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Section « Le Légendaire » Fuseau « Túrin maudit : une illusion d'optique ? » |
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Túrin maudit : une illusion d'optique ?
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Moraldandil le 18-05-2003 à 00:07 |
De tous les récits du Silmarillion, la destinée de Túrin est probablement le plus noir et le plus désespéré, comme écrasé par le poids du destin et de la malédiction. Comme le souligne Círdan dans son mémoire Imaginaire médiéval et mythologique dans l'œuvre de Tolkien, "il est difficile de voir en quoi une histoire aussi sombre, insistant avec une telle force sur l'aspect implacable du destin peut être considérée comme "a far off gleam or echo of Evangelium"". De fait, elle semble détoner dans le cadre du Silmarillion dans ses conceptions tardives, fortement empreintes de valeurs chrétiennes ; bien que plus ou moins complètement revue à plusieurs reprises (on a - entre autres - une première version dans le Livre des contes perdus, puis un poème long mais incomplet en vers allitératifs dans The Lays of Beleriand, le Narn i [C]hîn Húrin dans les Contes et légendes inachevés, et bien entendu le chapitre 21 du Silmarillion), elle conserve une tonalité assez "païenne" que l'on peut faire remonter jusqu'au Livre des contes perdus. En effet, la destinée de Túrin semble infirmer un fondement chrétien du Silmarillion en faisant apparemment prévaloir le destin sur le libre-arbitre. En maudissant Húrin et toute sa famile, Morgoth semble avoir attaché à Túrin un destin de mort et de destruction donc se dernier est incapable de se dégager : malgré son opposition irréductible à Morgoth, il se fait souvent son instrument. Sa vie voit les malchances se succéder : On peut vraiment avoir l'impression que Túrin est une marionnette aux mains de Morgoth, qui fixe inexorablement le cours de son existence et même sa façon d'agir. Voilà qui est pourtant en contradiction avec la notion de libre-arbitre, affirmée dès le départ comme caractéristique des hommes : (Silm. Ch. 1) [Ilúvatar]souhaita que les cœurs des Humains soient toujours en quête des limites du monde et au-delà, sans trouver de repos, qu'ils aient le courage de façonner leur vie, parmi les hasards et les forces qui régissent le monde, au-delà même [de] la Musique des Ainur, elle qui fixe le destin de tous les autres êtres ; et que leur activité fasse que tout en ce monde soit achevé, en sa nature comme en ses actes, que toutes choses soient accomplies, des plus grandes aux plus petites. Ce passage s'oppose en fait à ce qu'une malédiction puisse déterminer la destinée d'un homme. Même pas un Vala, comme Húrin le rappelle à Morgoth au début du Narn : Morgoth fixa Húrin au sommet [du Haudh-en-Nirnaeth] et lui enjoignit de regarder vers l'ouest, en direction du Hithlum, et de penser à sa femme et à son fils et à ses autres parents. "Car ils vivent à présent sous ma loi, dit Morgoth, et ils sont à ma merci." "Tu n'as pas autorité sur eux", répondit Húrin. Plus clairement encore : Alors Morgoth, étendant son long bras vers Dor-lómin, frappa d'anathème Húrin et Morwen, et toute leur descendance, disant : "Vois ! L'ombre de ma pensée pèsera sur eux partout où ils iront, et ma haine les poursuivra jusqu'aux confins du monde." Mais Húrin dit : "Tu parles en vain. Car tu ne peux les voir, ni les gouverner de loin ; tu ne le peux tant que tu revêts cette forme et ambitionnes d'être Roi, et un Roi visible sur terre." Plus tard encore, Húrin ajoute : Tu n'es pas le seigneur des Hommes, et ne le seras point quand bien même tout Arda et tout Menel tomberaient en ton pouvoir. Au-delà des Cercles du Monde, tu ne suivras pas ceux qui te renient. Et pourtant… le simple déroulement du récit semble confirmer le pouvoir de Morgoth et ses dires. Comme le remarque Tom Shippey dans The Road to Middle-Earth, l'impression dominante est que Morgoth ne ment pas entièrement, notamment quand il répond à Húrin qu'il ne mesure pas le pouvoir et la pensée des Valar. Il est exact que "l'ombre de [son] dessein se projette sur Arda" : comme le raconte l'Ainulindalë, il a empreint chaque aspect du monde, devenu ainsi Arda Hastaina, Arda la Corrompue : Rien ne pouvait trouver la paix ni croître dans la durée car aussi sûrement que les Valar entreprenaient une tâche Melkor venait la détruire ou la corrompre. Dire par contre que "tout ce qui s'y trouve se soumet lentement et sûrement à mon vouloir" est pour le moins fort orienté. Mais c'est caractéristique de la pratique de Morgoth : plutôt que d'user du mensonge pur et simple, il mélange insidieusement des vérités plus ou moins biaisées et la tromperie ; activité diabolique au sens étymologique du terme (ho diábolos = littéralement "celui qui désunit", soit "le calomniateur"). Il est très étonnant que Tolkien ait pu laissé subsister pareille contradiction, alors qu'il insiste tant sur la nécessité de la cohérence dans un monde secondaire (voir On Fairy Stories), et qu'on le voit mettre en pratique ce principe dans son écriture, par exemple en révisant le chapitre "Enigmes dans le noir" du Hobbit dans la deuxième édition, en vue du SdA. A moins que… la contradiction ne soit qu'apparence ? En effet, d'où part la malédiction ? QUI affirme que Túrin est maudit ? Morgoth ! Ce n'est pas exactement ce que l'on peut appeler un personnage digne de foi, dans tous les sens de ce terme d'ailleurs ;-) Je me demande donc si cette malédiction n'est pas une illusion. Il m'apparaît vraisemblable que Morgoth sait pertinemment que le pouvoir de manipuler directement les esprits des Hommes, il ne l'a pas. Il ne peut que les influencer – et cela, bien sûr, puissamment. Mais ce n'est qu'une différence de degré, pas de nature, par rapport au pouvoir qu'a chacun d'influencer son prochain. Une des Notes on motives in the Silmarillion est très instructive à ce sujet :
Je pense donc que Morgoth lance sa malédiction "pour la montre", pour désespérer et tourmenter Húrin. Il lui fait croire qu'il a effectivement la maîtrise du destin de sa progéniture, ce que ce dernier – et le lecteur avec lui – a toutes les chances de croire au vu de la tournure des événements. Pour que la manipulation réussisse, il faut évidemment que la vie de Túrin tourne mal. Comment Morgoth pouvait-il en être sûr ? Premièrement, s'il ne peut contrôler directement une volonté, il peut l'influencer, la tromper. Le fait même de savoir que Morgoth l'a maudit influence le comportement de Túrin : il ira jusqu'à dire de soi : J'apporte la nuit là où je vais. Enfin, comme le note Tom Shippey, un certain nombre d'éléments dans Túrin frisent la superstition ou y tombent carrément :
- changements de nom répétés de Túrin pour changer de destin ou détourner la malédiction ; cf. ce passage du ch. 21 du Silm. : Quand Túrin apprit de Finduilas ce qui s'était passé, il se mit en colère et dit à Gwindor : "Tu m'as sauvé et protégé, je t'aimais pour cela, mais tu m'as fait du yort, mon ami, en livrant mon vrai nom. Tu as rappelé sur moi le destin auquel je voulais échapper." Mais Gwindor répondit : "C'est sur toi que pèse le destin, pas sur ton nom." - Les mauvaises actions sont facilement attribuées à Morgoth, comme autrefois l'on voyait l'œuvre du diable un peu partout ; voir par exemple la réprimande de Mablung à Saeros dans le Narn, qui se conclut par : D'ailleurs je penserais volontiers qu'une ombre du Nord est venue jusqu'à nous et nous a effleurés cette nuit. Certes, ce peut n'être qu'une métaphore ; mais Morgoth a bon dos dans cette affaire… - Brodda voit en Morwen une sorcière dangereuse : à sa vue, il avait été pris d'effroi, croyant contempler les yeux terribles d'une blanche-démone, et il était resté plein d'une angoisse mortelle à l'idée que ces yeux lui avaient jeté un sort néfaste. Autant d'éléments qui donnent le sentiment que le récit n'est pas présenté de façon neutre, mais teinté par les tromperies de Morgoth. De ce point de vue, il est intéressant de noter que d'un point de vue interne, le Narn i [C]hîn Húrin est censé avoir été composé par un poète humain, Dírhaval, vivant aux bouches du Sirion, témoin des croyances et des illusions de son temps. D'un point de vue extérieur, il me semble que Tolkien manipule quelque peu le lecteur pour le placer en observateur des effets prétendus de la malédiction – exactement la position de Húrin en fait – en insérant au début du récit la scène puissante de la confrontation entre Húrin et Morgoth (dans le Silm, cette scène est résumée dans le chapitre 20 qui précède). Tout naturellement, le lecteur aura tendance à "voir" toute la suite de l'histoire en fonction de cette malédiction, voir en quelque sorte par les yeux de Húrin. Ce n'est pas pour autant que cette malédiction doit se prendre au premier degré. Si l'on considère qu'elle est en réalité une illusion, alors la destinée de Túrin apparaît comme une dyscatastrophe, l'illustration des choix à ne pas faire, et ce particulièrement si elle est contrasté avec le sort tout différent du cousin de Túrin : Tuor. Moraldandil |
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lambertine
le 18-05-2003 à 10:59 |
Je vais imprimer tout çà et l'étudier à l'aise. En espérant que cette fois la malédiction de Morgoth ( qui semble ici bien réelle - LOL ) ne fasse pas encore une foir recescendre ce pauvre Turin dans le mânes du Forum après 3 messages ! |
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Mj du Gondor
le 18-05-2003 à 16:15 |
Je note dans mes tablettes ce fuseau à consulter dans mes prochaines lectures du Silmarillon !! Mj |
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ISENGAR
le 18-05-2003 à 23:33 |
On compte sur toi pour faire le lien grâce à tes futures nouvelles connaissances en HTLM ![]() I. |
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lambertine
le 19-05-2003 à 13:37 |
Je jure de contrer morgoth et de ne pas laisser Turin s'enfoncer cette fois-ci ... Cher Moraldandil, Pas mal comme étude. Morgoth maudit turin, mais il ne fait pas que celà. Il envoie Glaurung, qui est en quelque sorte l'agent physique de sa malédiction. Glaurung qui ravage les terres. Glaurung qui détruit Nargothrond. Glaurung qui hypnotise Turin, lui faisant abandonner Finduilas, et Nienor, la rendant amnésique, et donc incapable de se rendre compte que l'homme qu'elle aime est son frère. Et, de plus, Turin est souvent poursuivi par une "bête" malchance. Sa soeur meurt en bas âge. Saeros meurt alors qu'il n'avait voulu "que" l'humilier. Beleg est tué dans ce qu'on peut appeler une tragique méprise. Pour le reste ... La première malédiction qui pèse sur Turin est, comme je l'ai déjà dit sur ce forum, d'être le fils de Morwen. La fière, l'orgueilleuse Morwen. Je sais qu'avec des si... Mais justement, ce fuseau n'est-il pas consacré aux "si" ? "Si" les hommes ne rentraient pas dans le jeu du Malin, celui-ci aurait-il tant d'influence ? alors ... Ensuite, eh bien, Turin est le digne fils de Morwen ( et le digne fils adoptif de Thingol ). Il a hérité de l'orgueil de sa mère. D'où sa réaction vis à vis de Saeros ( tout aussi orgueilleux que lui, d'ailleurs ).D'où son refus du pardon de Thingol. D'où son attirance pour une guerre pleine de "panache" que ce soit avec les hors la loi ( et malgré les conseils de Beleg ) ou à Nargothrond ( contre l'avis de Gwindor ). Turin ressemble là à pas mal de héros médiévaux, genre Roland, Gauvin, Hagen ou raoul de Cambrai. L'honneur et le panache d'abord, même s'ils doivent mener à la défaite. Turin a aussi tendance à ne pas tirer les leçons du passé. Il aime Finduilas ( ou en tout cas il ne fait rien pour l'empêcher de l'aimer ) fiancée à son sauveur Gwindor, et après la mort de celle-ci ( mort dont il est grandement responsable ) remet le couvert, si j'ose dire, avec Niniel aimée par son sauveur Brandir. Je sais que le coeur a ses raisons, mais quand même... Juste quelques mots sur Anglachel/Gurthang. Tout d'abord, Beleg aurait-il voulu défier le destin en choisissant une arme considérée comme maudite ? ( çà, c'est juste une question que je me pose personnellement... ) . Ensuite, il ne faut pas oublier que les épées, que ce soit chez Tolkien ( Narsil, Glamdring, Sting ... ) ou dans la tradition européenne ( Excalibur, Durandal, Joyeuse ... )sont des armes qui ont une "personnalité". Gurthang n'est pas différente des autre épées de légende, en ce sens. Oui, elle est maudite. mais, et elle le dit elle-même ( çà, j'avoue que c'est spécial... )elle n'aurait pas d'elle même tué brandir et Beleg. Leur meurtrier, c'est Turin , pas elle. Et c'est Turin qui se suicide par elle, pas elle qui l'assassine. Alors, Turin ? Certainement l'un des personnages les plus attachants de Tolkien, malgré son orgueil, malgré ses fautes. Un personnage qui se trompe mais qui veut bien faire, qui ne demande qu'à échapper à ce qu'il croit être son destin. Car, c'est vrai, c'est là que morgoth a gagné. Pas nécéssairement en le maudissant. Mais en le persuadant qu'il était maudit. |
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Finrod
le 19-05-2003 à 14:45 |
C'est une analyse extrêmement intéressante que tu nous proposes Moraldandil. A vrai dire, je n'avais jamais envisagé les choses de cette manière mais tes explications me semblent plutôt convaincantes. On voit bien que Morgoth est en fait très habile lors de sa confrontation avec Húrin et comment il fait oeuvre d'actions profondément mauvaises à la lumière du texte de HoME 10 que tu cites. Une remarque me vient à l'esprit en tapant ces quelques lignes. Il me semble en effet que la malédiction que lance Morgoth ressemble à ce que l'on appelle souvent aujourd'hui une "prophétie auto-réalisatrice" (phénomène très courant en économie), ou encore ce que Popper nommait un "effet Oedipe" : c'est en grande partie parce que Túrin croit en la malédiction qu'il va finalement subir celle-ci (Cf. l'histoire d'Oedipe justement). Morgoth n'a ainsi plus qu'à forcer un peu les choses dans la mesure de ses possibilités (Glaurung) et le caractère de Túrin fera le reste. L'oeuvre de Tolkien est décidément d'une richesse qui se dévoile sans cesse un peu plus ;-) Lambertine > Ton dernier paragraphe me semble un parfait résumé de la situation : court mais précis et très bien dit :-) Laurent |
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Moraldandil
le 20-05-2003 à 21:22 |
Lambertine > Pas nécéssairement en le maudissant. Mais en le persuadant qu'il était maudit. Exactement. Et en en persuadant son père (ou du moins en essayant). Comme le souligne Finrod, le simple fait de prononcer cette malédiction la rend agissante dans l'esprit de ceux qu'elle concerne : dire, c'est faire (un discours performatif dans le jargon des linguistes). C'est même en fait le seul effet réel qu'elle a, puisqu'il me semble clair que Morgoth n'a pas le pouvoir de jouer directement sur les consciences. Mais il réussit à faire croire qu'il le peut et modifie indirectement la conduite de ses cibles. Tromperie bien digne de lui... Glaurung, c'est ce qui permet à Morgoth d'influencer Túrin, et de le harceler physiquement et mentalement - mais c'est une chose que nous pouvons connaître entre mortels (sauf que tout le monde ne dispose pas d'un dragon pour ce faire...) et qui n'implique pas de pouvoir exceptionnel de Morgoth sur les consciences. Je trouve que tu as tout à fait raison de souligner le rôle important et visiblement néfaste de Morwen dans le destin de Túrin, qui à l'évidence a beaucoup hérité d'elle. Quant à Gurthang, elle est bel et bien spéciale, mais je pense comme toi qu'elle ne fait qu'aider à la réalisation de tendances mauvaises chez Túrin et n'en est pas la source. Finrod > Morgoth n'a ainsi plus qu'à forcer un peu les choses dans la mesure de ses possibilités (Glaurung) et le caractère de Túrin fera le reste. Tout à fait. Je pense même que Morgoth a très bien pu deviner une part de Túrin dans les paroles de Húrin, ce qui lui a permis de prévoir quelque chose de ses actes futurs, certainement aidé par la finesse de perception et le don de prévoyance qu'impliquent son état de Vala, même déchu, spécialement en ce qui concerne le mal . Actes que, bien sûr, il présentera au père comme inspirés par lui-même et fruits de sa malédiction. Il lui a bien dit qu'il verrait par ses yeux et entendrait par ses oreilles... Moraldandil |
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Cirdan
le 21-05-2003 à 13:20 |
Bravo Moraldandil, pour cet interessant post! Voici une petite digression sur un cour passage de ce post qui peut, je l’espère, donner quelques pistes pour une idée de « malédiction du mot » chez Turin et qui ouvrent des perspectives de lecture poétique des noms chez Tolkien. C’est un peu étrange, je sais, et juste une ébauche, mais je me lance… Tu écris : - changements de nom répétés de Túrin pour changer de destin ou détourner la malédiction ; cf. ce passage du ch. 21 du Silm. : Quand Túrin apprit de Finduilas ce qui s'était passé, il se mit en colère et dit à Gwindor : "Tu m'as sauvé et protégé, je t'aimais pour cela, mais tu m'as fait du yort, mon ami, en livrant mon vrai nom. Tu as rappelé sur moi le destin auquel je voulais échapper." Mais Gwindor répondit : "C'est sur toi que pèse le destin, pas sur ton nom." >> Cette phrase de Gwindor est très importante pour une autre problématique (mais qui reste très liée à Turin). On connaît l’étrange relation de Tolkien aux langues, qu’elles soient réelles ou inventées. Il me semble évident que les noms dans le SdA et le Silmarillion (et par voie de conséquence les langues elfiques) ont conquis un vaste public en premier lieu par la limpidité de la relation entre le signifiant et le signifié : le son y est toujours très proche de contenir l’idée. Or, surtout depuis Saussure, cette relation, dans le cadre des langues réelles, est considérée dans l’ensemble comme une idée caduque, un fantasme (il y a bien sûr des contre-exemples ponctuels mais qui n’érigent pas la langue dans un logique générale de cette relation). Lorsque Gwindor dit « C’est sur toi que pèse ton destin, pas sur ton nom », maintes idées s’enchaînent en filigrane : D’abord il faut comprendre cette phrase comme une étonnante constatation que même en Arda il existe une non adéquation entre la chose et le mot qui la désigne. Certes les noms que se forgent Turin à mesure de sa vie sont autant de justificatifs qu’il se donne pour admettre la « réalité » de la malédiction de Morgoth, mais cela va plus loin : chez Turin, il n’est plus de nom pour le désigner avec clarté : le terme Turambar –maître du destin - se faisant le plus éminent exemple de cette tension, cassure même, entre la réalité et le terme. Mais on pourrait nous opposer que Turambar est une façade un nom choisit par le personnage, et que cela montre combien Turin n’accepte pas son propre nom qui contiendrait, lui, sa réalité profonde. Or, non : du nom Turin, les étymologies de HoME V renvoient au verbe Quenya: « I wield, control, govern ». Mais que contrôle-t-il dans cette vie ou la malédiction, qu’elle soit de Morgoth ou de lui-même existe bien et devient ce destin qu’évoque Gwindor? C’est finalement un drame bien rare chez Tolkien que celui de l’homme qui n'EST pas son nom sur le plan interne (y a bien l’amour de la mer chez Ëarendil ; Aragorn est bel et bien l’ « Estel » de son peuple, et plus ; la sœur de Turin elle-même mérite bien son nom de « Tear-Maiden ») ou externe (cf. le « wise by experience » de la racine germanique dans Frodo ou les explications de l’auteur sur le double sens de Samwise). Lui n’est même pas l’ « Adanedhel » (Homme-Elfe) dont on le glorifie à Nargothrond. Car au fond, ce nom ne désigne que son apparence et son éducation (celle de Doriath, qu’il refuse). Il n’a pas de sang elfique, et surtout son esprit est plus humain que quiconque. Situation ô combien ironique quand on le compare à son cousin antithétique (sauf pour l’enfance qui est comparable, dans cette triste génération d’après Nirnaeth Arnoediad), Tuor qui possède lui un caractère bien plus elfique et dont les descendants seront les vrais « Hommes-Elfes » ! Peut-être vais-je trop loin mais je vois ici, derrière ce problème de la relation de Turin à son nom (et ses noms), un aveu de Tolkien quant à l’impossibilité de réussir totalement cette cohésion du son et du sens même dans les langues d’Arda. Certes, comme le souligne la lettre 156 que je citais dans un autre fuseau, le Troisième Age est encore une période où le Mal reste plus clairement incarné et donc plus facilement dicible, mais cela ne suffit pas à une réussite complète. Je ne me base pas sur l’affirmation de Gwindor, celle-ci n’est qu’une conséquence. L’idée fondatrice est, comme Flieger l’a montrée, dans les conceptions linguistiques de l’ami de Tolkien, Owein Barfield membre chrétien des Inklings qui publia un ouvrage nommé « Poetic Diction » et pour qui l’évolution des langues constituait une fragmentation progressive du sens : pour Tolkien (cf. On Fairy-Stories) comme Barfield, les langues constituent une maladie de la mythologie et non l’inverse que prônait Max Müller. La connaissance de l’impossibilité d’atteindre, dans notre monde déchu, cette plénitude de relation n’empêcha pas Tolkien d’essayer de s’en approcher par le biais des langues imaginaires. En ce sens le Quenya peut apparaître comme un projet poétique qui rejoint celui d’un poète comme Mallarmé, dont la spécificité réside en particulier dans un combat qu’il sait perdu d’avance visant à atteindre une pureté, un état supérieur de la langue dans lequel le mot, par sa place dans la structure harmonique du vers, puisse retrouver cette adéquation signifié/signifiant. Je ne peux résister à l’envie de vous citer cette admirable analyse de l’intention mallarméenne par Yves Bonnefoy, afin de clarifier mon propos : « Un vers – l’alexandrin, par exemple, qui fut longtemps pour Mallarmé le mètre par excellence -, c’est une structure, portant sur peu d’éléments, on peut l’embrasser d’un seul mouvement de conscience. Et si pris isolément, chaque mot est grevé d’un son qui oblitère la « vue », ce qu’à de clair le mot « nuit » se relativise à l’ensemble, s’estompe en tant qu’élément dans notre idée de la nuit, et délivre ainsi de son indication déplacée notre mémoire du monde, qui peut s’ouvrir à une « impression » cette fois exacte. En outre, d’être ainsi devenu une composante du tout du vers, le signifiant phonétique « nuit » est rendu au plein de sa qualité sensible, dans sa virtualité signifiante, et va pouvoir se prêter à ce que nous avons de « clair » à observer et à dire. En soumettant les mots à une structure, par le travail de la prosodie, nous sortons de la « selva oscura », nous pouvons voir, mais nous pouvons aussi exprimer, et cela avec des moyens de plus d’immédiateté, déjà – ces sonorités, qui viennent droit de nos sens -, que ceux de la vieille langue, non réparée. Et nous serons capable de plus encore. Car réuni, à d’autres de son espèce – « subtil », par exemple, et « triomphe », ou même « ancien », au début du Faune – le son « nuit » va permettre à plusieurs notions de s’allumer chacune d’un reflet venu de chaque autre : et toutes s’approfondiront, se rectifieront, dans ce rapprochement opéré sous le signe clair –dans la lucidité d’un son pur… Loin de gêner le regard, comme dans la parole antérieure, le son – vocabulaire et syntaxe – l’aide à s’instaurer, désormais, pour peu que l’on en soit digne, comme il en va, d’ailleurs, de la couleur chez le peintre, disons Manet, qu’elle délivre des conventions grâce à la liberté qu’elle trouve dans la rapidité de l’ébauche. – En résumé, les « mots » sont toujours là, dans le vers, les mots anciens, et impurs, mais la « composition », suscitée par la convention prosodique, a tourné leur sens qui nous trahissait, dissipé par la goutte d’obscurité, de néant, qui troublait la transparence native. Et quelque chose de perdu, d’ « oublié », se reforme avec netteté dans la lentille du nombre. » En un sens, Tolkien, par des moyens différents, cherche lui aussi a retrouvé ce « quelque chose de perdu, d’ ‘oublié’ » dans la nature du mot. Il ne s’agit pas d’une redécouverte des mots par une « composition », car les langues elfiques, plus proches que nous de l’Eden, sont sujettes à un moins grand degré d’impureté de corruption dans leurs mots. Aussi est-il possible en ces Ages lointains de se rapprocher de cette « transparence native » à l’intérieur de chaque mot. Et l’hymne Sindarin à Elbereth, le poème de Galadriel en adieu à la Lorien apparaissent sous cet angle comme des recherches poétiques radicales. C’est plus encore le cas des versions de l’ « Ataremma » ou de l’ « Aia Maria » publiées dans le VT 43. L’idée même de l’entreprise de ces poèmes est hardie et montre que Tolkien devait considérer le Quenya, malgré l’impossibilité d’un succès total, comme un véritable progrès dans le rapprochement de la « transparence native ». Eut-il écrit une version Animalic ou Nevbosh de ces prières ? J’en doute. Turin est pour moi le pendant de cette réussite, car Tolkien ne peut – et ne veux pas – faire des langues elfiques pures. Turin est un peu semblable à l’homme d’aujourd’hui, redevenu « païen » et victime de mots déchus qui ne sont plus porteurs du réel. A quoi peut-il se fier si ce qui lui donnait une identité est désormais inaccessible ? Lui tente de nier ces mots trompeurs en leur donnant un sens qui s’avère toujours faux, tandis que bien des linguistes ou des poètes modernes, désabusés par l’extravagance des langues n’y voient pas les traces d’une plénitude perdue (celle-ci est un « mythe », c’est-à-dire quelque chose d’infondé selon leur acceptation du terme) mais juste le déterminisme du hasard, qui est aussi une forme de malédiction et de « destin dyscatastrophique ».
PS : Bien sûr, je ne cherche pas à limiter l’interprétation de Turin à cette lecture un peu extrême, car son histoire, si isolée dans le légendaire, ne peut être « expliquée » d’une seule manière. Elle est trop riche pour cela. Il s’agit juste d’un point de vue, et qui doit pouvoir se développer. PPS : Ces considérations sommaires amènent d’autres questions. On sait que Shippey souligne combien la conception des langues plus ou moins esthétiques dans l’absolu était considérée comme quasi-hérétique dans le milieu des linguistes. Je me suis souvent posé la question du statut de la beauté des sonorités linguistiques chez Tolkien. La langue naine est-elle « unlovely » (cf. HoME XI, p10) simplement pour les elfes ou justement dans l’absolu ? PPPS : Tu écris encore : Premièrement, s'il ne peut contrôler directement une volonté, il peut l'influencer, la tromper. Le fait même de savoir que Morgoth l'a maudit influence le comportement de Túrin : il ira jusqu'à dire de soi : J'apporte la nuit là où je vais. >> Et hormis également les pouvoirs surnaturels de Glaurung lui-même. C’est peut-être le paradoxe de base : la malédiction de Morgoth peut être lue comme tu le fais à la manière de l’étincelle visant à mettre en marche un moteur de tourment, lequel n’est autre que Turin, mais on ne peut pas nier, je crois, le véritable « pouvoir surnaturel » du regard de Glaurung.
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Laegalad
le 22-05-2003 à 09:24 |
Cirdan>Ces considérations sommaires amènent d’autres questions. On sait que Shippey souligne combien la conception des langues plus ou moins esthétiques dans l’absolu était considérée comme quasi-hérétique dans le milieu des linguistes. Je me suis souvent posé la question du statut de la beauté des sonorités linguistiques chez Tolkien. La langue naine est-elle « unlovely » (cf. HoME XI, p10) simplement pour les elfes ou justement dans l’absolu ? Je me lance dans un hors-sujet, mais je pense qu'il est difficile de dire "dans l'absolu" si une langue est belle ou pas (je ne t'accuse pas d'avoir dis cela ;-p). C'est très subjectif. Seulement, une chose qui m'a marqué, c'est que les Elfes utilisent les chuintantes et les "explosives" (T, C...) à répétition dans les noms des choses qu'ils n'aiment pas : yrch, Carcharoth... (difficilement prononçables sans s'arracher la moitié du palais). Il y a donc corrélation entre ce qu'on ressent du mot à l'entendre, et ce qu'il désigne. |
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Moraldandil
le 24-05-2003 à 19:05 |
Le regard de Glaurung Tu as tout à fait raison, Círdan : il y a bien là un pouvoir "surnaturel" qu'on ne peut écarter. Mon propos n'était pas cependant de déconstruire tout élément surnaturel du récit – même si mon titre, un peu provocateur, a pu donner l'impression du contraire – mais d'examiner la dialectique du destin et du libre-arbitre dans le cas précis de Túrin et les problèmes qui en résultent. Les noms de Túrin Je trouve très intéressante ta remarque que Túrin est un des rares personnages chez Tolkien qui ne corresponde pas à la signification de ses noms de Túrin, Adanedhel ou Turambar. Pour être juste, ce n'est pas vrai de tous ses noms : lui correspondent bien par contre Neithan "Celui à qui on a porté tort, le Dépossédé", Gorthol "Heaume de terreur", Agarwaen fils d'Úmarth "le Sanglant fils du Maudit", Mormegil "l'Épée noire"... tous noms qui évoquent plutôt des traits négatifs ! Mais il semble bien que les noms positifs qui lui sont attribués ou qu'il s'attribue ne lui correspondent pas. Túrin est décidément un personnage à part... Par contre, je ne te suis pas vraiment pour ceci : Laegalad>Ce ne serait pas la combinaison rch qui "coince" ? ;-) Pour les questions plus purement linguistiques, j'ai préféré répondre dans la section "Langues Inventées", fuseau Tolkien et son rapport aux langues. Moraldandil |
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Edrahil
le 24-05-2003 à 20:00 |
Bonjour, Une fois de plus on a un sujet très intéressant et approfondi. Je vais tenter de participer à la conversation, mais n'étant pas un érudit de Tolkien comme certains ici, et relativement nouveau sur ce forum, je ne sais pas trop ce que vaudra mon intervention. Moraldandil> Pour le regard de Glaurung, celui-ci recèle clairement un pouvoir, mais pour moi il ne maîtrise son adversaire que lors de l'échange de regards, et non après. Mais le sortilège ne disparaît pas instantanément : "Túrin, encore sous l'effet des yeux du dragon, et comme s'il traitait avec un ennemi capable de pitié, crut ce que lui disait Glaurung et fit demi-tour pour traverser le pont." On peut penser que cet effet disparaît progressivement mais non totalement. Turin va par la suite rester sur les paroles de Glaurung sans les remettre en cause. Il conserve donc sa liberté d'action, mais reste trompé par les mensonges de Glaurung. Cela sûrement parce qu'il était sous l'effet du regard, mais aussi parce que Glaurung n'a (en apparence) pas cherché à le tuer. D'où cette fausse impression de pitié de la part de Turin qui tient donc ses paroles pour sages. Pour Nienor, c'est autre chose, mais il y a des similitudes. Le pouvoir de Glaurung semble - comme pour Turin - la maîtriser totalement pendant l'échange de regards. Mais le sort est différent : "Elle lutta quelques instants contre la volonté du dragon, mais celui-ci, usant de son pouvoir, sut qui elle était et la força à soutenir son regard. Il jeta sur elle un sort de ténèbres et d'oubli complet, elle ne se rappela plus rien de ce qui lui était arrivé, ni son nom ni celui d'aucune chose, et pendant longtemps elle ne put ni entendre, ni voir, ni même bouger de sa propre volonté." Comme pour Turin, l'effet du regard semble décroître au fur et à mesure du temps, mais jamais ne disparaît. Cependant, il ne s'agit pas ici de mensonges, mais bel et bien d'un sort, qui n'affecte pas la raison. La comparaison est donc difficile. La domination de Glaurung n'est - pour moi - effective que pendant l'échange de regards. Après, la victime n'est plus directement sous son contrôle, mais demeure affectée longtemps par son "expérience". Sinon, le parallélisme étymologique est très intéressant. Ed' ;) |
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Hisweloke
le 24-05-2003 à 20:50 |
"C'est très subjectif. Seulement, une chose qui m'a marqué, c'est que les Elfes utilisent les chuintantes et les "explosives" (T, C...) à répétition dans les noms des choses qu'ils n'aiment pas : yrch, Carcharoth... (difficilement prononçables sans s'arracher la moitié du palais). Il y a donc corrélation entre ce qu'on ressent du mot à l'entendre, et ce qu'il désigne." cerch "faucille" (des Valar, etc.), orchal "noble, supérieur", erchamui "manchot" etc. présentent tous des caractères semblables aux mots que tu site (yrch, Carcharoth), sans pour autant avoir cette connotation. Didier. |
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Laegalad
le 26-05-2003 à 13:19 |
Je m'incline ;-)Je voulais justement me corriger, mais puisque tu l'as fait à ma place ;-) | ||||||||||
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lambertine
le 02-06-2003 à 10:34 |
Chère Laegalad, Je t'assure que le nom de Turin prononcé à l'elfique par Moraldandil n'est pas du tout désagréable à l'oreille .... Cher Moraldandil, Au sujet du nom "Neithan" dont Turin s'affuble auprès des hors-la-loi, je dirais qu'il le représente ... et pas. Turin a été effectivement dépossédé de son "Royaume" de Dor lomin par Brodda et ses sbires. Mais il ne l'utilise pas dans ce sens, ce nom, mais par rapport au tort qui lui aurait été fait en Doriath. Or, mis à part Saeros, qui en est mort, personne ne lui a fait de tort en Doriath. Si Mablung et Thingol ont un moment failli le juger coupable de meurtre, c'est parce que son attitude et surtout sa fuite semblaient prouver sa culpabilité. Dès qu'il a su le fin mot de l'histoire, Thingol a pardonné la mort de Saeros, et a envoyé ses meilleurs hommes à la recherche de son fils adoptif. Je crois que si Thingol a pardonné aussi facilement à Turin ce qu'on qualifierait aujourd'hui d'homicide involontaire, c'est parce que, quelque part, Turin lui ressemble. Il est plus proche de Thingol que ses propres descendants par le sang. Je pense que si la mère de l'orgueilleux Roi de Doriath avait été insultée, il aurait réagi aussi violemment. Je pense aussi qu'il aurait préféré s'enfuir que devoir s'abaisser à justifier son innocence. |
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lambertine
le 04-06-2003 à 14:08 |
Cher Ed', Au sujet de Glaurung : plutôt que jeteur de sorts, je qualifierai Glaurung d'hypnotiseur particulièrement doué, continuant à tenir ses victimes sous sa dépendance mentale bien longtemps après la scéance. Rendant donc Nienor amnésique, et forçant Turin à abandonner Finduilas pour partir à la recherche de sa mère et de sa soeur ( dont il ne se préoccupait plus depuis des années ). Le hic est là : il paraît que l'on ne peut forcer quelqu'un à faire sous hypnose quelque chose qu'il n'aurait pu faire en état de veille.Je suis d'accord pour la recherche de Morwen. J'aurais cependant mal vu Turin abandonner finduilas de façon volontaire. |
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Edrahil
le 04-06-2003 à 14:39 |
Chère Michèle > Fidèle à ta volonté de ne pas laisser Turin s'enfoncer dans les abîmes du forum... ;-) Pour Glaurung, c'est vrai que le mot "sort" que j'ai employé n'était peut-être pas le plus approprié. En tout cas, je suis assez d'accord pour comparer son pouvoir à une sorte d'hypnose dont les effets sont tout de même assez dévastateurs... Mais je connais mal les effets réels de l'hypnose. En tout cas, si ce que tu en dis est vrai, le pouvoir de Glaurung dépasse donc bien une simple hypnose (de toute façon, on ne voit pas pourquoi le pouvoir Glaurung respecterait les lois naturelles de notre société. Il est au contraire vraiment maléfique dans le sens où il peut vraiment influencer, voire dominer la volonté de son adversaire, forçant ses décisions, supprimant son libre-arbitre, même si son adversaire a l'impression de le conserver).
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Moraldandil
le 04-06-2003 à 18:41 |
> il peut vraiment influencer, voire dominer la volonté de son adversaire, forçant ses décisions, supprimant son libre-arbitre, même si son adversaire a l'impression de le conserver Je ne mettrais pas en tout cas toutes ces propositions dans le même sac. Que Glaurung influence Túrin, voire force effectivement sa décision, domine sa volonté, c’est flagrant. Que Túrin ait plus ou moins l’impression de faire un choix par lui-même, et non sous l’effet des paroles du dragon, en choisissant d’abandonner Finduilas à son sort me semble également vraisemblable. Son libre-arbitre est-il supprimé pour autant ? C’est le noeud du problème. La comparaison avec l’hypnose est très intéressante. Elle rejoint l’idée d’Edrahil comme quoi soutenir le regard du dragon est une expérience qui met du temps à s’effacer – plus évidemment pour Nienor que pour Túrin. Je ne suis pas si sûr de l’absence de préoccupation de Túrin pour sa mère et sa soeur qu’il peut montrer à Nargothrond. Le fait que son souci ne s’exprime pas ouvertement ne signifie pas qu’il a disparu… c’est en tout cas à creuser. Quoi qu'il en soit, en Glaurung Morgoth s’est donné un moyen d’intervenir effectivement dans la vie et les projets de Túrin. Ça n’est pas incompatible avec l’idée que la malédiction n’a pas d’effets réels, objectifs de par le simple fait d’être prononcée. Ce serait même plutôt un aveu qu'elle ne suffit pas à déterminer le destin de Túrin : pour s’assurer qu’il tourne mal, il faut lui envoyer quelque chose de plus “consistant”. Moraldandil |
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Edrahil
le 04-06-2003 à 19:16 |
Moraldandil > Effectivement, je me suis un peu avancé en disant que son libre-arbitre était supprimé. Disons que le souvenir des paroles de Glaurung et de son pouvoir l'empêchent de raisonner et de choisir la bonne voie. C'est en ce sens que je verrais son libre-arbitre conservé seulement en apparence, car le pouvoir de Glaurung reste suffisamment fort pour que les décisions qu'il prend le servent. Finalement, le regard de Glaurung "aveugle" sa conscience morale, ne lui laissant pas l'occasion de mesurer la conséquence de ses actes : choisir de rejoindre Morwen et laisser Finduilas, voilà une décision à laquelle il a eu le temps de réfléchir durant son trajet. Mais étant encore soumis au pouvoir du dragon, il ne l'a peut-être (sûrement) pas fait. C'est pour cela que pour moi, le libre-arbitre de Turin n'est à ce moment qu'une illusion. Je ne suis pas si sûr de l’absence de préoccupation de Túrin pour sa mère et sa soeur qu’il peut montrer à Nargothrond. Le fait que son souci ne s’exprime pas ouvertement ne signifie pas qu’il a disparu… c’est en tout cas à creuser. Certes, mais il sait tout de même que le cas de Finduilas est urgent, bien plus que celui de Morwen et Nienor, en tout cas avant de rencontrer le dragon. Mais celui-ci joue avec ses sentiments envers sa famille, lui faisant oublier l'urgence de la situation. Peut-être qu'au fond de lui il désirait vraiment retourner vers Morwen, mais avant Glaurung, il faisait la part des choses entre ses propres désirs et les affaires qui ne souffrent aucun délai. Ed'
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lambertine
le 03-07-2003 à 13:52 |
Au sujet des sentiments de Turin pour Morwen : je n'ai pas voulu dire qu'il s'en désintéressait totalement, qu'elle ne comptait plus pour lui. Mais il menait sa vie loin d'elle, sans vraiment en tenir compte ( on peut se demander d'ailleurs pourquoi, après sa fuite de Doriath, Turin n'a pas été rejoindre sa mère à Dor Lomin. Certes le pays était occupé mais il en était le Seigneur légitime et aurait pu faire un travail de Résistance là-bas, en plus de retrouver Maman ). Il ne s'y intéresse de façon "active" que sous l'influence de Glaurung et en pleine tragédie. Totalement irrationnel s'il n'avait pas été hypnotisé. Michèle qui contrera la malédiction jusqu'au bout. |
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Edrahil
le 03-07-2003 à 19:35 |
Michèle> Tu noteras ma contribution pour ta lutte, même en vacances. ;-) Etant actuellement sans les CLI, ne me sautez pas dessus à cause d'une absence de référence, je vais faire de mon mieux pour m'en souvenir...:) Donc, effectivement, le regard de Glaurung a manifestement perturbé sa raison comme je l'ai dit dans mon précédent post, à propos de Morwen et de Finduilas (affaire bien plus urgente que son retour vers sa mère et sa soeur qui a déjà attendu bien des années). Maintenant, c'est vrai qu'il est troublant de constater que malgré sa peur pour Morwen et Nienor, Turin préfère rester avec les hors-la-loi à vagabonder. Dans le Silm, il est dit : "Mais un jour les messagers du nord ne revinrent pas et Thingol ne voulut plus en envoyer. Turin eut très peur pour sa mère et sa soeur et il se présenta tristement devant le roi pour lui demander une armure et un glaive. Il se coiffa du heaume du dragon et s'en alla faire la guerre aux frontières de Doriath, où il devint le compagnon d'armes de Beleg Cuthalion." Cette inquiétude est donc clairement exprimée et non sous-entendue, même si par la suite ce genre de commentaire n'est pas réitéré. Peut-être a-t-il peur d'y aller tout seul, ne sachant pas ce qu'il allait trouver, mais étant donné son tempérament de "fonceur", cela m'étonnerait tout de même un peu...Peut-être attendait-il de revoir Beleg, se doutant qu'il allait revenir, et connaissant ses "amis", qui ont failli le tuer d'ailleurs. Je ne sais pas, ce n'est pas vraiment clair pour moi, mais c'est en tout cas une remarque intéressante. En revanche, je ne sais pas si Turin aurait organisé une résistance de façon efficace s'il était retourné, étant donné son caractère quelque peu... emporté. Disons qu'il est probable qu'il aurait agi comme il l'a fait avec Brodda, en voyant comment étaient traitées sa femme et sa soeur. Il aurait vite fait de se retrouver avec toute la garde sur le dos, seul contre tous, faute d'organisation efficace. Du moins est-ce comme cela que je vois la chose. E. , qui vous passe un bonjour depuis la Corse où le soleil est au beau fixe, mais qui n'a pas pu s'empêcher de faire un tour ici. ;-) |
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lambertine
le 07-10-2003 à 12:26 |
Autre chose, en ce qui concerne la "malédiction" de Turin (que je n'avais pas contrée depuis trop longtemps...). Bien que celà puisse passer à première vue comme une bonne chose : Turin possède un fameux pouvoir de séduction sur les femmes. Et particulièrement sur les femmes aimées par ceux qui lui viennent en aide. J'admet que tomber amoureuse d'un jeune et beau guerrier romantique et malheureux est plus facile que d'aimer un ancien déporté revenu faible et vieilli, ou un type au pied bot... N'empêche queces amours vont finalement mener Turin à sa perte. |
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lambertine
le 26-02-2004 à 13:49 |
Y avais longtemps que je n'avais plus contré la malédiction, alors... | ||||||||||
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Cynewulf
le 26-02-2004 à 21:52 |
Pour ma part, je pense que Tolkien voit en Turin un exemple en quelque sorte...à ne pas suivre: ceci correspondrait notamment à l'esprit nordique, qui veut que l'homme assume et réalise son destin...pour être heureux. Or que fait Turin sinon, tout au long de sa vie, rejeter et refuser ce qui lui tombe dessus. Que Morgoth soit derrière tout cela, aucun doute, il utilise le passé et le caractère très particulier de Turin pour l'amener peu à peu au désespoir, et c'est là où va Turin. On peut dire aussi que Turin garde son libre-arbittre tout au long de l'oeuvre, à chaque fois, il fait des choix qui ne peuvent dépendre que de lui: ainsi quand il s'en va de chez Thingol après avoir tué Saeros. Ensuite tous les choix, la majorité voire tous mauvais ou peu judicieux, vont lui sembler un destin implacable comme des perles peu enfilées, mais ce qu'il ne voit pas c'est que c'est lui qui peu à peu s'est construit son propre destin. Ce qui expliquerait entre autre cette parole de Gwindor, selon laquelle le destin n'est pas attachée au nom mais à sa personne. Ceci révèle un double sens, le destin comme acteur, s'attache à son sujet et non à ce qui le représente, mais aussi Turin seul peut faire son destin: il est le maître de sa vie, par ses choix personnels. Deux sens contradictoires, savoir comment on va l'interpréter peu totalement changer le point de vue. Turin naturellement, avec son esprit négatif, prendra en compte le premier sens. Il est intéressant de voir que son cousin suit pour sa part une vision assez positive de la vie (d'une façon générale j'entends), il en est quelque sorte l'antithèse, et plutôt l'exemple que Tolkien nous donnerait à suivre. Tout le passage où Tuor suit la rivière qui court devant lui, peut s'interpréter en disant qu'il accepte sondes tin (formé, lui, par Ulmo) de façon plutot positive et joyeuse. Vous me direz qu'il plus facile d'accepter une vie menée par Ulmo qu'une autre formée par Melkor. Mais on voit ici le caractère plus ou moins démiurgique des Valar, se faisant (directement pour ceux qui lui restent fidèle, indirectement pour Melkor) les relais de la volonté "eruienne" (divine ?). On se reportera pour expliquer en quoi Melkor réalise de façon indirecte la volonté d'Eru, à l'Ainulindalë, qui explique bien des choses. Ainsi malgré le caractère assez limité et restreint de ce "destin", il ne fait qu'apparaître le face visible de l'iceberg. La face cachée consistant en quelque sorte en une volonté en filigrane, qui n'impose pas mais suggère...genre Providence (dont la conception nordique du destin était assez proche soit dit en passant). Après avoir décelé cette vocation, ce destin, il faut l'accepter et l'assumer. En quelque sorte, comme dirait Régis Boyer, prendre en compte cette "étincelle du divin" que chacun porte en soi. Pour cela, il ne faut pas fuir, et c'est évidemment ce que fait Turin, toujour il fuit, ne se posant jamais de question, mais en voyant devant lui un destin implacable qui s'exerce à le détruire. Esprit positif et joyeux, voilà ce que l'on peut tirer de ce conte...seule solution pour bien réussir sa vie. Jb |
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Stalker
le 16-03-2004 à 13:35 |
Très intéressant comme fuseau :) Je pense aussi que Melkor n'a pas le pouvoir de contrôler le destin des individus, même s'il arrive à les "maudire" d'une certaine façon en agissant "concrètement" (par la force, la violence, la torture, la peur). Pour ma part, j'interprête son rôle dans la dernière bataille comme une démonstration sur l'échec final de Morgoth: ce dernier avait menti, il ne pouvait réellement contrôler le destin des Hommes et c'est un homme qui le vaincra.
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Moraldandil
le 31-03-2004 à 23:17 |
Effectivement, l’apparition très particulière de Túrin à la fin des temps interpelle. Le fait qu’il figure dans la seconde prophétie de Mandos signifie bel et bien que contrairement aux autres hommes, il est soumis à un destin connu à l’avance, davantage comme les Elfes, et accessible à la connaissance des Ainur (par la Musique). Son surnom d’ Adanedhel « Homme Elfe » était peut-être finalement très bien choisi... A partir de là, il n’est pas impossible que la malédiction qui pèse sur lui ait une réalité au delà du simple fait d’être prononcée... Assistons-nous à l’assassinat d’une belle théorie par un fait hideux ? :-) D’un autre côté, cette conception de la fin des temps est caractéristique des premières rédactions du Silmarillion : il me semble que c’est dans The Lost Road p. 333 qu’il en est question pour la dernière fois. Il n’en est plus question plus tard : rien de pareil dit dans le Narn i Chîn Húrin par exemple. Et ce ne doit pas être un hasard si Christopher Tolkien a choisi de supprimer la seconde prophétie de Mandos en publiant le Silmarillion : peut-être a-t-il senti que ce texte posait problème. Ce faisant, a-t-il suivi les vœux de son père ? Celui-ci aurait-il changé d’avis et choisi de ramener Túrin dans le sort commun de l’humanité ? On peut se le demander. B. |
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Edrahil
le 31-03-2004 à 23:52 |
Hé ! j'avais pas vu que Stalky avait posté ici... ! :D A partir de là, il n’est pas impossible que la malédiction qui pèse sur lui ait une réalité au delà du simple fait d’être prononcée... Assistons-nous à l’assassinat d’une belle théorie par un fait hideux ? :-) Bin moi, elle me plaît bien, cette théorie. ;-) N'oublions pas tout de même que Túrin est un humain, à la base. Peut-être possède-t-il un destin qui ressemble à celui des Elfes, mais il n'en reste pas moins humain ! Qu'entends-tu par ailleurs, dans cette 'réalité au delà du simple fait d'être prononcée' ? Quel crédit serais-tu prêt à accorder à cette malédiction ? Et puis, comme le dit Stalker, la prophétie de Mandos, présentée ainsi, peut être vue comme une démonstration de l'impuissance de Morgoth à maîtriser le destin des Hommes... E. ;o) C'est lambertine qui va être contente... :-P |
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Moraldandil
le 01-04-2004 à 20:00 |
En disant "réalité au delà du fait d'être prononcée", je me plaçais dans l'hypothèse où Morgoth aurait eu le pouvoir de modifier le destin de Túrin autrement que par la parole : de lui imposer sa volonté sans sa coopération, pour simplifier d'en faire une "marionnette". C'est cela qui me semble ne pas cadrer avec le légendaire. Mon idée est que cette malédiction n'est, au fond, "que des mots". Mais ça ne veut pas dire "rien" chez Tolkien, bien loin de là ! Ces simples mots ont un effet tangible, ils agissent réellement sur le destin de Túrin. A mon sens, la malédiction se réalise parce que les personnages, dans le monde interne, croient à son efficacité. C'est presque un phénomène d'autosuggestion - je ne sais pas si le terme est bien approprié - en tout cas une prophétie auto-réalisatrice. Il est intéressant de voir que le pouvoir de Morgoth, dans cette optique, réside avant tout dans la parole. Ce pouvoir actif de la parole, pour le bien ou le mal, est loin d'être isolé chez Tolkien. On pense à l'Ainulindale, à Tom Bombadil, au chants magiques de Felagund et Sauron, plus généralement des Elfes qui semble l'image de la réalité même. B. |
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Elwe
le 01-04-2004 à 23:48 |
Moraldandil : Ce pouvoir actif de la parole, pour le bien ou le mal, est loin d'être isolé chez Tolkien. On pense à l'Ainulindale, à Tom Bombadil, au chants magiques de Felagund et Sauron, plus généralement des Elfes qui semble l'image de la réalité même. => Sans oublier bien sûr "The Voice of Saruman", celle-là même qui peut influer sur les évènements futurs en interférant avec les actions préalablement décidées par les "faibles" d'esprit et ceux dont la volonté est corrompue...Mais ceci est un autre débat ;o) T3, Chap. VIII. LE NETTOYAGE DE LA COMTE, Page 410: => Cette prophétie/malédiction est-elle plus ou moins identique à celle de Turin (à une moindre echelle bien entendu)? Ou la précision par Saruman : "qu'elle n'est pas de son fait, qu'il ne fait que la prédire", lui enlève le moindre rôle dans sa réalisation...et même dans son initiative? Bon je sais que cette question est un peu H.S. par rapport au fuseau, mais c'est une question que je me pose depuis la lecture de "the tale of Túrin Turambar" (Narn i chîn Húrin) ;oP Julien - Elwë Ier |
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Elwe
le 01-04-2004 à 23:53 |
Excusez moi pour cette "%#$£!?#& de balise mal refermée, je vois des schtroumpfs grognons partout :P | ||||||||||
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lambertine
le 03-02-2005 à 14:15 |
Encore une chose, qui m'est venue à l'esprit au sujet de Turin et de sa malédiction : il me semble qu'à certain moment, on lui a donné un certain "coup de pouce", à cette malédiction. Et pas du tout en voulant du mal à Turin, ou même à qui que ce soit. Comment se fait-il, par exemple, que le roi de Nargothrond et les chefs de son armée se fient à se point aux avis d'un étranger, plus, d'un gamin de vingt-trois ans (si j'ai bien compté...) pour établir leur stratégie militaire ? Pire (si j'ose dire...): Beleg lui-même participera à l'accomplissement de la malédiction (et indirectement, à sa propre mort)... en soignant et sauvant Androg. Ce qui va décupler la haine de Mim à son égard, et être en partie à la source de sa trahison. |
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Aglarond
le 05-02-2005 à 17:41 |
Je tombe sur un fuseau très riche... Je parlais justement à Noël avec Findirato de la conception chrétienne du libre-arbitre chez Tolkien, et particulièrement concernant les Hommes, quand on avait pensé brusquement à Túrin qui mettait une sérieuse écharde dans ce beau concept... Moraldandil a parfaitement exposé la problématique, et toutes les réponses sont extrèmement intéressantes et permettent, au moins en partie, voire plus, de lever le problème. Cependant, n'a été adopté jusqu'ici que le point de vue interne. Je voudrais donc rajouter quelque chose d'un point de vue externe. Or, que trouvons-nous chez Sigurd ? Evidemment, les versions sont légion, puisque Siegurd germanisé en Siegfried a notamment été repris dans la Chanson des Nibelungen puis dans la Tétralogie de Wagner. Mais plusieurs éléments sont réccurrents et font immanquablement penser à Túrin : On note aussi la présence d'une cape qui rend invisible, mais là on pense à son cousin Tuor. Peu d'intérêt, donc. Il est en tout cas intéressant de noter qu'un des thèmes principaux de ce conte est l'inéluctabilité du destin. Je n'arrive plus à retrouver où quelqu'un affirmait que Túrin était la transcription de Sigurd par Tolkien à son univers (si quelqu'un peut le trouver...). Sachant qu'il l'a écrit très tôt et qu'il l'a maintes fois remanié, preuve d'un grand intérêt, cela apparaît vraisemblable. On aurait alors l'explication externe d'une certaine incohérence avec le reste de son oeuvre... Ce qui n'empêche pas, je dirais même qui nécessite, de trouver une explication interne, ce qui a été bien fait ici. Amicalement, |
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Moraldandil
le 05-02-2005 à 20:40 |
N'est-ce pas au mémoire de maîtrise de Laurent Alibert Imaginaire médiéval et mythologique dans l'œuvre de Tolkien que tu fais allusion ? | ||||||||||
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Aglarond
le 05-02-2005 à 22:43 |
Ah non, je ne l'avais pas lu... Mais ça conforte ce que j'ai dit. | ||||||||||
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lambertine
le 06-02-2005 à 16:36 |
Arf... contrer la malédiction, j'ai pu ! Longue vie à ces fuseaux sur Neithan ! |
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Section « Le Légendaire »
Fuseau « Túrin maudit : une illusion d'optique ? » | |
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