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Tasarinan - varda - 19/09/2001 Petite question : au chapitre six « nombreuses séparations » du livre six, lorsque Sylvebarbe fait ses adieux à Celeborn et à Galadriel, il leur dit : « je ne pense pas que nous nous rencontrions de nouveau » mais la Dame répond : « Pas en Terre du Milieu, ni avant que les terres sous les flots ne soient remontées. Nous pourrons alors nous rencontrer au Printemps dans les saulaies de Tasarinan. Adieu ! » Ce n'est là qu'une des mysterieuses "prophéties" de la Dame, mais je voudrais bien savoir ce qu'elle signifie et qu'est-ce que Tasarinan. Galadriel parlerait elle de la fin du Monde ?
Varda Tasarinan - Hisweloke - 19/09/2001 Hmm, très bonne question... Est-ce que Tasarinan ("Vallée des Saules" en quenya) n'est pas la même chose que Nan-tathren (en sindarin)? Dans ce cas, c'est la forêt qui se situait au confluent du Narog et du Sirion, dans le Beleriand... englouti à la fin du Premier Age. Cela expliquerait alors le "ni avant que les terres sous les flots ne soient remontées" de Galadriel. Mais elle dit aussi "Pas en Terre du Milieu" alors que le Beleriand en faisait partie... Que doit-on comprendre qu'il ne s'agit pas de la TdM actuelle, mais qu'à la fin des temps lorsque Eru refaçonnera le monde, le Beleriand sera recréé? Je suis perplexe... Didier. Tasarinan - Caledfwlch - 19/09/2001 Robert Foster confirme la parenté "Tasarinan" / "Nan-tathren" ("Nan-tasarion" en quenya). Il y est vaguement fait allusion dans un poème que chante Sylvebarbe dans le chapitre "Sylvebarbe" des Deux Tours : « In the willow-meads of Tasarinan I walked in the Spring. Peut-être Galadriel veut-elle signifier que la Terre du Milieu ne portera plus ce nom-là au jour des retrouvailles ? Mmm... Pat Tasarinan - varda - 20/09/2001 Merci beaucoup pour ces informations.Ce qui voudrait peut etre dire que, si Tasarinan est synonyme de Nan Tathren, et que Galadriel en parle comme d'un endroit familier à Fangorn, celui-ci et les Ents pourraient etre originaires de cette region , leur Patrie du Premier age...Aurait-on des informations a ce sujet? Varda Tasarinan - Szpako - 22/09/2001 Comme le dit Didier, la TdM, c'est l'actuelle, celle qui appartient à 'Arda Marred', Arda corrompue par Melkor, avant même la création effective d'Eä, lors de l'Ainulindalë, par l'introduction des harmonies discordantes et plus que violentes de ce dernier. Selon une croyance elfique, la Fin d'Arda sera catastrophique et 'Arda Re-made', cad la guérison d'Eru de tous les maux d'Arda, sera le fait des hommes essentiellement. Beleriand sera donc bien recréé. Mais tout cela ne reste que 'croyances' face à l'inconnu du sort réservé aux Elfes à la fin des temps ;-) Cathy Tasarinan - sosryko - 30/10/2004 Fangorn a écrit :
Ah bon? rohhhh, le vieux bandit ;-)
Je vois que je n'ai plus rien à faire...ou presque ;-) En attendant, (1), (2), (3) Petits cailloux blancs supplémentaires dans la piste que tu viens de tracer et qui croise mes sentiers (tiens donc ;-)) (1) La preuve d'une Genèse printanière : Que fait Tuor dans ce texte parmi tes préférés que tu n'a pas relevé ?
...mais peut-être dans une maison, une maison dans laquelle l'Automne perdue des Ents danse avec le Printemps, une maison où « les étoiles brillent à travers la fenêtre », une maison dans laquelle la louange est suivie d'un mystérieux silence, « le silence des cieux » [129]{153}. Car, « C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux ! » (Gn 28, 17)
Mais tout commence, comme tu le dis, avec un enfant dans des saulaies habitées de papillons.
S. Tasarinan - Fangorn - 30/10/2004 Sosryko a écrit :
Tuor joue à l'Adam de service, mais son remplaçant Voronwë se contentera de nommer « les fleurs nouvelles ». J'ai donc préféré passer ce point sous silence et privilégier les derniers états du Légendaire pour ce genre de rapprochement... ;-) S. Tasarinan - Laegalad - 30/10/2004 Pointe le bout du nez, hume l'aqueuse senteur silencieuse, regard d'envie vers les sentes, crachotis d'imprimante... Comportement d'écureuil qui fait ses provisions, et replonge dans d'obscures recherches sur l'évolution législative du monde de l'édition au 19e siècle... Ce sera une friandise qu'elle grignottera comme un rayon de lune entre les feuilles de son chêne, d'argent fuselé enrosé :) Stéphanie - qui remercie bien les Grands de ce lieu pour si beaux propos. Hélas ! qu'elle n'ait le loisir d'approfondir plus avant, à défaut d'avoir les savoirs requis pour participer ! :) Tasarinan - Fangorn - 30/10/2004 Tasarinan est un lieu de repos, dans un grand nombre de ses évocations au sein du Légendaire. I. Cette Vallée des Saules occupe une place importante dans l’histoire de Tuor et de la chute de Gondolin. I.A.1.
Lorsque Tuor découvre Voronwë, celui-ci ne tarde pas à lui raconter son voyage. Il faisait partie des Eldar envoyés par Turgon pour demander de l’aide à Círdan. Or, Voronwë s’est « attardé en chemin » (Contes et légendes inachevés, I, 1 ; Pocket, vol. 1, p. 61). Cette musique de la saulaie, dont Fangorn ne parle pas (et qu’il réservera pour l’été d’Ossiriand), est accompagnée du « chant des oiseaux et [du] bourdonnement des abeilles et des mouches ». C’est donc un bruissement continu, un paysage musical aux tonalités constantes. I.A.2.
Si l’on tient compte cette fois-ci du mythe dans le mythe, c’est-à-dire des textes abandonnés que Tolkien a transformés en versions mythiques au sein de l’Histoire de la Terre du Milieu, on peut retrouver une scène analogue dans le Livre des Contes Perdus. Le printemps épanoui n'avait pas encore amené l'été lorsqu'il parvint en une région plus douce. Ici le chant de petits oiseaux se fit strident tout autour de lui dans une musique de beauté, car nul oiseau ne chante comme les oiseaux chanteurs du Pays des Saules ; et en cette région était-il maintenant venu. Ici la rivière ondulait en de larges courbes aux rives basses à travers une grande plaine dont l'herbe était de la plus grande douceur et très haute et verte ; des saules sans âge poussaient sur ses bordures, et son large sein était semé de feuilles de nénuphar, dont les fleurs n'étaient encore apparues dans le début de l'année, mais sous les saules, les vertes épées des iris étaient tirées, et les laîches se dressaient, et des roseaux en ordre de bataille. Maintenant demeurait en ces lieux sombres un esprit de murmures, et il chuchota aux oreilles de Tuor au crépuscule et il ne voulut point partir ; et au matin devant la splendeur des renoncules innombrables il lui répugna d'autant plus, et il s'attarda. Ici, il vit les premiers papillons et fut heureux de cette vision ; et on dit que tous les papillons et leur famille naquirent dans la vallée du Pays des Saules. Alors vint l'été et l'époque des phalènes et des soirées chaudes, et Tuor s'émerveilla de la multitude des mouches, de leur bourdonnement et du vrombissement des scarabées et du fredonnement des abeilles ; et à toutes ces choses il donna ses propres noms, et tissa leurs noms en de nouvelles chansons sur sa vieille harpe ; et ces chansons furent plus douces que ses chants anciens. « Tuor et les Exilés de Gondolin », in Le Livre des Contes Perdus, II, 3 ; Bourgois, éd. en un vol., p. 447
L’endroit n’a pas changé, d’une version à l’autre : même paysage, même bruissement, même invitation au repos (on pourrait aussi évoquer deux versions du poème « Errantry » où Eärendel s’est endormi au passage des Mares des Saules Pleureurs (Home VII, 91, 97)). Pourtant, Tasarinan, dans le LCP, est habitée par « un esprit de murmures ». C’est lui qui inspire à Tuor de s’abandonner au repos. Mais cet abandon est à double tranchant : court, il permettrait de repartir du bon pied ; prolongé, il détourne de ses devoirs. L’apaisement se transforme en insouciance, puis en indifférence, voire en oubli. On s’abandonne (à) soi-même.
Il faudra l’intervention d’Ulmo — directe dans le LCP où il se manifeste à Tuor, et indirecte dans les CLI (du moins Voronwë l’envisage-t-il) — pour s’arracher à la « magie » de Tasarinan, et reprendre la route, vers son devoir. Si les paroles des Noldor sont vraies, alors à l’occident se trouvent des prairies auprès desquelles le Pays des Saules est peu de chose. Et là-bas, il n’est rien qui se flétrisse et le printemps n’a point de fin. Et il se peut que moi-même, Voronwë, je puisse y parvenir CLI, I, 1 ; Pocket, vol. 1, p. 62 La beauté de Tasarinan reste le référent, à l’aune duquel l’espoir se mesure : le printemps sera sans fin. Les paroles d’espoir de la Noldo Galadriel porteront, elles, directement sur le rétablissement du Printemps de Tasarinan. I.B. Le conte de la chute de Gondolin n’en a pas terminé, pour autant, avec Nan-tathren. Les rescapés de Gondolin atteindront cette terre pour s’y reposer. I.B.1. Toutefois, le Silmarillion, tel qu’on le connaît dans son édition de 1977, présente une version qui ne parle pas du récit de Voronwë (et dans l’ouvrage entier, seules deux occurrences précèdent celle de l’arrivée des rescapés, dont une est purement descriptive (Silm, ch. 14 ; Pocket, p. 152)). On ne découvre donc Nan-tathren qu’après la fuite de Gondolin : Ils arrivèrent enfin à Nan-tathren, le Pays des Saules, protégés par le pouvoir d’Ulmo qui courait encore dans les eaux du grand fleuve. Ils se reposèrent quelque temps, soignèrent leurs blessures et leur fatigue mais non pas leur tristesse. Ils donnèrent une fête en souvenir de Gondolin et des Elfes qui avaient péri, des jeunes filles et des épouses et des guerriers du Roi, et beaucoup de chants s’élevèrent en l’honneur de Glorindel le Bien-Aimé sous les saules de Nan-tathren en cette fin d’année. Silmarillion, ch. 23 ; Pocket, p. 323 De nouveau, Tasarinan est l’occasion de se reposer et de chanter, mais rien n’est oublié, bien au contraire. Arriver à Nan-tathren, en hiver, ne produit pas le même enchantement sur les esprits. I.B.2. L’ancien texte du LCP était plus explicite : Pourtant ils vinrent enfin aux vastes étangs et aux bords du si tendre Pays des Saules ; et le souffle même des vents de cette région leur amena paix et repos, et grâce au réconfort de cet endroit la douleur de ceux qui étaient en deuil des morts de cette grande chute fut calmée. Là, femmes et jeunes filles devinrent belles à nouveau et leurs malades furent guéris, et de vieilles blessures cessèrent de les tourmenter : pourtant eux seuls qui avec raison craignaient que leurs familles vécussent encore en esclavage amer dans les Enfers de Fer ne chantèrent point, et non plus ne sourirent. (...) Mais ceux qui se levèrent des herbes du Pays des Saules des années plus tard et qui partirent vers la mer, lorsque le printemps sertit les prés de chélidoine et qu’ils eurent célébré de tristes fêtes en souvenir de Glorfindel (...). LCP, II, 3 ; Bourgois, p. 488-489
On ne peut pas mettre cette absence d’enchantement simplement sur le compte de la saison, car « ici ils demeurèrent très longtemps en vérité ». de plus, c’est avec la venue du printemps qu’un grand nombre reprennent la route. II. Tasarinan n’était pourtant pas un lieu protégé, isolé du monde (comme purent l’être Doriath ou Gondolin) : Les Orques et les loups parcouraient le Nord en toute liberté, et ils allaient sans cesse plus loin vers le sud du Beleriand, jusqu’à Nan-tathren, le Pays des Saules, et aux frontières d’Ossiriand. Les champs ni les forêts n’étaient plus sûrs pour personne. Silmarillion, ch. 20 ; Pocket, p. 258
Même si elle reste vague, cette mention fait suite à Nirnaeth Arnoediad, mais précède la décision de Turgon d’envoyer des messagers à Círdan. Voronwë, par conséquent, passera en Tasarinan après les Orques. III. Tasarinan n’est toutefois pas la seule vallée de saules connue dans le Légendaire.
Une errance, une rivière lente et sinueuse entourée de hautes herbes, des mares, des roseaux, une douce et chaude brise, des armées de mouches qui bourdonnent, de grandes branches grises, une somnolence croissante montant à la fois de la terre et tombant doucement de l’air, la fraîcheur des saules, un faible bruissement comme une chanson murmurée depuis les branches, des mots frais parlant d’eau et de sommeil qui conduisent à s’abandonner au sortilège... autant de pas qui nous conduisent au cœur de la vallée du Tournesaules.
C’est pourquoi je laisse Bombadil sortir nos Hobbits d’embarras, et je reviens (comme c’est surprenant) à mon vieil Ent...
Un point reste fondamental : le Chant de Fangorn raconte un cheminement. Il lui faut dépasser le Printemps. Il parcourt le cycle des saisons, en un sens non seulement temporel (voire climatique) mais aussi spatial, localisé. Il se promène dans les saussaies au Printemps, vagabonde dans les ormaies en Eté, vient dans les hêtraies en Automne, pour grimper vers les pins en Hiver. Ce Chant est une marche. Une petite remarque, au passage : l’Entesse reste chez elle, ce sont les saisons qui viennent à elle. L’Ent se balade, et demande à sa compagne de le suivre. Plus je songe à ce couple entique impossible, plus je me dis que ce cher Tolkien y a décidément beaucoup mis de sa conception des rapports entre homme et femme... ;-) A ma connaissance, le peuple entique est le seul où la différence entre les sexes correspond à une différence de lien aux Valar : les Ents suivent Oromë, les Entesses Yavanna (Letters, n°247, p. 335). Mais je m’éloigne du Chant de Fangorn...
Le parcours des saisons s’accompagne d’une jubilation croissante : le cœur, lui aussi, a ses saisons. Le Printemps est bon, l’Eté est mieux, l’Automne surpasse le désir (tout un programme... ;-)) et l’Hiver exulte en un chant de louanges. J’ai forcé les termes, mais je me demande jusqu’à quel point. Je n’ai pas de Bible en langue anglaise sous le coude, mais il faudra que j’aille voir quelle est la formule exacte de Genèse I, 31 : « cela était très bon ». On n’est pas loin d’une Genèse printanière (et en serait alors renforcé l’accent théologique du Printemps de Tasarinan rétablie). En outre, Eärendil, qui plaidera la cause des genres humain et elfique, passa une bonne partie de son enfance à Nan-tathren. En attendant, les saussaies de Tasarinan m’engourdissent, et je préfère marquer une pause avant la seconde partie du Chant, qui restera en Fangorn, après le bouleversement des saisons du Premier Âge, submergées par les flots. Il me faudra aussi revenir dans les ormaies d’Ossiriand, les hêtraies de Neldoreth et les pineraies (non, non, c’est pas un gros mot ;-) de Dorthonion, mais le voyage est censé durer toute l’année entique... ;-) Sébastien, rappelé en Tasarinan, par un esprit de murmures bombadilophile ;-) Tasarinan - Fangorn - 31/10/2004 Pour aborder la seconde partie du Chant de Fangorn, je m’appuie sur ce qui a déjà été dit dans le fuseau sur Les saulaies de Tasarinan. Fangorn est une forêt crépusculaire, obscurcie. Mais, contrairement à ce que l’on envisageait sur ce précédent fuseau, je ne souhaite pas insister sur la symétrie entre les deux parties du Chant.
La première partie présente quatre fois la même structure, au rythme des saisons. En revanche, la seconde partie est une accumulation, qui abandonne cet ordre. Chaque année engloutit encore davantage le temps qui s’épaissit. C’est une forêt « où les années font une couche plus épaisse que les feuilles ». Ce vers matérialise la vieillesse entique. Il y a, chez Gaston Bachelard, une phrase splendide (entre autres) qui semble en être le commentaire direct : A chaque heure de sa vie la forêt doit aider la nuit à noircir le monde. Chaque jour l’arbre produit et abandonne une ombre comme chaque année il produit et abandonne un feuillage. Gaston Bachelard, L'eau et les rêves. Essai sur l'imagination de la matière, Librairie José Corti, 1942, Livre de Poche, « biblio essais », 2001, ch. II, § 4, p. 67 L’obscurité est le dépôt du temps. Pire, la forêt semble être prise dans un cercle sans fin. Ses racines se nourrissent des feuilles qui pourrissent, l’obscurité se perpétue. Tauremornalómë reprend les ombres de Tauremorna et d’Aldalómë. Le cycle des saisons est remplacé par le cercle de l’obscurité. Toutefois, cette obscurité n’est pas maléfique. Sylvebarbe précise que la jeunesse de la Forêt était plus dangereuse (mais on peut supposer qu’il ne la parcourait pas encore) : Les gens ont eu des malheurs par ici. Oui, des malheurs. (...) Taurelilómëa-tumbalemorna Tumbaletaurëa Lómëanor [Forêttrès ombreuse-profondevalléenoire-Terresombreprofondevalléeforestière], voilà ce qu’on disait autrefois. Les choses ont changé, mais c’est encore vrai en certains endroits. ibid., p. 506 Il faut distinguer les ténèbres et l’obscurité. La Forêt de Fangorn est obscure (c’est-à-dire qu’elle manque de clarté), mais seules certaines de ses combes sont noires et ténébreuses. Merry nous donne l’occasion de confronter ces deux aspects, lorsqu’il compare la Forêt Noire évoquée par Bilbo et la Forêt de Fangorn : [Mirkwood] était toute sombre [dark] et noire [black], et elle abritait de sombres et noires choses. Celle-ci est simplement obscure [dim] et terriblement remplie par les arbres. SdA, III, 4 ; éd. du Centenaire, p. 500 ; HCP, 482-483
L’adjectif [dim] désigne, de façon générale, ce qui est diminué, faible, pâle, atténué, trouble, vague, estompé, confus. Qualifiant la forêt, il désigne son ambiance obscurcie — ombrée parce que fouillie. La lumière y est étouffée. La seconde partie de la remarque de Merry pourrait faire sourire : une forêt « terriblement remplie d’arbres » [frightfully tree-ish] semble être une redondance (un peu comme si on parlait d’une mer terriblement remplie d’eau salée...). Or, si la forêt est faite d’arbres, il y en a de plus ou moins clairsemées. La forêt de Fangorn semble proche de la saturation quand on y pénètre pour la première fois. Les années y sont pesantes. La Lórien est hors du temps, tandis que Fangorn croule sous un trop-plein de temps.
Fangorn a donc maintenant l’épaisseur de la vieillesse : les années, comme autant de strates, recouvrent son existence.
C’est pourtant une autre submersion qui marquera le réveil de Fangorn (même s’il ne s’agira pas du rétablissement du Printemps). Nous sommes devenus amis en si peu de temps que je dois devenir un peu irréfléchi — je rétrograde vers la jeunesse, peut-être. Mais il faut dire qu’ils sont la première nouveauté que j’aie vue sous le Soleil ou la Lune depuis bien, bien des jours. SdA, III, 10 ; éd. du Centenaire, p. 631
Peut-être que Fangorn n’aura plus l’occasion de reprendre la seconde partie du Chant, ou que, à l’instar de sa chère Longue Liste, il y apportera des corrections. D’ailleurs, la révision de la Longue Liste, au sujet des Hobbits, marque un changement, voire une révolution : « Ils demeureront amis tant que les feuilles se renouvelleront » (ibid.). Les feuilles ne désignent plus le poids des ans qui tombent et s’amassent, mais le renouveau printanier. Il y aura encore beaucoup à dire sur l’épaisseur entique, mais, déjà, « C’est quelque chose d’être partis »... ;-) Sébastien, « en une longue cadence montante et descendante » Tasarinan - Vallis - 01/11/2004 Fangorn a écrit :
A Tasarinan et à celle du Tournesaules j'en rajouterai deux qui ne sont (à ma connaissance) que rapidement évoqué dans le légendaire. La première c'est Gollum qui nous en parle : Oh oui, on racontait des tas d’histoires le soir, assis près des rives du Grand Fleuve, dans les saulaies, quand le fleuve était jeune aussi. sda, t2, l4, chap3 Celle ci est assez anecdotique et n'est peut être qu'un simple élément de décor mais est-ce vraiment un hasard si c'est sous des saules que l'on raconte les histoires, des histoires qui peut être amènent une certaine torpeur voir même le sommeil. La deuxième saulaie ce trouve, logiquement j'aurais tendance à dire, dans les jardins de Lórien : Les suivantes d’Estë embaumèrent son corps, qui resta intact, mais elle ne revint pas. Finwë vécut alors dans la tristesse, il allait souvent dans les jardins de Lórien et s’asseyait près du corps de son épouse sous les saules aux feuilles d’argent. Silm, chap 6 Là encore est-ce un hasard si ce sont des Saules que l'on trouve dans les domaines d'Irmo. Lorsqu'on voit l'état dans lequel se retrouve ceux qui pénètrent dans Tasarinan on peut ce demander si le pouvoir d'Ulmo est le seul à l'oeuvre et s'il n'y a pas une petite touche appartenant à Lórien et qui ce manifeste par la présence / sous la forme des saules, dans cet esprit de murmure dont parle Fangorn dans son post. Lionel Tasarinan - Fangorn - 01/11/2004 C’est vrai, Vallis, qu’on pourrait chercher d’autres vallées de saules, afin de voir si ces caractéristiques se confirment. I. D’autres saulaies en Arda 1) a) Dans le SdA, au confluent du Snowbourn et de l’Entwash, sur les terres du Rohan, s’étend une saulaie : La terre était verdoyante dans les prairies humides et, le long des rives herbeuses de la rivière, croissaient de nombreux saules. Dans cette terre méridionale, ils rougissaient déjà au bout de leurs doigts, sentant l’approche du printemps. SdA, III, 6 ; éd. du Centenaire, p. 548 Ce récit mentionnera encore deux autres fois cette saulaie : b) Grispoil qui ne se laisse pas attraper court « là-bas, près du gué, comme une ombre parmi les saules » (ibid., p. 566). c) Le premier campement de l’armée de Théoden en route vers le Gondor se dresse dans cette saulaie (SdA, V, 3, p. 861). 2) Bien plus au nord, la Grande Route franchit une rivière sur un pont de pierre. Dans Bilbo le Hobbit, il est dit qu’ il commençait à faire sombre, tandis qu’ils descendaient dans une vallée profonde, au fond de laquelle coulait une rivière. Le vent se leva, et les saules, le long des rives, se courbaient en gémissant. Heureusement, la route passait sur un vieux pont de pierre, car la rivière, enflée par les pluies, descendait impétueusement des collines et des montagnes du Nord. Bilbo le Hobbit, ch. 2 ; Livre de Poche, p. 45 Or, on ne sait pas exactement où se situe cette vallée de saules. Il y a un problème de cohérence entre les textes du Hobbit et du SdA, I, 12 (et les corrections des éditions respectives ne l’ont pas résolu), comme l’a souligné Karen Fonstad dans son Atlas (p. 97-98, 100-101, 162-163). Christopher Tolkien, en Home 199-204, s’en fera l’écho. a) Si le vieux pont de pierre est le Dernier Pont qui enjambe la rivière Fontgrise (Mitheithel), il semble difficile d’envisager qu’Aragorn et les quatre Hobbits — même s’ils se sont perdus — n’arrivent que plusieurs jours après au camp des trois Trolls pétrifiés (alors que Bilbo et les Nains y étaient le soir-même du franchissement du pont). b) Si le vieux pont de pierre n’est pas le Dernier Pont et qu’il enjambe un autre cours d’eau (reste à savoir lequel) encore plus à l’est, pourquoi le Dernier Pont se nommerait-il ainsi ?
C’est d’autant plus étrange que le texte de la première version du Hobbit annonçait explicitement que la rivière bordée de saules n’était pas connue. De plus, les voyageurs la franchissaient grâce à un gué (Home VI, 203).
3) Remontons le cours du temps, et faisons resurgir le Beleriand... Nan-tathren n’est pas la première région plantée de saules que traverse le Sirion. Plus en amont, à sa sortie de Doriath, le Sirion passe par une terre marécageuse, l’Aelin-iual, où abondent roseaux et saules nains [low willows] (CLI, I, 2, Pocket, vol. 1, p. 177). Je ne sais pas si l’on peut parler d’une véritable saulaie, mais il s’y déroule une scène qui fait écho aux saulaies précédemment citées. Les rives de saules semblent se prêter au jeu des dissimulations. Ainsi, les saulaies du Snowbourn abritent le premier campement d’une autre jeune fille partant incognito vers le danger : Dernhelm-Eowyn. C’est également au cours du trajet passant par la vallée de saules que Gandalf fausse compagnie aux Nains et à Bilbo. Les saules voilent les reflets, ils estompent les apparences à la faveur de l’obscurité. Autrement dit, le saule diurne invite à une contemplation rêveuse, tandis que le saule nocturne gomme les silhouettes. Reste un trait commun, le saule engourdit le regard éveillé.
Le rapprochement que fait Vallis entre la saulaie de Lórien et les pouvoirs d’Irmo et d’Estë permet de renforcer ce point. Irmo est le « maître des visions et des rêves » (Silm., Valaquenta, Pocket, p. 29), tandis que sa femme Estë « soigne les maux et les fatigues. (...) elle apporte le repos, elle n’apparaît pas dans la journée, mais dort sur une île au milieu du lac de Lorellin, à l’ombre des arbres » (ibid., p. 30). II. Les saulaies des poèmes. Je rassemble ici plusieurs occurrences, qui ne correspondent pas nécessairement à des saulaies d’Arda (du moins dans ses dernières versions). 4) Le long poème « Kortirion parmi les Arbres » (dont les premières versions datent de 1915, et qui sera retravaillé plusieurs fois sur près d’un demi-siècle) chante les saisons perdues de la cité de Kortirion (LCP I, 1, p. 46-58). a) Le saule n’apparaît pas en 1915 b) En revanche, dans la version de 1937 (strophe I, v. 24, p. 51), il remplace les érables et leurs pompoms (strophe I, v. 24, p. 47). Il est couplé avec le hêtre : « Le hêtre sur la colline, le saule dans les marais » Si l’on compare avec Tasarinan, on a un point commun géographique, étant donné que le saule habite les eaux dormantes. c) « Kortirion » sera de nouveau corrigé, et la dernière version modifie ce vers 24 : « Le saule à la source, le hêtre sur la colline » p. 55
On pourrait croire que Tolkien place les arbres dans l’ordre des saisons du Chant de Fangorn, mais la correction du v. 23 invalide cette hypothèse, car saule, hêtre, orme et autres arbres sont évoqués dans leur été. Cette dernière version ne parle plus du printemps, mais des trois autres saisons, ainsi que de leur fin (cette fois-ci, on pourrait faire le lien avec le Chant de Fangorn). Au passage, puisque c’est le jour, toutes les versions de Kortirion chantent « la lumineuse Toussaint » (p. 48, 52, 56)...
5) Le LCP est encadré par deux poèmes chantant la perte des saisons d’une ville, puisque le dernier chapitre du Livre II retranscrit une version de « La Ville des Rêves et la Cité du Chagrin Présent » (1916 ; LCP, II, 6, p. 599-602). Il existe une cité qui repose à grande distance p. 601 Leurs « feuilles grises affaissées sur des étangs d’argent / Tricotaient un couvre-lit (...) ». Ce poème de 1916 insiste, cette fois-ci, sur le sommeil. 6) Les saules sont bien sûr présents dans les deux premiers poèmes des Aventures de Tom Bombadil. Là encore, Sosryko le bombadilophile les a chantés... 7) Mais d’autres poèmes du même recueil reprennent l’image de la « saulitude ». Dans « The Mewlips » (in Faërie et autres textes, Bourgois, p. 398-401), les saules hantent un paysage lugubre : « Le long de la rive abîmée p. 399 Le sanglot des saules habite le cauchemar d’étouffement. 8) Le poème de « La cloche marine » (Bourgois, p. 416-425) redit les pleurs du saule, mais le cadre n’est plus le même. Il s’agit du « beau pays de la nuit éternelle » : « Les aulnes dormaient, et les saules pleuraient p. 419 La « saulitude » (hum...) du récitant parcourt le poème : il entend des chansons, des bruits de pas, il appelle, mais personne ne lui répond. L’ « esprit de murmures » ne veut pas se dévoiler... 9) « Le dernier vaisseau » (Bourgois, p. 424-433) ferme le recueil. Fíriel est une jeune fille qui sort de chez elle, attirée par la lueur de l’aube pâle : « Sa robe était ourlée de joyaux, p. 427 Cette fois-ci, on ne reste pas seul près du saule, car s’avance en musique un navire elfique, qui offre une place à la jeune fille. Mais son pied s’enfonce dans l’argile, rappel de son appartenance terrestre. Aussi : « Année après année, à jamais coulent p. 433 Ce poème parle explicitement de la Terre du Milieu et du départ des Elfes. Ce qui m’a surpris, dans ce texte, c’est l’évocation des Sept Rivières, l’Ossiriand du Chant de Fangorn. Je ne sais pas si l’écho est délibéré. 10) Les Elfes de Rivendell, dans le ch. 19 de Bilbo le Hobbit, chantent une « berceuse [qui] réveillerait un gobelin ivre » : « Chantons à présent doucement, tissons-lui des rêves ! p. 366 Le saule est appelé à bercer le repos du voyageur, en enveloppant d’un sommeil réparateur. A cette liste, qui n’est pas exhaustive (comme souvent... ;-)), j’ajouterai la rêverie d’eau qui s’empare de Sam sur la route de la Montagne du Destin, alors qu’il s’abstient de boire au profit de Frodo. (...) et alors, comme la nuit de Mordor se refermait encore une fois sur eux, le souvenir de l’eau revint dans toutes ses pensées ; et chaque ruisseau, chaque rivière, chaque source qu’il avait jamais vus, sous les ombrages verts des saules ou scintillant au soleil, dansait et gazouillait pour son tourment derrière la cécité de ses yeux. SdA, VI, 3, p. 1001 Au delà de cette évocation poignante de l’eau, on a affaire, lorsque l'on parle du saule, à une eau ombragée, une eau « saulaire », si je puis dire. C’est une ombre verte (ou, comme dans d'autres textes, argentée, rouge, etc.), bref une eau qui teinte et voile la lumière. Elle s’oppose aux ténèbres du Mordor, terrifiantes et desséchantes. Image du saule Il me semble que le trait qui relie la plupart des saules du Légendaire est que le saule a rapport à une eau ombrée, c’est-à-dire une eau qui entoure, qui enveloppe, voire qui brouille. A Tasarinan comme au Tournesaules, le saule, proche de l’eau dormante, finit par en devenir une à son tour. L’image se déplace : celui qui s’adosse à un saule est englouti dans son ombrage vert ou argenté. Autrement dit, le déplacement de l’image est une inversion : le feuillage devient le reflet de l’eau dormante à ses pieds : il noie la personne qui s’y arrête. Cet enveloppement s’avère enchanteur et régénérant à Tasarinan ; il est perverti et dangereux chez le Vieil-Homme-Saule, qui va jusqu’à engloutir littéralement ses victimes (tout son être y participe : feuillage, branches, racines et tronc).
Se baigner dans le feuillage d’une saulaie est à double tranchant : on peut s’y laver ou s’y noyer. Sébastien, dans l’eau dormante Tasarinan - sosryko - 02/11/2004 Rahhh, ça va trop vite ;-))
Je découvre avec plaisir que plusieurs nouvelles occurrences associent le saule non seulement avec la contemplation/nostalgie mais avec le printemps. les saules de tasarinan et les saules du Tournesaules,
L'Homme-saule plonge ses racines dans les eaux, jusqu'au limon, pour y boire et prendre et en faire son être. Tom (le vieux) est au (vieux) saule ce que Baie d'Or ("comme une jeune reine-elfe") est au lis blanc/nénuphar, « la fleur fraîche, la fleur jeune, la fleur rajeunie par la nuit » (toujours ce cher Bachelard :-)).
Dit autrement, Baie d'Or est à Tom ce que le lis est au saule. Dès que je vois des lys, je ressens de la peine, Angelus Silesius, Le Voyageur Chérubinique, IV, 98 but certainly there was an Eden on this very unhappy earth. We all long for it, and we are constantly glimpsing it: our whole nature at its best and least corrupted, its gentlest and most humane, is still soaked with the sense of 'exile'. L96
Sosryko Tasarinan - Vallis - 13/11/2004 Fangorn a écrit :
D'ailleurs ils animent et aiment tellement le saule que plusieurs espèces ont des propriétés fébrifuge et sédatif (le saule contient également de la salicine qui est le principal constituant de l'aspirine).
En lisant les différents passages qui viennent d'être donnés je réalise qu'a chaque fois que Tolkien mentionne un Saule j'ai toujours associé à cet arbre le Saule pleureur alors qu'il ne précise pas l'espèce. Salix babylonica (Saule pleureur, Weeping willow) me semble assez improbable comme espèce pour les saulaies de la Terre du Milieu. Il ne doit pas y avoir beaucoup de peuplement naturel de S.babylonica en Europe (où il est arrivé au XVII – XVIII siècle) car il a surtout été planté dans des parcs et des jardins, prés de plan d'eau et même à coté de tombes.. Or Tolkien nous parle toujours des saules en milieu naturel, le long de cour d'eau, dans des marais, ... Il est probable que les différents saules mentionné appartiennent aux espèces européenne les plus courante que sont Salix alba (Saule blanc, White willow), Salix caprea (Saule Marsault, Goat willow), Salix fragilis (Saule cassant, Brittle willow), Salix pentendra (Saule laurier, Sweet willow), ces espèces sont en plus communes en Angleterre. They gave themselves up to the spell and fell fast asleep at the foot of the great grey willow. Ils s'abandonnèrent au sortilège et tombèrent dans un profond sommeil au pied du grand saule gris. SdA, La Vielle Forêt Sleep till the morning-light, rest on the pillow! Heed no nightly noise! Fear no grey willow! Dormez jusqu'à la lumière du matin, reposez vous sur l'oreiller! Ne prêtez attention à aucun bruit nocturne. Ne craignez pas la saule gris ! SdA, Chez Tom Bombaldil Lionel Un peu de tissage pour que tous ces saules ne restent pas que des noms : Tasarinan - Fangorn - 13/11/2004 Vallis a écrit :
Information bien utile ! Je comprends d’ailleurs mieux maintenant pourquoi j’aime les saules :-) Vallis a écrit :
J’ai aussi cette tendance. Cela dit, parmi les occurrences relevées dans les messages précédents, on trouve parfois une indication.
En fait, les saules pleureurs explicitement mentionnés poussent dans les poèmes ;-) Grâce à ta mise au point et à ton tissage, je me suis fait une meilleure idée. Le salix alba me plaît beaucoup :-)
Au passage, cherchant à en savoir davantage, je suis allé farfouiller sur le Net, et j’ai découvert un scoop, LA raison pour laquelle Peter Jackson n’a pas fait figurer Tom Bombadil dans son film !!! Plus sérieusement, encore un peu de tissage :
Sébastien Tasarinan - Silmo - 15/11/2004 et n'oublions pas l'étrange variété des Saules Tortueux (Salix matsuoda tortuosa)... Et puis, sans aller jusqu'à la lontaine Angleterre, voici une belle collection de Saules dispersés dans la ville de Massy et qu'un aimable tisserand a mis à notre disposition (le saule blanc du Parc G. Brassens est magnifique) Tasarinan - Fangorn - 15/11/2004 Bien tramé, Silmo ! :-) Merci pour cette saulaie virtuelle ! Tasarinan - Fangorn - 21/11/2004 Je poursuis mon labeur de tisserand, en indiquant la création d’un fuseau à propos notamment des arbres inspirés à Tolkien par les illustrations d’Arthur Rackham. Tasarinan - Laegalad - 25/06/2008 Hop, je propose une petite promenade en saulaie pour les 10 ans ;) Tasarinan - Fangorn - 25/06/2008 Cela me rappelle que j'ai des choses à lire à ce propos...;-) |