Forum de discussion
  Le Legendaire
  Traduire les poèmes : théorie

Lancer un nouveau sujet  Répondre à ce sujet
Editer votre profil | Enregistrez-vous | Q/R

Atteindre la fin du fuseau
Auteur Sujet:   Traduire les poèmes : théorie
Laegalad Ecrit le 22-11-2002 17:13    Click Here to See the Profile for Laegalad   Cliquer ici pour écrire à Laegalad  
En complément au fuseau « traduire les poèmes ? », je crée celui-ci qui serait sa partie théorique. Je pense qu’il serait utile aux néophytes (moi la première) qui voudraient se lancer dans la traduction des poèmes de Tolkien, ou tout simplement mieux les apprécier dans leur version originale. De plus, le cours que Moraldandil m’a gentiment envoyé y trouverait toute sa place, sans profiter à moi seule (avis à l’intéressé ;-)).
Pour ma part, je joins ci-dessous quelques notions de bases, repêchées dans mes cours de 2de et 1e (après dépoussiérage ;-,). J’y ai redécouvert pas mal de choses, et peut-être cela pourra-t-il être utile à d’autres (je sais, j’aurais eu mieux fait de m’y replonger avant de faire la maline ;-D, maintenant c’est moi qui suis horrifiée quand je vois ce que j’ai pu écrire !).
(Entre parenthèses : je crois que ce cours était sur un bouquin dont je n’ai pas les références… Si son auteur venait à passer par là, je lui adresse mes excuses ;-)).

1) La nature de la rime
A) Sonorité
Une rime peut être masculine (M)(terminée par une syllabe accentuée : absence de E muet) ou féminine (F)(terminée par une syllabe non accentuée : présence d’un E muet). Elle est vocalique (V) (dernier phonème = voyelle) ou consonantique (C) (dernier phonème = consonne).

B) Qualité
Elle est suffisante (2 phonèmes communs aux vers rimant ensemble ; voyelle + consonne, ou consonne + voyelle), pauvre (1 seul phonème commun : une voyelle, en général), ou riche (plus de 2 phonèmes communs).

C) Disposition
Plates (ou suivies : AA BB CC…), croisées (ABAB) ou embrassées (ABBA). Traditionnellement dans la poésie française, il y a alternance de M et F.
Ex : Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, (A , F, C)
Dans la nuit éternelle emportés sans retour, (B, M, V)
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges (A, F, C)
Jeter l’ancre un seul jour ? (B, M, V)
Lamartine, « le Lac », Méditations poétiques

2) La mesure des vers
A)Où l’on aborde des choses compliquées… ;-)
Le mot « métrique » (mètre = mesure) désigne l’étude des vers, de la strophe et des poèmes à forme fixe.
Pour mesurer un vers, il faut opérer le compte de ses syllabes.
Ex : C’é-tait-l’heu-re-tran-qui-lle où-les-li-ons-vont-boire
Hugo, La légende des siècles

On a ici 12 syllabes (alexandrin).

B) Faut-il accentuer une syllabe qui contient un E muet ?
- Non, si la syllabe est en fin de vers (« re » de boire) (c’est ce que j’avais oublié ;-))
- Non, si à l’intérieur du vers le E se trouve devant une voyelle (« le » de tranquille)
- Oui, si à l’intérieur du vers le E se trouve devant une consonne ou un H aspiré (« re » de heure)

C) Diérèse et synérèse
Dans le mot « lions », prononcé en une seule syllabe dans la langue courante, on compte souvent 2 syllabes en poésie : li-ons. On parle alors de diérèse. Prononcé en une seule syllabe, c’est un synérèse.
La diérèse a souvent une portée significative ; elle attire l’attention sur un mot important, qui n’étant plus prononcé comme dans le langage courant, prend alors une valeur poétique.


(pourvu que les balisses marchent;-))

Laegalad Ecrit le 22-11-2002 17:14     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
Elles ont marchées !!! Je continue...

3) Les mètres
A) L’alexandrin
Il comprend 12 syllabes, sa longueur correspond à la longueur moyenne d’une proposition en français (il tire son nom du titre du premier texte poétique écrit en vers de 12 syllabes, le Roman d’Alexandre 12e siècle).
Dans sa structure classique, l’alexandrin comporte 2 accents principaux sur la 6e et la 12e syllabe, et 2 hémistiches (moitiés) séparés par une césure (coupe centrale).
Ex : Ô ce cri sur la mer // cette voix dans les bois !
Verlaine, Jadis et naguère

B) Autres mètres
- Octosyllabes (8) et décasyllabes (10) : ils offrent une grande variété rythmique grâce à la mobilité de la coupe ; l’octosyllabe est particulièrement adapté aux poèmes-chansons
Ex :The road goes ever on and on,
Down from the door where it began.
[…]
(Vous aurez reconnu ;-)).
- Les heptasyllabes (7) et les vers de 9 et 11 syllabes, très rares, doivent leur originalité à leur structure impaire qui leur donne une plus grande légèreté. Les vers de moins de 7 syllabes sont rares. Leur utilisation répond à des exigences particulières : leur brièveté, le retour à la rime rapide marquent plus fortement le rythme.

4) La mesure des rythmes
A) Règles de l’accentuation
- Quand un mot se termine par une syllabe qui comporte un E muet, l’accent tonique porte sur l’avant-dernière syllabe (F)
- Dans les autres cas, (M), l’accent tonique porte sur la dernière syllabe.

B) Le rythme
C’est le retour des accents toniques qui crée le rythme : on les place sur le dernière syllabe tonique s’un mot ou d’un groupe de mots qui forme une unité grammaticale.

C) La place des coupes
La coupe (/) se place immédiatement après la syllabe accentuée. La césure (//) est la coupe qui partage un alexandrin en deux hémistiches de 6 syllabes.
Ex : Le pré / est vénéneux // mais joli / en automne.
Apollinaire, Les colchiques, Alcool

Voilà pour le moment. Il y a encore beaucoup de choses à dire sur les différentes sortes de poèmes (ici, ce ne sont que des exemples de poèmes français, sauf 1 que j’ai tenu à mettre ;o)), médiévaux ou anglais, etc… Mais je ne suis pas spécialiste (de loin ; je me demande maintenant comment ceux qui ont lus mes essais de traductions ont évités les crises cardiaques ;-D Je m’excuse encore une fois, j’apprend ;-)).
Suilad
Laegalad

ISENGAR Ecrit le 04-12-2002 11:15     Click Here to See the Profile for ISENGAR  Cliquer ici pour écrire à ISENGAR     
Passionnant !...
Vivement la suite :o)
Laegalad Ecrit le 11-12-2002 18:53     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
La suite ? Désolée, mais il faudra attendre un peu; je suis un peu-beaucoup débordée en ce moment. Promis, j'essaye de la faire d'ici janvier ;-)
Ah, autre chose : si vous ne trouvez plus le fuseau dans le Légendaire, cherchez dans Littérature... J'ai demandé à Cédric s'il pouvait le changer de place (j'ignore si c'est possible et s'il aura le temps ;-)).
mes excuses encore.
Suilad
Laegalad
Laegalad Ecrit le 10-01-2003 13:01     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
Bon, je sais, ça à été long à venir. Mais les vacances semblent être de moins en moins faites pour se reposer :-(.
Je vais essayer de m’attacher à la versification accentuelle allitérative anglaise. Cette forme de poésie a été la première à être pratiquée en Angleterre, pendant la période du vieil anglais (700 – 1 100) et du moyen anglais (1 100 – 1 500). Ces dates ne signifient pas que cette forme ait été abandonnée depuis : elle a aussi été utilisée au 16e siècle (Sir Gawain and the Green Knight) et… au 20e, par le Professeur. Comme je n’ai pas la police nécessaire pour poster ici un poème en vieil anglais (et que du reste je suis incapable d’en comprendre un traître mot), je me servirai de The Song of the Mounds of Munburg (LVC6) pour illustrer mes propos. Ce poème n’est évidemment pas le seul à être allitératif et accentuel chez Tolkien ; les chants des Rohirrim sont majoritairement composés ainsi.

Les poèmes accentuels et allitératifs étaient destinés à l’origine à être chanté par un Scop (poète) accompagné par sa harpe.
Un vers est composé de deux demi-lignes (distiques) qui « allitèrent » (le terme existe en anglais mais pas en français). On pense que la césure était placée là où le Scop pinçait les cordes de sa harpe (ou le contraire, le Scop pinçant les cordes pendant les césures).

1) Les allitérations

Elles servent à créer une sorte de musique non imitative (comme le fameux « Pour qui sont ces serpents… »). Les échos ne sont pas symboliques et ne renvoient pas à une réalité (les sifflements des serpents par exemple), mais servent de points d’attache au poème.
Dans la poésie vieille-anglaise, elles désignent la répétition des sons initiaux des syllabes accentuées (d’où son nom de « rime initiale »).

We heard of the horns in the hills ringing.

Les allitérations se font toujours sur les syllabes accentuées, pas ailleurs.

Toutes les voyelles s’allitèrent entre elles :
Ever, to Arnach, to his own country

Ever, Arnach et own s’allitèrent. Cependant, il est plus fréquent en vieil anglais que l’allitération porte sur la même voyelle.

Pour les consonnes… un exemple parlera mieux :

to his golden hall and green pasture

Les consonnes des accents 1 et 3 (gol- et green) s’allitèrent, même si le son intiale (g- et gr-) est différent.
N.B. : s- s’allitèrera avec sh-, sk-, sl- , sw-…, mais allez savoir pourquoi, pas avec st- :
the sword shining in the South-kingdom

La troisième syllabe accentuée doit s’allitérer avec la première ou la deuxième syllabe accentuée.

N.B. : Allitération et accent (ou stress) en anglais) sont confondus, mais pas l’inverse : le quatrième accent du vers ne s’allitère pas (en règle générale) (migh- dans l’exemple suivant)

There Theoden fell, Thengling mighty

2) Les accents
Dans la poésie vieille anglaise, les accents émanaient souvent des substantifs ; ils étaient généralement lexicaux (l’accent indiqué par le dictionnaire, nommé stress en anglais) plutôt qu’intonatifs (liés à la position du mot dans la phrase, accent en anglais).

Chaque distique (moitié de vers) comporte deux accents, le premier accent du deuxième distique s’allitérant, vous l’aurez compris, avec le premier et/ou le deuxième accent du premier distique (vous avez suivis ;-) ? Revoyez l’exemple « There Theoden fell… »).

Laegalad Ecrit le 10-01-2003 13:05     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
3) Les mètres
Chaque vers est divisé en deux distiques. Ceux-ci n’étaient pas nécessairement égaux ; la poésie vieille anglaise utilisait beaucoup les enjambements, ce qui fait que le deuxième distique d’un vers pouvait se prolonger dans le premier du vers suivant :
nor Forlong the old // to the flowering vales
ever, (// *)to Arnach, // to his own country
Returned in triumph ; // […]

* : fin du deuxième distique du vers précédant, mais le premier distique de ce vers est “ever, to Arnach,”.

Il y a plusieurs schémas métriques spécifiques, nommés Sievers’ types (du nom de celui qui les a classés). "_" désigne une syllabe accentuée, "u" une syllabe non accentuée. "‘" désigne l’accent secondaire.
A. _ u _ u (“Steeds went striding”)
B. u _ u _ (“[to] the Stoningland”)
C. u _ _ u (“and green pasture”)
D. a) _ _ ‘ u (je n’ai pas trouvé d’exemple dans The Song of the Mounds)
b) _ _ u ‘ (“There Theoden fell”)
E. _ u u _ (“[as] wind in the morning”).

Pourquoi certains mots sont entre crochets? Parce que ce sont des anacruses. Le terme existe aussi en musique et désigne les petites notes sur la partition, qui ne font pas partie de la mesure mais sont inscrites avant une notes (en quelque sorte, elles lui servent de tremplin). En poésie, il peut y avoir une, deux ou trois syllabes avant que la "mesure" ne commence.

[to his] golden halls and green pasture

Et il n’y a pas d’erreur à l’exemple D.b). Le phonème « e » est souvent articulé (avant une consonne à la fin des mots, en fin de distique, ou même devant une voyelle) ; cependant, à l’intérieur d’un distique, il ne se prononçait pas devant une voyelle ou un « h », de même qu’à la fin de certains mots courants (there, were, where…) où cette lettre était devenue purement graphique.

Les Sievers’ types sont des distiques. Pour faire un vers, il faut en associer deux, le plus souvent différents (associer deux fois les mêmes distiques dans un même vers pouvait être considéré comme un manque de finesse poétique). Les types les plus utilisés en poésie vieille anglaise sont A, D et E.

Steeds went striding (A) to the Stoningland (B)
the sword shinning (C) in the South-kingdom (C) (manque de finesse poétique chez Tolkien ?! ;-))

S’il faut utiliser obligatoirement quatre accents, le nombre de syllabes inaccentuées est illimité. Cependant, on n’en trouve en général qu’entre 2 et 5 dans un même distique. Ceci a pour conséquence que ces poèmes ne sont en rien syllabiques. Que deux vers qui se suivent aient le même nombre de syllabe peut arriver, mais ce n’est qu’accidentel.

4) Style et sujet
Il y a quelques techniques stylistique à détacher dans la poésie vieille anglaise : le kenning et la variation. Le kenning est une métaphore descriptive, un mot composé poétique remplaçant un simple nom. Dans Beowulf, par exemple, sea est souvent remplacée par swan-road, ou sun par candle of the sky.
La variation est simplement un autre nom utilisé pour désigner un objet ou une personne déjà citée. Dans The Song of the Mound, par exemple, ”the tall bowmen” désigne Derufin et Duilin.

Les sujets traités en poésie vieille anglaise étaient essentiellement des exploits épiques (Beowulf), des lamentations, des histoires bibliques et la vie des Saints, mais parfois aussi des prières Cependant, comme c’était une tradition essentiellement orale, très peu de textes ont survécus

Sources
SUHAMY Henry, Versification anglaise, ed Ellipses
GRELLET F., A Handbook of Litterary Terms, Introduction au vocabulaire littéraire anglais, ed. Hachette Supérieur
Internet : http://www.sp.uconn.edu/~mwh95001/oepoetry.htm

Moraldandil Ecrit le 15-01-2003 17:26     Click Here to See the Profile for Moraldandil  Cliquer ici pour écrire à Moraldandil     
Excellente idée que d'introduire au vers allitératif. Je signale en passant qu'il en existe une présentation par Tolkien lui-même dans le recueil d'essais The Monsters and the Critics, chapitre "On translating Beowulf", p. 61.

Quelques remarques :

> au 16e siècle (Sir Gawain and the Green Knight)

plutôt le 14e (faute de frappe ?)

> Un vers est composé de deux demi-lignes (distiques) qui « allitèrent » (le terme existe en anglais mais pas en français).

On dit bien "allitérer" ;-)

> Les consonnes des accents 1 et 3 (gol- et green) s’allitèrent, même si le son intiale (g- et gr-) est différent.
N.B. : s- s’allitèrera avec sh-, sk-, sl- , sw-…, mais allez savoir pourquoi, pas avec st- :

Golden et green allitèrent bel et bien : il suffit d'une consonne commune (g ici).
En vieil anglais, st, sp et sc (>sh en anglais moderne) n'allitèrent effectivement qu'avec eux-même.
Le lien internet que tu cites affirme que s- et sh- allitèrent, ce qui me paraît curieux car il s'agit de sons nettement distincts. L'allitération est une identité de sons et ne dépend pas de la graphie (comme l'indique Tolkien dans l'essai que j'ai cité).

Tolkien a employé plus d'une fois ce type de vers en anglais moderne : outre les chants de Rohirrim déjà cités, le Lai des enfants de Húrin dans The Lays of Beleriand (HoME 3) est composé ainsi.


Laegalad Ecrit le 26-01-2003 10:36     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
Pour Sir Gawain, il s’agit bien d’une faute de frappe.
Quant aux allitérations, je reste perplexe. Je me suis permise de remettre ici le passage dont tu m’as fait part, extrait de The Monter and the Critics :
”Alliteration in this meter is the agreement of the _stressed elements_ in beginning with the _same consonant_, or in beginning with _no consonant_ [note 5].", avec en note : "Phonetically speaking : thus _ph_ will alliterate with _f_, but _sh_ will not alliterate with _s_ ; _yes_ will alliterate with _use_. In Old English, _st_, _sp_, _sc_ are regarded as "consonantal diphthongs", each having an individual character. Each can only
alliterate with itself, as _stone_ with _stiff_, or _strong_. In other cases only the first of a group of initial consonants is compulsorily repeated.”
.
Dans une autre ressource internet, wikipedia.org, j’ai lu que
« Two syllables alliterate when they begin with the same sound ; all vowels alliterate together, but a consonant cluster as “st” only alliterates with the same cluster _ so “st-“ does not alliterate with “s-“.”

Peut-être, en effet, une difference de tradition. En tout cas, maintenant je sais ce qu’en pensait Tolkien ;-p
Laegalad Ecrit le 15-02-2003 15:54     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
Je pensais au départ ne parler que de la poésie à accent fort (strong-stress verse), mais je me suis aperçue que le contenu serait un peu léger. J’ai donc complété avec quelques généralités sur l’accentuation et les schémas métriques anglais, même si ces derniers ne correspondent pas au strong-stress verse. Cela m'évitera, par la suite d'avoir à y revenir.

1_ Les accents
Je développerai plus que précédemment ce point.
On distingue au moins 5 accents différents en anglais : (1) accents au sens d’intensité, (2) accents au sens de la plénitude du timbre et (3) accents au sens de la hauteur dans la gamme (pour les deux autres, voir plus bas). Si je comprend la dernière sorte (la syllabe accentuée est prononcée plus aiguë que les autres), j’avoue avoir du mal à faire la différence entre les deux autres. L’accent d’intensité consiste à prononcer plus fort le phonème (ou groupe de phonème) que ceux qui l’entourent ; le problème est que je conçois l’accent de la plénitude du timbre de la même manière.
J’en viens aux deux dernières sortes, qui sont celles qui m’intéressent : les accents d’intonation. J’y ai déjà fait allusion : les accents grammaticaux (stress) et les accents intonatifs (accent), ces derniers pouvant être forts ou faibles (en théorie ; en pratique, ce terme désigne l’accent fort). On appelle ces deux sortes d’accents des ictus (ou beat en anglais), ce terme désignant les accents obligés, qui rentrent dans un schéma rythmique et devant être considéré comme tel (en clair, on ne pourra employer le terme d’ictus pour les strong-stress verse, qui ne fonctionne pas selon un schéma rythmique particulier).

2_ Où tombe l’accent ?
Il y a trois éléments à prendre en considération pour le déterminer :
(i) l’accent grammatical (word accent) dans les mots polysyllabique (flying) ;
(ii) la fonction grammaticale du mot (un nom est plus facilement accentué qu’un article).

To the Sea, to the Sea ! The white gulls are crying, / […]
(Legolas’s Song to the Sea)

L’accent emphatique à son rôle à jouer aussi : pour white gulls, par exemple, si on veut accentuer le fait que les mouettes sont blanches, c’est white qui aurait été accentué.
(iii) l’accent métrique (metrical accent), c’est à dire la pulsation, l’endroit où est attendu l’accent dans la diction, suivant le schéma métrique récurrent.

3_ Schéma métrique
Il existe un grand nombre de pieds (foot, c'est à dire cellules rythmiques), avec des noms compliqués, mais je ne citerai ici que les plus courants ;-). « u » désigne l’accent faible, « _ » désigne l’accent fort.
(i) iambique : u _ : le plus commun en anglais, il donne une impression d’effort soutenu.
(ii) anapestique : u u _ : il donne une impression de vitesse et de rapidité.
(iii) trochaïque : _ u : dans les vers trochaïques, la dernière syllabe (non accentuée) est souvent omise (dans le jargon, on appelle alors ce vers « catalectique »).
(iv) dactilique : _ u u
(i) et (ii) utilisés dans un poème en font un rising meter (l’intonation est montante), (iii) et (iv) un falling meter (l’intonation est descendante). (i) et (iii) font un duple meter (rythme binaire), (ii) et (iv) un triple meter (rythme ternaire).
Allez, deux autres pour la route :
(v) : spondaïque : _ _
et (vi) : pyrrique : u u .

Pour caractériser un vers, on cite le type et le nombre de pieds utilisé. The Ents marching Song, par exemple, est en vers iambiques de 8 pieds (avec une césure tous les quatre pieds).

We come, / we come / with roll / of drum: // ta-run/da run/da run/da rom !

4_ L’accent écrit
Les accents métriques correspondent souvent aux accents grammaticaux. Si ce n’est pas le cas, le poète pose alors un wrenched accent (un accent forcé).
Dans The Song of Eärendil, on a par exemple :

in chainéd rings he armoured him

Le “é” de « chainéd » est écrit pour faire porter l’accent sur la deuxième syllabe de “chained”, ce qui n’est pas dans la diction naturelle. Je reviendrai sur ce poème plus tard, quand j’aurai rédigé un petit quelque chose sur les ballades anglaises.

5_ Strong-stress meter
Bon, et bien, je n’ai presque plus rien à dire ;-). Ce mètre est la forme de poésie native des langues anglaises et germaniques, dont la poésie accentuelle et allitérative n’est qu’une forme compliquée. Seul importe le nombre d’accents par vers, le reste (pied, rimes…) n’est pas pris en compte. Le schéma le plus classique est de 4 accents par ligne. C’est celui qu’on retrouve dans Legolas’s Song to the Sea :

To the Sea, to the Sea ! The white gulls are crying,
The wind is blowing, and the white foam is flying.

Je n’ai pas pu déterminer si la césure était obligatoire ou non après deux accents, comme ici, ou si c’est Tolkien qui a voulu compliquer les choses en l’ajoutant (ainsi que les rimes).
Ce mètre a été utilisé durant la période du vieil anglais et du moyen anglais. Il a été un peu délaissé après que Chaucer (plus ou moins 1340- 1400) ai introduit le vers accentuel et syllabique (syllabe-and-stress meter), influencé par la Cour Française de l’époque. Mais son utilisation reste large, surtout dans les children’s rhymes (poésie pour enfant).

Sources :
Mêmes livres que précédemment, et A glossary of litterary terms, de N.H. Abrams, aux éditions… j’ai oublié de marquer l’édition :-(

Lancer un nouveau sujet  Répondre à ce sujet
Aller à :


M'écrire | JRRVF