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Atteindre la
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de la crème jaune et des rayons de miel...
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sosryko
le 21-06-2003 à 22:13
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"Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine..." 13-06-2002 13:58 C'est toi qui poses la question, Vinyamar? pourtant c'est toi qui l'a évoqué sur ce fuseau ;-) Si tu désires que je développe, c'est bien ce que j'ai plus ou moins l'intention de faire si j'arrive à trouver le temps de présenter le parallélisme entre Väinö et Tom; mais là, je n'ai vraiment pas le temps. Il te faudra être patient (tout comme moi, qui trépigne!) ...à bientôt j'espèreHoum houm..."trépigner",Houm humm... c'était un peu fort peut-être, Houm...puisqu'il aura fallu attendre pus d'un an pour que Hummm je m'y mette vraiment...;-) Mais Vynyamar revenu, je lui devait bien ça. Houm ;-))
Tom Bombadil a commencé, modestement, entre 1925 et 1934, par être le personnage d’une histoire jamais achevée qui aurait eu pour but d’amuser les enfants de Tolkien, John et Michael. Seules nous sont parvenues les premières phrases du conte qui commençait par : « Tom Bombadil était le nom d’un des plus vieux habitants du royaume »…l’amusement étant à trouver dans la description du personnage, description qui restera attachée à Tom, celle d’une poupée hollandaise qui appartenait à Michael [Carpenter, p.216]. Et si John n’aimait pas la poupée de son petit frère, Tolkien s’attache au personnage qu’elle avait permis d’engendrer visuellement. Ainsi, Tom Bombadil réapparaît dans un poème, achevé celui-là, Les aventures de Tom Bombadil, publié pour la première fois le 13 février 1934 dans The Oxford Magazine. Il existe un autre poème, à placer certainement autour de cette période, mais non publié à l’époque [cf. HVI, p.115-6]. Et si Les Aventures de Tom Bombadil commence par un « Old Tom Bombadil was a merry fellow » des plus programmatiques, le poème inédit du vivant de Tolkien se termine par une « chanson » de Tom sur deux strophes tout aussi porteuses d’une synthèse du personnage : (And he sang) « Go, boat ! Row ! The willows are a-bending, reeds are leaning, wind is in the grasses. Flow, stream, flow ! The ripples are unending ; Green they gleam, and shimmer as it passes.Run, fair Sun, through heaven all the morning, Rolling golden ! Merry is our singing ! Cool the pools, though summer be a-burning ; In shady glades let laughter run a-ringing ! » [HVI, p.116] Alors, et au moins jusqu’en 1938, Tom Bombadil représente « the spirit of the (vanishing) Oxford and Berkshire countryside » [L19, 16/12/1937]. Tolkien, à cette époque (fin 1937), suite au succès de Bilbo le Hobbit, continue d’écrire, et commence « une nouvelle histoire sur les Hobbits », le premier chapitre est déjà écrit : ‘Une réception depuis longtemps attendue’…et, souhaitant également au fil du temps faire de Tom « le héros d’une histoire » [L19], décide de l’introduire dans l’univers littéraire naissant du Seigneur des Anneaux et donc de le rendre participant du Légendaire de la Terre-du-milieu : « In historical fact I put him in because I had already 'invented' him independently (he first appeared in the Oxford Magazine) and wanted an 'adventure' on the way. » [L153, 09/1954] Tom Bombadil, par cet acte, est devenue « une énigme […] (intentionnellement)» [L144, 25/04/1954] Tolkien à l’époque où il compose et enrichit le personnage de Tom Bombadil connaît depuis fort longtemps déjà (1911) la mythologie finnoise grâce au Kalevala, une collection de poèmes épiques recueillis, organisés et façonnés par Elias Lönnrot au XIXème siècle à partir de la tradition poétique populaire finnoise. L’influence du Kalevala sur Tolkien fut énorme, on le sait ; ne serait ce que dans la création du Quenya (cf. [Carpenter, p.86] et la section Sources Mythologiques, sur JRRVF ) ou dans ses premiers écrits annonçant le Légendaire (cf. la réécriture, inachevée, en 1914, du cycle de Kullervo qui deviendra la tragédie de Túrin Turambar et de sa sœur Níniel ; cf. [L131, p.150] et [L257].) L’objet des comparaisons littéraires qui vont suivre est, tout en essayant de faire découvrir la beauté des chants du Kalevala, de montrer que la nature et les caractéristiques de Tom Bombadil s’inspirent (en partie seulement) de la mythologie finnoise, et plus particulièrement du héros finnois qu’est Väinämöinen. En partie seulement, car il serait ridicule d’affirmer que Tom est Väinö, tant les deux personnages sont, sur certains points, si radicalement éloignés. De plus ce serait faire une grave confusion : le Monde Secondaire de Tolkien n’est pas le monde du Kalevala. Pourtant, si, comme je le pense, on peut accepter certains rapprochements sur des traits communs et fondamentaux de Tom et de Väinö, la matière dont nous disposons sur Väinö ne pourrait-elle pas éclairer en partie l’énigme qu’est Tom ? « Car un détail ‘vu’ peut ne pas avoir été ‘fait’ ; un détail peut être ‘inventé’, au sens archéologique du terme, par le désir de celui qui regarde. Mais, si ce détail a été incontestablement voulu et fait par le peintre, qu’en est-il alors du peintre dans ce détail et dans le tableau ? » Daniel Arasse -- Le Détail
Rques: (1) J’appellerai la “section Bombadilienne” cette partie du Seigneur des Anneaux qui s’étend depuis la première apparition de Bombadil (“Soudain il s’arrêta” = SdA I.6 {140}) à son adieu aux quatre hobbits (“…et s’en fut en chantant dans le crépuscule” = SdA {170}) (2) les citations du Kalevala seront tirées de la traduction de G. Rebourcet pour la collection de L’aube des Peuples, Gallimard et notée [K. chant] ou [chant.vers] ou (vers) en référence au dernier chant cité. (3) Les citations du Seigneur des Anneaux peuvent avoir leurs références entre crochets (auquel cas, elles renvoient à l’édition anglaise en trois volume d’Houghton Mifflin (renewed 1993-1994 by Ch. Tolkien) ou bien entre accolades ( édition française dite « du centenaire » (1992)). (4) Les poèmes de Tom Bombadil seront référencés par les termes ATB ( Les Aventures de Tom Bombadil) et BB ( Bombadil en Bateau).
(1) Le Premier et le sans âge Au cours du Conseil d’Elrond, Glorfindel dit de Tom qu’« il fut le Premier » (« he was First »[259]{294}), Elrond, juste avant, venait de dire que Tom, autrefois (il y a si longtemps qu’il en avait oublié le bonhomme !), « même alors, était plus vieux que les vieux » et se nommait « Iarwain Ben-adar, le plus ancien et le sans-père » ( « oldest [= le plus vieux] and fatherless » [258]{293}). Tolkien dans une lettre révélera que Tom est un être « premier » (‘primeval’), qui était là au commencement des temps d’Arda :
« and if 'in time' Tom was primeval he was Eldest in Time. » = et si ‘dans le temps’ Tom fut primordial il fut l’Aîné dans le Temps. [L153] Et Tom Bombadil confirmera cela de son propre aveu, parlant aux quatre hobbits qu’il a secouru (Frodon, Sam, Merry et Pippin) de temps les plus reculés, avant l’arrivée des Hobbits, avant celle des Hommes, avant même celle des Elfes, un temps où la Terre-du-milieu, déserte d’hommes, était également sans arbres, car sans pluie et sans gland pour faire pousser le chêne : When they caught his words again they found that he had now wandered into strange regions beyond their memory and beyond their waking thought, into times when the world was wider, and the seas flowed straight to the western Shore; and still on and back Tom went singing out into ancient starlight, when only the Elf-sires were awake. Then suddenly he slopped, and they saw that he nodded as if he was falling asleep. The hobbits sat still before him, enchanted; and it seemed as if, under the spell of his words, the wind had gone, and the clouds had dried up, and the day had been withdrawn, and darkness had come from East and West, and all the sky was filled with the light of white stars. (…) ‘Who are you, Master?’ he asked. ‘Eh, what?’ said Tom sitting up, and his eyes glinting in the gloom. ‘Don’t you know my name yet? That’s the only answer. Tell me, who are you, alone, yourself and nameless? But you are young and I am old. Eldest, that’s what I am. Mark my words, my friends: Tom was here before the river and the trees; Tom remembers the first raindrop and the first acorn. He made paths before the Big People, and saw the little People arriving. He was here before the Kings and the graves and the Barrow-wights. When the Elves passed westward, Tom was here already, before the seas were bent. He knew the dark under the stars when it was fearless - before the Dark Lord came from Outside.’ = Quand ils entendirent de nouveau ses paroles, ils s'aperçurent qu'il était passé à présent dans des régions étranges qui dépassaient leur mémoire et leur pensée éveillée, en des temps où le monde était plus vaste et où les mers montaient droit à la côte ouest; et toujours allant et venant, Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. Puis il s'arrêta brusquement, et ils le virent dodeliner de la tête comme s'il s'assoupissait. Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles. (…) – Qui êtes-vous, maître ? demanda [Frodon]. – Hein, quoi? dit Tom, se redressant, les yeux étincelant dans la pénombre. Ne connaissez-vous pas encore mon nom ? C'est la seule réponse. Dites-moi qui vous êtes, vous même, seul et anonyme? Mais vous êtes jeune et je suis vieux. L'Ainé, voilà ce que je suis. Notez mes paroles, mes amis: Tom était ici avant la rivière et les arbres, Tom se souvient de la première goutte de pluie et du premier gland. Il a tracé des sentiers avant les Grandes Gens, et il a vu arriver les Petites Personnes. Il était ici avant les rois et les tombes et les Etres des Galgals. Quand les Elfes sont passés à l'ouest, Tom était déjà ainsi, avant que les mers ne fussent infléchies. Il a connu l'obscurité sous les étoiles quand elle était sans appréhension – avant que le Seigneur Ténébreux ne vint de l'extérieur. [128-9]{153-4} . Il se trouve que Väinämöinen est, lui aussi, « le Premier » ! Par trois fois, Väinämöinen est présenté comme le premier homme, surgi de la mer, venu s’échouer sur un monde sans arbres : une « terre ferme, terre sans arbres » [1.334], une « terre nue, la terre sans arbres » [2.4], « coulant sa vie dans l’île rase, île sans nom, toute nue, la terre sans arbres » [2.6-8]. Pellervo, le fils de la terre, vient l’ensemencer des graines de tous les arbres [chant 2.13-42], Väinämöinen « vient regarder la levée des grains » (45-6), mais constate que « manque aux semailles le chêne, l’arbre Dieu » (49-50), ce qui l’énerve puisqu’«il peste et maudit la canaille » (51), attendant une « longue semaine » de le voir pousser, en vain. Heureusement :
Tursas surgit de la mer (…) jette au feu la fenaison (…) La feuille aimée s’y trouve prise, la feuille aimée, le gland du chêne d’où jaillit la très belle pousse, la brindille verte levée. Fraise tendre, elle sourd de terre, elle pousse en fourche fragile. L’arbre déploie ses branches grandes, il s’étire en rameaux feuillus. la cime se hisse aux nuages, le ramage envahit le ciel, brise la courre des nuages, déchire les flocons pressés, soleil étouffé, jour couvert, il noie les lueurs de la lune. [2.67, 69, 75-88] . Il faut donc désormais « abattre le chêne grand » (107) comprend Väinämöinen qui fait appel à l’aide de sa mère, laquelle envoie un « homme pareil à l’homme (…) venu casser le chêne et fracasser l’arbre fragile » (139, 141-2) Et c’est ainsi que depuis : Lors, qui lui chaparde une branche a pris le bonheur éternel ; qui lui casse et cueille la cime a pris le savoir éternel ; qui coupe le rameau de feuilles se taille l’amour éternel. [2.191-196] . Väinämöinen qui, jusque là, s’était contenté d’observer, participe à l’ensemencement de la terre avec « sept grains pour la semaille » (299). Il crée donc l’agriculture. En cela il se dissocie radicalement de Tom Bombadil, pur observateur de la Nature et hors de l’histoire humaine. Mais il le rejoint lorsque, pour « faire lever les germes par mille », il demande à « Ukko, Dieu dessus les dieux » de faire pleuvoir visiblement pour la première fois tant la description de la prière et de la pluie proprement dite est conséquente : « Ô Ukko, Dieu dessus les dieux, père vieux par-dessus le ciel, poigne de puissance aux nuages et maître des traînes pansues !Mande le haut conseil des nues, le parlement clair des nuages ! Fais germer la nuée de l’est, lève au norois la toison blanche, rameute du ponant les autres, flocons houspillés de midi ! Éclabousse l’aigue du ciel, égoutte le miel des nuages sur les bons grains d’orge levant, sur le chuchotis des semailles ! » Lors Ukko, Dieu dessus les dieux, père vieux par-dessus le ciel, mande le haut conseil des nues, le parlement clair des nuages. Il fait germer la nuée d’est, lève au norois la toison blanche, rameute du ponant les autres, flocons houspillés du midi ; les tasse en monceaux côte à côte, flanc sur blanc les cahote en masse ; il éclabousse l’eau du ciel, le miel des nuées, goutte à goutte sur les bons grains d’orge levant, sur le chuchotis des semailles. L’orge barbé, l’orge se lève, poilu comme souche, il se dresse de la terre, le sillon tendre, le champ sacré de Väinö. [2.317-348] . Ainsi, Väinö, le premier habitant de Kaleva, tout comme Tom, premier habitant de la terre-du-milieu, fut l’observateur de la « première pluie » et de la venue des arbres, tout particulièrement du chêne à partir du « premier gland ». Voilà pourquoi on l’appellera le « sans âge », expression qui souligne le caractère « primordial » de son apparition, évoquant un temps sans observateur pour enregistrer sa venue. Mais une autre expression, plus prosaïque, s’attachera aux deux personnages. (2) Vieux Tom et Väinö le vieux Dès qu’il apparaît et tout au long de la section Bombadilienne, Tom est décrit débordant de vitalité mais également associé à la vieillesse : c’est un « vieux chapeau cabossé» qu’il porte ([117]{141}) et « sa figure [est] plissée de mille rides », certes des rides « de rire », mais des rides malgré tout. Il demeure dans une Vieille Forêt ([127]{152}) et près des Hauts de Galgals, une contrée qui évoque les « vieux contes » ([133]{158}), hantée par de « vieilles créatures » (« old Wight » [139]{165}), dont les arbres « furent plantés dans les temps anciens » (« old days » [134]{159}). Tom lui-même se présente comme un « vieil homme » (« I am old ») et plusieurs expressions le désignent ainsi : « Old Tom Bombadil » (5 fois), « Old Tom » (2x) et « Old man » (2x). Son ennemi, l’Homme-Saule ( « the Willow-man » ([124]{149}), est également un « vieil » ennemi, aux désignations diverses mais jouant toujours sur son âge avancé : « Old Man Willow » (5x : [117, 118, 124, 127]{141, 142, 148, 152} et ATB 35, 64, 86, 125) « Old Willow man » (1x : [117]{141}) « Old grey Willow-man » (1x : [117]{141}) « Old Grey Willowman, he’s a mighty singer » (1x : [124]{148}) En 1934, le premier texte qui met en scène Bombadil fait également profusion de références à « Old Tom Bombadil » (ATB 1, 70, 93, 117, 129), « Old Tom » (ATB 7,50) et « Wise old Bombadil » (ATB 101).
Note internaliste : Curieusement, le second poème des Aventures de Tom Bombadil et autres vers tirés du Livre Rouge, rédigé beaucoup plus tard (en 1962, cf [L240]), reprend exceptionnellement ces dénominations pour l’Homme-Saule (« old Willow-man » : BB 150) ou pour Tom (« Old Tom » en BB 62 & 135). Par contre il y est question du « Vieux Cygne » (BB 67, 75, 151) et du « Vieux Maggot » (BB 141 ; « old farmer » : 115 ; « old friends » : 120). Manifestement, ce poème tiré du Livre Rouge est d’une main autre que celle de l’auteur du premier poème, car l’utilisation de l’adjectif « old » est bien différente : plutôt que d’être appliquée à l’Aîné, au « plus ancien que les anciens » (Tom) et à un « des pères des pères d’arbres, qui se souvenaient du temps où ils étaient seigneurs » (le « dangereux Grand saule » {152}), l’adjectif sert à qualifier un oiseau et un hobbit, êtres qui, certes, peuvent être âgés, mais dont la durée de vie est finalement très limitée.
On retrouve cette manière de désigner un même personnage par diverses variations autour d’un groupe de mots similaires (« vieux », « chanteur », « sage », barbe « grise », « l’aïeul » ou « l’ancêtre ») pour désigner Väinämöinen dans le Kalevala; le phénomène est encore plus impressionnant et s’appuie systématiquement sur la vieillesse de Väinö : « Le vieux Väinämöinen, chanteur sage, barde sans âge » [25.407-8] « Le vieux Väinämöinen, le mage, le barde sans âge » [50.443-4] « Le vieux Väinämöinen, barbe sage » [3.135-6, 211-2] « Le vieux Väinämöinen, barbe sage, barde sans âge » [3.85-6] « Le vieux Väinämöinen, barde sage, mage sans âge » [8.165-6] « Le vieux Väinämöinen, barde sage, barbe sans âge, le chanteur » [41.1-2] « Le vieux Väinämöinen » [1.31, 289 ; 2.89, 101, 125, 237, 287, 359 ; 3.115, 467 ; 4.11 ; 5.35, 144 ; 7.17, 363 ; 9.1, 561 ; 10.55, 131, 497 ; 16.159, 181, 225, 293, 385 ; 17.113, 505 ; 18.111, 191, 683 ; 25.688 ; 37.211 ; 38.293 ; 39.149,243,325 ; 40.1, 13, 253 ; 41.17 ; 42.157, 217, 251, 407, 461 ; 43.75, 99 ; 44.1, 35, 47, 232 ; 46.223, 243, 331 ; 47.129 ; 49.205, 225] « Le vieux Väinämöinen, le sage » [2.257-8 ; 5.5-6 ; 7.195-6 ; 8.17-8, 133-4, 207-8, 219-220, 259-260 ; 10.1, 67-8, 139-140 ; 17.25-6 ; 18.1-2, 175 ; 40.103-4, 205-6, 221-2 ; 42.17, 65-6, 377-8, 428-9 ; 43.23-4, 385-6, 55-6 ; 44.177-8, 197-8 ; 46.81-2 ; 48.157-8, 169-170, 180-1, 201-2 ; 49.191-2] « Le vieux Väinämöinen, mage sage » [49.273-4] « Väinämöinen le sage, le vieux » [46.159-160] « le vieux Väinämöinen, le barde sage » [2.43-4 ; 3.1-21 ; 6.1-2 ; 7.57-8, 209-210, 245-6, 323-4 ; 8.81-2 ; 16.197-8, 211-2, 363-4 ; 17.505-6, 615-6 ; 39.1-2 ; 42.37-8, 53-4, 177-8 ; 43.207-8 ; 47.161-2 ; 49.75-6] « Le vieux Väinämöinen, le sage, (le) barde sans âge » [16.1-2, 101-2, 119-120] « Väinämöinen le vieux barde » [7.183-4 ; 42.101-2] « le vieux Väinämöinen le barde » [7.103-4 ; 9.25 ; 10.113-4 ; 43.333-4, 399-400 ; 46.45-6, 352-3 ; 49.53-4, 259-260, 279-280] « le vieux Väinämöinen le vieux barde » [42.117-8] « Väinämöinen le chanteur de Suvantola » [6.99-100] « Väinämöinen l’enfant des gens de Kaleva » [6.118] « le vieux Väinö » [3.521 ; 5.134 ; 6.178, 217 ; 7.115 ; 9.536 ; 16.209, 273, 309 ; 37.200 ; 38.325 ; 41.256 ; 42.370 ; 44.159 ; 49.385] « Väinö le vieux » [2.365 ; 3.263, 295, 353 ; 7.295 ; 9.11 ; 10.21, 81, 125 ; 16.195, 384 ; 17.581, 592 ; 18.155 ; 21.257, 375 ; 37.221 ; 39.23,41,229,285,409 ; 40.180 ; 46.277 ; 47.357 ; 48.85, 183] « Väinö le barde » [3.433 ; 9.520 ; 50.479] « Väinö le chanteur de Suvantola » [6.61-2] « Le vieux Väinö, barde sage » [8.99] « Le vieux Väinö, le chanteur aux runes sans âge » [25.735-6] « Väinö le vieux barde, le chanteur aux runes sans âge » [46.145-6] « Väinö le vieux barde sage, le chanteur des runes sans âge » [48.1-2] « Väinö, le vieux chanteur, le sage » [39.401-2] « Väinö, le vieux barde sage » [7.1] « Väinö le vieux (le) barde » [3.235, 365, 381, 397 ; 5.164 ; 6.111-2 ; 9.547 ; 10.31 ; 16.245 ; 17.93, 131, 573, 599 ; 18.463-4 ; 21.315, 353, 383 ; 49.231, 399] « Väinö le vieux barde sage » [8.41, 197, 237 ; 10.59 ; 17.1, 49 ; 39.93,207 ; 40.121, 151, 175 ; 42.1, 233, 261, 415, 521 ; 43.173, 289 ; 44.69, 215 ; 46.171, 471, 567, 577 ; 47.1, 313, 319 ; 48.193 ; 49.253, 295 ; 50.448] « Väinö le vieux barde, le sage » [40.230-1] « Väinö le barde sage » [16.280 ; 46.607] « Väinö le barde sage, le vieux » [8.113-4] « Väinö le vieux barde » [7.110 ; 39.129,141,161,257,275,383,421 ; 41.169, 212, 217, 233 ; 42.189, 446 ; 43.164 ; 46.299 ; 47.111, 147, 149 ; 48.107] « Väinö le vieux chanteur » [10.159 ; 40.167 ; 42.493 ; 44.167, 249, 307 ; 48.121, 267 ; 50.501] « Väinö le vieux chanteur, le sage » [49.159-160] « Väinö le vieux chanteur, le grand sage » [46.21-2] « Väinö le vieux chanteur, barbe sage, barde sans âge » [49.81-2 ; 6.89-90] « le vieux barde sans âge, Väinö le vieux » [9.577-8] « Väinö le vieux barde, barbe sage, chanteur sans âge » [6.27-8] « Väinö le vieux barde sage, le chanteur » [46.95-6 ; 47.215-6 ; 48.259-260 ; 49.111-2, 393-4] « Väinö le vieux sage » [8.31 ; 40.189] « Väinö, le mage sage, le vieux barde, chanteur sans âge » [42.81-2] « Väinö le vieux barde, chanteur mage, barbe sans âge » [45.191-2, 312-3] « Väinö le vieux barde sage, chanteur mage, barbe sans âge » [45.355-6] « Väinö le barde sage, le vieux chanteur » [7.275-6] « Väinö la barbe vieille » [18.661] « Väinö le vieux barde, le chanteur des runes sans âge » [25.711-2] « Le vieux Väinö, le sage, le barreur de rune outre mémoire » [25.673-4] « Le vieux Väinämöinen, barreur des runes par les âges » [21.363-4] « le barde sage » [37.214] « le barde brave » [1.342] « le vieux brave » [3.534] « le barde sans âge » [1.287-8] « le sage » [2.9 ; 38.294 ; 43.102] « le vieux » [3.415] « le mage » [3.536] « le barde » [5.145 ; 10.22] « le vieux barde » [21.369 ; 38.295 ; 39.129 ; 42.527 ; 46.86] « le vieux sage » [3.183] « le vieux chanteur » [4.14] Ilmarinen l’appelle « Väinö, barbe vieille » [10.64 ; 37.206], « Väinö, barbe blanche » [10.102 ; 18.457], « Väinö, barbe blanche, barde sage, chanteur sans âge » [10.77-78] et « Väinö, vieille barbe ! Mage sage, barde sans âge ! » [49.387-8] Lemminkäinen l’appelle « Väinö le vieux chanteur » [39.378] et « Väinö, vieille barbe » [39.392], « Väinö, barbe vieille » [49.288] Ahto l’appelle « le très-vieux barde » [41.142] Vellamo l’appelle « Väinö, bon vieux barde ! » [43.169] Aino : « Väinö, barbe très-vieille » [5.99] Louhi, patronne de Pohjola, ennemi de Väinö l’appelle « Ô Väinö, barbe très-sage, mage vieux, grand barde sans âge ! » [7.305-6], « Väinö, la barbe blanche » [18.618], « le vieux de Väinölä » [18.632], « Väinö le vieux barde » [20.573], « vieillard crotteux, Väinö vilain, vieille barbe ! » [43.214-5] Joukahainen : « Väinö, barbe vieille et barde sans âge » [3.129-130], « Väinö, barbe grise, mauvais chanteur et grand gousier ! » [3.259-260], « Väinö, grand barde, grand sage, mage de savoir éternel ! » [3.345-6], « Väinö, vieux barde sage » [3.407, 427], « Väinö, vieux barde sage ! Mage du savoir éternel ! » [3.450-1], « Väinö vieux barde » [6.197] Väinö se présente lui-même comme « Väinö le vieux barde » [47,149] Jouka et deux femmes, la mère de Jouka et Louhi la vieille, le désignent comme « le fils (de) Kaleva » [6.122, 218], « l’homme grand de Suvantola , la perle de Kalevala» [6.233-4], « l’enfant de Kaleva » [6.214], « l’enfant des gens de Kaleva » [6.118], « le fiancé d’Uvanto » [7.186], « le fils d’Uvanto » [7.242] Annikki l’appelle « vieux Väinö » [18.131, 173], « l’aïeul d’outre-temps » [18.658] et « l’ancêtre » [18.660] (3) Sans Père
Le mystère des deux personnes augmente lorsqu’on découvre que toutes deux sont sans père. Pour Tom, nous le savons grâce à Elrond qui rappelle que son ancien nom Iarwain Ben-adar signifiait « le plus ancien et sans-père » (« oldest and fatherless » [258]{293}). Rque : bien qu’un poème du Livre Rouge attribue, à un certain « Tom », un oncle « Tim », frère du père de Tom (« Tam » ? ;-) ; cf. Stone Troll 10, 17 et24 en [201-203]), et tout en reconnaissant que ce « Tom » est décrit portant des bottes comme Tom Bombadil, rien ne nous est dit sur l’auteur de cette chanson très populaire à l’époque de Sam (« vieil air » [201]) ; un auteur qui, plutôt que de rapporter des faits, semble avoir voulu faire œuvre éducative et festive. Aussi, et parce qu’il s’agit de la lectio difficilor, il faut accepter la tradition elfique d’un Tom Bombadil sans-père. Väinämöinen lui aussi, est sans géniteur masculin. Et sa conception hors norme a lieu alors que le monde est vide de vie : les nuits nous viennent seules, noires, les jours lèvent seuls, soleils pâles, tout seul Väinämöinen un jour est né, barde sans âge par le ventre de la porteuse, Ilmatar, la mère du monde. [1.105-109] . Väinämöinen n’a pas de père puisque Ilmatar n’a pas connu d’homme : « la vierge vit […] jour et jours en vie de pucelle », elle est « fille du ciel » et « dame belle de la nature » (111-114). En fait c’est « la mer [qui] engrosse la pucelle » (136), mais il s’agit d’une auto fécondation, puisque Ilmatar est « mère de l’eau » (143), « la mère des eaux , dame de l’eau, vierge du ciel » (195-6), « vierge de l’air » (218) et « mère du monde » (344). le temps passe, le temps s’avance, les années chassent les années [1.245-6] (…) Or mais Väinämöinen n’est point né, le barde sans âge. (…) [1.287-8] S’ennuyant, il décide de naître pour « regarder la lune au ciel, le soleil aux rayons de joie, (…) apprendre la Grande Ourse et reguigner vers les étoiles » (310-314).
Lors il dévale vers la mer, tête et bras roulant à la houle ; (…) Cinq ans vaque, cinq ans dérive, cinq années, six année tantôt, puis l’an septième, et le huitième. Il se dresse enfin sur l’eau grande, vers le cap aux rives sans nom, terre ferme, terre sans arbres. Il se hisse, genoux en terre, se cambre à la force des bras : il est debout pour voir la lune, pour s’ébahir au pied du jour, il suit les voies de la Grande Ourse et ses yeux boivent les étoiles. Ainsi Väinämöinen a vu le jour, le barde brave, par le ventre de la porteuse, Ilmatar la mère du monde. [1.325-6, 329-344] . Nous retrouvons l’écho du cheminement de Väinö dans celui de Tom ; rappelons-nous ses propres paroles (en revenant à la version primitive entre crochets d’après [HVI, p.121)]) où il se présente comme « L’Aborigène » de la Terre-du-milieu, véritable témoin cosmogonique («primeval [being] ») :
« [Je suis un Aborignè, c’est ce que je suis, l’Aborig,nèe de cette terre]. (…) [Tom] a tracé des sentiers avant les Grandes Gens, et il a vu arriver les Petites Personnes. Il était ici avant les rois et les tombes et les Etres des Galgals. [Il a vu le Soleil se lever et la Lune le suivre, avant que le nouvel ordre des jours ne fût fixé]. Quand les Elfes sont passés à l'ouest, Tom était déjà ainsi, avant que les mers ne fussent infléchies. Il a connu l'obscurité sous les étoiles quand elle était sans appréhension (…) » . Notons que ce plaisir qu’il a de contempler les astres traverse des Âges puisqu’il invite les hobbits à chanter « soleil, étoiles et lune » : « Now let the song begin! Let us sing together Of sun, stars, moon (…) » = Que les chants commencent ! Chantons en chœur Le soleil, les étoiles, la lune (…) [131]{144} . Notons encore que la chanson qu’il apprend à Frodon et à ses compagnons repose, en partie, sur une invocation « par le feu, le soleil et la lune » ([145]{156}) et relevons plus particulièrement combien Tom, tout comme Väinö, semble attaché ou lié aux étoiles : (…) and it seemed as if, under the spell of his words, the wind had gone, and the clouds had dried up, and the day had been withdrawn, and darkness had come from East and West, and all the sky was filled with the light of white stars. (…)The stars shone through the window and the silence of the heavens seemed to be round him. = et il semblait que, sous le charme de sa parole [Tom], (…) tout le ciel fût rempli de la clarté de blanches étoiles. (…) Les étoiles brillaient à travers la fenêtre, et le silence des cieux semblait l’environner [Frodon]. [128-9]{153} . Sosryko To be continued...
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sosryko
le 22-06-2003 à 09:37
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(4) Liés à la navigation en barqueLe seul titre de Bombadil en bateau nous rappelle que Tom est lié à l’eau et à la navigation, entretenant et réparant lui-même son propre bateau :
This day I'll mend my boat and journey as it chances west down the withy-stream, following my fancies!" (…) Tom laughed to himself: "Maybe then I'll go there. I might go by other ways, but today I'll row there." He shaved oars, patched his boat; from hidden creek he hauled her through reed and sallow-brake, under leaning alder, then down the river went, singing: "Silly-sallow, Flow withy-willow-stream over deep and shallow!" [BB 5-6, 19-24] . Väinämöinen fait de même ; mieux encore, il fabrique sa barque, « compagne aux riens de l’eau » : « J’ai chantourné la barque bonne, chantaillé la gabarre ferme, elle est rude sous la rafale et tenace au mitan du grain, elle est fière à fendre les vagues, bonne compagne aux riens de l’eau : elle se dresse en bulle claire, se glisse en lisse nénufar, à travers les eaux de Pohja, les vagues, les bonnets d’écumes. » [ 18.685-694] . Car pour les voyages, c’est en bateau que Väinämöinen aime à se déplacer : Väinö le vieux parle mieux : « Route en terre est route plus sûre, chemin sûr mais sentier plus dur, la voie de terre est voies d’embûches. La barque à la vague est joyeuse, la gabarre cingle au vent d’aise, elle écume les eaux béantes, et la vague est bonne voisine : le vent ballotte la gabarre, la vague mène le bateau, vent du ponant pour les embruns, vent du midi, bon vent d’arrière. » [39.41-52] . Même si, « la route des eaux » [ 40.5] n’est pas toujours facile : Le vieux Väinämöinen Un jour descend les eaux de terre, Un autre les eaux de paluds, Le jour tierce l’eau du rapide. (…) à l’orée du rapide en feu, aux turbies du courant sacré. (…) Or donc Väinö le vieux barde Lâche la gabarre au roulis. Il dévale entre les écueils Par les tourbies, les remous rude ; (…) [40, 13-16, 19-20, 83-6] . Ce qui n’est pas sans rappeler Tom descendant la rivière Tournesaules (Withywindle) jusqu’à son arrivée agitée à Grindwall : then down the river went, singing: "Silly-sallow, Flow withy-willow-stream over deep and shallow!" (…) Tom came to Withy-weir. Down the river rushing foamed into Windle-reach, a-bubbling and a-splashing; bore Tom over stone spinning like a windfall, bobbing like a bottle-cork, to the hythe at Grindwall. [BB 5-6, 77-80] . (5) Mariés à une jeune fille liée à l’eau En fait, si les deux poèmes qui lui sont consacrés (maiségalement la section bombadilienne) associent Tom Bombadil à l’eau, le lecteur retient surtout que Tom est le compagnon de Baie d’Or (Goldberry), femme perpétuellement jeune (« aussi jeune et aussi ancienne que le printemps » [120]{143} ; « young Goldberry » = ATB 24) ; laquelle « Belle dame Baie d’Or », plus encore que Tom, est explicitement associé à l’eau jusque dans ses appellations. En effet elle est « la fille de Dame Rivière » ([117]{141}, ATB 12), « la fille de la Rivière » (‘daughter of the River’[121]{145} ; ‘The River’s daughter’ [120, 121, 124]{143, 146, 148} ; ‘the River-daughter’ ATB 38, 105) et « la petite dame de l’eau » (‘little water-lady’ ATB 22). C’est en tant que « dame de l’eau » qu’elle apparaît à Frodon et ses amis, au point que ceux-ci la prennent pour une « belle jeune reine-Elfe vêtue de fleurs vivantes » ([145]):
Ses cheveux blonds tombaient en longues ondulations sur ses épaules; sa robe était verte, du vert des jeunes roseaux, chatoyant d'argent semblable à des perles de rosée; et sa ceinture était d'or, façonnée comme une chaîne d'iris des marais émaillée des yeux bleu pâle de myosotis. A ses pieds, dans de grands vaisseaux de poterie verte et brune, flottaient des lis d'eau, de sorte qu'elle semblait trôner au milieu d'un étang. (…) sa robe bruissait doucement comme le vent sur les rives fleuries d’une rivière. {121}[145] . On découvre alors que Baie d’Or aime à s’entourer de plantes aquatiques (roseaux, joncs, iris des marais, les myosotis qu’elle porte à son marriage [ATB 119]…) mais qu’elle affectionne tout particulièrement les nénuphars (ou « lis d’eau » = ‘water-lilies’), avec leurs « feuilles vertes » et leur « lis blancs », que Tom lui apporte, se souvenant les jeux de séduction parmi les nénuphars avec Baie d’Or (cf. ATB 11-14) : I had an errand there: gathering water-lilies, green leaves and lilies white to please my pretty lady, the last ere the year’s end to keep them from the winter, to flower by her pretty feet tilt the snows are melted. Each year at summer’s end I go to find them for her, in a wide pool, deep and clear, far down Withywindle; there they open first in spring and there they linger latest. By that pool long ago I found the River-daughter, fair young Goldberry sitting in the rushes. Sweet was her singing then, and her heart was beating! = J'avais à faire par là: cueillir des lis d'eau, des feuilles [vertes] et de blancs lis pour le plaisir de ma jolie dame, les derniers avant la fin de l'année, pour les préserver de l'hiver, pour qu'ils fleurissent près de ses jolis pieds avant que les neiges ne soient fondues. Chaque année, à la fin de l'été, je vais les chercher pour elle, dans un grand étang profond et clair, loin en aval du Tournesaules; là, ils s'ouvrent les premiers au printemps et là, ils durent le plus longtemps. Près de cet étang, jadis, j'ai trouvé la Belle de la Rivière, la belle jeune Baie d'Or, assise dans les joncs. Doux était son chant, et son coeur battait! [124]{148} . Ainsi, ne faut-il pas nous étonner de découvrir « la belle jeune Baie d’Or » porter des vêtements aux couleurs du « vert des roseaux » ({154}), du blanc de fleurs de nénuphars ou de l’argent des poissons et des reflets sur l’eau ( « elle étaie toute vêtue d’argent avec une ceinture blanche » {154}) ; ne nous étonnons pas non plus alors de la voir se chausser de « chaussures ressemblant à des écailles de poissons », elle qui, « jeune Baie d’Or », « plongeait au plus profond », « là où l’eau est plus sombre, plus bas que les roseaux » (ATB 21-3). Ses cheveux « coulent » en cascade (« flowing hair » ATB 107) ; lorsqu’elle danse « une lumière semblable au reflet de l’eau sur l’herbe humide de rosée étincelle sous ses pieds » ([132]{157}) tandis qu’alors qu’elle « tient une chandelle (…) protégeant de la main la flamme (…), la lumière coule au travers, comme un rayon de soleil au travers d’un blanc coquillage. » ([129]{154}) Et si, comme Bombadil, elle affectionne tout particulièrement le chant, elle est spécialisée dans les « chansons de pluie » ([127]{151}), les « vieilles chansons d’eau » (ATB 108) et sa « voix claire (…), [est] semblable à la chanson de l’eau joyeuse coulant dans la nuit d’un brillant matin des collines, (…) argentine » ([120]{143}) ; au point que lorsqu’elle chante ses « chansons commencent gaiement dans les collines et retombent doucement dans le silence ; et durant les silences, [on] voit en pensée des étangs et des eaux plus vastres que toutes celles (…) connues » ([129]{154}).
Rque : Dame Rivière (River-woman) est une personne, tout comme l’Homme Saule (Willow-man) ; elle est ; explicitement mentionnée à deux occasions comme « la mère » de Baie d’Or (ATB 23-24 et 115).
Väinämöinen, quant à lui, est très malheureux en ménage, mais les trois femmes qu’il convoite, toute des jeunes filles, sont associées à l’élément liquide (la mer, mais aussi les rivières de par la mère d’une des jeunes filles). Ainsi, suite à un concours de chant magique qu’il a remporté, Väinämöinen se voit promis pour femme la sœur de Joukahainen, la jeune Aino. Celle-ci désespérée, meurt noyée.
« Mieux vaudrait vivre dans la mer Et loger par-dessous la houle, Petite sœur des lavarets, Frère entre les poissons de l’eau, Que d’être à la guise du vieux (…) » [4.247-251] Lors jette sa chemise au saule, Sa robe à la branche d’un tremble, Ses bas sur la terre sans neige, Ses souliers sur la pierre d’eau, Toutes ses perles sur la grève, Aux dunes de sable ses bagues. À fleur d’eau la pierre est diaprée, Un écueil éclaboussé d’or : Elle veut nager vers la pierre, Tâche de rejoindre l’écueil. Or quand elle touche la pierre, Elle tient prise pour s’asseoir Sur la pierre aux flancs de chamarre, L’écueil noyé par le soleil : La pierre dévale dans l’eau, L’écueil se sauve vers le fond, Et la fillette avec la pierre, Aino, prise avec l’écueil. [4.-309-326] . Lorsque sa mère apprend la nouvelle, elle « pleure à grand sanglots / l’eau ruisselle à son nid de larmes » (435-6), « roule une larme, une autre larme » (451, 455, 459, 463, 467) le long de son corps jusqu’au sol où : (…) l’eau déroulée jusqu’en terre se met à courir en rivière : trois rivières prennent leur source et s’enflent par l’eau de ses armes, larmes jaillies par son visage, filées par le coin des paupières. Chaque rivière se méandre Au feu d’embruns de trois rapides, Chaque rapide s’éclabousse A trois brisants levés de l’eau, Chaque brisant se hausse en marge D’une butte d’or escarpées, A la cime de chaque butte Trois bouleaux, branches déployées, Au coupeau de chaque bouillard, Trois coucous perchés, gorge d’or. [4.473-488] . Non seulement la mère de la femme convoitée par Väinämöinen est associée aux rivières (puisqu’elle les crée de ses propres larmes), mais ce passage qui décrit le cycle de l’eau allant des rivières aux rapides et des rapides à la mer (cf « les brisants ») n’est pas sans rappeler la chanson de pluie de Baie d’Or : Tandis qu'ils regardaient par la fenêtre, descendit doucement vers eux, comme portée par la pluie, la voix claire de Baie d'Or. Ils n'entendaient que quelques mots, mais il leur parut évident que c'était une chanson de pluie, aussi douce que les averses sur les collines desséchées, et qu'elle contait l'histoire d'une rivière de sa source dans les hautes terres jusqu'à la mer, loin en contrebas. [127]{151} . Par la suite, Väinämöinen découvre qu’Aino n’est pas morte mais qu’elle est devenue (à nouveau ?) femme poisson, fille de Vellamo ( dame de l’eau) et d’Atho ( roi des eaux) ; elle lui dit : « Ô Väinö barbe très-vieille ! Je ne suis point de cette écaille Ni saumon qu’on taille à sa guise, Ni truite qu’on découpe en darnes Pour ton déjeuner de matines (…) Je ne suis point de gent saumone ni perche des houles profondes : Je suis fille, jeune pucelle, La sœur de Jouka le jeune, Jour et jour tu m’as galantée, Tu m’as désirée chaque jour. Ô toi, Väinämöinen, Pauvre nigaud, piètre vieillard, Tu n’as pas su la retenir, L’enfant de l’eau, de Vellamo, La fille d’Atho sans pareille ! » [5.99-103, 123-133] . Väinö est triste, « le cœur chagrin », il « déchante sa triste parole » : « Jour et jour j’ai langui pour elle, ma vie à demi j’ai voulu l’enfant de l’eau, de Vellamo, la fille dernière de l’eau, qu’elle soit l’amie de toujours, la compagne au bras de ma vie. Elle est venue prendre à ma ligne, Elle a roulé dans ma gabarre : Je n’ai point su la retenir Ni la mener à mon logis Je l’ai relâchée à la vague, Par-dessous la houle profonde ! » [5.180-191] . Après Aino et la femme poisson (qui étaient initialement deux personnages différents que Lönnrot, le compilateur du Kalevala, a fondus en un seul) apparaît une troisième jeune fille, « la fille de Pohja, la belle, la pucelle » [ 18.677-8], « Annikki la belle nommée » [ 18.41, etc] : Le vieux Väinämöinen le sage songe, il se promet d’aller galenter la pucelle, de lorgner la nuque natée dans les ombres de Pohjola, les ténèbres de Sariola, la fille famée de Pohja, fiancée rare du norois. [18.1-8] . Annikki, « la belle pucelle », à la nuque « natée » n’est pas sans rappeler Baie d’Or, « la belle vierge » (‘pretty maiden’ ATB 19) qui pouvait à l’occasion porter des « tresses blondes » comme nous l’apprend ATB 134 (« fair Goldberry combed her tresses yellow »). De plus, lorsque Baie d’Or apostrophe Tom Bombadil venu « tremper sa barbe au fil de l’onde » (ATB 11), elle le fait d’une manière identique à celle dont use Annikki, « au rebord de la jetée » (47), voyant Väinämöinen, dans sa barque, venu « galanter la fillette, (et) quêter la main de la pucelle » (195-6) : « Hey, Tom Bombadil ! Wither are you going ? » = Eh, Tom Bombadil ! Où vas-tu donc de ce pas ? said fair Goldberry. « Bubbles you are blowing, frightening the finny fish and the brown water-rat, startling the dabchicks, and drowing your feather-hat ! » [ATB, 15-18] « Väinö, vers où fais-tu route, tout droit, fiancé de la gane, que trames-tu, bijou du monde ? » [18.98-100 ; puis 131-2, 153-4, 173-4, 185-190] . Et Väinö, menteur, de lui répondre, les deux premières fois, qu’il veut « pêcher le saumon, frayer la truite du lac » (113-4), puis qu’il part « à la traque des oies » (134) ; ce qui nous ramène au « poisson effrayé » (‘frightening finny fish’) et aux « canards d’eau » (‘dabchicks’) mentionnés par Baie d’Or. Rque : Arrivé à ce stade, et sachant que nous n’avons au mieux parcouru que la moitié du chemin dans cet inventaire des points de contacts entre Tom et Väinö, je serais tenté de voir dans les termes « finny fish », au-delà de leur fonction poétique, un jeu de mot sur « Finnish » (= finnois). C’est que Tolkien n’est pas à un jeu de mots près ; on pourra, pour s’en convaincre se reporter à la lettre [L55, note 7], ou à la présentation par Christopher Tolkien de l’appendice des noms dans le Livre des Contes Perdus :
Il mérite d'être remarqué que mon père introduisit ici et là des sortes de « calembours historiques » : ainsi par exemple la racine SAHA « être brûlant » produit (en plus de saiwa « chaud » ou sára « ardent ») Sahóra « le Sud », et de NENE « couler » vient nen « rivière », nénu « nénuphar jaune », et nénuvar « étang de nénuphars ». L'on trouve aussi plusieurs ressemblances avec le vieil anglais qui ne sont évidemment pas le fruit du hasard, tels hôr « vieux », HERE « régner », rûm « secret (murmure) ». [LCP, p.647] (une grand merci à Toko ;-)) . De plus, on connaît un autre jeu de mots de Tolkien en forme de néologisme sur le terme ‘finnish » ; en effet dans une lettre écrite en 1955, Tolkien, parlant de son excitation à la découverte de la grammaire finnoise dans la bibliothèque de la faculté d’Exeter, invente le verbe « finlandiser » ou « finnoiciser » :
« C’était comme découvrir une cave à vin complète remplies de bouteilles d’un vin extraordinaire d’un terreau et d’une saveur jamais connus jusqu’alors. J’en fus quelque peu enivré ; (…) et ma « propre langue » – ou les séries de langues inventées – ont été fortement finnoicisées [« Finnicized » (sic)] quant à leur structure et leur style phonétique. » [L163, p.214] . Peut-être donc que la mention, en 1934, du «finny fish » est effectivement un clin d’œil à ajouter à la longue liste des points communs entre les poèmes et la section bombadilienne d’une part et le Kalevala d’autre part. Quoiqu’il en soit, il est temps désormais de passer à une série de points capitaux. Sosryko
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sosryko
le 22-06-2003 à 14:08
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(6) Le chant (6.1) La vie comme un chant Dire que le chant est important pour décrire le personnage de Bombadil serait le plus provocant des euphémisme ! En effet ce pas moins de 54 référence au(x) chant(s) et à l’action de chanter (‘Sing’, ‘sang’, ‘sung’, ‘singing’, ‘song(s)’, ‘tune’) que l’on relève dans la seule section bombadilienne; et que ce chant soit lié à la personne de Tom, nous le constatons avant même sa première apparition (!), alors même que Frodon entend une voix qui chante (trois fois mentionnée dans la VO) et qui annonce (à trois reprises) Tom : - Suddenly [Frodon] stopped. (…) He turned round and listened, and soon there could be no doubt:
(1) someone was singing a song ; (2) a deep glad voice was singing carelessly and happily, (3) but it was singing nonsense:
- Hey dol! merry dol! ring a dong dillo!
Ring a dong! Hop along! fal lal the willow! (1) Tom Bom, (2) jolly Tom, (3) Tom Bombadillo!
- =
Soudain, il s'arrêta. (…) Il se retourna pour écouter et il n'eut bientôt plus de doute : quelqu'un chantait une chanson; une voix profonde et réjouie chantait avec une heureuse insouciance, mais les paroles n'avaient aucun sens :
- Holà ! Viens gai dol ! sonne un dinguedillon !
Sonne un dong ! Saute ! fal lall le saule ! Tom Bom, gai Tom, Tom Bombadillon !
- [116]{140}
. De plus il est fait 11 fois mention des « paroles » de Tom (‘(Tom’s) words’) ; or, presque toujours, il faut voir derrière ce terme une parole chantée : Suddenly out of a long string of nonsense-words (or so they seemed) the voice rose up loud and clear and burst into this song (…) = Soudain, d’une longue de suite de mots dépourvus de sens (ou qui le semblaient) la voix s’éleva, forte et claire, pour entonner cette chanson (…) [116]{140} He then told them many remarkable stories, sometimes half as if speaking to himself, sometimes looking at them suddenly with a bright blue eye under his deep brows. Often his voice would turn to song (…) = Il leur raconta alors maintes histoires remarquables, parfois comme se parlant à demi à lui-même et parfois les regardant soudain d'un œil bleu et brillant sous ses sourcils touffus. Sa voix se muait souvent en chant, (…) [127]{152} . Les poèmes confirment cette vie chantée de Tom Bombadil (‘singing’ : ATB 26, BB 23, 43, 151 ; ‘sang’ : ATB 28, 120, 131; ‘song(s)’ : ATB 108, BB 66, 129, 146). Tom chante comme il respire, Tom respire en chantant ; ce n’est pas sans raison que Tom est décrit par trois fois « chantant » et « sifflant » comme un sansonnet (‘starling’ ; ‘sang’ ATB 120, 131 ; ‘whistling’ [126]{150}) Rque : Vous pouvez écouter un chant d’étourneau sansonnet ici . Et à nouveau, nous découvrons le même mode de vie que Tom (le chant en guise de parole) chez Väinämöinen, « le barde », « le vieux barde », « le barde sage », « le chanteur », « le chanteur de Suvantola », « le chanteur aux runes sans âge », « le barreur de rune outre mémoire » :
Le vieux Väinämöinen, le barde sage vit sa vie (…) Barbe vieille, il chante ses rimes, Les chantourne, les chantebrode. Jour et jour il chante sans trêve, Chanteparle nuit sur nuitée (…) [3.1-2, 5-8] Väinö le vieux barde sage, Väinö sitôt dit ces mots [40.121-2] = Väinö le vieux barde sage, Le chanteur alors parle encore [40.151-2] . Sosryko qui aimerait bien par cette lourde chaleur "dévaler vers la mer" [K.1.325]
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sosryko
le 22-06-2003 à 14:23
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(6.2) le chant joyeuxL’autre aspect étonnant du chant de Bombadil est qu’il s’agit souvent d’un chant de joie ; nous touchons là à la nature même de Tom ; n’oublions pas la première phrase qui l’introduit, en 1934 : Old Tom Bombadil was a merry fellow = Le Vieux Tom Bombadil était un joyeux drille [ATB 1] . Ainsi, puisque le Vieux Tom est, par essence, « joyeux », il est normal que ses chansons le soient également (cf. « Tom’s merry song » BB 66) et surtout, cette joie, par le chant, est une joie qui se communique. Tom génère la joie autour de lui, on le sent à la lecture de la section bombadilienne qui regorge du vocabulaire de la joie, le seul mot ‘merry’ apparaissant 24 fois dans le texte ( ‘joy’ : 4x ; ‘glad’ : 7x ; ‘merrily’ : 3x : mirth : 1x) ! La conséquence de cette vague de joie communicative, c’est le rire, un rire qui forme pour Tom Bombadil une trilogie avec la joie et le chant : Run, fair Sun, through heaven all the morning, Rolling golden ! Merry is our singing ! Cool the pools, though summer be a-burning ; In shady glades let laughter run a-ringing ! » [HVI, p.116] . Ceci explique pourquoi Tom Bombadil peut « éclater » de rire comme il peut « éclater » en chansons :
Tom Bombadil burst out laughing [118]{142} (…) the voice rose up loud and clear and burst into this song [116]{140} There was another burst of song [117]{141} . et ce lien entre le rire et le chant comme mode de vie rend le rire omniprésent (‘laughter’, ‘laugh’, ‘laughing’: 18x), premièrement chez Tom : (…) his eyes were blue and bright, and his face was red as a ripe apple, but creased into a hundred wrinkles of laughter. = (…) ses yeux étaient bleus et brillant, et sa figure d’un rouge de pomme mûre, mais plissée de mille rides de rire. [117]{141} He laughed, and going to Goldberry, took her hand. = Il rit et, s’avançant vers Baie d’Or, il lui prit sa main. [122]{147} Then suddenly he put it to his eye and laughed. (…) Tom laughed again, and then he spun the Ring in the air (…) = Tom le porta soudain à son œil et rit. (…) Tom rit de nouveau, puis il lança l’Anneau en l’air (…) [130]{155} . Ensuite chez Baie d’Or : But before they could say anything, she (…) ran laughing towards them (…) ‘Come dear folk!’ she said, taking Frodo by the hand. ‘Laugh and be merry! I am Goldberry, daughter of the River.’ (…) Goldberry laughed. = Mais avant qu’ils n’eussent pu prononcer un mot, (…) elle accourut vers eux en riant (…) – Venez, chers amis ! dit-elle, prenant Frodon par la main. Riez et soyez joyeux ! Je suis Baie d’Or, fille de la Rivière. » (…) Baie d’Or rit. [121-2]{145-6} ‘The rain has ended,’ she said (…) ‘Let us now laugh and be glad!’ = – La pluie a cessé, dit-elle (…) Rions maintenant, et soyons heureux ! [129]{154} . et finalement chez les hobbits :
Then Tom and Goldberry set the table; and the hobbits sat half in wonder and half in laughter : so fair was the grace of Goldberry and so merry and odd the caperings of Tom. = Puis Tom et Baie d’Or mirent la table, et les Hobbits restèrent assis, mi-étonnés et mi-riant, tant était séduisante la grâce de Baie d’Or et joyeuses et bizarres les gambades de Tom. [129]{154} It was a supper even better than before. The hobbits under the spell of Tom’s words may have missed one meal or many, but when the food was before them it seemed at least a week since they had eaten. They did not sing or even speak much for a while, and paid close attention to business. But after a time their hearts and spirit rose high again, and their voices rang out in mirth and laughter. = Ce fut un souper encore meilleur que le précédent. Peut-être, sous le charme des paroles de Tom, les Hobbits avaient-il manqué un ou plusieurs repas; mais, quand la nourriture fut devant eux, il leur sembla qu'il devait y avoir une semaine qu'ils n'avaient mangé. Ils ne chantèrent, ni même ne parlèrent durant un moment, consacrant toute leur attention aux affaires. Mais après quelque temps, leurs coeurs et leur entrain s'élevèrent bien haut, et leurs voix retentirent, dans la joie et le rire. [129-130]{154} . Ainsi, non seulement la joie de Tom est communicative pour ceux qu’il accueille dans sa maison (« the joy of this house » [128]{152}), mais les chants et « le charme des paroles de Tom » ont le pouvoir d’« enchanter » leurs auditeurs (‘enchanted’ : 3x) : > Hey! Come derry dol! Can you hear me singing? Frodo and Sam stood as if enchanted. = Holà ! Viens derry dol ! M’entends-tu chanter ? Frodon et Sam se tenaient comme sous l’effet d’un enchantement. [117]{141} . Ainsi, Frodon et ses amis, « enchantés » par une joie indéfinissable découvrent, « émerveillés » (‘wonder’ : 6x), un monde de « plaisirs / délices » (‘delight’ : 6x), sous le « charme » des « voix claires » de Tom ou de Baie d’Or (‘spell’ : 3x) qui inspirent leurs cœurs et délie leurs langues : (…) Tom went singing out into ancient starlight, when only the Elf-sires were awake. Then suddenly he slopped, and they saw that he nodded as if he was falling asleep. The hobbits sat still before him, enchanted; and it seemed as if, under the spell of his words, the wind had gone, and the clouds had dried up, and the day had been withdrawn, and darkness had come from East and West, and all the sky was filled with the light of white stars. Whether the morning and evening of one day or of many days had passed Frodo could not tell. He did not feel either hungry or tired, only filled with wonder. The stars shone through the window and the silence of the heavens seemed to be round him. He spoke at last out of his wonder (…) = (…) Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. Puis il s'arrêta brusquement, et ils le virent dodeliner de la tête comme s'il s'assoupissait. Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles. Frodon n’aurait su dire s’il s’était écoulé le matin et le soir d’un seul jour ou bien des jours. Il ne. Il ne ressentait ni faim ni lassitude, il était seulement empli d'étonnement. Les étoiles brillaient à travers la fenêtre, et le silence des cieux semblait l'environner. Il finit par exprimer son étonnement (…) [128-9]{153}- ‘Come dear folk!’ she said, taking Frodo by the hand. ‘Laugh and be merry! (…)
The hobbits looked at her in wonder; and she looked at each of them and smiled. ‘Fair lady Goldberry!’ said Frodo at last, feeling his heart moved with a joy that he did not understand. He stood as he had at times stood enchanted by fair elven-voices; but the spell that was now laid upon him was different: less keen and lofty was the delight, but deeper and nearer to mortal heart; marvellous and yet not strange. ‘Fair lady Goldberry!’ he said again. ‘Now the joy that was hidden in the songs we heard is made plain to me.
- O slender as a willow-wand! O clearer than clear water!
O reed by the living pool! Fair River-daughter! O spring-time and summer-time, and spring again after! O wind on the waterfall, and the leaves’ laughter!’
Suddenly he stopped and stammered, overcome with surprise to hear himself saying such things. But Goldberry laughed.
=
- --Venez, chers amis! Dit-elle, prenant Frodon par la main. Riez et soyez joyeux! (…)
Les Hobbits la regardaient avec étonnement ; et elle les regarda chacun tout à tour et sourit. « Belle dame Baie d’Or ! » dit enfin Frodon, le cœur gonflé d’une joie qu’il ne comprenait pas. Il se tenait là, comme il lui était arrivé parfois de rester, enchanté par les belles voix elfiques ; mais le charme sous lequel il se trouvait à présent était différent : le plaisir était moins aigu et moins sublime, mais plys profond et plus proche d’un cœur de mortel ; merveilleux et pourtant point étrange : – Belle dame Baie d’Or ! répéta-t-il. À présent, la joie cachée dans les chants que nous entendions m’est rendue claire.
- Ô toi, svelte comme une baguette de saule ! Ô toi, plus claire que l’eau claire !
Ô toi, roseau pris du vivant étang ! Belle fille de la Rivière ! Ô toi, printemps et été, et de nouveau printemps après ! Ô toi, vent sur la cascade et rire des feuilles !
Il s’arrêta soudain et se mit à bégayer, succombant à la surprise de s’entendre prononcer pareilles choses. Mais Baie d’Or rit. [121]{145-6}
. Sosryko
Lucy -- Chacun de nous a un caddie, et le monde est notre supermarché... ...le monde est rempli de choses merveilleuses. Pousse ton caddie dans les travées Charlie Brown!... ... la caddie, c'est ta vie. Pousse-le, Charlie Brown! Pousse-le jusquà la caisse! Charlie Brown -- Laquelle?...j'ai acheté au moins six articles je crois! :-))
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sosryko
le 22-06-2003 à 14:28
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Cette « joie quon ne comprend pas », cette « joie cachée dans les chansons », c’est aussi celle que Väinö répand dans les cœurs, lui qui peut chanter pour enchanter un public, comme lors du banquet des noces d’Ilmarinen et d’Annikki à Pohjola : Väinö chante, le vieux barde, Il chante sage et tourne mage : Nul mot ne trébuche aux paroles Nulle rune s’épuise au chant, Plutôt la rocaille aux brisants, Les nénuphars dans les étangs.Ainsi Väinö le vieux chante, Il régale en joie la veillée. Les femmes le rire à la bouche, les hommes, tous le cœur jovial, écoutent, la mine effarée, les jongleries de Väinö, car c’était merveille à l’entendre, prodige même, aux bouches bées. [21.369-382] . Väinämöinen ne chante pas que pour un public, son chante « naturel » est un chant de joie : Le vieux Väinämöinen (…) Il chante à la route des eaux, Il bat la joie parmi les vagues. (…) « Qui donc bat grand’joie sur la mer qui chante ainsi parmi les vagues, de joie plus belle que jadis, la chanson de plus grande gorge ? » [40.1, 5-6, 9-12] Et Väinö le barde sage entonne les chant de la rune, en hommage au soir mémorable, pour la joie du jour au couchant. « Torche, tiens-nous ta flambée blanche, que je voie le rimes rouler ! (…) Lors il chante et pince l’arpège, tout le soir il trousse la joie. [46.607-610,617-8] . Or, cette joie chantée du jour couchant, nous la retrouvons à l’identique chantée par Tom : Hop along, my little friends, up the Withywindle! Tom’s going on ahead candles for to kindle. Down west sinks the Sun: soon you will be groping. When the night-shadows fall, then the door will open, Out of the window-panes light will twinkle yellow. Fear no alder black! Heed no hoary willow! Fear neither root nor bough! Tom goes on before you. Hey now! merry dol! We’ll be waiting for you! = Trottez, mes petits amis, le long du Tournesaules; Tom va devant allumer les chandelles. À l’Ouest se couche le Soleil; bientôt vous irez à l’aveuglette. Quand tomberont les ombres de la nuit, la porte s’ouvrira; Par les carreaux de la fenêtre, la lumière scintillera, jaune. Ne craignez pas d’aulnes noirs! Ne vous souciez pas des saules chenus! Ne craignez ni racine ni branche! Tom va devant vous, Holà, maintenant! Gai dol! on vous attendra! [118]{142} . La joie, c’est, avec la connaissance, l’élément central des chants de Väinö. Nous en avons vu deux exemples, mais un troisième confirmera mieux encore cette affirmation. C’est Väinämöinen qui a l’idée de fabriquer le kantélé (cithare traditionnelle) à partir des reste « du grand brochet » [ 40.210] qu’il a tué : Or donc Väinö le vieux barde, Le sage se fait menuisier, [40.230-1] . et l’instrument, dont personne ne sait jouer [ 40.245-332], devient véritablement « l’outil de joie » [ 40.277] qu’il était destiné à être sous les seuls doigts de Väinämöinen, car lui seul sait « jouer la joie sur la harpe neuve » [ 40.290], lui seul peut la faire « vibrer pour la joie » [40.324] ; la harpe elle-même demande à « rire aux doigts du chanteur » [ 40.337]. Alors : Le vieux Väinämöinen, barde sage, barde sans âge, le chanteur ajuste ses doigts, pouces lavés, pouces parés.Il prend siège au rocher de joie, bien calé sur la pierre au chant (…) Väinö mande à haute voix : « Oyez tous, venez à l’entour, oncques vous n’avez entendu la joie grande aux runes sans âge dégoisée sur le kantélé. » (…) Et le jeu monte en jeu de joie, la liesse sonne à corde-liesse, le jeu muse en air de musique, le chant prend la courbe du chant. [41.1-6, 12-16, 23-26] . … et tous les hommes et animaux accourent « pour entendre la voix des cordes » [ 41.62], « le chant des cordes » [ 41.70] et « lorgner la joie merveilleuse » [ 41.36, 56, 76, 122], tous « s’émerveillent de la joie grande, le kantélé, chanson joviale » [ 41.107-8], même Atho, roi de l’eau, roi des vagues, vieux de la houle, barbe en algue, Ahto se hisse à fleur de l’eau, glisse en son siège un nénufar : il écoute chanter la joie [41.133-137] Même la patronne des eaux, [= Vellamo, épouse d’Ahto] gorge en roseaux, vieille des eaux, la dame lève de la mer et bat sa nage sur la vague ; elle roule au bord des roseaux, taille torse jusqu’aux brisants pour entendre la voie de l’orgue, le jeu de joie de Väinö [41.155-162] . Ce premier kantélé disparaîtra en mer [K. 42], mais Väinämöinen en fabriquera un nouveau [K. 44], à partir de bois de bouleau cette fois, mais le résultat sera le même : lorsque « Väinö le vieux chanteur / pince les voix du kantélé » (249-250) « tous les rochers viennent à frémir » (260) et tout le monde , « gaillards aux alentour», « femmes à la ronde » , filles, « gamins » (273-278) et toute « bête à l’entour » (289) « accourent en torrent, ruisseau de hâte » (267-8) pour entendre « les fils de joie / cordes tendues, fils ajustés » (240-1), « s’ébahir devant la joie » (272) « et se ravir au chant de joie » (296). Et la nature entière se réjouit devant « Väinö le vieux chanteur » (307) qui « joue un jour, l’autre jour / soirs et matins » (310-1) : Au logis, quand il joue l’arpège, dans la chambre aux rondins de pin, les plafonds jouent leur tintamarre, planchers claquant, les planches pètent ; les solins chantent, l’huis gémit, les fenêtres battent de joie, le poêle en pierre se trémousse et le pilot d’âtre crépite.Quand il passe les sapinières, les pinèdes, l’arpège en marche, les sapins font la révérence, les pins les collines se tordent, meules folles, les pignes roulent, la résine gerce aux racines. Quand il bouge dans la feuillée ou quand il foule la prairie, le bois joue ses jeux en chamaille et les prés font joie sans pareille, fleurs écloses, les fleurs ouvertes, les ramilles pliées de rire. [44.315-334] Väinö le vieux barde sage joue long temps sur le kantélé, il fredonne, il pince la harpe et le ciel même en rit de joie.La joie monte au seuil de la lune, chez le soleil à sa fenêtre. La lune sort de son logis, se pose dans un bouleau brogne, le soleil quitte son bastion, il se perche au coupeau d’un pin pour entendre le kantélé, pour rire à la joie merveilleuse. [47.1-12] . la joie et le chant, le chant et la joie et le « rire à la joie merveilleuse » sont tellement attachés à la personne de Väinö que la mère de Joukahainen lui défend de le tuer, l’avertissant ainsi : « Si tu vises Väinö et tues le fils de Kaleva, la joie s’éteindra de la terre, le chant s’étiolera du monde. » [6.121-124] . Ainsi donc, la trilogie chant-joie-rire est présente dans le Kalevala et exclusivement associée à Väinämöinen, tout comme elle est réservée à Tom Bombadil dans le Seigneur des Anneaux. Et dans cette trilogie, le couple joie/chant est le plus important dans le Kalevala, puisque le rire découle de celui-ci. Il en est de même pour Tolkien qui établit son importance et la relation « amoureuse » qui lie les deux notions au cours d’un dialogue chanté entre Tom et Baie d’Or, cette dernière reprenant un vers du premier après avoir modifié un seul mot, posant l’équivalence entre joie et chant : Now let the fun begin! Let us sing together! Then another clear voice, as young and as ancient as Spring (…) came falling like silver to meet them: {144} Now let the song begin! Let us sing together = Que le plaisir commence ! Chantons en chœur ! Puis un autre voix claire, aussi jeune et aussi ancienne que le printemps (…) vint, argentine, les accueillir : Que les chants commencent ! Chantons en chœur [120]{143-4} . En fait il y a bien plus que l’équivalence entre joie et chant : la joie véritable ne commence « let the fun begin » que lorsque le chant est partagé entre les hommes : « Let us sing together ». Frodon et ses amis expérimentent cette joie dans ce chant qui est chant de communion, « plus naturel que la parole » seule et qui produit la joie : The guests became suddenly aware that they were singing merrily, as if it was easier and more natural than talking. [123]{147} Cette dimension de partage du chant qui crée alors la joie n’est pas si éloignée de la notion de partage, de service du barde qu’on trouve dans le Kalevala : le barde sert à la joie « de la terre », le chant est pour « le monde ». Voilà pourquoi Glorfindel, au Conseil d’Elrond, peut dire :
– Mais en tout cas, (…) envoyer l’Anneau [à Tom] ne ferait qu’ajourner le jour néfaste. (…) tôt ou tard le Seigneur des Anneaux apprendrait le lieu de sa cachette et y porterait tout son pouvoir. Ce pouvoir pourrait-il être bravé par Bombadil seul ? Je ne le pense pas. Je crois qu’en fin de compte, si tout le reste est conquis, Bombadil tombera, le Dernier comme il fut le Premier ; et alors viendra la Nuit. [294] la Nuit serait la Nuit avec la disparition de Tom ; voilà le signe d’une victoire totale du Mal en Terre-du-milieu : Sauron ayant réussi à éradiquer toute étincelle de joie. Mais la Nuit ne sera pas la Nuit si la joie existe encore ; et tant que « Tom va devant » les habitants de la Terre-du-milieu, Tom-« merry dol », il y aura toujours une « lumière scintillant, jaune », une « porte » susceptible de « souvrir » « quand tomberont les ombres de la nuit » ([118]{142}). Sosryko
Lucy - La vie est comme un jeu, Charlie Brown... ...Parfois on gagne...parfois on perd. Charlie Brown - Je me contenterai de faire match nul. ;-)
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Szpako
le 22-06-2003 à 23:45
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Bravo Sosryko pour cette joyeuse synthèse :-)) Cathy Tiens, un p'tit passage des proverbes qui m'a toujours fait penser à ce vieux et joyeux Tom : "Yahvé m'a créée au début de ses desseins, avant ses oeuvres les plus anciennes. Dès l'éternité je fus fondée, dès le commencement, avant l'origine de la terre. Quand l'abîme n'était pas, je fus enfantée, quand n'étaient pas les sources jaillissantes. Avant que fussent implantées les montagnes, avant les collines je fus enfantée; avant qu'il eût fait la terre et la campagne et les premiers éléments de la poussière du monde. ... j'étais à ses côtés comme le maître d'oeuvre, faisant ses délices, jour après jour, m'ébattant tout le temps en sa présence, m'ébattant sur la surface de la terre et mettant mes délices à fréquenter les enfants des hommes." Qui suis-je ??? (chut Sosryko ;-))
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Eva
le 23-06-2003 à 00:01
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Cathy, c'est la sagesse, bien sur. Bel extrait de Pr 8,22-31. Et félicitations à Sosryko pour ton travail toujours aussi admirable.Nat
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sosryko
le 23-06-2003 à 00:06
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Qui suis-je ??? (chut Sosryko ;-)) -> hihihi! ;-))En fait, la "synthèse" n'est pas encore terminée, bien qu'il faudra attendre un peu (promis cette fois Vinyamar et les autres un tout petit peu, juste quelques jours) pour avoir la suite et la fin mais merci beaucoup Cathy ! Sosryko *joyeux* :-))
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sosryko
le 23-06-2003 à 00:25
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Tiens, nous nous sommes croisés Eva! toujours content de te savoir là ;-) ...et bonne réponse au quizz à une question; qu'est-ce qu'elle a gagné Cathy?
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Szpako
le 23-06-2003 à 00:38
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Ben comme d'habitude, un p'tit voyage en Eriador, avec Isengar comme joyeux organisateur Lol Cathy
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Laegalad
le 24-06-2003 à 09:48
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Par le titre alléchée, ma curiosité à pointé le bout de son nez ;-) Ce que j'aime bien chez toi, Sosryko, c'est que tu fais toujours de longs exposés agréables à lire ;-)
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Cedric
le 24-06-2003 à 10:35
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"De la crème jaune et des rayons de miel...", encore un Silmaril qui vient s'ajouter au Forum ;-). Bravo Sosryko, encore un travail magnifique à ajouter à la somme de tes écrits déjà remarquables. Vinyamar, on ne pourra pas dire que tu n'as pas reçu une réponse ;-) Cédric.
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Vinyamar
le 24-06-2003 à 11:07
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oui, mais je n'en suis qu'à la crème :-)) Sacré tablée qui se présente ! (je lis Sosryko, mais comme un philippin il faut croire, ça va me prendre des jours...)
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sosryko
le 24-06-2003 à 11:15
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hi!hi! ça me laisse un peu d'avance alors ;-) car n'oubliez pas qu'il reste "du pain blanc et du beurre; du lait, du fromage" et, pour les affamés "des herbes vertes et des baies mûres récoltées." le secret, surtout par ce temps, boire beaucoup...mettez-donc dans vos "bols" cette "simple eau fraiche" que vous offre Tom, de cette eau qui "[vous] mont[e] au coeur comme du vin, [et] donn[e] libre cours à [vos] voix./small>
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ISENGAR
le 24-06-2003 à 17:30
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Excellent Sosryko. Et tellement instructif. Sinon, je me demande bien pourquoi vous "chuchottez" tous, comme ça ? ;o) I.
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Vinyamar
le 24-06-2003 à 18:15
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parce que le conférencier parle :o) je veux pas me faire chopper :-)Bon j'ai fini tout ça, mais comme tu t'en doute Sosryko, ton dernier chapitre est intolérable, car il m'abandonne en plein milieu du repas au moment où j'attend le plus, avec une tension toute joyeuse, le parallèle du chant magique !! (le seul que j'avais détecté, alors c'est pour ça). A boire !! Vinyamar :-)
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Beruthiel
le 30-06-2003 à 11:49
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Cathy : avec toutes ces discussions sur TB, je me demandais pourquoi tu ne faisais pas part au forum de ton idée ! Beruthiel, qui en ce moment ne peut que survoler vos passionnantes discussions (le TB agnostique de Didier, et maintenant le développement de Sosryko, que je garde pour des temps meilleurs !)
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sosryko
le 02-07-2003 à 14:50
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(6.3) le chant qui endortLorsque Tom enchante le Vieux Saule, c’est après lui avoir commander de s’endormir (« Go to sleep! Bombadil is talking! ») que Merry est délivré et qu’«un silence absolu s’établit » ([118]{142}). C’était au moins la seconde fois qu’il menaçait d’imposer ce charme au Vieil Homme-Saule ; il use effectivement de cette menace en trois occasions en ATB : à l’encontre de Baie d’Or qui le taquinait un peu trop « dessous les nénuphars » (14) :
« Go down! Sleep again where the pools are shady » (ATB 21) à l’encontre de l’Homme Saule donc : « Go back to sleep again like the River-daughter! » (38) puis face à Maître Blaireau, sa femme et ses nombreux enfants (51, 52) : « Go back to sleep again on your straw pillow, like fair Goldberry and Old Man Willow! » (64) Väinämöinen le chanteur est, lui aussi, capable d’un tel enchantement : Le vieux Väinämöinen, le sage prend son kantélé, il s’assied pour le chant des cordes, il entame le bel arpège. Tous à l’entour viennent l’entendre et s’ébahir devant la joie, les bonhommes de bonne humeur, bouche en rire […] la troupe attroupée s’ensommeille : la gent d’ouïe dort, toute la foule, les quinquets ferment leurs paupières ; les vieux ronflent, les jeunes dorment aux arpèges de Väinö. [42.65-72, 75-80] (6.4) le chant de sagesse Väinämöinen, « barbe sage », n’est pas « sage » seulement par la quantité de connaissances qu’il a accumulées ; il possède également la sagesse que lui confère sa grande et difficile expérience de la vie : Le vieux sage parle en ces mots, Le barde chante les mots vrais [37.239-240] Le vieux Väinämöinen, Au jour qu’il eut vent de sa mort, Le dur trépas de Kullervo, Le barde chanta les mots sages [36.347-350] Puis il parla par vraie sagesse Chanta ces mots, paroles sages Aux jeunes gens, moisson levante, La foule au germe d’avenir [16.397-400] De son côté, Tom est également qualifié de « sage », dès ses premières aventures (« Wise old Bombadil » (ATB 101)) ; au point que son « vieux Gros-Balourd » de poney est également capable de paroles de sagesse, jouant auprès des poneys un rôle similaire à celui de Tom auprès des Hobbits : « Quand vos poneys étaient chez moi, ils avaient faits la connaissance de mon Balourd ; ils l’ont senti dans la nuit, et ils sont accourus à sa rencontre. Je pensais qu’il les chercherait et qu’avec ses paroles de sagesse il leur ôterait toute peur. » [141] {167} Et, bien que cette sagesse ne soit pas véritablement associée au chant de Tom, ce dernier fait preuve à plusieurs reprise de sagesse par les bons conseils et mises en garde dont il prodigue les jeunes Hobbits dans leur aventure : – Je ne suis pas maître du temps, dit-il, non plus qu’aucun être qui va sur deux pattes. Sur son conseil (…) il leur dit de (…) s’occuper de leur propre affaire. – Restez sur l’herbe verte. N’allez pas vous frotter aux vielles pierres ni aux Êtres froids, ou fureter dans leurs maisons (…) Il le répéta à plusieurs reprises ; et il leur conseilla de passer les Galgals par le côté Ouest , s’il leur arrivait de s’égarer près de l’un d’eux. Puis il leur apprit une poésie à chanter (…) Quand ils eurent chanter cela en entier après lui, il leur donna à chacun une tape sur l’épaule, accompagnée d’un rire (…) [131]{156} ‘Be bold, but wary! Keep up your merry hearts, and ride to meet your fortune!' (…) Then he turned (…) and rode (…) away singing into the dusk. = – Soyez hardis, mais circonspects ! Gardez le cœur joyeux, et allez à la recherche de votre chance ! (…) Puis il se retourna (…) et s’en fut en chantant dans le crépuscule. [144]{170} Sosryko
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sosryko
le 02-07-2003 à 15:13
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(7) La connaissance de l’Univers chantée(7.1) Väinö, « chanteur sans âge », « le barreur de rune outre mémoire », « mage du savoir éternel » Pour comprendre le pouvoir de Väinämöinen, le « connaisseur éternel », il faut comprendre que dans « la poésie populaire finnoise (…) la connaissance des conditions dans lesquelles fut créé le prototype [d’un être, d’un animal, d’un élément, d’une matière, etc.] donne à l’homme pouvoir sur les représentants du genre. » (R. Boyer, Universalis, art. ‘Kalevala’). Ainsi, Väinämöinen, témoin sans âge de la formation des forêts, de la venue des hommes et de la course des étoiles dans la ciel [K.2-3] a pouvoir sur la matière et les êtres grâce aux « souvenances très anciennes » :
Le vieux Väinämöinen, (…) Jour et jour il chante sans trêve, chanteparle nuit sur nuitée, les souvenances très-anciennes, les origines très-profondes (…) Le dit résonne, porte loin, Il roule au grand loin, le message Monté du chant de Väinö, Le savoir de l’homme d’escient. [3.1, 7-10, 15-18] Si Väinämöinen a pouvoir sur la matière et les êtres, ce pouvoir passe par : (a) Une connaissance intime de l’objet
Väinö raille, le vieux sage : Dis plutôt [sous-entendu, comme moi !] les causes profondes, Les racines de toutes choses. [3.183, 187-188]
Et donc il entonne les charmes, Il ouvre ses mots d’enchanteur. Il chante les genèse toutes, Par lignage, les mageries (…) [8.177-180] (b) Les mots sacrés Une telle connaissance ne souffre aucune imprécision ; il faut donc des « mots », des « mots sacrés » [3.475] pour que la « maissance » soit correctement décrire. Voilà pourquoi Väinö, toujours en quête de connaissance, annonce qu’il « s’en va dénicher les mots » [17.37] dans le ventre de l’ogre Antero Vipunen, « le vieux coffre aux runes » [17.129], mage réputé pour la richesse et la puissance de son savoir magique.
J’ai serré les mots par centaine, Les bribes de runes par mille, J’ai tiré les mots du secret, Les charmes du pertuis de terre. [K. 17.617-620] (c) La connaissance chantéeEnfin, cette connaissance devenant active lorsqu’elle devient chant dans la bouche du barde,
Le vieux Väinämöinen Le barde chante ces paroles : « Je sais la genèse du fer, Je tiens la source de l’acier » [9.25-28 ; suivent les 240 vers du chant du fer !] Or donc il entonne les chants Il ouvre ses tours d’enchanteur. [3.283-284] Ainsi pour commander/modifier/altérer un objet ou une personne, Väinö « chante l’objet/la personne » ; Väinämöinen, par le seul pouvoir de son chant, transforme les objets inanimés de l’attelage de Joukahainen en végétation, son cheval et son chien en pierre ; les pennes de ses flèches redeviennent ‘faucon nerveux’, la garde de son épée est transformée en éclair, son écharpe en traînée d’étoiles…(v.287-326). Quant à Joukahainen, il se retrouve s’enfonçant inexorablement dans la lande boueuse d’un marécage. Ainsi Väinö le vieux chante, Lacs en chahut, la terre tremble, Les montagnes de bronze vibrent Et les pierres pètent, pansues, Par le mitan les rochers craquent, Gravasses de la grève en gerbes. À Jouka le jeune, il chante Des ramilles plein son harnais, Taillis d’osier sur le collier, Un saule aux poignées des brancards. Il chante en loton* sur l’étang [* tronc gisant, pourri] La jante parée du traîneau ; Il chante en roseau de la mer les lanières perlées du fouet, Chante le cheval au front blaire En pierre à l’orée du rapide.La garde gravée de l’épée Il la chante en éclairs au ciel, La poignée madrée du grand arc En arche par-dessus les eaux, L’empennée longue de ses flèches en faucon nerveux, l’aile vite, et le chien de gueule crochue il le chante en pieraille à terre. Chante le bonnet du bonhomme En balle dressée de nuages ; Chante les moufles de ses mains En nénuphars dessus la mare, Son paletot de gros drap bleu En flocons ventrus sous le ciel, L’écharpe de brume à sa taille, Contre ciel en traînée d’étoiles. Et pour Joukahainen, Il lui chante bedaine en fagnes **, [** marécages] Jusqu’aux cuisses dans la prairie, Le poitrail fiché dans la lande. [3.295-330] Il chante Jouka le jeune Plus bas en terre, il l’enracine. [3.374-5, 389-90, 405-6, 423-4, 441-2] Väinämöinen, par son chant, est celui qui ouvre par son chant la lourde porte qui tient le Sampo au secret « au creux de la colline en bronze » : Il part en queste du Sampo, tirer la charnière en chamarre fors le rocher de Pohjola, au cœur de la colline en bronze, devers les verrous par neuvaine, les dix loquets, les dix targettes. Or donc Väinämöinen Le vieux barde tonne son chant devant l’huis de la butte en bronze, les marge au bastion de roc : le loquet geint, les portes bronchent, les paumelles de fer trésaillent. [42.95-106] Son chant est si puissant, qu’il devient par endroit quasiment synonyme d’acte créateur : Et Väinö, le vieux, le barde, Tourne ses chants, tresse devise : Il chante un sapin, cime en fleur, Fleur en cime, feuillage d’or ; Dresse la cime au fond du ciel, La pousse aux trouées des nuages, Feuillage éparpillé dans l’air, Le ramage au ciel déployé. Il chante, il enchante, il devise : Chante la lune à ses lueurs, Sur le sapin, le couteau d’or, Il dit la Grande Ourse à ses branches. [10.31-42]
Sosryko la suite est prête mais je n'ai pas le temps aujourd'hui de la mettre en forme...encore un peu de patience ;-)
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sosryko
le 02-07-2003 à 16:28
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(7.2) Tom l’observateur avide de connaissance Tom est celui qui « connaît », celui qui cherche à « savoir », à accumuler de la connaissance :
(1) He appeared already to know much about them and all their families, (2) and indeed to know much of all the history and doings of the Shire down from days hardly remembered among the hobbits themselves. It no longer surprised them; but he made no secret that he owed his recent knowledge largely to Farmer Maggot, whom he seemed to regard as a person of more importance than they had imagined. ‘There’s earth under his old feet, and clay on his fingers; wisdom in his bones, and both his eyes are open,’ said Tom. It was also clear that Tom had dealings with the Elves, and it seemed that in some fashion, news had reached him from Gildor concerning the flight of Frodo. (3) Indeed so much did Tom know, and so cunning was his questioning, that Frodo found himself telling him more about Bilbo and his own hopes and fears than he had told before even to Gandalf. = Il semblait déjà connaître beaucoup de choses sur eux et leurs familles; et, en fait, beaucoup de choses sur toute l'histoire et les événements de la Comté jusqu'à une époque à peu près oubliée des Hobbits eux-mêmes. Cela ne les étonna plus; mais il ne cacha pas qu'il devait une bonne part de son récent savoir au père Maggotte, qu'il semblait considérer comme un personnage plus important qu'ils ne l'avaient imaginé. - Il y a de la terre sous ses vieux pieds, et de l'argile sur ses doigts; de la sagesse dans ses os, et il a les deux yeux ouverts, dit Tom. Il était également clair que Tom avait des rapports avec les Elfes, et il apparaissait que, d'une façon ou d'une autre, des nouvelles lui étaient parvenues de Gildor au sujet de la fuite de Frodon. En vérité Tom savait tant de choses et ses questions étaient si habiles que Frodon se trouva lui en dire davantage sur Bilbon et ses propres espoirs et craintes qu'il n'en avait dit auparavant même à Gandalf. [130]{155} Ce point est essentiel, puisque Tolkien fait de cette « aspiration à la connaissance » le fondement de son interprétation allégorique de Tom dans ses Lettres : [Tom] he is (…) a particular embodying of pure (real) natural science: the spirit that desires knowledge of other things, their history and nature, because they are 'other' and wholly independent of the enquiring mind, a spirit coeval with the rational mind, and entirely unconcerned with 'doing' anything with the knowledge: Zoology and Botany not Cattle-breeding or Agriculture . = [Tom] est (…) une incarnation particulière des sciences naturelles pures (véritables) : l’esprit qui aspire à la connaissance des autres choses, de leur histoire et de leur nature, parce qu’ils sont ‘autres’ et totalement indépendant de l’intelligence qui s’informe, un esprit du même ordre que l’intelligence rationnelle, et sans aucun désir de ‘faire’ quoique ce soit de cette connaissance : la Zoologie et la Botanique mais ni l’Élevage ni l’Agriculture. [L153, 09/1954] He is in a way the answer to them in the sense that he is almost the opposite, being say, Botany and Zoology (as sciences) and Poetry as opposed to Cattle-breeding and Agriculture and practicality. = Il est d'une certaine façon une réponse [aux femmes des Ents] dans le sens qu'il est presque leur opposé, étant tourné vers la Botanique et la Zoologie (en tant que sciences) et la Poésie par opposition à l'Élevage, l'Agriculture et le sens pratique. [L144, 25/04/1944] Cet aspect qui place Tom au rang des perpétuels étudiants, de l'intellectuel et non pas de l'ingénieur, du poète et non pas de l'artisan, et qui se retrouve, imagé, dans la définition que Gandalf donne du personnage (« un ramasseur de mousse » [974]{1061}) était présent très tôt dans la rédaction du Seigneur des Anneaux ; ainsi, dans une première version, Pippin demandait à Sylvebarbe s’il connaissait Tom Bombadil qui « semblait comprendre les arbres » à la façon d’un Ent, et Sylvebarbe de répondre : ‘Tombombadil? Tombombadil? So that is what you call him. Oh, he has got a very long name. He understands trees, right enough; but he is not an Ent. He is no herdsman. He laughs and does not interfere. He never made anything go wrong, but he never cured anything, either. Why, why, it is all the difference between walking in the fields and trying to keep a garden; between, between passing the time of day to a sheep on a hillside, or even maybe sitting down and studying sheep till you know what they feel about grass, and being a shepherd.’ = « Tombombadil ? Tombombadil ? Alors voilà comment vous le nommez. Oh, il a un très long nom. Il comprends les arbres, suffisamment bien ; mais il n’est pas un Ent. Il n’est pas un gardien de troupeau. Il rit et il n’intervient pas. Il ne fait jamais allez mal les choses, mais il n’en a jamais guérie une non plus. Pourquoi, pourquoi, c'est toute la différence entre marcher à travers champs et essayer d’entretenir un jardin ; entre, entre passer toute une journée avec un mouton sur le versant d’une colline, ou même s’asseoir et étudier les moutons jusqu’à connaître ce qu’ils ressentent vis-à-vis de l’herbe, et être un berger. » Tom est donc celui qui « place ses délices dans les choses pour elles-mêmes, sans référence à lui-même, regardant, observant et connaissant jusqu’à un certain point. » [L144, 25/04/1944] « jusqu’à un certain point »…Son savoir n’est donc pas illimité ; d’ailleurs, Tom est le premier à le reconnaître lorsqu’il répond à Pippin que « vers l’est, le savoir [lui] manque. » ([144]{170}) Sosryko dont l'emploi du temps vient de changer ;-)
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sosryko
le 02-07-2003 à 16:33
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Oups!...il manque la référence du dernier texte cité : HoME VII.416.
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sosryko
le 02-07-2003 à 17:20
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(7.3) Tom le Maître Le passage précédant est bien utile car, de la bouche même de Tom, son « savoir » est lié à sa « maîtrise » :
‘Out east my knowledge fails. Tom is not master of Riders from the Black Land far beyond his country.’ = – Vers l’est, le savoir me manque. Tom n’est pas maître des cavaliers de la terre Noire, bien au-delà de son pays. [144]{170} Tolkien revient dans ses lettres sur cette relation intime entre l’autorité et le savoir de Tom : He is master in a peculiar way: he has no fear, and no desire of possession or domination at all. He merely knows and understands about such things as concern him in his natural little realm. = Il est maître d’une menière particulière : il n’a aucune peur, et absolument aucun désir de posséder ou de dominer. Il connaît et comprend seulement les choses qui le concerne dans son petit royaume de nature. [L153] Pourquoi n’est-il pas mâitre des cavaliers ? il donne la réponse lui-même : parce qu’ils sont « bien au-delà de son pays » ; or sa maîtrise s’exerce en « son petit royaume de nature » seulement et sur ce qu’il contient ; Baie d’Or nous le dit : ‘He is the (1) Master of (a) wood, (b) water, and (c) hill.’ ‘Then all this strange land belongs to him?’ ‘No indeed!’ she answered, and her smile faded. ‘That would indeed be a burden,’ she added in a low voice, as if to herself. ‘The trees and the grasses and all things growing or living in the land belong each to themselves. (2) Tom Bombadil is the Master. No one has ever caught old Tom (a) walking in the forest, (b) wading in the water, (c) leaping on the hill -tops under light and shadow. (3) He has no fear. Tom Bombadil is master.’ = – C’est le Maître de la forêt, de l’eau et de la colline. – Ainsi, tout cet étrange pays lui appartient ? – Non, certes ! répondit-elle, et son sourire s'évanouit. Ce serait assurément un fardeau, ajouta-t-elle à mi-voix, comme pour elle-même. Les arbres, les herbes et toutes les choses qui poussent ou vivent dans cette terre n'appartiennent qu'à eux-mêmes. Tom Bombadil est le Maitre. Personne n'a jamais attrapé le vieux Tom marchant dans la forêt; pataugeant dans l'eau, bondissant sur le sommet des collines dans la lumière ou dans l'ombre. Il n'a aucune peur. Tom Bombadil est maitre. [122]{146} Fidèle à la structure ternaire lorsque la narration du conte aborde un point capital, Tolkien d’une part associe à trois reprises Tom avec une « connaissance » extraordinaire (cf. 7.2 [130]) et d’autre part, par l’intermédiaire de Baie d’Or, nous présente à trois reprises Tom comme le « maître », et cette maîtrise est liée à trois domaines : (a) le vivant (les bois, la forêt), (b) l’eau et (c) la terre (les collines et ce qu’elles renferment, « dans la lumière (c2) ou dans l’ombre (c1) »). Si Tom est un tel Maître, c’est parce qu’il connaît la nature intime de la Vieille Forêt : il connaît « les vies de la Forêt » {152}, c’est-à-dire la genèse et l’intimité de chaque habitant et participant de la forêt, les arbres premièrement qui en constituent « le bois », mais aussi « rivière », « ruisseau » et « cascades » {152} qui les alimentent, et les cailloux, rochers, crevasses et « collines » redoutées des Hauts des Galgals {153} lesquels, s’ils sont « au-delà de la Forêt », n’en faisaient pas moins partie auparavant : Les paroles de Tom mettaient à nu les coeurs des arbres et leurs pensées, souvent noires et étranges, emplies de la haine des étres qui vont et viennent librement sur terre, rongeant, mordant, brisant, démolissant, brûlant: destructeurs et usurpateurs. Ce n'était pas sans raison qu'on l'appelait la Vieille Forêt, car elle était certes ancienne, survivante de vastes forêts oubliées; et en son sein vivaient encore, sans vieillir davantage que les collines, les pères des pères d'arbres, qui se souvenaient du temps où ils étaient seigneurs. (…) le Grand Saule (…) son chant et sa pensée couraient les bois des deux côtés de la rivière. (…) Soudain, les propos de Tom quittèrent le bois pour rernonter le long du jeune ruisseau, par-dessus les cascades bouillonnantes, par-dessus les cailloux et les rochers usés et parmi les petites fleurs dans l'herbe épaisse et les crevasses mouillées, finissant par vagabonder sur les Hauts. (…) (…) la maison de Tom Bombadil était tapie sous l’épaulement de ces collines redoutées. (…) [127-8]{152-3} Gardons à l’esprit que ces « paroles » de connaissance et « propos » de Tom sont en fait des paroles chantées puisque « sa voix se muait souvent en chant, et il se levait de son fauteuil pour danser autour » {152} ; un discours chanté qui subjugue son auditoire, et semble modèler le temps comme l’espace : Quand ils entendirent de nouveau ses paroles, ils s'aperçurent qu'il était passé à présent dans des régions étranges qui dépassaient leur mémoire et leur pensée éveillée, en des temps où le monde était plus vaste et où les mers montaient droit à la côte ouest; et toujours allant et venant, Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. (…) Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles. [128]{153} On retrouve l’Ainé, le témoin et la mémoire des premiers âges du monde, l’observateur des choses premières, celui qui « était ici avant la rivière et les arbres », celui qui « se souvient de la première goutte de pluie et du premier gland », celui qui « a tracé des sentiers avant les Grandes Gens » {153}. Sosryko Can you hear me singing?
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sosryko
le 02-07-2003 à 17:41
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(a) Le Maître des bois et de la forêt Or, selon le Kalevala, connaître la genèse des arbres et leur nature (« leurs cœurs » et « leurs pensées »), c’est pouvoir commander aux arbres, en leur rappelant leur rôle, en « chantant » leur rôle :
‘My friends are caught in the willow-tree,’ cried Frodo breathlessly. ‘Master Merry’s being squeezed in a crack!’ cried Sam. ‘What?’ shouted Tom Bombadil, leaping up in the air. ‘Old Man Willow? Naught worse than that, eh? That can soon be mended. I know the tune for him. Old grey Willow-man! I’ll freeze his marrow cold, if he don’t behave himself. I’ll sing his roots off. I’ll sing a wind up and blow leaf and branch away. Old Man Willow!’ Setting down his lilies carefully on the grass, he |