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Bombadil goes boating
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Laegalad
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le 06-07-2004
à 14:58

Le fuseau "traduire... 2 bis" devient lourd :)

Bombadil goes boating est un poème important, tant d'un point de vue externe qu'interne. D'un point de vue interne, parce qu'il nous présente beaucoup de la géographie du Pays de Bouc, et qu'il est l'un des rares textes à le faire. D'un point de vue externe, parce qu'en agissant ainsi, Tolkien a vraiment montré sa volonté d'ancrer le personnage de Tom Bombadil dans le paysage de la Comté, ce qui fait de lui un personnage plus qu'anecdotique. C'est pourquoi j'ai voulu traiter plus en détail de la question de la toponymie, puisqu'apparaissent dans ce poème des noms que l'on ne retrouve nulle part dans d'autres poèmes.


La traduction française de ces noms, si elle existe, n'est pas toujours appropriée… Mais comme quelques toponymes apparaissent aussi dans le SdA, j'ai fait attention et évité de modifier Tournesaules, Maresque, Haricotière... d'autant qu'en général, ils conviennent, eux, mis à part peut-êtreSoldur pour Rushey, encore qu'il puisse se défendre. Pour les autres, qui n'apparaissent que dans ce poème – à ma connaissance – et dont la traduction change suivant le traducteur, je me suis donc permise de les traduire à ma façon, en m'appuyant sur le
travail effectué par Jean-Rodolphe Turlin (Isengar) dans sa Première promenade dans le Maresque et de la septième au Pays de Bouc, du Guide to the names du professeur, du site d'Andreas Moehn, Lalaith Middle Earth Science Pages, et plus précisément de son article Bombadil in the Shire et de dictionnaires :), dont certains électroniques : le dictionnaire français du projet atilf (le Trésor de la Langue Française) : http://atilf.atilf.fr et un site de toponymie : http://crehangec.free.fr/ bien complet, mais qui n'indique pas toujours le dialecte d'origine des étymologies.


Les lieux sont présentés ici dans l'ordre d'apparition au long du poème, sans prétention d'être la traduction idéale.


Elément de la préface :

Nos. 1 and 2 evidently come from the Buckland. They show more knowledge of that country, and of the Dingle, the wooded valley of the Withywindle,1 than any Hobbits west of the Marish were likely to possess. They also show that the Bucklanders knew Bombadil,2 though, no doubt they had as little understanding of his powers as the Shirefolk had of Gandalf's: both were regarded as benevolent persons, mysterious maybe and unpredictable but nonetheless comic. No. I is the earlier piece, and is made up of various hobbit-versions of legends concerning Bombadil.
No. 2 uses similar traditions, though Tom's raillery is here turned in jest upon his friends, who treat it with amusement (tinged with fear); but it was probably composed much later and after the visit of Frodo and his companions to the house of Bombadil.

1Grindwall was a small hythe on the north bank of the Withywindle; it was outside the Hay, and was so well watched and protected by a grind or fence extended into the water.

Breredon (Briar Hill) was a little village on rising ground behind the hythe, in the narrow tongue between the end of the High Hay and the Brandywine. At the Mithe, the outflow of the Shirebourn, was a landing-stage, from which a lane ran to Deephallow and so on to the Causeway road that went through Rushey and Stock.


2 Indeed they probably gave him this name (it is Bucklandish in form) to add to his many older ones.

Traduction de Céline Leroy dans Faërie et autres textes :

Les numéros 1 et 2 viennent de toute évidence du Pays de Bouc. Ils témoignent d'une trop grande connaissance de ce pays, et du Vallon, vallée boisée du Tournesaules1, pour qu'un simple Hobbit venu de l'ouest du Maresque en puisse être l'auteur. Ils témoignent aussi que les habitants du Pays de Bouc n'ignoraient pas l'existence de Bombadil 2, bien qu'en sachant certainement aussi peu sur ses pouvoirs que les gens de la Comté sur ceux de Gandalf : tous deux passaient pour des personnes bienveillantes, à la fois mystérieuses et imprévisibles, mais malgré tout comiques. Le numéro 1 est le texte le plus ancien, et il se compose de plusieurs versions hobbites de légendes se rapportant à Bombadil. Le numéro 2 utilise de semblables traditions, bien que les railleries de Tom fassent la joie de tous ses amis qui s'en amusent (mais non sans trembler) ; mais il fut probablement composé bien plus tard et après le passage de Frodo et de ses compagnons à la maison de Bombadil.

1 Le Mur de la Grille était un petit débarcadère sur la rive nord du Tournesaules ; il se situait en dehors de la Haie, et était donc bien gardé et protégé par une grille ou barrière qui se poursuivait dans l'eau. Breredon(la Colline du Buisson de Ronces) était un petit village érigé sur un tertre derrière le débarcadère sur l'étroite langue de terre entre la fin de la Haie et le Brandevin. La Mithe, affluent de la Rivière de la Comté, comportait un embarcadère, d'où partait un chemin en direction de Fondtombe qui continuait jusqu'à la route de la Chaussée traversant Joncquisle et Stock.

2 Ce fut probablement eux en effet qui lui donnèrent ce nom (de forme typique du Pays de Bouc) en plus de tous ceux qu'il possédait déjà.

Laegalad
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le 06-07-2004
à 15:10


Des noms


Mithe [v. 18, 101, 114, 145] :

Sixième promenade d'Isengar :
Sur l'autre rive se trouve l'embarcadère de Mithe. Le mot anglais mite " petit coin " qui est dérivé du verbe vieil anglais miðan " cacher, dissimuler, passer inaperçu " nous indique que l'appontement est probablement caché derrière un épais bosquet d'aulnes et de saules pleureurs. Une autre étymologie pourrait également décrire plus largement le lieu et ses environs. En effet, si on se réfère à un autre verbe vieil anglais metan " rencontrer, se jeter dans " qui a donné le verbe anglais to meet " rencontrer ", mithe pourrait également signifier " endroit où deux jets rencontrent, confluent ".

Et dans Bombadil in the shire :
Tom now rows the Brandywine upstream and reaches the outflow of the Shirebourn (see the Shire map). There is the Mithe, at which another small hythe is located: the Mithe Steps. The Mithe is no less obscure than the hythe, and its meaning is particularly hard to determine. Mithe = "Place where two streams meet", from OE my:th or gemy:th "river-mouth, meeting of streams." The name is evidently related to "mouth" and probably a derivative surviving in English place-names. ATB: "At the Mithe, the outflow of the Shirebourn, was a landing-stage, from which a lane ran to Deephallow and so on to the Causeway road that went through Rushey and Stock."


Il n'existe pas de traduction française du terme, et je l'ai laissé pour le moment tel quel. J'ai cependant fait quelques recherches, mais n'ai trouvé pour le moment que le terme aber (s.m.), qui désigne en breton un estuaire d'une petite rivière en forme de crique ou anse, qui sert de lieu de relâche pour les bateau de pêche. En ancien breton, et c'est là ce qui est intéressant, aber désignait l'endroit où un ruisseau chutait dans une rivière (ça a donné, entre autre, Aberdeen). Peut-être faudrait-il composer quelque chose avec, ou même laisser Aber tout court, mais... ça sonne tout aussi étranger.

Brandywine [v. 27, 85, 95, 99] :
Guide to the names :

Brandywine. This is represented as a hobbit alteration (I 14) of the Elvish (Sindarin) Baránduin (stressed on the middle syllable). Since this is meant to have been intelligible at that time it should be translated by sense; but a difficulty arises, since it would be desirable that the translation should also be a possible corruption of Baránduin. The Dutch translation used Brandewijn; the Swedish missed the point, using Vinfluden, though Brännavin would have served. Danish Brendevin or German Branntwein would also do.

Pas de changement, Brandevin convient très bien.

Withywindle [v. 27, 58, 148] :
Guide to the names :

Withywindle. River-name in the Old Forest, intended to be in the language of the Shire. It was a winding river bordered by willows (withies). Withy- is not uncommon in English place-names, but -windle does not actually occur (Withywindle was modelled on withywind, a name of the convolvulus or bindweed). An invention of suitable elements in the language of translation would be desirable. Very good is the Dutch version Wilgewinde (with wilg = English willow). I do not understand the Swedish version Vittespring. Words related to withy are found in the Scandinavian languages; related also is German Weide.

Septième promenade d'Isengar :
Le nom original de la petite rivière [le Tournesaules] est étymologiquement parlant d'une grande richesse, et nous pouvons sentir ici que Tolkien a pris autant de soin que de bonheur à choisir ce nom. Le mot withy vient du vieil anglais wiðig " branche de saule, osier " et dans cette même langue, le saule se dit wilig (ce qui donne willow en anglais moderne). On trouve cependant en anglais dialectal le terme withywind "liseron, plante tortueuse [34]" qui évoque la course étrange de la rivière, faite de continuels virages et méandres, typique des terrains à faible pentes et propices aux eaux stagnantes et aux marécages. Et si le verbe to wind signifie "tourner, serpenter, faire des détours", le mot dialectal windle "panier" nous rappelle que l'osier est omniprésent le long du cours de cette cours d'eau.

Idem, j'ai conservé Tournesaules.

Hays-end [v. 29, 82, 146] :
Il est orthographié différement... ainsi dans les ATB, mais Haysend dans le Guide to the Names. Voici ce que Tolkien en dit (enfin, à propos de Hayward) :


The word is derived from hay 'fence' (not 'grass') + ward 'guard'. Compare High Hay, Hay Gate, Haysend, place-names in Buckland.

Et dans la septième promenade d'Isengar :
Ainsi nous présentons-nous à la Porte de la Clôture, dite aussi Porte du nord (North-Gate). Elle constitue l'extrémité de la Haute Barrière (High Hay), une longue haie (hedge) d'une vingtaine de milles de long qui marque la frontière orientale du Pays de Bouc et qui protège ses habitants des étrangetés de la Vieille Forêt. Le mot anglais hay "barrière" (qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme hay "foin, herbe sèche") est aujourd'hui fort peu employé. Il vient du moyen anglais hai ou hei qui est lui-même issu du vieil anglais hegge "barrière". Hegge est aussi à l'origine du mot hedge tout comme son équivalent francique hagja est à l'origine de notre haie.

Traduit "Fin-de-Barrière" par Hedayat. Isengar nous dit que hay est archaïsant, il faudrait trouver autre chose donc que barrière, assez évident pour la compréhension :) Fin-de-haie, comme le propose Céline Leroy, pourrait aller, mais idem, haie est évident. Foin est à fuir :)
En ce qui est des mots qui pourrait remplacer barrière, j'ai fait une recherche sur le dico atilf et trouvé ceux-ci :
  1. Clédar/clédal (m.), terme régional utilisé dans le Doubs, les Alpes de Haute Provence et la Suisse romande, désignant une barrière servant à fermer un accès. Plus spécifiquement, c'est un portail rustique clôturant un alpage, pour empêcher le bétail de divaguer. Le terme vient du patois savoyard clia, clédala, " claie en osier; panneau à claire-voie fait avec des panneaux de bois pour parquer les chèvres, les moutons, les cochons, etc. " On a le vieux français clédal, latin médiéval clida, " clôture ", bas latin et gaulois cleta, " claie, grille, treillis ", racine indo-européenne *klei-, " appuyer ".
  1. Clayon (m.), diminutif de claie, désignant une claie servant de clôture.Clayon (m.), diminutif de claie, désignant une claie servant de clôture.
  1. Échalier (m.), clôture faite généralement de branches d'arbres entrelacées pour empêcher les bestiaux de s'échapper.Échalier (m.), clôture faite généralement de branches d'arbres entrelacées pour empêcher les bestiaux de s'échapper.
  1. Perchis (m.), clôture faite avec des perches, ou encore palis, qui donna palissade.Perchis (m.), clôture faite avec des perches, ou encore palis, qui donna palissade.

Fin-de-palis me plaît bien, c'est ce que j'ai choisi au final, mais perchis et clayon conviendraient aussi... Les autres, même s'ils sont jolis, ne cadrent pas avec l'objectif de cette barrière, à moins que l'on remonte au vieux français pour clédar, mais je crains que cela ne fasse trop régional.

Elvet-isle [v. 67, 151]
Septième promenade d'Isengar :

Il nous montre sur l'étang une île couverte de roseaux : l'île-aux-Elfes (Elvet-isle). JRR Tolkien a inventé le nom de cette île mystérieuse et marécageuse sur un jeu de mots combinant le terme désuet elfet "petit elfe, elfounet" et le vieil anglais elfet ou ilfet "cygne".

Et dans l'article Bombadil in the Shire :
After having floated down the Withywindle for some distance, Tom meets the "Old Swan of Elvet-isle".
Though sometimes mistaken as a typo for "Elven-isle", elvet is in fact an old word for "swan", derived from Old English elfetu or ielfetu, Anglo-Saxon ylfet = "swan"; surviving in a number of English placenames. Tolkien's alqua, alph for "swan" may have been suggested by this word.
Thus Elvet-isle: "Island of the Swan".

En français, avant cygne, on a cisne, cycne ou cine, mais il est vrai que 'Île-au-Cine' (surtout dans 'Vieux Cygne de l'Île-au-Cine passa fiérot') n'est pas très heureux… Tant pis pour le jeu de mot, je garde finalement 'l'Île-aux-Elfes'.


Withy-weir et Windle-reach [v. 77 et 78]
Toujours dans la septième promenade d'Isengar :
Il s'agit d'un barrage en claies d'osier (withy-weir) destiné à endiguer les eaux du Tournesaules et à les rediriger vers un canal aussi tortueux que le lit de la rivière, le bief-du-biais (windle-reach). Peut-être pourrait-on, à la lumière des remarques précédentes, traduire le nom du canal par bief-en-claies, avec windle "panier" et reach "bief". Le nom anglais du barrage, weir, vient quant à lui du vieil anglais wer "barrage, digue". La racine germanique wer, war avait le sens de "garder, protéger".

Dans la traduction d'Hedayat, on a "Barrage d'osier" et "Bief-du-Biais". Dans celle de Céline Leroy, "Barrage du Saule" et "Bief du Tour", ce dernier me laissant perplexe... Je m'en suis tenue à "Digue d'osier" (on garde l'effet allitératif de Withy-weir et "Bief-en-claie". Je ne crois pas qu'il faille vraiment inventer un toponyme plus compliqué, du genre "Saultdigue"...


Grindwall [v. 80, 147, 160]
Septième promenade :
Le petit bourg de Murmoulu (Grindwall) surgit brusquement au détour du chemin. Il s'agit sans doute de quelques maisons et fermettes, d'une ou deux boutiques, peut-être un sentier menant à un modeste embarcadère sur le Brandevin, et pas grand-chose de plus. Le mot grind signifie "clôture à barreaux" en vieux norois. A ce mot s'ajoute comme une redondance le mot anglais wall "mur". Tous deux évoquent un habitat très regroupé et entouré par une barrière ou une haie qui pourrait faire office de rempart tout en se confondant au bocage environnant. Cependant, le verbe anglais to grind signifie également "grincer, broyer, concasser". Il explique d'abord le choix du traducteur des Aventures de Tom Bombadil, Dashiell Hedayat, de traduire par Murmoulu le nom de Grindwall. Il nous rappelle ensuite que derrière la Haute Barrière (High Hay) du Pays de Bouc, à présent à quelques furlongs à peine vers l'est, se trouvent les arbres étranges et dangereux de la Vieille Forêt. Ils agitent feuilles et ramilles, ils font grincer leurs branches et pourraient écraser entre leurs troncs quiconque oserait s'aventurer hors des sentiers battus !

J'ai fait quelques recherches, en partant de l'idée de clôture, parce que Murmoulu… C'est joli sonoriquement, mais je ne trouve pas que cela veuille dire grand chose. Ce qui peut moudre, c'est une pierre... comment un mur peut-être moulu, je ne comprend pas. Un arbre ? Mais pour moudre, il faut qu'il y ai rotation : ça ne va pas... Faisant fi de l'originalité, j'ai composé "Murclaie", claie désignant un treillis d'osier (matériau cadrant avec le paysage :) à claire-voie, ou une clôture à claire-voie, c'est-à-dire faite d'un entrecroisement de lattes laissant passer la lumière.


Breredon [v. 82, 94]
Septième promenade :
Nous sommes toujours au milieu de la lande, et l'étymologie de Breredon l'atteste bien. Le mot brere est une déclinaison du moyen anglais brer "bruyère", d'origine celtique. Le mot don vient du vieil anglais dun "colline, hauteur" qui a donné l'anglais down "colline". Le mot celtique pour désigner la colline se retrouve dans le nom de la ville de Bree (gaélique brae "colline, hauteur"), que les Brandebouc connaissent bien pour y avoir effectué plusieurs voyages.

Bombadil in the Shire :
Breredon is English. Its compounds are Brere-don. The first element brere = "briar" (cf. "frere" "brother"=friar!) from Old English bre:r, of the same meaning. -don = OE du:n "down, hill" (cf. the North and South Downs), with the change as unstressed suffix being the same as in tu:n:>town, -ton. Pronounce it Breer-dun (or -d'n, with vocalic n). According to ATB, "Breredon (Briar Hill) was a little village on rising ground behind the hythe, in the narrow tongue between the end of the High Hay and the Brandywine."

Dashiell Hedayat ne traduit pas, Céline Leroy non plus. En fait, j'ai cherché à traduire aussi : briar signifie bien bruyère, mais aussi ronce ou églantier. Seulement, il fallait quelque chose d'archaïsant : églantier vient de l'ancien français (emprunté au provençal) aiglant ; on pouvait aussi faire un composé avec spina, épine (comme Epinac). Mais j'ai fait aussi des recherches pour bruyère, et on a deux racines : bruscia et brucaria (la première, semble-t-il, du gaulois, qui a donné le latin)... et dans les toponymes, cela devient Bruère ou Bresseu... Fortement changé, donc. De plus, le -don est possible aussi en français, puisque dun vient de -duno, colline fortifiée. Faut-il ou non franciser ? Breredon n'est sans doute pas plus explicite pour un anglais que pour un français, et tout aussi possible.

Shirebourn [v. 95]
Première promenade :

Dans la langue de Tolkien, cette rivière s'appelle Shirebourn. Le mot bourn signifie ruisseau et vient du vieil-anglais brunna. Dans la langue gotique, ce même brunna signifie "saut, bond" et permet donc d'imaginer un ruisseau turbulent en amont, tout comme la Rivière de Stock que nous avions croisé plus au nord. Mais le mot bourne qui dérive du normand borne veut aussi dire "limite, frontière". Et ce ruisseau est effectivement la limite sud-est de la Comté.

Dashiell Hedayat traduit "Borne du Comté", Céline Leroy "Rivière-de-la-Comté". J'ai gardé ceci, même si c'est long.


Mithe Steps [v. 101] et Causeway [102]
Dashiell Hedayat traduit "Marches de Mithe" et "Chaussée", Céline Leroy "Marches de la Mithe" et "Chaussée". J'ai plutôt mis "Pas de Mithe" pour le premier (raison de place, essentiellement), et "Chaussée" pour le deuxième.


Rushey [v.104, 121]
Guide to the names :
Rushey. 'Rush-isle'; in origin a 'hard' among the fens of the Marish. The element -ey, -y in the sense 'small island' (= Swedish ö, Danish ø, OId Norse ey) is very frequent in English place-names. The German equivalent is Aue 'river-side land, water-meadow', which would not be unsuitable in this case.

Première promenade :
Le chemin de Stock continue en direction du sud vers un bourg improprement baptisé Soldur par Ledoux, tandis que le nom anglais est Rushey (inscrit "Rushy" sur la carte de Christopher Tolkien) L'origine de ce nom vient du mot rush "jonc" qui vient lui-même du vieil anglais rysc "jonc, paille" et qui est voisin du vieux français ros "roseau" et du mot dialectal rouche qui désigne la massette, un plante des marais. Plutôt que Soldur, les noms de Roselière, Jonchère, Joncheraie ou Les Rouches auraient sans doute mieux convenus... Et du coup, c'est un tout autre paysage que du "sol dur" qui s'offre à nous. Nous avons là plutôt affaire à du "sol mou"... et il est sérieusement temps de mettre nos bottes de nains !

Dashiell Hedayat ne traduit pas, Céline Leroy a créé "Joncquisle", mais ça me satisfait pas vraiment. J'ai eu le coup de cœur pour Les Rouches, même si l'on perd la notion d'îlot. Il existe un suffixe en français, équivalent de -ey (les suffixes, fréquents en France, en -ay, , -et sont des suffixes collectifs se rapportant à la flore, ils ne peuvent donc convenir) dans le Calvados et la Manche, le mot scandinave holm, 'île', (dans Le Houlme, Home-Varaville), qui devient -hou en terminaison (Nehou, Quettehou)... Ce qui donnerait Le Rouchou ou Le Jonchou... qui n'est pas plus concluant que Joncquisl.


Marish [v. 107]
Guide to the names :
Marish. An old form of English marsh. Translate (using if possible a word or form that is understood but local or out of date).

Première promenade :
Le nom Marish est un mot dialectal synonyme de marsh qui veut dire "marais" en anglais. Tous deux viennent du moyen-anglais mareis. Ce mot d'origine germanique est un cousin du mot francique marisk, qui a donné le mot dialectal normand maresc, qui a inspiré à Ledoux le nom Maresque. Tous signifient "marais, marécage".

Maresque convient très bien :)


Maggot's Lane [v. 123]

Dashiell Hedayat traduit "l'Allée d'Asticot" (sic!), Céline Leroy "le Chemin de Maggotte". J'ai opté pour ce dernier.


Bamfurlong [v. 125]
Guide to the names :
Bamfurlong. An English place-name, probably from bean 'bean' and furlong (in the sense of a division of a common field), the name being given to a strip of land usually reserved for beans. The name is now, and so is supposed to have been at that time in the Shire, without clear meaning. It is the name of Farmer Maggot's farm. Translate as seems suitable, but some compound containing the word for 'bean' and that for 'field, cultivated ground' would seem desirable.

Première Promenade :
Le père Maggotte possède la ferme de la Haricotière (Bamfurlong). Le nom original de Bamfurlong est une sorte d'énigme philologique que nous allons tenter de résoudre. La seconde partie du mot ne présente pas de difficulté particulière. Un furlong est une mesure de distance correspondant à 201,16 de nos mètres. Il vient du moyen-anglais furlang "longueur" qui était lui même issu de Furrow "sillon, ligne" + lang "longueur". La première partie du mot est plus délicate, Bam ne signifiant à première vue pas grand chose en anglais. Faut-il la rattacher à une forme dialectale de bean "haricot", comme le suggère la proposition de Ledoux ? Ou bien doit-on aller chercher plus loin l'origine de ce bout de mot ? Tolkien connaissait la langue gotique sur le bout des doigts, et en goth, il existe le mot bagms qui veut dire "poutre, potence". Peut-on en déduire que le nom de Bamfurlong pourrait évoquer les puissantes poutres sur lesquelles les anciens installaient la charpente des toits de leurs fermes ? Doit-on y voir une connivence avec l'idée que Stock était un village de charpentiers ?

Haricotière convient aussi...


Barrow-downs et Tower Hills [v. 136]
Tout bêtement "Haut des Galgals" et "Collines de la Tour". Dashiell Hedayat proposait "Tour-la-Colline". A part la faute de pluriel (plutôt "Tour-les-Collines"), l'idée n'était pas mal, mais Collines de la Tour est plus simple.


Bree [v. 138]
Guide to the names :
Bree. Retain, since it was an old name, of obsolete meaning in an older language; see Archet.

Le nom apparaît dans le SdA, je ne touche rien.


De la traduction en elle-même

Ce poème est composé dans la même forme que le précédent, en strong-stress verse, à rimes plates. J’ai donc utilisé, pour ma traduction, des alexandrins sans césure (Rq.: dans le compte des syllabes, les –e sont muets devant chaque ponctuation, pas seulement en fin de vers), et gardé le schéma de rimes de l’original… L’exercice était plus difficile, puisque 14 syllabes par vers venait plus naturellement en français (et ce d’autant plus que l’original tourne en moyenne autour de 12 syllabes lui aussi), et cela m’a entraînée à faire quelques torsions au sens (légères, puisque je ne tenais pas à réinventer le poème, et cela aurait enlevé beaucoup de charme à l’exercice). Mon but n’était pas de faire une traduction littérale (celle de Céline Leroy est fiable), mais de garder l’esprit – et de me faire plaisir avec un exercice de style gouailleur. La lecture de la traduction du Kalevala par Rebourcet m’a été profitable, et quelques clins d’œil ont été disséminés… Les initiés les verront:)

Remerciements habituels à Moraldandil, qui, comme toujours, se révèle un allié précieux pour les dernières épreuves de relectures, et aussi à Yyr (pour son aide à Paimpol) et Isengar, dont j’ai beaucoup utilisé le travail pour la question de la toponymie :).

Laegalad
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le 06-07-2004
à 15:11


Bombadil goes boating
Bombadil en bateau
The old year was turning brown; the West Wind was calling;
Tom caught a beechen leaf in the Forest falling.
'I've caught a happy day blown me by the breezes!
Why wait till morrow-year? I'll take it when me pleases.
[5]This day I'll mend my boat and journey as it chances
west down the withy-stream, following my fancies!'
L'an vieux virait au brun ; le Vent d'Ouest appelait ;
Tom prit un' feuille de bouleau dans la Forêt.
" C'est un jour heureux que les brises m'ont soufflé !
Je le prendrai au plaisir, qu'attendre l'année !
Ce jour je répare ma barque, à l'hasardée 1,
Je descendrai à l'ouest du cours bordé d'osier ! "
Little Bird sat on twig. 'Whillo, Tom! I heed you.
I've a guess, I've a guess where your fancies lead you.
Shall I go, shall I go, bring him word to meet you?'
Petit Oiseau sur sa branche l'avait épié :
« Hé Tom ! Je sais, je sais où mènent tes idées !
Irai-je, irai-je lui dire de te croiser ? »
[10] 'No names, you tell-tale, or I'll skin and eat you,
babbling in every ear things that don't concern you!
If you tell Willow-man where I've gone, I'll burn you,
roast you on a willow-spit. That'll end your prying!'
« Tais-toi donc, bavard, ou je te plume au dîner,
Pour t'apprendre à jaser sans être concerné !
Si tu vas dire à l'Homme-Saule où j'ai été,
Je te rôtis. Fini d’errer en furetant ! »
Willow-wren cocked her tail, piped as she went flying:
[15]'Catch me first, catch me first! No names are needed.
I'll perch on his hither ear: the message will be heeded.
"Down by Mithe", I'll say, "just as sun is sinking"
Hurry up, hurry up! That's the time for drinking!'
Roitelet des Saules s'envola en pépiant :
« Prends-moi d’abord, prends-moi d’abord ! Sans te nommer
Je me percherai à son oreille : c’est assez.
‘Vers Mithe’, je dirai, ‘quand le soleil se noie !’
Presse-toi, presse-toi ! Voici l’heure où l’on boit ! »
Tom laughed to himself: 'Maybe then I'll go there.
[20] I might go by other ways, but today I'll row there.'
Tom rit tout bas : « Là-bas ? Peut-être que j’irai.
Je sais d’autres chemins, mais là, je ramerai. »
He shaved oars, patched his boat; from hidden creek he hauled her
through reed and sallow-brake, under leaning alder,
then down the river went, singing: 'Silly-sallow,
Flow withy-willow-stream over deep and shallow!'
Il rapiéça sa toue2, ponça ses avirons,
La tira de sa crique entre l'aulne et les joncs3
Et suivit le ruisseau, chantant « Sotte oselière,
En clapotis glougloutants coule la rivière »4.
[25]'Whee! Tom Bombadil! Whither be you going,
bobbing in a cockle-boat, down the river rowing?'
« Eh ! Tom Bombadil ! Où t'en vas-tu comme ça,
En ramant sur l'eau, tout secoué dans ta noix ? »
'Maybe to Brandywine along the Withywindle;
maybe friends of mine fire for me will kindle
down by the Hays-end. Little folk I know there,
[30]kind at the day's end. Now and then I go there'.
« Du Tournesaules au Brandevin, ça se peut ;
Des amis à moi pourraient m'allumer un feu
Vers Fin-de-Palis. J'y sais de petites gens,
Gentils en fin de jour. J’y vais de temps en temps. »
'Take word to my kin, bring me back their tidings!
Tell me of diving pools and the fishes' hidings!'
« Passe le bonjour aux miens, dis-m'en quelques mots !
Parle-moi des coins à poissons et des trous d'eau ! »
'Nay then,' said Bombadil, 'I am only rowing
just to smell the water like, not on errands going'.
« Que non ! » dit Bombadil. « Je ne fais que ramer
Pour sentir l'eau, pas pour jouer au messager ! »
[35] 'Tee hee! Cocky Tom! Mind your tub don't founder!
Look out for willow-snags! I'd laugh to see you flounder'.
« Ah ! Tom l'Effronté ! Prends garde à ne pas sombrer
Sur ta noix ! Je rirais de te voir barboter ! »
'Talk less, Fisher Blue! Keep your kindly wishes!
Fly off and preen yourself with the bones of fishes!
Gay lord on your bough, at home a dirty varlet
[40] living in a sloven house, though your breast be scarlet.
I've heard of fisher-birds beak in air a-dangling
to show how the wind is set: that's an end of angling!'
« Tais-toi donc, Martin Bleu ! Garde tes vœux pour toi !
Envole-toi, prend une arête et lisse-toi !
Fier seigneur sur ta branche, mais vaurien au logis,
Taudis souillon, même si ta gorge est rubis.
On m'a dit que ton bec, on pouvait l'accrocher
Pour voir où porte le vent : fini de pêcher ! »
The King's fisher shut his beak, winked his eye, as singing
Tom passed under bough. Flash! then he went winging;
[45] dropped down jewel-blue a feather, and Tom caught it
gleaming in a sun-ray: a pretty gift he thought it.
He stuck it in his tall hat, the old feather casting:
'Blue now for Tom', he said, "a merry hue and lasting!'
Martin ferma son bec, cligna l'œil ; Tom passa
Sous sa branche en chantant. Flouff ! Lorsqu'il s'envola,
Une plume bleu-joyau tomba ; Tom la prit,
Brillante au soleil – c'est un cadeau bien joli ! –
La piqua au chapeau, jetant la vieille au loin :
« Du bleu pour Tom », dit-il, « un ton gai qui tient bien ! »
Rings swirled round his boat, he saw the bubbles quiver.
[50] Tom slapped his oar, smack! at a shadow in the river.
Des bulles roulèrent autour de son bateau.
Tom fit claquer sa rame, spach ! sur l'ombre dans l'eau.
'Hoosh! Tom Bombadil! 'Tis long since last I met you.
Turned water-boatman, eh? What if I upset you?'
'What? Why, Whisker-lad, I'd ride you down the river.
My fingers on your back would set your hide a-shiver.'
[55] 'Pish, Tom Bombadil! I'll go and tell my mother;
"Call all our kin to come, father, sister, brother!
Tom's gone mad as a coot with wooden legs: he's paddling
down Withywindle stream, an old tub a-straddling!"'
« Ouch là ! Tom Bombadil ! Un bail que ça faisait !
Dev'nu marin d'eau douce ? Et si j'te renversais ? »
« Quoi ? Et bien, Moustachu, je te chevaucherais !
Et sous mes doigts le cuir de ton dos frémirait ! »
« Pfuit, Tom Bombadil ! J'irai le dire à ma mère ;
‘Fais venir tous les nôtres, père, sœur et frère !
Tom est fou comme une foulque à jambe de bois
Il descend le Tournesaules sur une noix !’ »
'I'll give your otter-fell to Barrow-wights. They'll taw you!
[60] Then smother you in gold-rings! Your mother if she saw you,
she'd never know her son, unless 'twas by a whisker.
Nay, don't tease old Tom, until you be far brisker!'
« Aux Êtres des Galgals je donnerai ta peau,
Pour qu'ils te tannent et t'étouffent dans des anneaux !
Ta mère ne te reconnaîtra qu’à un tif5.
N'embête pas vieux Tom, à moins d'être plus vif ! »
'Whoosh! said otter-lad, river-water spraying
over Tom's hat and all; set the boat a-swaying,
[65] dived down under it, and by the bank lay peering,
till Tom's merry song faded out of hearing.
« Vouch ! » fit alors le loutron, faisant gicler l’eau
sur Tom et son chapeau, et tanguer le bateau ;
Il plongea par dessous et l'épia du talus
Jusqu'à ce que son chant gai ne s’entende plus.
Old Swan of Elvet-isle sailed past him proudly,
gave Tom a black look, snorted at him loudly.
Tom laughed: 'You old cob, do you miss your feather?
[70] Give me a new one then! The old was worn by weather.
Could you speak a fair word, I would love you dearer:
long neck and dumb throat, but still a haughty sneerer!
If one day the King returns, in upping he may take you,
brand your yellow bill, and less lordly make you!'
[75]Old Swan huffed his wings, hissed, and paddled faster;
in his wake bobbing on Tom went rowing after.
Vieux Cygne de l'Ile-aux-Elfes passa fiérot
Près de Tom, nasilla fort, le lorgna de haut.
Tom rit : « Eh, vieux jars6, ta plume t'a tant manqué ?
Donne-m'en une autre ! La vieille était toute usée.
Une parole aimable et je t’aimerais mieux :
Long cou, gorge muette, mais toujours dédaigneux !
Si un jour le Roi revient, il t’attrapera,
Marquera ton bec jaune et moins fier te fera ! »
Vieux Cygne siffla et précipita sa nage ;
Tom le suivit, rebondissant dans son sillage.
Tom came to Withy-weir. Down the river rushing
foamed into Windle-reach, a-bubbling and a-splashing;
bore Tom over stone spinning like a windfall,
[80] bobbing like a bottle-cork, to the hythe at Grindwall.
Tom parvint à Digue-d'osier. Au Bief-en-Claies,
La rivière bouillonnait et éclaboussait ;
Elle emporta Tom dans ses tourbillons
Au môle de Murclaie, dansant comme un bouchon.
Hoy! Here's Woodman Tom with his billy-beard on'
laughed all the little folk of Hays-end and Breredon.
'Ware, Tom' We'll shoot you dead with our bows and arrows'
We don't let Forest-folk nor bogies from the Barrows
[85] cross over Brandywine by cockle-boat nor ferry'.
« Ha ! Voilà Tom l'Homme des Bois, bouc au menton ! »
Rirent ceux de Fin-de-Palis et Breredon.
« Gare à toi, Vieux Tom, on te tuera de nos traits !
Fantômes des Galgals ou gens de la Forêt,
Nul ne passe le Brandevin, par bac ou noix ».
'Fie, little fatbellies! Don't ye make so merry!
I've seen hobbit-folk digging holes to hide 'em,
frightened if a horny goat or a badger eyed 'em,
afeared of the moony-beams, their own shadows shunning.
[90] I'll call the orks on you: that'll send you running!'
« Fi, petits grassouillets ! Ne soyez pas en joie !
J'ai vu des Hobbits s'enterrer pour se cacher,
Par peur d'un blaireau ou d'une chèvre encornée,
Pour la lune ou leur propre ombre se mettre à fuir.
'Vous enverrai les orques, ça vous fera courir ! »
'You may call, Woodman Tom. And you can talk your beard off.
Three arrows in your hat! You we're not afeared of!
Where would you go to now? If for beer you're making,
the barrels aint deep enough in Breredon for your slaking!'
« Va ! Tu peux toujours causer, Tom l'Homme des Bois !
Trois flèches au chapeau, on n'a pas peur de toi !
Où tu vas ? Si c'est la bière qu'tu viens chercher
Breredon n'en a pas assez pour t'étancher ! »
[95] 'Away over Brandywine by Shirebourn I'd be going,
but too swift for cockle-boat the river now is flowing.
I'd bless little folk that took me in their wherry,
wish them evenings fair and many mornings merry'.
« J'irai bien par la Rivière de la Comté,
Mais le Brandevin devient par trop agité.
Si les petites gens me faisaient traverser,
Je leurs souhaiterais gais matins, belles soirées ! »
Red flowed the Brandywine: with flame the river kindled.
[100] as sun sank beyond the Shire, and then to grey it dwindled.
Mithe Steps empty stood. None was there to greet him.
Silent the Causeway lay. Said Tom: 'A merry meeting!'
Rouge coula le Brandevin ; il s'embrasa
Comme le soleil sombrait au loin, puis grisa.
Vides les Pas de Mithe ; personne à saluer.
« Quel accueil ! » dit Tom ; silence sur la Chaussée.
Tom slumped along the road, as the light was failing.
Rushey lamps gleamed ahead. He heard a voice him hailing.
[105]'Whoa there!' Ponies stopped, wheels halted sliding.
Tom went plodding past, never looked beside him.
Le soir tombait ; sur la route Tom s'embourba
Les feux des Rouches luisaient. Quelqu'un le héla.
« Ho ! » Des poneys s'arrêtèrent, des roues glissèrent.
Tom alla ballant, sans un regard en arrière.
'Ho there! beggarman tramping in the Marish!
What's your business here? Hat all stuck with arrows!
Someone's warned you off, caught you at your sneaking?
[110] Come here! Tell me now what it is you're seeking!
Shire-ale. I'll be bound, though you've not a penny.
I'll bid them lock their doors, and then you won't get any''
« Hé là ! Qu'est-ce que tu fiches là, mendigot,
Errant dans le Maresque, des flèches au chapeau !
Quelqu'un t'a pris à essayer de chaparder ?
Viens ici ! Dis-moi donc ce que tu viens chercher !
La bière de la Comté, sûr, et sans un sou.
Je leur dirai de ne rien te donner du tout. »
'Well, well. Muddy-feet! From one that's late for meeting
away back by the Mithe that's a surly greeting!
[115]You old farmer fat that cannot walk for wheezing,
cart-drawn like a sack, ought to be more pleasing.
Penny-wise tub-on-legs! A beggar can't be chooser,
or else I'd bid you go, and you would be the loser.
[120] Come, Maggot! Help me up! A tankard now you owe me.
Even in cockshut light an old friend should know me!'
« Bien, Boueux ! Pour un en retard au rendez-vous
Au bord de Mithe, en voilà un accueil bien doux !
Tu devrais être plus poli, vieux gros fermier
Balloté dans ta charrette et vite essoufflé.
Grippe-sou, barrique ! Si je n'étais pas mendiant,
Je te f'rais déguerpir et tu serais perdant !
Allez, Maggotte, tu me dois un pot. Hisse-moi !
Même à la brune tu devrais voir que c'est moi !
Laughing they drove away, in Rushey never halting,
though the inn open stood and they could smell the malting.
They turned down Maggot's Lane, rattling and bumping,
Tom in the farmer's cart dancing round and jumping.
[125] Stars shone on Bamfurlong, and Maggot's house was lighted;
fire in the kitchen burned to welcome the benighted.
Riant, ils passèrent les Rouches sans délai,
Même si le houblon à l'auberge embaumait,
Prirent le Chemin de Maggotte, bringuebalant ;
Tom dans la carriole dansait en bondissant.
Les étoiles brillaient sur la Haricotière ;
Un feu brûlait pour eux près de la cuisinière.
Maggot's sons bowed at door, his daughters did their curtsy,
his wife brought tankards out for those that might be thirsty.
Songs they had and merry tales the supping and the dancing;
[130] Goodman Maggot there for all his belt was prancing,
Tom did a hornpipe when he was not quaffing,
daughters did the Springle-ring, goodwife did the laughing.
Les enfants Maggotte vinrent les saluer,
Sa femme apporta des pots pour les assoiffés.
Ils eurent chansons, contes gais, souper et danse ;
Le vieux Maggotte s'était bien rempli la panse,
Tom joua une matelote et but sans répit
Les filles dansèrent la gigue7, l'épouse rit.
When others went to bed in hay, fern, or feather,
close in the inglenook they laid their heads together,
[135]old Tom and Muddy-feet, swapping all the tidings
from Barrow-downs to Tower Hills: of walkings and of ridings;
of wheat-ear and barley-corn, of sowing and of reaping;
queer tales from Bree, and talk at smithy, mill, and cheaping;
rumours in whispering trees, south-wind in the larches,
[140] tall Watchers by the Ford, Shadows on the marches.
Quand d'autres se couchèrent dans foin ou fougère,
Vers l’âtre Vieux Tom et le Boueux échangèrent
Toutes les nouvelles, des Collines de la Tour
Aux Hauts des Galgals : à pied, cheval, des parcours ;
Semailles et moissons, épis de blé, grains d’orge ;
Etranges dits de Bree, du moulin, de la forge ;
Rumeurs d’arbres, vent du sud dans les mélézins,
Grands Guetteurs vers le Gué, Ombres sur les Confins.
Old Maggot slept at last in chair beside the embers.
Ere dawn Tom was gone: as dreams one half remembers,
some merry, some sad, and some of hidden warning.
None heard the door unlocked; a shower of rain at morning
[145] his footprints washed away, at Mithe he left no traces,
at Hays-end they heard no song nor sound of heavy paces.
Assis devant les braises, Maggotte s'endormit
Tom était parti à l'aube, comm' ces rêveries
Gaies, tristes, parfois pleines d’un secret présage.
Nul n’entendit la porte s’ouvrir ; son passage,
Une averse l’effaça vers Mithe au matin.
A Fin-de-Palis, ni bruit de pas, ni refrain.
Three days his boat lay by the hythe at Grindwall,
and then one morn was gone back up Withywindle.
Otter-folk, hobbits said, came by night and loosed her,
[150] dragged her over weir, and up stream they pushed her.
A Murclaie son bateau resta trois jours au môle,
Avant de s'en retourner sur le Tournesaules.
Selon les Hobbits, les loutres vinrent la nuit
Le repousser en l’amont par-delà le duit8.
Out from Elvet-isle Old Swan came sailing,
in beak took her painter up in the water trailing,
drew her proudly on; otters swam beside her
round old Willow-man's crooked roots to guide her;
[150] the King's fisher perched on bow, on thwart the wren was singing,
merrily the cockle-boat homeward they were bringing.
To Tom's creek they came at last. Otter-lad said: 'Whish now!
What's a coot without his legs, or a finless fish now?'
[160] O! silly-sallow-willow-stream! The oars they'd left behind them!
Long they lay at Grindwall hythe for Tom to come and find them.
Sortant de l'Ile-aux-Elfes, Vieux Cygne vint, fiérot,
Pris dans son bec l'amarre qui traînait dans l'eau
et la tira ; les loutres, qui nageaient derrière
Dans les racin' de l'Homme-Saule le guidèrent ;
Martin Pêcheur à la proue, Roitelet au banc,
Ils ramenèrent le sabot joyeusement.
A la crique de Tom. Mais le loutron dit : « Heu ?
Est-ce un’ foulque sans pattes, ou un poisson sans queue ? »
O ! Sotte oselière ! Les avirons ! Oubliés !
Ce fut long avant que Tom vienne les chercher.



1 Hasardée : néologisme que j’ai créé sur le mode entrer>entrée, avancer>avancée.

2Toue : petit bateau plat, barque (Loire)

3Sallow ne désigne que le saule, l'aulne, c'est alder. Cependant, les deux arbres se rencontrent près de l’eau.

4Les allitérations me paraissent ici plus importantes que le sens… littéralement, ce serait "sot osier, coule le courant serpentant [entre les] saules par-dessus trous et bas-fonds"… et encore, j'explicite. J'ai donc essayé de rendre au mieux le glougloutement clapotant d'un calme court d'eau :)

5Tif<tifo (?), paille (Dauphinois, XVII-XIXe siècle)

6 Jars désigne une oie mâle, mais comme le but de Tom est de se ficher du cygne, ça sera doublement insultant.

7Springle-ring. An invention; render it by a similar one suitable to the language of translation, implying a vigorous ring-dance in which dancers often leaped up. (Guide to the names). J'ai tenté d'inventer, mais rien de satisfaisant… de danses déjà existantes pouvant cadrer, au contraire des différentes traductions officielles, on a la bourrée (Auvergne, se dansant autour d'une bourrée, un fagot de bois enflammé) ou la gigue, danse vive et gaie en provenance d'Angleterre et d'Irlande, avec des trépignements de pieds et de mains, rapide, ardente et tourbillonnante… à la réflexion, c'est elle qui convient le mieux, mais le problème est que Tolkien n'a pas dû la juger satisfaisante au niveau du sens puisqu'il ne l'a pas utilisé.

8Duit : chaussée en travers d’une rivière… Léger glissement de sens, mais le mot est joli.

ISENGAR
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le 06-07-2004
à 22:41

Bon, après avoir relu au moins douze fois l'excellente traduction de Laegalad, je m'arroge le droit (étant tout de même cité à plusieurs reprises ;o)) de donner le premier commentaire...

Eh bien c'est parfait.
C'est chantant, bondissant, agréable à lire.
Les néologismes coulent de source sans choquer le moins du monde, et les termes dialectaux ajoutent une touche rustique délicieuse.

Après les maladresses de Ledoux et les horreurs d'Hedayat, on retrouve enfin un bon Tom Bombadil en version française dans chacun des vers de Stéphanie.
Une authentique réussite comme on en voit peu souvent.

Merci ;o)

I.

ISENGAR
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le 06-07-2004
à 22:44

Sans oublier un chapeau bas au solide travail préparatoire, véritable délice intellectuel pour ceux qui, comme moi, aiment se promener dans les chemins des mots... :o)

I.

Moraldandil
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le 07-07-2004
à 01:10

Tout pareil :-)

J'ai déjà eu le plaisir de lire cette traduction un bon petit nombre de fois à Paimpol et depuis, sous différentes formes, et je ne m'en lasse pas, ce sont toujours les mêmes rires et les mêmes délices. Exactement la joie de Tom Bombadil, des Hobbits et de la Comté, on s'y croirait.

Bravo Stéphanie !

vincent
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le 07-07-2004
à 08:24

bravo pour ce travail, stéphanie, que je vais essayer de regarder :-)
le problème est qu'il est matériellement impossible de justifier, pour les traducteurs qui travaillent en ce moment, chacune de leurs décisions comme tu le fais, à l'échelle de tout un recueil ou d'un volume... bien qu'il y ait à chaque fois un travail de recherche comparable.
nous avons malgré tout essayé de le faire, de temps en temps : je pense à "rushey", par ex - dans l'article publié dans _Translating Tolkien_.

amicalement
Vincent

ISENGAR
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le 07-07-2004
à 09:48

Le travail en amont est toujours conséquent.
C'est vrai que pour les Promenades, le temps de recherche fut aussi long et volumineux que le temps de composition.
Deux plaisirs différents. Deux plaisirs tout de même ;o)

I.

sosryko
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le 07-07-2004
à 21:37

Merci Stéphanie :-))
C'est effectivement très beau.
Des trouvailles superbes, et des mots qui deviennent musique à la lecture.
Un régal pour l'oreille ce Tom qui chanteparle, le Tournesaules chantourné, et Martin qui chantebrode :-))

Sosryko

Yyr
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le 08-07-2004
à 12:46


C'est très joli ; j'aime beaucoup :)
A ma première impression, l'esprit du poème est très bien rendu !
Mais je n'ai en ce moment hélas pas le temps de (re)lire autant qu'il sied :\ ... et moins encore de commenter :/ ...

Jérôme

Laegalad
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le 08-07-2004
à 14:48

Merci à tous :)Heureuse que vous vous amusiez autant à le lire que moi à traduire :)

Pour Vincent : je me doute bien que dans le cadre d'une traduction officielle, les traducteurs ne peuvent expliquer en long large et travers pourquoi ils ont traduit comme ceci et pas autrement :) Ma version est un amusement, qui ne sera sans doute jamais publié, et c'est pour cela que je peux traduire à mon goût, puisque cela ne portera pas à conséquence, et expliciter un peu plus mes choix (au reste, c'est ce que j'apprécie le mieux dans un travail de ce genre, et j'ai dû me limiter dans les notes de bas de page, bavarde comme je suis ;)). En aucun cas il ne s'agit de reproche aux traducteurs officiels :) Mais pour ce qui est de Joncquisl pour Rushey, si le mot est joli et qu'il traduit l'intégralité de Rushey, il a plusieurs inconvénients (à mon sens) : l'inversion déterminant/déterminé (on aura plus facilement en français "Ile des Joncs" que "Joncquisl"), inversion que je ne pense pas utile, d'autant que Mme Leroy n'était pas contrainte par la place, et il induit un jeu de mot qui n'est pas dans l'original (Jonquille/Joncquisl). Cela dit, je n'ai pas lu l'article dont tu parles, et ne peux de ce fait avancer plus loin dans la critique (qui, comme on sait, n'est pas dotée d'un seul aspect négatif :)).

Isengar : exactement :)

vincent
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le 08-07-2004
à 19:02

Laegalad,

nous nous comprenons très bien ! :-)

pour "Rushey" : la faute n'en incombe pas à Céline, mais aux personnes qui révisent le SdA. et il me semble bien, d'ailleurs, que c'est _moi_ (ou Bill, je ne sais plus) qui ai plaidé pour cette solution.
voici l'explication, telle qu'elle se trouve dans l'article « Traduire Tolkien en français : On the Translation of J.R.R. Tolkien's Works into French and their Reception in France » (2003), écrit (en anglais) avec Daniel Lauzon et David Riggs, et paru dans l'ouvrage dirigé par Thomas Honegger, Translating Tolkien - Tolkien as Translator, paru en mars 2003 chez Walking Tree (cf. http://pourtolkien.free.fr/Translating%20Tolkien.html ) :

[les § précédents évoquent la question des noms propres et de leur traduction :-) ] :

To suggest etymology, and the presence of words within words, we have also decided to amend Ledoux’s decision to leave the Shire placename of Rushey untranslated (FR 130). Tolkien suggests that this name should be translated, meaning “Rush-isle” (Lobdell 1975 : 190) ; the basis of the French translation must be “jonc” (rush), but instead of using “jonchaie,” “joncheraie,” “jonchère” (the place where rushes grow), we have decided upon “Joncquisle,” which complies with The Guide’s indication and attracts the reader’s attention because although there is no actual etymological connection with jonquille (daffodil), it does look like it, and it conspicuously contains “jonc” and “isle,” an archaic spelling form for “île” (island). This may be a way to invite an awareness that Tolkien’s names have an interesting etymology, and that there is more about them than meets the eye - to paraphrase Gandalf’s comment about Frodo (FR 430).

voilà : ici, le dessein des réviseurs/traducteurs a pris le dessus !
et, par souci de cohérence, ce choix s'est imposé pour _ATB_

amicalement
Vincent

Laegalad
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le 08-07-2004
à 19:21

Ah, d'accord ! :) En effet, s'il y a un autre but que de "simplement" traduire, je comprend... Mais, heu... je préfère quand même les Rouches, du moins dans l'esprit que j'avais de traduire ce poème, et le reste des poèmes Hobbits : simplicité et naturel avant tout (enfin, de surface, parce que tout ça en alexandrins, c'est pas de la tarte :)) :)

P.S. : qu'on m'explique pourquoi des fois le tableau s'affiche en énoôorme, et des fois normalement, c'est mozilla qui défaille ?

sosryko
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le 03-10-2004
à 20:31

Au fait...une question : pourquoi n'avoir pas placé ce fuseau dans la section Légendaire?
..Mais je ne viens pas pour cela.
C'est à propos d'une découverte toute nouvelle pour moi : il y existe un autre poème sur Bombadil que les deux que nous connaissons tous (ATB et BB)!
Il s'agit de Once unpon a time, poème écrit pour un collectif, Winters' Tales for Children édité par Caroline Willier chez Macmillan (1965); lequel poème a été repris pour une publication américaine dans un second collectif, The Young Magicians, édité par Lin Carter, chez Ballantine Books (1969).
En fait, dans les deux cas, ce sont deux poèmes de Tolkien qui sont publiés : Once upon a time, donc, et The Dragon's Visit ; pour ce dernier, il s'agit d'une reprise puisque le poème fut composé par Tolkien en 1947 pour The Oxford Magazine (4/02/47).
(source )

Il n'est fait mention de ce troisième poème sur Tom (ET Baie d'Or) ni dans la biographie de Carpenter ni dans la biblio fournie dans Sur les Rivages... de Vincent. Pourtant, l'entrée 1965 existe bel et bien sur quelques biblio en ligne (celle de Åke Bertenstam par exemple). Et puis surtout, l'édition de Carpenter, si elle est épuisée (comme celle de 1965), peut encore se trouver d'occasion (sur amazon.co.uk par exemple). Serait-ce un gigantesque canular ? Je peux me tromper, mais je ne crois pas (Dans le cas contraire, il s’agirait d’une belle forgery, certains vers me semblant du pur Tolkien).

Comme on trouve de tout sur la toile, voici le poème (avec quelques coquilles semble-t-il) tel que le donne la page du site de la Bromwell School consacré à Tom Bombadil (j’ai rajouté la numérotation des vers).

Once Upon a Time

Once upon a day on the fields of May
there was snow in the summer where the blossom lay;
the buttercups tall sent up their light
in a stream of gold, and wide and white
there opened in the green grass-skies
[5]
the earth-stars with their steady eyes
watching the Sun climb up and down.
Goldberry was there with a wild-rose crown,
Goldberry was there n a lady-smock [in
a lady-smock?]
blowing away a dandelion clock,
[10]
stooping over a lily-pool
and twiddling the water green and cool
to see it sparkle round her hand:
once upon a time in elvish land.

Once upon a night in the cockshut light [15]
the grass was grey but the dew was white;
shadows were dark, and the Sun was gone,
the earth-stars shut, but the high stars shone,
one to another winking their eyes
as they waited for the Moon to rise.
[20]
Up he came, and on leaf and grass
his white beams turned to twinkling glass,
and silver dripped from stem and stalk
down to where the lintips walk
through the grass-forests gathering dew.
[25]
Tom was there without boot or shoe,
with moonshine wetting his big, brown toes:
once upon a time, the story goes.

Once upon a moon on the brink of June
a-dewing the lintips went too soon.
[30]
Tom stopped and listenes, and down he knelt:
"Ha! Little lads! So it was you I smelt?
What a mousy smell! Well, the dew is sweet,
so drink it up, but mind my feet!"
The lintips laughed and stole away,
[35]
but old Tom said: "I wish they'd stay!
The only things that won't talk to me,
say what they do or what they be.
I wonder what they have got to hide?
Down from the Moon maybe they slide,
[40]
or come in star-winks, I don't know:"
once upon a time and long ago.

Si je place ce poème (OUAT) texte à la suite de ce fuseau, c’est qu’il comporte au moins un écho textuel de BB (1) en plus des références à ATB (2), Bilbo ou bien le Seigneur des Anneaux (3).

(1) « the cockshut light » OUAT 15 = BB 120 ci-dessus
(2) « summer / buttercups » OUAT 1-2 = « summertime / buttercups » ATB 7-8 ; « a lily-pool » OUAT 11 = « the lily-pools » ATB 105
(3)
« Once upon a day on the fields of May
there was snow in the summer where the blossom lay;
the buttercups tall sent up their light
in a stream of gold, and wide and white
there opened in the green grass-skies
[5]
the earth-stars with their steady eyes
watching the Sun climb up and down.
»
OUAT 3-7 développe en effet une thématique récurrente du Légendaire, à savoir celle d’une contemplation et d’un dialogue permanent qui passent par la vue entre la Terre et les Cieux symbolisé par les étoiles du ciel (= yeux de la Nuit qui « parlent » aux hommes/Elfes) et les étoiles de la terre que sont les fleurs (= yeux du jour qui demande au ciel/Soleil la lumière et la vie).
Le thème apparaît dès Bilbo au travers d’un énigme posée par Bilbo à Gollum :

« This’ll puzzle the nasty little underground creature, » he thought:
An eye in a blue face
Saw an eye in a green face.
“That eye is like to this eye”
Said the first eye,
“But in low place,
Not in high place.”
« Ss, ss, ss, » said Gollum. He had been underground a long long time, and was forgetting this sort of thing. But just as Bilbo was beginning to hope that the wretch would not be able to answer, Gollum brought up memories of ages and ages and ages before, when he lived with his grandmother in a hole in a bank by a river, « Sss, sss, my preciouss, » he said. « Sun on the daisies it means, it does. »

La même association (les fleurs dans l’herbe sont comme des yeux) est enrichie dans le SdA lorsque Gandalf, Argorn, Gimli et Legolas arrivant au Château d’Or découvrent le spectacle des simbelmynë ; Gandal utilise les même termes que Bilbo en parlant des « yeux brillant dans l’herbe » à propos de ces fleurs « blanches comme (…) neige » ; le narrateur de préciser que ces « petites fleurs » sont « comme des étoiles innombrables parmi le gazon » :
« At the foot of the walled hill the way ran under the shadow of many mounds, high and green. Upon their western sides the grass was white as with a drifted snow: small flowers sprang there like countless stars amid the turf.
“Look!” said Gandalf. “How fair are the bright eyes in the grass! Evermind they are called, simbelmynë in this land of Men, for they blossom in all the seasons of the year, and grow where dead men rest. Behold! we are come to the great barrows where the sires of Théoden sleep.” » SdA, III.6 [496]{548}

Comme il n’aura échappé à personne, l’évocation des « tertres » (barrows) de Théoden était le premier indice d’un lien entre ce passage du SdA et l’univers de Bombadil. Le poème Once upon a time vient renforcer ce lien en intégrant les simbelmynë du Château d’Or aux « étoiles de la Terre » près de l’étang de nénuphars de Baie d’Or.


Ce poème, pour d’autres raisons que je n’ai pas le temps de développer, est me semble essentiel pour les études bombadiliennes. Sa faible diffusion expliquant qu’il soit si peu mentionné lorsqu’on parle de Bombadil, il ne faut pas non plus trop espérer en disposer un jour. Aussi (et j’arrive à l’objet de ce message ainsi qu’à sa place en ce fuseau… ;-)) il serait bon de disposer d’une traduction.
Laegalad, Moraldandil, si vous nous lisez ;-))
Je n’ose m’y atteler, faute de temps et (surtout) de compétences.
Car certaines difficultés m’arrêtent.
A commencer par ces fichus « lintips ». C’est quoi un « lintip » ? un mot inventé par Tolkien ? Cela qui expliquerait les interrogations de Tom quant à leur origine ; Tom qui va jusqu’à croire qu’ils ont pu venir de la Lune. Je pense à de petits insectes qui se nourriraient de la rosée déposée sur l’herbe. S’il s’agit d’un jeu de mot, y aurait-il un jeu de mot de la part de Tolkien avec lín* en sindarin qui signifie « étang ». Car alors, l’étang apparaîtrait dans les trois strophes du poème ; ce qui ne serait pas pour me déplaire ;-))
D’autres beautés comme Once upon a day on the fields of May ou Once upon a moon on the brink of June m’obligent à demander votre aide, chers camarades traducteurs :-)


Sosryko

sosryko
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le 04-10-2004
à 02:41

grmfff... pas lín* mais lîn*.
Laegalad
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le 04-10-2004
à 08:59

Très intéressant, Sosryko... Hmm... Il est très beau, en plus :) Why not, en effet, je ne savais plus dans quoi me lancer, après Bombadil, et tant que j'ai encore l'esprit bombadilien en tête... Il y a encore du pain sur la planche, en fait, et j'envisage de retravailler les poèmes bombadiliens du SdA, même si certains sont tordus, niveau métrique (à rendre en français, pfiou :)).
Et pourquoi hors du légendaire ? Heu... le premier poème du recueil ATB que j'avais traduit, je ne disposais pas de l'introduction, et ignorais qu'il était vraiment lié au légendaire... du coup, pour chaque traduction de poème de ce recueil, j'ai continué à poster ici, même si ce n'est plus pertinant :|

Stéphanie -- qu'il est lent, mais qu'il est lent l'ordinateur aujourd'hui...

Laegalad
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le 04-10-2004
à 09:14

Pour lintip, je ne sais pas encore, mais après un détour par le Webster (hyperdictionary.com), j'ai trouvé, pour lin (il faut remonter à 1913...) :
Definition:

1.

\Lin\ (l[i^]n), v. i. [AS. linnan. See {Lithe}.]
To yield; to stop; to cease. [Obs. or Scot.] --Marston.


2.

\Lin\, v. t.
To cease from. [Obs. or Scot.]


3.

\Lin\, n. [Ir. linn, or Gael. linne; akin to W. llyn a pool,
pond, lake, but in senses 2 and 3 prob. from AS. hlynn
torrent. Cf. {Dunlin}.]
1. A pool or collection of water, particularly one above or
below a fall of water.

2. A waterfall, or cataract; as, a roaring lin.

3. A steep ravine.

Note: Written also linn and lyn.

:) :) :) De l'eau, encore de l'eau... tip désigne une extrémité (tiptoes, par exemple : sur la pointe des pieds), il s'agit, je pense, d'une invention de Tolkien, qu'il faudrait traduire en remontant loin dans le français ou le patois (ô, les recherches étymologiques ! Moi qui adore trouver des noms d'Alfs, voilà de quoi corser délicieusement l'affaire :))... littéralement, peut-être "le bout de l'étang/chute d'eau/cascade", ce qui ne veut rien dire du tout, mais quoi de plus normal avec Tom :)


sosryko
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le 04-10-2004
à 10:29

Merci pour la confirmation, Laegalad! jubilatoire tout ça :-)))
ISENGAR
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le 04-10-2004
à 10:54

*ronronnement*

Miam, miam... ce genre de petites choses donne une de ces inspirations pour les nombreuses petites affaires que j'ai eu la bêtise de laisser en sommeil... Au travail, mon gars !

Silmo
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le 04-10-2004
à 13:03

Chouette, merci Soryko :-))
vincent
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le 05-10-2004
à 08:47

bien joué sosryko ! je sens que tu vas faire des merveilles, à partir de ce poème.
pour la traduction : rimée, j'imagine ?

Vincent

Laegalad
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le 07-10-2004
à 08:54

Vincent : bien sûr, rimée :) Et en alexandrin, je garde la même structure que pour les deux précédents, vu qu'en anglais on a la même structure... Mais diable, il donne du fil à retordre, ce poème ! Je n'ai pas encore résolu la question des lintips, même si je creuse... "Gourbout", c'est pour l'instant le mieux que j'ai trouvé, mais au niveau des évocations sonores, ça n'est pas la même chose... "Lintip" est cristalin, "gourbout" plus bouillonnant... et je perd le rappel au sindarin... m'en vais piocher chez les Bretons, mais je crains que l'on n'ai pas de composés de "lin" en français.
Vivement ce week-end, que je puisse m'y pencher plus sérieusement que durant un cours de socio des publics, et avec ma doc sous le nez :)
Moraldandil
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le 08-10-2004
à 23:24

Ces lintips m'ont tout l'air d'être de la même espèce que les Mewlips... Ils me semble que pour le choix d'un nom, le son compterait au moins autant que le sens ici, non ? Ce que sont ces "lintips" me semble plus suggéré par le texte que le nom même.
Laegalad
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le 09-10-2004
à 10:11

Moraldandil>Ces lintips m'ont tout l'air d'être de la même espèce que les Mewlips... Ils me semble que pour le choix d'un nom, le son compterait au moins autant que le sens ici, non ? Ce que sont ces "lintips" me semble plus suggéré par le texte que le nom même.

Oui, bien sûr :) Mais le mieux est de rendre les deux, non ? Autant que possible, as usual... pas eu le temps de m'y pencher plus, je l'avoue, juste de compulser mon dico de patois savoyard (un gour est une sorte de trou d'eau, le TLF connait ce mot :

Région. (cf. infra Étymol.). Partie creuse d'un cours d'eau, remplie d'eau même en période sèche. Il y a des espèces vivant uniquement à la surface des eaux calmes, d'autres sur les suintements à la surface de la roche, d'autres dans le fond des gours, d'autres dans les cours d'eau de caractère torrentiel (GÈZE, Spéléol. sc., 1965, p. 155).
Prononc. et Orth. : []. Forme gourre ds BOURGET, Ét. angl., 1888, p. 128 et ZOLA, Corresp., 1902, p. 8. Étymol. et Hist. Début XIIe s. gort « cours d'eau » (Saint Brendan, éd. E. G. R. Waters, 168); 1160-70 « trou d'eau » (G. DE SAINT-PAIR, Roman du Mont-Saint-Michel, éd. P. Redlich, 432); 1385 dial. des Dombes gour « tourbillon d'eau » (Doc. ms. de A. DURAFFOUR ds FEW t. 4, p. 330b, s.v . gurges). Mot actuellement particulièrement répandu le long du cours de la Loire et dans les dial. prov. et fr. prov. Du lat. class. gurges, gurgitis « tourbillon d'eau, masse d'eau; gouffre, abîme » (v. gorge, ingurgiter).)

"Bon, Stéphanie, on y va ou pas à la bibliothèque ? ça fait une demi-heure que tu dis dans cinq minutes... " Off we go, off we go...

Stéphanie - recherches brutalement interrompues... :)

Yyr
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le 19-10-2004
à 08:55


Sosryko : Il n'est fait mention de ce troisième poème sur Tom (ET Baie d'Or) ni dans la biographie de Carpenter ni dans la biblio fournie dans Sur les Rivages... de Vincent. Pourtant, l'entrée 1965 existe bel et bien sur quelques biblio en ligne (celle de Åke Bertenstam par exemple).

Pour information, EJK le référence aussi dans Tolkien en France (Bibliographie Chronologique, entrée 96)

sosryko
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le 19-10-2004
à 10:19

Merci pour la vérification Yyr ;-)
mais je suis encore plus rassuré depuis que j'ai le poème sous les yeux, vu que je suis parvenu à me procurer The Young Magicians ( il est beau il est beau il est beau ce poème) ;-))

S.

Yyr
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le 20-10-2004
à 07:30


Sosryko : mais je suis encore plus rassuré depuis que j'ai le poème sous les yeux, vu que je suis parvenu à me procurer The Young Magicians [...] ;-))

Oh ! Chouette ! Tu peux confirmer ou corriger la version que tu as donnée plus haut, alors, tu peux, dis ? :) (en particulier le 9ème vers ?)

Sosryko : (il est beau il est beau il est beau ce poème)

Oui :) :) :)

Laegalad
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le 20-10-2004
à 09:28

Heu, oui, tout comme Yyr, s'il t'était possible de confirmer ta correction - encore que je ne vois trop ce que cela pourrait être d'autre -... De même, je suppose que pour le vers 31, au lieu de "Tom stopped and listenes, and down he knelt:", c'est plutôt : "Tom stopped and listened, and down he knelt:".
Le problème d'un si beau poème, c'est qu'on a peur de l'abimer en le traduisant... :) Mais ça avance, ça avance...
Tenez, un scoop pour "lintip" : le vieux breton a bien conservé "lin", qui signifie... "étang", tout comme en sindarin ! (cf ici) Pour le coup, que diriez vous de "Linet" pour traduire "lintip", mmh ? :)) Je garde ainsi le rapport avec le sindarin, le côté archaïsant (qui sait ce que signifie "lin" en anglais, maintenant ? Je pioche sans vergogne donc dans le vieux breton, qui n'a pas plus de signification pour nous de nos jours), et ajoute un diminutif (qui n'est pas la traduction exacte de "tip", bien sûr, mais linbout, c'est moche, et du coup "lin" ne se prononce plus pareil). Je conserve aussi la prononciation cristaline :)

Stéphanie - en coup de vent

sosryko
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le 20-10-2004
à 11:19

Les corrections bien entendu sont :

(v9) Goldberry was there in a lady-smock

(v31)Tom stopped and listened, and down he knelt:

(v41) or come in star-winks, I don't know " :

S.

sosryko
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le 20-10-2004
à 11:23

Et tant qu'à corriger, corrigeons jusqu'au bout ;-)
Je dois demander à Carpenter de pardonner mon erreur : sa bibliographie présente bien à l'entrée 1965 les poèmes Once... et The Dragon's Visit ; je ne sais pas où j'avais ma tête et mes yeux lorsque j'ai vérifié cela :-(( ...peut-être rêvant de lune, d'étoiles et de pieds nus couverts de rosée ;-)
Laegalad
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le 19-11-2004
à 16:02

Voici la traduction promise (je n’ai pas tenté la mise en tableau, le résultat s’avère désastreux neuf fois sur dix). Je ne prétend pas que ce soit la version définitive, mais pour elle il faudra attendre au moins la Noël, n’ayant — hélas — plus le temps avant ces vacances ô combien languies, mais je ne voulais pas vous faire trop attendre :) Au reste, il se peut que vos remarques produisent un tilt pour les points qui me gênent encore. Et encore merci à Bertrand qui, tout aussi occupé que moi, à quand même pris la peine de me relire :)
Comme je l’avais dis, Tolkien utilise encore une fois un strong stress metre à rimes plates, ce qui me permet d’utiliser de nouveau un alexandrin non césuré, à rimes toutes aussi plates.
Il y avait plusieurs contraintes à traduire. Tout d’abord, et pas la moindre, les lintips. Comme je l’ai dit plus haut, les linets me semblent tout à fait convenir pour les franciser en gardant tant signification qu’évocation sonore. Ensuite, au niveau de la structure du poème, Once upon a time, décliné en jour, nuit et lune, qui ouvre et ferme chaque strophe. Ce parallélisme devait à tout prix être conservé. Once upon a time signifie en anglais tant « il était une fois » que « autrefois ». J’ai opté pour la formule magique traditionnelle, qui ouvre chaque conte, même si on ne la rencontre pas en guise de fermeture. Au reste, « il était une fois » renvoyant à un passé lointain sans guère de rapport avec la réalité présente, il traduit tout aussi bien l’idée d’« autrefois ». Par contre, l’effet de rime interne des premiers vers de chaque strophe (day/may, night/light, moon/june) ne peut, hélas, être conservé en français… Il y avait aussi des allitérations, que j’ai utilisé autant que j’ai pu. Ensuite, le ton n’est pas tout à fait le même, plus… contemplatif, d’une certaine manière, que ce que l’on a habituellement dans les poèmes bombadiliens. Et le poème plus difficile à traduire, même si plus court que les deux précédents… S’ensuit donc une peur de l’abîmer qui a entraîné de nombreux gribouillages, raturages et déchirages… -rements, pardon.
Autre remarque : Tolkien joue encore sur Moon/He et la Sun/She… Enfin, joue… je pense que la féminisation du soleil et la masculinisation de la lune doit être normale pour un esprit saxon (voir l’allemand die Sönne, der Mund). Mais sincèrement, pour mon esprit français, c’est une aberration, une inversion totale des rêveries, et donc, puisque Bachelard est d’accord avec moi (comme souvent d’ailleurs... Ou plutôt l'inverse, je suis souvent d'accord avec lui :o)) et qu’il ne faut pas inverser les genres de rêveries, j’ai gardé la lune.

Once Upon a Time Il était une fois

Once upon a day on the fields of May Il était un jour sur les champs et prés de Mai,
there was snow in the summer where the blossom lay; de la neige en belle saison qui fleurissait ;
the buttercups tall sent up their light les hauts boutons d’or éparpillaient leur lumière
in a stream of gold, and wide and white en un ruisseau doré ; dans les cieux d’herbe verts
[5] there opened in the green grass-skies s’épanouissaient, larges et toutes en blanc,
the earth-stars with their steady eyes les étoiles-de-terre dont les regards francs
watching the Sun climb up and down. observaient le Soleil descendre et remonter.
Goldberry was there with a wild-rose crown, Baie d’Or était là, encouronnée d’églantier,
Goldberry was there in a lady-smock , Baie d’Or était là, vêtue d’une chemisette,
[10] blowing away a dandelion clock, d’un pied de dents-de-lion elle soufflait l’aigrette,
stooping over a lily-pool se penchait au-dessus d’un bassin vert et frais
and twiddling the water green and cool plein de lis d’eau, jouait de l’onde, la remuait
to see it sparkle round her hand: pour qu’elle s’éclabousse autour de sa main : plic !
once upon a time in elvish land. il était une fois dans les contrées elfiques.

[15] Once upon a night in the cockshut light Il était une nuit, lueur de brune bise,
the grass was grey but the dew was white; si la rosée se faisait blanche, l’herbe était grise,
shadows were dark, and the Sun was gone, les ombres étaient noires, le Soleil était couché,
the earth-stars shut, but the high stars shone, et les étoiles-de-terre s’étaient fermées ;
one to another winking their eyes mais les étoiles hautes brillaient dans les cieux,
[20] as they waited for the Moon to rise. et attendaient la Lune en se clignant des yeux.
Up he came, and on leaf and grass Elle se leva, vit changer ses rayons blancs
his white beams turned to twinkling glass, sur les feuilles et l’herbe en verre étincelant,
and silver dripped from stem and stalk des tiges et des chaumes elle ruisselait,
down to where the lintips walk argentée, jusqu’où se promenaient les linets
[25] through the grass-forests gathering dew. par les forêts d’herbe, ramassant la rosée.
Tom was there without boot or shoe, Tom était là, le pied sans botte ni soulier,
with moonshine wetting his big, brown toes: la Lune mouillant ses grands orteils bruns et nus :
once upon a time, the story goes. Il était une fois, l’histoire continue.

Once upon a moon on the brink of June Il était une lune au tout début de Juin
[30] a-dewing the lintips went too soon. pour la rosée les linets vinrent trop matin.
Tom stopped and listened, and down he knelt: Tom s’arrêta, écouta et s’agenouilla :
"Ha! Little lads! So it was you I smelt? « Eh ! Petits gars ! C’était vous que je sentais là ?
What a mousy smell! Well, the dew is sweet, Quelle odeur discrète ! Bien, la rosée est miélée,
so drink it up, but mind my feet!" Buvez-la donc, mais prenez bien garde à mes pieds ! »
[35] The lintips laughed and stole away, Les linets s’esclaffèrent et s’esquivèrent, lestes,
but old Tom said: "I wish they'd stay! mais le vieux Tom dit : « J’aurais tant aimé qu’ils restent !
The only things that won't talk to me, Ce sont les seuls êtres qui ne me parlent pas,
say what they do or what they be. ce qu’ils font, ce qu’ils sont, ils ne le disent pas.
I wonder what they have got to hide? Pourquoi ont-ils dû se cacher ? Ils ont glissé
[40] Down from the Moon maybe they slide, depuis la Lune peut-être, ou sont arrivés,
or come in star-winks, I don't know": qui sait ! par les étoiles, dans leurs clignotements. »
once upon a time and long ago. Il était une fois, il y a bien longtemps.

ISENGAR
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le 19-11-2004
à 19:09

Comme d'habitude, Laegalad, c'est un délice.
Bravo et merci pour cette évasion.

I. encore coincé au bureau...

sosryko
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le 19-11-2004
à 20:49

Magnifique Stéphanie.
Le poème était terriblement difficile à traduire et tu t'en es superbement sortie, parvenant à conserver l'essentiel de la magie de l'original tout en introduisant une partie de la tienne (si si ;-)).
Merci beaucoup pour ce travail que j'imagine facilement long et éprouvant parfois, mais O combien exaltant.
On ne pouvait pas ne pas garder "il était un/une..." ;-))

Sosryko, heureux et reconnaissant :-))

vincent
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le 20-11-2004
à 09:32

sosryko
>Je dois demander à Carpenter de pardonner mon erreur : sa bibliographie présente bien à l'entrée 1965 les poèmes Once... et The Dragon's Visit ;

fallait demander ;-)
Vincent

ISENGAR
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le 20-11-2004
à 19:28

Sosryko : j'ai trouvé l'année de composition de the Cat... je ne sais pas non plus où j'avais ma tête et mes yeux... mais c'est bien dans mon Carpenter aussi... :o)
Laegalad
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le 20-11-2004
à 20:52

*merci* :)
Sosryko : [...] conserver l'essentiel de la magie de l'original tout en introduisant une partie de la tienne (si si ;-)).
Alors ce n'est pas fait exprès... mais le moyen de faire autrement, entendant toujours le chant des eaux et le susurement des feuilles ? :)

>Merci beaucoup pour ce travail que j'imagine facilement long et éprouvant parfois, mais O combien exaltant.
Long, oui... éprouvant, c'était surtout les cours pendant lesquels je faisais mes essais qui l'étaient... exaltant : ah ça, oui ! Mille fois oui ! En quoi ma rêverie rejoint parfois celle terrestre quand il s'agit de modeler un vers récalcitrant, le courbant doucement, le laissant s'imaginer qu'il pourra n'en faire qu'à sa tête, et puis, dès qu'il croit que j'en ai fini avec lui, que j'ai baissé les bras, saisir du coin de l'oeil la forme qu'il devrait avoir pour la lui appliquer dérechef, rattraper les mots qui s'envolent comme les feuilles ! Je me suis amusée comme une folle, à laisser de nouveau mes dictionnaires quitter leur étagère à porter de main pour envahir mon bureau une fois de plus :)

Stéphanie - encore coincée au boulot... six fenêtres ouvertes par mon petit renard de feu, une seule consacrée au loisir... :( Mais je sais par laquelle je partirai ce soir, celle par laquelle on entend le Chant de Ceux-qui-sont-partis :)

Moraldandil
Voir le profil de Moraldandil  

le 20-11-2004
à 21:15

Sosryko : On ne pouvait pas ne pas garder "il était un/une..." ;-))

Il y a des raisons auxquelles on se rend ;-) Je suis maintenant bien convaincu que tu avais raison, Stéphanie ; comme souvent en matière de langage, il faut laisser le temps à l'insolite de s'acclimater :-)

Bertrand, qui pour sa part jongle entre les catalogues de bibliothèques en ligne (***** pour BNF-Opale, toujours surchargé !!!!) et JRRVF

Laegalad
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le 21-11-2004
à 14:47

Bertrand : ah, tu vois :)
Stéphanie - passons maintenant à l'analyse pragmatique d'un corpus de critiques du Long Dimanche etc (c'est pas drôle, y'en a aucun qui le démolit dans ceux que j'ai, comment je peux laisser s'exprimer mon sacarstisme...). *gros soupir*
Fangorn
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le 21-11-2004
à 22:32

Merci d’avoir donné ta voix à ce poème, Laegalad :-)

Et juste pour le clin d’œil :
« (...) dans les heureux matins où je suis aidé par les poètes, j’aime à faire le petit ménage de mes mots familiers. J’administre équitablement les joies des deux genres. J’imagine que les mots ont de petits bonheurs quand on les associe d’un genre à l’autre. (...) Car les mots s’aiment. Ils ont été, comme tout ce qui vit, « créés homme et femme ». » (Bachelard, La poétique de la rêverie, p. 40-41).

sosryko
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le 26-06-2008
à 12:29

Up jubilaire + 30 minutes ! :-))

Comment ne pas remonter ce fuseau dans lequel Laegalad nous gratifiait d'une de ses plus belles traductions à mon goût ?
... mais bon, puisque vous savez combien je suis partial, lisez et vérifiez par vous-mêmes :-)

A compléter avec l’article auquel il avait donné lieu et accueilli sur < ahref=http://www.jrrvf.com/essais/tom/Article_Tom_Bombadil.pdf target=blank>JRRVF, désormais en ligne dans le Bois du Chancours

sosryko
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le 26-06-2008
à 12:32

Raaahhh, quand on est rouillé, on est rouillé ;-)

Correction pour l'article de laegalad sur JRRVF - désolé ;-)

Laegalad
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le 26-06-2008
à 08:40

* ronronron * Merci, Sosryko :)
Et comme on parle de Tom Bombadil, cela ne saurait se faire sans crème jaune et rayons de miel ;)
Elendil Voronda
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le 17-04-2010
à 12:32

Tout d'abord, je dois remercier dame Laegalad pour sa magnifique traduction et la pertinence de ses commentaires de traduction. Et je remercie donc Thráin et Isengar pour m'avoir averti de ce fuseau et de l'essai afférent. Isengar mérite évidemment une mention spéciale, car sans ses Promenades, il y aurait eu peu de chances que j'entreprenne jamais la traduction de l'article Bombadil in the Shire. Sans eux, mes essais de traduction auraient été bien plus pauvres, peut-être même hors de propos.

Dans certains cas, le choix de Laegalad de suivre les traductions de Ledoux ou Leroy a conforté ma décision d'en faire autant. Dans d'autres, ses propres choix (ou les diverses alternatives qu'elle a mentionnées) m'ont encouragé à partir dans une direction différente.

Bref, voici le résultat de mes cogitations, de mes doutes, et des raisons pour ceux-ci. J'aurais souhaité pouvoir dire que mon objectif était d'arriver à la traduction idéale de ces noms, même si je me doutais bien qu'en l'état, je ne pouvais prétendre avoir atteint cet idéal. Mais au fur et à mesure de ma recherche, je me suis rendu compte combien certains choix de traduction seraient nécessairement subjectifs. Toutefois, j'aimerais votre opinion sur la musicalité de l'ensemble et son intégration dans la toponymie francisée de la Comté, sur l'étymologie des noms et sur la pertinence de choisir dans certains cas un terme différent que ceux publiés.

NB : l'usage des déterminants est parfois significatif et peut différer de l'original.


Termes publiés conservés

- Bamfurlong — la Haricotière

- the Brandywine — le Brandevin

- Breredon — Breredon

- the Causeway — la Chaussée

- the (High) Hay — la (Haute) Haie
Un choix au rebours de Laegalad. Mais si la Haute Haie devient le Haut Palis, elle risque de perdre de son prestige. Et (pour une fois), je ne suis pas partisan de chercher midi à quatorze heure lorsqu'on a un terme étymologiquement apparenté et sémantiquement approprié en français, surtout s'il est déjà adopté par la traduction de Ledoux. Et Tolkien n'insiste pas en ce point sur la nécessité d'avoir un composé archaïque (voir le Guide to the Names).

- Hays-end / Haysend — Fin-de-Haie / Fin-de-Barrière
Je ne sais si ma manière de traduire les deux versions du nom est logique, mais le sens est conservé, de même que l'orthographe française des traductions des ATB et du SdA, dans lesquels elles apparaissent respectivement.

- Maggot's Lane — le Chemin de Maggotte
La traduction de Maggot’s Lane a été conservée, étant donné que le nom du fermier n’est pas traduit dans le SdA et serait autrement peu compréhensible. De toute façon, c'est ce que Tolkien suggère de faire (ibid.).

- the Old Forest — la Vieille Forêt

- the Old Swan — le Vieux Cygne

- the Shire — la Comté

- the Withywindle — le Tournesaule


Termes retraduits

- Briar Hill — la Colline aux Bruyères
Au plus près du sens sans verser dans l'excès leroyen, en accord avec Laegalad

- cheaping — foirail
Le « marché » de Leroy n'a pas le même attrait (et j'évite de parler de Hedayat en ce point). Quant à Laegalad, elle se dérobe à l'obstacle. ;-) Heureusement que le français nous propose un large choix de termes appropriés.

- Deephallow — Grandcroix
Un autre faux ami, et Laegalad n'est pas là pour nous aider — quant à Isengar, il adopte lâchement la traduction de Ledoux. ;-) Heureusement que Hammond et Scull, citant les notes de Tolkien, nous aident à débrouiller l'étymologie : ce nom contient probablement l’élément vieil-anglais –hall ou –healh « renfoncement, un terrain à moitié enclos (par des pentes, des bois ou un méandre) ». Chose amusante, il existe plusieurs toponymes français qui dérivent du lat. croso « creux », lequel a souvent donné -croix, ce qui donne parfois des villages qui s'appellent Sainte-Croix, sans que le croix en question ait quoi que ce soit de saint. Au final, la solution me paraît s'imposer d'elle-même.

- Elvet-isle — Isle-Cisne
Contrairement à Isengar, je ne parviens pas à trouver un hypothétique terme elfet « petit elfe ». Dans tous les cas, la solution de Dashiell Hedayat, « Île-aux-Elfes » me paraît à proscrire, puisqu'elle est étymologiquement incorrecte. Malheureusement, maintenir le jeu de mot me paraît impossible. D'où une solution en demi-teinte, archaïque comme l'original, avec un couple assonance-allitération qui n'est pas dans l'original mais ne me semble pas inapproprié.

- Grindwall — Murcleie
C'est juste une version archaïque du terme forgé par Laegalad, puisque l'élément grind- est lui-même sensé être archaïque

- the hythe — l'eschouage
Le double défaut que je vois à toutes les traductions existante, c'est qu'elles renvoient plutôt à des appontements plutôt qu'à des lieux d'échouage, contrairement au terme anglo-saxons et qu'elles sont irrécusablement, modernes, contemporaines, bref non poétiques au possible. Dommage que le français ne propose pas d'autre solution sémantiquement adéquate que celle-ci.

- the Mithe — Conté
Je m'étais d'abord arrêté sur « l'Aber », contrairement à Laegalad. D'abord parce que pour ma part, j'ai tendance à considérer ce terme comme du bon français que je n'hésiterais pas à employer dans la conversation courante, ensuite parce que notre langue est de toute façon hostile à la phonologie de Mithe, qui sonne nécessairement étranger. Mais suite à mon choix pour Shirebourn (q.v. pour la discussion), j'ai dû me rabattre sur « Conté ». J'ai aussi envisagé « Le Conte », mais j'ai préféré un toponyme historiquement éprouvé.

- the Mithe Steps — les Pas de Conté
Je l'avais d'abord traduit par « les Pas de l'Aber », calquant cela sur le choix de Laegalad (voir Mithe ci-dessus), puis l'ai adapté de même en fonction de mon nouveau choix.

- Rushey — Rouchant
Un choix difficile. Comme Laegalad, j'étais tombé amoureux d'un des termes proposés par Isengar : « Les Rouches ». Mais lorsque ce dernier a critiqué cette solution du fait qu'elle éliminait l'élément -ey (que souligne Tolkien), je me suis remis à réfléchir. Je n'arrivais pas à me satisfaire de l'alternative de Laegalad avec suffixe en -ou, solution qu'elle a elle-même rejetée. En effet, c'est un élément décidément trop lié à la Normandie, et les toponymes de la Comté ne s'inspirent guère de cette région (J'ai d'ailleurs donné un tour volontairement flamand ou lorrain à ceux que j'ai choisi, afin de me rapprocher discrètement du fond germanique, tout en gardant une saveur terrestre pour des noms forgés par un peuple qui n'a rien de marin). J'ai donc préféré Rouchant, qui intègre le suffixe –ham, dérivé ici de l’ancien bas-francique *hamma, désignant une langue de terre en zone inondable selon Denise Poulet, Noms de lieux du Nord-Pas-de-Calais, p. 64.), ce qui correspond assez bien au sens original.

- the Shirebourn — l'Obrupt
Dans les notes de Tolkien à son traducteur néerlandais, citées par Hammond et Scull dans leur Guide, celui-ci indique que ce nom « has nothing to do with "The Shire".... It represents a genuine river-name, ancient Scire-burna "bright-spring", or "bright-stream" », bref, le parfait faux ami. Nonobstant, Dashiell Hedayat le traduit « Borne du Comté », Céline Leroy et Laegalad « Rivière-de-la-Comté » et Isengar suggère « Claireborne » ou « Viveborne ». J'ai tendance à penser que l'étymologie voulue par Tolkien doit primer sur les jeux de mots (et la note de Tolkien semble indiquer qu'il pensait la même chose). Néanmoins, j'espère avoir réussi à maintenir celui-là, même si c'est par un chemin assez détourné. « Obrupt » est dérivé de ob « blanc », attesté dans des noms de rivière français et « rupt » = terme quelque peu dialectal pour « ruisseau ». Il cherche à évoquer « abrupt », en partant du fait que l'élément -bourne de la VO est apparenté au got. brunna « saut, bond » (merci pour l'info, Isengar). Le défaut est qu'on perd totalement le jeu de mots sur « Comté ». Mais si l'on traduit the Mithe par « Conté » (ou « Contes » ou encore « Le Conte »), dérivé du gaulois *cond « confluent », que l’on voit notamment dans le toponyme gaulois Condate, de même signification, l'extrait des ATB devient alors « À Conté, l’embouchure de l’Obrupt, se trouvait [...] », ce qui, pris dans son ensemble, préserve le jeu de mot de la VO.
Une solution moins complexe mais aussi moins exacte aurait été de traduire Shirebourn par Aubeconte, dérivé du lat. alba « blanc » et du même *cond que ci-dessus (ce suffixe étant lui-même attesté dans le Nord-Est de la France). On aurait bien une allusion sonore à « Comté » et « Aube » pourrait évoquer la frontière orientale — levantine ;-) — du pays, mais je trouverais un peu bizarre de nommer une rivière « confluent ».

- Stock — Estoc
Un terme pour lequel je suis effrayé que personne n'ait jamais semblé vouloir trouver une traduction, alors que son orthographe est complètement étrangère au reste des toponymes de la Comté (sans parler que la seule signification française de ce mot me fait penser à un entrepôt industriel — pauvres hobbits). Surtout quand on possède un terme sémantiquement et étymologiquement approprié, qui génère d'ailleurs un jeu de mot différent de l'original, mais un jeu de mots tout de même.

- the Withy-weir — la Claie de Saule
Une simple combinaison de plusieurs solutions antérieures, qui garde mieux le sens et le lien avec le Tournesaule que la plupart de celles adoptées jusqu'à présent.

Tilkalin
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le 17-04-2010
à 17:10

Une petite aparté à propos de Stock.

Au regard de la situation géographique (au croisement du Brandevin et de la rivière de Stock) et historique (à l'ancienne frontière orientale de la Comté) de cette localité, que penser d'une traduction comme Estacade ou plus encore, si l'on souhaite coller à la sémantique et à l'étymologie du terme original, comme Estac ?

Cf. le Glossaire de la langue romane, de Jean-Baptiste-Bonaventure de Roquefort.

Dans le Quartier de l'Est, cette localité est d'ailleurs connue sous le nom de L'Estaque, peuchère ! ;-))

Tilkalin
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le 17-04-2010
à 17:18

Ooops : "un petit aparté..."

Quelle idée aussi de ne pouvoir éditer ses messages ! ^^

Elendil Voronda
Voir le profil de Elendil Voronda  

le 17-04-2010
à 18:34

Oui, mais non ;-)

J'ai du mal à imaginer que des Hobbits aient un tel besoin d'user du transport maritime de marchandises qu'il leur aurait fallu construire un débarcadère. Ensuite, s'il est bien sur le Ruisseau de Stock, le village éponyme est nettement en retrait du Brandevin, comme l'indique la carte (et l'on connait la précision de celle-ci, puisque Tolkien est allé jusqu'à se plaindre d'une erreur de placement de 2 mm concernant Brandy Hall — corrigée depuis).

Enfin, si l'estacade est effectivement un lointain parent du stock qui nous intéresse (via l'italien ancien ou le gotique, peut-être), le mot anglais ne couvre pas du tout ce sens-là. Hammond et Scull suggèrent que le toponyme dérive du v.-angl. stoc « endroit », mais n'arrivent pas à expliquer qu'il se trouve isolé plutôt que d'être partie intégrante d'un composé :

Hammond et Scull ont dit :
The name Stock probably derives from Old English stoc 'place'. It is common in English place-names as stoke or stock, but usually combined with some other element.

Plus subtil, Alan Turner, explique quelle traduction il convient de choisir, mais omet d'en donner une définition (cf. Translating Tolkien, p. 91-105 :
Alan Turner a dit :
There is no entry for Stock, so F has presumably obeyed the injunction not to translate anything unless specified. [...]

For Stock, D and Sw have been content to adapt the spelling slightly to Stok and Stocke, giving the same connotations as in German, whereas I and Sp have translated; Sp has Cepeda, formed from cepo ‘branch, bough', which is the same interpretation as in the Germanic languages, but I has interpreted it differently, giving Scorta 'stock, stores', which is the "misleading" sense. [...]

On the other hand, [the 'Guide to the Names'] rash claim to contain all the names which require translation has occasionally led to the use of un-systematically foreignising forms, such as Stock in French


Il convient en fait de se tourner vers le New Oxford American Dictionary (ou le Merriam-Webster), qui indique que le sens premier est « bloc de bois, tronc », spécifiquement une souche avec des rejets ou un cep avec des boutures. Bref, un estoc (sens 2).
NEAD a dit :
the trunk or woody stem of a living tree or shrub, esp. one into which a graft (scion) is inserted. [...]

Origin: Old English stoc(c) [trunk, block of wood, post,] of Germanic origin; related to Dutch stok and German Stock ‘stick.’ The notion [store, fund] ( senses 1 and 2) arose in late Middle English and is of obscure origin, perhaps expressing ‘growth from a central stem’ or ‘firm foundation.’

Elendil Voronda
Voir le profil de Elendil Voronda  

le 17-04-2010
à 18:44

J'ai omis de préciser : Estac est un nom qui pourrait être approprié, étant moins spécifique que « estacade », et très manifestement apparenté au v.-angl. stoc(c). Le seul souci, c'est qu'il ne s'agit plus d'un terme doté de sens en français (contrairement à stock, dont le sens moderne et le sens archaïque sont toujours conservés).

C'est pourquoi je lui ai préféré son cousin Estoc (est-il donc si haïssable ?).

Elendil Voronda
Voir le profil de Elendil Voronda  

le 22-05-2010
à 18:48

J'ai terminé la traduction et mise en forme de Bombadil dans la Comté. Une page de commentaires, expliquant les choix de traduction et citant bon nombre de passages du « Guide to the Names » y est associée.

À noter que j'ai finalement rejeté l'insatisfaisant « Murcleie » au profit d'un « Plessis-Mur » de meilleur aloi.

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