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Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Version imprimable +- Forum JRRVF (https://jrrvf.com/forum) +-- Forum : Au-delà de l’Œuvre (https://jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=4) +--- Forum : Autour de Tolkien... (https://jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=23) +--- Sujet : Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? (/showthread.php?tid=3046) |
Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Vinyamar - 16/11/2002 Bon, ce titre est truqué, on va aussi pas mal parler d'Orwell, mais je suis sûr que ça va retomber dans de l'analyse littéraire sur ce qu'on peut faire dire ou non à Tolkien. Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Vinyamar - 16/11/2002 (Pardon TB pour ce "commencement", j'avais promis de me relire :-( ) J'ai lu Animal Farm de George Orwell dans la collection signet classic (Penguin Putnam) édition 1996 (en anglais). Il s'y trouve une préface de Russel Baker (1996) qui interprète le texte politiquement (en s'appuyant sur les lettres d'Orwell) et une introduction de C.M Woodhouse passionante qui se demande entre autre (le pouvoir de la plume y est aussi traité) si Animal Farm est un conte de fée. C'est que le titre exact du livre est "Animal Farm, a fairy story by George Orwell". (sous-titre venant de l'auteur). Il déclare donc que le conte de fée est une "catégorie élastique". S'appuyant sur le fait que Le voyage à Lilliput soit attribué par Andrew Lang au "conte de fée coloré". Mais Tolkien définit ainsi le conte de fée (je pompe honteusement le topo de Nikita dans un autre fuseau que je fais de toute façon remonter aussi): Dans son essai sur les contes de fée, Tolkien tente de réhabiliter le conte de fée comme un genre littéraire à part entière voire supérieur à toutes formes d’Art, puisqu’il lui trouve des échos dans les Evangiles… 1) Le Recouvrement que l’on pourrait définir comme la redécouverte de « choses simples ou fondamentales, vierges de Fantaisie. » Le mieux est de citer Tolkien him-self et vous verrez où je veux en venir : « Car le Conteur qui se permet « des libertés envers » la Nature peut-être amoureux d’elle et non son esclave. Ce fut dans les contes de fées que je devinai pour la première fois le pouvoir des mots et la merveille des choses, telles que la pierre, le bois et le fer, l’arbre et l’herbe, la maison et le feu le pain et le vin. » (Edition Pocket, p.190) N’est-ce pas ce sentiment que nous partageons à la lecture des contes ? Celui d’un retour aux sources en quelque sorte ? 2) L’Evasion à ne pas confondre avec la désertion mais à conjuguer avec la Liberté… La Liberté de retrouver un monde où ne font pas irruption la modernité et son cortège de désagréments ! Et le maître de justifier le fait de ne trouver ni réverbère électrique, ni usine bruyante, ni gare verrière dans les contes de fées… car « Le château le plus abracadabrant qui sortit jamais du sac d’un géant dans un fantasque conte gaëlique n’est pas seulement beaucoup moins laid qu’une usine automatique, il est aussi (pour employer une expression tout à fait moderne) « dans un sens très authentique » beaucoup plus vrai. » (Edition Pocket, p.194-195) C’est une idée essentielle selon moi (nikita) pour bien comprendre la fascination qu’exercent sur nous ces récits : le sentiment de détenir là une vérité. Aussi extravagantes que soient les aventures, aussi loin qu’elles puissent nous mener, elles nous renvoient toujours à quelque chose d’essentiel. 3) La Consolation ou « la joie de la fin heureuse ». Je pointe les liens et les divergences: * La fin heureuse est capitale pour Tolkien (et le début heureux) On peut s'interroger sur le rapport de Tolkien à la morale et à un dessein didactique, suite notamment au dernier dossier de Cirdan. Je crois que Tolkien se contredit sur ce point. A voir. Et à voir aussi concernant un éventuel dessein politique mêlé à l'Art... Voilà. Vinyamar Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Cirdan - 17/11/2002 Merci pour cet intéressant fuseau, cher Vin'. Ah bon, il se contredit ?... :-) Je voudrais bien que tu développes, car il y a matière à un futur débat à ce propos... Pour ma part je le trouve vraiment cohérent - ou du moins, je ne sens aucune intention didactique chez Tolkien, sans quoi, j'aurais pris aussi peu de plaisir à le lire que j'en eu lors de mes séances imposées de tortures "Faerie Queenesque" (Spenser). Non, je n'ai jamais senti une once de cet esprit pédant chez Tolkien. Notons au passage (mais tu le sais déjà :-)) que Tolkien s'insurge contre l'allégorie qui est le principal outil des écrivains moralistes : "The Faerie Queene" est une oeuvre allégorique. Mais je ne dénigre pas en bloc ces oeuvres qui ne sont pas réductibles à leur utilisation de l'allégorie. Orwell, comme le dit TB, a plus que cela dans le bide. Sans quoi, il vieillirait plus mal. J'aime Dante et Nathaniel Hawthorne, ou "les Jardins de Bérénice" (Barrès) - mais pour moi Tolkien n'est pas de la même famille d'écrivains. Son but premier est de servir l'art de la narration et non de donner des leçons au lecteur*. Cirdan ps: Je ne veux pas dire pour autant qu' Hawthorne ou Orwell ne maîtrise pas cet art. Simplement il me semble que c'est chez eux, un moyen plutôt qu'une finalité. Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Vinyamar - 17/11/2002 Hum, j'aimerais pouvoir mieux développer, mais cela demande recherche. ou encore, lettre 189: il y a des leçons de morale mêmes données par Gandalf dans le SdA, sans parler de l'aspect didactique du Home X par exemple, qui en aprtant de la religion naturelle parvient à r découvrir la nature d'Eru. Ce n'est pas purement artistique, ou alors Tolkien s'abuse lui-même. (ou bien plutôt il faut revoir nos définitions) Je pense qu'on peut réconciler les deux perceptions par la phrase de Tolkien de son essai sur les contes de fée: "Mais c'est une des leçons données par les contes de fées (si l'on peut parler de leçon pour les choses qui ne font pas de cours) que (...)" Pour conclure, bien sûr que l'aspect didactique d'un livre n'est pas, pour un véritable auteur de littérature, le premier but recherché. Sans quoi son oeuvre s'apellerait un essai ou une leçon, un livre, mais pas un roman ni une légende. Mais je pense que l'art n'est jamais nu (ou alors quand ça arrive il se trompe), et que Tolkien a habillé le sien, comme tout auteur à dire vrai, de tout ce qui meut sa pensée, qu'il essaye donc de nous faire partager. C'est bien sa leçon sur les contes de fée, et leur retour à une litérature noble, que de comprendre qu'il y a en elles des leçons primordiales. Je ne sais plus comment le dire, alors je m'arrête là. Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Vinyamar - 17/11/2002 !$£~~@ Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - TB - 17/11/2002 Si j' en crois sa définition a contrario du conte de fée, ce Mr Woodhouse semble possesseur d' un humour délicieusement " british "...! :) Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - TB - 17/11/2002 Grrrr...! C' est énervant...Tu postais au moment où je rédigeais mon message ! D' où l' incohérence de ma réponse... Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Vinyamar - 17/11/2002 TB: 4h pour taper 6 lignes ??? :-))) Arf ! :) Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - TB - 17/11/2002 Re Vinyamar : Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Lambertine - 18/11/2002 "Animal Farm" n'est pas un conte de fées selon Tolkien ( ni selon moi, d'ailleurs ). Mais dans quelle mesure le Seigneur des Anneaux est-il un conte de Fées ? Je vais tenter de "récupérer (chez ma fille ) Faërie demain, mais j'aimerais déjà faire quelques remarques : - Eucatastrophe ( ou fin heureuse ). D'accord pour Arda, pour la plupart des personnages ( particulièrement Aragorn, Sam, Faramir et leurs épouses respectives ... )mais PAS pour le héros principal, Frodo ( c'est le moins que l'on puisse dire, même si je suis sur ce point plus optimiste que beaucoup ) Tolkien a-t-il voulu faire passer un message ? Pas de façon didactique, sinon nous ne serions pas en train d'en débattre de façon parfois passionnelle. Mais il a mis ses idées et sa Foi dans le livre.Parfois en filigrane, parfois de façon plus appuyée. Tout écrivain met d'ailleurs ses idées dans ses écrits. Je ne pense pas que "l'Art pour l'Art" existe en littérature. Si je devais écrire un roman, il serait certainement très différent de ce que pourraient écrire d'autres intervenants sur ce forum ... Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Stephane - 29/11/2002 Je profit de l'accord de Vinyamar qui a initialisé ce fuseau pour poser une question en rapport : Quelles sont les relations entre Tolkien et Orwell ? Salut à tous. Je me propose de poser cette question qui peut sembler incongru et sans fondement. Merci à tous ceux qui voudrons bien participer à cette discussion. Stéphane
Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - Vinyamar - 30/11/2002 Salut Stéphane, C'est amusant, mais j'ai reçu par courrier Faerie le jour où je te répondais que je ne l'avais pas lu. Dévoré depuis (je suis encore dans l'essai) je peux donc te répondre (en attendant les autres). Tout d'abord, j'ai profité de l'antériotité de ta question sur ma lecture, et ça m'a sûrement aidé, et je susi d'accord pour y voir quelque chose de semblable, mais je ne pense pas que le qualificatif d'oppressant soit adapté à Feuille, de Niggle Mais j'y trouve des ressemblance dans les détails suivants: Et puis il y a ce dialogue terrible entre Tompkins et Atkins, où Tompkins déclare qu'il aurait déjà "liquidé" Niggle parce qu'il est inutile, et ce qu'il faut faire des gens inutiles. On ressent vraiment la même horreur mécanique que dans 1984. En anglais, Orwell disait "vaporize" pour liquider. Je ne sais pas quel est le terme de Tolkien, mais même s'il est diférent, je pense qu'un lien peut être fait. Mais ensuite totu change, et c'est là que c'est intéressant. Si on maintient l'idée d'un lien entre les deux, c'est comme si Tolkien avait réutilisé le concept pessimiste d'Orwell mais dans un but optimiste. Donc Tolkien, si cela est le cas, reprendrait les technique de dépersonnalisation mise en oeuvre par Orwell, mais non pour détruire l'homme, mais pour le rendre meilleur. Comem si ce Ministry of Love après tout ferait un bon purgatoire si c'était pour mener l'homme à la vraie liberté et non à l'esclavage du Big Brother. Orwell et Tolkien: 2 conceptions du conte de fée ? - verowyn - 07/01/2003 Je suis d'accord avec ce que dit Vinyamar dans le sens où le but avoué du Parti dans 1984 est le pouvoir pour le pouvoir, dominer les autres individus, et que dans Feuille de Niggle, les personnages arrivent au bonheur grâce à la manipulation dont ils sont "victimes". |