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Section « Le Légendaire » Fuseau « Le sens de l'Histoire » |
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Le sens de l'Histoire
- Les messages - |
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Ylem le 28-03-2003 à 17:44 |
… Je me permets d’ouvrir ce fuseau afin de pouvoir discuter plus à l’aise, d’un sujet évoqué au plein milieu des commentaires concernant … les Oscars 2003… Alors… d’abord une petite compilation pour situer la question et pouvoir reprendre la discussion à l’endroit où elle a été abandonnée…
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Ylem
le 28-03-2003 à 17:46 |
Ensuite, ma tentative réponse… … à Cirdan : Maintenant, tu t’es effectivement expliqué ensuite de manière très claire sur ce que tu voulais dire, et que tu développes d’ailleurs aussi dans ton étude sur « l’imaginaire médiéval et mythologique dans l’œuvre de Tolkien » - à savoir (tu me corrigeras, je suppose, si mon interprétation est inexacte ou lacunaire), que, pour Tolkien, le cours de l’Histoire suit une courbe descendante, une sorte de « syndrome chinois », dans lequel le devenir de l’humanité s’enfonce en se dégradant progressivement. D’où ton idée que, pour Tolkien, « il n’y a pas de salut dans l’histoire », puisque son déroulement s’éloigne progressivement de l’Age d’or des origines. Toutefois, sur ce point aussi, il ne me semble pas que ce soit aussi « catégorique », disons plutôt, aussi absolu, aussi fermé… Car, dans ce cas, quelle place ferait Tolkien à l’avènement du Christ ? Je ne sais pas s’il en parle ailleurs, mais, il me semble, dans la religion chrétienne (à laquelle Tolkien était, on le sait, très attaché), le Christ amène bien le Salut aux hommes… Et il s’agit d’un événement avant tout historique – Dieu envoyant son Fils à un moment donné de l’histoire des hommes. Celui-ci s’incarnant, devenant un homme de chair et d’os, pour apporter le Salut aux hommes tant dans leur vie terrestre que dans l’au-delà. (aux forumistes férus de théologie à me contredire si je dis des bêtises !) J’ai du mal à imaginer que pour Tolkien, l’Incarnation et la Résurrection ne seraient, comme tu l’écris, Cirdan, que des promesses de Salut par delà l’Histoire. Surtout dans l’Ancien Testament mais aussi dans le Nouveau Testament, les interventions de Dieu dans la vie des hommes se succèdent – preuve, pour les chrétiens, de son intégration dans l’Histoire et donc de son souci direct du devenir des hommes. On a démontré à plusieurs reprises sur ce forum que Tolkien sous-entendait volontairement et à plusieurs reprises, l’intervention (discrète) de la divine Providence. Pourquoi interviendrait-elle, si ce n’est pour assurer le Salut des hommes ? Voilà qui m’amène aussi à la question du Progrès. L’idée de progrès n’est pas absente de l’œuvre de Tolkien. C’est très clair en ce qui concerne les personnages du Sda. Ceux-ci doivent progresser, faire grandir leur potentiel, l’enrichir par l’expérience et les relations pour appréhender leur monde avec une vision plus mûre, plus responsable, du rôle qu’il ont à y jouer. Cette vison acquise au bout du récit est meilleure que celle du départ – Il y a bien un progrès, une évolution vers un mieux. Que Tolkien s’insurgeait contre l’idée que le Progrès technologique amènerait l’humanité vers un Idéal à atteindre, ça me semble incontestable. Peut-on l’étendre à la notion de Progrès défendue par certaines philosophies ou celle qui a présidé au développement de la révolution industrielle (Tolkien se trouvait bien au milieu de ces bouleversements) ? Je n’en sais trop rien (il me faudrait pour me faire une opinion, me replonger attentivement dans celles-là et aussi approfondir ma connaissance de Tolkien !) Mais en tout cas, je ne pense pas que l’on puisse dire que Tolkien était contre le concept de progrès au sens usuel (amélioration des connaissances, capacités, amélioration d’une situation,…). Voilà pour tenter d’exprimer (ainsi que tu me le demandais, Cirdan) pourquoi ça me paraissait un peu catégorique d’affirmer sans nuances ou précisions que Tolkien « ne croit pas en l’Histoire, au Progrès et toutes ces superstitions « humanistes ». Il reste encore la dernière partie de ta phrase, « et toutes ces superstitions « humanistes » ». Ca m’intéresserait que tu puisses préciser ce que tu entends pas là.
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Cirdan
le 01-04-2003 à 22:26 |
Cher Ylem, Merci de consacrer un fuseau pour me répondre. Je crois en effet que le sujet mérite un fuseau, même si pour l’instant je vais rester assez loin du légendaire. >> « Tolkien ne croit pas en l’Histoire », disais-tu. Mon sourcil critique se lève en un réflexe pavlovien ;-) (mais peut-être n’est-ce que pour une question de formulation…) En quoi peut-on ne pas croire en l’Histoire ? Il n’y a pas à croire ou à ne pas croire. L’Histoire existe dans la conscience humaine. Que l’homme la conçoive de manière linéaire, cyclique ou autre, que cette conscience se manifeste via la mythologie ou simplement un culte des ancêtres, sa perception ne fait-elle pas partie de la nature même de l’être humain, et est liée à la conscience du temps qui passe ?
>> sa perception ne fait-elle pas partie de la nature même de l’être humain, et est liée à la conscience du temps qui passe ?
>>Maintenant, tu t’es effectivement expliqué ensuite de manière très claire sur ce que tu voulais dire, et que tu développes d’ailleurs aussi dans ton étude sur « l’imaginaire médiéval et mythologique dans l’œuvre de Tolkien » - à savoir (tu me corrigeras, je suppose, si mon interprétation est inexacte ou lacunaire), que, pour Tolkien, le cours de l’Histoire suit une courbe descendante, une sorte de « syndrome chinois », dans lequel le devenir de l’humanité s’enfonce en se dégradant progressivement. D’où ton idée que, pour Tolkien, « il n’y a pas de salut dans l’histoire », puisque son déroulement s’éloigne progressivement de l’Age d’or des origines. Toutefois, sur ce point aussi, il ne me semble pas que ce soit aussi «catégorique », disons plutôt, aussi absolu, aussi fermé… Car, dans ce cas, quelle place ferait Tolkien à l’avènement du Christ ? Je ne sais pas s’il en parle ailleurs, mais, il me semble, dans la religion chrétienne (à laquelle Tolkien était, on le sait, très attaché), le Christ amène bien le Salut aux hommes… Et il s’agit d’un événement avant tout historique – Dieu envoyant son Fils à un moment donné de l’histoire des hommes. Celui-ci s’incarnant, devenant un homme de chair et d’os, pour apporter le Salut aux hommes tant dans leur vie terrestre que dans l’au-delà. (aux forumistes férus de théologie à me contredire si je dis des bêtises !)
>> […] Voilà qui m’amène aussi à la question du Progrès. L’idée de progrès n’est pas absente de l’œuvre de Tolkien. C’est très clair en ce qui concerne les personnages du Sda. Ceux-ci doivent progresser, faire grandir leur potentiel, l’enrichir par l’expérience et les relations pour appréhender leur monde avec une vision plus mûre, plus responsable, du rôle qu’il ont à y jouer. Cette vision acquise au bout du récit est meilleure que celle du départ – Il y a bien un progrès, une évolution vers un mieux. Que Tolkien s’insurgeait contre l’idée que le Progrès technologique amènerait l’humanité vers un Idéal à atteindre, ça me semble incontestable. Peut-on l’étendre à la notion de Progrès défendue par certaines philosophies ou celle qui a présidé au développement de la révolution industrielle (Tolkien se trouvait bien au milieu de ces bouleversements) ? “ The bigger things get the smaller and duller or flatter the globe gets. It is getting to be all one blasted little provincial suburb. When they have introduced American sanitation, morale-pep, feminism, and mass production throughout the Near East, Middle East, Far East, U.S.S.R., the Pampas, el Gran Chaco, the Danubian Basin, Equatorial Africa, Hither Further and Inner Mumbo-land, Gondhwanaland, Lhasa, and the villages of darkest Berkshire, how happy we shall be. At any rate it ought to cut down travel. There will be nowhere to go. So people will (I opine) go all the faster. Col. Knox says ⅛ of the world's population speaks 'English', and that is the biggest language group. If true, damn shame – say I. May the curse of Babel strike all their tongues till they can only say 'baa baa'. It would mean much the same. I think I shall have to refuse to speak anything but Old Mercian. C'est assez clair. Des propos sceptiques quant au futur. On imagine mal Tolkien pensant,à la libération que la fin de cette maudite guerre allait ouvrir les portes à un avenir radieux ou les hommes tireraient enfin les leçons de l'Histoire... >> Il reste encore la dernière partie de ta phrase, « et toutes ces superstitions « humanistes » ». Ca m’intéresserait que tu puisses préciser ce que tu entends pas là.
Cirdan (qui espère avoir à peu près répondu aux questions...) PS : Il n’est pas impossible de rattacher ce sujet au Légendaire - puisqu’on est dans cette rubrique, j’aimerais autant la respecter, aussi, j’essaierais de organiser différents exemples tirés du légendaire, pour illustrer ces propos. Cela risque malheureusement de prendre un certain temps avant de pouvoir poster ce prochain message, tant j’ai peu de temps, ces temps-ci… :-)
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lambertine
le 03-04-2003 à 16:45 |
L'Histoire a-t-elle un sens ... vaste sujet et vaste problème. Je suis très heureuse, bien que je me sente toute petite par rapport à certains d'entre vous, que l'on reparte sur des sujets aussi profonds. Alrrs, l'Histoire a-t-elle un sens ( dans le sens de direction, ) ou à-t-elle un sens ( dans le sens de signification ) J'ai difficile ) voir chez Tolkien un "sens" linéaire à l'Histoire. Du début du Silmarillon jusqu'à la fin du troisième âge, je n'y vois que la répétition de chutes successives. Chutes qui, à la fin de chaque âge, sont brutalement stoppées par une défaite - provisoire - du Mal, à un renouveau, à une renaissance, passant le plus souvent par un homme ( au sens général du terme ) providentiel ( ce qui est loin de vouloir dire parfait ). Earendil et ses fils, Elendil et ses fils. Frodon, Aragorn et leurs compagnons. Mais, à chaque fois, la chute recommence, le mal revient, sous une forme ou une autre. Sera-ce également le cas après la fin de la guerre de l'anneau ? Probablement, car même si gandalf affirme à Prosper Poirredebeurré ququ'ils vont "à des temps meilleurs", Tolkien avait bien commencé une "suite" qui parlait, si je ne me trompe, d'un "retour de l'Ombre". Peut-on dans l'Histoire réelle, et non plus légendaire, parler d'un "sens de l'Histoire", d'un progrès en quelque sorte ? Je parle d'un progrès terrestre, pas d'un salut de l'Ame . On peut au travers de l'Histoire concevoir qu'il y a en effet "progrès" sur certains points ( abolition de l'esclavage notemment ). Mais le fait de considérer ce progrès, soit comme inéluctable, soit comme but à atteidre par tous les moyens, finit par dévoyer ce sens même de progrès, par aboutir à cette "tentation du Bien" qui aboutit régulièrement au mal ( j'allais dire absolu ). |
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Ylem
le 09-04-2003 à 22:42 |
Petite précision avant de poursuivre : il n’est pas de mon intention de nier la courbe descendante que Tolkien fait prendre à l’histoire de la Terre du Milieu, ni les aspects cycliques de cette conception ou de la structure de ses récits. Mais, dès qu’il nous semble avoir trouvé un fil indiscutable pour retisser son univers, on peut compter sur Tolkien pour en griser les contours et nous montrer que tout ne s’emboîte pas exactement comme on le pensait. D’autre part, je déteste autant l’expression « croire en l’Histoire » que « croire en l’Homme », qui de mon point de vue strictement personnel, font partie de ces paroles fourre-tout que chacun comprend à sa manière, ou ne comprend pas d’ailleurs, mais dont tout le monde use en se persuadant qu’elle contient une vérité universelle. Ces expressions véhiculent un présupposé culturel et idéologique qui ne l’est pas. Les mots « humanisme » ou « démocratie », par exemple, font, pour moi, partie de ce même paquet ainsi que nombre de concepts qu’on l’un utilise pour se donner bonne conscience, et finissent par ne plus être que des paroles creuses que l’on utilise à tort et à travers. Ils ont d’ailleurs actuellement une fâcheuse tendance à se multiplier dans les médias. (Si je lis bien entre tes lignes, Cirdan, je pense qu’on devrait être sur la même longueur d’ondes à ce sujet ?) . Mettons de côté ce « différend sémantique ». Il est clair que Tolkien ne pense pas que la marche de l’Histoire conduise automatiquement le monde vers un idéal. Mais je dirais plutôt que Tolkien n’a aucune confiance en la capacité de l’Homme à tirer parti du passé. (Formulé comme ça, je pense que nous sommes d’accord !). Ca me semble, pour ma part, assez clair dans l’histoire de Turin. L’Histoire elle-même n’est pas fautive : en « repassant les plats », elle offre à chaque fois à Turin une occasion de se sortir de son mode de fonctionnement. Or, Turin ne retient rien du passé ; à chaque fois il reproduit les mêmes erreurs, tant il est aveuglé par son orgueil et/ou sa colère. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ça mène à la catastrophe. Ainsi, pour moi, la célèbre Malédiction n’en est pas vraiment une, sinon celle de l’Homme, incapable ou refusant de retenir les leçons du passé pour modifier sa manière d’agir et de penser. Je pense que, pour Tolkien, l’Histoire offre des ouvertures, des espaces, à l’Homme pour opérer ses choix, pour exercer sa liberté. Mais ce sont les décisions les plus « improbables » qui conduisent au Salut ou au « mieux ». En conclusion (et en renonçant à ma susceptibilité de forme !), je ne dirais donc pas que Tolkien ne croit pas en l’Histoire, puisque l’Histoire contient les potentialités nécessaires pour évoluer vers un mieux, mais plutôt qu’il ne croit pas en l’Homme ou plus précisément, qu’il ne fait pas confiance à l’Homme Mais voilà, Tolkien dans son habitude de nous dire « c’est comme ça, mais, dans le fond, si on n’y regarde bien, ce n’est peut-être pas tout à fait comme ça », laisse aussi des portes ouvertes à l’espoir d’un monde meilleur (c’est ce que tu avais repéré, Lambertine, non ?). L’Espérance n’est-elle pas un fondement de la religion catholique… Alors, démonstration par l’absurde : si Tolkien se tenait de manière absolue, « intégriste » à l’idée de la Chute de l’Histoire ou de l’Homme, Moi, je pense que non ! Ylem. NB1 : il est clair que je me ferai un plaisir de développer une argumentation en sens inverse à tout qui défendrait une vue exclusivement « heureuse » ou « progressiste » de l’œuvre de Tolkien ! NB2 : la notion de « Salut » ne me semble pas encore très claire… peut-être une suite pour plus tard, s’il me semble avoir l’une ou l’autre idée digne d’intérêt à ce sujet.
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Yyr
le 10-04-2003 à 10:19 |
Je n'ai hélas pas le temps de me consacrer à ce fuseau comme il le mérite, Ylem, mais j'aimerais relever juste à la fin : > Une réflexion néanmoins : il me semble que l’idée comme quoi l’Homme ne peut pas gagner son Salut sur Terre (donc dans l’Histoire), était l’un des arguments les plus importants utilisés par le Protestantisme, pour lutter contre la pratique catholique des indulgences. Or, Tolkien était bien catholique, en terre protestante. Je pense qu'il y a confusion : Au sujet du Salut, le Protestantisme a défendu et défend l'idée selon laquelle l'homme est sauvé par sa Foi et elle seule, tandis que le Catholicisme dit que le Salut dépend de la Foi et des oeuvres par lesquelles elle s'exprime, mais, pas moins pour le Protestantisme que le Catholicisme, le Salut se gagne sur la Terre ! A la rigueur, c'est peut-être même le Protestantisme qui est le plus strict à ce niveau, car le Catholicisme parle de purification après la mort (dans le purgatoire, qui, sauf erreur de ma part, n'est pas accepté par les protestants). Merci à ceux qui corrigeront éventuellement mes erreurs ;) Je ne comprends pas, non plus, Or, Tolkien était bien catholique, en terre protestante.
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Ylem
le 11-04-2003 à 16:29 |
… je crois qu’on ne s’est pas bien compris, Yyr. Je ne voulais pas dire que, pour la vision catholique, la vie terrestre peut être elle-même un aboutissement. Mais plutôt que, toujours du point de vue catholique, il y a un lien très fort entre l’Histoire des hommes et le Salut. Ou autrement dit que, comme tu l’écris, c’est par la Foi, mais aussi par les oeuvres – cad par les actes posés au cours de la vie terrestre – que l’Homme peut gagner son Salut dans l’Au-delà. Ceci était dit pour répondre à Cirdan, lorsqu’il écrivait que, pour Tolkien, il n’y a de Salut qu’en dehors de l’Histoire. Mais bon. Peut-être ais-je mal compris ce qu’il souhaitait exprimer. C’est possible aussi. Je continue pour expliciter mon raisonnement ! Sorry d’avance si c’est un peu schématique… Si le Salut est accessible aux hommes par la Foi, mais aussi par les œuvres, il est promis ou en tout cas favorable, à celui qui se comporte « bien » dans sa vie terrestre. Le temps passant, cette idée s’est précisée, structurée, au point qu’il s’est agit de définir ce qu’était le péché et les bonnes actions, les différentes degrés de péché (mineurs, capitaux, ceux qui sont une raison d’excommunication, etc), puis leur degré de conséquence sur la vie après la mort. Un peu comme s’il s’agissait de faire une comptabilité précise, afin de savoir si, compte tenu de ce qu’on avait fait ou non, on serait sauvé. Le raisonnement a fini par être conduit jusqu’à l’absurde, quand on a même pensé que l’on pouvait acheter, parfois moyennant monnaie sonnante et trébuchante, des « remises » de fautes ou des années de moins au « Purgatoire ». C’est la fameuse pratique des indulgences. (Je sais, c’est sans doute très schématique – il y de nombreuses nuances que je suis bien incapable de faire, n’étant pas du tout spécialiste de la théologie catholique ou protestante. Il n’empêche que je n’invente rien non plus – c’est le type d’infos que l’on peut trouver dans la plupart des encyclopédies et des ouvrages généraux historiques). J’en termine donc : mon raisonnement était le suivant : il me paraît un peu étrange qu’un catholique convaincu comme l’était Tolkien (et qui devait d’autant plus argumenter qu’il vivait en pays protestant), pourrait penser qu’il n’y a de Salut qu’en dehors de l’Histoire – alors cette idée serait essentiellement protestante (*). Voilà. J’espère avoir répondu de manière suffisamment claire à ton interrogation :-)
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Arwen Undomiel
le 11-04-2003 à 18:31 |
Juste un message pour vous dire à vous, Ylem, Yyr, Lambertine et Cirdan, que ce fuseau est passionnant ! Bravo à vous et merci :) Amicalement |
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Yyr
le 14-04-2003 à 16:17 |
Ylem > … je crois qu’on ne s’est pas bien compris, Yyr. Je ne voulais pas dire que, pour la vision catholique, la vie terrestre peut être elle-même un aboutissement. Mais plutôt que, toujours du point de vue catholique, il y a un lien très fort entre l’Histoire des hommes et le Salut. Ou autrement dit que, comme tu l’écris, c’est par la Foi, mais aussi par les oeuvres – cad par les actes posés au cours de la vie terrestre – que l’Homme peut gagner son Salut dans l’Au-delà. Je vois, en effet :) La question n'est donc pas le découplage Salut/Vie Terrestre mais Salut/Histoire. OK, j'ai raccorché les wagons :) Quoi qu'il en soit, je ne pense pas que le Protestantisme rompe plus que le Catholicisme le lien Salut/Histoire (s'il existe), du moins au travers des éléments qui ont été exposés ici. Ceux qui ont été amenés en faveur d'un lien : l'Incarnation et les révélations successives, valent autant pour une confession que pour l'autre. De même, les éléments qui ont été donnés ici et qui tendent à considérer le Salut uniquement sous l'angle de l'histoire personnelle de chacun valent, m'est avis, autant pour les protestants que pour les catholiques. J'ai mis "(s'il existe)" car j'ai du mal à trancher entre Laurent et toi ... je réfléchis ; mais c'est sûr que les lumières de Vinyamar et Sosryko seraient les bienvenues ... ;) En passant, la distinction qui pourrait être faite entre les deux confessions en lien avec le sujet, est peut-être celle, de la Communion des Saints et de l'Intercession des Saints (qui intègrent le crédo des catholiques mais pas celui des protestants) : Les deux sous-tendent une participation et une édification communes vers le Salut, mais la question reste entière de savoir si cela implique éventuellement un lien Salut/Histoire ... Yyr
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Lothiriel
le 14-04-2003 à 17:41 |
quelques ébauches de précisions ... Les protestants dans leur ensemble partent du principe, depuis Luther, Calvin accentuant encore cette idée, que l'homme, marqué par le péché de manière catégorique, ne saurait en aucune manière incliner au Bien, qui découle de la grâce de Dieu. Celle-ci est seule à donner le salut - individuel et collectif -, l'homme n'y peut mais. le Bien commis par l'homme résulte de la grâce que lui accorde Dieu, il est une manière de rendre grâce de cette grâce (pfff, trois fois dans une phrase, quelle élégance ...). Les calvinistes ont mis l'accent sur la notion de prédestination, mais les luthériens affirmaient déjà que l'homme n'oeuvre pas pour son salut (l'historien Marc Lienhard écrit que pour Luther "l'homme est radicalement incapable de réaliser son salut devant Dieu, ce qui est une manière existentielle d'exprimer l'impuissance de l'homme et sa dépendance totale à l'égard de la grâce de Dieu"; Luther s'oppose ici à Erasme notamment), contrairement à l'idée catholique de la même époque (Renaissance, en gros) que celui qui fait le bien "mérite" le royaume des cieux plus que celui qui fait le mal, ce dernier ayant cependant toujours possibilité de se repentir et de se confier à l'amour tout-puissant de Dieu, qui dépasse tout le mal que peut commettre l'homme. Une récente déclaration commune entre protestants et catholiques a cependant été dans le sens d'une définition du salut plus proche des principes protestants initiaux que de la "religion des oeuvres" catholique, mettant l'accent sur la gratuité du salut, donné par le sacrifice christique, et sur les oeuvres comme effet du salut ainsi offert et non comme moyen de se sauver en tant qu'individu. la communion des saints soulève un autre problème, celui de la solidarité de l'humanité dans le péché comme dans le salut. en gros, pour les catholiques, tout le monde oeuvre au salut de chacun et vice-versa. les mérites des uns profitent aux autres, et le trésor des mérites, alimenté depuis la Passion du Christ par les bienfaits des saints au sens canonique, concerne toute l'humanité, pécheresse mais appélée au salut et à la contemplation de Dieu. les protestants, qui refusent le culte des saints, ne s'écartent pas, il me semble, de cette notion de communion des saints au sens d'un salut collectif. La sainteté est liée à l'histoire, inscrivant la grâce de Dieu dans l'histoire des hommes. L'Histoire chrétienne, comme il a été dit, a un sens : de la Création au Jugement et à l'avènement du Christ en gloire. L'inconvénient étant que le salut, par définition, se situe en dehors du temps (notion terrestre, Dieu étant seul éternel, sa contemplation ne rentre pas dans ce cadre temporel) - et donc de l'histoire, qui n'existe que dans le temps (cf Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, entre autres). il me semble pour ma part que la question du salut au sens chrétien n'a donc que peu à voir avec le SDA, qui ne se soucie que du devenir de l'histoire terrestre. Gandalf annonçant à Prosper des temps meilleurs ne songe pas à un Salut post Terre du Milieu. or, le Salut au sens chrétien, au contraire, se situe hors Terre créée pour atteindre l'incréé. est-ce que cette notion apparaît chez Tolkien ? pour ma part, je n'arrive pas à la voir dans le SDA en tout cas. |
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Yyr
le 15-04-2003 à 16:15 |
Lothiriel > il me semble pour ma part que la question du salut au sens chrétien n'a donc que peu à voir avec le SDA, qui ne se soucie que du devenir de l'histoire terrestre. Gandalf annonçant à Prosper des temps meilleurs ne songe pas à un Salut post Terre du Milieu. or, le Salut au sens chrétien, au contraire, se situe hors Terre créée pour atteindre l'incréé. est-ce que cette notion apparaît chez Tolkien ? pour ma part, je n'arrive pas à la voir dans le SDA en tout cas.
Il y a bien en Arda un thème qui répond au salut dont tu parles, celui de la Guérison d'Arda. Arda a été créée Alahasta, c'est-à-dire Arda Saine, pure de toute souillure et de tout mal, mais Melkor l'a corrompue et elle devenue Hastaina, Arda Blessée, par le mal et la souffrance. Les traditions des Eldar comme des Edain parlent, dans ce contexte, de la Guérison d'Arda, accomplie par Eru, et Ses filles et Ses fils (c-à-d. Ses Enfants qui font Sa volonté), qui devra l'amener à un nouvel état Envinyanta, Arda Guérie, régénérée, pure de tout mal, mais plus grande qu'Alahasta à cause du chemin parcouru depuis lors. Cet état ultime sera atteint à la Fin (Arda Envinyanta est sans doute associée à la Seconde Musique ... à ce niveau j'ai égaré mes références ...). [HOME X] Arda Guérie se situe bien en dehors du Temps, éternelle et indestructible, dans la plupart des évocations (somme toute assez limitées ) qui en sont faites. Question de lecture ou de relecture j'imagine, cette notion de guérison / salut m'apparaît personnellement très bien dans le SdA : le coeur et les actions investis par les hérauts des Peuples Libres sont autant d'actes de don de soi, d'espérance, de réconciliation ... et donc de guérison, qui préfigurent ou participent à la Guérison d'Arda (dont Eru seul peut provoquer l'avènement, bien sûr)
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Lothiriel
le 16-04-2003 à 14:28 |
Ylem: (un seul détail : je ne suis pas sûr que les protestants et les catholiques s'accordent sur la Communion des Saints et toute idée, d'ailleurs, de salut "collectif", mais j'avoue n'en avoir qu'une impression ; aucune connaissance définitive ...). >> j'ai un doute aussi, j'ai farfouillé avant de poster sans trouver de certitude. merci pour les précisions sur la guérison d'Arda, je ne connaissais pas cette idée (je n'ai pas lu HoME, je sais, c'est pô bien). |
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sosryko
le 17-04-2003 à 05:08 |
Ayant été absent quelques temps, je me dois, pour intervenir, de remonter à l’origine de ce fuseau (et pardon si j’enfonce des portes qui, depuis, ont été ouvertes)… Laurent dit qu’ « il n’y a pas de salut dans l'Histoire », au sens où le Salut de Dieu pour les hommes serait un « salut par-delà l'Histoire, laquelle n'est que l'expression de la Chute. » Bien que je ne pense pas avoir l’ombre d’une quelconque ascendance normande je répondrai… oui et non ;-)) À l’origine de cette hésitation de trouve la nature de ce dont on parle : quel « Salut » et quelle « Histoire » ? A) Une définition faible du salut et de l’histoire : la Machine Si on se limite à la définition ‘faible’ de « salut », au sens de ‘recouvrer un état heureux’, et si par « Histoire » on comprend le Progrès Technique, alors, définitivement, Laurent a raison de dire que Tolkien « ne croit pas en l’Histoire » car ce dernier opposait radicalement les deux notions. A.1) Quel « progrès » ? Tolkien ne pouvait espérer en une société occidentale qui n’avait su éviter la Seconde Guerre Mondiale, qui l’avait achevé dans l’horreur, sans compassion ni respects pour les vaincus, à l’instar d’une armée d’Orcs, une société qui ne se rendait pas compte que cette guerre laissait tout le monde plus pauvre et qu’il n’y avait aucun vainqueur si ce n’est les Machines qui allaient désormais imposer leur loi à leurs « serviteurs » humains : Il est évident que Tolkien considérait qu’à la suite de la Seconde Guerre Mondiale (la première Guerre des Machines), le monde était entré dans un « âge sombre » et « diabolique » : « [The failure of Frodo] arose naturally from my 'plot' conceived in main outline in 1936. I did not foresee that before the tale was published we should enter a dark age in which the technique of torture and disruption of personality would rival that of Mordor and the Ring and present us with the practical problem of honest men of good will broken down into apostates and traitors. » [L181, 1956] « in this evil time when daily people of good will are tortured, 'brainwashed', and broken » [L192, 1956] Suite à ce changement d’époque, l’enseignement même est devenu source de corruption des esprits : « those of (apparently at any rate) higher intelligence that have been corrupted and disintegrated by school, and the 'climate' of our present days. » [L314, 1969] Ces jours sombres deviennent des jours tristes, en territire ennemi et corrompu, lorsque Tolkien se retoruve seul, sans la femme aimée à ses côtés : Où donc avait eu lieu le mauvais choix ? Quelle avait-été l’erreur fatale de toute une civilisation ? « You can make the Ring into an allegory of our own time, if you like: an allegory of the inevitable fate that waits for all attempts to defeat evil power by power. » [L109, 1947] Cette course s’est poursuivie après la guerre, elle s’est traduite par « mécanisation » qui flatte l’égo des nations, qui ne repose pourtant sur aucune reflexion honnête, qui corrompt les esprits et les mène à l’« esclavage » : « I am not a 'democrat' only because 'humility' and equality are spiritual principles corrupted by the attempt to mechanize and formalize them, with the result that we get not universal smallness and humility, but universal greatness and pride, till some Orc gets hold of a ring of power – and then we get and are getting slavery. » [L186, 1956] Il n’est pas étonnant qu’on retrouve ces thèmes dans la mythologie tolkienienne tant le monde contemporain de Tolkien ressemble dans sa barbare course au Pouvoir à celui de Morgoth : « But in the next year, ere the winter was come, Morgoth sent great strength over Hithlum and Nevrast, and they came down the rivers Brithon and Nenning and ravaged all the Falas, and besieged the walls of Brithombar and Eglarest. Smiths and miners and makers of fire they brought with them, and they set up great engines; and valiantly though they were resisted they broke the walls at last. Then the Havens were laid in ruin, and the tower of Barad Nimras cast down; and the most part of Círdan's people were slain or enslaved. » [Silm, p.196/QS.20] Au point que le monde Primaire est décrit avec les termes de la Terre-du-Milieu ; là où il y a décadence de la création secondaire à la cr"ation originale, c’est qu’en ce « Royaume Déchu d’Arda » on ne trouve aucun Elfes, mais seulement des « serviteurs du Mordor », des « anneaux de pouvoir » et des « Orcs » auxquels ressemblent de plus en plus les hommes d’aujourd’hui : « […] the Orcs – who are fundamentally a race of 'rational incarnate' creatures, though horribly corrupted, if no more so than many Men to be met today. » [L153, 1954] Tolkien n’est pas dupe de l’époque dans laquelle il vit ; malgré le progrès technique, elle demeure soumise à de véritables Orcs, aux « tyrants » séducteurs et « Seigneurs du mensonge » ; ainsi est-il a moitié amusé a moitié dévasté de découvrir « ce vieux meurtrier assoiffé de sang de Joseph Staline inviter toutes les nations à former une heureuse familles d’amis dévoués à l’abolition de la tyrannie et de l’intolérance ! » [L53, 1943] Au cours de la Guerre des Machines Tolkien anticipait non seulement la corruption par les machines mais également la « mondialisation », comprendre l’américanisation des esprits ; comme Laurent le relevait en citant une autre lettre que la suivante, cette homogénisation des cultures et des langues l’insupportait au possible : « But I suppose the one certain result of it all [la Seconde Guerre Mondiale gagnée par les Alliés menés par les « Big Folk », [les Américains] is a further growth in the great standardised amalgamations with their mass-produced notions and emotions. Bien entendu, Tolkien, à la suite de ce paragraphe pouvait écrire : « There still lies some hope that, at least in our beloved land of England, propaganda defeats itself, and event produces the opposite effect. » Mais cet espoir, on le sait désormais, n’était qu’un vœu pieu qui n’aura pas été exaucé. A.2) Tolkien et la Machine En 1951, Tolkien expliquait que l’objet principal de son œuvre de fiction était une réflexion sur « la Chute, la Mort et la Machine » (« Anyway all this stuff is mainly concerned with Fall, Mortality, and the Machine. »). Il interprétait tout de suite pour le dernier terme de la sorte : « the Machine (or Magic). By the last I intend all use of external plans or devices (apparatus) instead of development of the inherent inner powers or talents — or even the use of these talents with the corrupted motive of dominating: bulldozing the real world, or coercing other wills. » [L131, 1951] 7 ans années auparavant, effectivement, une autre lettre traduisait cette interrogation devant le besoin, le « désir » de « pouvoir/puissance » de l’homme sur le Monde : « There is the tragedy and despair of all machinery laid bare. Unlike art which is content to create a new secondary world in the mind, it attempts to actualize desire, and so to create power in this World; and that cannot really be done with any real satisfaction. Labour-saving machinery only creates endless and worse labour. And in addition to this fundamental disability of a creature, is added the Fall, which makes our devices not only fail of their desire but turn to new and horrible evil. So we come inevitably from Daedalus and Icarus to the Giant Bomber. It is not an advance in wisdom! This terrible truth, glimpsed long ago by Sam Butler, sticks out so plainly and is so horrifyingly exhibited in our time, with its even worse menace for the future, that it seems almost a world wide mental disease that only a tiny minority perceive it. Even if people have ever heard the legends (which is getting rarer) they have no inkling of their portent. How could a maker of motorbikes name his product Ixion cycles! Ixion, who was bound for ever in hell on a perpetually revolving wheel! Well, I have got over 2 thousand words onto this little flimsy airletter; and I will forgive the Mordor-gadgets some of their sins, if they will bring it quickly to you. .... » [L75, 1944] Ce « désir » débridé (par la « Chute ») d’imposer sa domination sur le Monde (= « monde réel » et « esprits ») ne peut conduire qu’à un « enfer » sur terre, l’humanité étant petit à petit touchée dans son esprit (« mental disease ») et donc son Salut (« sins ») par ces « gadgets du Mordor » qui créent un besoin perpetuel (« endless », « bound for ever […] on a perpetually revolving wheel ») de nouveauté, de surenchère de puissance (« actualize[d] desire »). A.3) La Machine et la Technique Il est très intéressant de remarquer combien la pensée de Tolkien sur son siècle et son jugement du Progrès coïncide avec la vision tout aussi prophétique qu’en avait Jacques Ellul (homme de droit, philosophe, théologien, …). « la proposition selon laquelle « en définitive Hitler a bien gagné la guerre » figure déjà chez Ellul en 1945, et elle n'a rien d'une affirmation de circonstances puisqu'elle sera réitérée tout au long de son œuvre. « Le modèle nazi s'est répandu dans le monde entier ». Qu'est-ce à dire sinon que le vaincu a littéralement corrompu le vainqueur ? Que pour vaincre le régime hitlérien, les démocraties se sont moralement condamnées en voulant combattre le mal par le mal, autrement dit en s'engageant sans réserve dans le culte de la puissance technicienne. Et l'on aborde ici l'essentiel de sa pensée : la technique, c'est à dire la recherche du moyen absolument le plus efficace dans tous les domaines, constitue la clé de notre modernité. En substance, l'homme croit se servir de la Technique et c'est lui qui la sert. L'homme moderne est devenu l'instrument de ses instruments, pour parler comme Bernanos. Le moyen s'est transformé en fin, la nécessité s'est érigée en vertu, la culture technicienne ne tolère aucune extériorité. » D’autres propos (trouvés dans une traduction anglaise ; Ellul est plus respecté aux Etats-Unis qu’en France, « nul n’est prophète en son pays ») méritent d’être relevés : « The term technique, as I use it, does not mean machines, technology, or this or that procedure for attaining an end. In our technological society, technique is the totality of methods rationally arrived at and having absolute efficiency (for a given stage of development) in every field of human activity. Les avertissements d'Ellul sont sans ambiguïté [là] « "Il y a une erreur à éviter, ce serait de croire que la technique serait un objet, et que, par rapport à elle l'homme serait le sujet " (ST p. 100). Parmi les idées reçues qu'il pourfend dans son Exégèse des Nouveaux Lieux Communs, il y a celle qui consiste à croire que "la machine est un objet neutre dont l'homme est le maître" [ENLC p.223]. C'est là pour lui, il ne cessera de le dire dans chacun de ses livres, "une formule de signification nulle, parfaitement absurde" [Le Bluff Technologique, p.383]. Ainsi, pour Ellul comme pour Tolkien : Des décennies après ces annonces, Jacques Ellul confiait au journal "Le Monde", en 1981: « Je décris un monde sans issue, avec la conviction que Dieu accompagne l'homme dans toute son histoire. »
PS : Suite (j'espère...) in B) L'origine maléfique de la Machine. |
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Ylem
le 17-04-2003 à 09:57 |
Un grand merci, Sosryko, pour ce post et les liens extrêmement intéressants. Ylem – qui guettera la suite promise ;-) Note : je persiste cependant dans ma conviction qu’il est indispensable pour une compréhension la plus profonde possible, de distinguer « sens de l’Histoire » (direction et signification) de « l’Histoire » elle-même. |
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Cirdan
le 17-04-2003 à 18:39 |
Encore une fois... Bravo! C. |
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sosryko
le 17-04-2003 à 21:41 |
B) L’origine maléfique de la Machine : B.1) Le Mauvais Incarné, le Mal Désincarné : Le Nouveau Testament donne une description lucide et terrible du monde dans lequel l’homme évolue : [1 Co 2:12] « Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du Monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin de savoir ce que Dieu nous a donné par grâce. » Sans vouloir vous assommer de références, on comprend bien à la lecture des deux versets ci-dessus que le «Monde » n’est pas la Terre physique (le monde) mais qu’il est tout ce qui se tient éloigné de Dieu. Il est donc en opposition avec le Royaume de Dieu (cf. partie C), et, pour notre propos, à associer avec la notion d’Histoire. [1 Jn 5:19] « Nous savons que nous sommes de Dieu, et que le monde entier est au pouvoir du Malin. » / « gît sous l’empire du Mauvais. » (TOB) « Le prince de la puissance de l’air » ou bien « Le prince de ce monde » [Jn 12:31, 14:30, 16:11], voilà l’ennemi invisible qui veut exercer son pouvoir sur les volontés et les cœurs des hommes. Et à ennemi invisible correspond un combat invisible, spirituel : [Eph 6:12] « Car nous n‘avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des ténèbres d’ici-bas, contre les esprits du mal dans les lieux célestes. » Ces citations nombreuses pour comprendre les affirmations terribles de Tolkien (Laurent avait déjà relevée la première, plus haut) : « Actually I am a Christian, and indeed a Roman Catholic, so that I do not expect 'history' to be anything but a 'long defeat' – though it contains (and in a legend may contain more clearly and movingly) some samples or glimpses of final victory. » [L195, 1956] ou bien : « This is a fallen world. The dislocation of sex-instinct is one of the chief symptoms of the Fall. The world has been 'going to the bad' all down the ages. The various social forms shift, and each new mode has its special dangers: but the 'hard spirit of concupiscence' has walked down every street, and sat leering in every house, since Adam fell. » [L43, 1941] ou encore : « the whole human race (as each individual) is free not to rise again but to go to perdition and carry out the Fall to its bitter bottom (as each individual can singulariter). » [L96, 1945] Ces « esprits du mal » et ce « Monde » qui rejettent Dieu, Tolkien ne les a pas inventés lorsqu’il les dénonce dans ses lettres (« the world or the evil spirit » [L96, 1945]) : ce sont des notions bibliques et on peut dire que, pour Tolkien, la Machine est la manifestation planétaire de ces puissances spirituelles qui influencent le monde, et donc l’Histoire. « The Enemy in successive forms is always 'naturally' concerned with sheer Domination, and so the Lord of magic and machines; but the problem : that this frightful evil can and does arise from an apparently good root, the desire to benefit the world and others — speedily and according to the benefactor's own plans — is a recurrent motive. » [L131, 1951] « Thus Beleriand in the south had a semblance of peace again for a few brief years; but the forges of Angband were full of labour. » [Silm, p.160/QS.18] « For they came to the seat of Morgoth in his nethermost hall that was upheld by horror, lit by fire, and filled with weapons of death and torment. » [Silm, p.180/QS.19]
« Great was the anger of Ar-Pharazôn at these tidings, and as he pondered long in secret, his heart was filled with the desire of power unbounded and the sole dominion of his will […] Therefore he began in that time to smithy great hoard of weapons » [Silm, p.270/Akallabêth] Et Sauron aurait eut la victoire s’il avait pu entraîner, par l’influence de l’Anneau, Elrond ou Galadriel dans une escalade de puissance et de technologique militaire : « In any case Elrond or Galadriel would have proceeded in the policy now adopted by Sauron: they would have built up an empire with great and absolutely subservient generals and armies and engines of war, until they could challenge Sauron and destroy him by force. » [L246, 1963] Là apparaît un point essentiel pour Tolkien et la foi chrétienne : le libre arbitre, la liberté de choisir entre le Bien et le Mal avant qu’il ne soit trop tard, avant de s’être trop avancé sur « la chemine spacieux qui mène à la perdition » ([Mt 7:13]). « Garde ton coeur plus que toute autre chose, Car de lui viennent les sources de la vie » disent les Proverbes ([Pr 4:23]), et Tolkien est conscient du combat invisible, du danger insidieux, au départ souvent anodin, qui se trouve en l’homme. Quel est le but du Mal ? la destruction, destruction du monde (cf. Ainulindalë), destruction des hommes, mieux, la corruption des hommes, cette corruption qui les éloigne les uns des autres et de Dieu, qui les pousse à se détruire entre eux, les distrayant de leur véritable ennemi et les emporte dans les ténèbres : « Great was the triumph of Morgoth, and his design was accomplished in a manner after his own heart; for Men took the lives of Men, and betrayed the Eldar, and fear and hatred were aroused among those that should have been united against him. » [Silm, p.195/QS.20] Encore une fois une description biblique et malheureusement récurrente dans l’Histoire : [Lc 12:53] « père contre fils et fils contre père, mère contre fille et fille contre mère, belle-mère contre belle-fille et belle-fille contre belle-mère. » Le légendaire montre que l’illusion tentatrice de Domination peut être évitée, non seulement par l’individu mais par toute une nation ; seulement il faut qu’elle recherche « la paix » en priorité : « For the Dúnedain became mighty in crafts, so that if they had had the mind they could easily have surpassed the evil kings of Middle-earth in the making of war and the forging of weapons; but they were become men of peace. » [Silm, p.262/Akallabêth] Spirituellement parlant, c’est rechercher le Règne/Royaume de Dieu avant d’imposer son propre Règne/Pouvoir : [Ro 14:17] « Car le royaume de Dieu, c’est non pas le manger ni le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. » Mais où peut donc aller le Monde alors qu’il est manifeste que son Histoire n’a rien à envier aux mythes de Tolkien qui décrivent des amoncellement d’armes, et une si grande soif de puissance dans les cœurs corrompus des hommes ? alors que les « hommes de paix » sont en nombre inférieur devant ceux qui veulent embraser les forêt et abreuver la terre du sang des frères ? Où peut aller ce jeu du « pouvoir contre le pouvoir », des « Hommes prenant le vie (d’autres) Hommes » ? Tolkien est surpris lui-même, et le monde entier avec lui, par la réponse : l’ampleur de la Chute ne semble pas avoir de limite dans la déchéance et l’horreur : « The news today about 'Atomic bombs' is so horrifying one is stunned. The utter folly of these lunatic physicists to consent to do such work for war-purposes: calmly plotting the destruction of the world! Such explosives in men's hands, while their moral and intellectual status is declining, is about as useful as giving out firearms to all inmates of a gaol and then saying that you hope 'this will ensure peace'. […] Well we're in God's hands. But He does not look kindly on Babel-builders. » [L102, 1945] L’Histoire est bien une « longue défaite » ; l’Ennemi est le Mal (le Péché avec ses effets [L153, 1954 ]) qui ronge le cœur des hommes ; des hommes pour qui, plus le Temps avance, plus l’Histoire se déroule, et plus « leur condition morale et intellectuelle décline ». Heureusement le croyant n’est pas seul dans ce Monde : il a l’assurance que quoiqu’il arrive il est « dans les mains de Dieu ». Sosryko
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Yyr
le 18-04-2003 à 10:08 |
Whaa ! Quel plaisir ! ! ! Bravo et merci :) NB : C'est du pinaillage, et l'on pourra en rediscuter à l'occasion (car il ne s'agit pas de rompre le fil de ton passionnant exposé) ; tu parles en A) de "course au pouvoir de Morgoth" : je crois qu'il sera plus à propos de comparer nos propres courses au pouvoir à celles de Sauron, Saruman ... elles ont en commun de tout sacrifier pour obtenir le pouvoir pour lui-même, et le fait d'en disposer, parfois même pour de "justes" motivations - ah ah ah ne développons pas ici :). Pour Morgoth, j'ai le sentiment que ces courses au pouvoir et "machinisations", qu'il entretient à dessein chez ses serviteurs, ne sont pas sa véritable fin, mais les moyens les plus terrible pour parvenir à celle, ultime, de la négation d'Eru et de Son dessein pour Ses Enfants. Comme le dit Tolkien, Morgoth est un nihiliste. Le Mal Absolu ? |
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Vinchmor
le 18-04-2003 à 10:19 |
Va falloir que je relise tout cela à tête reposée pour tout comprendre ;-), mais pour le moment, j'en reste sans voix, ou si peu... Vinch' |
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sosryko
le 18-04-2003 à 16:55 |
B.2) Dieu demeure Souverain Donc l’Histoire, du moment que Dieu n’intervient pas, ne peut pas aller vers une fin bonne, au contraire, l’homme, abandonné à lui-même, ne peut conduire l’humanité et le monde que de déchéance en déchéance. Tolkien revient sur cette notion d’autorité autorisant son interventionnisme dans une autre lettre : « But the One retains all ultimate authority, and (or so it seems as viewed in serial time) reserves the right to intrude the finger of God into the story: that is to produce realities which could not be deduced even from a complete knowledge of the previous past, but which being real become part of the effective past for all subsequent time (a possible definition of a 'miracle'). » [L181, 1956] La pensée est typiquement chrétienne puisque la Bible présente Dieu comme le Seigneur « des temps et des moments » ([1Th 5 :1]) ; c’est Lui qui les « fixe de sa propre autorité » ([Ac 1 :7]). Alors, entre chaque intervention divine « du doigt de Dieu » ([Ex 8:19 ; Lc 11:20] =) dans la toile du Temps (pour juger ou pour sauver), se déploient des temps particuliers, des « âges » dirait Tolkien, où Dieu laisse aux nations qui écrivent l’Histoire toutes libertés parmi lesquelles celle de s’approcher de lui ; ce sont les temps de l’ignorance ([Ac 17:30]), de la promesse ([Ac 7:17]), du désert ([Ac 7:23]), de l’exil ([Dn 9:2]), les temps des nations ([Lc 21 :4])… Mais l’intervention finale, qui éradiquera le Mal qui ronge la Terre et le cœur des hommes avide de pouvoir, n’aura lieu que lorsque l’Histoire de ce mal sera achevée [L186, 1956] : « The real theme for me is about something much more permanent and difficult: Death and Immortality: the mystery of the love of the world in the hearts of a race 'doomed' to leave and seemingly lose it; the anguish in the hearts of a race 'doomed' not to leave it, until its whole evil-aroused story is complete. » Comment comprendre l’Histoire désormais, puisque tant que Dieu n’intervient pas, elle ne peut aller vers aucun « chemin élevé » mais ne peut que se précipiter vers un « fond amer » ? « If we ask why God included us in his Design, we can really say no more than because He Did. » [L310, 1969] Et la bonne part pour l’homme embarqué dans l’Histoire en marche, quelque sombre et terrible qu’elle puisse être, consiste à placer sa confiance en Dieu : « […] mercy does sometimes occur in this life. » [L192, 1956] « We are in God's hands. Our lot has fallen on evil days: but that cannot be by mere ill chance. Take care of yourself in all due ways (aequam serva mentem, comprime linguam).... » [L61, 1944] Cette dernière citation latine (« garde un esprit calme, et retiens ta langue ») rappelle l’attitude pleine d’espérance du psalmiste ou du prophète : [Ps 62:2] « Oui, c’est vers Dieu que mon âme (se tourne) en silence; De lui vient mon salut. » Tolkien était extrêmement attaché à cette attitude de confiance à l’égard de Dieu, cette certitude qu’il est Bon et que « tout concourt au bien de ce qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein » ([Ro 8:28]) ; bien mieux : il ne me semble pas exagéré d’y voir un des fondements, si ce n’est le fondement,de sa foi : « trust in Eru the Lord everlasting, that he is good, and that his works shall all end in good. » [HX, p.245] En attendant ce « bien » à venir, à la « fin des Temps », les hommes doivent faire face à la Machine et au Péché. Or, vis-à-vis du Péché, Tolkien a un discours radical ; nul homme ne peut résister au « pouvoir du Mal » : « But one must face the fact: the power of Evil in the world is not finally resistible by incarnate creatures, however 'good' ; and the Writer of the Story is not one of us. » [L191, 1956] Ce discours n’est pas éloigné de celui de Paul dans l’épître aux Romains : [Ro 5:12] « […] par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé sur tous les hommes, parce que tous ont péché […] » Dans les deux cas, la « rédemption », cette « résistance » au Mal qui vient au secours des « créatures incarnées » « privées de la Gloire de Dieu » pour les remplir d’espérance est du seul fait de Dieu, l’ « Écrivain de l’Histoire », « Celui qui a été manifesté en chair » ([1Tm 3:16]), en Jésus-Christ, Dieu fait homme, Dieu qui vient dans l’Histoire, dans le « Drame » des hommes. « Finrod, however, sees now that, as things were, no created thing or being in Arda, or in all Eä, was powerful enough to counteract or heal Evil: that is to subdue Melkor (in his present person, reduced though that was) and the Evil that he had dissipated and sent out from himself into the very structure of the world. Ce texte nous permet d’aller plus loin dans la théologie, orthodoxe encore une fois, de Tolkien : le « Drame » qui se joue n’a, en fin de compte, qu’un seul « Auteur » et l’Histoire des Hommes « dépend de Son dessein et de Sa volonté quant à son commencement et à son déroulement, en chacun de ses détails et de ses moments ». Les lettres de Tolkien confirme que cette affirmation du légendaire est partie intégrante de la foi de Tolkien : au-delà du simple groupe des croyants, le monde entier est « dans les mains de Dieu » ; c’est là le véritable sens de l’expression utilisée dans les lettre 102 et 61 ci-dessus. Oui, le croyant doit être assuré que Dieu, souverain, guide sa vie, quand bien même le chemin terrestre qu’il lui demande d’emprunter n’est pas un chemin de tout repos : « But there is still some hope that things may be better for us, even on the temporal plane, in the mercy of God. » [L64, 1944] «My dear old Geoffrey, […]I have thought much of things since – most of them incommunicable thoughts until God brings us together again if it be only for a space. » [L5, 1916] « Your grandmother […] for she was a gifted lady of great beauty and wit, greatly stricken by God with grief and suffering » [L44, 1941] Et oui, Dieu veille également sur les nations entières, les bénissant ou les maudissant. Ainsi Dieu peut éprouver la nation allemande qu’il abandonne à « un homme inspiré par un démon dévastateur et fou » : « People in this land seem not even yet to realize that in the Germans we have enemies whose virtues (and they are virtues) of obedience and patriotism are greater than ours in the mass. Whose brave men are just about as brave as ours. Whose industry is about 10 times greater. And who are – under the curse of God – now led by a man inspired by a mad, whirlwind, devil: a typhoon, a passion: that makes the poor old Kaiser look like an old woman knitting. » [L45, 1941] L’écrivain et prophète biblique présente également Dieu comme l’Auteur de l’Histoire, aus sens de celui qui conduit toutes choses, les tolère, les laisse faire, ou, au contraire, les fait cesser lorsqu’elles sont parvenu à « leur comble » ([Gn15:16, Ez 21:29, 35:5, 1Th 2:16]). « That Sauron was not himself destroyed in the anger of the One is not my fault: the problem of evil, and its apparent toleration, is a permanent one for all who concern themselves with our world. » [L211, 1958] Ce qui est certain, c’est que Dieu est bon (« he is good »), à la fois Juge et maître des Temps et des circonstances (cf. « in every detail and moment » [HX, p.334-335/ Athrabeth] ), aussi, s’ « Il a fait que toutes les nations humaines, issues d’un seul (homme) habitent sur toute la face de la terre, il a [également] déterminé les temps fixés pour eux et les bornes de leur demeure » ([Ac 17:26]) Et parmi les « temps fixés », se trouve annoncé la chute de tous les tyrants, image de la « vistoire finale » sur le Péché et la Mort. Car le Mal est destiné à disparaître, par nature. Tolkien croit cela et le traduit dans son légandaire par des incarnations du Mal qui provoquent leur propre perte. « Thus too, as oft was seen, the evil of Melkor was turned against him; for the swords of the Gnomes did him more hurt than anything under the gods upon this Earth. » [HX, p.188] « But he [= Morgoth] that sows lies in the end shall not lack of a harvest, and soon he may rest from toil indeed, while others reap and sow in his stead. » [HX, p.95/AAm§95] Et il en est de même pour Sauron : « And in his thought which deceived him, for the liar shall lie unto himself, he believed that over the Children he might hold absolute sway and be unto them sole lord and master, as he could not be to spirits of his own kind, however subservient to himself. » [HX, p.379] « [Sauron] probably deluded himself with the notion that the Valar (including Melkor) having failed, Eru had simply abandoned Eä, or at any rate Arda, and would not concern himself with it any more. » [HX, p.397] « [l’ennemi] est très sagace, et il pèse toute chose avec précision dans la balance de sa malice. Mais la seule mesure qu’il connaisse est le désir, le désir du pouvoir, et c’est ainsi qu’il juge tous les cœurs. Dans le sien n’entrera jamais la pensée que quiconque puisse refuser ce pouvoir, qu’ayant l’Anneau, nous puissions chercher à le détruire. Si c’est notre but, nous déjouerons ses calculs. » [SdA, p.298] Ainsi, le Mauvais contient la cause même de sa perte ; le diable travaille contre lui-même, incapable d’imaginer les motivations de Dieu, puisqu’incapable d’aimer ou de faire don de soi : [Jc 1:14] « Mais chacun est tenté, parce que sa propre convoitise l’attire et le séduit. » (BJ : « le leurre ») Vérité biblique qui permettait à Tolkien de dire à son fils : « All we do know, and that to a large extent by direct experience, is that evil labours with vast power and perpetual success – in vain: preparing always only the soil for unexpected good to sprout in. » [L64, 1944] Voilà un des fondements de l’espérance du chrétien : le « vaste pouvoir » du Mal, s’il nous impressionne par ses « succés incessants » est « vain » ! Alors que « les œuvres [de Dieu] conduiront au Bien », ce « Bien inespéré qui germera » d’un « sol » actuellement meutri par « le Mal qui œuvre ».
PS : rah, ces vacances! la majorité est à se dorer au soleil, et ceux qui restent non seulement ne sont pas foule mais sont "sans voix" ;-)) |
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sosryko
le 18-04-2003 à 17:13 |
> Yyr : je ne parlais pas vraiment de la "course au pouvoir de Morgoth"; et si je traçais le parallèle entre "notre monde contemporain" ressemblant au "monde de Morgoth" c'est parce que la Machine est apparu dans le légendaire de Tolkien au temps de Morgoth et sous son initiative. Bien entendu Sauron, dans sa recherche de pouvoir a pu faire mieux que son maître (ce serait une autre débat); mais ce qui est sûr c'est que depuis Morgoth, notre monde est allé de "raffinements" en "raffinements" quant à l'utilisation de la Machine, au point que Morgoth ou sauron seraient bien dépassés :-( |
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Ylem
le 18-04-2003 à 17:40 |
Effectivement :-((( Au moins tes différentes interventions, très impressionnantes, me donnent-elles une explication parfaitement limpide de « l’ambiguïté » de la vision de Tolkien dont je parlais plus haut. Thanks a lot ! Allons-donc méditer tout ça, sous ce qu'il reste de soleil ;-) Ylem
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Yyr
le 22-04-2003 à 14:04 |
Sos. > je ne parlais pas vraiment de la "course au pouvoir de Morgoth"; et si je traçais le parallèle entre "notre monde contemporain" ressemblant au "monde de Morgoth" c'est parce que la Machine est apparu dans le légendaire de Tolkien au temps de Morgoth et sous son initiative. Bien entendu Sauron, dans sa recherche de pouvoir a pu faire mieux que son maître (ce serait une autre débat); mais ce qui est sûr c'est que depuis Morgoth, notre monde est allé de "raffinements" en "raffinements" quant à l'utilisation de la Machine, au point que Morgoth ou sauron seraient bien dépassés :-( Oups :) Au temps pour moi : j'ai lu que la _course au pouvoir_ dans notre monde ressemblait à celle de Morgoth, alors que tu as bien écrit que, dans sa course au pouvoir, notre _monde_ ressemblait à celui de Morgoth. Désolé, et tout à fait d'accord ;) Heu ... mais au fait :) je suis tout de même dubitatif quand tu dis que Morgoth ou Sauron seraient aujourd'hui bien dépassés : Les orcs, oui, sans aucun doute. Sauron, peut-être, ou alors il réussirait très vite à faire encore pire, à l'aide de ces nouveaux "moyens" ... Quant à Morgoth, pourquoi en parler au conditionnel ? Il est ce "mal dans le coeur de l'homme" (ou plus exactement celui qui le sème) plus à craindre que Sauron lui-même, comme tu le dis justement. Et j'ai plutôt l'impression que c'est lui qui nous dépasse, riant sous cape en tirant les fils de ses marionnettes (ayant rompu celui, de liberté, qui les relie à Dieu), ayant magnifiquement réussi à remplacer dans le coeur de bien des hommes Dieu par le Néant, la Confiance par la peur, et l'Amour des autres par la sécurité et les intérêts nationaux. Cf. la citation que tu donnes de l'Akallabêth ; je ne peux m'empêcher de dire à la lumière des évênements actuels : Où sont les Dúnedain aujourd'hui ? ... Yyr PS : Qui te suit à 100% dans ce B) et qui est bien en peine de formuler beaucoup de critiques :) :) :) tellement on s'y retrouve ;) |
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sosryko
le 22-04-2003 à 16:02 |
Merci Yyr :-)) sinon, tu as entièrement raison, j'y suis allé un peu loin en sous-estimant ainsi Melkor/Morgoth...emporté que j'ai été par l'assurance de la vanité de ses oeuvres ;-) |
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sosryko
le 23-04-2003 à 15:22 |
la suite ;-), mais pas encore la fin; au programme : une présentation de quelques notions chrétiennes dans un dialogue avec les Lettres et les écrits de Tolkien, même si le légendaire est peu utilisé aujourd'hui. C) Salut de l'homme, Salut d'Arda C.1) une définition forte du Salut et de l'histoire Si on adopte enfin la définition 'forte' du salut, la définition religieuse, celle que le Petit Robert (avec Semprini ;-)) donne comme étant un état de " Félicité éternelle ", je suis obligé de prendre une position intermédiaire entre celle de Laurent et celle de Ylem : oui, le Salut est hors de l'Histoire et pourtant, oui, il appartient à l'Histoire, car le Salut est dans le Temps et hors du Temps. Ainsi, le chrétien est un être qui vit dans le Monde ([Jn 17:18] "Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. "), parce qu'il doit témoigner, être une "lettre vivante", mais il doit également se tenir hors du Monde, parce qu'il doit préserver son âme, se sanctifier, "n'étant pas/plus de ce monde" ([Jn 17:16] " Ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde. ") [Lc 22:16.18] " 16 car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. (...) Ce Royaume de Dieu (ou Règne de Dieu, le mot grec permet les deux lectures) ne s'intègre dans notre Temps, dans notre Histoire (cette Histoire précèdant la manifestation de Dieu) que dans le seul cœur des hommes " nés d'en haut/de nouveau " ([Jn 3 :3] " En vérité, en vérité, je te le dis : si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le royaume de Dieu. " ; [Luc 17:21b] " Car voyez, le royaume de Dieu est au-dedans de vous. ") " Ar-Pharazôn [...] was filled with the desire of power unbounded and the sole dominion of his will " [Silm, p.270/Akallabêth] alors que le second est lié, chez Tolkien, au Royaume Béni, " the Blessed Realm ", ce royaume où s'exerce l'autorité sage et légitime de Manwë ; hors le Royaume par excellence du légendaire de Tolkien est devenu mythique au sein même du mythe ! En effet, il est désormais inaccessible suite à la rébellion d'hommes dominateurs qui l'ont contraint à disparaître du monde physique : " the Blessed Realm removed for ever from the circles of the physical world. Thereafter one could sail right round the world and never find it. " [L156, 1954] Ainsi, l'homme de bien ([L156]) dans les mythes de Tolkien est semblable au chrétien qui peut dire : [Hé 13:14] " Car nous n'avons pas ici de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir. " En adoptant un définition identique à celle du bonheur selon Jules Renard, nous pourrions dire que " Le Royaume de Dieu, c'est de le chercher " (cf. [Mt 6:33] " Cherchez premièrement son royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus "), sachant qu'à celui qui aura persévéré, il lui sera donné d'y entrer : [2 Thess 1:5] " Il y a là une preuve du juste jugement de Dieu, afin que vous soyez rendus dignes du royaume de Dieu, pour lequel vous souffrez. " Le Royaume de Dieu est donc intimement lié au Salut qui, lui aussi, est à la fois donné et à venir ; en effet, d'une part le Salut est donné dans l'Histoire du Monde avec la venue de Jésus : [Lc 19:9] " Jésus lui dit: 'Aujourd'hui le salut est venu pour cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d'Abraham'. " et, par la suite, Paul annoncera que quiconque se tourne vers Jésus reçoit immédiatement le salut [2Co 5:20-21, 6:2]: " 20 nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu! Mais d'autre part, il n'en reste pas moins vrai qu'il faut combattre spirituellement pour conserver ce salut reçu lors de la conversion pour qu'il devienne effectif après la mort, dans l'éternité : [Mt 10:22] " Vous serez haïs de tous à cause de mon nom; mais celui qui persévèrera jusqu'à la fin sera sauvé. " Dans d'autres textes, apparaît la notion complémentaire du Salut qui est la Vie éternelle. Là encore, puisque " Dieu nous a donné la Vie éternelle " ([1Jn 5:11]), les croyants la possédent par la foi : [1 Jean 5:13] " Cela, je vous l'ai écrit, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. " Toutefois, d'autres passages nous rappellent qu'elle ne deviendra complètement manifeste et définitive que dans " le siècle à venir " ([Lc 18:30]), et qu'il faut, pour en " hériter " ([Mc 10:17 et //]), demeurer fidèle pour être trouvé dans un état de cœur digne de la recevoir : [Jude 1:21] " maintenez-vous dans l'amour de Dieu, en attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle. " Ainsi, le Dieu éternel, le " roi des siècles " ([1Ti 1:17; Ps 145:13]) en créant l'homme à son image, a mis dans son cœur la " pensée de l'éternité " ([Ec 3:11]). Par l'incarnation, il s'est abaissé jusqu'à nous dans le temps, pour nous amener à partager avec lui " la Vie, pour l'éternité " ([Ps 133:3]). La prière du croyant est donc qu'il le conduise ainsi sur " le chemin d'éternité " ([Ps 139:24]) et le reçoive par sa grâce dans son " royaume éternel " ([2Pi 1:11]). Dans notre présentation est apparue la personne essentielle, lien entre le Ciel et la Terre, entre Dieu et l'Histoire des hommes, Jésus, sans qui la foi chrétienne n'a pas de sens. [Ro 6:23] " Car le salaire du péché, c'est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus Christ, notre Seigneur. " Tolkien est conscient de ce grand " mystère " : l'irruption de " l'Incarnation de Dieu " ([L181, 1956]) dans l'Histoire pour guérir, sauver et remplir d'espérance. " [...] the love of the Father and the Son (who are infinite and equal) [...] " [L89, 1944] Jésus est donc la source du Salut pour le chrétien ; mais le salut d'hier - tout comme le salut de mon prochain, ne sera jamais mon salut aujourd'hui (" aujourd'hui est le jour du salut ", " maintenant [...] pour ceux qui sont en Jésus-Christ ") et ne pourra être assurance du Salut à venir que sous réserve que je veille sur mon cœur, que je garde la foi ([Pr 4:23]; [2 Tm 4:7] " J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. ") " Remember your guardian angel. [...] But of course do not grow weary of facing God, in your free right and strength [...]. If you cannot achieve inward peace, and it is given to few to do so (least of all to me) in tribulation, do not forget that the aspiration for it is not a vanity, but a concrete act. I am sorry to talk like this, and so haltingly. But I can do no more for you dearest. .... " [L54, 1944] " But the act of will of faith is not a single moment of final decision : it is a permanent indefinitely repeated act > state which must go on - so we pray for 'final perseverance'. The temptation to 'unbelief (which really means rejection of Our Lord and His claims) is always there within us. " [L250, 1963] " And you were so special a gift to me, in a time of sorrow and mental suffering, and your love, opening at once almost as soon as you were born, foretold to me, as it were in spoken words, that I am consoled ever by the certainty that there is no end to this. Probable under God that we shall meet again, 'in hale and in unity', before very long, dearest, and certain that we have some special bond to last beyond this life - subject of course always to the mystery of free will, by which either of us could throw away 'salvation'. In which case God would arrange matters differently!.... " [L64, 1944] Ainsi, à la "victoire finale" ([L195]) de Dieu doit correspondre "la persévérance finale" ([L250]) de l'homme pour que la fin de l'Histoire soit synonyme de Vie éternelle. En attendant cette Fin, les chrétiens, disciples de Christ, savent que " les jours sont mauvais " ([Eph 5:16]), mais, loin d'y voir une raison pour se retirer dans une quelconque attente passive qui consisterait à laisser l'Histoire avancer inexorablement, il y trouvent l'occasion de " mettre à profit le temps présent " ([Eph 5:16]) , se disant : " tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous " ([Ga 6:10]). Tolkien, à plusieurs reprises, a désigné les périodes qu'il a vécu, qui l'ont précédé et qui l'attendaient comme des " âges sombres " " dans un monde maléfique " (" in an evil world " [L64, 1944]) : " We were born in a dark age out of due time (for us). " [L52, 1943] Et si je n'ai pas trouvé, dans les écrit de Tolkien, une référence explicite à ce désir de voir se réaliser la fin de l'Histoire, véritable cri d'espérance des premiers chrétiens (" Marana tha " [1Co 16:22] = " Viens ! Seigneur " [Ap 22:21]), en maintes occasions apparaît dans ses lettres sa vie de prière, preuve qu'il avait conscience du besoin de se tenir " éveillé " pour " faire face au mal ", que ce mal soit " historique " : " And though we need all our natural human courage and guts (the vast sum of human courage and endurance is stupendous, isn't it?) and all our religious faith to face the evil that may befall us (as it befalls others, if God wills) still we may pray and hope. I do. " [L64, 1944] Ou que ce mal soit " existentiel " ( Cf. [Mc 14:38] " Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation ") : " we pray for 'final perseverance'. The temptation to 'unbelief (which really means rejection of Our Lord and His claims) is always there within us. " [L250, 1963] Toutefois, rien ne serait plus faux que de penser que la foi de Tolkien était une foi triste, minée par les troubles du monde et de l'histoire ; Tolkien se souvenait de l'invitation de Paul aux Éphésiens : " entretenez-vous par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur " [Eph 5:19] et, appliquant cette règle de vie spirituelle, il pouvait transmettre ce conseil, en temps de guerre, à l'adresse de son fils : " If you don't do so already, make a habit of the 'praises'. I use them much (in Latin): the Gloria Patri, the Gloria in Excelsis, the Laudate Dominum; the Laudate Pueri Dominum (of which I am specially fond), one of the Sunday psalms; and the Magnificat; also the Litany of Loretto (with the prayer Sub tuum praesidium). If you have these by heart you never need for words of joy. " [L54, 1944]
PS : C2) le Règne des Hommes - C3) la Victoire Finale |
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sosryko
le 24-04-2003 à 11:56 |
C.2) Le Règne des Hommes. Dans son légendaire, Tolkien présente l’histoire du Seigneur des Anneaux comme « le ‘mythe’ qui devient Histoire ou Domination des Hommes » tout en annonçant que sa fin n’inaugurait pas un monde de « félicité éternelle » mais annonçait simplement le notre avec son retour de « l’Ombre », image d’un Mal toujours plus pervers et d’apparence vertueuse jusqu’à la « grande Fin » : « But they were still living on the borders of myth – or rather this story exhibits 'myth' passing into History or the Dominion of Men; for of course the Shadow will arise again in a sense (as is clearly foretold by Gandalf), but never again (unless it be before the great End) will an evil daemon be incarnate as a physical enemy; he will direct Men and all the complications of half-evils, and defective-goods, and the twilights of doubt as to sides, such situations as he most loves (you can see them already arising in the War of the Ring, which is by no means so clear cut an issue as some critics have averred): those will be and are our more difficult fate. » [L156, 1954] La suite du passage de cette lettre est également intéressante car elle permet de comprendre comment les mythes développés dans le monde légendaire de Tolkien peuvent servir pour illustrer sa foi et son regard sur notre monde (et inversement) : « But if you imagine people in such a mythical state, in which Evil is largely incarnate, and in which physical resistance to it is a major act of loyalty to God, I think you would have the 'good people' in just such a state: concentrated on the negative: the resistance to the false, while 'truth' remained more historical and philosophical than religious. » [L156, 1954] On pourrait pourtant douter que Tolkien connotait négativement cette période qui ouvre l’Histoire et qu’il appelle la « Domination des Hommes ». Mais comment en serait-il autrement puisque dès le Second Âge a lieu la « Seconde Chute » des Hommes, chute dans laquelle il distingue trois stades : « There are three phases in their fall from grace. First acquiescence, obedience that is free and willing, though without complete understanding. Then for long they obey unwillingly, murmuring more and more openly. Finally they rebel – and a rift appears between the King's men and rebels, and the small minority of persecuted Faithful. » [L131, 1951] Intéressant est le commentaire de Tolkien sur le second stade : « In the second stage, the days of Pride and Glory and grudging of the Ban, they begin to seek wealth rather than bliss. The desire to escape death produced a cult of the dead, and they lavished wealth and an on tombs and memorials. They now made settlements on the west-shores, but these became rather strongholds and 'factories' of lords seeking wealth, and the Númenóreans became tax-gatherers carrying off over the sea evermore and more goods in their great ships. The Númenóreans began the forging of arms and engines. » [L131, 1951] L’éloignement des hommes de Dieu les a conduit à remplir le vide de leur âme par l’accumulation de richesses, une fuite en avant dans le matérialisme ; et ce n’est pas un hasard si ce besoin d’amasser toujours plus aboutit à envisager la guerre, soit pour défendre ses richesses (discours justificatif) soit pour prendre par la force les richesses du voisin (conséquence inévitable de l’accumulation de richesses et de puissance). On retrouve ce « mécanisme » dans le texte même du Silmarillion : « But for all this Death did not depart from the land, rather it came sooner and more often, and in many dreadful guises. For whereas aforetime men had grown slowly old, and had laid them down in the end to sleep, when they were weary at last of the world, now madness and sickness assailed them; and yet they were afraid to die and go out into the dark, the realm of the lord that they had taken; and they cursed themselves in their agony. And men took weapons in those days and slew one another for little cause; for they were become quick to anger, and Sauron, or those whom he had bound to himself, went about the land setting man against man, so that the people murmured against the King and the lords, or against any that had aught that they had not; and the men of power took cruel revenge. Cette critique du materialisme, conséquence du rejet de Dieu pour se laisser diriger par le « materialisme scientifique » ([L96]), non seulement pousse « l’homme contre l’homme », faisant du « conseil de Sauron » un triomphe digne du « triomphe de Morgoth » (Cf. B1, [Mt 10:21]), mais rappelle également la critique des prophètes à l’encontre de Babylone : [Ap 18:3] « parce que toutes les nations ont bu du vin de la fureur de son inconduite; que les rois de la terre se sont livrés à l’inconduite avec [Babylone], et que les marchands de la terre se sont enrichis par la puissance de son luxe. » [Ap 18:21.23b] « 21 Alors un ange puissant prit une pierre semblable à une grande meule, et il la jeta à la mer, en disant: Ainsi sera précipitée avec violence Babylone, la grande ville, et on ne la trouvera plus. (…) On retrouve Babylone, « la grande ville », l’orgueilleuse Babel, symbole du Monde qui s’oppose à Dieu. Une symbolique qui n’avait pas échappée ni à Ellul (« Babylone est non seulement signe de toutes les villes, mais aussi du monde. » dans Sans feu ni lieu, p.121), ni à Tolkien qui était attaché à cette image : « Well we're in God's hands. But He does not look kindly on Babel-builders. » [L102, 1945] Au point qu’on peut se demander s’il n’avait pas alors à l’esprit, lui qui écrivait que Dieu pouvait « maudire » une nation ([L45]), la parole de Jérémie : [Jr 51:7] « Babylone était dans la main de l’Éternel une coupe d’or, Qui enivrait toute la terre; Les nations ont bu de son vin: C’est pourquoi les nations ont déraisonné. » En ces temps troublés où les « Big Folk » ([L77]) et la mentalité de la Machine ont « asservi » les nations et envahi la terre pour la transformer en une vaste et unique ville, Babel, pour des raisons officielles (liberté et démocratie) qui ne le dupent pas, Tolkien, plutôt que de se laisser séduire par les illusions d’un discours progressiste, aurait tendance à se souvenir des mots de l’Ecclésiaste : [Ec 1:9] « Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » « A small knowledge of history depresses one with the sense of the everlasting mass and weight of human iniquity: old, old, dreary, endless repetitive unchanging incurable wickedness. All towns, all villages, all habitations of men — sinks! And at the same time one knows that there is always good: much more hidden, much less clearly discerned, seldom breaking out into recognizable, visible, beauties of word or deed or face – not even when in fact sanctity, far greater than the visible advertised wickedness, is really there. But I fear that in the individual lives of all but a few, the balance is debit – we do so little that is positive good, even if we negatively avoid what is actively evil. It must be terrible to be a priest!.... » [L69, 1944]
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Arwen Undomiel
le 24-04-2003 à 12:27 |
Bravo et merci à toi Sosryko pour cet extraordinaire travail ! J'attend avec impatience le dernier chapitre pour imprimer tout cela et le relire avec toute l'attention qu'un tel document mérite :) Amicalement |
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TB
le 25-04-2003 à 01:21 |
Pour ma part ( en tant qu' athée ), le texte ( Silm, p274/Akallabêth )est moins une critique du materialisme que d' une de ses habituelles perversions: un classique " capitalisme sauvage ", et de la soif de pouvoir qui le sous-tend ! Tolkien, dans sa lettre ( Letters, #96, Harper & Collins, 1981 ), laissant, par ailleurs, transparaître le peu d' intérêt qu' il accorde à la " chose politique ", en mêlant, dans sa définition du " materialisme ", "..mechanism, " scientific " materialism, Socialism in either of its factions now at war ... ( sic ! )...!!! En effet, voir dans le nazisme un quelconque " socialisme " démontre une certaine confusion politique...Le National-Socialisme n' ayant qu' un très lointain rapport avec quelque socialisme que ce fut ! :) L' époque, et l' intitulé du parti d' Adolf, y étant, peut-être, pour quelque chose...Le dernier paragraphe de sa lettre étant, à ce propos, dramatiquement révélateur de la manière dont Tolkien appréhendait les événements : " I have just heard the news......Russians 60 miles from Berlin. It does look as if something decisive might happen soon. The appalling destruction and misery of this war mount hourly: destruction of that should be ( indeed is ) the common wealth of Europe, and the world, if mankind were not so besotted, wealth the loss of which will affect us all, victors or not. Yet people gloat to hear of the endless lines, 40 miles long, of miserable refugees, women and children pouring West, dying on the way. There seem no bowels of mercy or compassion, no imagination left in this dark diabolic hour. By which I do not mean that it may not all, in the present situation, mainly ( not solely ) created by Germany, be necessary and inevitable But why gloat ! We are supposed to have reached a stage of civilization in which it might still be necessary to execute a criminal, but not to gloat, or to hang his wife and child by him, while the orc-crod hooted The destruction of Germany, be it 100 times merited, is one of the most appalling world- catastrophes. Well, well - you and I can do nothing about it. And that shd, be a measure of the amount of guilt that can justly be assumed to attach to any member of a country who is not a member of its actual Government. Well the first War of the Machines seems to be drawing to its final inconclusive chapter - leaving, alas, everyone the poorer, many bereaved or maimed and millions dead, and only one thing triumphant: the Machines. As the servants of the Machines are becoming a privileged class, the Machines are going to be enormously more powerful. What ' s their next move ? ...All the love of your own father. Un beau condensé de la pensée du vieux prof...Isn' t ?! TB |
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sosryko
le 25-04-2003 à 04:51 |
…Absolument d'accord avec toi, TB (= voilà un beau condensé de la pensée du prof) puisqu'il s'agit du tout premier texte que je cite en A1), donc (beaucoup) plus haut que [Silm, p.274], pour introduire la notion de "Machine" ! ! :-)) Que Tolkien ait eu une idée floue de la "chose politique", c'est évident, vu qu'il ne se sentait absolument aucune communion avec l’esprit de son siècle dont il liste en [L96] les quelques aspects que tu as relevés « ..mechanism, " scientific " materialism, Socialism in either of its factions now at war ... » Pourquoi une telle confusion ? Et puis surtout, de quelle confusion parle-t-on ? Va-t-on lui reprocher de ne pas vouloir « choisir entre Hitler et Staline » ? Assurément il n’aurait pas répondu à cette question d’Ardisson ! ! ;-) Il ne s’agit pas là d’une confusion politique car il ne s’agit pas d’une déclaration politique…il s’agit d’une position religieuse : si on reprend la phrase de la Lettre 96 qui se termine par cette énumération, ce que j’ai appelé « l’esprit de son siècle », il l’appelle « le monde ou l’esprit maléfique » (« world or the evil spirit »), ce monde qui demande la soumission « du cœur et de la volonté » des « Saints »…on est loin donc d’une déclaration politique, mais bien dans une projection dans le futur, un futur eschatologique …mais comme je reviendrai sur ce passage, et qu’il est tard, j’en reste là pour l’instant ;-)) Quant à la « confusion politique », si, à tout prix, on veut y revenir…elle est parfaitement volontaire ! Sosryko PS : un Tolkien qui, à l'époque de cette dernière lettre citée (30/01/45), vient juste d'avoir 53 ans, il est professeur depuis 20 ans (1924) et le sera encore pendant 14 ans...soyons généreux, ne le taxons pas d'être déjà, en 1945, un "vieux prof" ;-)
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sosryko
le 25-04-2003 à 13:48 |
C.3) La victoire finale > Semprini : Il me semble que Tolkien croit à une fin de l'Histoire, ce qui se rapproche d'une philosophie de l'Histoire, laquelle ne croit en un progrès que dans la mesure où l'on se rapproche du salut. Oui, Tolkien croit en une fin de l’histoire, doublement même : il croit en une fin de l’histoire qui « le rapproche du salut », mais également en un but de l’histoire, autrement dit en une histoire du Salut, conduite par Dieu « notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » [1 Tm 2:3-4] L’Histoire, dans cette conception du salut, devient le lieu et la durée où la patience de Dieu s’exerce, le lieu où le temps s’écoule, entre l’expulsion d’un Paradis suite à la Chute, et le jour de la manifestation du Créateur (« One God Creator » = [HX,p.330]), à la fois Juge (« One Judge » = [L86, p.97]) et Sauveur (« Saviour »[L250, p.340]). [1Co 4:5] « C’est pourquoi ne jugez de rien avant le temps, avant la venue du Seigneur, qui mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et qui manifestera les desseins des cœurs. Alors la louange de chacun viendra de la part de Dieu. » Si « l’avènement du jour de Dieu » ([2P 3:12]), qui verra l’établissement « de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera » (v.13), peut sembler tarder, c’est que Dieu « use de patience envers [les hommes] » (v.9), Dieu pour qui « un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour » (v.8), Dieu dont la « patience » est source de « salut » (v.15), car « il ne veut pas qu’aucun périsse, mais (il veut) que tous arrivent à la repentance. » (v.9) « There is a place called 'heaven' where the good here unfinished is completed; and where the stories unwritten, and the hopes unfulfilled, are continued. » [L45, 1941] Laurent écrivait qu’il avait « du mal à concevoir la "victoire finale" selon Tolkien comme un fait historique. » C’est que, selon lui, cette « victoire finale » est hors du Temps, hors de la « temporalité qu'impliquait la Chute par le biais de la mort. » Mais deux choses : (a) premièrement, pour Tolkien, l’Histoire ne commence pas avec la Chute puisqu’il adopte une lecture semi-historique du Jardin d’Eden : « But partly as a development of my own thought on my lines and work (technical and literary), partly in contact with C.S.L., and in various ways not least the firm guiding hand of Alma Mater Ecclesia, I do not now feel either ashamed or dubious on the Eden 'myth'. It has not, of course, historicity of the same kind as the NT, which are virtually contemporary documents, while Genesis is separated by we do not know how many sad exiled generations from the Fall, but certainly there was an Eden on this very unhappy earth. We all long for it, and we are constantly glimpsing it: our whole nature at its best and least corrupted, its gentlest and most humane, is still soaked with the sense of 'exile'. […] As far as we can go back the nobler pan of the human mind is filled with the thoughts of sibb, peace and goodwill, and with the thought of its loss.» [L96, 1945] (b) De plus, à la suite de ce passage, Tolkien adopte une lecture tout aussi semi-historique du « millenium » : « Still I think there will be a 'millenium', the prophesied thousand-year rule of the Saints, i.e. those who have for all their imperfections never finally bowed heart and will to the world or the evil spirit (in modern but not universal terms: mechanism, 'scientific' materialism. Socialism in either of its factions now at war). » [L96, 1945] Ces lectures littérales, chez Tolkien, de l’Eden comme du millenium, sont tout à fait cohérentes avec cette affirmation de foi : « His words are always to be understood litterally » [L250, 1963] De ce fait, nous ne devrions pas avoir de « mal à concevoir la "victoire finale" selon Tolkien comme un fait historique. » Une « victoire finale » marque à la fois l’achèvement de l’histoire de ce monde et le début du « monde à venir » ([Mc 10:30, Ep 1:21, He 2:5, …]), car Tolkien est assuré que le Paradis perdu n’est que « l’ombre des choses à venir » ([Col 2:17]) pour celui qui marche sur le « chemin de la repentance » : « We shall never recover [Eden], for that is not the way of repentance, which works spirally and not in a closed circle; we may recover something like it, but on a higher plane. (…) Of course, I suppose that, subject to the permission of God, the whole human race (as each individual) is free not to rise again but to go to perdition and carry out the Fall to its bitter bottom (as each individual can singulariter). And at certain periods, the present is notably one, that seems not only a likely event but imminent.» [L96, 1945] Ce « chemin de la repentance » dont parle Tolkien repose finalement sur un choix de l’homme comme de l’humanité pour s’élever ou s’abaisser et trouve son prolongement dans les remarques de Lamorte ou de Cullman à propos de la vision biblique du Temps: « L’expression symbolique du temps biblique est une conception linéaire ascendante, car la ligne qui part de la création a son but situé... en Dieu » [A. Lamorte, Le Problème du Temps dans le Prophétisme biblique, Beatenberg, 1960, p. 108, et passim] Pour filer l’image de Tolkien, Le Temps de l’Histoire, qu’elle soit individuelle, collective, nationale ou mondiale n’est pas un « cercle » mais une « spirale ». Un Temps toutefois qui n’a pas la même valeur pour chacun, une spirale qui n’a pas le même sens pour tout le monde. Une certitude : que cette spirale soit ascendante (la spirale de la « repentance » qui conduit à un « plan plus élevé ») ou bien descendante (la spirale de la « Chute » qui « conduit à la perdition »), cette spirale, tel l’escalier d’une ziggourat spirituelle, conduit l’humanité vers sa fin (la rencontre avec le Dieu Créateur [L153, L310]), et le croyant vers son but (la rencontre avec son Sauveur [L250,1963])
« Men will also 'fade', if it proves to be the plan that things shall still go on, when they have completed their function. But even the Elves had the notion that this would not be so: that the end of Men would somehow be bound up with the end of history, or as they called it 'Arda Marred' (Arda Sahta), and the achievement of 'Arda Healed' (Arda Envinyanta). (They do not seem to have been clear or precise - how should they be! - whether Arda Envinyanta was a permanent state of achievement, which could therefore only be enjoyed 'outside Time', as it were: surveying the Tale as an englobed whole; or a state of unmarred bliss within Time and in a 'place' that was in some sense a lineal and historical descent of our world or 'Arda Marred'. They seem often to have meant both. […]) » [HX, p.405/MythsT.VII] (voir également [HX, p.251-252]) S’il reste vague sur la situation d’Arda Envinyanta (= Arda Healed # Arda Unmarred [HX, p.251]) une remarque dans ses lettres pourrait faire pencher vers la seconde hypothèse : en [/, 1963], Tolkien écrit que Frodo est parti pour « Arda Unmarred » pour guérir de blessures qui ne peuvent être guéries « sur terre, ou dans le Temps » : « 'Alas! there are some wounds that cannot be wholly cured', said Gandalf (III 268) – not in Middle-earth. Frodo was sent or allowed to pass over Sea to heal him – if that could be done, before he died. He would have eventually to 'pass away': no mortal could, or can, abide for ever on earth, or within Time. So he went both to a purgatory and to a reward, for a while: a period of reflection and peace and a gaining of a truer understanding of his position in littleness and in greatness, spent still in Time amid the natural beauty of 'Arda Unmarred', the Earth unspoiled by evil. Mais il me semble plus juste de penser qu’il ne faut pas trancher : de même que le Tabernacle puis le Temple étaient les représentations physiques (dans ce monde et dans ce temps) d’un plan céleste (hors du monde et hors du temps) montrées par Dieu à Moïse puis à David, de même que la Jérusalem ‘Céleste’ est destinée à prendre corps dans « un nouveau ciel et une nouvelle terre », de même il ne me semble pas illusoire de penser qu’Arda la Guérie est à la fois hors du Temps (l’Arda de la Vision, Arda Unmarred) et destinée à prendre corps en étant façonnée par les « hommes bons » ( « 'good Men' – families and their chiefs who rejecting the service of Evil» = [L131]). L’application de ces légendes quant au but que Tolkien attribuait à l’Histoire est donc qu’à la « Fin des temps », notre monde (Arda Marred) « sera libéré de la servitude de la corruption » (Arda Healed ; [Ro 8:21]) à partir du ‘souvenir’ de l’Eden perdu (Arda Unmarred). Nous en aurons confirmation plus loin. |
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sosryko
le 25-04-2003 à 13:51 |
"And now....the conclusion :-)) **** Par contre, une chose sûre à mon sens : pour Tolkien, Arda Healed n’est pas ‘figée’, de même que le salut n’est pas statique. Tolkien, je pense, tenait à cette notion de « progrès ». Progression (vers le haut ou vers le bas) de l’histoire qui nous conduit à Dieu, mais aussi progrès dans la Vie éternelle, envisagée non pas comme un état de béatitude sans horizon, mais comme un mouvement de l’âme, « transformée en la même image [que celle de Dieu], de gloire en gloire » [2Co 3:18]. Un premier indice se trouve dans le fait que si Arda Guérie (« Arda Healed (or Remade) » [HX, p.251]) ou « New Arda » [HX, p.251.252] est une Terre exempte de la corruption originelle introduite dans la création par Melkor tout comme Arda Unmarred, elle est également « plus grande » qu’Arda Unmarred ; l’Arda à venir est « plus grande » que l’Arda telle qu’elle avait été conçue initialement ([HX, 351]). « But even as Ulmo spoke, and while the Ainur were yet gazing upon this vision, it was taken away and hidden from their sight; and it seemed to them that in that moment they perceived a new thing, Darkness, which they had not known before except in thought. But they had become enamoured of the beauty of the vision and engrossed in the unfolding of the World which came there to being, and their minds were filled with it; for the history was incomplete and the circles of time not full-wrought when the vision was taken away. And some have said that the vision ceased ere the fulfilment of the Dominion of Men and the fading of the Firstborn; wherefore, though the Music is over all, the Valar have not seen as with sight the Later Ages or the ending of the World. » [Silm, p.19-20/Ainulindalë] D’où les Valar d’encourager les hommes de Númenor quant à l’avenir d’Arda en leur disant : « Hope (…) that in the end even the least of your desires shall have fruit. The love of Arda was set in your hearts by Ilúvatar, and he does not plant to no purpose. Nonetheless, many ages of Men unborn may pass ere that purpose is made known; and to you it will be revealed and not to the Valar. » [Silm, p.265/Akallabêth] Enfin, Tolkien relevant si souvent l’aspect Créateur d’Eru, je trouve cohérent de penser que la Vision ne sera jamais achevée, parce que les Enfants d’Eru, à l’image d’Eru, ne pourront jamais se passer de créer. Donc oui, Semprini a raison de dire que les chrétiens espèrent une « félicité éternelle [qui] règnera pour les élus », mais l’expression (non biblique) a toujours laissé entendre un état de contemplation passive qui me semble bien éloignée de la conception du Salut selon Tolkien ; lequel est un salut « organique » : un Salut des Hommes qui passe par le Salut de la Terre, un Salut de la Terre qui passe par le Salut des Hommes. La foi millénariste de Tolkien pourrait, une fois encore, enrichir ses écrits et inversement. Pour cela, il ne me paraît pas inutile de revenir sur la notion du « millenium ». « 1 Puis je vis descendre du ciel un ange qui tenait la clef de l’abîme et une grande chaîne à la main. Plusieurs commentateurs pensent que la seconde Épître de Pierre, reprenant un verset des Psaumes ([Ps 90:4] « Car mille ans sont, à tes yeux, Comme le jour d’hier, quand il passe, Et comme une veille de la nuit ») voulait corriger certaines constructions fondées sur une interprétation littérale du texte de Jean : [2P 3:8] « Mais il est un point que vous ne devez pas oublier, bien-aimés: c’est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour » Mais le thème des milles ans véritables aura un rayonnement immense. Il est présent dans une apocalypse juive (possiblement retouchée par un copiste chrétien) : « 97 En ce jour-là vient du Ciel l’Oint, le Roi, avec tous les Saints ; il brûle la terre et y passe mille ans. 98 Comme les pécheurs y ont dominé, il créera un nouveau ciel et une nouvelle terre. Il n’y aura en eux ni Diable ni mort. 99 Il règnera avec les saints ; ils montent et descendent ; ils sont avec les anges en tout temps, ils sont avec l’Oint pendant mille ans. » Justin dans le chapitre 80 de son Dialogue avec Tryphon rappelle que : « pour moi, et les chrétiens d’orthodoxie intégrale, tant qu’ils sont, nous savons qu’une résurrection de la chair arrivera pendant mille ans dans Jérusalem rebâtie, décorée et agrandie, comme les prophètes Ézéchiel, Isaïe et les autres l’affirment. » [Dial. 80:4] Irénée reprend cet enseignement : « […] puis ce sera le septième jour, jour du repos […] ce septième jour est le septième millénaire, celui du royaume des justes, dans lequel ils s’exerceront à l’incorruptibilité, après qu’aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C’est ce que confesse l’apôtre Paul, lorsqu’il dit que ‘‘la création sera libérée de l’esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu’’ [[Ro 8:19-21]]. Ainsi, « au temps du royaume », le centre spirituel de cette « terre renouvelée » est donc « la Jérusalem […] rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d’en haut » écrit Irénée en [ Adv. Haer. V, 35, 2] ; et, auparavant, d’interpréter un passage d’Ésaïe comme la description de la vie sur Terre lors du « gouvernement des Saints » (« rule of the Saints », [L96]) : [Es 65:18-22] « 18 Réjouissez-vous plutôt Et soyez à toujours dans l’allégresse, A cause de ce que je crée; Car je crée Jérusalem pour l’allégresse Et son peuple pour la joie. À ce texte on peut ajouter, pour notre propos, celui qu’on lit en [Ap 22:2] : « Now measured by the flowering of the Trees there were twelve hours in each Day of the Valar, and one thousand of such days the Valar took to be a year in their realm. » Nous avons donc les parallèles suivant : L’Arbre de vie = les (deux) arbres (de Valinor) On pourra objecter que les Deux Arbres de Valinor sont au commencement d’Arda, alors que l’Arbre de l’Apocalypse appartient au monde à venir. Mais premièrement cet arbre n’est autre que « l’arbre de vie » du jardin d’Eden. De plus, les Deux Arbres de Valinor ne peuvent que nous faire penser aux deux arbres au centre du jardin d’Eden, l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Enfin et surtout, un second passage du légendaire doit être rappelé ; il s’agit d’un passage de l’Akallabêth : alors que Nimloth, l’Arbre Blanc de Númenor (issu de celeborn, issu de Galathion, image de Telperion, le plus âgé des Deux Arbres de Valinor !) est sur le point de périr par la main du roi Ar-Pharazôn manipulé par Sauron, Isildur vole un de ses fruit pour sauvegarder sa semence. Ayant dû affronter de nuit toute des gardes qui lui infligèrent de sévères blessures, dont il souffrit pendant tout l’hiver : « Then the fruit was planted in secret, and it was blessed by Amandil; and a shoot arose from it and sprouted in the spring. But when its first leaf opened then Isildur, who had lain long and come near to death, arose and was troubled no more by his wounds. » [Silm, p.273/Akallabêth] Ainsi, le jeune plant image de Telperion, l’Arbre Blanc de Valinor possède, de par ses feuilles, le même pouvoir de guérison que son homologue, l’Arbre de vie de l’Eden et du monde à venir. Il me semble donc évident que la thématique des arbres et de l’Arbre Blanc, chez Tolkien, relève non seulement de son amour pour la nature et les arbres en particulier mais également marque l’influence de la foi de Tolkien dans le façonnement de son légendaire. En effet, dans les références bibliques et extra-bibliques que nous avons présentées, est apparue une « création renouvelée », une « création affranchie de la servitude de la corruption » [Ro 8:21], centrée en une « Jérusalem rebâtie (…) et agrandie », où les jours des hommes sont « comme les jours des arbres », où la servitude, l’esclavage des corps comme de la pensée sont bannis, où les élus participent à la création par « l’œuvre de leurs mains », une création enfin où « l’arbre de vie » procure, par ses feuilles, « la guérison des nations », ces nations qui avaient été « séduites » par Satan, « le serpent ancien », celui qui était là depuis le commencement. La pensée et la foi de Tolkien affleurent alors dans son légendaire en autant d’échos possibles à cette tradition chrétienne : (a) Tout d’abord, dans le monde mythique d’Eä, les Valar n’ont pu avoir une « Vision » complète du « Dessein d’Eru » tout comme « des anges [qui] ne peuvent scruter la Sagesse de Dieu » (Irénée). « Now one of the objects of the Trees (as later of the Jewels) was the healing of the hurts of Melkor » [HX, p.377]. Ainsi, que ce soit au tout début du mythe, au cours de l’histoire, ou à sa fin, la « guérison des blessures (infligées par) Melkor» est lié aux arbres (par leur action directe, par l’action de leurs images, la lignée des Arbres Blancs, ou bien par celle des Silmarils qui contiennent leur lumière) (d) Enfin, cette guérison d’Arda est aussi liée à l’action, à « l’œuvre des mains » des hommes : « This then, I propound, was the errand of Men, not the followers, but the heirs and fulfillers of all: to heal the Marring of Arda, already foreshadowed before their devising; and to do more, as agents of the magnificence of Eru: to enlarge the Music and surpass the Vision of the World! » [HX, p.319] Il est avéré que le légendaire de Tolkien s’est « teinté » toujours plus de sa foi au cours de son élaboration sans fin ; et nous avons une confirmation de l’importance de la guérison d’Arda par l’action des hommes dans ce dernier texte : « They [les elfes] still believe that Eru's healing of all the griefs of Arda will come now by or through Men ; but the Elves' part in the healing or redemption will be chiefly in the restoration of the love of Arda, to which their memory of the Past and understanding of what might have been will contribute. Arda they say will be destroyed by wicked Men (or the wickedness in Men ); but healed through the goodness in Men . The wickedness, the domineering lovelessness, the Elves will offset. By the holiness of good men – their direct attachment to Eru, before and above all Eru's works – the Elves may be delivered from the last of their griefs: sadness; the sadness that must come even from the unselfish love of anything less than Eru. » [HX, p.343] Ce texte nous servira de conclusion, puisque, sous le couvert du légendaire, il synthétise presque la pensée de Tolkien quant au sens de l’Histoire des Hommes et de la Terre. Prisonnier d’un mal qui les ronge (« the wickedness in Men »), les Hommes ne peuvent que détruire la Terre qui leur a été donnée; mais « toutes les peines » et « la tristesse » engendré par le péché trouveront leur fin lorsque Dieu annoncera la Fin des Temps, période au cours de laquelle les « hommes bons », ces hommes qui lui auront été fidèlement « attachés », par leur « sainteté » « guériront » la Terre au cours du millenium. Alors viendra la Fin de l’Histoire, et, « dans le monde à venir », ces « hommes bons » « verront face à face » le Dieu de leur Salut et « connaîtront comme ils ont été connus » ([1Co 13:12]). Un monde à venir éternel où : « the good here unfinished is completed ; and where the stories unwritten, and the hopes unfulfilled, are continued. » [L45, 1941] Sosryko
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Vinchmor
le 25-04-2003 à 14:24 |
Sosryko: PS : rah, ces vacances! la majorité est à se dorer au soleil, et ceux qui restent non seulement ne sont pas foule mais sont "sans voix" ;-)) J'ai retrouvé ma voix mais je pars ce soir en vacances ;-) Vinch' admiratif |
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Yyr
le 25-04-2003 à 14:59 |
Sosryko > S’il reste vague sur la situation d’Arda Envinyanta (= Arda Healed # Arda Unmarred [HX, p.251]) une remarque dans ses lettres pourrait faire pencher vers la seconde hypothèse : en [/, 1963], Tolkien écrit que Frodo est parti pour « Arda Unmarred » pour guérir de blessures qui ne peuvent être guéries « sur terre, ou dans le Temps » Je ne pense pas que ce passage donne une indication d'Arda Envinyanta ; l'« Arda Unmarred » pour laquelle Frodo est parti me semble désigner Arda Alahasta (celle de la Vision, pure, sans l'intervention de Melkor), et constitue une image pour désigner Valinor, le Royaume Béni qui s'est protégé de la plupart des ombres de Morgoth, et qui garde le souvenir imparfait de ce qu'aurait été Arda sans Melkor. Sinon, ça me paraît bien tout cela :) :) :) Bravo ! Yyr
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Yyr
le 25-04-2003 à 15:12 |
erratum : Bravo ! ! ! ! ! ! ! Yyr :)
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Semprini
le 25-04-2003 à 16:13 |
Quel boulot phénoménal. :) Bravo et merci Sosryko! :) |
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Ylem
le 25-04-2003 à 17:52 |
… Si je dois avouer avoir secrètement espéré t’attirer sur ce fuseau, Sosryko, j’étais loin d’imaginer une réponse de cette ampleur ! J’imprime tout ça et je m’en vais entamer une lecture attentive, mais il semble déjà bien difficile de pouvoir y ajouter grand chose, et encore plus de te contester… Qui peut bien rivaliser avec toi sur ce terrain ? Pas moi assurément ;-) A Semprini : si tu en avais l’envie, ça m’intéresserait quand même que tu puisses expliciter ta phrase « l’humanisme moderne (…) se défie de la tentation du bien » (cf. fin du second post de ce fuseau) ;-) |
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Cirdan
le 25-04-2003 à 20:08 |
Tout comme Ylem, je ne vois pas ce qu'on peut faire hormis s'émerveiller... Que pourrais-je, par exemple, te répondre sur la question de l'historicité de la "victoire finale"? Je comprend maintenant que j'avais mal compris lu(ou de manière trop orientée peut-être). Enfin, la seule chose qui importe est le plaisir de te relire ainsi sur "ton terrain". J'ai bien peu de temps pour passer sur le forum, mais aujourd'hui cela valait le coup. Come Ylem, j'imprime tout cela. Encore Bravo! Laurent (applaudissant tout seul devant son ordinateur, sous les yeux interrogateurs de son chat qui le prend soudain pour un fou :-)) |
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TB
le 25-04-2003 à 22:57 |
Re Sosryko: Ce " doublon " de citation ne peut que m' inciter à relire, avant de laborieuses interventions, l' intégralité des fils...Par ailleurs, le qualificatif de " vieux " ne doit être pris, vu mon âge, que comme formule affectueuse, voire, un compliment ! :)) Pour ce qui est de la " confusion ", il s' agissait moins de lui reprocher quoi que ce soit ( et surtout pas de ne pas choisir ( !?! ) entre Hitler et Staline ! ) que de souligner son manque d' intérêt pour les " subtilités idéologiques ": la phrase ..Socialism in EITHER OF ITS FACTIONS now at war.." étant particulièrement éclairante, et ce quelque fut sa " position " de départ ! Que, pour un esprit religieux, nazisme et communisme soient mis sur un même plan ( " diabolique " ! ) en tant que porteurs d' un athéisme coupable et dangereux, n' autorise en rien à les confondre dans une imprécision incorrecte...! Le fait que Tolkien se place comme chrétien ne change pas grand chose à l' affaire ! Il serait risible que j' amalgame catholicisme, orthodoxie, et protestantisme, au prétexte que ce sont des religions " chrétiennes "...Fusse dans le cadre d' une " pure " analyse marxiste ! :)) En fait, la formule qu' emploie Tolkien est en parfaite adéquation avec son époque...Aussi surprenant que ça puisse sembler à qui s' intéresse, aujourd' hui, à l' histoire des idéologies politiques, la dimension révolutionnaire du nazisme, à ses origines, l' avait placé dans le mouvement " socialisant " ( comme son cousin le fascisme, d' ailleurs ! ) par nombres d' observateurs superficiels ! Mais la politique n' étant, en rien, le sujet de prédilection de Toto, j' arrêterais là cette superfétatoire digression ! :D TB |
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sosryko
le 26-04-2003 à 04:59 |
>>TB : m' inciter à relire, avant de laborieuses interventions, l' intégralité des fils... je m'en voudrais, sincèrement, de t'obliger à de laborieuses interventions... Rque et digression (tant qu'on y est ;-)) : je comprends bien que certaines lectures ou mises en évidence de l'aspect de l'oeuvre ou de la personne du "vieux prof" (en l'occurence le caractère chrétien) manquent d'intérêt voire peuvent exaspérer certains membres (Silmo, toi,...) >>TB : Il serait risible que j' amalgame catholicisme, orthodoxie, et protestantisme, au prétexte que ce sont des religions " chrétiennes "...Fusse dans le cadre d' une " pure " analyse marxiste ! :)) figure-toi que je trouverait cela beaucoup moins risible que cet amalgame qui égalise tous les "socialismes" : oui ce sont des religions chrétiennes et pour les trois, le fondement, le coeur de la foi sont les mêmes, puisque toutes trois se retrouvent et prennent sens autour de la personne de Christ et du message évangélique; alors que national-socialisme et communisme ne se retrouvent pas dans leurs idéologies. >>TB : En fait, la formule qu' emploie Tolkien est en parfaite adéquation avec son époque...[...]la dimension révolutionnaire du nazisme, à ses origines, l' avait placé dans le mouvement " socialisant " ( comme son cousin le fascisme, d' ailleurs ! ) par nombres d' observateurs superficiels ! oui, effectivement, sauf qu'en ce qui concerne Franco, la position de Tolkien était bien plus ambigue que le jugement radical qu'il portait à l'encontre d'Hitler ou de Staline :-((. Mais ces considération sur le jugement politique de Tolkien et de son époque, loin du légendaire, gagneraient à être développées plutôt sur un autre fuseau (dans la section "Tolkien et la littérature" puisque nos sources sont liées à ses Lettres) car nous nous éloignerions sinon du sujet du présent fuseau qui porte sur le "sens" (signification, horizon, but) que donnait Tolkien à l'histoire et la conception qu'il se faisait de son rapport au "salut". en espérant, malgré tout, que tu trouveras quelque intérêt à la lecture des fils, Sosryko |
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sosryko
le 26-04-2003 à 05:09 |
Oulala, l'heure tardive ne pardonne rien pour autant, surtout pas d'oublier l'essentiel : Merci à tous, amis, heureux, très heureux que ce "feuilleton des vacances" vous ait plu :-)) Bonnes vacances Vinchmor (j'espère que tu auras un doux soleil pour te dorer!), bonnnes (re)lectures à toi, à Ylem et à Laurent (quel regret de ne pas t'avoir ici plus souvent ;-)), et, Semprini, c'est toujours une joie de savoir que tu es là :-)) S. |
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TB
le 27-04-2003 à 21:55 |
Re Sosryko: Je doute que ton oecuménisme soit partagé par une majorité de croyants des dites religions...Fussent-elles " du Livre " ! :) Et je tiens à préciser que je ne suis, en aucune manière, " exaspéré par une quelconque lecture de l' oeuvre, privilégiée par tel ou tel des intervenants....En fait, cet eclectisme des regards serait, plutôt, la raison de ma présence en ces lieux ! Et donc, c' est avec une amicale sincérité que j' utilise la formule consacrée...Au plaisir de te lire ( le plus souvent possible ! ) :) TB |
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Laegalad
le 28-04-2003 à 09:57 |
Bravo Sosryko ! Comme tu as l'air d'avoir besoin de preuves de lecture (je me demande pourquoi, qui n'aurait pas envie de te lire ?), je te signale que cela fait un moment que je t'observe ;-) Mais comme je n'ai pas le niveau pour te suivre sur ces hauteurs, je me contenterai de te féliciter ;-). |
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Semprini
le 28-04-2003 à 17:10 |
Ylem>>>ça m’intéresserait quand même que tu puisses expliciter ta phrase « l’humanisme moderne (…) se défie de la tentation du bien ». Ce fuseau n'est pas le lieu d'une telle discussion, mais je voulais simplement dire que le seul humanisme possible aujourd'hui (et celui dont se sont réclamés un Camus, un Grossmann, ou un Lévinas) pour autant que l'on continue d'user de ce mot par trop employé, ce que j'ai la faiblesse de faire, est celui d'une croyance mesurée en l'homme, méfiante même. On ne peut plus croire aujourd'hui, il me semble, que l'homme puisse faire le Bien, notamment après les crimes commis par les totalitarismes au nom d'un soit-disant Bien, d'un soit-disant royaume bienheureux sur Terre. On ne peut plus, je crois, mener de combat au nom d'un Bien absolu, surtout lorsque les moyens utilisés au présent déligitiment le but à atteindre. Le seul humanisme possible aujourd'hui devrait donc se défier de la tentation du Bien, même s'il faut quand même croire à un Bien relatif. Fin du hors sujet. :) Sosryko>>>Semprini, c'est toujours une joie de savoir que tu es là. Pareil. :) |
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Yyr
le 28-04-2003 à 18:37 |
Semprini > le seul humanisme possible aujourd'hui (et celui dont se sont réclamés un Camus, un Grossmann, ou un Lévinas) pour autant que l'on continue d'user de ce mot par trop employé, ce que j'ai la faiblesse de faire, est celui d'une croyance mesurée en l'homme, méfiante même. On ne peut plus croire aujourd'hui, il me semble, que l'homme puisse faire le Bien, notamment après les crimes commis par les totalitarismes au nom d'un soit-disant Bien, d'un soit-disant royaume bienheureux sur Terre. On ne peut plus, je crois, mener de combat au nom d'un Bien absolu, surtout lorsque les moyens utilisés au présent déligitiment le but à atteindre. Le seul humanisme possible aujourd'hui devrait donc se défier de la tentation du Bien, même s'il faut quand même croire à un Bien relatif. Fin du hors sujet. :) Arrn ... non, juste encore un peu ; je ne peux m'empêcher finalement :) :) :) Semprini, ce que tu dis là est magnifique ; le corollaire - pour le croyant - est que le Bien, inatteignable par l'homme, ne peut donc être atteint que par Dieu, c-à-d le laisser agir à travers nous. C'est toute la différence, pour refaire le lien avec le sujet, entre ce qui est "du Monde" même "bien intentionné", et ce qui est "de l'Esprit"
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Yyr
le 28-04-2003 à 19:07 |
TB> Il serait risible que j' amalgame catholicisme, orthodoxie, et protestantisme, au prétexte que ce sont des religions " chrétiennes "...Fusse dans le cadre d' une " pure " analyse marxiste ! :)) Sos.> figure-toi que je trouverait cela beaucoup moins risible que cet amalgame qui égalise tous les "socialismes" : oui ce sont des religions chrétiennes et pour les trois, le fondement, le coeur de la foi sont les mêmes, puisque toutes trois se retrouvent et prennent sens autour de la personne de Christ et du message évangélique; alors que national-socialisme et communisme ne se retrouvent pas dans leurs idéologies. Je dirais même plus ! :) Sans oublier l'anglicanisme, les religions chrétiennes sont des branches d'une seule et même religion, et leurs différences sont certes importantes, mais il s'agit de différences dans l'interprétation (d'une petite partie) d'une même Révélation (et des mêmes textes) ; il y a unité dans la foi (pour l'essentiel de celle-ci, la majorité ... j'ai du mal à donner le mot juste ...), et il y a possibilité de prières communes. Ainsi mercredi 5 mars de cette année, toutes les églises chrétiennes se sont unies dans la prière et le jeûne pour la paix, après que toutes ces mêmes églises aient unaniment condamné la guerre anglo-américaine, parfois dans des communiqués communs. J'ai d'autres exemples en tête mais bon ... imaginons-nous les tenants d'idéologies politiques bras-dessus bras-dessous, Corée du Nd - USA, Nazisme - Stalinisme ... ? TB> Je doute que ton oecuménisme soit partagé par une majorité de croyants des dites religions...Fussent-elles " du Livre " ! :) Attention à ce que tu entends par œcuménisme :) La prière pour la paix du 5 mars est oeuvre d'œcuménisme par exemple ; la phrase de Sosryko, non ;) tout chrétien la défendra, sans avoir l'impression de faire acte d'œcuménisme. Jérôme
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TB
le 29-04-2003 à 18:25 |
Re Semprini: " ..notamment après les crimes commis par les totalitarismes au nom d' un soit-disant Bien../..On ne peut plus, je crois, mener de combat au nom d' un Bien absolu, surtout lorsque les moyens utilisés au présent déligitiment le but à atteindre. " Pourquoi redescendre si loin dans le passé ? Une récente " croisade des Forces du Bien " contre un " diabolique Axe du Mal " me parait exemplifier parfaitement ton assertion...! :) Re Yyr: Je ne suis pas chrétien...Ceci t' expliquera, sans aucun doute, cela ! :) ( Fin de l' aparté ) ;) TB |
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Ylem
le 01-05-2003 à 21:46 |
Merci de m’avoir répondu, Semprini. Dans la mesure où Tolkien envisage son travail comme l’histoire de l’avènement du « règne des hommes », il me semble bien être (aussi) une réflexion sur ceux-ci, sur la place de l’Homme au sein de l’Histoire et sur sa capacité ou non d’évoluer. Dans ce sens, la question de l’humanisme (« position philosophique qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus des autres valeurs » = définition du Petit Larousse) ne me paraît pas être un « hors sujet », plutôt une extension… Enfin. Elle pourrait aussi faire l’objet d’un autre fuseau… C’est selon ;-) Quant au fond, je n’ai pas vraiment le temps/la tête pour m’y pencher dans l’immédiat… Pour plus tard, peut-être. Ylem. |
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Cirdan
le 14-05-2003 à 02:32 |
Mon cher Sosryko, après une longue interruption de ma fréquentation du forum causée par bien des problèmes, puis lectures et relectures de tous ces messages, je me suis vu si heureux de retrouver un peu de temps que je n’ai pas résisté à faire quelques suggestions sur un ou deux points de ton travail qui touchent au cœur d’un questionnement personnel (dans lequel la vision de Tolkien joue un grand rôle). A part ponctuellement, il ne s’agit pas de critiques. Et cela ne garde qu’un rapport secondaire avec « le sens de l’histoire », mais pourrait, je crois, intéresser quelques personnes. J’espère donc que Cédric ne m’en voudra pas trop pour ce long post un peu décalé… :-) 1. ESQUISSE POUR UNE ETUDE SUR « LE MONDE, CHEZ TOLKIEN ET DANS L’EVANGILE DE JEAN » Le terme de « monde » est pour le moins ambiguë, comme tu le soulignes. Mais tu parles de la bible en général, or il me semble que c’est en particulier dans l’évangile de Jean que l’on trouve cette notion récurrente du « Monde » non « Terre physique », « mais tout ce qui se tient éloigné de Dieu ». Tu précise que c’est ce monde-là dont parle Tolkien lorsqu’il écrit « fallen world » ou « evil world ». Il y va pourtant de la Terre physique dans cette Arda blessée, amputée ici d’une forêt, là-bas d’une plaine herbeuse devenue étendue de cendre après Dagor Bragollach… Jean utilise effectivement le mot « monde » (la majuscule n’est pas présente dans toutes les éditions de la bible) dans trois sens - selon la Bible de Jérusalem : « tantôt la terre et l’univers, tantôt le genre humain, tantôt enfin les hommes qui refusent Dieu et l’œuvre du Christ » -, mais c’est de loin le troisième sens qui me semble le plus employé. [D’ailleurs d’un point de vue personnel, l’expression choisie en Jn 17:16 est pour moi très gênante, car le drame de cette vie terrestre selon moi se situe dans le paradoxe que souligne Rimbaud - le fait que « nous ne sommes pas au monde ». Malgré la différence « au monde » / « du monde », je ne peux pas suivre Jean sur ce point : mon âme doit être dans le monde, elle ne peux vouloir le beurre et l’argent du beurre : apprécier la création divine, la Terre, en y soustrayant son âme est impossible et dans tous les cas m’apparaîtrait comme néfaste si on nous en donnais la possibilité.] Le christianisme de Tolkien n’est pas de celui d’un refus du monde. (Je suis sûr que tu penses « mais Jean non plus ne refuse pas le monde tel que tu l’entends ») C’est le « nor wholly changed » qui laisse penser que le monde dont la chute accompagne celle de l’homme (qui en est souvent la cause mais pas toujours ; n’oublions pas la chute antérieure de Morgoth/Satan qui imprègne la Terre indépendamment des actions des hommes) ne doit pas être considéré comme la place du Mal. Le lieu, le monde sensible, ne doit pas être réduit à Satan (et c’est, j’imagine, ce que tu veux dire lorsque tu dissocies la notion de Terre physique de celle du « Monde » que tu ne définies que par l’éloignement de Dieu – soit dit en passant, il n’y a pas que le simple concept de l’éloignement de Dieu dans ce terme, j’en suis sûr, sans quoi comment en serait-on arrivé à l’utiliser de cette manière ? Je pense cependant que Jean est peut-être l’évangéliste le plus influant sur notre auteur (n’oublions pas qu’il en porte le nom et s’imprègne de la dualité lumière/ténèbres – si caractéristique de cet évangile - dans toute son oeuvre, mais aussi de la tension du monde sensible entre l’influence du prince de ce monde, Satan et celle de l’Incarnation surtout dans HoME X). 2. LE ROYAUME DE DIEU, AUJOURD’HUI?
« Du figuier apprenez cette parabole. Dès que sa ramure devient flexible et que ses feuilles poussent, vous comprenez que l’été est proche. Ainsi vous, lorsque que vous verrez tous cela, comprenez qu’Il est proche, aux portes. En vérité je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela ne soit arrivé. » (Mat 24:32-34 ; également Mc 13:29-30 et Luc 21:30-32) J’ai déjà lu que cela correspondait à un sentiment répandu à l’époque de l’imminence du Jugement. Ainsi, le cri d’espérances des premiers chrétiens me semble plus un sentiment dans la proximité de cette fin qu’un appel – comment, d’ailleurs, Tolkien aurait-il pu être dans la même disposition qu’eux alors que deux mille ans d’attente se sont déjà écouler ? En relisant bien tes superbes messages, Sosryko, j’ai bien peu de choses à redire, car je ne peux absolument pas rivaliser avec toi sur ce sujet. Mais, quitte à faire des suggestions, je me suis demandé en te relisant si on ne pouvait pas te reprocher de ne pas mettre en valeur la diversité des conceptions historiques du royaume de Dieu suivant les évangiles (mais peut-être est-ce volontaire de ta part): si je ne me trompe pas le double sens du "royaume de Dieu" chez Matthieu est beaucoup moins évident chez Jean qui insiste sur une réalisation future du royaume de Dieu sans souligner la réalité présente de ce royaume (que souligne Mat XII, 28 et sur laquelle se fondent les théories d’ « eschatologie réalisée » de C.H. Dodd ). Pour Luc, par exemple, il n’est pas véritablement question d’un royaume de Dieu qui commencerait avec la venue du Christ. Là ou il est question du Royaume de Dieu « présent » chez les autres évangélistes, Luc évite (à mon avis volontairement) cette idée et évoquera davantage de la présence de l’Esprit saint. Je cite le Que sais-je ? d’Oscar Cullmann sur le NT : [ Jean le Baptiste, sa mère et son père sont remplis de l’Esprit sain (I,15, 41, 67) ainsi que le vieillard Siméon (II 25-27) […]. C’est donc l’Esprit qu’il faut demander dans la prière : « Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit sain (Matthieu dit à cet endroit : « de bonnes choses », Matthieu VII,11) à ceux qui le lui demande » (XI, 13), et nous trouvons pour la demande de l’oraison dominicale « que ton règne (ou « que ton royaume ») vienne », [il y a ] une variante attestée par quelques témoins : « Que vienne sur nous ton esprit saint et qu’il nous purifie » (Luc11:2).] 3. STATUT DE LA MAGIE CHEZ TOLKIEN
Un peu plus loin il écrit : “But also they enhanced the natural powers of a possessor – thus approaching 'magic', a motive easily corruptible into evil, a lust for domination”. C’est en fait dans la lettre 155 à Naomi Mitchison qu’il s’explique de manière explicite sur les différents sens du terme ‘magic’ et sa complexe relation à la notion de « machinery ». Je citerai cette lettre entièrement pour dissiper les nombreuses questions sur ce sujet, car cette explication, définitive, peut être très utile pour les intervenants de ce forum dans bien d’autres posts: « I am afraid I have been far too casual about 'magic' and especially the use of the word; though Galadriel and others show by the criticism of the 'mortal' use of the word, that the thought about it is not altogether casual. But it is a v. large question, and difficult; and a story which, as you so rightly say, is largely about motives (choice, temptations etc.) and the intentions for using whatever is found in the world, could hardly be burdened with a pseudo-philosophic disquisition! I do not intend to involve myself in any debate whether 'magic' in any sense is real or really possible in the world. But I suppose that, for the purposes of the tale, some would say that there is a latent distinction such as once was called the distinction between magia and goeteia. Galadriel speaks of the 'deceits of the Enemy'. Well enough, but magia could be, was, held good (per se), and goeteia bad. Neither is, in this tale, good or bad (per se), but only by motive or purpose or use. Both sides use both, but with different motives. The supremely bad motive is (for this tale, since it is specially about it) domination of other 'free' wills. The Enemy's operations are by no means all goetic deceits, but 'magic' that produces real effects in the physical world. But his magia he uses to bulldoze both people and things, and his goeteia to terrify and subjugate. Their magia the Elves and Gandalf use (sparingly): a magia, producing real results (like fire in a wet faggot) for specific beneficent purposes. Their goetic effects are entirely artistic and not intended to deceive: they never deceive Elves (but may deceive or bewilder unaware Men) since the difference is to them as clear as the difference to us between fiction, painting, and sculpture, and 'life'. Je propose une traduction approximative pour ceux qui ont quelques problèmes avec la lecture de l’anglais : « J’ai peur d’avoir été beaucoup trop imprécis à propos de la « magie et particulièrement dans l’usage du mot ; bien que Galadriel et d’autres soulignent par la critique de l’usage du terme qu’en font les mortels, combien celui-ci n’est fortuit. Mais il s’agit d’une question très large et très difficile et d’une histoire qui, comme vous le dites très justement, est largement concernée par les motifs (choix, tentations, etc…) ; et les intentions quant à l’usage de tout ce qui ce trouve dans le monde ne peuvent qu’être à peine portées dans une dissertation pseudo philosophique ! Je n’essayerais pas de m’engager dans un quelconque débat à propos du fait que la « magie » dans un sens ou dans un autre puisse être réel ou vraiment possible en ce monde. Mais je suppose que, pour les intérêts du conte, quelques-uns diraient qu’il existe une distinction semblable à celle qui fut jadis appelée la distinction entre « magia » et « goeteia ». Galadriel évoque « les tromperies de l’Ennemi ». Ce n’est déjà pas mal, mais « magia » peut, fut, et porte le sens positif (en soi) et Goieteia le sens néfaste. Aucun n’est dans ce conte, positif ou néfaste (en soi), mais seulement vis-à-vis d’un motif ou d’une intention ou d’un usage. Chaque clan utilise les deux, mais pour des motifs distincts. Le motif nuisible est (pour ce conte, dans la mesure où il concerne cela en particulier) la domination des autres libre- arbitres. Cirdan Ps : La lettre 156, que tu cites souvent, est aussi une des innombrables preuves montrant le non manichéisme de l’œuvre : “ But if you imagine people in such a mythical state, in which Evil is largely incarnate, and in which physical resistance to it is a major act of loyalty to God, I think you would have the 'good people' in just such a state: concentrated on the negative: the resistance to the false, while 'truth' remained more historical and philosophical than religious.” Le mal ne peut chez Tolkien être considéré comme une idée manichéenne mais comme un concept,d’abord concret (Morgoth/Satan) puis en perpétuelle dissolution à mesure que l’on s’écarte du temps mythique pour entre dans notre temps (celui du doute, de l'Âge de Plastique et de l'homme fragile) ou il n’est pas moins présent mais bien plus difficile à discerner et toujours plus étendu et omniprésent dans le monde,y compris en nous-même. Soyons vigilants ! :-) |
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Cirdan
le 14-05-2003 à 09:02 |
Il y a une erreur dans ma deuxième partie. "[...]Le double sens du royaume de Dieu chez Matthieu est beaucoup moins évident chez Jean" >> Bien sûr, il faut lire : "[...]beaucoup moins évident chez Luc". C. |
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sosryko
le 15-05-2003 à 12:04 |
rque liminaire : une réponse au post de Laurent, sans rapport direct avec le fuseau proprement dit ou le Légendaire...lecteur, tu es prévenu, mais averti également que si les remarques de Laurent t'on intéressées, ce qui suit devrait également retenir ton attention...j'espère!
Justement, non ;-) Il se trouve que, contrairement à l’usage qu’en font les synoptiques (Matthieu (9) ; Marc (3) ; Luc (3)) ou l’épître aux Hébreux (5), c’est effectivement et ultra-majoritairement cette dernière acception (« la multitude sans Dieu, la masse des hommes séparés de Dieu, ceux qui sont hostiles à Christ ») qui prévaut dans l’évangile de Jean parmi les 79 occurrences des quelques 182 utilisations dans le NT du mot kosmos (je le sais, j’ai compté !). Pour tous ces auteurs (mais donc essentiellement Jean et Paul), le « monde-kosmos » est le milieu où le mal est entré par la chute et où désormais règne la mort « étendue sur tous les hommes » [Ro 5.12]. Tous les pécheurs marchent « selon le train de ce monde » [Eph 2.2] qui est tout entier « sous la puissance du malin » [1Jn 5.19]. Satan est en effet, comme tu l’as relevé dans Jean, appelé « le Prince de ce monde » [Jn 12.31; 14.30; 16.11]. Il n’est pas surprenant que « la sagesse du monde » considère l’Evangile comme une « folie » et réciproquement [1Co 1.20-21] car « l’esprit du monde » est tout autre que l’Esprit de Dieu [2.12]. Le monde va plus loin: il « hait » ouvertement le Christ et ses disciples, tandis qu’il « aime et écoute ceux qui lui ressemblent » [Jn 7.7; 15.18-19; 17.14; 1Jn 3.13; 4.5]. Le monde s’est fermé pour ne pas recevoir le Christ, Parole et lumière de Dieu [Jn 1.5, 10; 3.19]. Pourtant, Jésus est venu pour éclairer et « sauver le monde» [12.46-47] tandis que le St-Esprit cherche à « le convaincre » de péché [16.8]; mais, à cause de l’endurcissement des impies, a lieu « le jugement du monde » avec son chef [v. 8-11; 12.31]. Jésus déclare que le monde ne peut recevoir l’Esprit de vérité, et que lui-même ne l’inclut pas dans sa prière sacerdotale [14.17; 17.9]. N’acceptant pas de Sauveur, le monde est donc tout entier reconnu coupable devant Dieu [Ro 3.19]. Et l’attitude du croyant à l’égard d’un tel « monde » est régie par sa relation avec Dieu qui le conduit d’une part à se sanctifier (d’où « séparation » du Monde), d’autre part à témoigner et d’annoncer la Bonne Nouvelle (d’où le « mission », « l’envoi » dans le Monde). a) La séparation. b) La mission. Conséquences : Bien entendu, tu as raison.
Il n’y a pas de « majuscule » pour particulariser les noms propres ou certaines notions dans le texte original (soit les manuscrits sont écrit en majuscules [les premiers], soit ils sont en minuscules [plus tardifs] ; on parle d’écriture onciale ou cursive). >>Círdan :Le christianisme de Tolkien n’est pas de celui d’un refus du monde. (Je suis sûr que tu penses « mais Jean non plus ne refuse pas le monde tel que tu l’entends ») Tu vois, je n’ai même pas besoin de répondre ;-)
Par le même processus qui a conduit Jésus à parler du « châtiment de la Géhenne », ce lieu spirituel dont « le feu » peut faire périr « l’âme et le corps » [Mt 10.28 ; 18.8 ; 23.33]…alors que la Géhenne tire son nom de l’expression hébreu ge-hinnom, « vallée de Hinnom », un endroit, tout proche de Jérusalem, où on avait brûlé des enfants en l’honneur de Molok et qui depuis, servait de dépotoir (on y brûlait des immondices) ; c’est donc par analogie qu’il finit par désigner un lieu de destruction et de châtiment. >>Círdan : Je pense cependant que Jean est peut-être l’évangéliste le plus influant sur notre auteur Je le pense aussi, si tu te limite aux évangélistes. Mais il ne faudrait surtout pas oublier le reste du corpus johannique et surtout (surtout !) Paul si tu parles de l’influence du Nouveau Testament sur Tolkien (le seul couple de Monde-Création étant suffisant pour s’en convaincre). >>Círdan : N’oublions pas ce passage que tu cites : “the love of Arda was set in your hearts by Iluvatar” (Silm, p265./Akallabêth ) et auquel de nombreux autres font écho. Qu’Arda soit « Marred » ou « Unmarred » n’y change rien, ils l’aimeront même dans sa déchéance. Mais Jean non plus ne l’oublie pas, cet amour du Monde, puisqu’il y a là son message central ! Jean 3:16 Car Dieu a tant aimé le monde (kosmos) qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Sosryko |
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sosryko
le 15-05-2003 à 12:10 |
pffff...amateur que je suis!! grrr heureusement que je n'ai pas tout poster à la fois
Rque : [1 Co 7:29] C’est effectivement selon ton interprétation qu’on lit souvent ce texte de Paul (« le temps est court »), en s’aidant pour cela, en particulier, de Marc 13:20. >>Círdan : J’ai déjà lu que cela correspondait à un sentiment répandu à l’époque de l’imminence du Jugement. Ainsi, le cri d’espérances des premiers chrétiens me semble plus un sentiment dans la proximité de cette fin qu’un appel Tu en reparleras aux disciples qui allaient distraire les lions dans les arènes sous Domitien, à l’époque de la rédaction de l’Apocalypse, ce livre où coule le sang des martyrs et des prophètes [Ap 17.6 ; 18.24] et qui se termine par cet appel touchant « Viens ! Seigneur ! » >>Círdan : – comment, d’ailleurs, Tolkien aurait-il pu être dans la même disposition qu’eux alors que deux mille ans d’attente se sont déjà écouler ? Tout simplement parce que pour Dieu « mille ans sont comme un jour et un jour comme mille ans » ;-)
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sosryko
le 15-05-2003 à 12:15 |
>>Círdan : si je ne me trompe pas le double sens du "royaume de Dieu" chez Matthieu est beaucoup moins évident chez Luc qui insiste sur une réalisation future du royaume de Dieu sans souligner la réalité présente de ce royaume (que souligne Mat XII, 28 et sur laquelle se fondent les théories d’ « eschatologie réalisée » de C.H. Dodd ). Pour Luc, par exemple, il n’est pas véritablement question d’un royaume de Dieu qui commencerait avec la venue du Christ. Là ou il est question du Royaume de Dieu « présent » chez les autres évangélistes, Luc évite (à mon avis volontairement) cette idée et évoquera davantage de la présence de l’Esprit saint. Je cite le Que sais-je ? d’Oscar Cullmann sur le NT :
J’aime bien Oscar Cullmann , mais il est inutile d’aller chercher des variantes comme celle-là dont on est sûr qu’elles sont tardives, le texte le plus assuré de Luc suffira amplement :-) « Si (c’est) par l’Esprit (le doigt) de Dieu (que) j’expulse les démons, alors le Royaume de Dieu est venu jusqu’à vous » bien mieux, alors que Matthieu parle de « l’Esprit de Dieu », Luc parle du « doigt de Dieu », preuve qu’il a eu sous les yeux et conservé (malgré ce qu’on veut lui faire dire) une parole qui s’oppose à une eschatologie qui ne serait que futuriste (avec le sous-entendu qu’il aurait remplacé toute mention du Royaume actuel et présent par la présence de l’Esprit). Luc 17:20 Interrogé par les Pharisiens pour savoir quand viendrait le royaume de Dieu, il leur répondit: Le royaume de Dieu ne vient pas de telle sorte qu’on puisse l’observer. Voilà une parole dont même Bultmann (c’est dire !) affirmait qu’elle remontait à une parole « authentique » de Jésus. Nous sommes-là à un des points essentiels de la prédication de Jésus. Dit autrement ces verset affirment que le Règne (plutôt que Royaume) de Dieu s’est approché, il est venu, il est là, « entre vos mains » ou « à votre portée » comme traduisait récemment Jean-Marc Babut ce « au-dedans / milieu de vous » dont l’interprétation est multiple mais qui n’autorise pas d’interprétation futuriste. |
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sosryko
le 15-05-2003 à 12:16 |
Pour terminer, voilà ce qu’écrit Christian Grappe pp.182-183 dans un ouvrage récent intitulé Le Royaume de Dieu, avant, avec et après Jésus (Labor et Fides, MdB42, je te donne la référence puisque tu sembles intéressé par le sujet) :« On notera d’abord l’importance de la dimension du « déjà », […], dans la mesure où proclamer que le Royaume de Dieu s’est approché (Mc 1,15 // Mt 4,17 ; Mt 10,7 ; Lc 10, 9.11), qu’il est survenu (Mt 12,28 // Lc 11,20), qu’il fait l’objet d’assaut (Mt 11,2 // Lc 16,16), c’est affirmer tout à la fois qu’il est là (dimension spatiale) et qu’il est présent (dimension temporelle) (ainsi Lc 17,20-21). >>Círdan :3. STATUT DE LA MAGIE CHEZ TOLKIEN Le fait que Tolkien précise « a motive easily corruptible into evil » ne montre-t-il pas que c’est moins la nature de la magie qui est mauvaise que son utilisation par une race elle-même corruptible ? Certainement.
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Yyr
le 15-05-2003 à 15:54 |
Sos.> rque liminaire : une réponse au post de Laurent, sans rapport direct avec le fuseau proprement dit ou le Légendaire...lecteur, tu es prévenu, mais averti également que si les remarques de Laurent t'on intéressées, ce qui suit devrait également retenir ton attention...j'espère! Pour l'intérêt et l'attention, aucun souci :) mais - cf. ci-après - j'y trouve néanmoins un lien direct avec le Conte d'Arda. Voici ma contribution, qui viendra peut-être en modeste complément de Sosryko, pour ce qui est du "Monde" et d'Arda (en donnant un aperçu du pendant elfique de ses considérations que je rejoins entièrement (j'ai le beau rôle) :)). Même pour le Royaume, il y aurait à dire en Arda, mais je n'en ai pas les moyens aujourd'hui ... :)
Et pourtant si. Le Monde est bien la demeure du Mal (pas seulement du Mal, mais entre autre ; et le Mal n'existe que dans le Monde ; au-delà, en Dieu, il n'est pas) ; ce n'est pas réduire le Monde à Satan que de le constater, et d'user de métonymie* pour désigner le Mal en parlant du Monde (si l'on garde bien conscience du procédé). Ainsi comme le rappelle Sosryko, de l'usage du titre de "Prince de ce Monde" pour Satan. Ainsi aussi de la distinction faite entre les "fils du Monde" et les "fils de la Lumière" ; les derniers qui appartiennent (déjà ?) au Royaume des Cieux et vivent tout autant dans le Monde et l'aiment (mais là le mot Monde commence à désigner aussi la Création ...). En Arda, le Monde est bien la demeure de Melkor, jusqu'à la Fin, jusqu'à la Guérison, disséminé comme tu l'as d'ailleurs, Laurent, magnifiquement dit dans ton PS. Le Monde est bien la demeure du Mal, puisque celui-ci est la Blessure d'Arda ; le Mal c'est le Hastaina de Arda Hastaina, le Morgoth disséminé et corrompant tout. En Arda, nous pouvons tout autant manier la métonymie qui vise à désigner le Mal par sa demeure : le Monde. En revanche (et cf. plus bas) Arda ne sera pas le terme elfique le plus approprié pour cela, cette Arda que tu aimes tant ;)
Sosryko y répond évidemment par l'ensemble de son post, mais pas spécifiquement (si j'ai bien lu). Si le "Monde" dont Satan est le Prince désigne par métonymie* le péché (<-> tout ce qui tient éloigné, parce que le Monde est le lieu du péché, soustraire son âme au "Monde" - dans ce sens-là du Monde - ne signifie pas la soustraire à la Création, mais à la partie corrompue, au péché. Aux "fils de la Lumière" qui ne sont pas "du Monde", il est d'ailleurs demandé PAR DESSUS TOUT de vivre dans le Monde, de l'aimer comme Dieu nous aime. C'est la vertu de l'Amour de Charité, dont saint Paul dit que si elle manque, tout (même la foi !!!) est vain ! En écrivant cela, je me rends compte que j'ajoute autmatiquement au "Monde" le sens de "la Création" ;) Car pour aimer véritablement (la Vérité, le Bien ne vient que de Dieu) le Monde (les beautés de la Création et leur prochain), les fils de la Lumière doivent se séparer du Monde (ce qui n'est pas de Dieu), comme l'a si bien dit Sosryko. Le paradoxe n'est que dialectique, si j'ose m'exprimer ainsi. Je ne m'étendrai pas sur la translation en Arda qui me paraît (égoïstement ;)) évidente, afin de consacrer mon peu de temps disponible plus bas
Sos.> Bien entendu, tu as raison. Je rejoins tout à fait Sosryko ; je ne peux même pas pinailler sur une virgule :) Mais je vais en profiter pour poursuivre cette reflexion sur la dialectique propre au Conte d'Arda. Nous aurons peut-être un terme elfique plus approprié pour désigner "le Monde" :). Le Monde fait en quenya l'objet de deux traductions. Elles sont à première vue interchangeables, mais à la lumière de cette magnifique discussion (les lambendili "amoureux des langues" vont vous devoir une nouvelle fière chandelle, Círdan et Sosryko :)), les Eldar distinguaient le concept de la Terre, le Système Solaire, le Royaume de Manwë, ce que nous avons il me semble ici désigné par "la Création" (ktisis), Arda, du concept de la Terre, signifiant 'Demeure', qui se prête me semble-t-il parfaitement au français "Monde" (kosmos), Ambar. Arda est Royaume, confié à Manwë (< racine elf. √GAR qui désigne ce qui est contrôlé, géré, me semble-t-il : un domaine, une région ...). Elle existait avant le "Monde" dont on a parlé, au moins conceptuellement, puisque les traditions elfiques parlent d'Arda Alahasta. Et même s'il est des expressions chez les Elfes comme "tant que durera Arda", qui désigne assurément Arda Hastaina, il faut voir les références à Arda Envinyanta, éternelle, belle et renouvelée, qui existe(ra) lorsque le "Monde" dont on a parlé est(sera) vaincu et achevé. Ambar est Demeure (< racine elf. √MBAR qui désigne ce qui est habité). Il est habité par les hommes, par la nature ... et logiquement par le Mal ;) Il convient parfaitement à l'usage qui est fait du français "Monde", car il désigne me semble-t-il : Les Eldar auraient ainsi parlé de l'amour d'Arda, en entendant Laurent (et suspecté une ascendance elfique ;)), et sans doute d'Ambar pour désigner tout ce qui tient éloigné d'Eru en écoutant (avec émerveillement ... et 'lifting up their hearts' ;)) notre ami Sosryko.
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Yyr
le 15-05-2003 à 15:58 |
grr ... à mon tour : 3ème § deuxième ligne, lire : [...]désigne par métonymie* le péché (<-> tout ce qui tient éloigné de Dieu), parce que le Monde est le lieu du péché, [...]
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Yyr
le 15-05-2003 à 16:08 |
Ach ... je ne puis manquer de te remercier Sosryko, car tu en a profiter pour me faire entrevoir (dans la partie du Royaume) des choses maintenant évidentes que j'avais mal comprises ou oubliées ...
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Yyr
le 16-05-2003 à 16:55 |
Ach ... cette proposition a été faite avec enthousiasme et à partir de ma mémoire et de quelques notes seulement. Après avoir pris le temps de réexaminer tout cela, autant l'attribution faite à Arda me paraît toujours intéresante, autant celle faite à Ambar me paraît moins évidente ; elle convient dans l'usage du mot Ambar-metta, mais plus difficilement dans les autres occurrences du corpus ... A mettre entre parenthèses pour l'instant, donc ... :| Jérôme
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Ylem
le 19-05-2003 à 01:16 |
Voilà… après relectures et réflexions multiples, j’avoue gentiment ne me sentir aucune compétence pour apporter quoi que ce soit d’utile ou d’intéressant à ce qui a été dit. Il ne me reste qu’à laisser … mes remerciements, pour explorer des terrains difficiles, inhabituels, hermétiques parfois, voire « coupeurs de cheveux en quatre » ;-) mais bien enrichissants une prière : surtout que ça continue ! Même si quelques fois la réflexion prend une direction disons… imprévue… par rapport au thème de départ un modeste sentiment personnel : pour Tolkien, mais aussi pour tous ceux qui se sentent quelques fois écœurés par le monde dans lequel ils vivent, en dissonance avec lui, il est bien difficile à résoudre ce paradoxe entre l’amour de la Vie, l’admiration pour les beautés de la Création, et la révolte ou la profonde tristesse devant le fonctionnement absurde ou destructeur de la société des hommes et de leur Histoire. |
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Hisweloke
le 19-05-2003 à 03:17 |
En guise de petite information connexe sur l'expression Ambar-metta: Dans VT/44 pp. 31-38, nous avons diverses tentatives de Tolkien pour traduire en quenya le "Gloria in Excelsis Deo", sous lequelles apparaissent des fragments qui aboutissent (à quelques mots près) à la phrase prononcée par Aragorn (et earello ... tenn' ambar-metta). Bien que ces fragments n'appartiennent pas formellement au Gloria, l'écho biblique est évident; ainsi dans une première version ter yénion yéni "through years of years" renvoit de toute évidence au latin in saecula saeculorum ("pour les siècles des siècles"). L'association de cette phrase (attribuée à Elendil et reprise par Aragorn lors de son couronnement dans le SdA) à un contexte religieux est plutôt ... intéressante ;-) Didier. |
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sosryko
le 21-05-2003 à 01:11 |
effectivement, Didier, très intéressante remarque ;-) |
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sosryko
le 22-05-2003 à 17:03 |
Déviant un peu plus du sujet initial, mais en réponse au texte de la lettre que nous a gentiment traduit Laurent, voici un autre texte, tiré de Faërie cette fois, qui montre combien Tolkien voulait prendre ses distances avec le mot « Magie » qu’il connotait négativement, lorsqu’il l’utilisait seul (et non plus dans la perspective dualiste Magia / Goeteia):. Sosryko |
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Yyr
le 17-05-2009 à 22:23 |
Ce lien (bientôt 6 ans (!) après le message précédent : les Grands Elfes ne sont donc pas tous repartis outre-mer, pour reprendre la métaphore filée par Sosryko :)) vers La Machine ou la nécessité de raser le monde réel, qui offre une suite logique (et magistrale) au thème de ce fuseau (et à quelques unes de ses disgressions). |
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