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Section « Espace libre » Fuseau « Différence entre un mythe et une mythologie ? » |
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Différence entre un mythe et une mythologie ?
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Anglin le 16-02-2006 à 18:14 |
J'ai parcouru quelques fuseaux ici, et j'avoues avoir eu quelque mal a discerner en fin de compte la différence entre ces deux concepts si souvent utilisé (en bien ou en mal d'alleurs). Soyez indulgents avec mon degrès restreint de compréhension par pitié ... Autre chose dans tout ceci : du coup qu'est-ce-que des textes comme le Gylfaginning (Fr. La Mystification de Gylfi) ou la Völuspá(Fr. Prédiction de la Voyante) décrivent dans cette ordre d'idée ?? Si j'avoues avoir un peu compris (ce dont je ne suis pas tout a fait sur encore) je dirais qu'ils narrent le Mythe de la Création et de la Fin du Monde dans la culture nordique ? Me trompe-je ? Tout en decrivant a travers les descriptions des dieux et destins des hommes leur Mythologie !? Je le redis, encore une fois, soyez vulgaires (dans le sens de la simplification)avec moi. Merci. Stéphane G. |
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Hisweloke
le 17-02-2006 à 11:40 |
Une « mythologie » est simplement, par définition (« discours mythique »), ce qui se rattache à un ensemble de « mythes », non? Je crois que le fuseau auquel tu fais référence a plutôt un problème à distinguer entre les concepts de « mythe », « conte » et « légende ». Il serait sans doute utile de se référer à la définition du mythe de Mircea Eliade, qui même si elle ne fait pas toujours l'unanimité (elle vaut certainement pour les sociétés archaïques, même si au sens moderne il faudrait sans doute l'élargir), à l'intérêt d'être relativement fondatrice dans ce type d'études... Je n'ai pas accès à mes livres d'Eliade actuellement, mais heureusement le net est toujours de bon secours! Quelques citations: « Un mythe est une histoire vraie qui s'est passée au commencement du Temps et qui sert de modèle aux comportements des humains. En imitant les actes exemplaires d'un dieu ou d'un héros mythique, ou simplement en racontant leurs aventures, l'homme des sociétés archaïques se détache du temps profane et rejoint magiquement le Grand Temps, le temps sacré », Eliade, Mythes, rêves et mystères, Paris : 1957, p. 22. « Le mythe raconte une histoire sacrée; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des « commencements », Eliade, Aspects du mythe, Paris : 1963, p.15. « Il ne se laisse saisir en tant que mythe que dans la mesure où il révèle que quelque chose s'est pleinement manifesté, et cette manifestation est à la fois créatrice et exemplaire, puisqu'elle fonde aussi bien une structure du réel qu'un comportement humain.», Eliade Mythes, rêves et mystères, Paris : 1957, p. 13) Une approche un peu résumée : - Le mythe est d'abord une « histoire sacrée », liée à l'explication du monde, de l'origine et de la fin. Une approche encore plus grossière, juste pour permettre de bien séparer les domaines qui se chevauchent toujours un peu: grosso modo, le mythe évoque les dieux, le conte des êtres merveilleux à l'existence irréelle (« une bonne fée ») et la légende se situe au niveau de l'homme (fût-il un héros). Mythe et légende sont objet de croyance, tandis que le conte a la réputation d'être fantaisiste. Mais comme je le disais, ces définitions sont en fait perméables, avec des allers et retours: « Lorsqu'il n'est plus assumé comme une révélation des « mystères », le mythe se « dégrade », il s'obscurcit, devient conte ou légende », Eliade, Mythes, rêves et mystères, p. 14). Pour qu'un mythe reste un mythe, il faut donc qu'il continue à assurer sa fonction de révélation du sacré (ce qu'Eliade appelle aussi une « hiérophanie »). Sinon il devient légende, voire conte. Même si Eliade ne le dit pas explicitement (enfin pas à mon souvenir!), l'inverse doit aussi être vrai (puisque c'est ainsi que les mythes se constituent), à savoir qu'un conte ou une histoire peut devenir mythe plus tard. Ainsi par ex., de la légende d'un roi « Arthur » héroique qui se soulève contre un envahisseur, on en vient ensuite à une geste arthurienne qui revêt aujourd'hui certains aspects du mythe (parce qu'elle pose la question de la fonction royale, par exemple... Ce que Boorman dans son Excalibur rend plutôt bien, à mon avis, dans l'énigme du Graal auquel fait face son Perceval: « Who Am I? (You are Arthur, my King). What is the Secret of the Grail? (The Land and the King are One) »...) Voilà, j'espère que mes quelques tentatives de définition ne sont pas trop maladroite et éclairent un peu la discussion! Didier. |
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Tilkalin
le 17-02-2006 à 12:17 |
Si je peux me permettre, je souhaiterai apporter quelques précisions ;-) : Le mythe est un type particulier de récit qui présente deux traits essentiels : Cependant, ces trois genres littéraires constituent des types idéaux car de nombreux récits présentent un statut intermédiaire. Pour C. Lévi-Strauss, ces distinctions ne reposent sur aucun critère objectivable : le même récit peut être qualifié de "mythe" ou de "conte" selon qu'on l'envisage comme une manifestation du présent ou comme un vestige du passé. Il n'y a donc aucune continuité entre les mythes d'origine et les récits légendaires qui présentent les actions accomplies par les héros comme la suite "logique" des événements survenus "aux premiers temps". Les termes "mythe", "conte"et "légende" ne désignent donc pas des objets en soi, mais des définitions ad hoc. Mais qu'est-ce que le mythe alors? D'emblée, il faut distinguer le mythe d'origine stricto sensu, des mythes dont l'existence paraît inséparable de contextes sociohistoriques particuliers. Le mythe d'origine obéit à un schéma ternaire : Que sont alors les mythes? Il faut distinguer ici plusieurs cas de figure : Les mythes cosmologiques et eschatologiques ont donc une signification essentiellement religieuse. Avec les mythes messianiques, la dimension du politique devient prédominante : chaque fois qu'une situation de crise apparaît sans issue et chaque fois que les identités collectives se trouvent remises en question, apparaissent des mouvements messianiques portés par des récits mythiques : Ce que prophétisent les mythes messianiques, c'est un retour à la situation des premiers temps, lorsque l'homme, encore innocent, vivait dans l'abondance. Comme les mythes dynastiques, les mythes messianiques ont une dimension politique ou idéologique manifeste, puisqu'ils traitent de la légitimité du pouvoir. Toutefois, alors que les premiers sont construits sur le modèle des mythes d'origine, les récits messianiques sont de type eschatologique : Bien que les sociétés dites "complexes" ne créent plus de mythe au sens ethnologique du terme, des scénarii mythiques sous-entendent les constructions de la philosophie politique occidentale. Pour exemple : Voilà ce qu'il en est pour la théorie. Pour la méthode d'analyse des mythes, l'ethnologie a principalement dégagé dans son histoire quatre approches : Vous l'aurez peut-être compris à travers ce résumé, mais c'est un sujet qui me passionne et que j'ai eu le plaisir d'aborder lors de mes études universitaires. :-) Pour compléter ce résumé, je me permets de vous livrer in extenso une intervention sur les mythes qui a eue lieu dans le cadre d'un séminaire sur les Idéologies et les Utopies que j'ai suivi en maîtrise de socio-anthropologie du politique à Paris X-Nanterre (séminaire de Yolène Dilas-Rocherieux) : Le mythe est un élément stabilisant ou déstabilisant des sociétés. Il a fondé la tradition : dans les sociétés traditionnelles, le mythe joue un rôle primordial car il a un rôle de cohésion sociale. C’est le support à la tradition. Le mythe est divers : il renvoie à des cultures complexes selon les sociétés, les périodes historiques. On peut en donner une définition imparfaite mais large : le mythe raconte toujours une histoire sacrée et renvoie toujours à des personnages sacrés. Le mythe relate un moment de l’histoire. Il est toujours désigné comme une genèse. Ce sont des moments sacrés qui sont liés à des actes sacralisés par la mémoire car il y a une transmission orale des mythes (Ex. : le mythe de l’Age d’or relate les temps fabuleux du commencement de l’humanité où les hommes sont tous heureux). Et une petit bibliographie sélective pour terminer : Cordialement, |
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Vinyamar
le 17-02-2006 à 13:26 |
Merci beaucoup Tilkalin pour ce développement. Je pense cependant qu'il complexifie un peu trop la notion de mythe en voulant y intégrer la notion de mythe moderne (communiste ou autre). C'est intéressant, mais je pense que nous sommes d'accord pour y voir un décalage profond avec le mythe fondateur dont nous parlons. (je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'a dit Mme Dilas-Rocherieux, mais c'était très intéressant).
Je dirais que la mythologie est le background du mythe, ou pour mieux dire, l'ensemble des personnages, artefacts, univers, où prend place le mythe. Aisni Zeus est mythologique (il n'explique rien de la condition humaine) tandis que Chronos est mythique (ou plutôt son acte de dévorer ses enfants est mythique). Bon, ce n'est pas très bien élaboré comme ça, mais j'espère que ça aidera à comprendre. |
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Kendra
le 17-02-2006 à 13:56 |
Merci à Anglin pour l'idée de *vulgarisation* j'en ai grand besoin. Merci à Didier pour sa définition facile d'accès. Et pour la référence à Boorman, j'ai bien aimé ce film, surtout pour Merlin. (Lancelot m'est quasi insupportable, mais c'est personnel). |
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Anglin
le 17-02-2006 à 14:16 |
Merci Didier, Vinyamar et Tilkalin -qui s'incrustes toujours dans mes questionnement hein ;) (tu me suis hein Eric ....) - "donc" je me mets evidement entre guillements quand je dis plus haut : Si j'avoues avoir un peu compris (ce dont je ne suis pas tout a fait sur encore) je dirais qu'ils narrent le Mythe de la Création et de la Fin du Monde dans la culture nordique ? Me trompe-je ? Tout en decrivant a travers les descriptions des dieux et destins des hommes leur Mythologie !? Je ne suis pas loin de la vérité ? PS: J'oubliais, de rien Kendra ! Si toi tu as besoin de "vulgarisation" que devrais-je dire au vu de tes discertes sur les aspects liés au Monde Celtique et/ou à au cycle "Arthurien" ;) |
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Tilkalin
le 17-02-2006 à 14:24 |
Désolé si mon intervention vous parait complexifier un peu trop la question de départ. Tel n'était pas mon but...:-/ Ce modeste résumé a pour seul objectif de proposer un "survol" d'ensemble de la question ; ce qui me semble nécessaire au regard de la complexité de la notion de mythe, polymorphe s'il en est. D'où ce "détour" par les mythes "modernes" aussi. Et puis, tenter de comprendre leur dynamique ne pourrait-il pas nous éclairer un tant soi peu sur celle des mythes "primitifs" ? D'où aussi un bref rappel des méthodes en ethnologie pour tenter d'analyser les mythes. :-) Mais, bien sûr, il s'agit ici d'expliciter les mythes "fondateurs" (que l'on retrouve aussi bien dans la mythologie germano-nordique que dans l'idéologie communiste, par ailleurs), et non de partir dans une disgression "savante"... ;-) Cordialement, P.-S. : si je puis me permettre, Vinyamar, un mythe messianique ou politique n'est pas "moderne" en soi, pas plus qu'un mythe cosmologique ou eschatologique ne relève de la "tradition". ;-) |
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Tilkalin
le 17-02-2006 à 14:39 |
Oups, j'ai oublié un mot dans ma dernière phrase. Il faut lire : "[...] un mythe messianique ou politique n'est pas "moderne" en soi, pas plus qu'un mythe cosmologique ou eschatologique ne relève nécessairement de la "tradition". T. |
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Tilkalin
le 17-02-2006 à 15:29 |
Sur la geste arthurienne, je me permets de vous rapporter les propos du médiéviste Stéphane Lebecq (parus dans la revue de vulgarisation Histoire Médiévales, nov., déc., janvier 2005-2006, n°03, "De la Germanie continentale à la Grande Bretagne. Les migrations anglo-saxonnes", p. 64-74, p. 71), qui placent l'histoire d'Arthur dans le registre du mythe : La bataille du mont Badon : une victoire du roi Arthur ? Cordialement, |
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Hisweloke
le 17-02-2006 à 16:51 |
La distinction que tu cherches à faire entre « mythe » et « mythologie », Vinyamar, ne me paraît pas aisée: "Le mythe est un fait, un acte, qui explique un état de la condition humaine (par exemple) : La création de l'homme, La Chute, etc... Il me semble plutôt que cette distinction est celle entre le mythe d'une part, et les symboles et les images de l'autre (pour essayer de reprendre ce que je crois comprendre de Images et Symboles d'Eliade): le mythe est un système dynamique de symboles (ou d'archétypes), qui se réalise dans un récit. Donc tu as un mythe (par ex. celui de la création de l'Homme) qui se réalise dans un récit donné (par ex. la Genèse) par tout un biais (une structure) de symboles (par ex. la pomme de connaissance, le serpent, etc.) La « mythologie » c'est beaucoup plus simplement (je paraphrase légèrement le TLFI): Sur la question arthurienne: Je ne suis pas complètement d'accord avec ta dernière phrase. La problématique de l'organisation d'une société, et par là de l'exercice du pouvoir (qu'il soit considéré d'origine divine ou non), est un problème intrinsèquement posé à l'Homme, et il n'est donc pas étonnant d'en trouver son pendant dans les mythes. Songe à Tyr, « dieu juriste » des Norois, mettant son bras en jeu (et le perdant) pour capturer Fenrir par une ruse « injuste »... Le mythe a une valeur « exemplaire », il aussi sert de modèle à la société humaine (e.g. la distinction entre le Bien et le Mal). La structure tripartite appliquée par Dumézil aux mythes indo-européens a foncièrement, me semble-t-il, un aspect « social », relevant du rôle du guerrier, du prêtre-sorcier et du paysan dans la société antique. Certains mythes sont aussi « identitaires » (d'un peuple « élu », etc.). A ce titre, je pense qu'on peut effectivement considérer la geste arthurienne comme étant « devenue » mythique à plus d'un titre: social (transmission de la royauté et légitimité du droit), identitaire (d'un royaume uni), initiatique (quête d'une vérité), etc. Ce n'est pas (aussi) simplement qu'une légende. Didier. |
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Tilkalin
le 17-02-2006 à 17:47 |
Peut-être faut-il aussi entendre la théorie des deux corps du roi de Kantorowicz dans les paroles de Vinyamar relatives à l'antinomie de la fonction royale et de la condition humaine... En bref, le roi possède deux corps : un politique et immortel, et l'autre naturel et donc mortel - cette dualité étant constitutive de l'ordre symbolique. Dans un article sur le Web, j'ai relevé cette phrase de Pierre Musso, professeur à l'université de Rennes 2 : "Les deux corps forment « un seul corps », de telle sorte que le corps naturel est magnifié par le corps politique du roi qui se transmettant d’un corps naturel royal à un autre, est immortel et quasi-divin. Le roi ne meurt jamais : c’est un corps mystique". C'est la fameuse phrase : "Le roi est mort, vive le roi". Qu'en pense Vinyamar ? ;-) Cordialement, |
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Tilkalin
le 17-02-2006 à 18:18 |
Sinon, pour en revenir à ce qu'écrit Didier, non seulement le mythe se réalise dans un récit, mais c'est même la condition sine qua non pour le revivre ensuite à travers tout un ensemble de rites. C'est l'exemple de M. Eliade sur les maladies (dans Aspects du mythe) : pour guérir un individu d'une maladie, le "médecin" doit d'abord écouter le récit du mythe de l'origine de la maladie. T. |
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Hisweloke
le 17-02-2006 à 18:34 |
Merci Tilkalin! J'en viens presque à regretter que ce fuseau intéressant soit dans la très-mouvante section "Espace Libre", au risque d'être perdu à l'avenir... "Ici se trouvent en revanche les sujets qui sont traités avec plus de légèreté, ou qui ne répondent pas à des buts de découverte, de connaissance ou d'étude."... Arf! La prochaine n'hésitez pas à poster dans une autre section, même si le lien avec Tolkien est ténu (mais pas absent, à bien y réfléchir) -- Didier. |
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Anglin
le 17-02-2006 à 18:35 |
et moi personne ne m'aime ? |
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Hyarion
le 18-02-2006 à 12:06 |
Didier >>> "J'en viens presque à regretter que ce fuseau intéressant soit dans la très-mouvante section "Espace Libre", au risque d'être perdu à l'avenir..." En effet, cher Didier, on peut le regretter... Le fuseau ne sera sans doute pas vraiment perdu, mais difficile à retrouver, même avec le moteur de recherche... Les intéressants développements universitaires de Tilkalin auraient en effet davantage leur place dans une section comme celle de "Tolkien et la Littérature", même si le lien est un peu indirect... Celà dit, pour ce qui est de la vulgarisation, c'est peut-être un "mal" pour un bien : la section "Espace libre" n'est-elle pas la plus fréquentée ? >>> Excalibur de John Boorman : excellent film... :-)
Amicalement, :-) Hyarion. |
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Hisweloke
le 18-02-2006 à 03:17 |
Hihi Hyarion, il se trouve qu'on vient juste de finir de revoir le film... A force d'en parler, on a eu comme une p'tite envie de s'y replonger... [a'na:l naθ'rax, u:rθ va:s be'θud, dox'je:l 'djenve:]... -- Didier :) |
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Vinyamar
le 18-02-2006 à 11:12 |
Didier, je vois mieux ce que tu veux dire. (avec l'ajout de Tolkalin, dont la phrase d'acclamation du nouveau roi est très pertinente). Mais ce qui me gêne encore (concernant le Conte d'Arthur) est qu'on retrouve les éléments que tu cites comme mythiques dans d'autres contes, qui n'en sont pas des mythes pour autant : Chaque pays de plus a ses légendes (non des contes en fait) qui racontent l'origine de la royauté. Chacune de ces élgendes n'est pas un mythe pour autant. Pourtant, je vois ce que vous voulez dire, mais j'espère que vous voyez que ce n'est pas le même plan. L'origine de l'instauration d'un chef sur les autres hommes ne relève pas du même ordre que l'origine de l'homme ou de sa sexualité, ou de sa distinction du bien et du mal. Concernant la mythologie, j'approuve ta définition théorique, mais dans la pratique elle n'aide pas les gens faire la distinction qui est à l'origine de la question d'Anglin (moi je t'aime :-)))) !!). Peux-tu commenter mon exemple sur Zeus, que je déclare appartenir à la mythologie, et sur Chronos, que je déclare appartenir au mythe (en ce que sa fonction n'est que de dévorer ses enfants, et qu'il est donc identifié avec sa fonction). ps : j'ai fait une petite recherche hier (avant de répondre au M. dont est issu tout ce joli débat) dans les lettres pour voir si Tolkien parlait de mythe. Et j'ai été édifié de voir combien il faisait la distinction entre la mythologie (dont il parle souvent) et le mythe (dont il parle rarement, surtout si l'on enlève les moments où il en parle concernant les hobbits qui considèrent tel chose (les oliphants) comme un mythe, càd où il emploi le mot mythe comme voulant dire légende). Les rares fois où il emploi le mot mythe me semblent être tout à fait dans l'ordre de la distinction que nous opérons ici. |
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Kendra
le 18-02-2006 à 11:31 |
Mais non Tilkalin, ton long post plein de définitions ne m'a pas paru imbuvable. C'est juste que je manque de culture (je rattrappe, n'ayez crainte !) Sur Arthur, il y a Philippe Walters ("Arthur l'ours et le roi") qui pense que les 12 batailles qu'est sensé avoir menées Arthur ne sont pas réelles, car elle reprennent des motifs celtiques comme la bataille de gué. Il faudrait que je cite le passage... Je cherche le passage, et je trouve qu'en fait l'Historia Brittonum a été écrite par Nennius, qui est effectivement le premier à citer Arthur. Voilà ce que je cherchais, je cite Nennius : Et Walter répond à cela : Donc, c'était pour répondre à Tilkalin sur le monta Badon. En même temps c'est l'avis de Philippe Walter, pas le mien ! Mais effectivement, Arthur n'apparait pas assez tôt dans la littérature pour être honnête. Ensuite, vous pouvez critiquer Walter quand il utilise "mythique", peut être que, d'après ce qui a été dit plus haut, il auarit été plus juste de dire "mythologique" ? (ceci est bien une question). |
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Hisweloke
le 18-02-2006 à 14:24 |
"Peux-tu commenter mon exemple sur Zeus, que je déclare appartenir à la mythologie, et sur Chronos, que je déclare appartenir au mythe (en ce que sa fonction n'est que de dévorer ses enfants, et qu'il est donc identifié avec sa fonction)." Je dis peut-être des bêtises, mais j'ai le sentiment que c'est une affaire de gradation... Et qu'on ne peut pas arriver à une définition tranchée, parce que les domaines se chevauchent. Certaines légendes ou certains contes ont pris des aspects mythiques (Je n'ai pas voulu dire autre chose pour Arthur) de même que certains récits dits « mythologiques » (compris au sens large où ils mettent en oeuvre des personnages usuels de la mythologie) tiennent en fait plus de la légende ou du conte, sans réellement avoir d'aspect mythique. Chronos est un personnage mythologique... Ce qui tient du mythe, c'est le récit où il dévore ces enfants, car on voit bien qu'il porte plus loin qu'un simple conte et qu'il révèle quelque chose du Temps. Mais comme on n'a pratiquement conservé que ce récit à propos de Chronos, on peut peut-être dire que Chronos est mythique, parce qu'il y une identification univoque avec le récit (~ à un personnage ne correspond qu'un récit). Zeus est tout autant un personnage mythologique... Certaines des histoires qui se rapportent à lui tiennent aussi du mythe. Celle de sa rebellion contre Chronos évidemment. Est tout autant mythique le fait que son « foudre » possède trois éclairs, l'un pour avertir ou menacer, le second pour punir et le dernier pour détruire le monde à la fin des temps. Il y a forcemment aussi quelque chose du mythe dans son rapport à la sexualité. Mais sur d'autres points, on a aussi beaucoup de légendes sur Zeus qui n'ont rien de vraiment mythiques (et qui n'entrent pas, d'ailleurs, dans les catégories qu'on a définies plus haut). On lui aurait « prêté », en quelque sorte, des aventures « hors du mythe ». Il y aurait une équivocité entre Zeus et les récits qui parlent de Zeus (~ à un personnages correspondent plusieurs récits, pas tous strictement mythiques). Par conséquent : "Dans nos discours sur les éléments mythiques et les éléments mythologiques, comment ne pas passer de l'un à l'autre de manière abusive." Peut-être par le filtre de la « révélation du sacré » chère à Eliade? Le récit mythique, tout en restant un récit, parlerait aussi d'autre chose que de ce récit seulement. (« Sacré » étant ici à prendre dans un sens très large -- auquel on accorde une valeur très élevée -- pas uniquement au sens d'un fait religieux.) Une légende ne parle pas d'autre chose qu'elle même. Un conte (même moral) n'illustre pas autre chose que lui même. "Finalement, un point de distinction peut se faire en ce que le mythe (celui dont je parle) doit pouvoir s'adresser à TOUT homme individuellement : le mythe me parle à moi, aujourd'hui (j'aime bien l'exemple de Chronos : le temps finira par me dévorer)." Si les questions (existencielles, etc.) se posent affectivement à tout homme, je ne suis pas sûr que les réponses apportées par les mythes puissent pour autant s'adresser à tout homme. Je crois que nous sommes quand même le produit de cultures et de traditions qui peuvent différer largement. L'expérience du réel n'est pas perçue par tous de la même manière, non? J'ai des doutes, tu le comprendras, sur ce côté « universel ». Didier. |
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Hisweloke
le 18-02-2006 à 15:02 |
Pour Kendra: "Ensuite, vous pouvez critiquer Walter quand il utilise "mythique", peut être que, d'après ce qui a été dit plus haut, il auarit été plus juste de dire "mythologique" ? (ceci est bien une question)." Si je substitue "mythologique" et "mythique" dans les propos de Walter que tu cites, je trouve que ça ne veut plus rien dire... Il distingue bien les deux concepts, justement, à ce qu'il me semble: "l'intrusion du fait mythologique dans la pratique historique des combats": c'est que les combattants reproduiraient une scène de la mythologie. Mais il n'y pas d'aspect mythique ici, juste une utilisation du matériel mythologique (comme d'utiliser une ruse « à la cheval de Troie », puisque ça pourrait marcher!) "il s'agit de bataille plus mythiques qu'historiques": Les batailles décrites n'auraient pas eu lieu (= elles ne sont pas historiques), donc le récit qu'on nous donne de ces batailles toucherait à quelque chose (à un schéma archétypique?) tenant du mythe. Qu'en penses-tu ? Didier. |
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lambertine
le 18-02-2006 à 16:02 |
Je suis toute petite parmi vous. Puis-je cependant ... ? Un mythe reste-t-il un mythe quand il est oublié de la majorité ? Je veux dire... le Temps qui dévore ses enfants, effectivement, c'est une image très forte... mais qui, de nos jours, associe le Chronos-père-de Jupiter au Temps ? Qui connaît encore les 3 éclairs de la foudre de Zeus mis à part certains érudits ?.... Un mythe reste-t-il mythique quand il ne "répond" plus à personne ? Ou quand personne ne fait plus larelation entre lui et ce qu'il est censé vouloir dire ? |
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Hisweloke
le 18-02-2006 à 16:12 |
Cf. Eliade cité plus haut: « Lorsqu'il n'est plus assumé comme une révélation des « mystères », le mythe se « dégrade », il s'obscurcit, devient conte ou légende » ... voire se perd complètement, je présume! Est-ce que cela répond à ta question, Lambertine? |
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lambertine
le 18-02-2006 à 17:44 |
Pas vraiment... parce qu'il ne correspond pas à la définition donnée du conte, et encore moins de la légende, qui a un "ancrage temporel" si j'ose dire... Pardon de paraître blasphématoire... ce qui est ici décrit comme des mythes (... mais quels sont les mythes auxquels "nous" croyons encore... ?) n'est pas différent aux yeux... et même à l'âme de nos contemporains, que les légendes ou les contes de fées. Prométhée ne parle pas plus à notre âme que Blanche Neige, Merlin ou Saint Nicolas... J'avoue que tout ça est assezs flou à mes yeux. |
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Vinyamar
le 18-02-2006 à 18:33 |
Si je comprends bien le sens de ta question, je crois qu'elle fait le même genre de mésinterprétation que Kendra dans le fuseau Mélanger les mythes, c'est les détruire" lorsqu'elle disait "Mais les mythes grecs ne sont pas crus de nos jours, et pourtant on les gratifie, eux, de mythes. Alors pourquoi refuser cette appellation à toute la matière celtique que j'ai abondamment mentionné (au risque de lasser le public, qu'il me pardonne, c'est mon dada) plus haut ?" Un mythe n'est pas tel parce qu'il demeure encore des personnes qui y croient. Personne n'a peut-être jamais cru aux mythes, en tout cas ce n'est pas ce qui leur donne leur valeur.
SI Prométhée parle plsu à nos âmes que Blanche Neige, parce que Prométhée nosu révèle que nous avons une science qui est de l'ordre du divin. D'où est cette science ? La réponse de prométhée peut nous convenir ou non. Mais à l'aube d'une ère où l'homme est proche de pouvoir créer la vie, je crois que le mythe de Prométhée ne nous a jamais autant parlé, et que ses avertissements aussi peuvent encore nous parler. Mais effectivement, ce qui guette les mythes, de plus en plus à l'ère d'une civilisation du zapping, c'est l'oubli. Ils ne resterons plus que sous forme dégradée dans nos contes. Au delà de l'oubli : "Un mythe reste-t-il mythique quand il ne "répond" plus à personne ? Ou quand personne ne fait plus la relation entre lui et ce qu'il est censé vouloir dire ?" Hisweloke, je suis d'accord tout à fait avec tes exemples sur Zeus. Ce qui à mon avis nous ramène à ce que je disais au début ; le mythe est plus dans le fait que dans le personnage. Zeus participe en effet à la fois du mythe et du conte, selon les faits qu'on lui prête. |
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Hisweloke
le 18-02-2006 à 22:56 |
Vinyamar: Oui! On s'est compris, et je suis d'accord avec ce que tu dis :) En prolongement, par rapport à ce que disait Kendra: "Mais les mythes grecs ne sont pas crus de nos jours, et pourtant on les gratifie, eux, de mythes. Alors pourquoi refuser cette appellation à toute la matière celtique que j'ai abondamment mentionné plus haut ?" Je crois qu'on peut aussi ajouter que l'on connait « un peu » les mythes grecs parce qu'ils ont beaucoup écrit eux-mêmes dessus (on a des Théogonies etc.). L'ambiguité de la matière celtique, c'est que l'on a (relativement) peu de matière: uniquement des légendes, souvent assez tardives et de transmission indirecte (que ce soient le Mabinogion gallois ou le Cuchulainn irlandais), dans lesquelles ont survécu des éléments de mythes plus anciens, mais que ces derniers sont déjà très « obscurcis ». Il n'est même pas évident qu'à l'époque où ces légendes ont été mises à l'écrit, leur compilateurs en avaient encore conscience. Il faut faire un effort pour essayer de les retrouver, et encore ne fait-on probablement que les toucher sans les approcher complètement. Didier. |
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Anglin
le 18-02-2006 à 22:57 |
Je suis à la fois désolé d'insister pour me repondre et d'un autre côté heureux de susciter un si beau débat ici ... Quelqu'un peut-il enfin me repondre, par gentilesse ? (sur l'aspect scandinave ?) |
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Hisweloke
le 18-02-2006 à 23:27 |
Anglin, en ce qui me concerne je n'ai pas très bien compris ta question :-(... Pourrais-tu éventuellement la reformuler à la lumière de ce à quoi nous sommes arrivés? |
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Anglin
le 20-02-2006 à 09:14 |
Je parlais de ceci : "donc" je me mets evidement entre guillements quand je dis plus haut : Autre chose dans tout ceci : du coup qu'est-ce-que des textes comme le Gylfaginning (Fr. La Mystification de Gylfi) ou la Völuspá(Fr. Prédiction de la Voyante) décrivent dans cette ordre d'idée ?? Si j'avoues avoir un peu compris (ce dont je ne suis pas tout a fait sur encore) je dirais qu'ils narrent le Mythe de la Création et de la Fin du Monde dans la culture nordique ? Me trompe-je ? Tout en decrivant a travers les descriptions des dieux et destins des hommes leur Mythologie !? Je ne suis pas loin de la vérité ? |
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Anglin
le 20-02-2006 à 09:20 |
au passage : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-741921,0.html Un article sur Tolkien paru dans Le Monde (17/02/05)intitulé : La fabrique du Mythe |
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ishara
le 21-02-2006 à 20:34 |
Salut tout le monde, je suis une nouvelle alors ne m’en veuillez pas :) Désolée Anglin, je ne connais pas les ouvres dont tu parles, mais je pense que je peux quand même te filer un coup de main pour discerner le mythe de la mythologie. Les « mythes » sont des récits mettant en scène des êtres surhumains ou des actions remarquables (soient des Dieux/ demi-dieux et tout ce qui constitue la création du monde par exemple). Dans une mythologie que je connais bien, c’est-à-dire gréco-romaine, on peut prendre comme exemple Zeus, Enée ou encore Pyrrha et Deucalion. Zeus en couchant avec plein de femmes a permis la mise au monde de Dieux (Athéna/Apollon/Artémis….) ou de demi-dieux (Hercule/Achille…) De leur côté, Enée a fuit Troie et a pu ainsi devenir le fondateur de l’Empire Romain et Pyrrha et Deucalion furent les seuls humains à avoir survécu au Déluge orchestré par Zeus et en lançant des cailloux par-dessus leur épaule ils permettent à la Terre d’être repeuplée. La « mythologie », c’est l’ensemble des récits et légendes propres à un peuple/une civilisation. Donc la mythologie qu’elle soit celte grecque romaine égyptienne…. C’est l’ensemble des mythes qui la constituent. Quant à savoir si tu dois distinguer chaque dieu par rapport aux autres ou chaque destin d’un homme par rapport au destin général… là je dois avouer que je ne sais pas trop…Chaque mythe a sa particularité propre. On peut en relier certains mais quant à savoir s’il faut les traiter indépendamment des uns des autres au sein de la Mythologie j’en sais trop rien. C’est plutôt épineux comme question et sans connaissance aucune des deux œuvres : Gylfaginning ou Völuspá je peux encore moins t’aider et je dois avouer que même avec la mythologie gréco-romaine je n’arrive pas à répondre. Mais je pencherai pour parler des mythes sans distinction au sein de la mythologie. En effet, puisque tous les mythes construisent la mythologie, il y a donc une certaine chronologie/ continuité. Distinguer chaque mythe au sein de la mythologie ne me semble pas vraiment approprié. Mais ça c’est mon idée personnelle Christel PS : les légendes sont des récits merveilleux issus de faits historiques mais transformés. C'est totalement différent du mythe qui n'est si je puis dire qu'une fiction. |
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ISENGAR
le 22-02-2006 à 09:13 |
Bienvenue, Christel-Ishara. Comme dirait le patron des lieux qui avait prédit l'arrivée de sang neuf dans nos rangs (quel talent) : "puissions-nous te lire longtemps" :o) I. |
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Lalaith
le 22-02-2006 à 09:59 |
Eh, je croyais que c'était "J'espère te lire souvent" [© Cedric]! Bon, d'accord, ca fait un moment que je l'avais pas lu, mais quand même ! ;) (non que ça aie une quelconque importance, hein :-D Lalaith, pinailleuse |
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Tilkalin
le 22-02-2006 à 12:23 |
La notion même de myhte étant sujette à discussion (les mythes s'inscrivant dans des contextes sociohistoriques particuliers), je me permets de citer Philippe Walter (déjà mentionné par ailleurs dans ce fuseau), professeur de littérature française du Moyen-Age et auteur d'un ouvrage très intéressant, Mythologie chrétienne. Fêtes, rites et mythes du Moyen-Age, Paris, Imago, 2003 (2005), 228 p., dans lequel il écrit en introduction (p. 11-12) : "Il reste difficile [...] de définir a priori le mot mythe. Les trois fonctions qu'on lui reconnaît traditionnellement : sa fonction narrative (le mythe raconte), sa fonction iniatique (le mythe révèle), sa fonction étiologique (le mythe explique) ne suffisent pas à rendre cette notion opératoire partout. C'est pourquoi il convient de prendre également en considréation le rite qui soutient le mythe et le prolonge dans la mémoire. Ainsi, pour reprendre l'exemple de Saint-Nicolas dont parlait Lambertine, il faut savoir que l'on continue chaque année (le 6 décembre) à le fêter en même temps que le Père-Fouettard en Alsace-Lorraine, entre autres régions. Toutefois, l'origine mythique (appartenant à la Légende Dorée) de ce personnage a été christianisée - notamment, selon la légende, à la suite du témoigngage d'Aubert de Varangéville de retour de croisade -, et rares sont celles et ceux aujourd'hui, même en Alsace-Lorriane, qui en connaissent les fondements pré-chrétiens : Nicolas est un génie du passage appartenant à l'Autre Monde. Distributeur d'abondance et garant de fécondité, il possède un lien secret avec les richesses célestes et souterraines que révèle l'étymologie de son nom. Le nickel est découvert en 1751 et est abrégé sous l'appellation "Nicolaus", également le nom d'un lutin qui, à l'instar du nain, est lié au monde souterrain et à ses richesses minérales. Mais l'essentiel de la mémoire païenne de ce personnage se concentre aujourd'hui sur la figure du Père-Fouettard qui accompagne le saint dans ses déplacements. Dans le folklore contemporain, le Père-Fouettard est ainsi devenu le témoin fossilisé de l'ancêtre païen du saint et rappelle tous les hommes sauvages, mi-hommes, mi-bêtes, des périodes carnavalesques. Il symbolise donc le monde primitif et appartient à l'Autre Monde dont il est l'un des maîtres. Et à Ph. Walter de conclure (p. 78) : "C'est l'ogre-fée, un maître d'abondance et de richesse (un dieu plutonien des morts) mais dépossédé de ses traits positifs au profit du saint évêque qui le domine"... Cordialement, |
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Kendra
le 22-02-2006 à 15:33 |
Bigre....je croyais que Nicolas était un bon vieux saint du foklore religieux qui avait "recollé" des enfants qu'un ogre avait tués, découpés, et mis dans la saumure. Je suis contente d'apprendre que c'est aussi un lutin ! |
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TarMeneldil
le 10-03-2006 à 19:53 |
Je suis en tout point d'accord avec ce que dit Hisweloke. Ca fait toujours tres plaisir de voir citer Mircea Eliade, cher a mon coeur. Et puis c'est un sujet qui me tient profondement a coeur a moi aussi, et que j'ai egalement etudie en fac d'histoire, meme si je n'ai pas eu le temps d'y reflechir autant que j'aurais du (mais je suis la pour apprendre). Une petite remarque et question toutefois : dans un de ses derniers livres (peut-etre son dernier, d'ailleurs, je ne sais plus), John Scheid developpe l'idee, qui me semble extremement interessante, qu'un mythe ne se realise pas forcement dans un recit. Selon lui, il y aurait ainsi un mythe de l'abeille, un mythe de l'olivier, qui ne pourraient pas etre qualifies de mythologie au sens ou Hisweloke definit ce terme, qui seraient bien des mythes mais qui depasseraient le cadre d'un seul recit ou meme d'une seule civilisation (donc d'une seule mythologie). Le mythe serait donc plus qu'un simple "morceau de mythologie", il pourrait dans certains cas parcourir transversalement une ou plusieurs mythologies. Je n'ai pas eu le temps de lire tout ce que John Scheid a ecrit dessus, ni de creuser tres avant le sujet, mais la piste me semble riche. Qu'en pensez-vous ? |
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Alain
le 11-03-2006 à 19:34 |
Le mythe est la relation d'un évènement qui n'a jamais eu lieu à propos d'une chose qui existe depuis toujours. |
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Hisweloke
le 11-03-2006 à 21:07 |
... Selon Salluste, historien latin (86-35 av. J.-C.) Au plaisir de partager et d'échanger, Alain, il est de bon ton de citer ses sources sur JRRVF ;) D. |
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