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Section « Le Légendaire » Fuseau « de l'Allégorie chez Tolkien » |
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de l'Allégorie chez Tolkien
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Vinyamar le 19-01-2005 à 02:28 |
L’allégorie chez Tolkien Dans un fuseau, j'avais énoncé mes réserves au sujet de l’anti-allégorisme de Tolkien qui de fait est un peu trop souvent resservi dès que l’on tente de chercher un sens à un épisode, ou que l’on tente un parallélisme avec quelque autre référence. Quelque peu critiqué, j’avais promis de venir étayer mes propos, et voilà que cela vient enfin. Nous tenterons de voir ici ce que Tolkien refuse quand il rejette l’allégorie, et comment en fait il est lui-même sujet à un certain travail allégorique, quand nous aurons vu que tout est question de précision dans le sens du terme.
En préliminaire, je citerai la Lettre 71 (p82) :
Nous y voyons Tolkien associer intimement l’allégorie et ce qu’il nomme la « romance », qui est peut-être chez lui déjà l’idée de subcréation artistique. Bien sûr, il s’adresse à une personne très avertie de ses conceptions, son propre fils, et ne s’embarrasse donc pas de précautions au sujet du terme d’allégorie, et c’est pourquoi le texte est très intéressant. Ce texte nous signale que l’allégorie est présente au roman comme un dérivé d’où il provient, la romance ayant pour caractéristique (contrairement aux œuvres qui se prétendent réalistes) de dissocier ce qui se trouve uni dans la réalité, de transformer des réalités mêlées dans le vrai monde en réalités extérieures distinctes dans la romance, comme le bien et le mal par exemple. L’allégorie se trouve donc déjà présente dans ce simple jeu de méchant et de gentil propre à toute romance. En Lettre 109 (p 120), Tolkien répond à la critique fort attendue d’un certain Rayner du livre I. Cette personne manifestement intelligente suspecte le roman « de délaisser l’histoire pour ne devenir qu’une pure allégorie. » Tolkien s’empresse de répondre à son ami qui a demandé et reçu la critique. Parlant d’une certaine horreur présente dans le roman, il dit :
Le récit rencontre donc l’allégorie au point de la Vérité, et puisque le récit le plus vrai qui soit est la pure réalité, la plus puissante allégorie se trouve donc dans la réalité elle-même (nous verrons ce que Tolkien désigne par là). Mais sans aller jusqu’à cette perfection, le récit lui-même s’oriente vers l’allégorie, en lui-même, indépendamment d’une volonté consciente de l’auteur (c’est la raison pour laquelle nous verrons que Tolkien ajoute toujours ces mots quand il parle contre l’allégorie). Mais il nous révèle aussi que, dans ce contexte, l’allégorie la plus parfaite provoque sa disparition visible du récit, et que parallèlement (d’où l’idée de convergence) le récit le plus parfait provoque une allégorie plus facilement détectable, pour ceux qui veulent la trouver, puisqu’elle est devenue invisible. Nous voyons donc que Tolkien bénit une telle allégorie plus qu’il ne la combat, allant jusqu’à en proposer une, et annonce déjà la solution qu’il a proposée à son dilemme, car il est de fait que Tolkien en même temps réprouve l’allégorie. Mais c’est qu’il ne met pas toujours le même sens dans le terme d’allégorie, et que c’est son sens exact qu’il réprouve, non son sens usuel.
Voyons maintenant les morceaux bien connus qui font dire que Tolkien n’aimait pas l’allégorie, et comprenons bien de quoi il parle : Lettre 144 (p.174) :
(où je laisse une suite du texte car elle donne la réponse à la question" qui est Tom Bombadil ?". Réponse : un mystère ! Le conte doit en être pourvu.) Tolkien ne travaille donc pas de manière allégorique. Soit ! Mais lisons surtout la Lettre 130 (p 145) :
Le dilemme est posé. Tout en refusant l’allégorie, Tolkien est conscient que son langage est indispensable à la quête du sens d’un récit. Cette question du sens reviendra, et elle est certainement ce qui distingue la lecture d’amusement de la lecture d’intérêt, le sens étant indispensable à l’intérêt. Et Tolkien écrit pour les deux : l’amusement d’abord, et l’intérêt. Mais la clef du problème se situera au niveau de ce sens, qui n’est qu’offert, et point imposé. Lettre 163 (p 211) :
Remarquons que Tolkien parle de "simple allégorie", ce qui laisse la porte ouverte à quelque chose de plus subtil que cette simple allégorie, mais qui en soit proche. En même temps, il ne se permet pas de la dissocier totalement de quelque œuvre que ce soit, même la sienne.
Voici un texte clef : Lettre 181 (p. 232) (à quelqu’un qui demandait si le nettoyage de la Comté ne faisait pas référence à l’Angleterre de son temps)
Puis il poursuit en expliquant comment la « sanctification » de Frodon a permis le « salut du monde » et le salut de Frodon lui-même malgré son « apostasie », puis répond à la question du nettoyage de la Comté en expliquant qu’il n’y a là pas de référence spéciale à l’Angleterre, autrement que dans sa propre conception acquise d’un village rural, avouant avoir pris modèle sur ses propres références dans la vie réelle. Il ajoute cependant que la malice de Sharkey peut être appliquée à toutes sortes de cas « de nos jours ». Nous voyons donc que Tolkien donne une définition de l’allégorie qui est très restrictive et qui n’est pas celle que nous utilisons couramment. L’allégorie qu’il rejette n’est pas celle de donner ou trouver un sens plus profond aux histoires qu’il écrit, mais seulement celle de vouloir représenter (il souligne le mot) une chose au travers d’une autre, ce dont était spécialiste notamment la littérature chrétienne des contes arthuriens. Cette littérature allait parfois jusqu’à divulguer le sens de certaines des analogies, de façon à éveiller le lecteur sur le sens de celles qui ne seraient pas dévoilées, sans doute. Mais ces allégories sont des représentations. La trinité est représentée par trois femmes allant puiser de l’eau, et le but de la scène n’est pas autre que celui d’évoquer cette trinité. Elle s’insère d’ailleurs parfois mal dans le récit, ne vient pas là par un processus logique, mais est comme catapultée là pour donner un enseignement au lecteur. C’est de cela qu’il se plaint déjà dans la lettre 131. Tout comme le manichéisme ce se définit pas vulgairement par le simple fait d’opposer quelque part le bien et le mal, l’allégorie ne se définit pas simplement par ce qui est porteur d’un autre sens que le sens premier. Et Tolkien explicite lui-même en de nombreux endroits (comme ici - et à forte connotation chrétienne) quel est le sens caché d’un passage. Et ce n’est pas pour autant de l’allégorie, tout simplement parce qu’il n’impose pas ce sens à son lecteur, et que, comme il le précise, le récit en vient naturellement, de toute façon, à une telle scène. Avec ou sans sens caché, la scène aurait été la même, ce qui n’est pas vrai de l’allégorie, qui ne vise qu’à amener à un sens caché au travers d’une scène qui n’est qu’instrumentalisée. Il introduit par contre dans le passage sur le nettoyage de la comté ce que nous allons voir à présent :
Lettre 203 (p 262)
La confusion dont je parle, Tolkien l'avait lui-même décelée, en croyant la résoudre avec son applicabilité, qui à mon avis est là encore trop spécifique pour pouvoir être bien comprise : Lettre 215 (p 296)
Tolkien distingue non seulement l’allégorie de l’applicabilité, mais aussi de la signification qu’une scène peut contenir. On remarquera quand même à quel point Tolkien, dès qu’il rejette l’allégorie, s’empresse de préciser qu’il parle d’allégorie consciente ou voulue, et surtout qu’il ne se contente jamais de rejeter l’allégorie sans ajouter aussitôt après qu’il y a dans ses romans pourtant bel et bien une forme d’allégorie, qu’il distingue pourtant de la « simple allégorie » (comme il dit lui-même) et qu’il nomme applicabilité. Nous avons pourtant vu qu’il a autre chose qu’une simple applicabilité laissée au libre choix arbitraire du lecteur, mais bien un sens caché et profond dans ses œuvres, qu’il juge indispensable à toute œuvre humaine digne de susciter de l’intérêt, mais qui se distingue de l’allégorie en ce qu’elle ne contraint pas le lecteur à chercher ce sens. Le récit se suffit à lui-même, contrairement à l’allégorie qui n’a aucun intérêt sans le sens qu’elle cherche à évoquer. C’est là un point important qu’il faut mesurer quand on veut faire dire à Tolkien qu’il n’aime ou n’use pas d’allégorie. Soyons sûr de parler de la même chose que lui… et c’est plutôt rare.
Notons bienqu’ailleurs Tolkien utilise plus librement la référence à l’allégorie, et ne s’en cache pas (s’adressant sans doute à un public plus averti) Lettre 153 (p 190):
Il poursuit bien plus loin (p 195)
Mais il se reprendra dans une autre lettre (241, p320) pour expliquer que Feuille de Niggle n’est
Nous voyons de mieux en mieux ce que Tolkien met derrière le mot allégorie, qu’il accepte dans un sens large, mais qu’il réprouve dans le sens d’un symbolisme univoque et précis, ce qui est effectivement le propre de l’allégorie. C’est un peu ainsi qu’il définit la distinction entre l’allégorie et l’applicabilité dans son avant propos du Seigneur des Anneaux :
On pourra encore se référer à une note de la lettre 131 (p 148). La note commente cette phrase :
Ce symbolisme prend une ampleur redoublée quand quelques lignes plus bas, dans le résumé du Silmarillon que Tolkien fait à Milton Waldman, nous lisons au sujet de la faute de Fëanor et de ses frères :
Comment ne pas voir que les deux arbres eux-mêmes sont peut-être une référence aux deux arbres du Paradis, dont l’un était celui de la connaissance du Bien et du Mal, quand Tolkien nous annonce que la Lumière de ses arbres procurait la distinction du bien. Mais c'est précisément le genre de débat qui ne peut naître qu'après que nous ayons bien compris quel genre d'allégorie rejetait Tolkien. |
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sosryko
le 21-01-2005 à 20:01 |
Je pensais qu'on t'aurais répondu depuis longtemps sur ce sujet "serpent-de-mer" ;-) Désolé de ne pas pouvoir te répondre de mon côté, d'autant plus que comme toi, je voulais aborder le sujet depuis longtemps, mais je suis beaucoup trop pris en ce moment. Je constate toutefois - et encore une fois - qu' avec l'"allégorie tolkienienne" en tant qu'"applicabilité", on se rapproche souvent de la notion de "typologie" : le type n'est pas l'anti-type, il a sa réalité propre et indépendante, mais certains points de son histoire ou certaines de ses caractéristiques s'enrichissent du rapprochement avec l'anti-type, sans qu'il n'y ait jamais décalque, univocité qui enferme (=Allégorie) |
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Vinyamar
le 21-01-2005 à 21:08 |
Après quelques réactions (que j'espérait plus promptes :-( je l'avoue),je comptais poursuivre par rapport à l'idée de "parabole" émise par Hisweloke, et surtout de "figure" (que tu nommes "typologie"), que tu a développé dans les sujets "affaires de volonté". Mais je ne suis peut-être pas assez compétent là-dessus. |
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Vinyamar
le 23-01-2005 à 18:46 |
Je lirai la partie liée à ce sujet du livre de Vincent Ferré avant de poursuivre, mais je reste surpris que le sujet interesse si peu de monde. ... |
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lambertine
le 23-01-2005 à 19:21 |
Mais si, mais si, Vinyamar, il est intéressant, le sujet. Seulement, il me faut y réfléchir un peu, ne pas dire n'importe quoi... |
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Hisweloke
le 24-01-2005 à 01:52 |
"je comptais poursuivre par rapport à l'idée de "parabole" émise par Hisweloke" Je ne faisais que brièvement mentionner Tolkien and the Art of Parable de R. Murray, dans Pierce, Tolkien, A Celebration, article qui aborde justement ces distinctions sur l'allégorie et dont la lecture fournirait un très bon complément, je n'en doute pas, à l'intéressante introduction du sujet que tu donnes ici. Didier. |
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Gumbadan
le 24-01-2005 à 11:19 |
Bonjour à vous tous, Je n'avais pas vu ce sujet, mais je profite du message de Didier pour rebondir et féliciter Vinyamar pour son approche de la question. Dans le cadre de la préparation d'une thèse de 3ème cycle de sociologie politique traitant de l'Imaginaire de la Fin dans l'Oeuvre de Tolkien et de ses rapports, en termes de continuité et de rupture, avec l'eutopie/"l'eucatastrophe", j'ai mené un travail préalable sur les occurences du terme "allegory" et ses composés dans les Letters. Ce travail a été dicté par ma lecture de l'article portant sur le genre littéraire de l'Utopie et de ses "rapports" avec l'Oeuvre de Tolkien, paru sur le site d'Hiswelokë ("Question de définition : En effet, il m'a paru nécessaire de mener ce travail de "dépoussiérage du sens commun" car, à la suite de la préface de Marie Delcourt, traductrice de L'Utopie de Thomas More (Paris, Flammarion, 1987, 1ère éd. 1966), le rapprochement entre l'utopie et le récit allégorique (tel qu'il est fait dans l'article précité) semble peu pertinent : "[...] More n'écrit pas une fable; il ne dessine pas non plus une parabole" (pp.39-40). Ce travail de typologisation m'a permis de recadrer les occurrences du terme "allegory" et ses composés au regard du/des contexte(s) socio-historique(s) dans le(s)quel(s) Tolkien a écrit à ce sujet. En cela, l'apport de Vinyamar est indéniable... Merci! Comme vous pourrez en juger, ce ne sont que quelques éléments quantitatifs qui n'attendent qu'une analyse, sur laquelle je suis en train de travailler. Si vous le souhaitez, je pourrais la mettre en ligne, dès que j'en serais satisfait. Le mot « allegory » et ses composés dans les Letters : - n°34, To Stanley Unwin (13 October 1938) : - n°60, To Christopher Tolkien (13 April 1944) : - n°69 To Christopher Tolkien (14 May 1944) : - n°71, To Christopher Tolkien (25 May 1944) : - n°109, To Sir Stanley Unwin (The struggle between darkness and light (sometimes one suspects leaving the story proper to become pure allegory) is macabre and intensified beyond that in "Hobbit" .... 31 July 1947) : - n°131, To Milton Waldman (The letter […] is not dated, but was probably written late in 1951) : - n°144, To Naomi Mitchison (25 April 1954) : - n°153, To Peter Hastings (September 1954) : - n°163, To W. H. Auden (7 June 1955) : - n°165, To the Houghton Mifflin Co. (30 June 1955) : - n°181, To Michael Straight (Not dated; probably January or February 1956) : - n°183, Notes on W. H. Auden's review of The Return of the King (written in 1956) : - n°186, From a letter to Joanna de Bortadano (Not dated; April 1956) : - n°203, From a letter to Herbert Schiro1 (17 November 1957) : - n°205, From a letter to Christopher Tolkien (21 February 1958) : - n°211, To Rhona Beare (14 October 1958) : - n°215, To Walter Allen, New Statesman (Not dated; April 1959) : - n°229, From a letter to Allen & Unwin (23 February 1961) : - n°241, From a letter to Jane Neave (8-9 September 1962) : - n°255, From a letter to Mrs Eileen Elgar (5 March 1964) : - n°262, To Michael di Capua, Pantheon Books (7 September 1964) : Sur les 21 lettres dans lesquelles le mot « allegory » et ses composés apparaissent : - Nombre d’occurrences du mot « allegory » (nom singulier) : 41 ; Au total, il y a 50 entrées du mot « allegory » et de ses composés (formes plurielle, adverbale et adjectivale) dans les Letters de Tolkien. Tolkien se sert une seule fois du pluriel contre 41 entrées pour le singulier. Nombre d’occurrence du mot « allegory » et de ses dérivés par année (sur le total de lettres écrites cette même année) : - Dans les années 30, il y 2 occurrences, soit env. 5% du total ; Le mot « allegory » et ses composés sont surtout utilisés dans les années 40 et 50 (env. 82%). Dans les années 60, ce mot et ses composés ont 4 fois moins d’entrées dans les Letters de Tolkien que dans les années 50, décennie où il y en a le plus (plus de la moitié, sous la forme d’un nom commun singulier, d’un nom commun pluriel, d’un adjectif et d’un adverbe). Sur les 41 entrées du mot « allegory », 34 (env. 83%) ont été écrites après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dont 8 pour 1947, soit env. 20% du total d’occurrences pour ce mot après 1945. Cordialement,
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Vinyamar
le 24-01-2005 à 22:39 |
Eh bien merci d'être passé dans le coin. J'ai évidemment lu toutes les occurences du mot avant de faire cet exposé, mais il faut bien noter qu'elles ne s'appliquent pas toutes à son légendaire, ou n'entrent pas toutes dans une explication de texte, et qu'il y a des répétitions d'une même idée. Le mot « allegory » et ses composés sont surtout utilisés dans les années 40 et 50 (env. 82%). Dans les années 60, ce mot et ses composés ont 4 fois moins d’entrées dans les Letters de Tolkien que dans les années 50, décennie où il y en a le plus (plus de la moitié, sous la forme d’un nom commun singulier, d’un nom commun pluriel, d’un adjectif et d’un adverbe). Ce qui prouve un des points sur lequel je comtpais rebondir: Tolkien s'est mis à se méfier de ce mot au fur et à mesure des commentaires qu'il recevait. Alors qu'il l'utilisait parfois légèrement, il s'est rendu compte d'un problème avec des interprétation qu'on voulait rendre allégoriques, et il s'en est défendu, si bien qu'il a dû préciser le sens de l'allégorie, pour s'en écarter au profit de ce qu'il appelle "applicabilité". Mais il ne prenait pas ces précautions au départ. Cette évolution dans le temps est importante, et montre bien que l'allégorie est un concept subtil qu'il ne faut pas traiter avec légèreté. Il faut bien savoir ce que Tolkien rejette quand il dit ne pas aimer l'allégorie. Ce n'est pas aussi simple qu'il n'y parait (mais je radote....). |
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Gumbadan
le 25-01-2005 à 09:47 |
Merci pour ta réponse Vinyamar... et de rien! Juste un point : je te demanderai de ne pas te servir de ces données telles quelles car elles n'ont été mises sur ce site qu'à titre indicatif et non à des fins d'exploitation personnelle... Sinon, je profite de ton message pour rebondir. La présentation faite au préalable des données quantitatives du terme "allegory" et de ses composés, n'a pour but que de tracer quelques lignes directrices pour une généalogie de l'usage du terme « allegory » dans les Letters de Tolkien et pour une critique de sa capacité à décrire et expliquer son oeuvre : pour reprendre la formule de Paul Ricoeur, comment (et non pourquoi) l'allégorie peut-elle être évènement (question de la contextualisation) et sens (à distinguer ici du sens littéral, tropologique et anagogique) dans l'oeuvre de Tolkien ? Pour ce faire, et avant même de penser à exploiter ces données, une tentative de définition de ce terme s'impose. Elle est d'autant plus nécessaire au regard de sa longue histoire, remontant à l'Antiquité. En effet, l'allégorie recouvre dès son origine deux pratiques, la création de récits allégoriques et l'allégorèse, interprétation rationalisante des mythes. Toute allégorie est travaillée par ces deux tendances, mêlant production et réception, création et interprétation. Il est donc nécessaire de cerner le sens que lui donnent tour à tour les rhéteurs, les philosophes, les théologiens et les philologues car chaque discipline, chaque école même, enrichit le concept. Après ce premier travail, il faut ensuite étudier les concordances et les divergences de l'allégorie avec la métaphore, la métaphore filée, la métonymie, etc. Cependant, Tzvetan Todorov a montré que « l'allégorie ne saurait se réduire à une figure microstructurale » (Dictionnaire de stylistique, Paris, P.U.F., 1989, p.9). Pour lui, c'est « uniquement le macrocontexte qui signale et qui impose le caractère figuré du discours allégorique. » Cette explication permettra ainsi de rebondir sur la formule de Paul Ricoeur et de pouvoir poser les questions de départ à l'analyse des occurences du terme "allegory" et de ses composés dans les Letters de Tolkien. Bref, ce travail de conceptualisation et d'historicisation de l'allégorie est néecssaire afin d'éviter tout scheme explicatif a priori dans l'analyse des Letters de Tolkien. Car, en effet, l'évolution dans le temps de ce terme dans les Letters est importante, tout comme il ne faut pas traiter avec légèreté ce concept subtil (sic.)... Cordialement, |
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Hisweloke
le 04-04-2006 à 19:07 |
Gumbadan: "Ce travail a été dicté par ma lecture de l'article portant sur le genre littéraire de l'Utopie et de ses "rapports" avec l'Oeuvre de Tolkien, paru sur le site d'Hiswelokë ("Question de définition : Chronique d'Uchronie." ...)." Un peu plus d'un an après ce message: si Gumbadan passe dans le coin, qu'il n'hésite pas à nous faire part de l'avancement de ses travaux de "dépoussiérage du sens commun" -- Histoire que l'on puisse dépasser cette modeste compilation de nos échanges précédents et reprendre, avec autant de plaisir, un dossier intéressant. Didier. |
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Tilkalin
le 05-04-2006 à 13:56 |
> Un peu plus d'un an après ce message: si Gumbadan passe dans le coin, qu'il n'hésite pas à nous faire part de l'avancement de ses travaux de "dépoussiérage du sens commun" Didier, Gumbadan passe parfois dans le coin, puisque il s'agit de mon ancien pseudo (qui peut d'ailleurs, soit dit en passant, être effacé)... :o) Pour te répondre rapidement (je suis sur mon lieu de travail...), les recherches sur le sujet avancent lentement mais sûrement. ;o) Toutefois, c'est un projet de longue haleine qui devait, à l'origine, déboucher sur une thèse de 3ème cycle en sociologie. Quand je parlais de "dépoussiérage du sens commun" concernant la notion d'utopie, je me référais en fait non seulement à l'article publié sur ton site mais, au-delà, à certaines interventions dans lesquelles cette notion est rejetée de façon systématique sous prétexte que l'utopie relève forcément de la parabole, voire de l'allégorie (bien que ces deux termes ne soient pas forcément liés) de nature politique. Or, il n'en est rien ; tout du moins si l'on en revient à une lecture philosophique et sociologique de L'Utopie de Thomas More, écrit à l'origine comme réponse à L'éloge de la folie de son ami Erasme. Humaniste anglais, catholique en pays protestant et professeur de théologie et de grec à Oxford, le parcours de vie de More n'est pas sans évoquer celui de Tolkien qui, comme son illustre prédécesseur, était un humaniste catholique anglais, de surcroît don d'Oxford... Toutefois, au-delà de ces analogies (et des différences aussi, More ayant été une personnalité politique de premier ordre), L'Utopie et Le Seigneur des Anneaux pourraient tous deux relever du genre littéraire de l'ethno-fiction (cf. l'article de la revue Solaris "L'ethno-fiction : soi-même comme un autre" : http://www.revue-solaris.com/numero/2000/134-ethno-fiction.htm). Martin Hébert, auteur de l'article sus-nommé et professeur d'anthropologie à l'université de Montréal, travaille sur cette notion depuis quelques années maintenant et j'ai eu le plaisir d'échanger avec lui quelques courriels fort constructifs sur la question. Cette notion est apparue dans le champ de l'anthropologie pour catégoriser certains écrits d'observation de terrain. Par extension, elle pourrait être appliquée à certains récits fictionnels comme ceux de More ou de Tolkien car ces livres soulèvent la question de la création d'un "univers-monde" (pour reprendre l'expression du titre de la thèse de Laurent Genefort) cohérent et se suffisant à lui-même... Dans cette perspective, la comparaison des oeuvres de More et de Tolkien pourraît peut-être permettre de dépasser les prénotions entourant le genre littéraire de l'utopie et que l'on retrouve communément assénées sur divers fora consacrés à Tolkien, utopie et Terre du Milieu n'ayant a priori rien en commun... Enfin, désolé de ne pouvoir développer davantage cette question car non seulement je n'ai pas le temps de m'étendre pour le moment mais, d'autre part, je crains que l'on ne s'éloigne de trop du sujet initial de ce fuseau portant sur l'allégorie. Toutefois, je serai ravi d'en discuter plus longuement quand le temps me sera plus favorable ou de continuer par courriels interposés, si tu le souhaites, bien sûr ! ;o) Cordialement,
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Coeur de Canard
le 05-04-2006 à 14:09 |
Et que conclut tu de ces statistiques ? (par ailleurs etant donnee qu'il y a un probleme majeur de mesure: toutes les lettres ne sont pas accecibles/connues, la marge d'erreur est probablement importante) CdC PS ca fait bien longtemps qu'il n'existe plus de these de troisieme cycle ou de these d'etat ... |
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