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Section « Le Légendaire »
Fuseau « Tolkien, monotheisme et theogonie »
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Tolkien, monotheisme et theogonie
- Les messages -
Coeur de Canard
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le 22-10-2002
à 11:41


A la demande de Nikita, je cree un nouveau fuseau sur la question (pour une fois que je ne me fais pas insulter, j'aurais eu mauvaise grace a ne pas ceder a sa demande).

Voici ce qui a motive la demande de Nikita:

Genese VI 1-4 (traduction de la pleiade)
"Quand les hommes commencerent a se multiplier a la surface du sol et que des filles leur naquirent, il advint que les fils d'Elohim s'aprecurent que les filles des hommes etaient belles. Ils prirent donc pour eux des femmes parmis celles qu 'ils avaient elues. Alors Iahve dit:<> En ces jours la il y avait frd geants sur la terre et meme apres cela: quand les fils d'Elohim venaient vers les filles des hommes et qu'elles enfantaient d'eux, c'etaient des heros qui furent jadis des heros de renom".

Voici un extrait des notes presente dans mon edition.
Les fils d'Elhohim sont des etres misterieux qui participe a la nature divine et sont identifies a des anges. Il forment la cour celeste Job I, 6; II,1 ; XXXVIII,7.
Geant est la traduction de l'hebreux nephilim (qui tombent du ciel).

J'ai beaucoup de mal avec ca. D'un cote si on considere El comme le dieu semite, pere des autres dieux ou si on considere que la religion originel n'etait pas monotheiste (on adore un seul dieu, ca ne veut pas dire qu'il en existe pas d'autre mais gare c'est un dieu jaloux), ca se comprend. Mais sinon ?
Qu'est ce qui permet dans la genese de dire que ces fils de Elohim sont des anges (c'est un terme qui vient du grec, quelqu'un connaist il le terme hebreu et sa traduction) ?
Est ce compatible avec un vision assexue des anges ?
N'est ca pas fort sexiste comme histoire ?
Quel parallel avec les valar et les maiar ?

----------------------
Donc Nikita a promis un devellopement dans un futur proche.

On peut aussi regarder:
Genese III
22-24 Alors Iahve Elohim dit << Voici que l'homme est devenu comme l'un de nous, grace a la science du bien et du mal! Maintenant il faut eviter qu'il etende sa main, prenne aussi de l'arbre de vie, en mange et vive a jammais >>. Iavhe Elohim le renvoya donc du jardin d'Eden pour qu'il cultivat le sol d'ou il avait ete pris. Il chassa l'homme et il installa a l'orient du jardin d'Eden les Cherubins et la flamme tournoyante de l'epee pour garder la route de l'arbre de la vie.

Mon edition dit que c'est ironique. Voire !
Comment l'unique peut il employer une forme comme "l'un de nous" ?
Y a t'il un liens entre la puissance extroardinaire de Feanor et son terrible destin ?

Elle me dit aussi que les cherubins sont les benisseurs de lassyrien et du babylonien karabu "benir", et qu'on se les represente comme des taureaux ailes a tetes humaines qui veillent a l'entre des temples et des palais assyrien. L'arche d'alliance sera surmontes de deux cherubins. La flamme tournoyante est le foudre a deux branches (le symbole du dieu du tonnerre Adad) qu'on montait sur pivot pour marquer l'emplacement d'une ville detruite par les assyriens.

Bon je n'ai pas acces a une bonne librairie, donc je suis bien en mal de me procurer le Talmud pour y trouver une explication. Si quelqu'un a l'oportunite de le faire ...

CdC

Yyr
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le 22-10-2002
à 13:41


Il y a la section Espace Libre pour disserter sur les sujets non directement en lien avec la Terre-du-Milieu.

Amicalement,

Jérôme

NIKITA
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le 22-10-2002
à 21:12

Merci, CdC, d’avoir ouvert ce fuseau sur mon conseil ! Il t’a valu une première réaction hostile aussi me dois-je de justifier son intérêt puisque j’y ai une certaine part de responsabilité… :-)

La question posée pas CdC me semblait en effet un excellent moyen d’aborder un sujet qui me trottait dans la tête depuis un certain temps et dont je voudrais jeter ici les premières bases en attendant un plus long développement :
- définir une bonne fois pour toutes ce qui signifie le pluriel biblique « Elohim »
- comparer le monothéisme biblique et celui revendiqué par Tolkien dans le Silmarillion
- s’interroger sur les parallèles entre la théogonie d’Hésiode et celle de Tolkien dans le Silmarillion
- définir au passage ce qu’est un « dieu », un « ange », mettre au clair ces notions de « monothésime », « polythéisme »

Evidemment je ne me propose pas de répondre à toutes ces questions mais de lancer des pistes pour une réflexion plus globale. Je sais que le sujet a été abordé ici ou là dans le forum mais à ma connaissance jamais dans une perspective synthétique. Maintenant si je me trompe ou si le sujet ne présent e pas/plus d’intérêt, je veux bien m’incliner…

NIKITA qui repassera dans quelques jours…

Yyr
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le 23-10-2002
à 09:38


Nikita > Merci, CdC, d’avoir ouvert ce fuseau sur mon conseil ! Il t’a valu une première réaction hostile aussi me dois-je de justifier son intérêt puisque j’y ai une certaine part de responsabilité… :-)

une réaction hostile ? ? ? :)

Neutre, à la rigueur. Ou dois-je comprendre que mon Amicalement a été pris pour de l'hypocrisie ? ce serait vraiment dommage :|

Je n'ai pas vu en quoi ce premier post était en prise avec Arda. S'il l'est effectivement, c'est peut-être qu'il a été mal formulé ? ou que je l'ai mal lu ? ou un peu des deux :) ? Il est possible que l'erreur vienne plus de moi ; ces derniers jours sur le forum ont été épuisants et ont copieusement entammé ma sérénité ...

Jérôme

Coeur de Canard
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le 23-10-2002
à 11:44

Ce qui me vient a l'esprit a propos de la Theogonie d'Hesiode et de Tolkien c'est le mythe des ages (j'y pense depuis un moment). Le mapping ne peut etre directe cependant, car Hesiode vit dans un temps cyclique et pas Tolkien. Ainsi le legendaire finit sur l'avenement des hommes.

Enfin on peut toujours essayer (pour la comprehension du mythe des ages je base sur ma comprehension de l;analyse structurelle de Vernant):
age d'or <-> les elfes en Aman
age d'argent <-> Numeror
age heroique <-> les elfes du premiers ages en terre du millieu
age de bronze <-> pas clair, troisieme age ?

Ceci dit la chronologie hesiodienne n'est pas respectee.

Par contre la notion d'avenement se comprend mieux dans une optique chretienne. On pourrait peut etre faire un parallel entre la preparation de la nouvelle alliance par l'ancienne avec les elfes ayant pour role de preparer l'avenement humain mais ca reste embrouiller.

CdC

NIKITA
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le 26-10-2002
à 12:19

Chose promis, chose dûe : voici le fruit de mes réflexions de ces derniers jours, j’ai cru bon de le mettre en forme pour que sa lecture soit plus aisée et pour mieux organiser ma pensée. L’idée m’en est venue suite à la lecture de l’article « Du bien et du mal » sur le site Hisweloke et du fuseau « Ainulinde fait la nique à la genèse ». J’ai donc voulu faire une synthèse de ce qui s’était dit en l’enrichissant par une documentation personnelle. J’espère qu’il suscitera des commentaires intéressants : n’hésitez à me faire part de votre avis ! Cœur de canard y trouvera la réponse à sa question initiale dans la partie III, 1) a)…
L’édition citée pour le Silmarillion est celle de Pocket.
Bonne lecture à tous !

Les dieux de Tolkien


Cette réflexion se donne comme point de départ les explications données par Tolkien dans ses Letters où il donne des clés pour appréhender le monde qu’il a créé, notamment dans le Silmarillion. Dans ces affirmations, Tolkien pose comme principe que son monde est monothéiste et que les Valar ne sont pas des dieux :

“There are no 'Gods', properly so-called, in the mythological background in my stories. Their place is taken by the persons referred to as the Valar (or Powers): angelic created beings appointed to the government of the world” (L286, p.368).
"It is a monotheistic world of natural theology” (L165, p.220).

On peut toutefois s’interroger sur les raisons qui ont poussé certains lecteurs à voir dans ce même monde les échos d’un polythéisme et dans les Valars, des dieux.
Pour vérifier la validité de telles hypothèses, il nous faudra définir des termes comme « monothéisme » et « polythéisme » mais aussi « dieu » et « ange ».
J’ai limité mon étude du Silmarillion aux récits premiers : « Ainulinalë », « Valaquent »a et quelques extraits du « Quenta Silmarillion ». En effet, nous trouverons dans ces textes les réponses aux questions que nous sommes en droit de nous poser : quelle est l’origine de la vie et des « dieux » ? Pour mieux éclairer ces récits, je vous propose de les lire à la lumière de deux autres récits primitifs qui ont fortement influencé la pensée occidentale et qui sont assez représentatifs de l’image que l’on peut se faire du monothéisme d’une part, et du polythéisme d’autre part : il s’agit du récit de la Genèse dans la Bible et de la Théogonie d’Hésiode. Si je mentionne ces deux textes, ce n’est pas pour en conclure qu’ils sont les sources susceptibles d’avoir inspiré Tolkien dans la rédaction de sa « Genèse » mais pour comparer son texte avec deux récits fondateurs pour mieux en faire ressortir l’originalité.

Je vous propose avant d’en venir à Tolkien de faire le point sur le polythéisme tel qu’on le trouve chez Hésiode et sur le monothéisme dans la Bible. Mais avant toute chose, définissons les termes-clés de cette réflexion.

NIKITA
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le 26-10-2002
à 12:20

I – Définitions

Pour bien faire, il nous faut remonter plus loin dans l’histoire des religions pour mieux percevoir comment naît cette idée de « dieu » (« theos » en grec) que l’on retrouve dans l’étymologie de ces deux mots :
monothéisme < « monos », seul
polythéisme < « polus », plusieurs

Une première forme de religiosité est présente dans la notion d’animisme. L’animisme en effet est la croyance aux âmes, aux esprits (qui se distinguent du corps), laissant ainsi la porte ouverte à une possibilité dé réincarnation.
Vient ensuite le fétichisme qui instaure un véritable culte des morts et des ancêtres. On croit désormais en l’immortalité de l’âme qui peut se réincarner en un objet.
Le naturisme est une forme de fétichisme plus global puisque les éléments de la nature (terre, ciel, eau…) n’ont pas seulement une âme mais sont divinisés.
Le polythéisme franchit un pas de plus puisque ne sont pas seulement divinisés les éléments de la nature mais des notions humaines comme l’amour, la fécondité etc.… Notons au passage que le mot « polythéisme » est employé pour la première fois dans un texte de Philon d’Alexandrie (commentateur grec de la Bible et contemporain du Christ) : le terme est utilisé de manière péjorative puisqu’il est synonyme d’idolâtrie.
Dans le monothéisme est introduit la notion d’Etre suprême.

Le Petit Robert définit le mot « dieu » comme un « principe d’explication de l’existence du monde, conçu comme un être personnel, selon des modalités particulières aux croyances, aux religions ». Définissons donc au plus près ces modalités :
- Pour l’animisme et le fétichisme, le « dieu » est une « force impersonnelle ».
- Ce n’est qu’à partir du fétichisme que la notion de personne entre en ligne de compte : le dieu est « un être supérieur, doué de pouvoir sur l’homme et d’attributs particuliers ».
- Le monothéisme définit « Dieu » (sans article) comme « l’Etre éternel, unique, tout-puissant et miséricordieux, créateur et juge, des révélations biblique et islamique ».
Retenons de ces définitions les caractéristiques suivantes, elles nous serviront plus loin dans l’étude des textes : le dieu est toujours une « personne » douée de « puissance », souvent capable de créer et de juger.

NIKITA
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le 26-10-2002
à 12:21

II – Du polythéisme en Grèce antique

C’est dans un poème de l’aède Hésiode (VIIIe siècle avant notre ère, probablement contemporain d’ Homère) que nous trouvons trace d’un récit de la Création du monde et des dieux en Grèce antique. Ce poème appelé la Théogonie (« theos », dieu + « gonê », naissance) se veut avant tout un « poème des dieux » célébrant la « race sacrée des Immortels » (La littérature grecque d’Homère à Aristote, Trédé-Boulmer et Saïd, p.13).
Ce qui frappe avant tout lorsqu’on lit la Théogonie, c’est son absence de cohérence, d’homogénéité : le poème décrit tel un catalogue les généalogies divines et les théomachies (combats des dieux) mais ne présente pas de dogme, à la différence de récits comme celui de la Genèse. Le fait est que s’il est question de naissance dans la Théogonie, il n’est pas fait mention de création : les dieux grecs mettent de l’ordre (« cosmos ») dans le monde voué au « chaos » initial mais ne le créent pas :

« L’ordre est fragile. L’ordre n’est jamais acquis. C’est parce que la naissance du monde n’a pas été une création. Le récit biblique nous habitués à sous-estimer l’importance de ce geste qu’y accomplit le Créateur : il met en ordre le « tohu-bohu ». La pensée d’Hésiode ne connaît pas de créateur. » (Préface à la Théogonie, Backès, éd. Folio classique, p.19)

Le premier état du monde mentionne les noms de Chaos, Gaïa (la Terre) et Eros (l’Amour). Grâce au principe de génération apporté par Eros, Gaïa va enfanter Ouranos puis s’unir à lui pour donner naissance aux « vrais » dieux, par opposition aux puissances élémentaires (que sont Chaos, Gaïa et Eros). De cette union naîtra entre autres Chronos, le père de Zeus. Toute idée de progrès n’est pas absente de cette vision du monde puisque Chronos est meilleur qu’ Ouranos et Zeus meilleur que Chonos. Le rôle de Zeus devient alors fondamental au sein du Panthéon grec : c’est à lui que les autres dieux demandent de « régner et gouverner ceux qui ne meurent pas. Lui alors répartit les privilèges » (vers 885). Toutefois il n’est pas un dieu omniscient d’où son mariage avec Mètis (la Sagesse) « qui en sait plus long que les dieux et que les hommes qui meurent » (v.887) qu’il « engloutit » alors qu’elle est enceinte d’Athéna (v.890).
Retenons de ces propos que Zeus se trouve au sommet de la hiérarchie, lui qui est appelé « roi des dieux » (v.886) puisqu’il maintient l’ordre de l’univers par sa force (la fameuse foudre), sa sagesse (il a englouti Mètis) et sa justice (c’est lui qui partage le monde des hommes et juge les dieux comme les Titans à la fin de la guerre, cf. v.630-731). Toute hiérarchie n’est donc pas absente de cette forme de polythéisme, au contraire ! Cela dit, nous sommes loin de l’omniscience du Dieu biblique ou d’Eru.
En revanche, nous retrouvons les caractéristiques du polythéisme où différentes divinités représentent aussi bien des éléments naturels (Poséidon pour l’Eau, Déméter pour la croissance fertile, Zeus pour le Ciel…) que des entités plus abstraites (Hadès, le dieu des morts, Arès, le dieu-guerrier, Asclèpios, le dieu-guérisseur…). Ces divinités sont bien personnifiées et représentées avec leurs attributs. Leurs pouvoirs sont immenses et les font craindre des hommes d’autant qu’elles éprouvent toute la palette des sentiments de l’amour à la haine. Leurs interventions sur la race humaine oscillent entre la volonté d’aider les hommes (par des dons ou par la « magie ») et le désir de vengeance. Pour toutes ces raisons, ils sont souvent qualifiés d’ « anthropomorphiques ».
Un dieu cependant retiendra notre attention : il s’agit de Prométhée En effet il s’oppose à Zeus dont il a percé le secret et commet un crime qui lui vaudra un supplice éternel : il vole le feu sacré des dieux pour en faire don aux hommes. D’autres traditions font de lui le « créateur » de la race des hommes et celui qui leur enseigna tous les arts. Nous reparlerons de lui quand nous évoquerons les Valar de Tolkien.

NIKITA
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le 26-10-2002
à 12:22

III – Du monothéisme dans la Bible

1) Le Dieu de la Bible

Qui est le Dieu dont parle la Bible ? Peut-on parler de « théogonie » ? Non d’après les auteurs du livre Des anges et des hommes car « La religion hébraïque est en effet la seule en son temps, et dès ses origines, à s’être débarrassée des mythologies. Et la Bible (…) sera le premier grand texte religieux dont les théogonies seront absentes ». (Fombonne et D’Assignes, p.45)
Mais il faut apporter quelques éclairages sur le texte biblique pour mieux comprendre ce que la vision monothéiste du monde que nous propose la Genèse avait de différent voire d’antinomique avec les conceptions polythéistes de l’époque.

Or nous n’avons pas un récit de la Genèse mais bien deux :

a) La tradition yahviste (Gn 2,4b à 4,26) fixée au Xe siècle avant notre ère, est probablement d’origine judéenne. Ce nom de yahviste vient du tétragramme divin YHWH, les quatre lettres hébraïques qui forment le nom de Dieu, vocalisé selon les versions en Yahvé ou Jéhovah. C’est sous ce nom que l’auteur désigne le Dieu de la Genèse.
Yahvé apparaît dans ce récit de la Création sous une forme humaine : il modèle l’homme comme un potier (Gn 2,8), éprouve des sentiments humains (suspicion, colère…) et entretient avec sa créature des relations familières (Gn 3,8-9). Comment faut-il interpréter ces « anthropomorphismes » ? Harringtion nous l’explique dans sa Nouvelle introduction à la Bible :

« Nous savons fort bien que Dieu est un pur Esprit ; et cependant, nous parlerons de sa main, nous dirons que Dieu entend nos prières. Le fait que le yahwiste use volontairement d’anthropomorphismes ne signifie aucunement qu’il n’aurait de Dieu qu’une notion très primitive. C’est chez lui l’expression spontanée de sa foi en un Dieu personnel qui prend un intérêt réel aux affaires humaines ; nous dirions volontiers : d’une foi pour laquelle l’existence de Dieu va de soi et ne pose pas de problèmes. » (Note 14 p.284)

Ainsi le yahviste va consigner dans son récit des histoires très primitives mais qui ont une fonction théologique : l’auteur veut expliquer la présence du mal dans un monde créé bon par Dieu. C’est dans cette optique que nous devons lire les épisodes du mariage des anges (Gn 6,1-4) et de la tour de Babel (Gn 11,1-9).

Parenthèse à destination de Cœur de canard : en guise de réponse à la question posée dans ton premier message, je reproduis la note de la Bible de Jérusalem qui commente l’épisode du mariage des anges :
« Episode difficile (de tradition « yahviste »). l’auteur sacré se réfère à une légende populaire sur les Géants, en hébr. Nephilim, qui seraient des Titans orientaux, nés de l’union entre des mortelles et des êtres célestes. Sans se prononcer sur la valeur de cette croyance et en voilant son aspect mythologique, il rappelle seulement ce souvenir d’une race insolente de surhommes, comme un exemple de la perversité croissante qui va motiver le déluge. La Judaïsme postérieur et presque tous les premiers écrivains ecclésiastiques ont vu des anges coupables dans ces « fils de Dieu ». mais à partir du IXe siècle, en fonction d’une notion plus spirituelle des anges, les Pères ont communément interprété les « fils de dieu » comme la lignée de Seth et les « filles des hommes » comme la descendance de Caïn. »

b) La tradition sacerdotale semble avoir été rédigée plus tardivement (même si elle précède l’autre dans la Genèse, 1,1 à 2,4a), au VIe siècle avant notre ère, par des prêtres de Jérusalem. Dieu est désigné sous trois noms différents :
- Elohim, qui est en hébreu le pluriel du nom du dieu cananéen du ciel et créateur des religions des anciens sémites occidentaux : El, (épisode de la Création et de l’Alliance avec Noé),
- El Shaddai (période des Patriarches),
- YHWH (Yahvé) lorsque dieu révèle son nom à Moïse.
Le problème qui se pose dans ce récit de la création est de comprendre le pourquoi d’un pluriel comme Elohim et de formules plurielles comme :

« Faisons l’homme à notre image. » (Gn 1,26)
« vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal » (Gn 3,5)

Une première hypothèse avance le fait que Dieu parle de la cour céleste des anges qui l’entourent. Une autre souligne la majesté et la richesse intérieure contenue dans ce pluriel. Les Pères de l’Eglise, quant à eux, y ont vu une justification du dogme de la Trinité chrétienne. Point de trace de polythéisme en tout cas puisque toute la théologie de la tradition sacerdotale tend à prouver qu’un Dieu unique a créé toutes choses : le multiple trouve sa source en l’Un !
Dans cette tradition, la métaphore du potier est délaissée au profit de celle de l’ouvrier qui travaille six jours de suite et se repose le septième : ainsi est justifiée l’institution du sabbat pour les Juifs.

Le Dieu biblique est donc à la fois unique et omniscient, il est aussi Créateur puisqu’il pré-existe à toutes choses. Ses « anthropomorphismes » ne sont par sur le même plan que ceux des dieux grecs car ils appartiennent à une théologie cohérente. Mais ce qui distingue le plus le Dieu monothéiste de la Bible des dieux polythéistes est sans doute qu’il n’est pas seulement une réponse aux questions existentielles de l’homme (pourquoi la vie ? la mort ? le mal ? la nature ?) mais qu’il vient lui-même rencontrer l’homme et susciter en lui d’autres interrogations, celles de la foi :

« Tu nous a faits pour toi Seigneur et notre cœur est en recherche tant qu’il ne repose pas en toi. » (St Augustin, Confessions, 1,1)

2) Les anges bibliques

Les termes utilisés par Tolkien pour désigner les Valar, « angelic created beings », nous poussent à définir ce que peut être un être angélique. Même si les anges sont mentionnés dans d’autres textes que la Bible ainsi que dans d’autres religions (l’Islam, Zohar, la Cabale…), il me paraît de intéressant de voir ce qu’en disent la Bible et les théologiens juifs et chrétiens pour mieux comprendre ce que voulait dire Tolkien…

a) Tout d’abord, il convient de préciser que les anges bibliques sont absents du récit de la Création, seuls les pluriels que nous avons commentés précédemment peuvent induire l’idée qu’ils sont présents aux côtés de Dieu. Lorsqu’ils apparaissent dans le livre de la Genèse, ils prennent forme humaine(Gn 18,2 et 19,1), ne portent pas d’ailes (Gn 28,10-19 : il leur faut une échelle pour monter et descendre du ciel !) et n’ont pas de nom. Ce n’est qu’à partir de la vision d’Ezéchiel que l’on pourra les compter et leur donner des ailes : ils sont 7, mais seuls 3 noms seront révélés dans le texte biblique, Raphaël, Michel et Gabriel. Leurs fonctions sont multiples mais néanmoins cohérentes :
- ce sont les serviteurs de Dieu (Matth 18,10 ; Tb 12,15),
- ils sont les messagers de Dieu (Gn 18,2 ;19,1 ; Matt 1,20 ; Heb 13,2), d’où la traduction en grec « angelos », messager, qui est l’étymologie du mot français,
- ils sont des guides pour les hommes (Ex 14,19 ;23,23 ;32,34)
- ils protègent les hommes (Ps 91,11 ; Bar 6,6),
- ils combattent comme des guerriers (Matt 26,53),
- ils oeuvrent pour le salut des hommes en remplissant la fonction de « prêtres » (Eccl 5,5 ; Tb 12,12 ; Ac 10,4)
L’unité de toutes ces fonctions se trouve dans un verset de la Lettre aux Hébreux :

« Que sont les anges ? Ce sont tous des esprits qui servent Dieu et sont envoyés par lui pour apporter de l’aide à ceux qui doivent recevoir le salut. » (Heb 1,14)

A ces interprétations bibliques, il convient d’ajouter quelques principes adoptés au Concile de Constantinople en 381 : les anges sont antérieurs à la Création du monde, ils ne connaissent pas le péché et n’ont pas forcément un corps subtil.

b) Pourtant beaucoup d’interprètes ont vu dans ces anges qui prennent parfois des formes surprenantes , tels les tétramorphes du livre d’Ezéchiel (Ez 1,10 : ces anges ont quatre visages, celui d’un humain, celui d’un aigle, celui d’un taureau et celui d’un lion) des résurgences des dieux du polythéisme. Ainsi le Concile de Laodicée, à la deuxième moitié du IVe siècle de notre ère, met en garde contre l’idolâtrie des anges chez les Chrétiens. Il faut dire que toute une littérature apocryphe (les courants néo-platoniciens, le Pseudo-Denys, les textes de la Cabale) a institué une hiérarchie de plus en plus précise formée de 72 anges qui portent chacun un nom.
Le texte biblique, lui, reste cohérent, même si Dieu ne se révèle plus directement à son peuple après l’exil de Babylone et que les anges jouent alors le rôle d’ « interface », remplaçant ainsi les théophanies (manifestation de Dieu, de « phainein », rendre visible) :

« Mais Dieu reste unique, et le monothéisme trouve dans les anges une autre forme d’affirmation de sa réalité. » (Des anges et des hommes, p.46)

Les anges ne sont plus les dieux particuliers des peuples polythéistes mais bien « les serviteurs du roi véritable » (p.46) : il n’y a pas ici une simple « assimilation » du polythéisme mais une véritable « transformation » de l’image de l’ange, bien ancré dans le monothéisme.

NIKITA
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le 26-10-2002
à 12:23

IV – Du monde de Tolkien

Il est temps maintenant après cette remise en contexte d’envisager la vision personnelle de Dieu et le rôle des Ainur dans le Silmarillion et notamment dans les récits de la Création d’Arda.

1) Eru

La question du nom de Dieu ne peut être évitée. On a vu combien elle pouvait être révélatrice dans la Bible. Le Dieu de Tolkien est appelé Eru, ce qui signifie « l’Unique », « Celui qui est le seul » : on ne peut pas trouver mieux comme postulat monothéiste ! Cependant Eru est aussi nommé Ilúvatar par ses créatures, ce qui signifie « Père de tout ». Ce dernier nom le place donc dans la catégorie des Créateurs, plus proche du Dieu biblique que du Zeus grec ! Néanmoins, je retiens l’idée que ce dieu unique n’apparaît pas de la même façon aux yeux de tous. Créateur, Eru est aussi omniscient, ce qui le classe définitivement du côté du monothéisme.
L’ambiguïté ne vient pas en effet du personnage d’Eru mais de l’essence et du rôle des Ainur, ceux qu’il appelle « angelic created beings » et non « Gods ».

2) La question des Ainur

Qui sont les Ainur ? La réponse nous est apportée dès les premières lignes du Silmarillion :

« Il [Eru] créa d’abord les Ainur, les bénis, qu’il engendra de sa pensée, et ceux-là furent avec lui avant que nulle chose ne fût créée. » (p.13)

a) Des dieux ?

On pourrait interpréter dans ce sens l’expression « engendrer de sa pensée », d’autant que la formule employée ici par le traducteur Francis Ledoux n’est sans rappeler le Credo chrétien qui parle du Christ en ces termes : « Engendré, non pas créé, de même nature que le Père ». La narrateur semble nous suggérer (suggérer seulement !) que les Ainur sont d’essence divine…
Que dire alors de cet autre passage du Silmarillion où les Valar, des Ainur en contact avec les humains, sont décrits ainsi ?

« Les plus grands de ces esprits furent appelés par les Elfes les Valar, les Puissances d'Arda, et les Humains souvent les appelèrent des Dieux .» (p. 26).

L’histoire du texte lui-même introduit une nouvelle dimension à notre réflexion :

« Dans les premiers textes du Silmarillion, commencés en 1916 et publiés dans Le Livre des Contes Perdus, les Valar sont appelés « Gods » (remarquez le G majuscule) puis, dans les années 30, les Valar deviennent les « gods » (g minuscule) et l’on voit l’arrivée d’Ilúvatar. Le développement d’un Silmarillion se poursuivra au fil des années pour aboutir en 1977 (sa date de publication) à un ensemble nettement plus chrétien. » (in « Le Silmarillion, mythologie ou chrétienté ? » de Cédric Fockeu)

Il faut dire que les attributs des Valar et leurs pouvoirs les rapprochent en grande partie des dieux polythéistes comme ceux du Panthéon grec :
- ils se partagent les éléments de la nature : Ulmo est maître des eaux, Manwë des airs, Aulë des terres…,
- ils incarnent aussi des notions plus abstraites : Namo est le gardien des morts, Vaïrë la fileuse du temps, Nienna s’occupe de la souffrance…
- ils ont la possibilité de s’incarner ou de rester invisibles aux yeux des humains (cf. p.22),
- ils sont capables d’union avec les elfes, tels Melian et Thingol, qui ne sont pas sans rappeler les unions entre les dieux et les mortelles dans la mythologie grecque,
- ils mènent des guerres dignes des théomachies entre eux,
- ils éprouvent de sentiments et ont des liens de parenté (frère/sœur, époux/épouse),
- la demeure de Manwë et de Varda sur « la plus haute montagne de la Terre » (p. 27) n’est pas sans rappeler l’Olympe des dieux grecs,
- leurs agissements et mouvements d’humeur expliquent des phénomènes naturels, comme la colère d’Ossë qui agite la mer (cf. p.33) : en cela, ils s’identifient aux dieux primitifs et aux contes étiologiques qui justifiaient aux yeux des hommes ce qu’ils ne pouvaient expliquer,
- ce sont des êtres doués d’un pouvoir créateur et tout comme le Dieu de la Bible, ils se reposent et contemplent leurs créations (cf. p.40),
- l’un d’eux, Aulë, va rivaliser sur le terrain d e la Création avec Eru lui-même, puisqu’il va donner naissance aux Nains contre les plans d’Eru. La réaction de ce dernier sera miséricordieuse mais on peut noter au passage qu’il reconnaît en Aulë un Créateur au même titre que lui, entièrement responsable de sa créature (cf. p.50)
- enfin l’enseignement dispensé par les Valar aux premiers Elfes n’est pas sans rappeler celui du Titan Prométhée. (cf. p.45)

b) Des anges ?

Cependant tous ces points de contact ne doivent nous faire perdre de vue le véritable sens de ces figures : comme pour le récit biblique, les détails ne doivent pas nous cacher la cohérence interne du texte.
Il y a en effet certaines images qui rapprochent les Valar des anges bibliques :
- ils sont deux fois 7 avant la chute de Melkor, comme les 7 anges de la vision d’Ezéchiel,
- ils ont aussi pour rôle de protéger la Terre du Milieu et ses habitants, comme le fait Ulmo (cf. p.47)
- ils chantent devant Eru (p. 13), tel un véritable concert d’anges puis se prosternent devant Lui en signe d’adoration.
Le sens de leurs créations nous est en fait donné dès le début : leur unique but est d’ « embellir et glorifier » (cf. p.14) le thème d’Eru, pas de faire leur propre gloire. Ils ne possèdent ni l’omniscience d’Eru (ils n’ont pas su prévoir par exemple l’arrivée des Enfants d’Ilúvatar, p.59), ni la capacité de s’opposer à ses desseins :

« Et toi, Melkor, tu verras qu’on ne peut jouer un thème qui ne prend pas sa source ultime en moi, et que nul ne peut changer la musique malgré moi. » (p.16)

Les Ainur servent sa volonté sans même s’en rendre compte, ils sont au sens propre comme au sens figuré ses « instruments ». Même les bonnes intentions des Valar sont inefficaces pour changer le destin des elfes, ils doivent se contenter d’être « leurs guides » et « leurs maîtres » (cf. p.48).

Reste à nous demander pourquoi Tolkien a inséré des motifs polythéistes dans un univers fondamentalement monothéiste ?
Il est à noter que ces résurgences polythéistes apparaissent surtout dans le chapitre « Valaquenta », les bases du monothéisme de Tolkien étant posées d’emblée dans le premier chapitre « Ainulindalë ». Or comme dans le texte biblique, ces deux récits de la Création se répètent, ce qui a fait conclure à Ron Pirson (dans un article tiré de Proceedings of Unquendor’s Third Lustrum Conference) que nous avions affaire à deux versions du même récit : une version métaphysique (équivalente à la tradition sacerdotale) et une version géocentrée (équivalente à la tradition yahviste).
Dans cette hypothèse, Tolkien poserait les bases de son édifice monothéiste dans sa version métaphysique (« Ainulindalë ») puis envisagerait le point de vue humain de cette création (« Valaquenta ») en introduisant comme le yahviste des motifs anthropomorphiques mais aussi des contradictions explicables par la vision limitée qu’ont les Humains de ces problèmes métaphysiques :

« les Humains ont craint les Valar plus qu'ils ne les ont aimés. Ils n'ont jamais compris les intentions des Puissants, étant eux-mêmes trop différents et en conflit avec le monde. » (p.131).

NIKITA

Szpako
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le 26-10-2002
à 04:55

>>>>> Or comme dans le texte biblique, ces deux récits de la Création se répètent, ce qui a fait conclure à Ron Pirson (dans un article tiré de Proceedings of Unquendor’s Third Lustrum Conference) que nous avions affaire à deux versions du même récit : une version métaphysique (équivalente à la tradition sacerdotale) et une version géocentrée (équivalente à la tradition yahviste).
Dans cette hypothèse, Tolkien poserait les bases de son édifice monothéiste dans sa version métaphysique (« Ainulindalë ») puis envisagerait le point de vue humain de cette création (« Valaquenta »)


Cette opposition entre un Dieu Créateur transcendantal, qui crée par sa seule parole et des démiurges dont l’action créatrice paraît toute matérielle et antropomorphique (les Valar sont bien des démiurges dans le sens que Platon donne au mot in Timée, cad des dieux artisans (qui ne sont pas créateurs) qui produisent le monde à partir de la matière et des Idées),
Cad l’opposition création/élaboration
Je la situais plutôt entre l’Ainulindalë (proche du document sacerdotal) et le chapitre un du Quenta Silmarillion (proche du récit Yahviste)? ?

Le Valaquenta, c’est plutôt une présentation générale des Holy Ones.

On pourrait évoquer une autre tradition intéressante à ce propos, la tradition gnostique (pour faire bref une littérature philosophique et religieuse des premiers siècles de l’ère chrétienne, fondée sur le rejet partiel ou total de l’interprétation reçue de la Bible dans l’Eglise).

La Création ici est lièe au thème de la dégradation du divin (que l’on retrouve aussi dans les doctrines platoniciennes de l’époque et chez Plotin de même).

En gros on a l’opposition entre un Dien transcendant, principe du monde intelligible (un monde divin) et un Dieu créateur, démiurge inférieur, la cause du monde sensible, qui évite donc au premier le contact avec la matière impure ; ce Démiurge est conçu comme mauvais et est identifié au Dieu de l’AT ;-))

De là l’idée que le véritable moi de l’homme n’est pas de ce monde ; sa présence ici-bas est la conséquence d’une chute ; il doit redécouvrir sa véritable origine , retourner, par la contemplation, dans le monde divin qui est sa vraie patrie ; et le sentiment fondamental du gnostique consiste à se sentir « étranger » au monde. Et dans le Légendaire, les fils des hommes sont appelés les Hôtes ou mieux les Etrangers …

Les idées de Plotin sont aussi intéressantes ; par exemple le monde divin comprend l’Un (le Monde des Idées) et l’Ame ; celle-ci est donc de nature divine et à partir d’elle naissent des âmes individuelles, qui se laissent entraîner par la passion, sortent du monde spirituel, inclinent vers la matière, font ainsi naître les corps …. Tout un programme dont on perçoit déjà les echos dans le Légendaire.


Cathy

PS Elohîms est aussi le terme générique dans les langues sémitiques pour désigner l’ensemble des divinités païennes (Entête, Chouraqui). D’où ambiguïté sur laquelle peut être Tolkien s’est amusé ?


Yyr >>> reste zen ;-)) comme moi ;-))

Coeur de Canard
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le 26-10-2002
à 13:24

Au sujet principalement de la Theogonie:

D'abord attention au traduction !

Genses I, 1-2:
"Au commencement Elohim crea les cieux et la terre. La terre etait deserte et vide. Il y avait des tenebres au-dessus de l'Abime et l'esprit d'Elohim planait au dessus des eaux".

Deserte est vide est la traduction de tohu-wa-bohy qui a donner notre tohu-bohu. Eau en hebreux est toujours au pluriele (maim).

Maintenant la Theogonie (116-
"Donc avant tout, fut Abime; puis la terre aux large flancs offerte a tous les vivants, et Amour, le plus beau parmis les dieux immortels [...].
D'Abime naquit Erebes et la noire Nuit. Et de Nuit, a son tour sortir Ether et la lumiere du jours. Terre, elle d'abord enfanta un etre egal a elle meme, capable de la couvrir tout entiere, Ciel Etoile, qui devait offrit aux dieux bienheureux une assises a jammais."

Ensuit elle met au mondes les montagnes et la mer infeconde puis de l'embrassement d'Ouranos les titans. Puis les cyclopes, les hecatonchyres.

Remarquons que l'Abime est la traduction du grecs Chaos. On peut s'amuser a faire differentes correpondances par exemple entre les eaux primordiales hebraique et la mer infeconde qui fut avant Ocean, puis Poseidon. Notons que la creation desordonnee d'etres plus au moins elementaires cesse avec l'avenement du temps (Chronos) qui sur la volonte de la Terre chatre le Ciel (Ouranos) d'un coup de serpette (charmant). Le genitoire de ce dernier est jetee dans la mer et du melange de l'ecume de mer, du sang et du sperme nait Aphrodite. Mais le Temps est un maitre cruel qui mangent ses enfants. Zeus le premier des dieux (et non des titans) libere bien plus tard ses freres et soeurs de la tyranie du Temps.
Ils y a bien sur bien d'autres choses (generations de Nuit, de Flot, titanmachie, Gigamachie, ...).

D'ailleurs Promethee n'est pas un dieu mais un titan (je suis surpris que tu ne fasse pas le parallele entre Promethee et le Serpent, dans la version latine de la bible Lucifer semblent renvoyer a Promethee -- je ne crois pas que ca marche en hebreux).
Il y a beaucoups plus dans la Theogonie qu'un simple catalogue, c'est aussi une idee du cosmos, du monde et de la nature humaine qui peut tout a fait etre comparer a la genese (en s'arretant en gros au Noe post dilivuien (on peut par exemple comparer Pandore a Eve, les differences sont des differences de dogmes).

Ceci dit je suis d'accord dans la genese Elohim est la au commencement (au commencement il y a le verbe) et creer le monde. Chez Hesiode au commencencement il y a le chaos ou plus exactement l'abime, une profondeur beante, rien. C'est la la differece essentiel meme si on peut s'amuser a chercher des correspondances dans la suite et a deduire des differences de dogmes/conception du monde (par exemple le temps hesiodien est cyclique).
Il faut remarquer cependant que la Theogonie d'Hesiode ne doit absolument pas etre prise comme canonique, il en existe bien d'autres (par exemple Amour peut etre le fils d'Aprodite).
Par ailleurs, la vision de Socrate telle que relatee par Herodote, considere clairement Zeus comme omnipotent et omniscient (desole, du grec au lycee, j'ai pas le texte sous la main) meme s'il elle est bien posterieur (Ve siecle).

CdC

NIKITA
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le 26-10-2002
à 18:58

>Szpako
Tu as raison de qualifier les Valar de démiurges, la distinction de Platon est particulièrement pertinente dans le cas du Silmarillion.

>Szpalo : « Je la situais plutôt entre l’Ainulindalë (proche du document sacerdotal) et le chapitre un du Quenta Silmarillion (proche du récit Yahviste)? ?
Le Valaquenta, c’est plutôt une présentation générale des Holy Ones. »

Il est vrai que de nombreux motifs polythéistes apparaissent dans le « Quenta Silmarillion » mais ce n’est pas à proprement parler un récit de la Création même si son premier chapitre est intitulé « Au commencement des jours ». De plus les chapitres « Ainulindalë » et « Valaquenta » ont en commun avec les récits bibliques de se répéter, de faire « double-emploi » d’où la possibilité de les comparer et de les opposer.

Ton parallèle avec la tradition gnostique est intéressant mais je vois mal comment tu peux faire la comparaison avec les Humains chez Tolkien : ils sont bien les enfants d’Ilúvatar, créés par un dieu transcendant, pas par les démiurges que sont les Valar !

>CdC : « D'ailleurs Promethee n'est pas un dieu mais un titan (je suis surpris que tu ne fasse pas le parallele entre Promethee et le Serpent, dans la version latine de la bible Lucifer semblent renvoyer a Promethee -- je ne crois pas que ca marche en hebreux). »
Tu as raison Prométhée est un Titan, il n’est pas appelé « theos » en grec mais je le considère comme une divinité au même titre que Gaïa, Chaos, les Muses et tout le cortège des éléments primordiaux de cette Théogonie. Il partage avec les dieux une certaine identification, un pouvoir surnaturel (sa pré-science est dite dans l’étymologie de son nom « Prévoyant »), comparable à un démiurge (je renvoie à ses rapports avec les hommes mortels). C’est un peu comparable à la différenciation faite entre les Ainur, Valar et Maïar.
Quant à le rapprocher du Serpent de la Bible, je vois ce que tu veux dire mais j’ai volontairement occulté toute référence à l’idée de Chute et d’Ange déchu dans ma réflexion sur la Création car le problème du Bien et du Mal a été traité dans un article du site d’Hisweloke : cela dit, le sujet est vaste et pourrait nourrir d’autres discussions sur d’autres fuseaux… Pour l’instant je préfère rester centrée sur une réflexion sur l’essence divine.

CdC : « Il y a beaucoups plus dans la Theogonie qu'un simple catalogue, c'est aussi une idee du cosmos, du monde et de la nature humaine qui peut tout a fait etre comparer a la genese (en s'arretant en gros au Noe post dilivuien (on peut par exemple comparer Pandore a Eve, les differences sont des differences de dogmes). »
Certes la Théogonie d’Hésiode n’est pas seulement un catalogue des dieux, elle nous renseigne sur beaucoup d’aspects de la pensée grecque mais il reste le chant d’un aède inspiré par les Muses et ne se veut en aucun cas « dogmatique ». Un dogme est un « point de doctrine établi ou regardé comme une vérité fondamentale, incontestable ». Le texte biblique de la Création induit des vérités incontestables aux yeux des croyants : Dieu est unique, il a créé tout ce qui vit sur la terre, il a fait l’homme à son image…etc. (vérités que l’on retrouve dans le Credo chrétien). Le texte d’Hésiode n’est pas considéré par les Grecs comme un texte sacré, peu importe d’ailleurs qu’il contredise le texte des Hymnes homériques qui traite aussi des dieux ou d’autres traditions ultérieures. Il n’y a pas de canon en Grèce antique, pas de dogme religieux établi, pas de vérité révélée ! « Ces poètes ne sont pas des prophètes. Cette poésie religieuse n’est pas une poésie sacrée. » (Backès, Préface à la Théogonie, p.9) Qu’importe ce que dit l’aède sur les dieux, la véritable impiété est de ne pas reconnaître les dieux !

CdC : « Par ailleurs, la vision de Socrate telle que relatee par Herodote, considere clairement Zeus comme omnipotent et omniscient. »
J’aimerais bien retrouver ce texte pour voir ce qu’il dit exactement. Je ne pense pas en tout cas que cette conception remette en cause le polythéisme grec antique. Encore une fois, je me suis limitée au récit de la Création d’Hésiode pour qu’il serve mieux de contrepoint à mon argumentation. Je ne prétends pas résumer la pensée grecque au seul texte d’Hésiode !

Vinyamar
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le 26-10-2002
à 19:43

Salut Nikita,

bravo pour ton topo (qui s'arrête un peu abruptment, il y a une suite ou c'est juste parce que c'est à nous de déduire la conclusion ?)

La question que tu cherches à résoudre pourrait donner un excellent complément à l'article de Cédric que tu cites (et pour ne pas laisser tel travail s'enfoncer dans les abymes du forum), surtout que Cédric nous promet une prochaine version de l'Essai (??).

>"Retenons de ces définitions les caractéristiques suivantes, elles nous serviront plus loin dans l’étude des textes : le dieu est toujours une « personne » douée de « puissance », souvent capable de créer et de juger."

Certes, mais c'est un peu restreint comme caractéristique, car l'homme les a aussi... Bon, l'homme est presque un dieu, je sais, (Ps 8). Heureusement, tu ne t'en sert pas tant que ça par la suite.

Au sujet de la distinction des rôles des anges, j'ajouterai que c'est aussi ce qui fait qu'ils ont un nom. chaque ange est nommé en fonction de son rôle, et ils ne sont pas interchangeable (c'est Michel qui combat, Gabriel qui annonce ou instruit, Raphael qui guide ou éduque, (pour ceux qui ont un nom donné) )mais c'est un hors sujet.
Par contre il faut noter que les anges ne se dinstinguent pas toujours de Celui qui les envoie, en tant que théophanie
"les anges jouent alors le rôle d’ « interface », remplaçant ainsi les théophanies
le terme d'interface est à mon avis rudement bien choisi. vioci quelques passages marquant où l'ange se confond avec Dieu qui l'envoie:

Gn 16,10: 'L'Ange de Yahvé lui dit: "Je multiplierai beaucoup ta descendance, tellement qu'on ne pourra pas la compter." '

Gn 21,17: 'l'Ange de Dieu appela du ciel Agar et lui dit: "Qu'as-tu, Agar? Ne crains pas, car Dieu a entendu les cris du petit, là où il était. Debout! soulève le petit et tiens-le ferme, car j'en ferai une grande nation." '

Gn 22,11: 'L'Ange dit: "N'étends pas la main contre l'enfant! Ne lui fais aucun mal! Je sais maintenant que tu crains Dieu: tu ne<> m'as pas refusé ton fils, ton unique." '

Gn 22,15: 'L'Ange de Yahvé appela une seconde fois Abraham du ciel et dit: "Je jure par moi-même, parole de Yahvé: parce que tu as fait cela, que tu nem'as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable qui est sur le bord de la mer, et ta postérité conquerra la porte de ses ennemis.
Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre, parce que tu m'as obéi." '

Gn 31,11: 'L'Ange de Dieu me dit en songe: Jacob, et je répondis: Oui. Il dit: Lève les yeux et vois: tous les boucs qui saillissent les bêtes sont rayés, tachetés ou tavelés, car j'ai vu tout ce que Laban te fait. Je suis le Dieu qui t'est apparu à Béthel, '

Juge 2,1: 'L'Ange de Yahvé monta de Gilgal à Béthel et il dit: "Je vous ai fait monter d'Egypte et je vous ai amenés dans ce pays que j'avais promis par serment à vos pères. J'avais dit: Je ne romprai jamais mon alliance avec vous. '

Juge 6,11: 'et l'Ange de Yahvé lui apparut: "Yahvé avec toi, lui dit-il, vaillant guerrier!" (...) Alors Yahvé se tourna vers lui et lui dit (...) l'Ange de Yahvé lui dit (...) Alors l'Ange de Yahvé étendit l'extrémité du bâton qu'il tenait à la main et il toucha la viande et les pains sans levain. Le feu jaillit du roc, il dévora la viande et les pains sans levain, et l'Ange de Yahvé disparut à ses yeux. '

etc...

Au passage, ce geste de l'ange avec son bâton me fait penser à quelqu'un au Caradhras... pas vous ??

pour ajouter, les anges ne donnent leur nom que si leur mission le leur permet:
Juge 13,18: "Pourquoi t'informer de mon nom? Il est merveilleux." répond l'ange venu annoncer la naissance de Samson (et ses conditions).

Les Valar ne sont guère avare en nom.

Par contre, des éléments moins spirituels renforcent ce lien:

Dan 10,12: Il me dit: "Ne crains point, Daniel, car du premier jour où, pour comprendre, tu as résolu de te mortifier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et c'est à cause de tes paroles que je suis venu. Le Prince du royaume de Perse m'a résisté pendant 21 jours, mais Michel, l'un des Premiers Princes, est venu à mon aide. Je l'ai laissé affrontant les rois de Perse, et je suis venu te faire comprendre ce qui adviendra à ton peuple, à la fin des jours. Car voici pour ces jours une nouvelle vision."

Chaque nation avait un Prince pour la protéger, un ange, et celui de la Perse semblait bien âtre un ange adversaire, que Michel a défait comme Tulkas aurait défait Melkor !

petit hors sujet encore, je préfère préciser: >"le Credo chrétien qui parle du Christ en ces termes : « Engendré, non pas créé, de même nature que le Père ». ". Oui, enfin même si c'est la traduction liturgique française, ce n'est pas le Credo catholique (!), qui partout ailleurs (dont en anglais je gage) est "de même substance que la père", querelle de théologien si l'on veut, mais le vocabulaire a ici une grande impotance (le pape ne se gêne pas d'ailleurs pour modifier le texte liturgique quand il célèbre en français.)

Enfin, je me range à la précision de Szpako qui modère la notion de Valar créateur. Artisan me semble en effet mieux convenir. On peut dire qu'ils transforment, mais aucun pouvoir créateur au sens de celui d'Eru ne leur est donné (ils transforment, améliorent, décident, mais ne créent rien ex nihilo). Seul Aulë pose un problème, mais je pense qu'il s'agit d'une version antérieure que Tolkien n'a pas réussi à christianniser sans remettre en cause l'existence des nains. A noter le lien entre les Nains et la roche, le fait que les Elfes leur refuse une âme et qu'ils pensent qu'ils redeviennent pierre. Tolkien envisage-t-il ainsi l'idée qu'Aulë n'a été qu'un artiste qui a modelé les Nains comme des statues (sans pouvoir leur donner vie, ce que seul Eru peut faire) ?

Mais très certainement (Tolkien ne le dit-il pas explicitement), les Valar sont le décalque des dieux païens (plus de l'animisme ou de l'Asie que de Rome à mon sens), qu'il a par la suite christiannisé en en faisant des grands Anges. Mais si leur caractéristiques permettent de retrouver leur inspiration, ils demeurent fort éloignés de ce que sont les anges dans la Bible (mais il y a des connections évidentes).

Au sujet de la gnose, le film Matrix donne un excellent aperçu de ses théories, revisitées certes mais très fidèle (avec Jésus et les autres divinités qui ne sont que des "éons" parmis d'autres (j'ai oublé les noms des personnages, mais c'est flagrant)). Accessoirement, la gnose n'est rien d'autre que le New Age actuel (pas si 'new' que ça donc) qui permet un total syncrétisme.
Mais il demeure dans la gnose des éléments chrétiens qui ne peuvent pas être retirés, et un certain détachement du monde en est un élément. La foi chrétienne n'enseigne pas à se débarasser du monde, mais bien à y vivre avec responsabilité, mais en sachant que nous ne sommes pas du monde (mais dans le monde), et que notre vraie Patrie est ailleurs (ou sous un mode différent).
Cette notion d'étranger ou d'hôte chez Tolkien est donc tout à fait chrétienne, et ni proprement gnostique, ni stoïque !

Par contre, Cathy, je ne voit pas en quoi les théories de Plotin que tu cites ont des échos dans le légendaire ?

CdC:
>"Chez Hesiode au commencencement il y a le chaos ou plus exactement l'abime

Tu pourrais préciser, le Chaos n'est pas l'abîme, ce sont même deux choses qui s'oposent je trouve. comment passes-tu de l'un à l'autre ?

Vinyamar

Vinyamar
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le 26-10-2002
à 19:50

oups, Nikita tu as posté pendant que je tapais mon long texte.

J'en profite pour revenir sur un oubli:

CdC : « Par ailleurs, la vision de Socrate telle que relatee par Herodote, considere clairement Zeus comme omnipotent et omniscient. »

Socrate croyais en un Dieu unique, même si sa vision de la chose restait obscure. Cela a fait partie des charges contre lui lors de sa condamnation à mort. Platon dit que Socrate avait un "daemon" qui peut fort bien avoir été un ange) qui lui disait à l'oreille ce qu'il fallait dire à ce sujet. Je crois qu'il continuait à appeler son dieu Zeus, mais qu'il rejettait toute l'Olympe et une vision antropomorphique des dieux. Son dieux était un, d'essence différente et créateur de tout. Il était à 100 lieues des croyances de son époque, et il fut tué pour impiété ! (puisqu'il ne sacrifiait pas aux dieux).
Tout ceci est à vérifier, je parle de mémoire.


Coeur de Canard
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le 26-10-2002
à 20:04


oups c'est pas Herodote mais Xenophon, desole. Il y a dans ce texte une priere a Zeus tres clairement monotheiste. Si je me souviens bien tu le trouveras dans le Socrate de Xenophon.

Ceci dit je ne pense pas qu'on puisse comparer les titans aux maiars (je develope a la demande ;-). Parfaitement d'accord la theogonie n'est pas une verite revele meme s'il est inspirer par les muses (d'ailleurs elle a un auteur a la difference des ecris bibliques) mais porte en elle en tant que mythe des elements fondamentaux de la conception du monde grec (ou du moins de sa mythologie). C'est peut etre meme cette absence de verite revele absolu qui a permis l'eclosion de la philosophie grecs (notre pensee moderne est encore fort impregne de Platon) de maniere si precoce par rapport a une reel philosophie juive ou chretiene (comme dit Levinas, la theosophie est en quelques sortes l'oposee de la philosophie).

Par ailleurs ton interpretation des anges se base sur la pensee chretienne bien posterieure aux textes. As tu connaissances d'une interpretations historique ? (les cherubins tels que nous nous les figurons sont fortement different des cherubins asyriens dont derivent historiquement les cherubins de la genese).

CdC

PS

Mais la grande difference entre JRR et les autrs n'est ce pas que les hommes n'y sont pas coupables d'un peche originel meme sous forme attenue comme dans le mythe de Pandore ? Le mal deviendrait etranger a l'homme meme s'il peut essaiement y sucomber par orgueille ou par tromperie ?

Coeur de Canard
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le 26-10-2002
à 20:13


>Tu pourrais préciser, le Chaos n'est pas l'abîme, ce sont même deux choses qui s'oposent
> je trouve. comment passes-tu de l'un à l'autre ?

La traduction du grecs chaos est abime ou encore le vide. le grec chaos designe une profondeur beante (a mettre en comparaison avec le terme hebreu dont vient tohu-bohu).
Pour le grec, je ne me suis pas contenter de faire confiance aux notes de ma traduction, j'ai verifie dans mon Bailly.
Il y a glissement de sens dans la meme direction pour les deux mots (chaos et tohu-bohu) du grec et de l'hebreu jusqu'au francais.

CdC

NIKITA
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le 26-10-2002
à 23:05

>Vinyamar
Mon topo n’aura pas de suite à proprement parler ; disons que la suite, c’est vous qui l’écrirez… :-)
S’il se termine de manière abrupte, c’est d’une part parce que je ne voulais conclure de manière trop catégorique et d’autre part que j’étais pressée de poster… :-)

Pour ce qui est de ma définition du mot « dieu », ma formulation est sûrement imparfaite. Je rectifie :
- quand je dis que c’est une « personne », je veux dire par là qu’il a une identité, un nom, il n’est une simple abstraction,
- quand je dis qu’il est « puissant », je veux dire qu’il possède un pouvoir bien supérieur à l’homme,
- quand je dis qu’il est capable de « créer », j’aurais dû préciser ex nihilo : je parle évidemment de la création du Monde, de ses éléments et de ses habitants,
- quand je dis qu’il est capable de juger, je fais allusion aux plans mais aussi aux châtiments divins.

Merci pour les compléments que tu apportes sur les anges bibliques : le sujet est en effet plus complexe qu’on ne pourrait le penser…

>CdC : « Ceci dit je ne pense pas qu'on puisse comparer les titans aux maiars (je develope a la demande. »

Je ne voulais pas vraiment comparer les Titans aux Maiar mais démontrer que sous un même titre, « divinité » ou « ange », pouvaient coexister plusieurs « familles » : dieux et titans dans la mythologie grecque, Valar et Maïar chez Tolkien. Cela dit, tu peux développer si tu veux… :-)

CdC : « Parfaitement d'accord la theogonie n'est pas une verite revele meme s'il est inspirer par les muses (d'ailleurs elle a un auteur a la difference des ecris bibliques). »

Que fais-tu des Evangiles et des Epîtres du Nouveau Testament ? Par ailleurs plusieurs livres de l’Ancien Testament revendiquent des auteurs plus ou moins fictifs ! Ben Sirah pour le Siracide, Salomon pour le Livre de la sagesse…etc.

CdC : « Par ailleurs ton interpretation des anges se base sur la pensee chretienne bien posterieure aux textes. As tu connaissances d'une interpretations historique ? (les cherubins tels que nous nous les figurons sont fortement different des cherubins asyriens dont derivent historiquement les cherubins de la genese). »

D’après le livre auquel je me réfère (Des anges et des hommes p.41), des êtres ailés ornaient les murs des palais royaux en Mésopotamie : dans la religion assyro-babylonienne, ces êtres portaient le nom de kâribu, ce qui a probablement le nom de kerubîm ou chérubins, et ressemblaient aux tétramorphes de la vision d’Ezéchiel qui justement a été déporté à Babylone en 586 avant J.C.
Les auteurs du même ouvrage font également le lien avec les archanges zoroastriens : Zoroastre reçoit en effet 7 révélations de 7 archanges, les Amesha Spenta, qui lui enseignent la sagesse et les bases de la civilisation.
Ils en concluent que :
« Cet échange d’archanges, inévitable entre des cultures dont les théologies évoluaient sans cesse et s’interpénétraient depuis des millénaires, marque la volonté du judaïsme de se réapproprier et de réinventer la figure centrale de l’ange pour relativiser les dieux particuliers des peuples, sans les anéantir mais en les transmutant en « serviteurs du roi véritable » .» (p.42)

Szpako
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le 27-10-2002
à 03:43

Nikita >>>> Or comme dans le texte biblique, ces deux récits de la Création se répètent, ce qui a fait conclure à Ron Pirson (dans un article tiré de Proceedings of Unquendor’s Third Lustrum Conference) que nous avions affaire à deux versions du même récit : une version métaphysique (équivalente à la tradition sacerdotale) et une version géocentrée (équivalente à la tradition yahviste).

Bon, j’ai été vérifié dans la Feuille de la Compagnie (où se trouve le résumé de cet article) et voilà ce qui est écrit p.146 :

« enfin, dans la Bible comme dans le Silmarillion, il y a 2 récits de la création : métaphysique d’abord (l’Ainulindalë), puis géocentré (chapitre 1). »

C’est clair, il ne s’agit pas du Valaquenta. Enfin selon Ron Pirson, puisque tu le cites.

>>> Ton parallèle avec la tradition gnostique est intéressant mais je vois mal comment tu peux faire la comparaison avec les Humains chez Tolkien : ils sont bien les enfants d’Ilúvatar, créés par un dieu transcendant, pas par les démiurges que sont les Valar !

? ? Apparemment Vinyamar a compris ce que je voulais dire donc je te renvoie à son poste ;-))
Mais comme il le souligne cette notion « d’étranger » est d’abord chrétienne, naturellement puisque le mvt gnostique est d’abord le fait de chrétiens ;-)

Vinyamar >>> Par contre, Cathy, je ne vois pas en quoi les théories de Plotin que tu cites ont des échos dans le légendaire ?

En fait j’ai fait des rapprochements au fil de mes lectures et je me suis dit que dans une perspective néo-platonicienne, les Ainur ne sont ni des dieux ni des anges (c’est une autre interprétation qui vient enrichir la problématique). Voilà en vrac qq idées …ce n’est pas toujours lumineux, je sais ;-))

D’abord qq considérations théoriques (un peu simplifiées, sinon j’en ai pour toute la nuit): dans les synthèses philosophico-religieuses, la Création peut être abordée selon 2 théories :

- la théorie de la Création ( par ex dans la tradition judéo-chrétienne, la création désigne la production du monde en sa totalité (dans sa matière comme en la multiplicité de ses formes) en vertu d’un acte divin de parole et de puissance ; par contre dans l’Ainulindalë la parole incombe à Eru et la puissance aux Valar). Dans cette optique le Dieu Créateur est avant tout un esprit.

- la théorie de l’émanation : pour Plotin, philosophe néoplatonicien, les êtres particuliers et concrets ne sont pas l’objet d’une création de Dieu, mais sont plutôt une dégradation de l’Unité divine. Le multiple procède de l’Un non par création mais par éparpillement dans le temps et dans l’espace.


« There was Eru, the One, who in Arda is called Iluvatar ; and he made first the Ainur, the Holy Ones, that were the offspring of his thought … » (comme d’habitude la VO est plus explicite que la VF).

« Les Ainur sont la pluralité d’Eru et de son indivisibilité » (La Feuille de la Compagnie, Between Faith and Fiction, p.109)

Le devenir, le cours changeant des choses est un dégradé de l’Eternel :

« Le Silmarillion n’est rien d’autre que l’incarnation de cette conception. A mesure que l’on avance dans le temps en s’éloignant de l’unité originelle, Tolkien développe les fragmentations progressives de la lumière » (La Feuille de la Compagnie, Splintered Light, p.126).

Dans cette perspective néo-platonicienne, on a 2 niveaux d’émanations : le monde intelligible des « esprits » procède de l’Un, et le monde sensible procède du monde intelligible, et ces 2 émanations, si différentes soient-elles, ne sont jamais des créations. Toutes choses naissent d’elles-mêmes sous la lumière du Bien, leur imperfection est lièe seulement à leur éloignement progressif de la simplicité originelle ; le monde sensible est, dans sa beauté comme dans son imperfection, la suite normale du monde spirituel.

« Tolkien fut profondément influencé par la thèse du livre d’Orwen Barfield, intitulé Poetic Diction …. Barfield suppose une unité sémantique ancienne ….La séparation progressive de l’homme avec le monde s’est accompagnée d’un éclatement des concepts et du vocabulaire. C’est cette théorie qui a modifié la façon que Tolkien avait de concevoir le monde et son travail. Le concept de subcréation [le sien ou celui des Valar], développé dans l’essai Sur le conte de fées, se donne comme un dérivé du Logos johannique, une imitation de Dieu (c’est dans le désir de créer que l’homme est à l’image de son Créateur)… » (idem,p.125).

Je viens de me procurer Splintered Light de V.Flieger, je n’ai pas encore eu le temps de le lire, mais en le parcourant j’ai trouvé un passage intéressant que voici :

« It is worth noting that Elohim … is technically a plural form, the plural intensive of the Hebrew El … As a plural, it can suggest not many gods but God in all his aspects, God as multiplicity, a concept not unlike the multiplicity of Eru’s thought who are the Valar ».

Ce pluriel indique la manière plurielle dont Dieu se manifeste dans les forces de la nature (/les Valar).

« The adjective Tolkien used to describe the labors of the Valar in making the world is demiurgic… Subcreation, then, is demiurgic. Here again etymology may throw light on Tolkien’s intent. The word demiurge traces back to 2 distinct Indo-European roots : da-, « to divide » … and da-mo, perhaps « division of society », as in Greek demos, combined with werg, « to do » as in Greek ergon, « work, action ». Their union in demiurge may have conveyed a meaning like « craftsman », or « skilled workman », as a division of society. The Valar, as products of Eru’s thoughts, are that division of the godhead which actively engages in the skilled work of subcreation, the physical activity of shaping the world. As divisions of Eru, they are assisting in the further division and development whereby the theme (also the product of his though) is taken from him and shaped by Valar into the Music and beyond it into the substance of the world. They are thus also dividing the world from Eru, assisting in a process of separation through which Eru and the world can contemplate each other ».

Sur ce bonne nuit

Cathy


Coeur de Canard
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le 27-10-2002
à 11:36


Que fais-tu des Evangiles et des Epîtres du Nouveau Testament ? Par ailleurs plusieurs livres de l’Ancien Testament revendiquent des auteurs plus ou moins fictifs ! Ben Sirah pour le Siracide, Salomon pour le Livre de la sagesse…etc.

Je parlais de l'ancien testaments (et meme pour les evangiles, vu les dates de composition telles que donne sur ce forum, on a du mal a croire que se soit des contemporain du christ qui les aient composees.
Quand a l'ancien testament, la plus part des textes (et en particulier le pentateuque n'ont pas d'auteur revendique -- a part dieu ou moise pour le pentateuque justement). Et pour les autres ils s'agit plus de traditions que d'autres choses (par exemple comme le fait remarquer Bothero, Salomon ne saurait avoir composer l'Eclesiaste puisque le texte et bourrer d'arameenisme, arameen qui apparraissent dans la region es seicles apres Salomon).

CdC

NIKITA
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le 27-10-2002
à 18:46

>Szpako
Bon effectivement, j’avais mal compris Ron Pirson, il faut dire que je n’en ai lu que le compte-rendu d’Eruvike… Le chapitre 1, c’est bien le « Quenta Silmarillion ».
Alors on va dire pour contenter tout le monde que :
- le récit métaphysique, c’est l’ « Ainulidalë »
- le récit géocentré, c’est le « Valaquenta » ET le « Quenta Silmarillion »
Je tiens vraiment à inclure le chapitre « Valaquenta » dans ce corpus car son sous-titre « Histoire des Valar et des Maiar d’après les récits des Eldar » montre bien le changement de focalisation et explique la différence de perception des Valar selon l’Un et ses créatures.
Ca te convient, Cathy ? :-)

Au sujet de la tradition gnostique, je laisse tomber parce que je comprends bien ce que vous (Vinyamar et toi) dites séparément mais j’ai du mal à l’appliquer aux Humains du Silmarillion

Szpako : « En fait j’ai fait des rapprochements au fil de mes lectures et je me suis dit que dans une perspective néo-platonicienne, les Ainur ne sont ni des dieux ni des anges (c’est une autre interprétation qui vient enrichir la problématique). Voilà en vrac qq idées …ce n’est pas toujours lumineux, je sais ;-)) »
Alors là bravo ! Non seulement cela enrichit la problématique mais c’est également lumineux ! Effectivement la Création du dieu de la Bible est achevée aussitôt qu’elle est énoncée alors que la musique d’Eru n’est qu’une « émanation », une « création » en puissance, on pourrait dire. Décidément il faut vraiment que je lise Flieger ! Je suppose qu’il n’ a pas encore été traduit…

>CdC
Je ne sais pas qui a donné sur ce forum des dates pour les Evangiles qui te font douter que leurs auteurs soient contemporains du Christ. Je te cite simplement mes sources (Nouvelle introduction à la Bible de Harrington) :
- Marc aurait été un compagnon de Paul et aurait rédigé son Evangile vers l’an 65,
- L’apôtre Matthieu aurait été à l’origine de la composition de l’Evangile qui porte son nom mais pas forcément son auteur, sa date de rédaction est incertaine, entre 65 et 70, voire peu après,
- Luc aurait connu Paul également et rédigé son Evangile peu avant 70,
- L’apôtre Jean pourrait être l’auteur du quatrième Evangile mais rien n’est sûr, sa composition est des plus complexe et je n’ai pas trouvé de dates plus précises que la fin du Ier siècle.

Lothiriel
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le 27-10-2002
à 23:10

Nikita > - L’apôtre Jean pourrait être l’auteur du quatrième Evangile mais rien n’est sûr, sa composition est des plus complexe et je n’ai pas trouvé de dates plus précises que la fin du Ier siècle."

Il semble que l'évangile dit de Jean ne soit pas en fait attribué à Jean l'apôtre, mais à celui que ledit évangile appelle "le disciple préféré" (je n'ai pas en tête les arguments différenciant ce dernier de l'apôtre, désolée). il serait mis par écrit à la fin du premier siècle, dans la communauté où ce Jean-ci vivait, pour conserver la pensée de ce dernier avant sa mort (c'est d'ailleurs commun aux quatre évangiles: ils sont mis par écrit quand les témoins directs commencent à mourir, pour garder souvenir de ce qu'ils ont dits sur ce qu'avait dit Jésus).

Szpako
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le 29-10-2002
à 04:46

Nikita >>> Ca te convient, Cathy ? :-)

Lol, Okay ;-)


Vinyamar >>> Socrate croyais en un Dieu unique, même si sa vision de la chose restait obscure. …….. Son dieux était un, d'essence différente et créateur de tout. Il était à 100 lieues des croyances de son époque, et il fut tué pour impiété ! (puisqu'il ne sacrifiait pas aux dieux).
Tout ceci est à vérifier, je parle de mémoire
.

Je crois qu’ il ne faut pas confondre le Dieu, objet d’une religion, et le concept ou l’idée d’un dieu nés dans le cerveau d’un philosophe. Lorsqu’on parle de monothéisme, on est sur le plan religieux ; mais le dieu des philosophes – par ex, le souverain Bien de Platon ou l’Acte pur d’Aristote – n’est pas une divinité : c’est une entité intellectuelle, un ensemble de notions pour expliquer raisonnablement le monde.


Nikita >>> Qui est le Dieu dont parle la Bible ? Peut-on parler de « théogonie » ? Non d’après les auteurs du livre Des anges et des hommes car « La religion hébraïque est en effet la seule en son temps, et dès ses origines, à s’être débarrassée des mythologies. Et la Bible (…) sera le premier grand texte religieux dont les théogonies seront absentes ». (Fombonne et D’Assignes, p.45)


Qq petites nuances, le monothéisme n’est pas tombé sur la tête des hébreux aussi facilement ;-)) … C’est Moïse qui a jeté les bases d’une doctrine ‘monothéiste’ (plus ou moins monothéiste, au XIII siècle av notre ère), qui au bout de 4 ou 5 siècles est devenue véritablement le monothéisme.
« Ce que Moïse a enseigné, ce n’est pas le monothéisme, idée profonde et difficile d’accès, que les Israélites [polythéistes et anthropomorphistes à l’époque, à commencer par Abraham] n’atteindront pas, ne comprendreront pas et n’admettront pas avant plusieurs siècles de réflexion. Il a enseigné la nécessité de n’avoir pas d’autre dieu que Yahvé [ présenté comme le simple ‘nom nouveau’ d’un des dieux déjà connus et vénérés par ses compatriotes] , de ne vouer un culte religieux qu’à Lui seul. C’est ce que les historiens des religions appellent l’ «hénothéisme » : on ne nie pas l’existence des autres dieux (c’est donc encore du polythéisme), mais on ne s’intéresse et on ne s’attache qu’à un seul … On en est arrivé au monothéisme authentique … lorsqu’on a pu affirmer : « C’est Yahvé Seul qui est Dieu ; à part Lui, il n’en existe pas ». C’est le Deutéronome qui a parlé ainsi (4,35), et il est daté du VII siècle av JC, un demi-millénaire après Moïse » (La Plus Belle Histoire de Dieu, Bottéro, p.21).

En fait peut être le Légendaire traduit une réalité historique dans le fait que longtemps les systèmes religieux humains (à part celui des Edain - qui eurent des contactes avec les Elfes : « Les Pères des Humains des 3 maisons fidèles furent … richement récompensés : Eönwë vint parmi eux les enseigner, il leur donna la sagesse, le pouvoir et une existence plus longue qu’aucun mortel avant eux » Silmarillion, p.340, pocket) :

- furent polythéistes ( ?) car parallèlement au fait que les Dunedain, « peuple élu », vivaient sous la protection des Valar , « les Terres du Milieu replongeaient dans le passé … la lumière et la sagesse s’y éteignaient » (idem, p.342). Et même lorsque les Numenoréens revinrent sur ces terres en tant que bienfaiteurs, les humains d’alors les appelèrent des dieux.

- ou eurent une sacrée tendance à vénérer les puissances du mal. L’Akallabeth commence par ces mots « Les Eldar racontent que les Hommes vinrent au monde au temps de l’Ombre de Morgoth et qu’ils tombèrent bien vite sous sa coupe. Il envoya des émissaires parmi eux … et ils adorèrent les Ténèbres tout en les craignant »(p.338). Même Númenor « se tourna vers l’adoration du Ténébreux, du Seigneur Melkor » sauf les Fidèles (p.356). Et à la fin du second âge, lorsque Sauron prépara la guerre contre les Eldar et les Humains, il « fit venir force de ses serviteurs de l’est et du sud, parmi eux beaucoup étaient de la race de Númenor, car au temps où il avait vécu là-bas, le peuple presque tout entier avait tourné son cœur vers les ténèbres. Ainsi nombre de ceux qui étaient partis vers l’est à cette époque et qui avaient construit les forts et les ports de la côte étaient déjà soumis à son pouvoir et le servirent volontiers » (p.382).


Et vénérer les puissances du mal, c’est vénérer de faux dieux, le Veau d’Or, c’est se livrer à l’idolâtrie. Même en TdM, le monothéisme connut une longue et douloureuse histoire (préhistoire ? ;-)) Et les hommes … « un peuple à la nuque raide » ;-)))


Cathy


NIKITA
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le 29-10-2002
à 14:29

>Lothiriel : « Il semble que l'évangile dit de Jean ne soit pas en fait attribué à Jean l'apôtre, mais à celui que ledit évangile appelle "le disciple préféré" (je n'ai pas en tête les arguments différenciant ce dernier de l'apôtre, désolée). »

Il est vrai qu’il y a plusieurs Jean dans le Nouveau Testament mais tout le monde s’accorde à dire que le « disciple qu’il [Jésus] aimait » (Jn 19,26), c’est l’apôtre Jean, le fils de Zébédée et le frère de Jacques, présent au pied de la Croix (même si les Evangiles ne le disent pas ouvertement) avec sa mère, Salomé (pas celle qui danse devant Hérode et réclame la tête de Jean-Baptiste !), et d’autres femmes. Il est désigné ainsi également en Jn 13,23 ;20,2 ;21,7.20.

>Cathy
Tes précisions sur le monothéisme renforcent l’idée selon laquelle la vision d’Eru et celle des Humains sont différentes voire contradictoires parfois : on mesure alors tout ce qui peut les séparer…
A propos de l’ « adoration des ténèbres » et de la question du Mal en TDM, as-tu regardé dimanche soir sur Arte un documentaire intitulé « Vade retro satanas » qui retraçait les différentes représentations du Diable depuis la Bible jusqu’aux théories freudiennes sur l’hystérie ? On y trouvait d’étranges échos à ce qui s’est dit sur le forum ces derniers temps… :-) Et puis j’y ai relevé une curieuse « interprétation » (déformation ?) du passage de la Genèse sur lequel m’interrogeait Cœur de canard au début de ce fuseau…une « interprétation » diabolique pour tout dire… Enfin ce que j’ai bien aimé, c’est qu’il rappelait que le diable n’était pas le Mal incarné mais qu’il avait avant tout un rôle de Tentateur de Collaborateur finalement au service du projet de Dieu : ils avaient lu l’article « Du bien et du mal » d’Hisweloke ?

NIKITA

Coeur de Canard
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le 29-10-2002
à 15:55

OK, Morgoth ne fait que participer au projet d'Eru et on peut avoir meme interpretation de la Genese (quoique avouons le, ca presuppose un createur un peu "tordu").
Dans le pentateuque la cause des malheurs des hommes c'est le peche originel, puis par la suite de ne pas suivre les preceptes de dieu (e nschematisant), pour les grecs c'est Pandore (repressailles de Zeus apres que Promethee se soit montrer trop malin) puis ensuite l'hubris.
Maintenant pour JRR, c'est quoi ? Pourquoi les hommes doivent payer pour Morgoth ou pour Faenor ?

CdC

PS sur la nature des etres de Terre du Mileu: pourquoi Gandalf se refuse a tenir l'anneau alors que ca n'effaie guerre ce brave Tom Bombil ? Est ce du a l'incarnation humaine de Gandalf ?
Par ailleurs la ligne de Melian (cote numerorien) sera responsable de la chute de Numeror, ne peut on pas associe cela au fils d'Elohim engendrant des heros juste avant le Deluge ?

lambertine
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le 29-10-2002
à 16:15

Chere Nikita,

D'où les 2 différentes versions du Notre Père : l'ancienne : "Ne nous laissez pas succomber à la tentation " qui verrait un Mal extérieur à Dieu, et " Ne nous soumets pas à la tentation" où l'on pourrait voir un Dieu "complice" du mal.( la 2ème semble être la traduction exacte du Latin. Quid des versions plus anciennes ? )

Lothiriel
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le 29-10-2002
à 20:29

Nikita >> "Il est vrai qu’il y a plusieurs Jean dans le Nouveau Testament mais tout le monde s’accorde à dire que le « disciple qu’il [Jésus] aimait » (Jn 19,26), c’est l’apôtre Jean, le fils de Zébédée et le frère de Jacques, présent au pied de la Croix (même si les Evangiles ne le disent pas ouvertement) avec sa mère, Salomé (pas celle qui danse devant Hérode et réclame la tête de Jean-Baptiste !), et d’autres femmes. Il est désigné ainsi également en Jn 13,23 ;20,2 ;21,7.20."
> eh non, pas tout le monde! c'est un ami prêtre et fort érudit dans ses matières qui m'a expliqué justement que l'assimilation était aujourd'hui remise en cause et qu'on dissociait ces deux Jean, les textes étant attribués à l'entourage du disciple préféré plutôt qu'à l'apôtre. avec la passoire qui me sert de mémoire, j'ai oublié pourquoi, mais c'était fort argumenté, donc j'ai retenu la conclusion.

NIKITA
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le 29-10-2002
à 20:36

>Lambertine : Je réponds à ta question même si on est hors-sujet car je crois qu’il y a confusion.
La formule de la prière du Notre père que tu cites est tiré de l’Evangile selon St Matthieu 26,41. Le texte original grec donne ceci (transcrit dans notre alphabet :-( ) :
hina me eiserchomai eis peirasmos
Je décode :
hina : afin que
me eiserchomai : vous n’entriez pas
eis : en
peirasmos : tentation

Et voici maintenant la formule de la Vulgate latine :
ut non intretis in temptationem
C’est le décalque « parfait »du grec !

C’est la traduction en français qui est plus problématique : « Ne nous permets pas d’entrer dans la tentation » serait la formule la plus proche du texte original car elle transcrit bien la volonté de l’orant de ne pas emprunter la voie qui mène au péché. En aucun cas, cette formule ne suggère une complicité de Dieu : le Tentateur, ce n’est pas lui (cf. Jc 1,13) ! L’orant supplie ici Dieu d’envoyer son Esprit pour qu’il puisse discerner la Tentation et ne pas s’y soumettre. En ce sens l’ancienne formule (« Ne nous laissez pas succomber à la tentation ») est moins équivoque que la récente, plus elliptique (« Ne nous soumets pas à la tentation).

>CdC : « OK, Morgoth ne fait que participer au projet d'Eru et on peut avoir meme interpretation de la Genese (quoique avouons le, ca presuppose un createur un peu "tordu"). »

Tordu ? C’est une façon de voir les choses… On pourrait t’objecter que Dieu a voulu sa créature libre et non télécommandée et totalement docile. Les parents qui mettent au monde des enfants, savent que ce monde est rempli de mauvaises tentations, sont-ils pour autant « tordus » d’espérer que leur progéniture pourra y résister ?

>CdC : « Dans le pentateuque la cause des malheurs des hommes c'est le peche originel, puis par la suite de ne pas suivre les preceptes de dieu (e nschematisant), pour les grecs c'est Pandore (repressailles de Zeus apres que Promethee se soit montrer trop malin) puis ensuite l'hubris.
Maintenant pour JRR, c'est quoi ? Pourquoi les hommes doivent payer pour Morgoth ou pour Faenor ? »

Difficile de répondre à cette question en un post : elle mériterait un fuseau à elle seule !
Je hasarde malgré tout une hypothèse : les Humains ne sont pas comme les Elfes liés à leur destin. Eru les a voulus libres de choisir entre le bien et le mal comme le Dieu de la Bible :
« Et il souhaita (…) qu’ils aient le courage de façonner leur vie, parmi les hasards et les forces qui régissent le monde, au-delà de la Musique des Ainur, elle qui fixe le destin de tous les autres êtres. » (Silm, p.48)
« Mais Ilúvatar savait que les Humains, jetés entre les puissances qui agitaient le monde, s’égareraient souvent et n’useraient pas toujours harmonieusement de leurs dons. » (Silm, p.49)
« tout ce qu’ils font ne contribue en fin de compte qu’à la gloire de mon œuvre. » (Silm, p.49)
Les voies de Dieu sont décidément impénétrables !

NIKITA

Vinyamar
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le 30-10-2002
à 01:50

Szpako: au sujet du Dieu de Socrate, je parle bien de religion. Il ne croyait pas au Dieu des philosophes :-) Socrate était monothéiste, par révélation particulière semble-t-il.

Tu cites ausi :"[ présenté comme le simple ‘nom nouveau’ d’un des dieux déjà connus et vénérés par ses compatriotes

Je ne crois aps que l'on puisse dire que YHWH est un nouveau nom pour un vieux dieu. Je crois que ce dieu est tout à fait nouveau, puisqu'il se prétend unique, et qu'aucune autre religion n'avait pareil dieu (par contre, on a pu lui donner les noms d'autres dieux connus avant YHWH)


Au sujet de "ne nous soumet pas à la tentation/ ne nous laisse pas succomber", il y avait sur ce forum une excellente explication de traduction par Eruvike il me semble, mais je ne la retrouve pas...

Szpako
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le 30-10-2002
à 04:46

CdC >>>> Maintenant pour JRR, c'est quoi ? Pourquoi les hommes doivent payer pour Morgoth

Un autre hypohtèse :

Le début de l’Akallabeth que j’ai déjà cité : « Les Eldar racontent que les Hommes vinrent au monde au temps de l’Ombre de Morgoth et qu’ils tombèrent bien vite sous sa coupe. Il envoya des émissaires parmi eux … et ils adorèrent les Ténèbres tout en les craignant »

renvoie à une légende numénoréenne, ‘The Tale of Adanel’ (in HoMEX, dans le célèbre dialogue entre le prince elfique Finrod - the wisest ot the exiled Noldor - et l’humaine pleine de sagesse Andreth, appelée Saelind cad ‘Wise-heart’ par les Eldar – of the Wise some were women).

Adanel, une autre Wise-woman ( la traduction française n’est pas terrible ;-) conte la ‘chute’ ou le ‘péché originel’ des premiers hommes en TdM ; comme dans la Genèse, la condition mortelle des hommes est dûe à un mauvais choix ; ils n’ont pas eu confiance dans les paroles d’Eru :

« ‘In time ye will inherit all this Earth, but first ye must be children and learn’ … But we were in haste … » (p.345-346).

Et ils cédèrent aux paroles mensongères et tentatrices de Melkor qui en fit ensuite ses esclaves.

La faute consiste dans l’éloignement de la Voix Divine, mais la mortalité n’est pas une punition (c’est un don, on le sait) mais plutôt retour au propriétaire légitime ;-) :

« Ye have abjured Me, but ye remain Mine. I gave you life. Now it shall be shortened, and each of you in a little while shall come to Me, to learn who is your Lord : the one ye worship, or I who made him » (p.347).

Et ici encore je me répète, par habitude ;-)), c’est moins par orgueil que par méfiance à l’égard des intentions d’Eru que l’humanité a péché en TdM.

Hem, Hybris, Bottéro, des mots importants, si tu écris Chpako je te tue :D)

Nikita >>> as-tu regardé dimanche soir sur Arte un documentaire intitulé « Vade retro satanas » qui retraçait les différentes représentations du Diable depuis la Bible jusqu’aux théories freudiennes sur l’hystérie ?

Hélàs non ; ‘l’hystérie’ : après le bûcher, l’hopitâl psychiatrique, sacré Freud :o)

Vinyamar >>> je viens juste de te lire après avoir composé mon message, donc je réfléchis ...

Cathy

Iarwain
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le 30-10-2002
à 07:47

CdC> Si je me souviens bien tu le trouveras dans le Socrate de Xenophon
Pourrais-tu préciser s'il s'agit de l'Apologie de Socrate ou des Mémorables?

NIKITA> Il y a un petit problème dans le texte que tu cites, soit dans le texte grec, soit dans la traduction que tu en donnes (mais comme je ne connais pas le texte grec de l'Evangile, je ne peux pas aller vérifier):
en effet, "hina mê eiserchômai" = "afin que je n'entre pas".

Si je voulais traduire "(afin que) vous n'entriez pas", cela donnerait (après un coup d'oeil à ma grammaire): "mê eiserchêsthe".
Par ailleurs, la traduction latine semble corroborer cette interprétation...

Iarwain

PS: désolé de persévérer dans le hors-sujet, mais dans Matthieu, 26, 41, ce n'est pas tout à fait le Notre Père, mais la prière de Jésus à Gethsémani (à moins que ce ne soit la même chose?).

Coeur de Canard
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le 30-10-2002
à 10:32

Iarwain:
Pourrais-tu préciser s'il s'agit de l'Apologie de Socrate ou des Mémorables?

C'est bien loin pour moi tout ca mais je suis quasiment sur que c'est l'Apologie.

Apropos de l'hénothéisme, il est pas evident que les hebreux furent les premiers dans le quoi a trouver ca fun.
Baal semble t'il fut un serieux concurent, eg Babylone vient de Bab-il-i : la porte de Dieu (j'ai beau etre profane au plus haut point je ne vois pas ce qui motive la traduction de Bottero en "la porte du Dieu" a part son christianisme). Le dieu en question c'est Mardouk, le dieu de babylone aussi appelle Baal (le maitre). Pour ce que j'en sais les pheniciens le trouver fun aussi.

Par ailleurs, l'idee que Socrates est ete l'objet d'une revelation particuliere me heurte. D'abord cela me parait en contradiction avec l'humanisme grec en general et le discour de Socrates (enfin tel qu'il nous a ete rapporter) en particulier, ensuite j'y vois la marque d'un certain proselytisme catholique.

CdC

PS apropos d'hubris/hybris c'est une question de transliteration. Upsilon est sense etre rendu en y mais ca rend le maping avec l'original moins direct (je me souviens d'avoir ou a freiner assez vigoureusement parceque il m'avait fallu un certain temps pour dechifrer puis transliterer le paneau indicateur vers Mycenes).

NIKITA
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le 30-10-2002
à 14:44

Je réponds à tout le monde :

>Lothiriel « eh non, pas tout le monde! c'est un ami prêtre et fort érudit dans ses matières qui m'a expliqué justement que l'assimilation était aujourd'hui remise en cause et qu'on dissociait ces deux Jean. »
Alors là je demande à voir ! Quel est ce fameux Jean qui est présent lors de la Cène (il n’y a qu’un seul Jean parmi les 12 apôtres ?), au pied de la Croix puis témoin de la résurrection, « préféré » du Christ et que l’Evangile n’évoque que par la périphrase « le disciple que Jésus aimait » ??? :-)

>Szpako : « c’est moins par orgueil que par méfiance à l’égard des intentions d’Eru que l’humanité a péché en TdM. »
C’est aussi mon avis : l’orgueil semble réservé aux « anges » déchus (Satan/Melkor) ! C’est comme si en TDM le dialogue était rompu entre le Créateur et ses créatures : les hommes pèchent plus par ignorance que par rébellion. Dans la Bible au contraire, il y a une relation plus personnelle entre Dieu et son peuple mais la nature humaine n’en est pas moins faillible…

>Iarwain : « Il y a un petit problème dans le texte que tu cites, soit dans le texte grec, soit dans la traduction que tu en donnes. »
Mea culpa ! Effectivement j’ai mal cité le texte grec : il faut lire
« hina me eiserchêsthe eis peirasmos » au lieu de « hina me eiserchomai eis peirasmos » : le verbe est bien à la deuxième personne du pluriel de l’aoriste ! Heureusement qu’il y a des hellénistes sur ce forum ! :-)

>Iarwain : « dans Matthieu, 26, 41, ce n'est pas tout à fait le Notre Père, mais la prière de Jésus à Gethsémani (à moins que ce ne soit la même chose?). »
J’aurais dû le préciser en effet : cette parole du « Notre Père » est très largement inspirée de la prière de Jésus à Gethsémani où il est lui-même tenté de renoncer à son sacrifice. Le texte latin du « Pater Noster » dit ceci :
« ne nos inducas in tentationem »
On est tout proche du texte de la Vulgate (« ut non intretis in temptationem ») mais le verbe « inducas » (« entrer dans ,introduire » mais aussi « conduire à ») est ambigu si l’on ne se réfère pas au texte biblique qui distingue bien Dieu du Tentateur, d’où mon détour par le texte original ! :-)

>CdC : Personnellement j’ai toujours entendu les hellénistes parler d’hubris mais comme tu le rappelles, l’autre orthographe est aussi légitime : l’essentiel est d’être cohérent et d’utiliser toujours le même terme, voire de le définir pour les non-initiés ! ;-)
A ce propos, qu’est-ce que tu entends précisément par « maping » ?

NIKITA

Lothiriel
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le 31-10-2002
à 12:54

Nikita : "Alors là je demande à voir ! Quel est ce fameux Jean qui est présent lors de la Cène (il n’y a qu’un seul Jean parmi les 12 apôtres ?), au pied de la Croix puis témoin de la résurrection, « préféré » du Christ et que l’Evangile n’évoque que par la périphrase « le disciple que Jésus aimait » ??? :-) "
> ça tombe bien, je suis retournée aux renseignements cet après-midi :D
Jean fils de Zébédée (l'apôtre) est un pêcheur de Galilée: il est déjà difficile de croire qu'une telle construction intellectuelle que l'évangile de Jean soit l'oeuvre d'un pauvre pêcheur, la différence de ton entre les synoptyques et le texte johannique tend à faire penser à un autre milieu. là, on dissocie Jean-l'apôtre de Jean-l'évangéliste. 1ère étape ;-)
Pour la Cène, si Marc et Matthieu précisent que Jésus est à table avec les Douze, Luc évoque un repas "avec ses disciples", qui laisse la porte ouverte à d'autres qu'aux douze, et Jean ne dit rien des participants. Jean ne dit pas non plus le nom du disciple présent au pied de la croix - alors qu'il nomme les apôtres plusieurs fois dans son texte. il le désigne simplement sous l'expression "le disciple qu'il aimait", effectivement: pourquoi ne pas le nommer Jean, comme il appelle Pierre par son nom, par exemple? élément de réflexion ;)
Le lien entre les deux éléments (distinction avec l'apôtre et milieu de l'évangéliste) est fait notamment en Jn 18, 15-17: Pierre ne peut rentrer dans la cour du grand prêtre que parce qu'un autre disciple, non nommé, y est autorisé par son lien avec le grand prêtre et le fait ensuite rentrer. Il y a donc dans l'entourage de Jésus un homme, qui ne fait pas partie des Douze proprement dits, qui appartient au milieu des prêtres de Jérusalem (j'ai failli écrire du "clergé" mais je ne pense pas que le terme convienne). L'écriture de l'évangile dit de Jean permet d'assimiler son inspirateur à ce disciple qui a ses entrées au temple. 2è étape.
L'Evangile de Jean se termine par le fait que c'est le "disciple que Jésus aimait" qui a témoigné des faits relatés dans ce texte: les trois éléments disciple-aimé / évangéliste / "intellectuel" juif lié au Temple se lient entre eux. La différence avec Jean l'apôtre est encore sous-entendue en Jean 21: l'évangéliste évoque, lors de l'apparition au lac de Tibériade, comme présents différents apôtres - dont les fils de Zébédée et donc Jean l'apôtre, et deux autres disciples non nommés. Puis il évoque l'échange entre Pierre et Jésus et la présence du "disciple qu'il aimait", précisant que c'est celui-ci qui a témoigné pour cet évangile: il ne le considère manifestement pas comme l'un des fils de Zébédée. 3è étape.
On aurait donc bien deux Jean, l'un fils de Zébédée, l'un des Douze; l'autre, "le disciple que Jésus aimait", juif cultivé proche du Temple, considéré comme l'évangéliste et à tout le moins inspirateur de l'évangile johannique.
Vinyamar
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le 31-10-2002
à 03:13

Lothiriel:
>"il est déjà difficile de croire qu'une telle construction intellectuelle que l'évangile de Jean soit l'oeuvre d'un pauvre pêcheur"
Bon, alors là sans vouloir te vexer, tu remets en cause toute l'écriture de la Bible. Certains prophètes étaient bouviers sans instruction, d'autres pêcheurs, etc. La lettre de Pierre aussi est étonnante de par son expression comparé au Pierre lourdeau de l'évangile. D'autres aussi en ont été étonnés:
"Considérant l'assurance de Pierre et de Jean et se rendant compte que c'étaient des gens sans instruction ni culture, les sanhédrites étaient dans l'étonnement." Actes 4,13

Donc c'est un argument qui s'extrait de la foi en Dieu et n'est pas recevable. La Bible est avant tout un livre de foi écrit dans la foi pour la foi, celui qui l'étudie en dehors de la foi ne perd pas toute légitimité, mais en perd une sacré dose quand même - Et puis quel intérêt de commenter la Bible sans la foi ??) L'esprit saint est assez puissant pour faire parler des gens sans instructions comme ils le font sans que cela ne pose problème (dans un regard de foi), tout comme on a vu une jeune bergère de 16 ans monter à cheval mieux que les cavaliers qui l'entouraient pour aller délivrer des villes livrées aux anglais impies alors qu'elle n'avait jamais touché un cheval de sa vie, mais qu'elle était envoyé par Dieu. Là !

>"Luc évoque un repas "avec ses disciples",

ah bon ??

"Lorsque l'heure fut venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui. ". Luc 20,14 (la Cène)

De plus Luc confond souvent les disciples et les apôtres (après tout les apôtres sont des disciples). cf. appel des 4 premiers disciples, qui sont en fait des apôtres.

>"Jean ne dit pas non plus le nom du disciple présent au pied de la croix "
Tu ne trouveras nulle part dans tout son évangile le nom de l'apôtre Jean, puisqu'il le nomme toujours par 'le disciple que Jésus aimait'. les seuls Jean de son évangile sont Jean Baptiste et Jean le père de Pierre. C'est donc plutôt une preuve qu'il s'agit bien à chaque fois de l'auteur du livre qui ne désire pas se nommer lui-même.

>"L'écriture de l'évangile dit de Jean permet d'assimiler son inspirateur à ce disciple qui a ses entrées au temple."

Euuh, je ne vois pas pourquoi ? Mais j'ai peut-être mal saisi ta pensée.

Enfin, le chapitre 21 est particulier. Tout d'abord, cependant, rien ne permet de séparer les fils de Zébédée du disciple que Jésus aimait. je ne saisis aps ton raisonnement

" Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples se trouvaient ensemble. "". Jean 21,2

(il ne nomme pas ici un des disciples comme 'celui que Jésus aimait'

Se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait, celui-là même qui, durant le repas, s'était penché sur sa poitrine et avait dit: "Seigneur, qui est-ce qui te livre?" " Jean 21,20

Il s'agit donc clairement d'un apôtre, et rien ne permet de penser que ce n'est pas aussi un des fils de Zébédée.

Mais ce chapitre est particulier à cause de cette phrase:

C'est ce disciple qui témoigne de ces faits et qui les a écrits, et nous savons que son témoignage est véridique.
Il y a encore bien d'autres choses qu'a faites Jésus. Si on les mettait par écrit une à une, je pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu'on en écrirait "
Jean 21,24-25

On a ici peut-être le témoignage d'ajouts faits à l'évangile, sans doute juste après la mort de Jean (interprétation personnelle, que je vais expliquer).
De plus on a un doublon de la conclusion, puisqu'on trouvait en 20,30:

" Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d'autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. " Jean 20,30

Qui ressemble beaucoup à 21,25 (cité plus haut). L'inclusion du "je" et du "nous" est étonnante dans cet évangile ou l'apôtre s'efface autant. De plus, cette épilogue semble avoir un but, c'est contrer une fausse idée répandue chez les disciples:

Le bruit se répandit alors chez les frères que ce disciple ne mourrait pas. Or Jésus n'avait pas dit à Pierre: "Il ne mourra pas", mais: "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne." Jean 21,23

C'est pourquoi il se peut que cet épilogue ait été ajouté juste après la mort de Jean, car certains étaient peut-être choqués. Ou bien, c'est réellement Jean lui-même qui l'écrit, mais plus tard sans doute, en apprenant qu'un tel bruit se répand. le fait d'appeler les disciples "les frères" est aussi un élément nouveau.

Voilà, c'est mon interprétation personnelle, que je ne trouve pas idiote, sauf avis contraire de votre part.

Coeur de Canard:
>cela me parait en contradiction avec l'humanisme grec en general et le discour de Socrates
Je ne dis pas le contraire, et c'est bien pour cela que Socrate a été condamné à mort. (en français on écrit "Socrate"). Quant au discours de Socrate, c'est surtout celui de Platon, et ce n'est que parfois que l'on reconnait des idées qui ne sont pas tout à fait en accord avec la pensée générale de Platon.

>ensuite j'y vois la marque d'un certain proselytisme catholique.

Es-tu certain que ce genre de phrase peut contribuer à un état paisible dans le fuseau et à son progrès? Si tu y vois cela, c'est ton affaire. Bien qu'il y aurait à répondre, je m'abstient, connaissant le personnage (désolé, mais d'autres fuseaux parlent pour toi).

Ceci dit, c'est quoi le sujet principal ici ?? (car on dévie, même si c'est intéressant, mais la question principale est-elle résolue ?)

Vinyamar

Szpako
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le 31-10-2002
à 03:58

Lothiriel >>> Magnifique ;-)) Tout à fait convaincant. Mais Vinyamar vient de poster , et vu l’heure, j’y réfléchis demain ;-))


Nikita >>> Et puis j’y ai relevé une curieuse « interprétation » (déformation ?) du passage de la Genèse sur lequel m’interrogeait Cœur de canard au début de ce fuseau…une « interprétation » diabolique pour tout dire…

Cette histoire des Géants ? ? ? ? Je suis curieuse ;-))

André Chouraqui (Entête), en note à ce passage du début du Déluge, écrit (en gras c’est moi qui souligne ; aussi, Chouraqui est très pointilleux sur une traduction française qui vise à mettre en valeur la source hébraïque, ça change, on a un petit air archaïque et primitif):

« En fait nous avons ici un écho de mythes répandus à Our, Assur et Babylone où les dieux et les races de géants se disputent les filles des hommes (cf Nb 13,33)… Ici les Benéi Elohîms, ‘des fils divins’, ne réussissent pas à fonder avec les filles de l’humain, ‘des filles humaines’, une race d’immortels mais seulement des héros, car l’homme est de chair (Ps 82,6).
A l’époque du Second Temple, l’exégèse hébraïque verra dans ces personnages des anges déchus tombés à terre pour s’accoupler avec des femmes, ou, plus généralement encore … des enfants de princes et de juges : la classe dirigeante faillit à sa mission éthique et se pervertit dans l’abus de ses pouvoirs
».

Du coup je comprends mieux le parallèle que cherche à faire CdC (autant pour moi, hubris/hybris ;-)) ; vous l’aviez peut être compris, mais pas moi ;-(
La royauté de Numenor, de par ses origines divine (Melian) et elfique (Elwë, Idril), est constituée en qqsorte de « sur