouvent dans les deux derniers paragraphes du Conseil d’Elrond, ils contiennent sur une seule page (p.299-300) ! Et se plier à la volonté de Dieu, c’est prononcer les mots qu’il nous inspire [Job 23:12] : Ex 4:15 À Sauron est associé l’œil : Sauron est celui qui impose sa domination par une présence physique puissante, on ne peut ignorer son action car elle est visible (d’où l’association non seulement à l’œil mais aussi à des membres physiques comme " un doigt " ou " un bras "). Sosryko. |
|
sosryko
le 26-09-2002 à 05:00 |
voilà voilà, je crois que ce sera tout pour cette nuit *wewww* Je vais peut être aller au lit, moi...;-)) S. |
|
Vinchmor
le 26-09-2002 à 10:17 |
Félicitations pour ce travail magnifique Sosryko, et si je le dis aussi bas, c'est pour ne pas troubler ton sommeil après une nuit qui a dû être blanche. Vinch' |
|
Vinyamar
le 26-09-2002 à 11:58 |
Argh !! je suis passé il y a quelques heures pour lire la sutie de ce fuseau, me promettant de revenir lire en détai lce nouveau travail de sosryko, (le n°1), et voilà t'y pas que quatre heures plus tard il a fini déjà tout son développement !! Nn mais, comment veux-tu q'on te lise décemment dans des conditions pareilles !! Bon, flûte, mais merci ! :-) Vnmr
|
|
sosryko
le 26-09-2002 à 11:59 |
Merci Vinchmor ;-)) Mais vous pouvez parlez fort maintenant, je suis bien réveillé, douché, rasé et présentable ! S. |
|
sosryko
le 26-09-2002 à 12:08 |
>Vnmr : désolé de te faire autant plaisir ;-)) "'Well, what have you done?' said Frodo, getting impatient with the slow unravelling of Butterbur's thoughts." [I.10 Grands-Pas] S. |
|
Ylem
le 26-09-2002 à 12:08 |
Wow... Qu'ajouter après une telle démonstration.... Avant de tout relire attentivement et de cogiter activement sur ces propos : s'incliner virtuellement bien bas, devant un tel travail et une telle érudition... Ylem. |
|
Ylem
le 26-09-2002 à 14:52 |
"Cirdan : Content de voir que tout le monde ne partage pas la lecture (très subjective à mes yeux) de Stonelas et Ylem pour qui la lettre 246 ne serait pas explicite... :-)" Ma lecture est subjective, cher Cirdan ? Mais bien entendu. Comme l'est toute interprétation, aussi bien argumentée qu'elle puisse être. Qu'une réflexion soit subjective n'enlève rien, ni à son intérêt ni à sa valeur. Il est seulement, il me semble, essentiel de ne pas faire passer pour objectif, ce qui est subjectif. (Ceci dit de manière générale, bien sûr. Loin de moi l'idée de tirer la couverture ! Beaucoup de réflexions sur ce forum et d'ailleurs sur les forums du monde entier, sont éminemment subjectives. Cela ne les rend pas moins passionnantes. La richesse ne vient-elle pas, non seulement des argumentations objectives, mais aussi de l'échange des subjectivités ?). - la formulation adoptée dans cette fameuse phase sur laquelle nous discourons, Amicalement, |
|
DwarvenAvenger
le 26-09-2002 à 15:32 |
Juste un point, lors de la scène sur Amon Hen, on a : "Il s'entendit crier: Jamais, jamais! Ou était-ce: Vraiment je viens, je viens à vous? Il ne pouvait le dire. Puis, comme un éclair venu de quelque autre pointe de pouvoir, se présenta [à son esprit] une autre pensée: Retire-le! Retire-le! Insensé, retire-le! Retire l'Anneau!" J'ai toujours pensé que l'autre pensée était Gandalf qui parlait à Frodon, en particulier à cause de l'usage du mot insensé, qui me aprait un peu familier pour un Dieu, et qui correspond mieux à la façon dont Gandalf parle aux hobbits (Fool of a took !!) De plus, lors de sa rencontre avec Aragorn, legolas et Gimli (Le Cavalier Blanc), il dit, en parlant de Frodon : C'est clairement une référence à Amon Hen pour moi, et cela indique bien que c'est Gandalf qui inspire Frodon à ce moment. On a également une explication différente des deux pouvoirs : l'un est bien Sauron, mais l'autre est Gandalf, qui a "lutté contre la tour Sombre" Dans ton interprétation, Sosryko, tu sembles dire que c'est la voix d'Eru qui parle alors à Frodon, comme lors du choix initial. Penses-tu que ce soit Eru en personne, ou par l'intercession de Gandalf qui mette en garde Frodon ? Comment accordes-tu la phrase de Gandalf dans le tome II avec ton explication ? Keren, Vengeur Nain
|
|
sosryko
le 26-09-2002 à 16:36 |
>Keren : Justement, Keren, là où tu te trompes, c'est que le mot Insensé/Fool est un mot appartenant au vocabulaire biblique (qui a dit qu'il n'y avait pas de mots 'familiers' dans la Bible?) : il apparaît pas moins de 95 (95!!) fois dans la Bible...et Dieu l'utilse même pour rappeler à l'homme sa folie, dans une parabole rapportée par Jésus [Luc 12:20]: (20)Mais Dieu lui dit, Insensé! cette nuit même ton âme te sera redemandée; et ce que tu as préparé, pour qui sera-ce? 1) Quant à l'assaut de Frodon par l'Oeil de Sauron sur Amon Hen [II.10], il a lieu le 26 février [AppA, SdA, p.1173], soit 12 jours après la résurrection de Gandalf, devenu Gandalf le Blanc et envoyé de nouveau en TdM par Eru lui-même (cf. dém. ci-dessus). 2) Maintenant, je répète ma position : je suis certain que Tolkien a révisé son texte pour qu'il puisse être lu selon deux niveaux ; - le premier étant le plus manifeste : il s'agit d'un livre qui raconte une histoire, et les lecteurs de ce seul livre peuvent la comprendre et l'apprécier pour sa valeur intrinsèque : il s'agit de la lecture que j'ai qualifiée "d'épique" ; à ce niveau, qu'Eru/Dieu intervienne ou pas n'est pas essentiel, il n'est donc pas nommé au point qu'on pourrait se croire dans un monde sans Dieu. Selon cette lecture, c'est Gandalf qui aide Frodon sur l'Amon Hen. - le second niveau de lecture, plus élaboré n'est pas destiné à être manifeste à la première lecture; il correspond à une lecture religieuse, une interprétation théologique de l'aventure de Frodon. Là Dieu est le principe de toute chose, et si Frodon est une 'figure' de Christ, cela se traduit par des textes qui sont des 'figures' du texte bibliques : tout ne 'cadre' pas, mais l'essentiel est là, car l'inspiration est religieuse. Selon cette grille de lecture, c'est Eru qui aide Frodon sur l'Amon Hen car Dieu, par son Esprit, aide son serviteur ("avec la tentation, il préparera aussi le moyen d'en sortir" [1Co 10:13] - maintenant, une troisième lecture est possible pour les lecteurs du Silmarillion : il s'agit de la lecture "épique" qui traite Eru comme un personnage, qui intervient très peu, que par archanges (Valars dans le Silm) et anges (Gandalf sur Hamon Hen) interposés, un "bon" personnage dont les "bons" représentants luttent contre le "méchant" Sauron. De cette lecture, l'essentiel de la dimension religieuse ou parabolique (figurative du texte biblique) passe à la trappe devant l'action, ce qui se passe, qui fait quoi (c'est Eru ou Gandalf?), qui dit quoi (la Voix, c'est celle de Gandalf ou d'Eru?). Pour cette lecture, il s'agit de Gandalf qui, grâce à Eru qui l'envoie, sauve Frodon à Hamon Hen. S. |
|
DwarvenAvenger
le 26-09-2002 à 17:41 |
Merci de cette précision Sosryko, je serai moins circonspect avec Dieu au final. Je doit avouer que tes trois interprétations sont assez convaincantes. Personnellement, j'en étais resté à la 3ème, mais je vais devoir repenser l'histoire selon ton interprétation messianninuqe. Cela me donnera un nouvel angle de vue à ma prochaine lecture Keren, Vengeur nain |
|
Ylem
le 26-09-2002 à 18:06 |
Sosryko, je ne saisis pas tout à fait la distinction que tu fais entre premier et troisième niveau. La dimension épique dont tu parles ne procède-t-elle pas de la même logique dans les deux cas ? La différence est qu'en 1, le SDA est vu comme une entité propre et indépendante, tandis qu'en 3, il est mis en perspective avec l'ensemble de l'oeuvre de Tolkien ou en tout cas avec le Silmarillion. Dans un monde avec ou sans Eru/Dieu, la conclusion est la même, si l'on adopte la vision "épique". De mon humble avis, de nombreuses lectures de l'oeuvre de Tolkien sont possibles, peuvent coexister et parfois se rejoindre, forment un ensemble complexe qui donnent toute sa valeur à celle-ci. Toutefois, tout important qu'il est, l'élément religieux n'est pas le seul à guider "notre" écrivain. Ylem.
|
|
sosryko
le 26-09-2002 à 18:52 |
Bien entendu Ylem que d'autres lectures que les 3 que je distingue sont possibles je ne disais pas qu'il s'agissait des seules lectures possibles, mais bien qu'il s'agissait selon moi des lectures que Tolkien faisait de son oeuvre. Il aurait (et a) détesté toute lecture situant l'oeuvre dans le contexte historique de son auteur, de même que toute lecture privilégiant la critique des sources (pour trouver là un écho à tel mythe scandinave, là une référence au Conte du Graal, etc...). Je ne dis pas que ces lectures externalistes sont pour autant mauvaises (vu que je les pratique avec délectation; cf l'article sur Bilbo le Hobbit) mais bien que "Tolkien a révisé son texte pour qu'il puisse être lu selon deux niveaux". je dis bien "deux" niveaux : la 'troisième' lecture n'est rien moins que le premier niveau 'amélioré' par la lecture préalable du Silmarillion. S. |
|
NIKITA
le 26-09-2002 à 19:12 |
Cela fait plusieurs jours que je n’ai pas mis mon nez dans le forum et le jour où je décide de m’y remettre, j’y trouve la suite tant attendue de Sosryko à son post du 03/09 ! Si ce n’est pas le Destin, ça ! Que dire maintenant que tout est accompli ? Qu’ajouter à cette démonstration qui reprend tous les éléments semés dans ce forum pour en faire une si belle moisson ? De plus, il apparaîtra que Frodo, quoiqu'on en dise, n'est pas la figure d'un 'saint' quelconque, mais bien la préfiguration de Christ en Terre-du-Milieu. Tu fais, je pense, référence à un post de Cédric sur le fuseau « Plaidoyer pour Frodo » où il qualifiait Frodo de saint plutôt que de personnage christique, ce en quoi je le rejoignais. Pemets-moi de te dire, cher Sosryko, qu’aux yeux d’un chrétien, il n’y a pas de saint « quelconque » ! Le saint est lui aussi une figure du Christ et tout chrétien est appelé à être saint c’est-à-dire à ressembler au Christ ! Maintenant que l’on parle de « prophète » ou de « préfigurateur » à propos de Moïse, Josué ou le serviteur souffrant d’Esaïe plutôt que de saint, parce qu’ils ont historiquement précédé le Christ, je le conçois. Mais l’appliquer à Frodo, c’est, il me semble, un peu trop ancrer son histoire dans la nôtre. Je sais que Tolkien l’a laissé entendre en parlant de son récit comme d’une « préhistoire » mais le texte de Tolkien contient une religiosité tellement diffuse que je préfère employer les termes de « saint » voire de « martyr » qui renvoient explicitement au personnage du Christ puisque leurs souffrances sont un écho de sa Passion. Une petite question pour terminer, l’histoire de dormir moins bête ce soir : de quel siècle date la King James Version ? Quel(s) en est(sont) l’(es) auteur(s) ? Encore une fois, merci pour cette brillante démonstration, Sosryko, ça valait le coup d’attendre ! Dors bien cette nuit ! Fais de beaux rêves… NIKITA |
|
sosryko
le 26-09-2002 à 20:53 |
> Nikita : chipoter? alors chipotons...car je maintiens ;-) le cheminement de Frodo n'a rien à voir avec celui de Paul, Jacques, Blandine, Augustin, Jérôme, Antoine etc... La voie qu'à suivi Frodo va au-delà de celle du martyr qui souffre pour sa foi, et qui sauve son âme en acceptant de mourir. La voie du martyr n'est pas celle du Serviteur Souffrant mais celle du 'témoin' (traduction du mot grec qui a donné martyr) qui supporte la violence gratuite. La voie de Frodo est bien celle de Jésus (mais aussi celle des préfigurateurs comme Moïse, Josué, David ou le Serviteur) qui est une voie de don de soi, une voie de SALUT non pas pour lui, mais POUR LES AUTRES, ceux qu'il aime, ceux qui le suivent. Maintenant,il n'était absolument pas dans mon intention, tu le penses bien, d'abaisser la valeur exemplaire des saints; à la place de 'quelconque', pour ne choquer personne, j'aurais dû dire 'anonyme', d'autant plus que ça traduit mieux ma pensée.
Parce qu'avec tout ce que tu as appris aujourd'hui, ça ne suffit pas? tu es insatiable et vas m'épuiser ! ;-) 54 personnes (même si on ne connaît que 47 noms sur ces 54) divisées en 6 groupes se sont rencontrées à Cambridge, Oxford et Westminster au cours de deux rencontres à chaque fois. |
|
Vinyamar
le 27-09-2002 à 17:56 |
hourra !!! J'ai fini de te lire Sosryko (et les autres). Que dire d'autre: c'est magistral ! Par la forme de ton étude, tu me redonne goût à l'exégèse. Pouvoir faire appel à autant de référence, comparer les traductions, les textes antérieurs et postérieurs, voici une méthode digne qui me change des extrapolations capillo tractée que l'on trouve parfois en la matière, sans guère d'argumentation. Là, tu impressionnes. Dans le fond - évidemment le plus important - tu viens de transformer à mes yeux tout le roman et son auteur, pareil à Gandalf révélant le sens de ce qui n'était que vu. Je suis content de retrouver dans ton premier post la référence à la chance chez Tolkien (j'avais presque envie de faire un topo sur le sujet, mais faut du temps et faut tout relire pour ça). Merci d'avoir fait le boulot :-) Pour commencer, si j'apprécie toutes les références du premier chapitre de ta démonstration, je trouve le lien fait entre Frodon et Getsémani un tout petit peu forcé. Tu t'appuies essentiellement sur la phrase de Gandalf "vous avez tenu jusqu'au bout" pour cela, et je trouve le lien un peu ténu. Glorfindel est certes un envoyé du maître, et là j'accepte le lien: il soigne Frodon puis le laisse aller seul à son destin, sur son cheval. Mais je n'irai pas jusqu'à faire le lien avec l'agonie de Jésus. Frodon veut rester en arrière, et il s'enfuit effectivement pour sauver ses amis, puisque c'est lui le danger, et l'idée du sacrifice est présente. Mais pas cele de l'agonie, si particulière, de Jésus. Merci pour la lecture si riche que tu a fait du livre, des passages entiers que tu cites m'avaient échappé (quel plaisir vais-je avoir à le relire à présent :-) ) et notamment les songes, que je n'avais jamais compris. (hormis celui de Gandalf et celui de Tol Erresäe). j'avoue que nous avions discuté quelque part sur ce forum du rêve "envoyé" à Frodon au sujet de l'évasion de Gandalf, et que nous pensions que c'était Gandalf qui avait envoyé ce rêve. Mais en effet, après relecture, il n'en est rien (il est étonné !). Gandalf est pourtant maître des rêves dans son univers. Bravo pour la remarque sur la cloche de midi. C'est je crois, le passage le plus fantastique que tu mets en relief ! Cela transforme le récit et ouvre les yeux. Certains prétendent que les études trop poussées abîment l'aspect de rêve dû à la lecture simple (ce sont des paresseux), quelle nouvelle vision magique tu donnes au contraire à ce passage !! Pour le reste, ça colle. J'ai une question au vol: pourquoi parles-tu d'Esaïe et non pas d'Isaïe ? question de prononciation ? Le lien avec la lance de Longin est faisable, mais je ne vois pas où il mène à ce moment du récit: la passion de Frodon n'a pas encore vraiment commencé, il n'est pas encore seul ! Bravo aussi pour le développement sur le semi-homme de ton chapitre 6. J'avais toujours fait le lien en effet entre 'l'heure qui vient' et la manière biblique de parler, et le passage presque décalqué sur la folie: La sagesse est de reconnaître la nécessité après avoir pesé toutes les autres solutions, bien que cela puisse paraître de la folie à ceux qui s’accrochent à de faux espoirs. Eh bien, que la folie soit notre manteau, un voile devant les yeux de l’ennemi ! C'est d'ailleurs la lecture du jour en cette fête de St Vincent de Paul ! C'est amusant ! (oui, ça parle des effets spéciaux dans le film, mais on a bien dévié on dirait, vers la figure christique ou non de Frodon). |
|
Vinyamar
le 27-09-2002 à 18:03 |
Grmmmbl !! je suis vraiment nul. je devrais me ré entraîner après chaque longue absence. voici le passage qui manque, vous m'excuserez pour le bleu du texte précédent (ou aors je reposte tout convenablement et notre très occupé webestre esfface ce qui précède): C'est d'ailleurs la lecture du jour en cette fête de St Vincent de Paul ! C'est amusant ! ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort; ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n'est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose afin que personne ne puisse s'enorgueillir devant Dieu. Je trouve même ce passage (1 Co 27-30) plus explicite que les lignes que tu cites.
Les deux pouvoirs luttèrent en lui. Durant un moment, en parfait équilibre entre leurs pointes perçantes En fait, je suis en train de re-songer à l'idée que Dieu n'accorde que la force nécessaire pour résister, pas plus, pour que la liberté reste entière, et c'est bien le cas ici (encore un élément passé inaperçu), au point que Tolkien insiste bien dessus. Donc je suis à moitié en train de m'opposer à moi même, mais je n'y peux rien, je voulais dire un truc et voilà qu'en écrivant me viennent ces autres idées. Ce que je voulais dire (que j'ai déjà dis sur le fuseau dont parle Nikita et que j'ai fini par retrouver la semaine dernière), c'est que je crois que parler de Frodon comme 'image' du Christ ou comme 'préfiguration' de celui-ci est abusif. |
|
Vinyamar
le 27-09-2002 à 18:08 |
On peut se référer au fuseau Edito n°11 - vos réponses (oui, ça parle des effets spéciaux dans le film, mais on a bien dévié on dirait, vers la figure christique ou non de Frodon).
|
|
Vinyamar
le 29-09-2002 à 04:39 |
Au fait, la suite de ce fuseau se trouve ici affaire de volonte (2)
|
|
errantgris
le 02-01-2005 à 05:54 |
Est-il envisageable de relancer ce débat? l'errantgris. |
|
errantgris
le 02-01-2005 à 09:45 |
La connectivité Frodo / Gandalf et l’influence de celui ci. Je vais tenter ici de démontrer que Gandalf est une « source » principale de l’opposition à Sauron et qu’il est la Pour cela je m’attacherais donc prioritairement à sa relation privilégiée avec les Hobbits et de son influence sur leurs actes. Mon propos n’a pas la prétention, ou l’intention, de démontrer la non intervention d’Eru mais bien de souligner la part de Gandalf (qui me semble plus qu’évidente) dans la L’étude est axée, ici, sur le Livre 1 Chapitre 2 _ L’OMBRE du passé. (Les références aux pages concernent l’édition complète :Le Seigneur Des Anneaux. Et Bilbo Le Hobbit chez Christian Bourgois éditeur). L’Ombre du Passé Gandalf revient environ 10 ans après la réception de Bilbo et donc 10 années après le passage de l’anneau à Frodo. Il va s’entretenir avec Frodo sur l’anneau et révéler son identité. 1) Entrée en matière : En introduction il est fait référence à Bilbo : (Page 63 SDA) « Gandalf pensait à un certains printemps de près de quatre-vingts ans auparavant, ou Bilbo était parti en courant de Cul-de-Sac, sans mouchoir. » Ce n’est pas innocemment que l’auteur et Gandalf nous renvoies à Bilbo le Hobbit. La référence à Gandalf insufflateur d’aventure est très nette. (Page 14 BLH) « … Pas le gandalf qui fut responsable de ce que tant de garçons et de filles bien tranquilles aient pris le large pour de folles aventures ? » Gandalf se prépare à renouveler avec Frodo. Des le début nous observons une opposition entre d’une part la Luminosité de Gandalf « cheveux plus blanc… yeux plus brillants… » Et les Sombres pensées de Frodon «..Il ressentait l’ombre ténébreuse des nouvelles [anneau] que Gandalf lui avait apportées » Gandalf attend, j’estime délibérément, que Frodo entame la conversation et demande des informations. C’est important car cela évite au premier d’imposer trop directement le récit (sa volonté) au second. Le récit et la confirmation de la nature de l’anneau peuvent commencer. 2) préparation au Charme: (J’emploierai le terme Charme en référence à Fielding, Tom Jones (extrait) :Tom Jones, héros paré de toutes les qualités — intelligence, beauté et bon naturel — dîne avec Mme Waters après avoir jeûné durant vingt-quatre heures. Tandis qu’il dévore son repas, elle essaye sur lui tous les artifices de la séduction.. La belle, grâce à des artifices, séduit au bout du compte l’innocent Tom Jones. « Dites-nous donc, ô Grâces ! vous qui résidez dans la céleste demeure qu’est le visage de Séraphine ; car vous êtes vraiment divines, vous êtes sans cesse en sa présence et vous connaissez bien tous les artifices du charme ; dites-nous quels furent les armes qui servirent alors à captiver le cœur de M. Jones. » Gandalf expose de maniére assez abrupte les pouvoirs des anneaux de pouvoir et surtout le terrible danger ou se trouve son « possesseur ». (Page 63 SDA) « le pouvoir ténébreux le dévorera » « _Que c’est terrifiant ! dit Frodo. » Frodo s’inquiète de ce « qu’en savait Bilbo ?» Gandalf le rassure sur les intentions de celui ci et sur les siennes par la même occasion « Il ne vous aurait certainement rien repassé qu’il aurait pensé être dangereux, même si je lui ai promis de veiller sur vous. » Gandalf entame une lente préparation de Frodo pour que celui ci intègre le danger qui le/les menace. (Page 65 SDA) réapparaît l’opposition [sauron] et [gandalf]. « Mais il n’est qu’une seule puissance [sauron] au Monde qui sache tout des anneaux et de leur effets ; et à ma connaissance, il n’en est aucune qui sache tout des Hobbits. [mais] Parmi les sages, je [gandalf] suis le seul qui s’intéresse à la tradition hobbitte… » Opposition entre Sauron et Gandalf, opposition entre arme et source de connaissance l’une sur les anneaux de pouvoir l’autre sur les Hobbits… Gandalf souligne : « Je croirais assez que certains [hobbits] résisteraient aux Anneaux bien plus longtemps que ne le croiraient la plus part des sages ». Frodo est invité à ne pas se « …tourmenter pour Bilbo » mais sur lui même comme le fait Gandalf qui souligne que « C’est à votre égard que je me sens une responsabilité. » (Page 65 SDA). Alors que Frodo est dans un état d’anxiété et de détresse, Gandalf insiste sur le coté insignifiant des Hobbits Frodo, insignifiante créature en danger, est à présent sous l’influence (la dépendance) de Gandalf le sage, le puissant, le protecteur. « Je me suis profondément soucié de vous et de tous ces charmants […] Hobbits ». Il est prêt pour entendre la vérité sur son anneau «Unique » et sur le chemin parcouru de celui-ci jusqu’à lui. Il entame une lente préparation à l’acceptation de son destin (que Gandalf va lui révéler). 3) le charme en lui même : Gandalf a Après avoir jeter l’anneau au feu et révélé ainsi sa véritable identité, Gandalf répond au désarroi de frodo en le partageant : (Page 68 SDA) « J’aurai bien voulu que cela n’eût pas à se passer de mon temps.. », ainsi « Moi aussi, dit gandalf, comme tout ceux qui vivent des heures pour voir de tels temps. Mais la DECISION ne leur appartient pas. Tout ce que Nous avons à décider, c’est ce que Nous devons faire du temps qui Nous est donné.» Gandalf, pour moi, se déresponsabilise, ici, d’une quelconque injonction faite à Frodo par la suite. Gandalf change, habilement, le « statut » de Frodo. Il n’est plus (seulement) l’ Frodo est alors informé de la véritable Histoire de l’anneau et du parcours de celui ci jusqu’à lui. Gollum est donc naturellement évoqué. (Page 71 SDA) « Je ne peux pas croire que Gollum fût apparenté avec les Hobbits, de si loin que se soit, s’écriât Frodo avec quelque chaleur. Quelle idée abominable. » Gandalf éduque et prépare Frodo aux futures épreuves qu’il est amené à subir. Celles de l’asservissement mental et de la dégradation physique. Il prépare également Frodo au rapport Haine / Amour qui unie le porteur à l’anneau. Frodon est donc progressivement préparé par Gandalf à affronter son destin (qui semble, sans espoir, puisqu’il ne parviendra pas, pas d’avantage que les autres, à se défaire de l’emprise de l’anneau). Intervient la (Page 77 SDA) « Mon cœur me dit qu’il y a encore un rôle à jouer [pour Gollum], en bien ou en mal, avant la fin ; et quand celle ci arrivera, la pitié de Bilbo peut déterminer le sort de beaucoup_ à commencer par le vôtre. » Le Avant la Va s’engager une nouvelle lutte entre les mots de Gandalf et le poids de l’anneau [sauron] : Frodo panique, il voudrait se débarrasser de l’anneau et le faire « disparaître », « le [faire] fondre », « l’écraser ». Quand frodo est invité à le faire : Peu à peu Frodo prend conscience de la tache qu’il va devoir accomplir, instruit par Gandalf il va devenir son< instrument éclairé>. (Page 78) Gandalf : « Si Vous voulez vraiment le détruire… » (Page 78) Frodo : « Pourquoi m’est-il venu ? Pourquoi ai je été Choisi ? » Gandalf répond ici indirectement à Frodon, en le ménageant. C’est parce qu’ils étaient Parce qu’ils sont insignifiant, ils avaient peu de pouvoir et d’attrait pour celui ci, ils étaient désigné (destiné) pour le détenir contre la volonté de Sauron. En miroir Gandalf est désigné comme « …sage et puissant. Ne voulez vous pas prendre l’anneau ? » Sur lui l’anneau « …gagnerait un pouvoir plus grand et plus mortel » (page 78) donc il ne peut le détenir et le posséder. Gandalf est, pour moi, tout à fait conscient que sa tache consiste à Les propos de Gandalf semblent ouverts mais ses questions sont fermées. Elle ne laisse au (Page 79 SDA) «_Et maintenant, dit le magicien, se retournant sur frodo, la décision est entre vos mains. Mais je vous aiderai toujours (il posa une main sur l’épaule de frodo). Je vous aiderai à porter ce fardeau, tant qu’il vous appartiendra de le porter. Mais il nous faut faire vite. L’ennemi bouge. » Que dire de l’influence de Gandalf dans ce passage ? Son énoncé est dirigé, positif et observable. Dirigé car il désigne clairement la tâche qu’il veut voir accomplie : « porter le fardeau » Positif car il désigne ce que Gandalf veut et pas à l’inverse ce qu’il ne veut pas. (« Il nous faut faire vite » en opposition avec « n’attendons pas » par exemple.) Observable car il exprime ce que gandalf veut en termes de comportement (faire, porter) et parce qu’il est congruent dans le geste et le message qu’il transmet ( « je vous aiderai » et « une main sur l’épaule ».) Quelles sont les alternatives de Frodo dans la situation désespérante où il se trouve ? Face au danger qui le menace, lui, mais aussi sa Comté. La seule option est d’accepter de Un silence s’installe ensuite. Créant l’illusion que du temps est accordé à frodo pour mûrir sa décision (alors qu’il « faut faire vite »). Gandalf s’emploie puissamment à présent et il semble juger de l’efficacité de son emprise... (Page 79 SDA) « Ses yeux semblaient fermés, mais sous ses paupières il observait Frodo avec attention » Les moments de silence ont leur importance. Gandalf applique la technique dite de l’écoute active ( 1- une approche calme mais alerte, 2- de l’intérêt pour la situation, 3- éviter de trop parler, 4- pas de suggestions au début, 5- ne pas prendre position pour ou contre, 6- ne pas permettre de faux-fuyants, 7- garder le contrôle de la discussion) Intervient à nouveau une nouvelle lutte entre l’anneau/ Sauron et Gandalf : Frodon « il pensait aux légendaires Crevasses du destin et à la terreur de la montagne de feu. » « Eh bien dit enfin Gandalf. A quoi pensez vous donc ? Avez vous décidé de votre action ? » Le ton emphatique est celui employé pour un désamorçage de l’anxiété (a quoi pensez vous donc ?) comme si il était envisageable à cet instant, crucial, de penser à autre chose… (Page 79) L’opposition Frodon se sent à présent comme un « danger pour ceux qui vivent auprès de moi », l’habileté de Gandalf embrase en lui le désir de les sauver « J’aimerais bien sauver la comté, si je le pouvais_ » Il pense alors véritablement à « m’en aller ». (Page 80) « Il ne le dit pas à Gandalf, mais tandis qu’il parlait, un grand désir de suivre Bilbo s’enflammait dans son cœur. » « Ce désir fut si fort qu’il triompha de sa peur, il aurait été capable de s’en courir incontinent sur la route sans chapeau, comme avait fait Bilbo un matin semblable. Il y avait longtemps ». Cette double allusion à Bilbo n’est pas anodine non plus et elle souligne, pour moi, toute l’habileté et le pouvoir de Gandalf à insuffler le courage d’affronter l’inconnu. L’étonnement qu’il manifeste en soulignant que « Bilbo ne s’est pas trompé dans le choix de son héritier » et sur les hobbits en général ne sont que des renforcements positifs pour asseoir la décision de Frodo. Décision dont n’a, semble t-il, jamais douté Gandalf. Il souligne qu’il « a raison … et qu’il [Frodo] lui faudra partir… » Sam qui est décrit comme (page 38) « …est fou des histoires de l’ancien temps… »donc sous influence de bilbo et indirectement de Gandalf (comme Frodo). Il ne me semble pas anodin que Gandalf apparaisse à un moment précis de la journée ou seul Sam semble en mouvement (donc susceptible de le voir.) De plus pendant l’entretien de Gandalf avec Frodo le premier m’apparaît comme particulièrement attentif à la présence de Sam à l’extérieur. (Page 63) « On entendait, venant du jardin, le bruit que faisait Sam Gamegie en tondant la pelouse. » (Page 80) « …Voici quelque temps que je n’ai entendu le bruit de vos cisailles. Depuis combien de temps êtes vous aux écoutes à la fenêtre ? » Frodo n’est pas dupe de l’air menaçant de Gandalf qui « sait aussi bien que moi [lui] que tu n’es pas mal intentionné. » Sam est finalement invité à entrer par Gandalf qui (page 81) « examinant attentivement Sam (mais un sourire jouait sur ses lèvres) … » lui renvoie (pour la deuxième fois) le départ de frodo. (Page 81) « Et c’est pour ça que je [Sam] me suis étranglé, ce que vous avez entendu, semble t-il. » L’œuvre de gandalf est pratiquement achevé reste à « Vous allez partir avec M. Frodo. » À présent : Frodon, dès le début, accepte de faire passer la vie de ses congénères avant la sienne (même celle de ceux qu'il a pu juger " trop stupides et obtus "). Les mots La notion de - sosryko Maintenant, je répète ma position : je suis certain que Tolkien a révisé son texte pour qu'il puisse être lu selon deux niveaux ; Je me demande comment le choix Une question d’ordre personnelle sosryko le Choix Je n’ai pas le temps de développer d’avantage j’ai bosser toute la nuit pour pondre ça. |
|
errantgris
le 02-01-2005 à 09:58 |
ARFFFF une erreur de débutant m'a fait perdre des mots je reposte navré!!! La connectivité Frodo / Gandalf et l’influence de celui ci. Je vais tenter ici de démontrer que Gandalf est une « source » principale de l’opposition à Sauron et qu’il est la source principale qui influence Frodo et les Hobbits. Pour cela je m’attacherais donc prioritairement à sa relation privilégiée avec les Hobbits et de son influence sur leurs actes. Mon propos n’a pas la prétention, ou l’intention, de démontrer la non intervention d’Eru mais bien de souligner la part de Gandalf (qui me semble plus qu’évidente) dans la mise en route de Frodo. L’étude est axée, ici, sur le Livre 1 Chapitre 2 _ L’OMBRE du passé. (Les références aux pages concernent l’édition complète :Le Seigneur Des Anneaux. Et Bilbo Le Hobbit chez Christian Bourgois éditeur). L’Ombre du Passé Gandalf revient environ 10 ans après la réception de Bilbo et donc 10 années après le passage de l’anneau à Frodo. Il va s’entretenir avec Frodo sur l’anneau et révéler son identité. 1) Entrée en matière : En introduction il est fait référence à Bilbo : (Page 63 SDA) « Gandalf pensait à un certains printemps de près de quatre-vingts ans auparavant, ou Bilbo était parti en courant de Cul-de-Sac, sans mouchoir. » Ce n’est pas innocemment que l’auteur et Gandalf nous renvoies à Bilbo le Hobbit. La référence à Gandalf insufflateur d’aventure est très nette. (Page 14 BLH) « … Pas le gandalf qui fut responsable de ce que tant de garçons et de filles bien tranquilles aient pris le large pour de folles aventures ? » Gandalf se prépare à renouveler avec Frodo. Des le début nous observons une opposition entre d’une part la Luminosité de Gandalf « cheveux plus blanc… yeux plus brillants… » Et les Sombres pensées de Frodon «..Il ressentait l’ombre ténébreuse des nouvelles [anneau] que Gandalf lui avait apportées » Gandalf attend, j’estime délibérément, que Frodo entame la conversation et demande des informations. C’est important car cela évite au premier d’imposer trop directement le récit (sa volonté) au second. Le récit et la confirmation de la nature de l’anneau peuvent commencer. 2) préparation au Charme: (J’emploierai le terme Charme en référence à Fielding, Tom Jones (extrait) :Tom Jones, héros paré de toutes les qualités — intelligence, beauté et bon naturel — dîne avec Mme Waters après avoir jeûné durant vingt-quatre heures. Tandis qu’il dévore son repas, elle essaye sur lui tous les artifices de la séduction.. La belle, grâce à des artifices, séduit au bout du compte l’innocent Tom Jones. « Dites-nous donc, ô Grâces ! vous qui résidez dans la céleste demeure qu’est le visage de Séraphine ; car vous êtes vraiment divines, vous êtes sans cesse en sa présence et vous connaissez bien tous les artifices du charme ; dites-nous quels furent les armes qui servirent alors à captiver le cœur de M. Jones. » Gandalf expose de maniére assez abrupte les pouvoirs des anneaux de pouvoir et surtout le terrible danger ou se trouve son « possesseur ». (Page 63 SDA) « le pouvoir ténébreux le dévorera » « _Que c’est terrifiant ! dit Frodo. » Frodo s’inquiète de ce « qu’en savait Bilbo ?» Gandalf le rassure sur les intentions de celui ci et sur les siennes par la même occasion « Il ne vous aurait certainement rien repassé qu’il aurait pensé être dangereux, même si je lui ai promis de veiller sur vous. » Gandalf entame une lente préparation de Frodo pour que celui ci intègre le danger qui le/les menace. (Page 65 SDA) réapparaît l’opposition [sauron] et [gandalf]. « Mais il n’est qu’une seule puissance [sauron] au Monde qui sache tout des anneaux et de leur effets ; et à ma connaissance, il n’en est aucune qui sache tout des Hobbits. [mais] Parmi les sages, je [gandalf] suis le seul qui s’intéresse à la tradition hobbitte… » Opposition entre Sauron et Gandalf, opposition entre arme et source de connaissance l’une sur les anneaux de pouvoir l’autre sur les Hobbits… Gandalf souligne : « Je croirais assez que certains [hobbits] résisteraient aux Anneaux bien plus longtemps que ne le croiraient la plus part des sages ». Frodo est invité à ne pas se « …tourmenter pour Bilbo » mais sur lui même comme le fait Gandalf qui souligne que « C’est à votre égard que je me sens une responsabilité. » (Page 65 SDA). Alors que Frodo est dans un état d’anxiété et de détresse, Gandalf insiste sur le coté insignifiant des Hobbits Frodo, insignifiante créature en danger, est à présent sous l’influence (la dépendance) de Gandalf le sage, le puissant, le protecteur. « Je me suis profondément soucié de vous et de tous ces charmants […] Hobbits ». Il est prêt pour entendre la vérité sur son anneau «Unique » et sur le chemin parcouru de celui-ci jusqu’à lui. Il entame une lente préparation à l’acceptation de son destin (que Gandalf va lui révéler). 3) le charme en lui même : Gandalf a préparé Frodo, celui ci est à présent à l’écoute de la seule personne susceptible de l’aider. Après avoir jeter l’anneau au feu et révélé ainsi sa véritable identité, Gandalf répond au désarroi de frodo en le partageant : (Page 68 SDA) « J’aurai bien voulu que cela n’eût pas à se passer de mon temps.. », ainsi « Moi aussi, dit gandalf, comme tout ceux qui vivent des heures pour voir de tels temps. Mais la DECISION ne leur appartient pas. Tout ce que Nous avons à décider, c’est ce que Nous devons faire du temps qui Nous est donné.» Gandalf, pour moi, se déresponsabilise, ici, d’une quelconque injonction faite à Frodo par la suite. Gandalf change, habilement, le « statut » de Frodo. Il n’est plus (seulement) l’ insignifiant Hobbit mais un Frodo est alors informé de la véritable Histoire de l’anneau et du parcours de celui ci jusqu’à lui. Gollum est donc naturellement évoqué. (Page 71 SDA) « Je ne peux pas croire que Gollum fût apparenté avec les Hobbits, de si loin que se soit, s’écriât Frodo avec quelque chaleur. Quelle idée abominable. » Gandalf éduque et prépare Frodo aux futures épreuves qu’il est amené à subir. Celles de l’asservissement mental et de la dégradation physique. Il prépare également Frodo au rapport Haine / Amour qui unie le porteur à l’anneau. Frodon est donc progressivement préparé par Gandalf à affronter son destin (qui semble, sans espoir, puisqu’il ne parviendra pas, pas d’avantage que les autres, à se défaire de l’emprise de l’anneau). Intervient la prophétie de Gandalf teinté d’espérance : (Page 77 SDA) « Mon cœur me dit qu’il y a encore un rôle à jouer [pour Gollum], en bien ou en mal, avant la fin ; et quand celle ci arrivera, la pitié de Bilbo peut déterminer le sort de beaucoup_ à commencer par le vôtre. » Le rôle de Gollum avant la fin, la pitié, le sort de beaucoup, resteront des mots gravés dans l’esprit de frodo pendant toute sa quête et influenceront grandement ses décisions futurs. Avant la prophétie Frodo est mis devant une réalité temporelle le danger est sur eux. Auparavant le danger était imminent. Va s’engager une nouvelle lutte entre les mots de Gandalf et le poids de l’anneau [sauron] : Frodo panique, il voudrait se débarrasser de l’anneau et le faire « disparaître », « le [faire] fondre », « l’écraser ». Quand frodo est invité à le faire : Peu à peu Frodo prend conscience de la tache qu’il va devoir accomplir, instruit par Gandalf il va devenir son instrument éclairé. (Page 78) Gandalf : « Si Vous voulez vraiment le détruire… » (Page 78) Frodo : « Pourquoi m’est-il venu ? Pourquoi ai je été Choisi ? » Gandalf répond ici indirectement à Frodon, en le ménageant. C’est parce qu’ils étaient insignifiant que Déagol, Sméagol, Bilbo puis à présent Frodo sont entrés en possession de l’anneau. Parce qu’ils sont insignifiant, ils avaient peu de pouvoir et d’attrait pour celui ci, ils étaient désigné (destiné) pour le détenir contre la volonté de Sauron. En miroir Gandalf est désigné comme « …sage et puissant. Ne voulez vous pas prendre l’anneau ? » Sur lui l’anneau « …gagnerait un pouvoir plus grand et plus mortel » (page 78) donc il ne peut le détenir et le posséder. Gandalf est, pour moi, tout à fait conscient que sa tache consiste à utiliser les Hobbits dans sa lutte contre Sauron. Les propos de Gandalf semblent ouverts mais ses questions sont fermées. Elle ne laisse au récepteur qu’une seule possibilité. (Page 79 SDA) «_Et maintenant, dit le magicien, se retournant sur frodo, la décision est entre vos mains. Mais je vous aiderai toujours (il posa une main sur l’épaule de frodo). Je vous aiderai à porter ce fardeau, tant qu’il vous appartiendra de le porter. Mais il nous faut faire vite. L’ennemi bouge. » Que dire de l’influence de Gandalf dans ce passage ? Son énoncé est dirigé, positif et observable. Dirigé car il désigne clairement la tâche qu’il veut voir accomplie : « porter le fardeau » Positif car il désigne ce que Gandalf veut et pas à l’inverse ce qu’il ne veut pas. (« Il nous faut faire vite » en opposition avec « n’attendons pas » par exemple.) Observable car il exprime ce que gandalf veut en termes de comportement (faire, porter) et parce qu’il est congruent dans le geste et le message qu’il transmet ( « je vous aiderai » et « une main sur l’épaule ».) Quelles sont les alternatives de Frodo dans la situation désespérante où il se trouve ? Face au danger qui le menace, lui, mais aussi sa Comté. La seule option est d’accepter de faire puisqu’il faudra Porter ce Fardeau. Un silence s’installe ensuite. Créant l’illusion que du temps est accordé à frodo pour mûrir sa décision (alors qu’il « faut faire vite »). Gandalf s’emploie puissamment à présent et il semble juger de l’efficacité de son emprise... (Page 79 SDA) « Ses yeux semblaient fermés, mais sous ses paupières il observait Frodo avec attention » Les moments de silence ont leur importance. Gandalf applique la technique dite de l’écoute active ( 1- une approche calme mais alerte, 2- de l’intérêt pour la situation, 3- éviter de trop parler, 4- pas de suggestions au début, 5- ne pas prendre position pour ou contre, 6- ne pas permettre de faux-fuyants, 7- garder le contrôle de la discussion) Intervient à nouveau une nouvelle lutte entre l’anneau/ Sauron et Gandalf : Frodon « il pensait aux légendaires Crevasses du destin et à la terreur de la montagne de feu. » « Eh bien dit enfin Gandalf. A quoi pensez vous donc ? Avez vous décidé de votre action ? » Le ton emphatique est celui employé pour un désamorçage de l’anxiété (a quoi pensez vous donc ?) comme si il était envisageable à cet instant, crucial, de penser à autre chose… (Page 79) L’opposition obscurité, noir et ensoleillé ou encore pensée sur l’anneau et intervention de Gandalf démontre clairement, pour moi, cette lutte de pouvoir [Sauron] / [Gandalf]. Frodon se sent à présent comme un « danger pour ceux qui vivent auprès de moi », l’habileté de Gandalf embrase en lui le désir de les sauver « J’aimerais bien sauver la comté, si je le pouvais_ » Il pense alors véritablement à « m’en aller ». (Page 80) « Il ne le dit pas à Gandalf, mais tandis qu’il parlait, un grand désir de suivre Bilbo s’enflammait dans son cœur. » « Ce désir fut si fort qu’il triompha de sa peur, il aurait été capable de s’en courir incontinent sur la route sans chapeau, comme avait fait Bilbo un matin semblable. Il y avait longtemps ». Cette double allusion à Bilbo n’est pas anodine non plus et elle souligne, pour moi, toute l’habileté et le pouvoir de Gandalf à insuffler le courage d’affronter l’inconnu. L’étonnement qu’il manifeste en soulignant que « Bilbo ne s’est pas trompé dans le choix de son héritier » et sur les hobbits en général ne sont que des renforcements positifs pour asseoir la décision de Frodo. Décision dont n’a, semble t-il, jamais douté Gandalf. Il souligne qu’il « a raison … et qu’il [Frodo] lui faudra partir… » Sam qui est décrit comme (page 38) « …est fou des histoires de l’ancien temps… »donc sous influence de bilbo et indirectement de Gandalf (comme Frodo). Il ne me semble pas anodin que Gandalf apparaisse à un moment précis de la journée ou seul Sam semble en mouvement (donc susceptible de le voir.) De plus pendant l’entretien de Gandalf avec Frodo le premier m’apparaît comme particulièrement attentif à la présence de Sam à l’extérieur. (Page 63) « On entendait, venant du jardin, le bruit que faisait Sam Gamegie en tondant la pelouse. » (Page 80) « …Voici quelque temps que je n’ai entendu le bruit de vos cisailles. Depuis combien de temps êtes vous aux écoutes à la fenêtre ? » Frodo n’est pas dupe de l’air menaçant de Gandalf qui « sait aussi bien que moi [lui] que tu n’es pas mal intentionné. » Sam est finalement invité à entrer par Gandalf qui (page 81) « examinant attentivement Sam (mais un sourire jouait sur ses lèvres) … » lui renvoie (pour la deuxième fois) le départ de frodo. (Page 81) « Et c’est pour ça que je [Sam] me suis étranglé, ce que vous avez entendu, semble t-il. » L’œuvre de gandalf est pratiquement achevé reste à punir Sam de sa curiosité en lui ordonnant : « Vous allez partir avec M. Frodo. » À présent : Frodon, dès le début, accepte de faire passer la vie de ses congénères avant la sienne (même celle de ceux qu'il a pu juger " trop stupides et obtus "). Les mots "dés le début" m’interpellent. Pour Moi c’est l’intervention de Gandalf (donc la prise de conscience du danger qui fond sur lui et la Comté) qui fait dire à Frodo qu’il tient beaucoup à sa patrie. La notion de faire "passer la vie des autres avant la sienne" est un peu poussive à mes yeux. Frodo n’a pas d’option pour se - sosryko Maintenant, je répète ma position : je suis certain que Tolkien a révisé son texte pour qu'il puisse être lu selon deux niveaux ; Je me demande comment le choix "deux" peut être applicable (je ne dis pas qu’il ne l’est pas) si il fait abstraction des (autres) évidences du texte ? On pourrait alors extrapoler à l’infini ? Non ? Une question d’ordre personnelle sosryko le Choix "deux" a toute ton attention, le "trois" ton soutient quand est il du choix "un" ? Je n’ai pas le temps de développer d’avantage j’ai bosser toute la nuit pour pondre ça. |
|
Vinyamar
le 02-01-2005 à 19:05 |
errant gris, comme il était annoncé dans le post qui précédait juste le tien, le débat avait été poursuivi longuement déjà dans le fuseau qui lui faisait suite (de façon à alléger cette page déjà bien lourde). Je t'encourage donc à lire cette suite intégralement avant de vouloir éventuellement poursuivre (encore) le débat. Si Cédric trouve le temps, il pourra effacer nos interventions inutiles.
|
|
sosryko
le 02-01-2005 à 19:28 |
>Errantgris: La notion de faire "passer la vie des autres avant la sienne" est un peu poussive à mes yeux. « Frodo undertook his quest out of love – to save the world he knew from disaster at his own expense, if he could; (…) But then he thought that he had given his life in sacrifice » [L246] « So morals should be a guide to our human purposes, the conduct of our lives: (…) (Beyond this and higher lies self-sacrifice for love.) » [L310] 1 Jean 3:16 A ceci, nous avons connu l’amour: c’est qu’il a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères.
|
|
errantgris
le 02-01-2005 à 22:20 |
Vinyamar Crois tu vraiment que je puisse être aussi inattentif ? ;0) Tu penses bien que j’ai étudié le tome 1 et 2 avant de me décider à intervenir. Maintenant, que l’emplacement de cette intervention soit maladroite cela est fort possible. Mais j’ai fait ce choix parce que je voulais réagir aux propos de Sosryko qui ont conditionné toute la suite de la discussion. Bref je souhaiterais poursuivre ma réflexion mais dois je la faire partager tel est la question ? L’errantgris. |
|
vincent
le 19-01-2005 à 17:21 |
certainement, errangris ! que tu te sois "trompé" de fuseau est secondaire :-) les interventions de chaque forumiste qui apporte sa pierre au forum sont les bienvenues, donc pas de souci. en revanche, la question est de savoir si _en ce moment_, une / d' autre(s) personne(s) sur le forum ont envie de parler de ce sujet précis :-) mais avoir réussi à arracher, en ce moment, une réponse même brève à sosryko montre que ce sujet est important ! Vincent |
|
Vinyamar
le 19-01-2005 à 22:33 |
errant gris, ton topo a le périte d'être assez bien ficelé, mais je persiste à signaler qu'il ne devrait se traiter qu'à la suite de la continuation de ce fuseau, qui répond déjà en grande partie à tes question sur le "salut" offert par Frodon. Je te propose donc d'ouvrir un troisième fuseau |
|
Vinyamar
le 19-01-2005 à 22:35 |
erreur... errant gris, ton topo a le périte d'être assez bien ficelé, mais je persiste à signaler qu'il ne devrait se traiter qu'à la suite de la continuation de ce fuseau, qui répond déjà en grande partie à tes question sur le "salut" offert par Frodon. Je te propose donc d'ouvrir un troisième fuseau < suite >, où nous pourrons disserter sur les rôles comparés d'un Gandalf manipulateur et d'un Eru sollicitateur. |
|
Yyr
le 06-07-2008 à 20:32 |
up jubilaire (des 10 ans de Jrrvf) :) |
| Haut de page | |
|
Section « Le Légendaire »
Fuseau « Affaire de volonté » | |
|
|
|
|
Toute page présente sur ce site est © JRRVF et de leurs auteurs respectifs
Remerciements - Droits d'auteurs - Compteurs JRRVF, version de la maquette graphique conçue en juillet 2004, avec l'aide talentueuse de Nicolas Avgitidis. |