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Atteindre la fin du fuseau
Auteur Sujet:   Traduire les poèmes 2
Iarwain Ecrit le 07-04-2003 02:19    Click Here to See the Profile for Iarwain   Cliquer ici pour écrire à Iarwain  
Après un certain temps passé dessus:-), voici le résultat de ma tentative de traduction du premier chant du Lay of Leithian.

Pour ne pas avoir la tentation de trop "délayer" la matière poétique originale ni de trop m'éloigner du texte, je me suis contenté de décasyllabes non rimés (à l'exception du premier vers:-)), en essayant autant que possible de conserver un schéma métrique 4/6 ou 6/4 (tout en ne dédaignant pas la césure après la cinquième syllabe:-))...
Pour le reste, je vous le laisse découvrir sans attendre (en espérant que mon tableau fonctionne, ce qu'il devrait faire en théorie:-)):
























La Geste de Beren et Lúthien
I
The Gest of Beren and Lúthien
I
Au temps jadis vivait un roi :

Avant que l’Homme eût foulé la surface,

Sous la terre s’étendait son pouvoir,

Vals et forêts relevaient de sa main.

Tels la lune ses écus sont polis, [5]

De ses épieux la pointe est d’acier pur,

De vif argent sa couronne est forgée,

Ses bannières reflètent les étoiles ;

Et de défi, sous le ciel étoilé,

Ses trompettes d’argent ont retenti. [10]

Un sort puissant son royaume entourait :

De son trône d’ivoire il amassait

Gloire et pouvoir, des richesses sans nombre,

Dans son palais de pierre aux maints piliers.

Là, le béryl, la perle avec l'opale, [15]

Et la maille forgée, telle l’écaille,

Rondache et corselet, épée et hache

Et lances scintillantes s’empilaient –

Tous ces trésors, il les chérissait moins

Qu’une jeune fille, au pays des Elfes, [20]

Car plus belle que les enfants des Hommes,

Une fille lui était née, Lúthien.
A king there was in days of old:

ere Men yet walked upon the mould

his power was reared in cavern’s shade,

his hand was over glen and glade.

His shields were shining as the moon,
[5]

his lances keen of steel were hewn,

of silver grey his crown was wrought,

the starlight in his banners caught;

and silver thrilled his trumpets long

beneath the stars in challenge strong;
[10]

enchantment did his realm enfold,

where might and glory, wealth untold,

he wielded from his ivory throne

in many-pillared halls of stone.

There beryl, pearl, and opal pale,
[15]

and metal wrought like fishes’mail,

buckler and corslet, axe and sword,

and gleaming spears were laid in hoard –

all these he had and loved them less

than a maiden once in Elfinesse;
[20]

for fairer than are born to Men

a daughter had he, Lúthien.
Oncques mais verra-t-on, sous la soleil

Nul se mouvoir avec plus de souplesse,

Ni une telle beauté exister [25]

Sur la surface entière de la terre.

Sa robe avait le bleu d’un ciel d’été,

Mais ses yeux étaient gris comme le soir ;

On y trouvait semés de beaux lys d’or,

Mais ses cheveux étaient d’un noir de jais. [30]

Comme une aile d’oiseau ses pieds volaient,

Son rire était plus vif que le printemps ;

Le roseau incliné, le saule mince,

Le parfum exhalé des fleurs d’un pré,

Le jeu de la lumière sur les feuilles, [35]

La voix de l’eau, plus que toutes ces choses

Fut sa beauté et sa félicité

Sa renommée et sa distinction ;

Et le roi l’estimait plus précieuse

Que main ou cœur ou prunelle des yeux. [40]
Such lissom limbs no more shall run

from the green earth beneath the sun;

so fair a maid ne more shall be
[25]

from dawn to dusk, from sun to sea.

Her robe was blue as summer skies,

but grey as evening were her eyes;

‘twas sewn with golden lilies fair,

but dark as shadow were her hair.
[30]

Her feet were light as bird on wing,

her laughter lighter than the spring;

the slender willow, the bowing reed,

the fragrance of a flowering mead,

the light upon the leaves of trees,
[35]

the voice of water, more than these

her beauty was and blissfulness,

her glory and her loveliness;

and her the king more dear did prize

than hand or heart or light of eyes.
[40]
Ils demeuraient au cœur du Beleriand,

Où les Elfes tenaient encor la terre,

Dans les bois enchantés de Doriath :

Très peu purent s’y frayer un chemin,

Très peu même osèrent franchir l’orée [45]

Ou déranger les feuilles attentives

Aux aboiements d’une meute rapide,

Au bruit d’un cor, ou aux pas d’un mortel.

Au Nord, vers la Terre de la Terreur

Ne conduisaient que des chemins funestes, [50]

Par-delà l’ombre froide des collines

Ou la forêt hantée de Taur-na-Fuin,

Qu’une Nuit Mortelle et patiente hantait,

Que ne pouvait percer nulle lumière ;

Au Sud, les étendues inexplorées ; [55]

A l’Ouest, rugissait le vieil Océan,

Au grand large insondé et insoumis ;

A l’Est s’empilaient les sommets bleutés,

Environnés de silence et de brume,

Des montagnes du Monde Extérieur, [60]

Au-delà de l’ombre touffue des bois,

Buissons épineux, bosquets et clairières,

Dont les rameaux soutenus par magie,

Etaient anciens quand le monde était jeune.
They dwelt amid Beleriand,

while Elfin power yet held the land,

in the woven woods of Doriath:

few ever thither found the path;

few ever dared the forest-eaves
[45]

to pass, or stir the listening leaves

with tongue of hounds a-hunting fleet,

with horse, or horn, or mortal feet.

To North there lay the Land of Dread,

whence only evil pathways led
[50]

o’er hills of shadow bleak and cold

or Taur-na-Fuin’s haunted hold,

where Deadly Nightshade lurked and lay

and never came or moon or day;

to South the wide earth unexplored;
[55]

to West the ancient Ocean roared,

unsailed and shoreless, wide and wild;

to East in peaks of blue were piled

in silence folded, mist-enfurled,

the mountains of the Outer World,
[60]

beyond the tangled woodland shade,

thorn and thicket, grove and glade,

whose brooding boughs with magic hung

were ancient when the world was young.
Là Thingol, reclus dans les Mille Grottes, [65]

Aux portes baignées par cette rivière

Que les êtres féés nomment l’Esgalduin,

Dans mainte salle éclairée à la torche

Demeurait, souverain sombre et secret,

Seigneur de la forêt et de la lande, [70]

L’épée affûtée et le heaume haut,

Régnant sur l’orme, et le hêtre, et le chêne.
There Thingol in the Thousand Caves, [65]

whose portals pale that river laves

Esgalduin that fairies call,

in many a tall and torchlit hall

a dark and hidden king did dwell,

lord of the forest and the fell;
[70]

and sharp his sword and high his helm,

the king of beech and oak and helm.
Là Lúthien, la jeune fille en fleur,

Dansait emmi l’herbe de la clairière,

Tandis qu’un mince filet de musique [75]

S’épanchait alentour, tel qu’un Mortel

N’en eût ouï plus beau lai dans un festin,

Et bien plus beau que le chant d’un oiseau.

Les feuilles étaient longues, l’herbe verte

Lorsque Dairon, de ses doigts amincis [80]

– Le plein jour lors cédait la place à l’ombre –,

Créait un chant doucement vagabond,

Un magique air de flûte, un trille ardent,

Par amour pour la fille de Thingol.
There Lúthien the lissom maid

would dance in dell and grassy glade,

and music merrily, thin and clear,
[75]

went down the ways, more fair than ear

of mortal Men at feast hath heard,

and fairer than the song of bird.

When leaves were long and grass was green

then Dairon with his fingers lean,
[80]

as daylight melted into shade,

a wandering music sweetly made,

enchanted fluting, warbling wild,

for love of Thingol’s elfin child.
Là l’arc vibrant décochait ses traits vifs, [85]

Le daim falot en hardes s’enfuyait,

Et les chevaux à la fière crinière,

Bride éclatante et rêne ornée d’argent,

S’en allaient galoper par nuit de lune,

Aussi rapides qu’hirondelle en vol ; [90]

Le son d’un cor, de clochettes, pour la

Chasse cachée au fond d’un val boisé.

Là l’on créait chansons, objets en or,

Coupes d’argent et joyaux innombrables,

Et les ans immortels de Féérie [95]

Déroulaient leur cours dans tout Beleriand,

Jusqu’à ce jour prochain, sous la soleil,

Où maintes merveilles l’on entreprit.
There bow was bent and shaft was sped, [85]

the fallow deer as phantoms fled,

and horses proud with braided mane,

with shining bit and silver rein,

went fleeting by on moonlit night,

as swallows arrow-swift in flight;
[90]

a blowing and a sound of bells,

a hidden hunt in hollow dells.

There songs were made and things of gold,

and silver cups and jewels untold,

and the endless years of Faëry land
[95]

rolled over far Beleriand,

until a day beneath the sun,

when many marvels were begun.


Iarwain

Iarwain Ecrit le 07-04-2003 02:23     Click Here to See the Profile for Iarwain  Cliquer ici pour écrire à Iarwain     
Ouf! au moins, mes manipulations n'ont pas crashé le forum:-)

Cemoi Cepaluis Ecrit le 07-04-2003 19:15     Click Here to See the Profile for Cemoi Cepaluis  Cliquer ici pour écrire à Cemoi Cepaluis     
Je trouve ça franchement pas mal bien que la vision de la chose aurait peut-être un peu plus poétique, je vais tenter de me pencher la dessus aussi pou voir ce que ça donne... :)
Finrod Ecrit le 07-04-2003 23:34     Click Here to See the Profile for Finrod  Cliquer ici pour écrire à Finrod     
Je n'ai pour l'instant lu ta traduction que rapidement et il me faudrait une ou deux relectures pour donner un avis un minimum argumenté mais il me faut néanmoins te féliciter dès maintenant pour ce travail énorme et me semble t'il plutôt bien réussi :-)
Je suis content de voir un de mes textes préférés du Professeur traduit en français. A propos, comptes tu un jour t'essayer à la suite de ce très beau texte ? (J'imagine l'ampleur du travail... mais on va bien finir par l'avoir un jour notre traduction de HoME 3 ;-))

Laurent

Moraldandil Ecrit le 08-04-2003 18:31     Click Here to See the Profile for Moraldandil  Cliquer ici pour écrire à Moraldandil     
Un petit passage très rapide pour lever une deuxième fois mon chapeau à Iarwain ;-)

Moraldandil

Il FAUT que j'apprenne cette manip là... :-)

Cirdan Ecrit le 09-04-2003 00:01     Click Here to See the Profile for Cirdan  Cliquer ici pour écrire à Cirdan     
Je me joins aux autres afin de féliciter Iarwain pour cette belle traduction. Bravo!
Yyr Ecrit le 09-04-2003 13:38     Click Here to See the Profile for Yyr  Cliquer ici pour écrire à Yyr     

Pareil. Cela donne envie, et ainsi, on se rend compte tout de suite du travail ...

Yyr

kementari Ecrit le 09-04-2003 14:31     Click Here to See the Profile for kementari  Cliquer ici pour écrire à kementari     
Je me joins au autre pour te dire BRAVO !Moi qui ne parle pas bien anglais,je suis contente de voir enfin à quoi ressemble le lai de Luthien .Mecri!
Cemoi Cepaluis Ecrit le 09-04-2003 14:56     Click Here to See the Profile for Cemoi Cepaluis  Cliquer ici pour écrire à Cemoi Cepaluis     
Voilà le début de ma réflexion à propos de ta traduction (qui est cependant très bien mais j’adore chipoter… :) ):

Vers 2: ere Men yet walked upon the mould
(traduit par “Avant que l’homme eût foulé la surface)

-> Je trouve que l notion de « yet » n’est pas vraiment mise en valeur dans ta traduction, je l’aurais traduit par « avant même ».
- >

Vers 4: his hand was over glen and glade
(traduit par “ Vaux et forêts relevaient de sa main “ )

-> Tu as traduit “ glade “ par forêts. J’ai trouvé dans mon dico clairière, il y a un double sens ? Parce que je trouve cela un peu contraire au texte…
Cependant j’aurais traduit ce « glen and glade » en français courant par par monts et par vaux… Pour se rapprocher d’un français courant qui je trouve n’est pas trop éloigné du texte.
->Petite faute d’orthographe sans grande importance vals n’existent pas ce sont les vaux.
-> Sinon autre piste de traduction : garder l’allitération présente dans le texte anglais ( pas forcement en « gl » ) mais à mon avis ce sera dur…

Vers 5: His shields were shining as the moon
( traduit par «tel la Lune ses écus sont polis »)

-> Juste une petite remarque, ce n’est pas le Lune chez Tolkien ?


Voilà quelques remarques à prendre ou à laisser mais qui pourraient servir...

Tirno Ecrit le 10-04-2003 11:55     Click Here to See the Profile for Tirno    
Le soleil et la lune sont feminins pour les elfes et les hobbits: c'est ainsi qu'ils se voient attribués le pronom "she" en anglais et le pronom "elle" le determinant "la" en francais par le choix du traducteur.

Peu importe, je trouve impensable qu'on puisse en faire de meme en francais. C'est "le soleil" : "il"

Greg

Laegalad Ecrit le 10-04-2003 18:05     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
Tout d’abord, mes félicitations ! Je n’avais pas écrit tout de suite, n’ayant pas analysé en détail. Maintenant que je l’ai fait, voilà mes remarques :

Je n’ai pas bien compris pourquoi tu n’as pas fait un décasyllabe pour le premier vers : choix ou impasse ? J’ai trouvé Loin dans les temps anciens vivait un roi, en 6/4 (même si le ‘loin’ me gène un peu ;).
J’aime bien le « Oncques mais verra-t-on », que je n’avais encore jamais rencontré (ou sans y faire attention).

Pour le vers 40 (au fait, la numérotation est une très bonne idée), c’est plus une interrogation : tu as traduit ’light of eyes’ par ‘prunelle des yeux’ ; il me semble que les Anglais disent « apple of eyes » pour la prunelle… A moins que cela soit une expression poétique ?

Le vers 54 est moins original (à mon goût ;-)) dans ta traduction que dans la vo. « Où jamais ne venaient ni jour ni lune » (j’inverse moon et day pour le compte syllabique) me paraît plus proche et moins attendu.

Et voilà tout ! Ah si, une dernière remarque : « emmi » (74). Impossible de le trouver dans le dico, est-ce que je suppose bien en pensant que cela signifie « parmi »(bien que je ne vois pas ce que cela pourrait être d’autre) ?

Sinon, je trouve que tu as très bien rendu le côté archaïque du poème, et t’encourage vivement sur la voie de la continuation !

Tirno> Le soleil et la lune sont feminins pour les elfes et les hobbits: c'est ainsi qu'ils se voient attribués le pronom "she" en anglais et le pronom "elle" le determinant "la" en francais par le choix du traducteur.
Peu importe, je trouve impensable qu'on puisse en faire de meme en francais. C'est "le soleil" : "il"
Mmm... il me semblait pourtant bien que c'était la soleil et le lune... Et pourquoi pas en français;-)? Ca correspond aux Maia qui les conduisent.

Laegalad

P.S. : à mes moments perdus (i.e. dans le train quand je ne suis pas trop vaseuse), je tente la retraduction de The Last Ship, dans The Adventures of Tom Bombadil. Je ne l’ai pas encore fini, mais quand cela serra, je le posterai dans la section ‘divers’, car ce poème ne convient plus vraiment au Légendaire. Si donc vous voyez un jour « Traduire les poèmes : bis », n’hésitez pas à regarder ! Ce sera moins admirable sans doute que vos traductions (faut pas trop m’en demander ;-), je ne me lancerai pas tout de suite dans des poèmes de 10 pages), mais j’ose espérer toujours meilleur que celle du traducteur officiel dont j’ai oublié le nom ;-)

Tirno Ecrit le 11-04-2003 07:34     Click Here to See the Profile for Tirno    
Je suis desole pour mon manque de poesie, mais ca se rythme comment les decasyllabes? je suis incapable d'y imposer un rythme. En tant qu'anglophone, j'aime d'ailleurs mieux l'octosyllabe qui fait echo a l'originale.

Greg

Silmo Ecrit le 11-04-2003 09:59     Click Here to See the Profile for Silmo  Cliquer ici pour écrire à Silmo     
Chapeau bas Ronan.... vivement la suite, en attendant de t'entendre déclamer :-))

Silmo (d'accord pour LE Lune)

kementari Ecrit le 11-04-2003 10:12     Click Here to See the Profile for kementari  Cliquer ici pour écrire à kementari     
Moi aussi je suis d'accord pour LE lune et LA soleil.
Moraldandil Ecrit le 12-04-2003 09:51     Click Here to See the Profile for Moraldandil  Cliquer ici pour écrire à Moraldandil     
LE lune ? Drôle de genre... On peut toujours essayer d’inverser l’usage, mais il sera impossible d’obtenir le même effet qu’en anglais. En effet, le problème ne s’y pose que pour le choix du pronom, alors qu’en français il y a aussi le cas de l’article. De plus, le genre grammatical est une servitude stricte en français. Si l’on y choisit l’interversion des genres, l'on ne pourra obtenir qu’un effet beaucoup plus marqué - et bizarre - qu’en anglais.

D’ailleurs, à l’époque de la Geste de Beren et Lúthien première manière, Tolkien employait-il déjà « She » pour le soleil ?

Je me demande s’il faut vraiment essayer d’être cohérent dans ce cas...

En ce qui me concerne, j’ai encore plus de mal à accepter LE Lune que LA Soleil... probablement parce que phonétiquement [yn] (généralement –une) est une finale plutôt fém. – ne serait-ce qu’à cause du mot « une » - tandis que [Ej] peut être aussi bien masc. que fém. (-eil, -eille). Passons.

[Tirno] > ca se rythme comment les decasyllabes?

Classiquement : ils sont le plus souvent césurés 4/6, mais on rencontre aussi, plus rarement, 6/4 et 5/5.

Moraldandil

Moraldandil Ecrit le 12-04-2003 09:55     Click Here to See the Profile for Moraldandil  Cliquer ici pour écrire à Moraldandil     
Voici un autre travail assez long : le chant d’Eärendil composé par Bilbon à Fondcombe.

L’original est un long poème narratif en octosyllabes, avec une construction très compliquée et difficile à décrire. On observe en particulier un jeu de rimes batelées (les finales des vers impairs sont reprises à l’intérieur des vers pairs) et de rimes finales, parfois approximatives, ainsi que de fréquentes assonances et allitérations. S’y ajoutent de fréquentes variations de syntaxe (qui est souvent inhabituelle), avec de nombreux chiasmes. On ne perçoit pas vraiment de structure bien définie, mais plutôt le retour incessant de variations sur un motif que l’on n’arrive jamais à percevoir tout à fait clairement. A mon sens, ce poème est un de ceux qui gagnent le plus à être récités.

Si vous avez The Road Goes Ever On écoutez Errantry qui est apparenté, vous verrez ce que je veux dire – sauf qu’Errantry encore « pire » en son genre, du point de vue de la difficulté de traduction bien sûr ;-)

Il m’a paru indispensable de garder l’octosyllabe afin de conserver la rapidité du poème. J’ai tenté de reproduire un tant soit peu les effets sonores de l’original, sans que ce soit systématique, et les variations de syntaxe. Quelques détails sont malheureusement passés à la trappe, d’autres ont été réorganisés : il n’y a pas toujours de correspondance stricte de vers à vers. Je pense néanmoins que l’essentiel y est.

Je remercie Círdan, Iarwain et Laegalad pour leurs avis et remarques, et Yyr pour son aide à formater ce message ;-)


Chant d’EärendilSong of Eärendil
Eärendil fut un marin
Qui s’attarda en Arvernien ;
Il bâtit un bateau de bois
De Nimbrethil pour voyager ;
Les voiles fit de bel argent,
Dans l’argent forgea les fanaux,
Façonna la proue comme un cygne,
Hissa ses enseignes brillantes.

Dans l’armure des anciens rois
Se cuirassa de mailles fines ;
Le gardait des maux et des torts
Son écu d’or gravé de runes.
Dans l’ébène tailla ses flèches,
Son arc en corne de dragon ;
Son haubergeon était d’argent,
De calcédoine son fourreau,
Son épée vaillante d’acier,
Son heaume élevé d’adamant,
Une plume d’aigle au cimier,
Sur sa poitrine une émeraude.

Sous la Lune et sous les étoiles
Erra loin des grèves du Nord
Perdu sur des voies enchantées
Au-delà des terres mortelles.
Du détroit de glaces grinçantes
Où l’ombre noie des monts gelés,
Des enfers brûlants du désert
Se détourna en hâte ; enfin,
Errant sur des eaux sans étoiles,
Atteignit la Nuit du Néant
Et passa sans voir la lumière
Des rivages qu’il recherchait.
Les vents de colère le prirent
Et d’ouest en est, sans but, chez lui,
Aveugle il fuit dans les embruns
Et revint sans être annoncé.

Là Elwing, volant, vint à lui,
Et dans la nuit jaillit la flamme ;
De son collier le feu brillant
Du diamant surpassait l’éclat.
Du Silmaril le couronna,
Le coiffa de lumière vive.
Lors intrépide, le front ardent,
Il tourne sa proue ; dans la nuit
De l’Autre Monde d’outre Mer
Se lève une forte tempête,
Un vent puissant de Tarmenel,
Souffle mordant, force de mort
Portant son navire en détresse
Sur des mers grises délaissées,
Voies fermées d’usage aux mortels ;
Et d’est en ouest il disparaît.

Ramené dans le Nuit sans Fin
Par les flots obscurs qui grondaient
Sur des lieues noires et des rives
Noyées avant le premier Jour,
Il ouït enfin sur les grèves
De perles où finit le monde
Le son des vagues écumantes
Roulant l’or et les gemmes pâles ;
Et la Montagne silencieuse,
Sa pénombre sur les genoux
De Valinor et d’Eldamar
Depuis les mers il contempla.
Vagabond sorti de la nuit,
Il vint enfin au havre blanc,
Au beau et vert pays des Elfes
À l’air vif, où dans une combe
Sous la colline d’Ilmarin
Brillotent pâles comme verre
Les lampes des tours de Tirion
Reflétées dans le Lac aux Ombres.

Là il arrêta son errance
Et apprit d’eux des mélodies ;
Des harpes d’or ils apportèrent,
Lui contèrent maintes merveilles.
En blanc elfique ils l’habillèrent,
Et sept lumières devant lui,
Il passa le Calacirya,
Marcha vers le pays caché.
Il vint dans les salles sans âge
Où tombent les années sans nombre
Et sans fin règne l’Ancien Roi
Sur la Montagne en Ilmarin ;
Et des mots alors furent dits
Inouïs des Hommes et des Elfes,
Montrées des visions d’au-delà
Inaccessibles à ce monde.

Une nef neuve alors lui firent
De mithril et de verre elfique,
À la proue brillante, sans rame
Ni voiles à son mât d’argent :
Le Silmaril comme lanterne
Et bannière, vivante flamme,
Pour resplendir y fut placé
Par Elbereth même, qui vint,
Lui fit des ailes immortelles,
Fixant, éternel, son destin :
Voguer dans les cieux sans rivage
Après la Lune ou le Soleil.

Des collines du Soir sans Fin
D’où tombent des sources d’argent
Il prit son vol, lumière errante,
Passa le puissant Mur des Monts.
Se détournant du Bout du Monde,
Il voulut retrouver sa terre
Au loin, voyageant par les ombres,
Île ardente comme une étoile
S’élevant au-dessus des brumes,
Merveilleuse flamme lointaine
Sur les ondes grises du Nord
Avant l’aurore ou le Soleil.

En Terre du Milieu enfin
Il plana, entendit les pleurs
Des femmes et filles des Elfes
Aux temps jadis, aux Jours Anciens.
Mais sur lui pesait son destin :
Jusques à la fin de la Lune,
Tourner sans plus jamais cesser,
Passer sur ces rives mortelles ;
Éternel héraut désormais
D’une mission sans nul repos :
Porter au loin sa flamme claire,
Le Flammifer de l’Occident.

Eärendil was a mariner
that tarried in Arvernien ;
he built a boat of timber felled
in Nimbrethil to journey in ;
her sails he wove of silver fair,
of silver were her lanterns made,
her prow was fashioned like a swan
and light upon her banners laid.

In panoply of ancient kings
In chainéd rings he armoured him ;
his shining shield was scored with runes
to ward all wounds and harm from him ;
his bow was made of dragon horn,
his arrows shorn of ebony,
of silver was his habergeon,
his scabbard of chalcedony ;
his sword of steel was valiant,
of adamant his helmet tall,
an eagle-plume upon his crest,
upon his breast an emerald.

Beneath the Moon and under star
he wandered far from northern strands,
bewildered on enchanted ways
beyond the days of mortal lands.
From gnashing of the Narrow Ice
Where shadow lies on frozen hills,
from nether heats and burning waste
he turned in haste, and rowing still
on starless waters far astray
at last he came to Night of Naught
and passed, and never sight he saw
of shining shore nor light he sought.
The winds of wrath came driving him
and blindly in the foam he fled
from west to east and errandless
unheralded he homeward sped.

There flying Elwing came to him,
and flame was in the darkness lit ;
more bright than light of diamond
the fire upon her carcanet.
The Silmaril she bound on him
and crowned him with the living light
and dauntless then with burning brow
he turned his prow ; and in the night
from Otherworld beyond the Sea
there strong and free and storm arose,
a wind of power in Tarmenel ;
by paths that seldom mortal goes
his boat him bore with biting breath
as might of death across the grey
and long forsaken seas distressed :
from east to west he passed away.

Through Evernight he back was borne
on black and roaring waves that ran
o’er leagues unlit and foundered shores
that drowned before the Days began,
until he heard on strands of pearl
where ends the world the music long,
with ever-foaming billows roll
the yellow gold and jewels wan.
He saw the Mountain silent rise
where twilight lies upon the knees
of Valinor and Eldamar
beheld afar beyond the seas.
A wanderer escaped from night
to haven white he came at last,
to Elvenhome the green and fair
where keen the air, where pale as glass
beneath the Hill of Ilmarin
a-glimmer in a valley sheer
the lamplit towers of Tirion
are mirrored on the Shadowmere.

He tarried there from errantry,
and melodies they taught to him,
and sages old him marvels told,
and harps of gold they brought to him.
They clothed him then in elven-white,
and seven lights before him sent,
as through the Calacirian
to hidden land forlorn he went.
He came unto the timeless halls
where shining fall the countless years,
and endless reigns the Elder King
in Ilmarin on Mountain sheer ;
and words unheard were spoken then
of folk of Men and Elven-kin,
beyond the world were visions showed
forbid to those that dwell therein.

A ship then new they build for him
of mithril and of elven-glass
with shining prow ; no shaven oar
nor sail she bore on silver mast :
the Silmaril as lantern light
and banner bright with living flame
to gleam thereon by Elbereth
herself was set, who thither came
and wings immortal made for him,
and laid on him undying doom,
to sail the shoreless skies and come
behind the Sun and light of Moon.

From Evereven’s lofty hills
where softly silver fountains fall
his wings him bore, a wandering light,
beyond the mighty Mountain Wall.
From World’s End then he turned away,
and yearned again to find afar
his home through shadows journeyiing,
and burning as an island star
on high above the mists he came,
a distant flame before the Sun,
a wonder ere the waking dawn,
where grey the Norland waters run.

And over Middle-earth he passed
and heard at last the weeping sore
of women and of elven-maids
in Elder Days, in days of yore.
But on him mighty doom was laid,
till Moon should fade, and orbéd star
to pass, and tarry never more
on Hither Shores where mortals are ;
for ever still a herald on
an errand that should never rest :
to bear his shining lamp afar,
the Flammifer of Westernesse.

Moraldandil

Cemoi Cepaluis Ecrit le 12-04-2003 00:34     Click Here to See the Profile for Cemoi Cepaluis  Cliquer ici pour écrire à Cemoi Cepaluis     
J'ai remarqué une autre petite chose déjà beaucoup plus génante: l'alternance des verbes au présent et au passé.
v 6:
De ses épieux la pointe est d’acier pur,
his lances keen of steel were hewn,
Ylla Ecrit le 28-04-2003 20:58     Click Here to See the Profile for Ylla  Cliquer ici pour écrire à Ylla     
Bravo pour vos efforts, je ne me suis pas encore lancée dans des poèmes aussi énormes, vous avez du courage !
Pour le cas où ça intéresserait quelqu'un, j'avais tout de même trouvé une traduction de "the road goes ever on and on" à peu près satisfaisante, même qi j'ai dû prendre quelques libertés. Je vous la soumets :

De chaque seuil, de chaque porte
S'en va la route encore avant
Comme un fleuve, et passé la porte
Les pas sont pris dans le courant
Et je dois suivre sans regrets
Et retrouver un jour la voie
Errant alors, vers où aller ?
Vers quelle clarté ? Je ne sais pas.

Je sais, c'est plus une adaptation qu'une traduction très rigoureuse, mais je voulais avant tout garder l'aspect de chansonnette. J'ai rajouté la comparaison avec le fleuve parce qu'un peu plus loin, Frodo rapporte effectivement des paroles de Bilbo où il compare la Route à un fleuve. J'ai remplacé la répétition de "Road" au début par les deux rimes en "porte" (je trouvais qu'on pouvait se permettre des répétitions, le début du poème n'avance pas très vite). L'effet décroissant d'éloignement de "ever on and on", je n'ai pas trouvé d'autre solution que de le décaler à la fin, avec la rime batelée aller/clarté qui donne le même type de rythme décroissant. Quant à la "clarté" qui n'a aucun rapport avec le texte, je l'ai indiquée pour des raisons de sonorité (un peu aussi parce qu'elle évoque la maison, or cette fois Bilbo s'éloigne justement de sa maison). Si vous avez une autre idée, j'attends vos suggestions.

kementari Ecrit le 29-04-2003 18:40     Click Here to See the Profile for kementari  Cliquer ici pour écrire à kementari     
c'est super simpa de traduire tout ça !! merci beaucoup !

kementari,toute contente d'avoir apris à mettre en petit!

Moraldandil Ecrit le 29-04-2003 20:40     Click Here to See the Profile for Moraldandil  Cliquer ici pour écrire à Moraldandil     
Pour d'autres versions de ce poème, je te conseille de parcourir le fuseau Traduire les poèmes ? ;-)

Et je suis d'accord que garder l'aspect de chanson est très important pour The Road goes ever on si l'on veut rester convaincant. Bien sûr, ça ne veut pas dire que c'est facile...

Moraldandil

Laegalad Ecrit le 17-05-2003 18:28     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
Juste pour information : j'ai posté The Last Ship dans Hors du Légendaire, fuseau "Traduire les poèmes 2bis" ;-)
Laegalad Ecrit le 26-05-2003 13:28     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
Eho!!! Y'a quelqu'un ? Eho ! ...quelqu'un ? quel écho ;-)
Bien, je réveille le vide :

J’ai repris ma traduction du Chant de la mer de Legolas, en mieux (j’espère ;-)) : dans l’original, on a quatre accents par vers séparés par une césure (strong-sterrs verse, donc), et les rimes sont disposées suivant le schéma aaaa bb aaaa cc. J'ai choisi de traduire cela par un alexandrin, mais sans césure à mi-vers régulière, ce qui reflète le schéma accentuel irrégulier de l'original (et puis aussi parce que je n’y arrivais pas de partout ;-)). Quant au schéma des rimes, je l'ai un peu déplacé en aa bbbb cc bbbb. A mon grand regret cependant, j'ai du supprimer "Where the leaves fall not", qui ne rentrait pas dans le vers.

To the Sea, to the Sea! The white gulls are crying, ( A la Mer, à la Mer ! Les mouettes blanches crient,)
The wind is blowing, and the white foam is flying. ( Le vent pousse l'écume blanche qui s'enfuit. )
West, west away, the round sun is falling. ( A l'Ouest, bien à l'Ouest, le soleil rond va tomber. )
Grey ship, grey ship, do you hear them calling, ( Nef grise, nef grise, les entends-tu chanter,)
The voices of my people that have gone before me? ( Les voix des miens qui avant moi s'en sont allés ?)
I will leave, I will leave the woods that bore me; (Je vais partir, quitter les bois où je suis né )
For our days are ending and our years are failing. ( Car nos jours et nos années vont diminuant. )
I will pass the wide waters lonely sailing. ( Je naviguerai seul sur le large Océan.)
Long are the waves on the Last Shore falling, ( Longues les vagues sur le Rivage Dernier,)
Sweet are the voices in the Last Isle calling, ( Douces les voix qu'on entend sur l'Ile appeller,)
In Eressëa, in Elvenhome, than no Man can discover, ( En Eressëa, que nul Homme ne peut trouver,)
Where the leaves fall not: land of my people for ever! ( Au Pays des Elfes ; à jamais des miens la contrée !)

greenleaf Ecrit le 27-05-2003 11:09     Click Here to See the Profile for greenleaf  Cliquer ici pour écrire à greenleaf     
Chapeau ! L'art poétique m'est tout à fait étranger, et je suis béat d'admiration devant les traductions présentées ici. Selon moi, le chant d'Earendil présenté ici se compare avantageusement à la version publiée (c'était facile, direz-vous), malgré les omissions et les pertes, nécessairement nombreuses dans ce genre d'exercice (une approche qui comporte de NETS avantages également). Les essais qui se trouvent dans l'autre fuseau, lus il y a longtemps, m'avaient également fait bonne impression. Je reviendrai vous lire, en espérant que vous continuerez à prendre plaisir à la traduction des poèmes, et à nous donner des traduction d'une telle qualité... à première vue, en tout cas ; mais sur un forum, on n'en demande même jamais autant ! Évidemment, quand il s'agit de JRRVF...

greenleaf, admiratif.

greenleaf Ecrit le 27-05-2003 11:12     Click Here to See the Profile for greenleaf  Cliquer ici pour écrire à greenleaf     
Excusez les fautes et les maladresses. J'ai été secoué, apparemment. ;-)
Iarwain Ecrit le 19-11-2004 02:03     Click Here to See the Profile for Iarwain  Cliquer ici pour écrire à Iarwain     
Après une longue absence sur le forum, me voici donc de retour avec un gros morceau:), la traduction du deuxième chant du 'Lay of Leithian' ; je dois avouer que j'y ai pris davantage de plaisir et beaucoup moins de temps que pour le premier (environ 15 jours pour la majeure partie), avec une plus grande aisance dans le style (mais avec également, comme corollaire, une moins grande fidélité, élément en quelque sorte inévitable pour une traduction qui ne soit pas un simple décalque de l'anglais mais qui 'sonne' bien en français - ce à quoi j'espère être parvenu le plus souvent).

Par ailleurs, je compte bien, dès que possible, continuer sur ma lancée nouvellement acquise en travaillant sur la suite du poème, à commencer par les quelques 350 vers du troisième chant:)
Mais trêve de bavardages, et place au texte:


La Geste de Beren et Lúthien
II
The Gest of Beren and Lúthien

II
Loin au Nord, sous des collines de pierre

Au plus noir d’une grotte, il est un trône [100]

Illuminé par des feux souterrains,

Que les vents glacés font, en gémissant,

Vaciller en une fumée épaisse:

Un tumulte confus envahissant

L'atmosphère confinée de cachots [105]

Hantés par des créatures mauvaises.

Là est assis un roi ; en lui nul sang

D’elfe ou de mortel, et il ne possède

Nulle grâce issue de terre ou de ciel :

Bien plus ancien et plus fort que la pierre [110]

Qui a servi d’assise à l’univers,

Plus féroce que le feu y brûlant ;

De profonds pensers agitent son cœur :

Sombre pouvoir qui réside hors du monde.

D’indomptables armées d’acier guettaient [115]

Sa moindre humeur. Nulle miséricorde

Dans ces légions rassemblées par sa haine

Et que suivaient les loups et les corbeaux

Noirs étaient les corbeaux qui croassaient

Sur leurs noires bannières, et au loin [120]

Leurs hideux chants de guerre dominaient

La puanteur et les morts piétinés.

La ruine rouge de feux et d’épées

Tel l’éclair s’abattait sur tous ceux-là

Qui ne courbaient l’échine. A son emprise [125]

Etaient soumises les terres du Nord.

Mais toujours indompté se cachait là

Où le froid régnait, Barahir le brave

Dépossédé de terres et de titre :

Né prince au sein de son peuple, à présent [130]
En hors-la-loi il rôdait sur la lande

Et se couchait parmi les arbres gris ;

Et avec lui ne demeuraient, fidèles,

Que son propre fils Beren et dix hommes.

Mais si réduit que fût leur nombre, ils surent [135]

Accomplir maint haut fait, car chaque bras

Devait être inflexible et intrépide;

Ils préféraient les dures voies des bois

A une vie d’esclave près du trône,

Dépérissant dans un palais de pierre. [140]

Sans relâche Morgoth les pourchassait,

Envoyait hommes, chiens, loups, sangliers

Accompagnés de sorts de désespoir,

Pour les traquer dans les bois qu’ils hantaient ;

Mais jamais n’en subirent nul dommage [145]

Jusqu’à ce que, pour raconter en bref

Ce qui fut objet de déploration

Souvent au temps jadis, fût accompli

Un geste malheureux ; à leur insu,

Ils furent pris dans les rets de Morgoth. [150]

Gorlim se fatiguait des embuscades

Et des assauts, des fuites dans les bois;

Ce fut lui qui, une nuit par hasard,

S’en allant retrouver secrètement

Un ami sûr au fond d’une vallée, [155]

Vit se profiler contre les étoiles

Dans la brume, une maison toute noire

Sauf pour une fenêtre, d'où filtrait

La lueur tremblante d'une bougie.

Il y jette un regard : saisi de doute, [160]

Il voit, de même qu’un désir ardent

Plonge le cœur qu’il trompe en rêverie,

Sa femme, assise auprès d’un feu mourant

Pleurant son absence ; son peu d’atours,

Ses cheveux grisonnants, ses joues pâlies [165]

Evoquaient la solitude et les larmes.

« Ah ! Douce et belle Eilinel, que longtemps

Je pensais avoir été prisonnière

Au plus noir de l’enfer ! Avant de fuir,

Je croyais t’avoir vue bel et bien morte [170]

En cette nuit de terreur où soudain

Je perdis tout ce qui m’était si cher. »

C’est ainsi que dans son cœur il s’étonne

Alors qu'il reste à regarder, dehors.

Mais avant qu’il eût osé l’appeler [175]

Où s’enquérir de comment elle vint

En ce lointain vallon dans les collines,

Il entendit un cri dans les collines !

Tout près de lui une chouette hulula

Un noir présage. Il ouït la meute hurlante [180]

Des loups sauvages sur ses pas lancés,

Le débusquant dans chaque ombre des bois.

C’était lui, à coup sûr, que poursuivait

La chasse impitoyable de Morgoth.

Craignant de sceller le sort d’Eilinel, [185]

Sans une parole il se détourna

Et entrelaça sa course sauvage

Par-dessus le lit rocheux des torrents

Et les sables mouvants des marécages

Jusqu’à ce que loin des maisons des hommes [190]

Il pût s’étendre en un endroit secret

Parmi les siens ; l’obscurité grandit

Puis diminua, mais toujours il veillait

Regardant l’aube peu à peu offrir

Ses pâles couleurs au ciel détrempé. [195]

L'âme malade, il recherchait la paix,

L'espoir, au prix même de l'esclavage

S’il pouvait jamais retrouver sa femme.

Mais qui dira ce que fut son tourment,

Déchiré entre l’amour pour son maître, [200]

La haine à l’encontre d’un roi honni,

Et l’angoisse pour le sort d’Eilinel ?

Mais après s’être longtemps morfondu

Et l'esprit étourdi par cette attente,

Il se rendit aux serviteurs du roi [205]

Les implorant d’amener à leur maître

Un rebelle qui cherchait son pardon,

Si le pardon pouvait être acheté

Au prix de ces renseignements précieux :

L’abri secret où l’on pourrait trouver [210]

De jour ou de nuit, Barahir le brave.

Ainsi le triste Gorlim, emmené

Au plus profond de ce sombre palais,

Tombant à genoux aux pieds de Morgoth

Remit son sort entre ces mains cruelles [215]

D’où nulle vérité jamais ne vint.

Morgoth parla : « Tu pourras retrouver

A coup sûr la belle Eilinel, et là

Où elle gît et attend ta venue

Vous ne serez plus jamais séparés, [220]

Ni ne soupirerez loin l’un de l’autre.

Ainsi dois-je récompenser le traître

Qui m’apporte de si douces nouvelles.

Sache donc qu’elle ne vit point ici

Mais qu’elle erre dans l’ombre de la mort [225]

Privée de son époux et de son toit –

Ce que tu as vu n'était, à mon sens,

Qu'un spectre de ce qui aurait pu être.

Traversant les portes de la douleur

Tu obtiendras ce que tu me demandes: [230]

Il te faudra parcourir de l’enfer

Les brumes, pour trouver ton Eilinel. »

Ainsi Gorlim mourut dans l’amertume,

Et, dans un dernier soupir, se maudit :

Ainsi, Barahir fut pris et tué [235]

Et tous ses exploits furent rendus vains.

Mais la traîtrise de Morgoth faillit,

Et jamais il ne put anéantir

Ses ennemis, qui toujours s’efforcèrent

De faire échec à ses plans maléfiques. [240]

Et l’on dit que Morgoth avait créé

Cet infernal fantôme qui fut cause

De la mort de Gorlim, et de la perte

De cet espoir survivant parmi ceux

Qui demeuraient dans le bois solitaire ; [245]

Mais par un heureux coup du sort, Beren

Avait ce jour longtemps chassé au loin,

Et surpris par la nuit loin de ses pairs,

Reposait sur le sol. Dans son sommeil

Il sentit sur son cœur une peur noire [250]

Venir peser, et pensa voir les arbres

Dénudés, se courber, comme endeuillés;

De noirs corbeaux assis sur les rameaux

Et sur tout le tronc, remplaçaient les feuilles ;

Ils croassaient, à chaque cri leur bec [255]

Laissait goûter le sang ; puis un filet

Invisible, lui lia pieds et poings

Et le traîna, frissonnant et meurtri,

Vers le bord d’une mare d’eau stagnante.

Là il vit une ombre sur l’eau noirâtre [260]

Apparaître en tremblant à la surface,

Prendre une consistance vaporeuse,

Glisser lentement dans sa direction

Sur le lac silencieux, d'une voix triste

Lui dire doucement: "Vois ! Devant toi [265]

Se tient Gorlim, traître trahi ! N’aie crainte

Mais hâte-toi ! car la main de Morgoth

Serre la gorge de ton père. Il sait

Votre pacte secret, votre repaire. »

Alors il lui révéla tout le mal [270]

Tramé par Morgoth pour sa propre perte.

Lors Beren s’éveilla, saisit ses armes

Et fila tel le vent qui en automne

Passe parmi les branches dépouillées,

Coupant comme un couteau. Et quand enfin, [275]

Le cœur enflammé d’une vive ardeur,

Il parvint là où reposait son père,

Il arriva trop tard, et retrouvant

A l’aube le refuge des proscrits,

Un bosquet isolé en plein marais, [280]

Vit s'envoler une nuée d’oiseaux –

Mais point de ceux qui hantent les tourbières.

C’étaient des corbeaux, oiseaux charognards,

Assis en rang au milieu d’une aulnaie ;

L’un croassa : « Beren revient trop tard ! » [285]

Tous de répondre en chœur : « Trop tard ! Trop tard ! »

Il enterra les restes de son père

Sous un tertre fait de pierres éparses,

Trois fois il maudit le nom de Morgoth

Mais ne pleura point, pour son cœur de glace. [290]

Par-delà champ, montagne et marécage,

Il poursuivit, et près d’une fontaine

Qui jaillissait brûlante de la terre,

Il débusqua enfin ses ennemis

Les tueurs à la solde de Morgoth. [295]

L’un d’entre eux ricanait, montrant l'anneau

Arraché à la main de Barahir.

« Cet anneau fut forgé, soyez-en sûrs,

Compagnons, dans le lointain Beleriand.

L’or ne pourrait acheter son pareil, [300]

Car l’on dit que ce voleur insensé,

Oui, ce même Barahir que j’occis

Rendit jadis un estimé service

A Felagund. Et cela se peut bien :

Car Morgoth m’ordonna le lui remettre, [305]

Et cependant, il me vient à l’esprit

Qu’il n’est pas pauvre en trésors plus précieux.

Telle ladrerie messied à un roi,

Et il est dans mon idée de lui dire

Que la main de Barahir était vide. » [310]

A ces propos, une flèche vola :

Le cœur transpercé, il s’écoula mort.

Ainsi Morgoth put se réjouir de voir

Son ennemi lui rendre ce service

D’être le bourreau du soldat félon. [315]

Mais Morgoth ne fut point heureux d’apprendre

Que Beren, semblable au loup solitaire,

Avait surgi de derrière un rocher

Au milieu de ce camp voisin d’un puits,

Avait saisi l’anneau et avait fui [320]

Sans leur laisser le temps de réagir

A sa folie. Sa cotte étincelante

Chef-d’œuvre des nains, était d’un acier

Que nulle flèche n’aurait pu percer ;

Puis ils le perdirent dans la nature, [325]

Car il était né à une heure fée;

Leur poursuite effrénée n'apprit jamais

Le chemin pris par leur proie intrépide.

Quand Barahir était encore en vie

Beren était renommé intrépide, [330]

Le plus endurant qui fût sur la terre ;

Mais à présent le deuil avait conduit

Son âme au désespoir, privant sa vie

De tout plaisir, si bien qu’il désirait

Une lame ennemie, pour en finir, [335]

Et craignait, seule, une chaîne d’esclave.

Il recherchait les dangers et la mort,

Mais de cela le destin lui fit grâce,

Lui laissant accomplir de ces faits d'armes

Dont le renom se répandit au gré [340]

Des chansons murmurées dans les veillées,

Et des merveilles qu’il accomplit seul

Traqué, perdu dans la brume nocturne

Sous la lune, ou le jour sous la lumière

Du soleil éclatant. Les bois au Nord, [345]

Il les remplit d’amers affrontements

Et de mort pour tous les gens de Morgoth ;

Il n'avait plus pour compagnons fidèles

Que chêne et que hêtre, et nombre de bêtes

A pelage, à toison et à plumes ; [350]

Et les esprits habitants de la pierre,

Errant seuls dans les montagnes anciennes

Et sur la lande, étaient tous ses amis.

Mais rare est le hors-la-loi qui vit vieux,

Et Morgoth était un roi plus puissant [355]

Que tout ce qu’on a depuis en chansons

Raconté ; lente mais inexorable

Sa clairvoyance acculait aux abois

Celui qui le défiait, si bien qu'enfin

Il doit quitter l’abri sûr des forêts [360]

Et la terre chérie où gît son père

Pleuré par les roseaux près de l'étang.

Ces os jadis puissants désormais croulent

Sous un tertre fait de pierres moussues,

Et Beren, une nuit d’automne, a fui [365]

Le Nord, désormais inhospitalier.

Silencieux il passe les sentinelles,

En rampant il brise l’encerclement.

Il ne fait plus chanter son arc caché,

Il ne fait plus voler ses traits polis [370]

Et ne laisse plus reposer sa tête

Au milieu de la brande, sous le ciel.

La lune dont l’œil perçait le brouillard

Répandu dans les pins, le vent sifflant

Parmi la fougère et dans la bruyère, [375]

Il les quitta. Les étoiles luisant

D’un éclat argenté dans l’air glacé

Loin dans le Nord, la Bruyère Enflammée,

- Ainsi nommée jadis par les Humains-,

Qui brillaient sur la terre, l'eau d'un lac, [380]

Une colline, un torrent de montagne,

Un marécage, il leur tourna le dos.

Bien loin de la Terre de la Terreur

Où ne menaient que des chemins funestes,

Il vit au Sud les Montagnes de l’Ombre [385]

Que seuls les plus hardis osent franchir.

Vers le Nord leurs pentes étaient remplies

D’un mal terrible et d’ennemis mortels;

Au Sud leurs pendes escarpées montaient

En pics rocheux, en éperons de pierre [390]

Aux racines tissées de tromperie

Et baignées par des eaux douces-amères.

La magie rôdait dans chaque ravine

Car au-delà de la portée de vue

D’un œil inquisiteur, à moins d’atteindre [395]

En un vol vertigineux les hauteurs

Où l’aigle seul ose établir son aire,

L’on pouvait voir briller le reflet gris

Du Beleriand, du Beleriand,

Et les frontières du pays des fées. [400]

Far in the North neath hills of stone

in caverns black there was a throne
100

by fires illumined underground,

that winds of ice with moaning sound

made flare and flicker in dark smoke;

the wavering bitter coils did choke

the sunless airs of dungeons deep
105

where evil things did crouch and creep.

There sat a king: no Elfin race

nor mortal blood, nor kindly grace

of earth or heaven might he own,

far older, stronger than the stone
110

the world is built of, than the fire

that burns within more fierce and dire;

and thoughts profound were in his heart:

a gloomy power that dwelt apart.



Unconquerable spears of steel
115

were at his nod. No ruth did feel

the legions of his marshalled hate,

on whom did wolf and raven wait;

and black the ravens sat and cried

upon their banners black, and wide
120

was heard their hideous chanting dread

above the reek and trampled dead.

With fire and sword his ruin red

on all that would not bow the head

like lightning fell. The Northern land
125

lay groaning neath his ghastly hand.



But still there lived in hiding cold

undaunted, Barahir the bold,

of land bereaved, of lordship shorn,

who once a prince of Men was born
130

and now an outlaw lurked and lay

in the hard heath and woodland grey,

and with him clung of faithful men

but Beren his son and other ten.

Yet small as was their hunted band
135

still fell and fearless was each hand,

and strong deeds they wrought yet oft,

and loved the woods, whose ways more soft

them seemed than thralls of that black throne

to live and languish in halls of stone.
140

King Morgoth still pursued them sore

with men and dogs, and wolf and boar

with spells of madness filled he sent

to slay them as in the woods they went;

yet nought hurt them for many years,
145

until, in brief to tell what tears

have oft bewailed in ages gone,

nor ever tears enough, was done

a deed unhappy; unaware

their feet were caught in Morgoth's snare.
150



Gorlim it was, who wearying

of toil and flight and harrying,

one night by chance did turn his feet

o'er the dark fields by stealth to meet

with hidden friend within a dale,
155

and found a homestead looming pale

against the misty stars, all dark

save one small window, whence a spark

of fitful candle strayed without.

Therein he peeped, and filled with doubt
160

he saw, as in a dreaming deep

when longing cheats the heart in sleep,

his wife beside a dying fire

lament him lost; her thin attire

and greying hair and paling cheek
165

of tears and loneliness did speak.

'A! fair and gentle Eilinel,

whom I had thought in darkling hell

long since emprisoned! Ere I fled

I deemed I saw thee slain and dead
170

upon that night of sudden fear

when all I lost that I held dear':

thus thought his heavy heart amazed

outside in darkness as he gazed.

But ere he dared to call her name,
175

or ask how she escaped and came

to this far vale beneath the hills,

he heard a cry beneath the hills!

There hooted near a hunting owl

with boding voice. He heard the howl
180

of the wild wolves that followed him

and dogged his feet through shadows dim.

Him unrelenting, well he knew,

the hunt of Morgoth did pursue.

Lest Eilinel with him they slay
185

without a word he turned away,

and like a wild thing winding led

his devious ways o'er stony bed

of stream, and over quaking fen,

until far from the homes of men
190

he lay beside his fellows few

in a secret place; and darkness grew,

and waned, and still he watched unsleeping,

and saw the dismal dawn come creeping

in dank heavens above gloomy trees.
195

A sickness held his soul for ease,

and hope, and even thraldom's chain

if he might find his wife again.

But all he thought twixt love of lord

and hatred of the king abhorred
200

and anguish for fair Eilinel

who drooped alone, what tale shall tell?



Yet at the last, when many days

of brooding did his mind amaze,

he found the servants of the king,
205

and bade them to their master bring

a rebel who forgiveness sought,

if haply forgiveness might be bought

with tidings of Barahir the bold,

and where his hidings and his hold
210

might best be found by night or day.

And thus sad Gorlim, led away

unto those dark deep-dolven halls,

before the knees of Morgoth falls,

and puts his trust in that cruel heart
215

wherein no truth had ever part.

Quoth Morgoth: 'Eilinel the fair

thou shalt most surely find, and there

where she doth dwell and wait for thee

together shall ye ever be,
220

and sundered shall ye sigh no more.

This guerdon shall he have that bore

these tidings sweet, 0 traitor dear!

For Eilinel she dwells not here,

but in the shades of death doth roam
225

widowed of husband and of home -

a wraith of that which might have been,

methinks, it is that thou hast seen!

Now shalt thou through the gates of pain

the land thou askest grimly gain;
230

thou shalt to the moonless mists of hell

descend and seek thy Eilinel.'



Thus Gorlim died a bitter death

and cursed himself with dying breath,

and Barahir was caught and slain,
235

and all good deeds were made in vain.

But Morgoth's guile for ever failed,

nor wholly o'er his foes prevailed,

and some were ever that still fought

unmaking that which malice wrought.
240

Thus men believed that Morgoth made

the fiendish phantom that betrayed

the soul of Gorlim, and so brought

the lingering hope forlorn to nought

that lived amid the lonely wood;
245

yet Beren had by fortune good

long hunted far afield that day,

and benighted in strange places lay

far from his fellows. In his sleep

he felt a dreadful darkness creep
250

upon his heart, and thought the trees

were bare and bent in mournful breeze;

no leaves they had, but ravens dark

sat thick as leaves on bough and bark,

and croaked, and as they croaked each neb
255

let fall a gout of blood; a web

unseen entwined him hand and limb,

until worn out, upon the rim

of stagnant pool he lay and shivered.

There saw he that a shadow quivered
260

far out upon the water wan,

and grew to a faint form thereon

that glided o'er the silent lake,

and coming slowly, softly spake

and sadly said: 'Lo! Gorlim here,
265

traitor betrayed, now stands! Nor fear,

but haste! For Morgoth's fingers close

upon thy father's throat. He knows

your secret tryst, your hidden lair',

and all the evil he laid bare
270

that he had done and Morgoth wrought.

Then Beren waking swiftly sought

his sword and bow, and sped like wind

that cuts with knives the branches thinned

of autumn trees. At last he came,
275

his heart afire with burning flame,

where Barahir his father lay;

he came too late. At dawn of day

he found the homes of hunted men,

a wooded island in the fen,
280

and birds rose up in sudden cloud -

no fen-fowl were they crying loud.

The raven and the carrion-crow

sat in the alders all a-row;

one croaked: 'Ha! Beren comes too late',
285

and answered all: 'Too late! Too late! '

There Beren buried his father's bones,

and piled a heap of boulder-stones,

and cursed the name of Morgoth thrice,

but wept not, for his heart was ice.
290



Then over fen and field and mountain

he followed, till beside a fountain

upgushing hot from fires below

he found the slayers and his foe,

the murderous soldiers of the king.
295

And one there laughed, and showed a ring

he took from Barahir's dead hand.

'This ring in far Beleriand,

now mark ye, mates,' he said, 'was wrought.

Its like with gold could not be bought,
300

for this same Barahir I slew,

this robber fool, they say, did do

a deed of service long ago

for Felagund. It may be so;

for Morgoth bade me bring it back,
305

and yet, methinks, he has no lack

of weightier treasure in his hoard.

Such greed befits not such a lord,

and I am minded to declare

the hand of Barahir was bare! '
310

Yet as he spake an arrow sped;

with riven heart he crumpled dead.

Thus Morgoth loved that his own foe

should in his service deal the blow

that punished the breaking of his word.
315

But Morgoth laughed not when he heard

that Beren like a wolf alone

sprang madly from behind a stone

amid that camp beside the well,

and seized the ring, and ere the yell
320

of wrath and rage had left their throat

had fled his foes. His gleaming coat

was made of rings of steel no shaft

could pierce, a web of dwarvish craft;

and he was lost in rock and thorn,
325

for in charmed hour was Beren born;

their hungry hunting never learned

the way his fearless feet had turned.



As fearless Beren was renowned,

as man most hardy upon ground,
330

while Barahir yet lived and fought;

but sorrow now his soul had wrought

to dark despair, and robbed his life

of sweetness, that he longed for knife,

or shaft, or sword, to end his pain,
335

and dreaded only thraldom's chain.

Danger he sought and death pursued,

and thus escaped the fate he wooed,

and deeds of breathless wonder dared

whose whispered glory widely fared,
340

and softly songs were sung at eve

of marvels he did once achieve

alone, beleaguered, lost at night

by mist or moon, or neath the light

of the broad eye of day. The woods
345

that northward looked with bitter feuds

he filled and death for Morgoth's folk;

his comrades were the beech and oak,

who failed him not, and many things

with fur and fell and feathered wings;
350

and many spirits, that in stone

in mountains old and wastes alone,

do dwell and wander, were his friends.

Yet seldom well an outlaw ends,

and Morgoth was a king more strong
355

than all the world has since in song

recorded, and his wisdom wide

slow and surely who him defied

did hem and hedge. Thus at the last

must Beren flee the forest fast
360

and lands he loved where lay his sire

by reeds bewailed beneath the mire.

Beneath a heap of mossy stones

now crumble those once mighty bones,

but Beren flees the friendless North
365

one autumn night, and creeps him forth;

the leaguer of his watchful foes

he passes - silently he goes.

No more his hidden bowstring sings,

no more his shaven arrow wings,
370

no more his hunted head doth lie

upon the heath beneath the sky.

The moon that looked amid the mist

upon the pines, the wind that hissed

among the heather and the fern
375

found him no more. The stars that burn

about the North with silver fire

in frosty airs, the Burning Briar

that Men did name in days long gone,

were set behind his back, and shone
380

o'er land and lake and darkened hill,

forsaken fen and mountain rill.



His face was South from the Land of Dread,

whence only evil pathways led,

and only the feet of men most bold
385

might cross the Shadowy Mountains cold.

Their northern slopes were filled with woe,

with evil and with mortal foe;

their southern faces mounted sheer

in rocky pinnacle and pier,
390

whose roots were woven with deceit

and washed with waters bitter-sweet.

There magic lurked in gulf and glen,

for far away beyond the ken

of searching eyes, unless it were
395

from dizzy tower that pricked the air

where only eagles lived and cried,

might grey and gleaming be descried

Beleriand, Beleriand,

the borders of the faery land.
400

I.

Iarwain Ecrit le 19-11-2004 03:29     Click Here to See the Profile for Iarwain  Cliquer ici pour écrire à Iarwain     
Correctif:

Au v.389, lire "leurs faces escarpées"

Laegalad Ecrit le 19-11-2004 16:30     Click Here to See the Profile for Laegalad  Cliquer ici pour écrire à Laegalad     
Ah, y'a pas qu'avec moi que les tableaux n'en font qu'à leur tête :) Tu m'en vois fort meurtrie et désolée, mais je crois que je n'aurai que le temps de lire ta traduction, après un copier coller, et non pas de pinailler dans les détails...
M'enfin des retours comme ça, on en voudrait plus souvent ! :)

Stéphanie - coriendo, coriendo, y el tiempo lejo...

vincent Ecrit le 20-11-2004 09:30     Click Here to See the Profile for vincent  Cliquer ici pour écrire à vincent     
Iarwain de retour, voilà une bonne nouvelle ! et en forme :-)
Vincent
(idem : je lis et je reposte, vu que je suis en train de lire une autre version française :-)
Moraldandil Ecrit le 20-11-2004 21:49     Click Here to See the Profile for Moraldandil  Cliquer ici pour écrire à Moraldandil     
Heureux de te revoir en ces contrées également, Iarwain ! Et bravo encore pour cette traduction :-)

B.

Yyr Ecrit le 26-11-2004 23:18     Click Here to See the Profile for Yyr  Cliquer ici pour écrire à Yyr     

Merci beaucoup, pour cette traduction et son enchantement !
Puissions-nous te lire et t'entendre toujours plus souvent :)

Jérôme :)

PPS : v. 114 : Sombre pouvoir qui réside hors du monde : on fait la liaison ?

PS : v. 136 : Accomplir maint haut fait → Accomplir maints hauts faits ?

Philippe Ecrit le 01-12-2004 15:36     Click Here to See the Profile for Philippe  Cliquer ici pour écrire à Philippe     
Je voudrais proposer à mon tour une version de la Chanson de Durin, traitée déjà dans ce fuseau-là par Moraldandil.

Elle est en alexandrins ; si j'ose dire, vu que ça ne rime pas toujours, et que je n'ai pas pu éviter tous les e muets fantômes;-) Je préfère privilégier le rythme et le sens à la rime, mais mes connaissances en métrique ne vont guère plus loin, j'espère donc que le résultat ne s'en ressent pas trop.


La Chanson de Durin
Chant de Gimli dans la Moria.

Le monde était tout jeune et les montagnes vertes,
Aucune tache alors n'assombrissait la Lune,
Aucun nom n'était mis sur le fleuve ou la pierre,
Quand Durin s'éveilla et marcha solitaire.
Il nomma la colline et la combe innommées,
Il but à des fontaines jamais encor goûtées
Et vit en se penchant, dans le lac au Miroir,
Les étoiles du ciel apparaître en diadème,
Comme des pierreries sur un filet d'argent,
Faisant une couronne à l'ombre de sa tête.

Le monde était superbe et les montagnes hautes,
Aux Jours anciens, avant que n'advienne la chute
De puissants rois à Nargothrond et Gondolin,
Maintenant disparus, dans l'Ouest, outre la mer.
Le monde était superbe au siècle de Durin.

Il était roi siégeant sur un trône sculpté,
Dans des salles de pierre aux maints et maints piliers,
Aux voûtes faites d'or et au pavé d'argent ;
Sur l'huis étaient gravées des runes de puissance.
La clarté de la lune, des astres et du soleil,
En lampes de lumière ouvrées dans le cristal
Que jamais n'offusquaient la nuée ou la nuit,
Belle et vive y brillait d'un feu perpétuel.

L'enclume y résonnait sous les coups du marteau,
La lettre s'y gravait sous l'éclat du ciseau ;
On y forgeait la lame, on sanglait la poignée,
Mineurs, maçons, œuvraient à fouir et ériger.
La perle, le béryl, l'opalescente opale,
La lance étincelante, et la hache et l'épée,
Les écailles marines forgées dans le métal,
L'écu, le corselet, y étaient amassés.

Pas de repos alors pour les gens de Durin ;
Du tréfonds des montagnes sourdait de la musique :
On entendait la harpe et le chant du poète,
Aux portes s'élevait la sonnerie des trompettes.

Le monde est tout de gris, les montagnes ont vieilli,
Dans la forge, le feu a le froid de la cendre.
Nul marteau ne s'abat, nulle harpe ne bruit,
Les ténèbres s'étendent et imposent leur nuit,
Au château de Durin. L'ombre a mis son manteau,
À Khazad-dûm, en la Moria, sur son tombeau.
Mais l'on peut voir encor les étoiles dans l'onde,
En ce Miroir obscur que ne trouble aucun vent,
Et sa couronne est là, gisant dans l'eau profonde,
Jusqu'au jour du réveil de Durin le dormant.

Philippe Ecrit le 13-12-2004 00:23     Click Here to See the Profile for Philippe  Cliquer ici pour écrire à Philippe     
Qui sait, peut-être qu'en repassant le plat;)?

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