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Section « Le Légendaire »
Fuseau « Melkor et Arda Envinyanta »
Atteindre la fin du fuseau
Melkor et Arda Envinyanta
- Les messages -
Dior
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le 11-01-2007
à 00:34

Amis du soir, bonsoir :-)

À l'occasion d'un sujet sur la mort de Saruman sur Tolkiendil, nous en sommes venus (ne me demandez pas comment ^^) à nous interroger sur le sort de Melkor en Arda Envinyanta.

Comme je sais que plusieurs d'entre vous ne visitent pas ce site ou pas ce genre de fuseau, je me permets de solliciter directement votre avis ici :-)

Or donc, à un moment donné, j'ai posté :

"Là, seul Ilúvatar connaît ce que seront les choses en Arda Envinyanta (Arda Guérie, après la fin des temps). Mais une réponse empreinte d'estel ne serait probablement pas de mauvais ton : peut-être Melkor sera-t-il enfin guéri des maux qui le rongent ? Car après tout, pourquoi la rédemption serait-elle refusée ne fut-ce qu'à une seule des créatures d'Ilúvatar ?"

Aravanessë, qui est aussi membre ici, m'a fait remarquer que selon le dogme chrétien, la rédemption du diable est impossible, épitre de Jude à l'appui :

"(5 et 6) Je veux vous rappeler, à vous qui savez fort bien toutes ces choses, que le Seigneur [...] a réservé pour le jugement du grand jour, enchaînés éternellement par les ténèbres, les anges qui n'ont pas gardé leur dignité, mais qui ont abandonné leur propre demeure;

[...]

(11 à 13) Malheur à eux! car ils ont suivi la voie de Caïn, ils se sont jetés pour un salaire dans l'égarement de Balaam, ils se sont perdus par la révolte de Coré. Ce sont des écueils dans vos agapes, faisant impudemment bonne chère, se repaissant eux-mêmes. Ce sont des nuées sans eau, poussées par les vents; des arbres d'automne sans fruits, deux fois morts, déracinés; des vagues furieuses de la mer, rejetant l'écume de leurs impuretés; des astres errants, auxquels l'obscurité des ténèbres est réservée pour l'éternité."

Ceci a piqué ma curiosité, et voici en gros ce que j'ai trouvé :

"La théorie selon laquelle la rédemption de Lucifer (et des démons en général) est possible (à la fin des temps), l'Apocatastase, a été condamnée comme hérétique en 553 par le Concile de Constantinople. Elle était entre autre défendue par Origène.

Là où cela devient intéressant, c'est qu'il semble qu'on la retrouve chez le Pseudo-Denys (je pense à sa théorie selon laquelle la race des démons est mauvaise non parce qu'elle se conforme à sa nature, mais parce qu'elle la rejette) - je n'ai pas approfondi vers saint Thomas d'Aquin, mais qui sait ? Or, le Pseudo-Denys et Tolkien, chez moi, cela commence à faire tilt (je n'en dirai pas plus pour le moment).

Ce qui m'amène à Tolkien (et à ma mémoire défaillante ^^) :

Tolkien, dans Mythes transformés, texte VI, a dit :
:
Mais le désir d'avoir des créatures sous lui, dominées, est devenu habituel et nécessaire à Melkor, de telle sorte que même si le processus était réversible (il l'était probablement uniquement par auto-mortification et repentance absolues et non feintes), il ne pourrait pas l'accepter.

[...]

Ainsi - aussitôt qu'il a rejeté mentalement la repentance - il (tout comme Sauron par après sur ce modèle) tourne en moquerie l'auto-mortification et la repentance. D'où il tire un genre de plaisir perverti, comme en profanant quelque chose de sacré - [car la simple considération de la possibilité de repentance véritable, si elle ne venait pas spécialement en tant que grâce directe d'Eru, était au moins une dernière lueur de sa vraie nature primordiale.]

[...]

Melkor est envoyé en Mandos (pour y rester en "réclusion" et méditer, et achever sa repentance - et aussi ses plans de redressement).

Et de là, un texte s'impose :

Tolkien, dans l'Ósanwe-kenta, a dit :
Manwë avait l'autorité pour régner et pour ordonner le monde, autant qu'il le pouvait, pour le bien-être des Eruhíni; mais si Melkor se repentait et retournait sous l'allégeance d'Eru, sa liberté devait lui être rendue. Il ne pouvait être asservi, ou privé de sa part. La fonction de Premier Roi était de maintenir tous ses sujets sous l'allégeance d'Eru, ou de les y faire revenir, et sous cette allégeance, de les laisser libres.

[...]

Et considérez : quel bien dans ce cas-ci l'usage légal de la force a-t-il même accompli ? Cela l'a écarté pour un temps et a soulagé la Terre du Milieu de la pression de sa malice, mais cela n'a pas déraciné son mal, car cela ne se pouvait pas. Sauf si, peut-être, Melkor s'était repenti. (Note 9) Mais il ne se repentit pas, et dans l'humiliation il devint plus obstiné : plus subtil dans ses tromperies, plus astucieux dans ses mensonges, plus cruel et plus ignoble dans sa revanche.

[...]

Note 9 : Certains considèrent que, bien que le mal aurait pu être alors atténué, il n'aurait pas pu être défait même par le repentir de Melkor; car le pouvoir était parti de lui et n'était plus sous le contrôle de sa volonté. Arda fut marrie en son existence même. Les graines que la main sème grandiront et se multiplieront bien que la main soit retirée.

Au vu de ces textes, Melkor semble bel et bien pouvoir se repentir, il y a possibilité de rédemption même pour le Marrisseur."

Voilà ! j'aimerais avoir vos avis sur la question :-)

sosryko
Voir le profil de sosryko   Cliquer ici pour écrire à sosryko  

le 11-01-2007
à 14:44

Dior a dit :
Au vu de ces textes, (1) Melkor semble bel et bien pouvoir se repentir, (2) il y a possibilité de rédemption même pour le Marrisseur."

Je suis d'accord avec toi pour (2) mais je pense, justement, que Tolkien dit l'opposé de la première partie de ta conclusion (1) :

But the lust to have creatures under him, dominated, has become habitual and necessary to Melkor, so that even if the process was reversible (possibly was by absolute and unfeigned self-abasement and repentance only) he cannot bring himself to do it
Tolkien, Myths Transformed VI, HoME X, p. 391

Puisque tu évoques l’apocatastase et Origène, il est vrai que ce dernier a laissé entendre que le salut universel qu’il envisageait pouvait concerner jusqu’au Diable, qu’il identifiait avec « le dernier ennemi, la Mort » (1 Co 15, 26), ennemi qui « sera détruit » d’une destruction qui est « engloutissement par la vie » (2 Co 5, 4 ; cité dans Homélies sur Josué, VIII, §4, Sources Chrétiennes 71, p. 229), engloutissement et destruction qui ressemblent fortement au salut du « dernier ennemi appelé mort (…), pour qu’il ne soit plus ennemi » (III, 6, 6, SC268, t. 3, p. 247) :

« C'est pourquoi en effet même le dernier ennemi appelé la mort sera détruit selon ce qui est dit (…). Il faut comprendre cette destruction du dernier ennemi non en ce sens que sa substance faite par Dieu périra, mais en celui que son propos et sa volonté d'inimitié, qui proviennent non de Dieu mais de lui-même, disparaîtront. Il est donc détruit, non pour qu'il n'existe plus, mais pour qu'il ne soit plus ennemi et mort. Rien en effet n'est impossible au Tout-Puissant, rien n'est inguérissable pour son créateur : il a fait toutes choses pour qu'elles existent ; et tout ce qui a été fait pour exister ne peut pas cesser d'exister. »
— Origène, Traité des Principes, III, 6, 5, SC268, t. 3, p. 245.

… "Laissé entendre" puisqu’il n’a pas reconnu avoir enseigné une telle doctrine du salut du « père de la malice et de la perdition » (Lettre à des amis d’Alexandrie cité par Jérôme, Note de Henri Crouzel, Traité des Principes, SC269, t. 4, p. 139).
Car si d’un côté, Dieu est toute bonté à l’égard de sa créature, il faut aussi prendre en compte le degré de « négligence » et l’intensité de la « dégradation » qu’elle cause dans la créature qui s’y abandonne :

« Pour montrer cette dégradation et cette chute causées par la négligence, nous pouvons sans absurdité utiliser une comparaison. Supposons que quelqu'un ait acquis peu à peu une compétence ou un art, comme la géométrie ou la médecine, jusqu'à parvenir à la perfection, en se formant longtemps par l'enseignement reçu et par des exercices, pour posséder entièrement la discipline susdite : il ne pourra jamais lui arriver d'être savant au moment de s'endormir et ignorant à son réveil. Ce n'est pas le moment d'évoquer ou de rappeler les accidents qui peuvent survenir par suite d'une lésion ou de faiblesse physique, car ils ne conviennent pas à la comparaison ou à l'exemple pris. Conformément à ce que nous avons proposé, ce géomètre ou ce médecin, tant qu'il pratique son art et s'instruit raisonnablement à son sujet, garde en lui la connaissance de sa discipline ; mais s'il ne l'exerce pas et s'il néglige de l'appliquer, il ne se souvient plus de quelques éléments, puis d'autres plus nombreux, et ainsi, après un long temps, tout s'en va dans l'oubli et disparaît complètement de sa mémoire. Il peut, certes, se faire, lorsque la déchéance commence et que la négligence est encore faible, qu'il se reprenne, revienne vite en lui-même, récupère ce qu'il a perdu et rappelle ce qu'il s'était ôté par des oublis encore restreints. »
— Origène, Traité des Principes, I, 4, 1, SC252, t. I, p. 167.

[... Concernant Melkor, est-il raisonnable de qualifier sa négligence d'encore faible ? ;-)]
Cette « négligence n’est pas un simple acte de faiblesse, mais une décision de la volonté qui refuse par orgueil l’amour et la contemplation de Dieu » (Note de Henri Crouzel, Traité des Principes, SC253, t. 2, p. 77) c’est-à-dire la « participation à la sainteté, à la sagesse et à la divinité elles-mêmes » (Origène, I, 6, 2, SC252, t. I, p. 199) :

« Car le créateur a accordé aux intelligences créées par lui des mouvements volontaires et libres, afin que certainement le bien devienne leur propriété lorsqu'elles le conservent par leur volonté propre; mais la paresse, le dégoût de la peine à prendre pour conserver le bien, l'aversion et la négligence à l'égard des valeurs supérieures a été le début d'un éloignement du bien. Or s'éloigner du bien n'est pas autre chose que de tomber dans le mal. En effet il est certain que le mal est la privation du bien. Il arrive donc que, dans la mesure où l'on se détourne du bien, on en vient au mal dans la même proportion. Par conséquent chaque intelligence en négligeant le bien selon ses mouvements, soit gravement soit de façon plus restreinte, était attirée dans le contraire du bien qui est sans aucun doute le mal. »
— Origène, Traité des Principes, I, 9, 2, SC252, t. I, p. 355-357.

Un dernier texte (désolé Dior, je ne construiot pas assez, et saute des remarques que je voudrais et mériteraient d'pêtre faites, mais je ne peux faire mieux en ce moment) :

« Il faut savoir cependant que quelques-uns de ceux qui sont tombés de l'unité de ce commencement, nous l'avons dit plus haut, se sont livrés à une telle indignité et à une telle malice, qu’ils sont devenus indignes de cette instruction et de cette formation qui sont données au genre humain par le moyen de la chair avec l'aide des puissances célestes ; au contraire, ils sont les adversaires de ceux qui sont ainsi instruits et formés et ils les combattent. De là viennent les luttes et les combats qui remplissent toute la vie des mortels, car nous sommes sujets aux oppositions et aux attaques de ceux qui sont tombés de l'état supérieur sans aucun regret, ceux qu'on appelle le Diable et ses anges, et tous les autres ordres mauvais que l'Apôtre a nommés à propos des puissances malignes.
En outre, est-ce que quelques-uns de ces ordres qui agissent sous la domination du Diable et obtempèrent à sa malice pourront jamais dans les siècles futurs revenir à la bonté parce que reste en eux la faculté du libre arbitre ? Ou au contraire la malice durable et invétérée ne se changerait-elle pas, par l'habitude, d'une certaine façon en nature ? Que le lecteur juge s'il est possible que de toutes manières, soit dans les siècles des réalités visibles et temporelles, soit dans ceux des réalités invisibles et éternelles, cette partie de la création ne soit pas complètement séparée de cette unité et de cet accord final. »
— Origène, Traité des Principes, I, 6, 3, SC252, t. I, p. 203-203.

Ainsi, si Melkor n'a pas pu dans le passé se repentir alors que l'occasion lui était donnée, préférant la feindre parce qu'il avait décidé de la rejeter, l'éloignement volontaire dans lequel il s'est lui-même placé n’a pu que provoquer l’« endurcissement de son cœur », créant l’irréversible là même où tout, aux yeux du Créateur, est réversible et appelé au salut.

Malgré tout, comme Origène, Tolkien ne ferme aucune porte de salut ou d'espérance, et je crois qu'il penchait avec lui, avec l'image d'Arda Guérie, pour une forme de salut universel, de relèvement de restauration du monde, et donc de toutes ses créatures raisonnables dont le libre arbitre laisse encore place à la repentance.

Sur ce sujet, on peut donc, il me semble, reprendre la conclusion de Philippe Henne à propos de l'apocatastase d'Origène :

Au lieu de se demander si le salut serait accordé au diable, Origène semble se poser la question autrement : l'Adversaire peut-il encore accéder au salut, vu sa profonde malignité ?
P. Henne, Introduction à Origène, Cerf, 2004, p. 123


S.

Dior
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le 15-01-2007
à 22:17

Merci Sosryko pour ta réponse :-)

À vrai dire, je ne m'était pas tant penché sur Origène que sur le Pseudo-Denys. Mais la lecture est intéressante.

Sosryko a dit :
mais je pense, justement, que Tolkien dit l'opposé de la première partie de ta conclusion (1)

Il reste quand même cette solution-ci, non ?

Tolkien a écrit :
si elle ne venait pas spécialement en tant que grâce directe d'Eru,

sosryko
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le 15-01-2007
à 23:51

Certes, mais pour être au bénéfice de la grâce divine, il faut le désirer, aspirer à la grâce, c'est-à-dire à une aide qui vienne secourir la créature emprisonnée dans ses limites (cf. Marc 9, 24).
Pour Morgoth, ce serait demander la volonté d'un repentir véritable qu'il est devenu incapable d'éprouver.
Mystère de la volonté... "Pour vouloir, il faut vouloir" nous rappelle dit Alain. Morgoth a-t-il d'autre désir que dominer ? reste-t-il en lui une parcelle de désir-volonté qui n'aspire pas à la possession et à la domination ?
Turgon
Voir le profil de Turgon  

le 16-01-2007
à 11:31

Salut,

Dans le Silmarillon, Eru ne dit pas que "tous comprendront à la fin qu'ils jouent un rôle dans la musique, même Melkor", ou quelque chose d'approchant ? Ca voudrait dire qu'il arriverait à prendre assez de recul par rapport à son attitude pour se repentit, non ?

Désolé de l'approximation de ce message, mais je n'ai temporairement pas les livres de Tolkien.

Zelphalya
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le 16-01-2007
à 13:14

Dans ces cas là, les moteurs de recherche de JRRVF sont pratiques :)
http://www.jrrvf.com/moteurs/formSilmarillion.html

Fais-tu référence à cela ?
« - Voyez votre Musique! Ceci vient de votre art et chacun de vous trouvera, dans ce que je présente à vos yeux, les créations mêmes qu'il croit avoir inspirées ou inventées. Et toi, Melkor, tu verras tes pensées les plus secrètes, tu comprendras qu'elles ne sont qu'une part de l'ensemble, tributaires de sa gloire. »

aravanesse
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le 18-01-2007
à 20:47

Quelle culture, sosryko !

Cela me paraît tout de même bizarre que Tolkien ait fait un parallèle entre son oeuvre et un dogme considéré comme hérésie par l'Eglise Catholique Romaine. D'ailleurs je ne suis pas convaincu de la possibilité de rédemption de Melkor :

Tolkien a dit :

Il se fixerait dès lors sur le désir de le faire : il n'y avait pas de « repentance », ni de possibilité pour cela : Melkor avait à jamais abandonné toute ambition « spirituelle », et il n'existait quasiment plus que comme un désir de posséder et dominer la matière, et Arda en particulier.
Mythes Transformés VII

Tolkien a dit :

S'ils ne plongent pas en dessous d'un certain niveau. Puisqu'aucun fëa ne peut être annihilé, réduit à zéro ou à la non-existence, ce qui est entendu n'est pas clair. Ainsi on disait de Sauron qu'il était tombé en-dessous du point de récupération, bien qu'il ait récupéré auparavant. Ce qu'il faut entendre est probablement qu'un esprit « corrompu » devient concentré sur un désir ou une ambition donnés, et s'il est incapable de se repentir, ce désir devient virtuellement tout ce qu'il est. Mais le désir peut entièrement dépasser l'état de faiblesse dans lequel il est tombé, et il sera donc incapable de détacher son attention de ce désir inaccessible, même pour s'occuper de lui-même. Il restera donc à jamais dans le désir ou le souvenir d'un désir impuissant.

aravanessë

Turgon
Voir le profil de Turgon  

le 23-01-2007
à 10:02

@ Zelphalya : merci pour le lien, je ne connaissais pas cet excellent outil. C'est bien à ce passage que je pensais. :-)
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