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Fuseau « Narration dans l'Ainulindale »
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Narration dans l'Ainulindale
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sosryko
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le 11-11-2003
à 21:30

La lecture de l’Ainulindalë est un plaisir toujours renouvelé ; il est manifeste qu’il y a là un des plus beaux textes de Tolkien. La beauté ne se démontre pas, et « elle rend fort improbable que rien puisse être ajouté, retranché ou changé » (Alberti). Au-delà de la beauté que chaque lecture donne à éprouver, je voudrais aller au cœur du texte, de sa structure, de l’agencement réfléchi et poétique de ses mots, car « les mots diversement rangés font un divers sens, et les sens diversement rangés font divers effets » (Pascal). Un paragraphe parmi d’autres servira d’exemple à cette lecture narrative et mettra à jour « les sens diversement rangés » :

But when the Valar entered into Eä they were at first astounded and at a loss, for it was as if naught was yet made which they had seen in vision, and all was but on point to begin and yet unshaped, and it was dark. For the Great Music had been but the growth and flowering of thought in the Timeless Halls, and the Vision only a foreshowing; but now they had entered in at the beginning of Time, and the Valar perceived that the World had been but foreshadowed and foresung, and they must achieve it. So began their great labours in wastes unmeasured and unexplored, and in ages uncounted and forgotten, until in the Deeps of Time and in the midst of the vast halls of Eä there came to be that hour and that place where was made the habitation of the Children of Ilúvatar. And in this work the chief part was taken by Manwë and Aulë and Ulmo; but Melkor too was there from the first, and he meddled in all that was done, turning it if he might to his own desires and purposes; and he kindled great fires. When therefore Earth was yet young and full of flame Melkor coveted it, and he said to the other Valar: 'This shall be my own kingdom; and I name it unto myself!'

( Silmarillion, Ainulindalë, Harper Collins p.20 = Pocket p.21)

Toujours convaincu par une liste d’exemples sans cesse plus longue de l’intérêt de Tolkien pour les structures ternaires (et ce, à toutes les échelles du texte), je proposerai d’isoler trois sections dans ce paragraphe :

(1)
But when
the Valar entered into they were at first astounded and at a loss, for it was as if naught was yet made which they had seen in vision, and all was but on point to begin and yet unshaped, and it was dark. For the Great Music had been but the growth and flowering of thought in the Timeless Halls, and the Vision only a foreshowing; but now they had entered in at the beginning of Time,
(2)
and
the Valar perceived that the World had been but foreshadowed and foresung, and they must achieve it. So began their great labours in wastes unmeasured and unexplored, and in ages uncounted and forgotten, until in the Deeps of Time and in the midst of the vast halls of Eä there came to be that hour and that place where was made the habitation of the Children of Ilúvatar.
(3)
And in this work the chief part was taken by
Manwë and Aulë and Ulmo ; but Melkor too was there from the first, and he meddled in all that was done, turning it if he might to his own desires and purposes; and he kindled great fires. When therefore Earth was yet young and full of flame Melkor coveted it, and he said to the other Valar: 'This shall be my own kingdom; and I name it unto myself!'

Sosryko

sosryko
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le 11-11-2003
à 21:31

Les articulations ne sont pas arbitraires :
* d’une part on constate une répartition équilibrée du texte ;
* chaque section intérieure commence par la conjonction « Et » que Tolkien emploie comme délimiteur « biblique » ;
* de plus, chaque formule introductive concerne les Valar et leur relation au Monde ;
* enfin, chaque section possède une thématique spécifique dont on a le résumé en isolant le centre de gravité, le cœur même de la section :
(1)
But when
the Valar entered into they were at first astounded and at a loss, for it was as if naught was yet made which they had seen in vision, and all was but on point to begin and yet unshaped,
                                   AND it was dark.
For the Great Music had been but the growth and flowering of thought in the Timeless Halls, and the Vision only a foreshowing; but now they had entered in at the beginning of Time,
(2)
and
the Valar perceived that the World had been but foreshadowed and foresung, and they must achieve it. So began their great labours in wastes unmeasured and unexplored,
                                   AND in ages uncounted and forgotten,
until in the Deeps of Time and in the midst of the vast halls of Eä there came to be that hour and that place where was made the habitation of the Children of Ilúvatar.
(3)
And in this work the chief part was taken by
Manwë and Aulë and Ulmo ; but Melkor too was there from the first, and he meddled in all that was done, turning it if he might to his own desires and purposes;
                                  AND he kindled great fires.
When therefore Earth was yet young and full of flame Melkor coveted it, and he said to the other Valar: 'This shall be my own kingdom; and I name it unto myself!'

sosryko
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le 11-11-2003
à 21:32

Les Valar arrivent dans un univers plongé dans les ténèbres (1), en des âges oubliés et sans témoins (2), mais le Mal est au milieu d’eux, Melkor apportant les feux de la destruction (3). L’équilibre (ou plutôt le savant déséquilibre) est parfait.

Cet exemple est manifeste de la variété avec laquelle Tolkien use de la structure ternaire.
Tolkien ne se contente pas d’aligner des triplets redondants (1-2-3) ; il le fera à l’intérieur de chaque section (cf. plus bas), mais il n’abuse pas de l’artifice. Ici apparaît une variation de la forme (1-2)/(3) : la troisième partie s’opposant à un avancement du Chaos vers le « Bon », ce que pouvait espérer le lecteur ayant lu (1-2). La particularité de (3) par raport à (1-2) était d’ailleurs évidente : il suffisait, une fois les délimiteurs isolés, de lister les mentions des Ainur : (Valar-Valar)/(Manwë,Aulë,Ulmo)

regardons maintenant chaque section d’un peu plus près :


(1)
(A) But when the Valar entered into
        (B) they were at first astounded AND at a loss,
               for it was as if naught was yet made which they had seen in VISION,

        (B) and all was but on point to begin AND yet unshaped,
               and it was DARK.

        (B) For the Great Music had been but the growth AND flowering of thought in the Timeless Halls,
               and the VISION only a foreshowing;
(A) but now they had entered in at the beginning of Time,


Sosryko

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le 11-11-2003
à 21:33

Commentaire :
Tout d’abord, les délimiteurs de cette section sont bien réels puisqu’ils multiplient les parallèles entre les deux termes (A/A’) : But//but, The Valar//they, entered into//entered in.
Par suite, ces deux termes encadrent un triplet classique (B/B/B).
Chaque terme (B) quant à lui utilise la variation en (1-2)/(3) sous la forme rythmique : (x AND y) / (z)
(B1) et (B3) sont reliés par leur membres (z1) et (z3) qui renvoient tout deux à la Vision, utilisant le vocabulaire de la vue (seen, Vision / Vision, foreshowing), et par là-même, plaçant (B2) dans une structure concentrique : A/B1//B2//B3/A’.
(B2) est donc bien le cœur de cette section. Or, qu’y lisons-nous ? Que les Valar, entrant en Eä (A), au commencement du Temps (A’), désireux de voir à nouveau la Vision qui les avait facinés (B1), cette Vision issue de la Grande Musique (B2), ne découvre que matière informe et sans lumière : « Tout était ténèbres » !
Les Valars découvrent ce qu’est une Vision : non pas un miracle qui ne demande rien à celui qui le reçoit, mais une impulsion, une mise en mouvement qui pousse à « entrer », « entrer dans le commencement », une étincelle dans les ténèbres qu’il faut entretenir pour la transformer en flamme qui éclaire et non pas en feu destructeur (nous y reviendrons).
Il y a plus.
Le « centre de gravité » de la section n’est pas tout à fait « and it was dark ». Certes il l’est d’un point de vue rythmique, mais d’un point de vue lexical, l’équilibre Valar/Vision/Dark/Vision/they est faussé par les deux mentions du temps (Timeless, Time) dans la seconde partie. Cette répartition pousse le « centre de gravité » de la section un peu plus bas, entre « and it was dark » et « for The Great Music » ; nous avons donc, en « iradiant » de ce centre, la structure suivante :

Valar/Vision/Dark/ X ? / Great Music/Vision/they

Bien entendu, cette inconnue qui ne se nomme pas, mais d’où procèdent à la fois les Valar, la Grande Musique et la Vision ne peut être qu’Ilúvatar ; Ilúvatar qui, ne supportant pas les Ténèbres, à créé la Grande Musique pour créer Lumière et Couleurs : Vision qui éclaire (B1) et Vision qui remplit de joie à l’avance (B3).


Sosryko

Vinyamar
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le 12-11-2003
à 20:33

Mais quel bosseur ce Sosryko :-)))
Je n'ai aps encore tout lu, mais déjà Bravo !
Moraldandil
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le 12-11-2003
à 22:19

> La lecture de l’Ainulindalë est un plaisir toujours renouvelé ; il est manifeste qu’il y a là un des plus beaux textes de Tolkien. La beauté ne se démontre pas, et « elle rend fort improbable que rien puisse être ajouté, retranché ou changé » (Alberti). Au-delà de la beauté que chaque lecture donne à éprouver, je voudrais aller au cœur du texte, de sa structure, de l’agencement réfléchi et poétique de ses mots, car « les mots diversement rangés font un divers sens, et les sens diversement rangés font divers effets » (Pascal).

Hmmmmm... alléchant :-)
Sois bien sûr, Sosryko, que je suivrai ce fuseau avec la plus grande attention ;-)

B.

sosryko
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le 13-11-2003
à 14:05

Le don de soi


        (B) For the Great Music had been but the growth AND flowering of thought in the Timeless Halls,
               and the VISION only a foreshowing;
(A) but now they had entered in at the beginning of Time,
(2)
(a) and the Valar perceived that the World
        (b) had been but foreshadowed AND foresung,
                (c) and they must achieve it.

                (c) So began their great labours
        (b) IN wastes (unmeasured AND unexplored), AND IN ages (uncounted AND forgotten),
        until IN the Deeps of Time AND IN the midst of the vast halls of Eä
        there came to be THAT hour AND THAT place
(a) where was made the habitation of the Children of Ilúvatar.

sosryko
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le 13-11-2003
à 14:07

Analyse et commentaire de la section (2) :

La transition entre la section (1) et la section (2) est parfaite. Premièrement parce qu’il s’agit d’une même phrase qui court de (B3) à (b1), et ensuite parce que la transition est le centre même de cette phrase dont la structure est concentrique :

The Great Music
        foreshowing
                they
                        Transition (1-2)
                the Valar
        foreshadowed
foresung

Le centre narratif de la section (2), tout comme le centre de gravité de la section (1) est une inconnue X :


and they must achieve it. / X ? / So began their great labours

Les Valar sont confrontés à la réalité qui s’impose à eux : tout est ténèbres, tout reste à faire, et personne d’autre ne façonnera le Monde à leur place. Nous connaissons la manière dont ils ont réagi, acceptant la tâche, quelqu’en soit le prix. Mais, dans ce vide central narratif, je vois l’instant, qui peut-être dura une éternité « en ces âges oubliés et sans nombre » (b2), où les Valar ont véritablement décidé de s’approprier la Vision.
Ce vide narratif, c’est l’instant où le désir de voir la beauté du Monde se transforme en désir de participer à la beauté du Monde ; le moment où la curiosité générée par « l’émerveillement » (Ainul., p.16) devient volonté motrice qui s’impose et transforme.

Les « immenses travaux » des Valars, immenses par l’échelle et par la durée sont triplement soulignés en (b2) :

(i) in wastes unmeasured and unexplored, and in ages uncounted and forgotten,
(ii) until in the Deeps of Time and in the midst of the vast halls of Eä
(iii) there came to be that hour and that place

Les expressions sont de plus en plus courtes de (i) à (iii) : au fil de la lecture, le lecteur assiste réellement à une création qui va jusqu’à son terme ; dans un Monde où, initialement, tout était à faire, les « immenses travaux » devenant de moins en moins « immenses », il est normal que les expressions décrivant ces travaux deviennent de plus en plus sobres.
Et la création qui n’avait été que vision annoncée et chantée à l’avance en (b1) (« foreshadowed and foresung ») devient réalité en « cet instant et en ce lieu » en (b2,iii) ; l’inclusion est parfaite.

Si on regarde la répartition des personnes dans cette section (2) , une autre inclusion s’impose avec force par la dissymétrie qu’elle contient :

(a1) Valar
(c1) They (= Valar)
(c2) They (= Valar)
(a2) The Children of Ilúvatar

Ainsi, avec la vitesse croissante dans la description de (i) à (iii), arrive la conclusion qui s’impose : tout ce travail, tous ces efforts des Valar étaient destiné aux seuls Enfants d’Ilúvatar.

Sosryko

sosryko
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le 13-11-2003
à 14:08

(2) : Commentaire (suite) et ouverture :

L'accomplissement, l' « achèvement » d'une œuvre, c’est-à-dire, en suivant Le Petit Robert, ce qui la conduit à la perfection demandera toujours des efforts semblables à d'« immenses travaux ». Pour autant, si on désire ardemment l’achèvement de l’œuvre, ces immenses travaux ne s’effectueront ni dans la peine ni sous la contrainte mais bien dans l’amour ; car seul l’amour pousse à la perfection, et l’amour seul est « accomplissement » (Ro 13:10 : « L’amour ne fait pas de mal au prochain: l’amour est donc l’accomplissement de la loi. »)
Avoir un tel amour du Monde, c’est être « épris de sa beauté et de son Histoire », mais pour cela, il faut avoir la Vision de cette beauté qui peut être et de l’Histoire qui ne demande qu’à être façonnée :

And many among them became enamoured of its beauty, and of its history which they saw beginning and unfolding as in a vision.
(Valaquenta, p.25)

Il ne faut pas chercher ailleurs qu’en soi-même cette beauté et cette Histoire, car la Vision est personnelle : « Voyez votre Musique ! » dit Ilúvatar aux Ainur. Il ne faut donc pas dire : « ‘Voyez, elle est ici’, ou : ‘Il est là’ », « Car voyez, le royaume de Dieu est au-dedans de vous. » (Luc 17:21)
Ce « votre » et ce « vous » s’adressent à tous (les Ainur ; les hommes) mais également à chacun en particulier (Manwë comme Melkor ; toi comme moi). Si la Vision est commune, chacun chante la mélodie qu’il désire, et il est seul responsable du souvenir fidèle de la Vision.
Aussi, deux choses sont sûres : « la vision des soirs et des matins dont il s’agit est véritable » (Dn 8:26), et cette vision est vitale, car « faute de vision, le peuple périt » (Pr 29:18[KJ]).
Ce n’est pas pour rien que le texte présente Irmo, « maître des visions et des rêves », comme « le plus jeune » des Fëanturi, alors que l’aîné, Namo est « le gardien de la Maison des Morts » (Val.,p.29). La vision est source de vie, elle est le moteur de la vie.
sosryko
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le 13-11-2003
à 14:10

Aussi, à chacun de se laisser interpeller et de s’entendre dire : « toi, tiens (…) cette vision », quand bien même « elle se rapporte à des temps éloignés » (Dn 8:26). Quand bien même tu serais le seul ; le texte dit : « Pour toi, tiens… », « quant à toi », en ce qui te concerne, et sans t’occuper pas des autres.
Se tenir comme on s’accroche, s’accrocher comme on se bat : devant celui qui « détruit », « édifier » encore, devant celui qui « comble », « creuser » encore, devant celui qui « abat », « élever » encore, devant celui qui « disperse », imposer le calme et l’unité (Ainulindalë, p.23).
Travailler sans relâche.
Mais pour quoi ?
Travailler pour être satisfait, pour aller jusqu’au bout de la joie que produit le « plaisir d’agir » :
L’alpiniste développe sa propre puissance et se la prouve à lui-même ; il la sent et la pense en même temps ; cette joie supérieure éclaire le paysage neigeux. Mais celui qu’un train électrique a porté jusqu’à une cime célèbre n’y peut pas trouver le même soleil. C’est pourquoi il est vrai que les perspectives du plaisir nous trompent ; mais elles nous trompent de deux manières ; car le plaisir reçu ne paie jamais ce qu’il promettait, alors que le plaisir d’agir, au contraire, paie toujours plus qu’il ne promettait.
(Alain, Propos sur le Bonheur (XLIV), Folio, p.108.)
travailler sans relâche
Mais pour qui ?
Laisser de côté son égoïsme.
Donner de soi, de son temps, de ses forces à d’autres comme les Valar qui préparent la Terre pour les Enfants d’Ilúvatar qui ne sont pas encore nés.
Travailler pour préparer un héritage.
Pour ceux qu’on ne connaît pas encore aussi bien que ceux qu’on ne connaîtra jamais.
Travailler sans même savoir comment son travail sera accueilli et respecté (cf. les craintes justifiées de Yavanna en QS II)
Se donner ainsi à l’Autre, pour que la vision de ma beauté et de mon histoire n’efface pas la Vision qui est la Vision de la beauté et de l’Histoire de l’Autre.
Se donner à l’Autre, pour ne pas se perdre soi-même. Pour ne pas devenir Melkor.
Ou lorsque se perdre revient à refuser la Vision pourtant « véritable », qui demeure, que je le veuille ou non.
Travailler « laborieusement », comprendre : avec diligence.
Comme si tout dépendait du travail d’aujourd’hui et de moi seul.
Voilà le secret.
Car tout dépend réellement du travail d’aujourd’hui, de mon amour de ce jour pour la création, de mon désir de la rendre parfaite pour les Enfants qui l’habitent, qui l’habiteront. Et si Melkor lui même venait à « le détruire ou le corrompre », mon travail « ne serait pas vain » pour autant (Ainul., p.23); il reste toujours la trace de la flamme dans l’étincelle, et la plus petite étincelle est un flambeau dans les ténèbres.


Sosryko

Yyr
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le 14-11-2003
à 12:59


magnifique :) ... bon il est vraiment tard :) J'ai bien failli dire une ou deux choses, finalement, mais ça ne va pas le faire ... déjà aujourd'hui au boulot il était dur de ne pas m'endormir ... je n'imagine pas même demain - difficile de m'adapter à ma nouvelle condition de jrrvfien nocturne ;) ... attendons donc plus sagement la suite :)

sosryko
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le 14-11-2003
à 01:29

;-)) aller, tout le monde au lit, y a école demain, on verra ça la semaine prochaine :-))

"Sleep tight, and don't let the bed bugs bite"[*], cher Yyr

S.
[*] la petite fille à son frère
dans le merveilleux film La Nuit du Chasseur

Szpako
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le 14-11-2003
à 02:00

Yyr >>> en effet, je t'ai trouvé particulièrement déchaîné ce soir Lol, mais bienvenue chez les insomniaques ;-))

Cathy

Beruthiel
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le 14-11-2003
à 21:32

Merci pour cette lecture de l’Ainulindale, Sosryko, éclairante comme toujours…
sosryko
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le 17-11-2003
à 21:09

Merci Beruthiel :-)), j'espère que le reste te plaira autant!

4) Les grands feux

Le texte (1-2)/(3)

(1)
(A) But when the Valar entered into
        (B) they were at first astounded AND at a loss,
               for it was as if naught was yet made which they had seen in VISION,

        (B) and all was but on point to begin AND yet unshaped,
               and it was DARK.

        (B) For the Great Music had been but the growth AND flowering of thought in the Timeless Halls,
               and the VISION only a foreshowing;
(A) but now they had entered in at the beginning of Time,
(2)
(a) and the Valar perceived that the World
        (b) had been but foreshadowed AND foresung,
                (c) and they must achieve it.

                (c) So began their great labours
        (b) IN wastes (unmeasured AND unexplored), AND IN ages (uncounted AND forgotten),
        until IN the Deeps of Time AND IN the midst of the vast halls of Eä
        there came to be THAT hour AND THAT place
(a) where was made the habitation of the Children of Ilúvatar.

(3)
(a) And in this work the chief part was taken
        (b) by Manwë AND Aulë AND Ulmo;
                (c) but Melkor too was there from the first,

(a) and he meddled in all that was done,
        (b) turning it if he might to his own desires AND purposes;
                (c) and he KINDLED great fires .

(a) When therefore Earth was yet young AND full of FLAME
        (b) Melkor coveted it ,
                (c) and he said to the other Valar :
        (b) ' This shall be my own kingdom ;
                (c) and I name it unto myself !'

sosryko
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le 17-11-2003
à 21:36

Analyse et commentaire de la section (3) :

● Ici encore, la transition entre (2) et (3), bien que moins prononcée que celle entre (1) et (2), est soignée et réelle :

Depps of Time
        Was made Habitation of
               the Children of Ilúvatar
        This work (by)
                Manwë-Aulë-Ulmo-Melkor (The Valar)
from the first

On peut également ajouter le groupe Manwë/Aulë/Ulmo présenté comme le trio des principaux artisans des immenses travaux s'étalant dans la triplication (i/ii/iii).

● Parallèlement à un mouvement du mythique vers le physique :

        (1) Eä > (2) the World ;
        (2) the habitation of the Children of Ilúvatar > (3) Earth,

le texte va de la totalité du Monde créé vers un lieu bien précis, « parmi les étoiles innombrables » (p.18, 24), la Terre :

        (1) Eä > (2) the habitation of the Children of Ilúvatar
        (2) the World > (3) Earth

Ce double mouvement (du mythique vers le physique, du général vers le particulier) participe d’une narration qui conduit le lecteur à voir la Création se dérouler sous ses yeux, dans le temps et dans l’espace, et à comprendre son but : la Terre, notre Terre et la Terre du lecteur, est une « habitation » — c’est-à-dire un refuge, destinée aux les Enfants d’Ilúvatar.

● D’un seul regard, nous comprenons que la structure de la section (3) se désolidarise des deux structures concentriques précédentes ; confirmant ainsi le rythme (1-2)/(3) annoncé dès le début. D'ailleurs la structure ternaire interne à la section (3) joue elle-même sur ce mode asymétrique, les délimiteurs (And-And/When therefore) conduisant à (a1-a2)/(a3). De plus (a3) introduit un doublement final (b3-c3-b'3c'3) par rapport aux deux premières séries (b1-c1) et (b2-c2).
L'existence de ce doublement final se justifiant également par la syntaxe et le contenu qui produit des parallèles entre les membres (b3) et (b3') :

Melkor ↔ my,
it(Earth) ↔ this (Earth)

Mais aussi entre les membres (c3) et (c3') :

and ↔ and,
he ↔ I,
the other Valar ↔ myself

● Cette différence de structure entre (1-2) et (3) correspond à la fracture qui s’opère parmi les participants à cette Création : dans cette section, la Terre devient l’origine et l’enjeu de la lutte entre les Valar et Melkor. Le feu (Melkor) se révolte contre l’air (Manwë), la terre (Aulë) et l’eau (Ulmo). Le lecteur est surpris par la révolte de Melkor. Il la découvre seulement en (3), alors qu’elle était présente « dès le début », c’est-à-dire au sein même des sections (1-2) ! Pour rendre la surprise complète, le narrateur joue sur l’accumulation : aux 8 mentions des Valar réparties uniformément à travers les trois sections (3/3/2), Melkor n’apparaît qu’en (3) et ce, à dix reprises (0/0/10) !
Surprise complète pour une révolte totale : on devine un Melkor omniprésent, multipliant les actions pour détourner l’œuvre de Manwë, mais également celle d’Aulë et celle d’Ulmo. Melkor, le « Puissant qui se Dresse », développe un travail considérable de sape pour s’approprier la création terrestre (« mon propre Royaume »).

● Si la Terre est l’objet de cette révolte, le texte nous dit que son origine est à chercher dans la « convoitise » (3b3). Mais cette convoitise a sa source dans la jalousie.
Il suffit, pour s’en convaincre, de lier la fin de la section (2) à la fin de la section (3) : puisque (2a2) établissait la Terre comme « habitation des Enfants d’Ilúvatar », l’affirmation de Melkor « je nommerai (la Terre) d’après moi-même » (3c3) manifeste sa jalousie à l’encontre des hommes et des elfes mais aussi et avant tout à l’encontre d’Ilúvatar.

sosryko
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le 17-11-2003
à 21:40

4ème
sosryko
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le 17-11-2003
à 21:56

« ... and he KINDLED great FIRES ».

●Nous avons déjà remarqué que les actes de révolte de Melkor qui ont existé dès le commencement de l’organisation du monde n’apparaissent qu’à partir de la section (1) et (2). Ce choix narratif donne l’impression que la révolte n’a eu lieu qu’une fois « l’habitation des Enfants d’Ilúvatar » achevée (2a2), « alors que les Valar se reposaient de leur travaux (...) et contemplaient ce qu’ils avaient imaginé puis formé » (QS, I, p.40). La révolte de la section (3) semble alors éclater à une époque équivalente au septième jour de la Création biblique, le jour du repos, le jour du sabbat.
Il se trouve qu’en « allumant de grand feux » dans cette « habitation », Melkor enfreint consciemment le 4ème Commandement (Ex 20:8-11) sur le jour du sabbat. Car en ce jour, qui est un jour saint (Gn 2:1), et qui doit être respecté pour cela, le respect commence par... n’allumer aucun feu dans aucune habitation !


Ye shall kindle no fire throughout your habitations upon the Sabbath day.
= Vous n’allumerez point de feu, dans toutes vos habitations, le jour du sabbat. (Ex 35:3)

● L’acte central de Melkor dans la section (3) nous conduit donc, dans une volonté de relever les indices laissés par Tolkien pour comprendre cette révolte par ses résonances théologiques, à nous déplacer du récit de la Création dans les premiers chapitres de la Genèse vers le récit des Dix Commandement au chapitre 20 de l’Exode ; récits qui se trouvent justement liés entre eux par le 4ème Commandement :

8 Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier.
9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage.
10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi.
11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour: c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Mais mettons plutôt en évidence la structure de ce passage dans la traduction que lisait Tolkien (King James Version) :

8 "Remember the Sabbath day, to keep it holy.
        9 Six days shalt thou labor
                and do all thy work;
                        10 but the seventh day is the Sabbath of the LORD thy God.
                In it thou shalt not do any work, (...)
        11 For in six days the LORD made heaven and earth, the sea, and all that in them is, and rested the seventh day.
Therefore the LORD blessed the Sabbath day and hallowed it.

La structure concentrique montre bien combien le jour du sabbat est associée d’une part au septième jour de la Création du Monde, d’autre part à Dieu. Car « le sabbat de l’Éternel, ton Dieu » est à comprendre comme « le sabbat pour l’Éternel, ton Dieu ». « De plus, (...) les cadres externes nous invite à interpréter le ‘pour Yahvé, ton Dieu’ au sens de ‘pour le sanctifier’. Dans cette perspective, le sabbat est avant tout le jour consacré à Yahvé » (F. García Lopez)
Quant au vocabulaire (« thou labor », « all thy work », « made »), il renvoit directement au vocabulaire de l’organisation du Monde par les Valar (« greats labours », « was made », « this work », « all that was done »).

● Ainsi, ce qui est en jeu dans cette section (3) qui pourrait s’appeler la section du Septième jour, c’est le sabbat du « ciel et de la terre », le repos du Monde.
Melkor refuse d’être un simple organisateur de la Création, et encore moins de participer au repos du Créateur ! aussi, ne pouvant pas être Créateur lui-même, il devient par ses « grands feux » le Marisseur de la Création, n’autorisant aucune trêve à ses propres dérèglements. Dans son orgueil, il ne se rend pas compte que « Celui qui aura allumé l’incendie devra faire pleine compensation » (« he that kindled the fire shall surely make restitution » : Ex 22:6) ; et cette compensation sera terrible pour l’incendiaire qui attaque Eru par son feu [*].


Sosryko

[*] Ésaïe 50:11 « Behold, all ye that kindle a fire, that compass yourselves about with sparks! Walk in the light of your fire and in the sparks that ye have kindled. This shall ye have from Mine hand: ye shall lie down in sorrow. »
= « Voici : vous tous qui allumez un feu, Qui formez un cercle de flèches ardentes, Allez dans votre feu et dans la fournaise Parmi les flèches ardentes que vous avez enflammées! C’est par ma main que cela vous est arrivé; C’est pour la souffrance que vous vous coucherez! »

sosryko
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le 18-11-2003
à 11:25

Rats!!...
au tout début du dernier post, ne pas lire :
Nous avons déjà remarqué que les actes de révolte de Melkor qui ont existé dès le commencement de l’organisation du monde n’apparaissent qu’à partir de la section (1) et (2).
mais lire :

Nous avons déjà remarqué que les actes de révolte de Melkor qui ont existé dès le commencement de l’organisation du monde n’apparaissent qu’à partir de la section (3), c'est-à-dire à la suite de (1) et (2).

Sosryko :-(

sosryko
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le 18-11-2003
à 18:37

« ... and he kindled GREAT FIRES ».

Ayant lu la révolte de Melkor comme une opposition au 4ème Commandement, il nous reste à comprendre comment cette révolte face au commandement central[1]  du décalogue devient révolte contre les Dix Paroles dans leur ensemble.
Avant de détailler les arguments, notons que si Melkor allume de « grands feux », les seuls « grands feux » que mentionnent le texte biblique correspondent au feu qui se trouve au sommet du mont Sinaï au moment où Moïse reçoit les Dix Paroles de Dieu[2] . Par ailleurs, la tradition de Dieu qui parle depuis le Mont Sinaï « au milieu du feu » pour donner le Décalogue est impressionnante (Ex 19:18 ; Dt 4:12.15.33.36, 5:4.22.24.26, 9:10, 10:4, 19:18). Il n’est pas innocent alors que le milieu de la section (3) concerne les « grands feux » ; ils sont bien là pour nous renvoyer à la totalité du Décalogue.

« Melkor la convoita... »

● Comme nous l’avons vu dans l’analyse, dans cette section-clé se trouve les raisons (mais également les graves conséquences) de la révolte de Melkor : les désirs et la convoitise.
Or un tel vocabulaire ne peut que nous renvoyer au dixième commandement tel qu’il est énoncé en Deutéronome 5:21 :

Neither shalt thou desire thy neighbor’s wife, neither shalt thou covet thy neighbor’s house, his field, or his manservant, or his maidservant, his ox, or his ass, or any thing that is thy neighbor’s.
= Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain; tu ne désireras pas la maison de ton prochain, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain. (Dt 5:21)
ou en Exode 20:17 :
Thou shalt not covet thy neighbor’s house; thou shalt not covet thy neighbor’s wife, nor his manservant, nor his maidservant, nor his ox, nor his ass, nor anything that is thy neighbor’s.
=
(i) Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain;
(ii) tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain,
(iii) ni son serviteur, ni sa servante,
ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain. »

● Arrêtons-nous sur cette formulation, car elle est un résumé du triple péché de convoitise de Melkor.
(i) En effet, dans cette section (3), ce que convoite Melkor, c’est la Terre, c’est-à-dire une « habitation », une « maison » qui n’est pas la sienne mais celle des « Enfants d’Ilúvatar » (2a2) [3] .
(ii) De plus, Melkor est bien connu pour les désirs qui l’ont porté vers Varda, Arien et Lúthien[4] , trois femmes étaient attachées à un autre.
(iii) Enfin Melkor souhaite régner sur des serviteurs et servantes :

Melkor (…) désirait ( desired) soumettre à sa volonté les Elfes et les Humains : il enviait ( envying) les dons qui leur avaient été promis par Ilúvatar, il voulait pour lui-même avoir des serviteurs et des sujets

(subjects and servants)
( Ainulindalë, p.18)
● Ainsi, Melkor est avant tout « Celui qui Convoite », désirant ce qui ne lui appartient pas. Rúmil l’annonçait déjà dès le début de l’ Ainulindalë (p.18) :

But HE DESIRED rather
        to subdue to his will both Elves AND Men,
ENVYING
        the gifts
                with which ILÚVATAR promised to endow them;
and he WISHED himself
        (*) to have subject AND servants,
                and TO BE CALLED LORD,
        (**) and to be a master over other wills.

Que ce soit dans ce dernier passage ou dans la section (3), Melkor, en succombant au désir de posséder ce qui ne lui appartient pas confond l’être et l’avoir, ce qu’il est (**) et ce qu’il possède, ou voudrait posséder (*) ; ne pouvant être Ilúvatar, il croit pouvoir le devenir en cherchant à « posséder », à asservir, à avilir le plus bel héritage d’Ilúvatar : ses Enfants[5] .
Melkor est en guerre avant tout contre Ilúvatar.
Ce qui nous ramène inexorablement au péché contre le premier commandement : « Moi, je suis l’Éternel, ton Dieu, (...) tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face » (Ex 20 :2-3)


Note:

[1] « Le trait le plus visible du 4ème Commandement est son extension même, puisque non seulement il est le plus long de tous, mais il occupe, à lui seul, un tiers de tout le Décalogue. De plus, ce précepte du sabbat (...) effectivement au centre, (...) constitue aussi, d’une certaine façon, la clef de voûte de l’ensemble. » (Félix García Lopez, Le Décalogue, Cahier Évangile 81)

[2] Dt 4:36 « Out of heaven He made thee to hear His voice, that He might instruct thee; and upon earth He showed thee His great fire, and thou heardest His words out of the midst of the fire. »
Dt 5:25 « Now therefore why should we die? For this great fire will consume us; if we hear the voice of the LORD our God any more, then we shall die. »
Dt 18:16 « according to all that thou desired of the LORD thy God in Horeb in the day of the assembly, saying, ‘Let me not hear again the voice of the LORD my God, neither let me see this great fire any more, that I die not.’ »

[3] «
For he coveted Arda and all that was in it, desiring the kingship of Manwë and dominion over the realms of his peers. » ( Valaquenta, Of the enemies, p.34)

[4] Pour Varda : « Elle sortit des profondeurs d’Eä grâce à l’aide de Manwë, après avoir connu Melkor avant la grande musique et l’avoir rejeté. » ( Valaquenta, Sur les Valar, p.26)
Pour Arien : cf. HX, MythsTransformed, p.405.
Pour Lúthien : « Then Morgoth looking upon her beauty conceived in his thought an evil lust, and a design more dark than any that had yet come into his heart since he fled from Valinor. » ( QS, XIX. Of Beren and Lúthien, p.180)

[5] “Yet this is held true by the wise of Eressëa, that all those of the Quendi who came into the hands of Melkor (...) were put there in prison, and by slow arts of cruelty were corrupted and enslaved; and thus did Melkor breed the hideous race of the Orcs in envy and mockery of the Elves, (...) the Orcs had life and multiplied after the manner of the Children of Ilúvatar (...) And deep in their dark hearts the Orcs loathed the Master whom they served in fear, the maker only of their misery. This it may be was the vilest deed of Melkor, and the most hateful to Ilúvatar.”
= « Pourtant, on dit en Eressëa que tous ceux des Quendi qui tombèrent entre les mains de Melkor (...) furent jetés en prison, qu'ils y furent corrompus et réduits en esclavage après de longues et savantes tortures, et c'est ainsi que Melkor créa la race hideuse des Orcs, dans sa haine jalouse des Elfes, (...) Les Orcs étaient vraiment vivants et se multipliaient comme les Enfants d'Ilúvatar (...) Au plus profond de leur âme noire les Orcs haïssaient en retour le maître qu'ils servaient par peur et qui ne leur apportait que souffrances. Ce fut peut-être l'acte le plus vil de Melkor, celui qui le rendit le plus détestable à Ilúvatar. » ( QS, III, p.60-1)


Sosryko

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le 18-11-2003
à 18:57

« Il voulait s’entendre appeler Seigneur »

Le triple péché de Melkor contre le 10ème Commandement a mis en évidence sa volonté de se révolter contre la personne même d’Eru Ilúvatar. Cette révolte prend la forme d’un triple blasphème et d’un triple négation de l’unicité d’Eru :

(i) Melkor veut créer comme seul Ilúvatar peut créer :


Melkor (...) avait en lui un furieux désir d’amener à l’Être des œuvres de sa propre volonté (...) Mais il ne trouva pas le feu, partage d'Ilúvatar. (p.14)

L’enjeu majeur, pour Melkor, est la possession de l’Impérissable Flamme, la seule source de vie dans la Création[6] : Melkor veut dispenser la Flamme comme Eru !
On comprend alors pourquoi, au cœur de la section (3), Melkor allume des « feux » qu’il voudrait aussi « grands » que possible sur une Terre « pleine de flamme » : Melkor veut à la fois combattre la Flamme d’Ilúvatar, mais aussi l’imiter : il ne faut pas oublier que, dans l’Ainulindalë, la première personne à « allumer/enflammer » (kindled) est Ilúvatar !
I have kindled you with the Flame Imperishable (Eru, p.13)
//
He kindled great fires. (Melkor, p.21)

Quelle triste imitation ! car elle pousse Melkor dans la moquerie et la caricature.
Poussé par son orgueil mais limité par sa nature, Melkor ne peut que singer Ilúvatar.

(ii) Ce désir de créer est lié au désir de Puissance : Melkor veut l’autorité d’Eru sur la Création.
Or, une telle autorité donnerait la capacité « d’attribuer » comme Eru. C’est de cette illusion dont Melkor se nourrit en s’attribuant le Royaume d’Arda (« this shall be my own kingdom ») alors que l’attribution de la royauté est du ressort d’Ilúvatar, tout-puissant dans son choix :


« Le plus grand des Ainur qui descendit sur le monde était d’abord Melkor, mais Manwë est plus cher au cœur d’Ilúvatar et comprend mieux ses intentions. Il fut destiné à être, dans la plénitude des temps, le premier des Rois : seigneur du royaume d’Arda »
(Valaquenta, Of the Valar, p.26)

Melkor dévoile ainsi l’origine même du péché et sa racine : se prendre pour Dieu et « connaître le Bien et le Mal », c’est-à-dire choisir ses propres valeurs selon « ses propres désirs », choisir son Bien et son Mal. Faire comme bon il lui semble.

(iii) Une fois qu’on s’est donné la capacité de fixer le Bien et le Mal, on devient son propre Dieu. C’est à cela que désire arriver Melkor ! Melkor veut effacer le nom d’Ilúvatar pour le remplacer par le sien, poussant le péché contre le Nom jusqu’à son extrémité.
Voilà pourquoi la section (3) se termine sur Melkor qui « nomme » la terre « d’après lui-même » : le dernier mot, « myself », est une injure faite à Ilúvatar puisque le nom de ce dernier est le dernier mot de la section (2).

Melkor, avide de puissance, veut donc tout ce qui représente la personne d’Eru : son Nom, son autorité, sa capacité de créer et de donner la vie.


Note:

[6] « This is actually already glimpsed in the Ainulindalë, in which reference is made to the 'Flame Imperishable'. This appears to mean the Creative activity of Eru (in some sense distinct from or within Him), by which things could be given a 'real' and independent (though derivative and created) existence. The Flame Imperishable is sent out from Eru, to dwell in the heart of the world, and the world then Is, on the same plane as the Ainur, and they can enter into it. But this is not, of course, the same as the re-entry of Eru to defeat Melkor. It refers rather to the mystery of 'authorship', by which the author, while remaining 'outside' and independent of his work, also 'indwells' in it, on its derivative plane, below that of his own being, as the source and guarantee of its being. » (HX, Athrabeth Finrod ah Andreth, Note 11, p.345)

sosryko
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le 18-11-2003
à 19:14

grr... comme bon il lui semble...pfff, et désolé pour les liens foireux de la note 6 ;-)...

« La malveillance le dévorait »

Avec le péché contre le Nom, la révolte est totale, avec le péché de convoitise, la chute est entière. Ainsi, du premier au dernier commandement, depuis le péché contre le Nom jusqu'au péché de la convoitise, c’est la Loi de Dieu entière que Melkor rejette et combat.
Il serait d’ailleurs facile de vérifier que Melkor s’opposera effectivement à chacun des Dix Commandements, et cela pourra être fait en une autre occasion. Contentons nous simplement de relever que Melkor, « attiré et séduit par sa propre convoitise » « enfante le péché, qui engendre la mort » (Jc 1:14-15) ; un péché total[7]  pour une convoitise totale[8] .

Melkor le Marisseur, ou le Renversement :

Comprendre le Décalogue, c’est entre autre comprendre que si les Dix Paroles du Sinaï commencent par le mot anokhi signifiant « Moi-je suis (l’Éternel ton Dieu) » (Ex 20:2), elles se terminent par le mot leréakha signifiant « pour ton prochain » (Ex 20:17). « Ton prochain », c’est-à-dire l’Autre, celui qui n’est pas nommé et en qui se retrouve tout homme. Ainsi, « les Dix Paroles se déploient entre le ‘je’ [de Dieu] et ‘l’autre’ » (Ouaknin). Dans son amour, Dieu s’efface, Dieu propose, sans jamais imposer sa volonté.
Ce grand mouvement de Dieu vers les hommes est doublement actif dans notre texte : premièrement dans la présence-absence, au cœur de la section (1), de la personne d’Ilúvatar qui envoie les Valar et leur propose de prendre part à la Création, mais aussi avec cet élan qui va des Valar (le début de la section (1)) jusqu’au Enfants inconnus (fin de la section (2)), cet Autre vers qui tout porte.
Or que fait Melkor si ce n’est renverser totalement ce mouvement du Moi vers l’Autre?
En effet, alors que la fin de la section (2) concerne les Enfants, Melkor conclue la section (3) en s’attribuant le Royaume d’Arda, ramenant toute la Création à sa personne, à son Moi : « je le nommerai d’après moi-même ! »
Melkor habité par la haine et la jalousie s’oppose de tout son être à une Création fondée sur l’amour et refuse l’effacement du Moi pour l’Autre qu’impose l’amour.



Notes:

[7] Péché trifonctionnel même, puisque pour posséder ce qui ne lui appartient pas — le monde, ses habitants et ses richesses (péché contre la 3ème fonction), Melkor se lance avec traîtrise dans une guerre « le jour du repos » (péché contre la 2ème fonction), poussé par sa volonté de nier l’autorité divine de la personne d’Ilúvatar (péché contre la 1er fonction).

[8]1Jn 2,16 : « La convoitise de la chair (lust of the flesh), la convoitise des yeux (lust of the eyes) et la confiance orgueilleuse dans les biens (pride of life) ; »
● « la convoitise de la chair » indique les désirs déréglés de la nature humaine (« il alluma de grands feux ») ;
● « la convoitise des yeux », le besoin d’avoir à soi tout ce que l’on voit (« Melkor coveted it » ; « This shall be my own kingdom »)
● tandis que « la confiance orgueilleuse dans les biens » désigne l’assurance satisfaite de l’homme installé dans une existence fastueuse, qui le détourne de se confier en Dieu (« and I name it unto myself ! »). (note (l) de la TOB)

Sosryko

sosryko
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le 18-11-2003
à 19:42

Le brasier et la Flamme

● Ainsi, la section (3) est la section de Melkor, de sa convoitise (« Melkor coveted it ») et de ses machinations (« purposes ») pour satisfaire ses désirs pervers (« his own desires »).
Mais revenons sur un point essentiel : quel est l’objet premier de la convoitise de Melkor ?

When therefore Earth was yet young and full of flame Melkor coveted it, (...)

À première vue, il s’agit de la Terre ; traduction française à compris ainsi la phrase en choisissant de lire « Melkor convoitait la Terre, encore jeune et pleine d’ardeur ». En réalité, ce choix est malheureux puisqu’il fait disparaître le couple young/flame dont l’importance est mise en valeur par une double allitération (Yet/Young et Full/Flame).
Alors, le texte n’est plus aussi univoque, comme l’indique une traduction plus littérale :

Alors que la Terre était encore jeune et débordante de (la) [F]lamme, Melkor la convoita, (...)

● L’objet de la convoitise peut donc être compris comme la Terre mais aussi comme l’Impérissable Flamme qu’Ilúvatar a placée en son sein. Ou plutôt, convoitant premièrement la Flamme, Melkor en vient à convoiter toute manifestation de la Flamme. Une telle affirmation n’est pas gratuite, mais bel et bien contenue dans une sous-structure concentrique de la section (3) :

(b2) turning it if he might to his own desires and purposes;
          (c2) and he KINDLED great FIRES.
          (a1) When therefore Earth was yet young and full of FLAME
(b1) Melkor coveted it,

● Cette convoitise de la Flamme est originelle, antérieure même à la fin de la Grande Musique et à la Vision, comme nous l’avait rappelé Rúmil auparavant dans son récit :

Melkor était l’être le plus doué des Ainur en savoir comme en puissance et il partageait les talents de tous les autres. Souvent, seul, il s’était aventuré dans les espaces du vide pour chercher l’Impérissable Flamme, car il avait en lui un furieux désir d’amener à l’Être des œuvres de sa propre volonté, et il lui semblait qu’Ilúvatar n’avait aucune pensée pour le Vide, alors que lui-même ne pouvait souffrir qu’il restât vide. Mais il ne trouva pas le feu, partage d'Ilúvatar. Et la solitude lui fit concevoir des pensées à part, différentes de celles de ses frères. (Ainulindalë, p.14)

● Le drame de Melkor : Melkor cherche, mais il cherche mal, Melkor veut, mais il veut mal.
Tout comme Simon le magicien, qui désirait le Saint-Esprit pour sa satisfaction personnelle et pensait pouvoir posséder « à prix d’argent » la présence divine (Actes 8). Mais « son cœur n’était pas droit devant Dieu » (v.21), tout comme celui de Melkor ; tous deux n’avaient pas compris qu’il n’y a qu’un seul chemin pour recevoir le Saint-Esprit et sa Flamme : celui de l’humilité et de l’amour. Melkor voulait être seul à posséder la Flamme, voilà pourquoi il parcourait seul le Vide à se recherche ; mais c’était ne pas comprendre ce que représente la Flamme, c’était ne pas comprendre que l’amour ne supporte pas l’égoïsme et qu’il fuit la satisfaction personnelle; c’était également rejeter toute humilité en refusant d’accepter que la Flamme ne se trouvera jamais dans le Vide mais seulement dans la présence d’Ilúvatar (« Mais il ne trouva pas le feu, partage d'Ilúvatar. », p.14). [9] 

Pire.
Dans la folle jalousie qui l’oppose à son Créateur, Melkor commet un nouveau blasphème en rejetant finalement la Flamme pour la remplacer par ses propres « feux », ses « feux terribles ». Mais le feu qui ronge, ravage et détruit n’est pas la Flamme qui apporte chaleur, éclaire et annonce la vie dans sa danse. Ou comment l’envie dévoyée devient volonté farouche de détruire l’objet désiré, cet objet toujours plus beau que l’imitation hideuse.
Or nous "savons" [10]  que ce Feu Secret est réellement le symbole du Saint-Esprit, présence silencieuse d’Eru sur Terre, auprès des hommes. Ainsi, Melkor, qui avait commis l’irréparable au sens de l’Ancien testament, commet désormais l’irréparable au sens du Nouveau testament en « blasphémant contre le Saint-Esprit », se rendant ainsi coupable d’« un péché éternel » (Mc 3:29).

● L’égarement du plus puissant des Ainur est complet.
Désormais, sachant Melkor irrémédiablement perdu par sa propre volonté, le lecteur, attentif aux suggestion de la narration de l’Ainulindalë, ne sera pas étonné des mensonges, des masques et des fausses repentances de Melkor tout au long de son conflit avec les Valar et les Elfes.
Point de salut pour Melkor ; une fois allé trop loin du rivage, on n’a plus ni forces ni même volonté de revenir. Jaloux d’Ilúvatar, jaloux de ses Enfants encore à naître, Melkor « le Puissant » est déjà, par la séduction même de sa propre puissance, et de manière irréversible, Morgoth le « Noir Ennemi ».


Notes:

[9] Les recherches fréquentes et solitaires de Melkor dans le Vide, me font penser aux errances de Caïn :
« Ainsi Caïn s’éloigna de la face de Dieu et habita dans la terre de Nod, à l’orient d’Éden. [Mais] le pays de Nod c’est en traduction littérale [...] la pays de l’errance. (...) C’est après s’être éloigné de la face de l’Éternel que Caïn s’est mis à habiter la terre de l’errance. Comment ne pas relier les deux choses [...] ? L’aiguillon perpétuel qui est planté dans son cœur, c’est l’absence de Dieu. Retrouver Dieu. (...) Il ne peut donc trouver le repos. S’il trouvait le repos, il cesserait d’être Caïn. Il est donc condamné à rechercher à jamais la face de l’Éternel, de ce Dieu dont il ne veut pas, auquel il ne croit pas, et sa condition même fait qu’il ne peut en aucune manière le rencontrer. Quoiqu’il fasse, il ne peut aboutir, et c’est bien là ce qui est désespéré. » (Jacques Ellul, Sans feu ni lieu, La Petite Vermillon, p.32)
De plus, Melkor subira un bannissement du Royaume d’Arda en d’« autres régions » où il se retira (p.22) : ces « autres régions » de Melkor ne sont pas bien différentes du « pays de l’errance » de Caïn ; et enfin, Melkor ne sera-t-il pas le premier meurtrier, tout comme Caïn ?


[10] de l’aveu de Tolkien ? j'ai tout à coup un doute là...;-)) mais ce n'est pas grave du tout.

Sosryko
Ta-Dam !
Bien heureux d'avoir fini
ce qui n'était qu'une petite remarque au départ
Comme toujours...:-))

sosryko
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le 18-11-2003
à 20:03

Rque : Il est évident que ce commentaire nécessitait l'utilisation de la version originale; tout comme il est évident (si cela ne l'était pas déjà depuis longtemps!) que la traduction française actuelle passe souvent à côté des rythmes du texte anglais ou brise l'unité du paragraphe original en isolant les propos de Melkor (retour à la ligne). Voici la traduction française de la section étudiée (pour les curieux qui voudront comparer ou bien ceux qui ne disposent pas du texte sous la main) :
Quand les Valar pénétrèrent dans Eä, ils furent en même temps surpris et désorientés, car il en était comme si rien encore n'existait de ce qu'ils avaient perçu dans la vision, comme si tout était sur le point d'advenir sans avoir nulle forme, et tout était ténèbres. Car la Grande Musique n'avait été que la naissance et l'épanouissement de l'esprit dans les Espaces Eternels, la Vision elle-même un présage, mais maintenant ils étaient arrivés au commencement du Temps et les Valar surent que le Monde n'avait été qu'Annonce et Prophétie qu'ils devaient désormais accomplir. Alors ils entreprirent d'immenses travaux dans les déserts inexplorés et sans limites, en des époques sans nombre et sans souvenirs, jusqu'au moment où, dans les profondeurs du Temps, au sein des grands espaces d'Eä, advint le moment et le lieu où fut créée la demeure des Enfants d'Ilúvatar. De cette œuvre, Manwë et Aulë et Ulmo firent la plus grande part, mais Melkor aussi était là dès le début qui se mêla de tout, faisant quand il le pouvait selon ses désirs et ses projets; et il alluma de grands feux. Melkor convoitait la Terre, encore jeune et pleine d'ardeur, et il dit aux autres Valar: - Ceci sera mon propre royaume, et je le nommerai d'après moi-même!

Merci pour ta patience et ton courage, compagnon de route qui m'a suivi jusque là :-)
J'espère que le chemin, bien que sauvage et tortueux, t'auras amené à considérer l'art et la pensée de Tolkien sous un jour nouveau.
Si tu penses que j'aurais dû prendre la voie de droite plutôt que celle de gauche, parlons-en; ou bien peut-être auras-tu envie de nous faire partager ta joie devant la beauté d'une fleur découverte en chemin ou tes interrogations devant la nature de cette roche ramassée en route et déposée dans ton sac à dos...
Peut-être même auras-tu envie d'autres randonnées, et te proposeras-tu comme guide pour certaines ! :-))


Sosryko
courbaturé ;-)

Silmo
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le 19-11-2003
à 11:57

Now far ahead the Road has gone,
And I must follow, if I can,
Pursuing it with weary feet,
Until it joins some larger way,
Where many paths and errands meet.
And whither then? I cannot say.

:-))) (The road goes ever on...)

Merci Sosryko pour ce boulot qui m'a l'air, une fois de plus considérable.
Il me faut l'imprimer en couleur (ce sera plus pratique, je crois) pour tout lire à tête reposée. La route n'est peut-être pas droite mais le pencôte m'a l'air d'être forte (comme dirait l'autre)

Silmo ;-)

Silmo
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le 19-11-2003
à 12:10

... et il y a ausi ça: "- Et durant les quarts, j'ai pris ma décision, dit-il. Je n'aime pas l'idée de la voie du milieu; et je n'aime pas l'odeur de la voie de gauche; il y a une atmosphère viciée par là, ou je ne suis pas un guide. Je prendrai la voie de droite. Il est temps de recommencer à grimper. :-))
sosryko
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le 19-11-2003
à 12:53

Excellent! :-))
...du coup, avec ta dernière citation, j'aurais mieux été inspiré d'écrire "Si tu penses que j'aurais dû prendre la voie de gauche plutôt que celle de droite" ;-)))!

Sosryko
qui ayant pris un peu d'avance
ne recommencera à grimper que lorsque
ses substituts de lembas (fichu 6ème Age...) feront effet ;-))

Silmo
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le 19-11-2003
à 13:23

Grrr, que d'erreurs de frappe..."La route n'est peut-être pas de droite mais le pentecôte m'a l'air d'être forte"... (hi, hi... parodie d'un titre récent d'un journal satirique qui lui-même parodiait une phrase désormais *légendaire*)
Yyr
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le 03-12-2003
à 23:48


Cathy > Yyr >>> en effet, je t'ai trouvé particulièrement déchaîné ce soir Lol, mais bienvenue chez les insomniaques ;-))

Hi ! Hi ! Ce soir-là, j'étais triste de la rencontre malheureuse avec "feu" Ithiliel, donc, logique : représailles par des bonds et des rires un peu partout :)

Ce soir, les bonds vont être moins vifs : en Faërie comme ici, je suis malade, beerk :| ... Mais Sosryko, ainsi que d'autres, ont recommencé à grimper ... - j'veux grimper aussi ! j'veux grimper aussi ! :) et l'impressionnant travail accompli par tous pour le classement de jrrvf en thèmes (ou l'excellente FAQ des lg. inv.) me donnent le vertige :)

Voyons donc ce que ça va donner de mon côté, en espérant que la fin n'est pas trop hâtive ...

Yyr
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le 03-12-2003
à 23:51

     
Yyr : magnifique :) ...
Je corrige au plus vite : MAGNIFIQUE ! ! !
Je suis émerveillé ce soir. Mon ami, je ne me souviens pas avoir été encore autant touché de tes mots à tes retours d'Arda. Que ton étoile brille !
 
Impressionné déjà par le découpage que tu révèles, je dois avouer être complètement ébahi ensuite par les commentaires que tu en donnes, tel un maître-orfèvre.
 
3ème section
A part un grand ravissement, donc, je ne peux faire beaucoup de commentaire sur ces chemins qui te sont si familiers. Mais, ne serait-ce que pour te tenir compagnie, je peux donner ici le découpage de la section 3) auquel j'aurais procédé de moi-même (en fait : celui auquel j'ai procédé, par exercice, avant de lire ce que tu en proposais). Cet "autre chemin" n'est pas très éloigné et mène finalement au même endroit ...
A)   And in this work the chief part was taken by Manwë and Aulë and Ulmo ;
B)   but Melkor too was there from the first, and he meddled in all that was done, turning it if he might to his own desires and purposes;
C)   and he kindled great fires.
B')   When therefore Earth was yet young and full of flame Melkor coveted it, and he said to the other Valar:
A')   'This shall be my own kingdom ; and I name it unto myself!'
Dans cette nouvelle structure, nous pouvons y lire que : Au sein de cette œuvre (A/A'), vue selon les uns ou les autres comme this work / my kingdom, commence à se dérouler le Drame d'Arda (B/B') there from the first / when therefore Earth was yet young, où l'on sent qu'il se passe quelque chose de terrible, et en gagnant le centre de cette structure, on découvre l'origine de ce quelque chose de terrible (C): [Melkor] kindled great fires !
 
Yyr
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le 03-12-2003
à 23:54


C'est pas ma faute ! :(
Le fuseau de test m'avait promis ! grr ... je réssaie encore ...

Yyr
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le 04-12-2003
à 12:13


Or donc ...

Yyr
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le 04-12-2003
à 12:13

     
Yyr : magnifique :) ...
Je corrige au plus vite : MAGNIFIQUE ! ! !
Je suis émerveillé ce soir. Mon ami, je ne me souviens pas avoir été encore autant touché de tes mots à tes retours d'Arda. Que ton étoile brille !
 
Impressionné déjà par le découpage que tu révèles, je dois avouer être complètement ébahi ensuite par les commentaires que tu en donnes, tel un maître-orfèvre.
 
3ème section
A part un grand ravissement, donc, je ne peux faire beaucoup de commentaire sur ces chemins qui te sont si familiers. Mais, ne serait-ce que pour te tenir compagnie, je peux donner ici le découpage de la section 3) auquel j'aurais procédé de moi-même (en fait : celui auquel j'ai procédé, par exercice, avant de lire ce que tu en proposais). Cet "autre chemin" n'est pas très éloigné et mène finalement au même endroit ...
A)   And in this work the chief part was taken by Manwë and Aulë and Ulmo ;
B)   but Melkor too was there from the first, and he meddled in all that was done, turning it if he might to his own desires and purposes;
C)   and he kindled great fires.
B')   When therefore Earth was yet young and full of flame Melkor coveted it, and he said to the other Valar:
A')   'This shall be my own kingdom ; and I name it unto myself!'
Dans cette nouvelle structure, nous pouvons y lire que : Au sein de cette œuvre (A/A'), vue selon les uns ou les autres comme this work / my kingdom, commence à se dérouler le Drame d'Arda (B/B') there from the first / when therefore Earth was yet young, où l'on sent qu'il se passe quelque chose de terrible, et en gagnant le centre de cette structure, on découvre l'origine de ce quelque chose de terrible (C): [Melkor] kindled great fires !
 
Yyr
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le 04-12-2003
à 12:14

     
A partir de ce découpage, j'ai relevé quelques rares joyaux qui n'étaient pas autant visibles sur le chemin emprunté par Sosryko ;) - encore que, je ne doute pas qu'on eut pu les y mettre à jour pareillement :
 
A / A'
Dans le cercle extérieur, nous ne sommes pas encore entrés en Arda ; les perspectives des Valar et de Melkor sont strictement partagées. En A, et ce n'est pas une surprise, c'est la reprise des deux précédentes sections, les Valar se font serviteurs d'une œuvre ; ils sont plusieurs, et l'on considère un travail dans lequel ils ont part, tandis qu'en A' Melkor seul agit, en vue d'établir son propre royaume.
A partir d'ici, il sera révélateur de considérer au sein de toute la 3ème section le mode des verbes utilisés : Tous ceux qui concernent l'action des Valar sont à la voie passive : une œuvre est réalisée, à laquelle ils ont part, mais cette part was taken by .... Le premier terme de la structure est tout en délicatesse ; si les Valar agissent, pourtant on a l'impression qu'ils laissent faire, qu'ils se font serviteurs ... et de qui, sinon de l'inconnue X mise en évidence au centre des deux premières sections, c'est-à-dire d'Eru. Il n'est sans doute pas exagéré d'aller jusqu'à considérer que les Valar laissent agir Eru à travers eux ; Eru serait l'unique véritable acteur. A l'opposé, les actions de Melkor se font toutes sans Eru, et ne lui laissent aucune place, comme les verbes qui marquent son action sont tous à la voie active. Pire : La seule occurrence où Melkor conçoit la passivité, c'est lorsqu'il s'agit de considérer le service d'une toute autre manière ... être au service de Melkor : This shall be my own kingdom ! On retrouve ce que Sosryko a si bien montré par ailleurs, l'usurpation de la place d'Ilúvatar ... ici dans l'attribution des modes, puisque la voie passive appelle d'ordinaire Eru, tandis qu'ici elle est clairement détournée vers Melkor, et contrainte par lui.
Attention dès lors, en parlant de " voie passive ", sorti du contexte, à ne pas penser " voie passive → les Valar n'agissent pas " mais plutôt " voie passive = voie de service " ... celle-ci, sans paradoxe, est bien la même que celle des précédentes sections, décrite plus haut
Sosryko : Les Valars découvrent ce qu’est une Vision : non pas un miracle qui ne demande rien à celui qui le reçoit, mais une impulsion, une mise en mouvement qui pousse à « entrer », « entrer dans le commencement » [...]
Par rapport à la " voie active ", la voie du serviteur reçoit, se laisse pousser ... le serviteur prend son impulsion à partir d'Eru et non à partir de ses désirs et compulsions personnels.
 
B / B'
Lorsqu'on pénètre dans le deuxième cercle de cette structure narrative, le partage ne se fait plus strictement d'un terme à l'autre B/B'. Car nous sommes entrés dans le Drame d'Arda, et le Bien et le Mal sont maintenant entremêlés, quasi inextricables : he meddled in all that was done. Pourtant, à qui sait regarder, il est toujours donné de discerner le Mal du Bien. Le premier est toujours marqué par la voie active ; il trouve en lui-même la justification de son action, et s'il considère le service, ce n'est jamais que le service des autres. Alors que le second, marqué encore et toujours par la voie passive, est le chemin de ceux qui agissent en se faisant serviteurs de l'Autre.
Ici, bien des choses apparaissent et sont mises à nue. Lorsque l'on considère l'affrontement du Bien et du Mal, il n'y a pas deux principes "équivalents" : Le Bien n'a pas besoin du Mal pour exister ; il n'a besoin que d'Eru, car celui-ci en est la source, invisible, absence-présence, pour reprendre les mots de Sosryko, révélée par la question posée : qui agit, si au final les Valar ne sont que serviteurs dans la Création ? Le Mal en revanche, aussi terrifiant et impressionnant qu'il soit, tellement visible, ne peut exister que par rapport au Bien : turning it / meddled in all / coveted it / name it ... Le Bien, encore, est toute douceur ; il se propose, et sa source est ultimement libre, au point même que celui qui ne veut la voir est libre de ne pas la voir. Le Mal est toute violence ; il s'impose autant qu'il y parvient, affronte et prend la liberté. Mais comme il est éternellement tributaire de l'existence du Bien, on réalise logiquement que son but ultime est dans la destruction de tout, seule "victoire" possible. Voilà pourquoi :
Thus, as 'Morgoth', when Melkor was confronted by the existence of other inhabitants of Arda, with other wills and intelligences, he was enraged by the mere fact of their existence, and his only notion of dealing with them was by physical force, or the fear of it. His sole ultimate object was their destruction. [...] Hence his endeavour always to break wills and subordinate them to or absorb them into his own will and being, before destroying their bodies. This was sheer nihilism, and negation its one ultimate object [MR/395-396]
L'existence du Monde vient d'Eru, et ce qu'on appelle le Bien garde cette existence, tandis que le Mal est ce qui s'en détourne et détourne, il est ce qui va à Melkor, à l'inexistence.
 
C
Enfin, le centre de la section révèle l'essentiel de la Rebellion de Melkor : Celui qui ne supporte pas l'existence et l'exécution d'autres volontés que la sienne va tenter d'imposer la sienne de manière grandiose et terrifiante. Celui qui veut trouver la Flamme Impérissable d'Ilúvatar va allumer lui-même de grands feux. Mais comment le Nihiliste, celui qui a fait le choix du visible, du matériel, et de l'égocentrisme, peut-il espérer la trouver ? Elle est dans l'invisible et non dans le visible, dans le spirituel et non dans le matériel, elle vient d'Eru et non de soi, même si Eru l'a envoyée vers nous. Elle est dans la voie passive, et non dans la voie active. Seuls ceux qui acceptent de devenir les filles et les fils d'Eru peuvent la recevoir.
Mais Sosryko n'a-t-il pas déjà tout dit et parfaitement dit à ce propos :) ?
On pourra, par rapport à ce commentaire plus particulièrement ...
Melkor dévoile ainsi l’origine même du péché et sa racine : se prendre pour Dieu et « connaître le Bien et le Mal », c’est-à-dire choisir ses propres valeurs selon « ses propres désirs », choisir son Bien et son Mal. Faire comme bon il lui semble.
(iii) Une fois qu’on s’est donné la capacité de fixer le Bien et le Mal, on devient son propre Dieu. C’est à cela que désire arriver Melkor ! Melkor veut effacer le nom d’Ilúvatar pour le remplacer par le sien, poussant le péché contre le Nom jusqu’à son extrémité.
Voilà pourquoi la section (3) se termine sur Melkor qui « nomme » la terre « d’après lui-même » : le dernier mot, « myself », est une injure faite à Ilúvatar puisque le nom de ce dernier est le dernier mot de la section (2).
... penser à la la référence suivante :
It does however seem best to view Melkor's corrupting power as always starting, at least, in the moral or theological level. Any creature that took him for Lord (and especially those who blasphemously called him Father or Creator) became soon corrupted in all parts of its being, the fëa dragging down the hröa in its descent into Morgothism: hate and destruction. [MR/410]
 
Yyr
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le 04-12-2003
à 12:15

     
Comme il me paraît bien difficile et au demeurant inutile d'ajouter beaucoup de chose aux commentaires qui avaient déjà été faits par Sosryko de la 3ème section, et en particulier du péché de Melkor, j'enchaînerai maintenant volontiers un commentaire (à la volée) à partir de la 2ème section.
 
Naissance à l'Amour et à la Liberté
 
Je repartirai pour ce faire des propos suivants - tout simplement superbes - de Sosryko :
Ainsi, avec la vitesse croissante dans la description de (i) à (iii), arrive la conclusion qui s’impose : tout ce travail, tous ces efforts des Valar étaient destiné aux seuls Enfants d’Ilúvatar. [...]
travailler sans relâche
Mais pour qui ?
Laisser de côté son égoïsme.
Donner de soi, de son temps, de ses forces à d’autres comme les Valar qui préparent la Terre pour les Enfants d’Ilúvatar qui ne sont pas encore nés.
Travailler pour préparer un héritage.
Pour ceux qu’on ne connaît pas encore aussi bien que ceux qu’on ne connaîtra jamais.
Travailler sans même savoir comment son travail sera accueilli et respecté (cf. les craintes justifiées de Yavanna en QS II)
Se donner ainsi à l’Autre, pour que la vision de ma beauté et de mon histoire n’efface pas la Vision qui est la Vision de la beauté et de l’Histoire de l’Autre.
Se donner à l’Autre, pour ne pas se perdre soi-même. Pour ne pas devenir Melkor.
Ou lorsque se perdre revient à refuser la Vision pourtant « véritable », qui demeure, que je le veuille ou non.
Travailler « laborieusement », comprendre : avec diligence.
Comme si tout dépendait du travail d’aujourd’hui et de moi seul.
Voilà le secret.
Car tout dépend réellement du travail d’aujourd’hui, de mon amour de ce jour pour la création, de mon désir de la rendre parfaite pour les Enfants qui l’habitent, qui l’habiteront. Et si Melkor lui même venait à « le détruire ou le corrompre », mon travail « ne serait pas vain » pour autant (Ainul., p.23); il reste toujours la trace de la flamme dans l’étincelle, et la plus petite étincelle est un flambeau dans les ténèbres.
Cette étincelle, c'est la Flamme Impérissable qu'Eru a envoyée dans le Monde, et que Melkor ne trouva jamais et ne pourra trouver.
 
Cette flamme, les Valar l'ont reçue en se faisant serviteurs, tandis que Melkor l'a perdue en cherchant à l'atteindre par lui-même. Les Valar se sont faits serviteurs dès le Commencement, et voilà la chose extraordinaire que montre la Narration de l'Ainulindalë : la Création et le travail des Valar furent un pur travail de Charité ! Où les Valar se sont donnés (cf. le titre et le thème donnés par Sosryko en la 2ème section : le don de soi), entièrement, sans compter, par l'Amour d'Eru, et pour l'Amour de Ses Enfants. Arda est née en Charité ! Arda est née par Charité !
La Charité ne peut être que si elle est laissée libre ; le don de soi ne peut l'être que librement. Et c'est pourquoi si elle est née en Charité, ni plus, ni moins, Arda est née en Liberté ! La Charité, qui commence par l'acte créateur suprême d'Eru, se poursuit ensuite, dans le Monde, par l'exercice de la Liberté à choisir la "petite voie", la voie passive, celle du serviteur humble qui se laisse inspirer par Eru, qui se fait son instrument, comme les Valar l'ont fait à la Création d'Arda (l'usage du passif section 3) montre par ailleurs que le pouvoir de création n'est pas dans les Valar eux-mêmes ...) ; cette "petite voie", qui n'est ni grandiose, ni facile, est néanmoins le chemin, qui, librement consenti, mène à la perfection (sainteté) en ce monde marri, et la Narration de l'Ainulindalë annonce tout le mystère du Conte d'Arda qui viendra à se dérouler :
C'est bien dans cette "petite voie" que puit s'achever dans la perfection la vertu de Charité. Quelle émotion par exemple à suivre le roi bien-aimé de Nargothrond se déssaisir lui-même de sa royauté, de son royaume, et de sa vie, pour l'Amour des Hommes en général, et de Beren en particulier. Frodo aussi, dans son abandon aussi, ce "lâcher prise", se laisse conduire, et à la fin véritablement porter. Dans cet abandon, naît un discernement et une puissance de générosité qui le gardent longtemps de l'Anneau. Dans cet abandon naît aussi la compassion. On ne peut pas ne pas penser aussi à ses compagnons, qui tous, font l'expérience parfois douloureuse mais toujours victorieuse, de la Charité, lorsque s'engageant sur la petite voie du service, de l'abandon, et de la Confiance : Merry et Pippin écuyers de Theoden et Denethor ; Aragorn, dans le secret en parcourant si longtemps en serviteur la Terre-du-milieu, et, la Guerre de l'Anneau venue, non seulement dans le don de soi, bravant tous les périls à la tête de ses hommes quand l’Ennemi poussait devant lui ses esclaves en furie, mais aussi dans la perfection du don, qui est le pardon (Chemins des Morts, col de Cirith Ungol). Quelle lumière encore dans le dernier don du fier et vaillant Boromir, lorsqu'il s'abandonne enfin à être serviteur et offre sa vie pour sauver celle des hobbits, après avoir tant et tant cherché à vaincre activement dans sa vie - et donc finalement et naturellement à (se faire) posséder (par) l'Anneau.
 
La voie active n'est pas aisée à éviter. Sam n'est-il pas dès le départ et jusqu'à la fin parfait serviteur ? Pourtant, que ne se fît-il serviteur dans sa confrontation avec Gollum ! Hélas ! Et je ne puis m'empêcher de penser encore à l'histoire de Míriel et de Finwë : que n'ont-ils vécu et supporté leur souffrance en patience ? Finwë de demander, d'exiger presque, un remariage et de futur enfants ! S'il pouvait sembler juste de voir cette demande permise, combien la Charité seule eût été bien supérieure que l'action de la justice. Ainsi les paroles explicites d'Ulmo ...
'Thus Finwë was aggrieved and claimed justice. But when he called her and she did not return, in only a few years he fell into despair. Herein lay his fault, and failing in Hope. But also he founded his claim mainly upon his desire for children, considering his own self and his loss more than the griefs that had befallen his wife: that was a failing in full love.
'The fëar of the Eldar, as Niënna hath said, cannot be broken or forced, and the motion of their will cannot therefore be predicted with certainty. Yet it seemeth to me that there was hope still that after repose in Mandos the fëa of Míriel should return of itself to its nature, which is to desire to inhabit a body. This strange event should issue, rather than in dissolving their union, in the use by Finwë of the patience of full love, and the learning of Hope; and in the return of Míriel, wider in mind, and renewed in body. [MR/243]
... et celles de Manwë :
Thus, as […] And Manwë spoke to the Valar, saying: 'In this matter ye must not forget that you deal with Arda Marred - out of which ye brought the Eldar. Neither must ye forget that in Arda Marred Justice is not Healing. Healing cometh only by suffering and patience, and maketh no demand, not even for Justice. Justice worketh only within the bonds of things as they are, accepting the marring of Arda, and therefore though Justice is itself good and desireth no further evil, it can but perpetuate the evil that was, and doth not prevent it from the bearing of fruit in sorrow. Thus the Statute was just, but it accepted Death and the severance of Finwë and Míriel, a thing unnatural in Arda Unmarred, and therefore with reference to Arda Unmarred it was unnatural and fraught with Death. The liberty that it gave was a lower road that, if it led not still downwards, could not again ascend. But Healing must retain ever the thought of Arda Unmarred, and if it cannot ascend, must abide in patience. [...] [MR/239-240]
Car Arda est née dans la Charité, et sera Guérie dans la Charité. La vertu de Charité est l'Amour qui ne demande rien, qui n'exige rien. Elle est aussi indissociable de la Liberté. Quel Amour y aurait-il à être conduit contre sa volonté ?
 
Avec la liberté, le Mal devient possible. Mais il n'est ni voulu, ni permis. Dans ce monde blessé, le mal est enduré. Si l'on en croit le narrateur de l'Ainulindalë, ainsi que les récits (rapportés) des Eldar, Eru n'est pas un Dieu qui tolère le Mal. Au début, le fait de donner vie à Melkor est chose parfaitement bonne - Cf. section 3 : Melkor too was there from the first (noter l'usage narratif du passif). Le Mal ne naît que lorsque he meddled in all that was done [...] ! (noter l'usage narratif de l'actif) (noter aussi tout simplement l'enchaînement narratif : d'abord vient le Bien, et ensuite et seulement, et uniquement avec les choix qui n'appartiennent qu'à Melkor, la naissance du Mal). Non, Eru demande à Ses Enfants d'endurer en patience, lorsqu'ils ne peuvent pas vivre dans une joie parfaite. Et cette demande peut s'appuyer sur un don qui est fait aux Eldar et aux Atani, celui de croire en Lui, et sur la promesse qu'implique son Amour ...
(Finrod) If we are indeed the Eruhin, the Children of the One, then He will not suffer Himself to be deprived of His own, not by any Enemy, not even by ourselves. This is the last foundation of Estel, which we keep even when we contemplate the End: of all His designs the issue must be for His Children's joy. […]' [MR/320]
Cette promesse, c'est celle selon laquelle Arda sera Guérie de tout mal :
(Andreth) They say that the One will himself enter into Arda, and heal Men and all the Marring from the beginning to the end. [MR/321]