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[Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Cédric - 11/03/2014 Bonjour à vous,
Ce mois de mars est décidément riche en parution.
[Parution] Tolkien et la Grande Guerre - ISENGAR - 25/03/2014 Vous le savez sans aucun doute pour la plupart d'entre-vous, mais en ce moment, France 2 diffuse la série Apocalypse, consacrée à la Première guerre mondiale. Le premier épisode d'aujourd'hui (intitulé "Enfer") était notamment consacré à la bataille de La Somme. L’ampleur du désastre ne pourra jamais être complètement rendu par un montage d'images en format TV, mais il peut donner une idée de ce que Tolkien et ses compagnons d'infortune ont pu vivre durant ces longs mois d'horreur et d'absurdité (juillet-novembre 1916), pour finalement conquérir sur les Allemands quelques dizaines de kilomètres de terrains lunaires et boueux... Impossible de rester de marbre devant tout ça :/ I. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Pellucidar - 26/03/2014 La série complète (5 épisodes + un making of) vient d'être diffusée à la télé belge et je confirme la haute qualité de l'ensemble, Isabelle Clarke et Daniel Costelle ont vraiment accompli un impressionnant travail de recherche et de restauration. Je ne peux que vivement recommander son visionnage, en prélude à la lecture du livre de Garth, dont soit dit en passant j'attends toujours la diffusion de quelques exemplaires dans "ma" Fnac, ça devient vraiment une mauvaise habitude du distributeur (?) de C. Bourgois... [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - jean - 26/03/2014 Mon grand père a combattu durant la « Grande Guerre ». Il a même fait ce qu’on appelait « une belle guerre » avec une légion d’honneur, une croix de guerre et une citation à l’ordre des armées avant d’être tué dans les marais de Saigon. J’ai donc un peu été élevé dans le culte du « héros » familial. J’ai donc énormément lu sur la première guerre mondiale et je croyais très bien la connaître. J’ai été extrêmement impressionné par la qualité des quatre premiers épisodes de cette émission. Je ne peux qu’en recommander le visionnage à qui voudrait mieux comprendre cette guerre, ses causes ses enjeux stratégiques et la vie des soldats qui la faisaient [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Hyarion - 27/03/2014 ISENGAR a écrit :
Je suis tombé sur l'épisode de cette série diffusé hier soir sur France 2. Mon avis sur ce type de film documentaire reste nuancé, malgré les années qui passent et le consensus plus ou moins émotionnel censé s'imposer pour les quatre prochaines années de "commémorationnite" aiguë (avec un avantage certain, cependant : avec la Première Guerre Mondiale, même si l'on reste coincé dans le XXe siècle, on change enfin un peu de disque par rapport aux sempiternelles invocations de la Deuxième Guerre à la source de nombre d'overdoses médiatiques). Un problème de forme, d'abord : celui de la colorisation des archives filmées. Je n'ai pas de gros problème esthétique avec cela, mais l'intérêt de cette pratique me parait cependant limitée lorsque l'on entend travailler sur un documentaire historique. Le propos des auteurs de la série Apocalypse se voulant davantage celui de cinéastes que celui de documentaristes, ce choix du recours à la colorisation, en sus du bruitage, peut se comprendre, mais je ne pense pas, pour autant, que l'apport de la couleur apporte particulièrement plus de "vie" aux images d'époque tournées en noir et blanc. Cette colorisation me fait plutôt l'effet d'un maquillage, d'un filtre supplémentaire à la perception de ce qui reste de ce passé filmé, et cela n'apporte pas grand-chose in fine par rapport à l'ensemble de l'important travail de documentation, de restauration et de montage (à partir d'environ 500 heures d'archives, parait-il), sinon peut-être un plus grand "confort" visuel à un public post-moderne par ailleurs quotidiennement gavé d'images gorgées de couleurs par écrans interposés. Si l'on ajoute à cela le fait que nombre de films d'actualité de l'époque relèvent du registre de la propagande et de la reconstitution effectuée a posteriori, on a davantage la sensation d'avoir affaire à un divertissement se voulant édifiant qu'à ce que l'on présente un peu trop facilement comme une "leçon d'histoire". Évidemment, il n'y a pas de quoi en faire un drame, mais disons qu'en ce qui me concerne, il est difficile de ne pas avoir un regard distancié par rapport à ce type de documentaire, certes tout-à-fait regardable mais dont certains choix en matière de forme au service d'une sorte de "vivant authentique" me paraissent finalement jouer un rôle inverse à celui initialement voulu. Un problème de fond, surtout, ensuite : celui du sensationnalisme et du simplisme vis-à-vis du traitement et de la présentation du sujet. Le propos général des films de la série Apocalypse se limite trop souvent à un registre clairement émotionnel. Sans doute est-ce en soi efficace, mais mes longues études d'histoire font peut-être que j'ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi tant de gens aujourd'hui paraissent découvrir l'horreur de la Grande Guerre, au point que l'on se sente obligé de jouer une note sensationnaliste pour susciter de leur part de l'émotion. Comme si l'émotion était la voie royale vers la réflexion et l'essai de compréhension du passé... À ce titre comme à d'autres, je me permets de renvoyer aux observations de Philippe-Jean Catinchi à propos de la série, observations publiées récemment sur le site du journal Le Monde et qui me paraissent pertinentes, notamment quant aux réserves qu'il émet, particulièrement vis-à-vis du choix de jouer "l’émotion et le sensible au détriment de l’analyse" et de ne guère tenir compte des nuances exprimées dans l'historiographie contemporaine dédiée à la guerre de 1914-1918 : http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/03/18/un-regard-colorise-de-l-enfer_4383300_3246.html J'ai trouvé également pertinent, par ailleurs, le regard nuancé que porte l'historien Jacques Frémeaux sur cette série dans un entretien publié sur le site de Télérama : http://television.telerama.fr/television/apocalypse-ne-prend-pas-assez-de-distance-par-rapport-aux-images-de-propagande,109655.php ISENGAR a écrit :
En effet, mais de mon point de vue, c'est devant la Grande Guerre dans son ensemble qu'il me parait devoir être impossible de rester de marbre, bien au-delà de l'expérience de Tolkien sur le front français en 1916 et bien au-delà de la bataille de la Somme, même si celle-ci est caractéristique de la nature de ce conflit.
À cet égard, s'agissant d'un sujet comme Tolkien et la Grande Guerre, le vécu de l'écrivain et l'histoire des soldats britanniques engagés sur le front de la Somme me paraissent devoir être pris pour ce qu'ils sont : des vécus parmi bien d'autres vécus vis-à-vis d'un évènement historique qui, à l'évidence, nous dépasse tous, aujourd'hui comme hier. Ce que je veux dire, c'est que l'attachement à l'œuvre de Tolkien ne devrait pas spécifiquement conditionner le regard émotionnel que l'on peut avoir sur la Première Guerre Mondiale, ce que j'ai parfois, je l'avoue, un peu l'impression de percevoir en parcourant la Toile tolkienienne francophone ici ou là. De 1914 à 1918 (voire à 1919), cette guerre a fait des millions de morts, de blessés, de personnes traumatisés à des degrés divers, et nombre de soldats ne sont pas restés au front seulement durant l'année 1916 mais pendant plus de quatre longues années, dans un état d'esprit que nous ne pouvons qu'avoir du mal à imaginer, même avec toutes les témoignages dont nous disposons. Personnellement, c'est surtout à cela que je pense, à la globalité de cette boucherie et de ce gâchis humain et culturel, plutôt qu'à tel ou tel destin individuel (ou telle ou telle commémoration nationale limitée à tel pays) qui ne devrait pas avoir à être distingué des autres sur un plan émotionnel. C'est là, à mon avis, toute la symbolique pouvant peut-être encore être attaché aujourd'hui, au-delà des questions de patriotisme, d'honneur militaire, de convictions et de croyances diverses, à la tradition de la tombe du Soldat inconnu : qu'il s'agisse de celui de la France reposant sous l'Arc de Triomphe de l'Étoile à Paris, de celui de la Belgique reposant au pied de la Colonne du Congrès et de la Constitution à Bruxelles ou de celui du Royaume-Uni reposant dans l'abbaye de Westminster de Londres, pour ne citer qu'eux, ce sont ces soldats inconnus, précisément parce qu'ils n'ont pas été identifiés, qui représentent tous les morts de cette guerre, et au-delà, peuvent représenter toutes les victimes et toute l'horreur de ce conflit, pour autant que nous puissions encore nous en faire une idée claire en ces temps de superficialité généralisée (et hautement colorisée malgré son caractère de fond souvent bien gris). Au-delà des attachements particuliers toujours subjectifs (et j'ai les miens, familiaux notamment, comme beaucoup d'autres), ce sont toutes les victimes de cette guerre qui méritent souvenir et compassion. Le reste, au-delà de l'émotion, est l'affaire des historiens et de leurs lecteurs, mais surtout une affaire d'esprit critique... sachant que les "leçons d'histoire", si tant est que l'expression ait un sens, ne peuvent guère se faire avec seulement de l'émotion et des grilles de lecture simplistes. Du moins est-ce mon avis. Ceci dit, pour en revenir précisément à la série Apocalypse, on peut rappeler que ses auteurs, Daniel Costelle et Isabelle Clarke, ne sont pas des perdreaux de l'année en matière de documentaires : par exemple, un de leurs films relativement récents, Lindbergh, l'aigle solitaire, qui date déjà de 2007, est régulièrement rediffusé à la télé, comme j'ai encore pu le constater récemment. Que l'on connaisse bien le sujet ou pas du tout, on peut toujours avoir l'impression que celui-ci est survolé (c'est le cas de le dire, à la limite, s'agissant de Lindbergh) et que, là encore, c'est l'émotionnel et le story telling qui priment plus ou moins. Mais la biographie d'un personnage si médiatisé de son vivant se prête peut-être davantage à l'exercice qu'un vaste conflit mondial... Et puis c'est toujours l'occasion d'apprendre et/ou de se souvenir d'un certain nombre de choses tout en regardant confortablement la télé, ce qui est toujours ça de pris, d'autant plus que le commentaire de Costelle n'est pas dépourvu, par moments, d'une certaine ironie derrière le ton monocorde et que le portrait général de l'aviateur est loin d'être hagiographique. Suivre la série Apocalypse, à cette aune, n'est sans doute pas la "leçon d'histoire" avec des images "jamais vus" et des choses "jamais dites" à laquelle certains ont cru devoir s'attendre, mais pour ceux qui n'ont pas, en tout cas, envie de s'ennuyer devant le petit écran un mardi soir, ça ne peut certainement pas leur faire de mal, comme je peux moi-même en témoigner (et puis, encore une fois, ça change un peu des documentaires sur le IIIe Reich et la Deuxième Guerre Mondiale...). Quant au livre de Garth... je dois justement prendre possession d'un exemplaire de celui-ci ce week-end... Amicalement, Hyarion. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - jean - 27/03/2014 Hyarion, je te trouve bien sévère. Ce documentaire n’est évidemment pas « la » référence finale sur la première guerre mondiale. Mais moi qui me sens encore un peu proche de ce conflit par mon passé familial, je suis toujours stupéfait de voir l’ignorance quasi-totale du grand public et surtout de la génération de mes enfants le concernant. Je trouve donc qu’un documentaire de vulgarisation très pédagogique expliquant de manière claire le jeu des alliances, les forces en présence, la stratégie puis la vie des participants est une bonne chose. Contrairement à toi je n’ai pas trouvé que les films cherchaient systématiquement à jouer sur le registre des émotions. Je l’ai au contraire trouvé relativement neutre et échappant au discours pacifiste simpliste façon « les sentiers de la gloire pour de vrai ». Ensuite si pour intéresser les jeunes générations qui ne sont plus habituées au noir et blanc il faut coloriser et sonoriser, et bien c’est pour moi un moindre mal. Bien sur cette émission n’est pas suffisante pour tout connaitre de la grande guerre mais si elle peut donner à certains téléspectateurs l’envie d’aller plus loin et de lire Barbusse, Dorgeles, Genevoix, ou Remarque, alors tant mieux. Sinon, je partage ton sentiment qu’il ne faut pas, comme le font parfois les fans Tolkien, exagérer les souffrances de celui-ci. Il a vécu l’enfer, c’est certain, mais comme des millions d’autres et durant quelque mois seulement et finalement s’en est plutôt bien sorti [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Druss - 27/03/2014 Hyarion a écrit :
En écho à ce que dis jean, j'entendais dans je-ne-sais-plus-quelle-émission hier, que l'un des gros succès de cette série, était d'être suivi par les jeunes, entre 16 et 25 ans et que c'était justement sans doute dû à ce montage si spécifique à ces réalisateurs, avec cette colorisation et ces bruitages. Pour faire plus ou moins encore partie de la tranche d'âge citée (j'en ai 26), je peux témoigner de cet intérêt. Je ne suis pas particulièrement intéressé par cette partie-là de l'histoire, je n'en connais que ce que j'en ai appris à l'école, vu à la télé en noir et blanc et un peu plus via Tolkien et la Grande Guerre que j'ai lu en anglais l'an dernier (je reviendrais dessus après). Et pour être honnête, des reportages en noir et blanc, ce n'est pas aussi actif pour le spectateur qu'un film colorisé, c'est un fait. A la différence de ce que tu dis, pour moi c'est bien le noir et blanc qui est un filtre à la perception. L'histoire ne s'est pas déroulée en noir et blanc mais bien en couleurs. Je discutais avec des amis de ce point-là hier, et je leur disais que l'image des tranchées est souvent celle d'hommes sous la pluie, les pieds dans la boue, sous les obus tout en dégradé de gris. La couleur ajoutée à ces négatifs (sous contrôle d'historiens) remet un peu en perspective la vie réelle dans ces lieux, parfois sous le soleil, parfois non. On a beau s'en douter, si on y réfléchit, l'image est beaucoup plus parlante et de ce fait la couleur est réellement importante. C'est sans doute naïf, mais je suis convaincu que beaucoup de jeunes n'imaginent ça qu'en noir et blanc et ont justement du mal à s'en faire une idée juste. Hyarion a écrit :
Les auteurs ont fait un travail informatif. Ils ont précisé à chaque fois s'il s'agissait d'images prises par la section cinéma de l'armée (ie propagande) ou des films personnels. Hyarion a écrit :
Je n'ai jamais trouvé ça ni sensationnaliste ni simpliste, au contraire. Les faits sont présentés de façon assez scientifique, allant jusqu'au fond des choses ou en tout cas suffisamment pour que quelqu'un qui ne soit pas historien comprenne les tenants et aboutissants. Quant à l'émotion, je dirais oui et alors ? Si on ne peut pas passer par l'émotion pour faire comprendre l'horreur d'un tel massacre, par où peut-on passer et où peut-on l'utiliser ? L'émotion peut être un très bon vecteur de compréhension si on ne tombe pas dans l'excès, ce qui n'est pas le sentiment qui transparait dans cette série, à mon avis. Hyarion a écrit :
J'en reviens à ce que je disais, où peut-on utiliser l'émotion ? Certes, cet évènement est mondial plutôt qu'individuel, mais il est plus simple de s'attacher à une figure qu'à une foule. Pour en revenir à Tolkien, la lecture du bouquin m'a beaucoup plus fait réfléchir que ce que j'ai pu en apprendre par ailleurs, à la fois parce que la figure de Tolkien m'est familière et parce que je me suis plus facilement identifié à un gamin d'une vingtaine d'années comme moi, qu'à un vieillard interwievé à la télé. En quoi ça change quoique ce soit à la finalité, tant que celle-ci est atteinte ? Hyarion a écrit :
De toute façon aucun livre d'histoire, aucun reportage, aucun témoignage d'époque ne peut se targuer d'être une leçon d'histoire parfaite. Tous sont écrits avec un filtre émotionnel par des gens qui ne sont pas purement objectifs (même s'ils tendent à vouloir l'être au maximum). Tous sont justes des outils qui se complètent les uns et les autres. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Silmo - 27/03/2014 Cher Hyarion, Autant j'approuve à 100% d'autres récentes interventions de ta part (sans avoir cependant participé au fuseau en question car il est, depuis quelques temps, des thématiques dont je m'abstiens résolument) , autant je ne partage pas du tout ton avis sur la série Apocalypse.
Certes, elle a des défauts de forme mais ils ne sont pas rédhibitoires : par exemple, la colorisation de ces archives me gêne moins que leur mise en bruitage (une musique créée pour l'occasion m'eut paru plus appropriée). Tout cela est négligeable par rapport à la volonté de rendre ces documents plus accessibles (plus facilement visibles) à un grand public qui n'est pas composé uniquement de spécialistes ayant fait, comme toi, de longues études en histoire. Quant à Tolkien, même sans avoir lu le bouquin précité, j'ai pas pu m'empêcher d'y penser lors des épisodes sur la bataille de la Somme, à croire qu'on est un peu conditionnés par son histoire. Au reste, rien à ajouter à ce qu'en disent Isengar, Jean et Druss. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Cédric - 27/03/2014 Je n'ai pas encore vu le reportage.
Ma fille a 11 ans. C'est encore une enfant mais, peu à peu, elle découvre que les hommes et femmes peuvent être mesquins, malhonnêtes, méchants voire pire.
Sur la question du Noir & Blanc, je suis farouchement contre sur les productions cinématographiques et artistiques dans leur ensemble. Les coloriser revient à une vision qui n'est pas celle de l'auteur.
[Parution] Tolkien et la Grande Guerre - pierrebrrr - 28/03/2014
J'espère qu'elle a compris ça depuis quelques années, sinon, au bout de 11 ans, la marche risque d'être un peu raide !
Je te lis avec tellement de plaisir Cédric, j'aime tellement ce qui est construit ici, ça me navre de lire ça sous ta plume. Pourquoi penses-tu qu les criminels que tu décris constituent ce que serait "vraiment" l'humanité ? L'humanité est aussi VRAIMENT faîte de parents aimants comme toi (ou moi...) d'amants délicats et sincères, de jeunes gens assoiffés de culture qui chaque année, découvrent le Seigneur des Anneaux... Je suis moi même père d'un garçon de 10 ans, et enseignant à l'école primaire. J'ai une classe de CM avec qui je viens d'aborder le premier conflit mondial. Je peux te dire que les enfants de cet âge ont globalement un grand appétit pour l'histoire. Ils aiment s'identifier à deux clichés culturels, deux grands types de réaction auxquelles ils se conforment- pour la plupart- avec grand bonheur: les filles trouvent le conflit horrible et le manifestent de différentes façons, les garçons aussi, mais sur un mode plus "brave", et s’intéressent énormément à l'aspect technique de la guerre. On pourrait discuter très longtemps- et hors sujet- du monde dans lequel nous pensons que nos enfants vivent. Je ne suis pas sûr de l’intérêt de la chose... par contre, je ne pense pas comme toi que le "temps de l'enfance" sois le temps de la naïveté. C'est un temps à échelle réduite: les douleurs, les peines, les trahisons, les souffrances sont la plupart du temps vécues à un plus petit degré (objectif) que chez les adultes- mais les enfants sont aussi menteurs, voleurs, violents que les adultes. Cela dit, bien entendu, certains enfants croisent des chemins tragiques, et vivent des drames qu'ils ne devraient pas vivre. Que veux-tu faire sinon souhaiter que cela ne nous arrive pas ? Et puis on redoute toujours qu'il arrive le pire à nos chers enfants, en ayant tellement de mal à imaginer qu'un jour, au contraire, ce pourrait être qui soit du côté de celui qui blesse, qui vole, qui fait mal, qui viole, qui tue. Je crois que la naïveté ne doit pas être du côté des parents, et qu'il faut être capable d'ouvrir les yeux sur nos enfants et les regarder pour ce qu'il sont vraiment. C'est la moindre de nos responsabilités de parents. Et comme on parle de Tolkien, nous pouvons nous replonger dans la correspondance, passionnante, avec son soldat de fils. Lui-même détestait la guerre, mais je ne crois pas qu'il lui serait venu à l'esprit que son fils puisse ne pas faire son devoir de soldat. C'est surtout cela, qui est stupéfiant et difficile à comprendre pour mes élèves- peut-être le plus grand défi: mesurer ce sentiment, qui est devenu pour la plupart d'entre nous complètement étranger- et qui habitait une génération entière de jeunes hommes, qu'on puisse aller "mourir pour la France". [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Cédric - 28/03/2014 Merci Pierre pour ton message. Tu es évidemment dans le vrai quand tu dis que la naïveté ne doit pas être. Loin de moi l'idée en effet de construire une bulle, un cocon où on ignorerait le monde extérieur. Car le connaître, c'est aussi mieux s'y adapter, l'affronter. Ton témoignage en temps qu'enseignant est par ailleurs également fort intéressant, merci.
Penser à certains épisodes de l'Histoire ou de l'actualité me rend aussi grave parfois, ce qui a transparu dans mon message précédent. C'est que ce que je vois ici et là me met aussi mal à l'aise.
Revenons donc au sujet initial
[Parution] Tolkien et la Grande Guerre - pierrebrrr - 28/03/2014 Bien d'accord avec toi... On pourrait d'ailleurs discuter aussi du rôle en tant que fiction consolatrice de la création de Tolkien pour son propre auteur, même si la discussion a certainement déjà eu lieu quelque part ici. Justement, ce nouveau livre, qui est l'objet initial de sujet: je ne comprends pas bien: s'agit-il d'une biographie complète, ou simplement d'un récit des années de Tolkien pendant la première guerre mondiale ? [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Lambertine - 29/03/2014 J'ai vu "Apocalypse". Et quand j'ai vu les images (reconstituées ou pas, colorisées ou pas, quelle importance) de la bataille de la Somme, j'ai immédiatement pensé à Tolkien, à ce que lui, ces copains, leurs "ordonnances" (ah, Sam!) avaient vécu dans ces combats (comme le grand-père de mon ex-mari... je n'ai pas de héros, ni même de combattant de base, de 14-18 parmi mes aïeux).
"In Flanders fields the poppies blow
We are the Dead. Short days ago
Take up our quarrel with the foe: [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - jean - 29/03/2014 Voila bien des sujets qui nous écartent de Tolkien, mais c’est un des plaisirs de JRRVF de diverger entre amis. Sur la question de savoir si l’humanité est bonne par nature ou mauvaise, cette question est une des plus disputée à la fois en théologie et en philosophie. Personnellement je suis plutôt pessimiste sur ce plan et j’ai tendance à croire que, l’humanité est effectivement foncièrement mauvaise et pécheresse, mais je suis conscient que cette position ne fait pas consensus. Du coup, je rejoints la position de Cédric sur l’éducation des enfants. Dans ma Bretagne il y a des endroits où le vent est si fort que les arbres sont tués avant de pouvoir se développer. Pour pouvoir en planter malgré tout on procède de la manière suivante. On plante le petit arbre derrière un talus où il est bien abrité du vent. Lorsqu’il grandit on le protège avec un treillis de genêts qui brise un peu le vent (maintenant on prend un grillage plastique). C’est seulement quand l’arbre est bien enraciné et déjà robuste qu’on le laisse affronter le vent des tempêtes d’hiver. Je crois qu’il en est de même avec les enfants. Lorsqu’ils sont tout petits il faut entièrement les protéger puis leur laisser découvrir petit à petit la laideur du monde avant de les laisser affronter celui-ci.
Sur la question de comment peut-on former une génération entière prête à « donner sa vie pour la France », je pense que c’est tout simplement une question d’éducation et de conditionnement. Quand on a été biberonné avec les vers de Corneille Je cite juste Ernest Levisse historien et chef de cabinet d’un ministre de l’instruction publique
Le vrai patriotisme a besoin d’être cultivé. […] Enseignement moral et Pas étonnant qu’avec une telle utilisation de l’école on ait eu des hommes prêts à mourir [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - pierrebrrr - 30/03/2014 Je crois, Jean, que Tolkien ne goutait guère l'allégorie, c'est le moins qu'on puisse dire, et je dirais juste que les enfants ne sont pas des arbres, même pas les enfants bretons. Mais si tu vas par là, l'arbre, pour s'enraciner, aura en chemin, plongé profond ses racines, drainé à lui l'eau du sol, interdit bien d'autres développements que le sien alentours, et afficher la promesse d'une ombre stérilisante pour bien des formes de vie moins robustes que la sienne. Pour le reste, je crois que tu m'as mal compris: je ne m'étonnais pas de ce qu'une génération entière aie été prête à se sacrifier pour la France, les processus ont été bien mis à jour par les historiens, non, je disais qu'une des perspectives les plus difficiles à faire adopter aux élèves- et aux enseignants aussi, au fond- c'est de comprendre intimement ce que représentait cette idée, qui nous est devenue très étrangère. Il ne s'agit pas temps de rêver de "mourir en héros", ce fantasme (je crois que s'en est un) qui relève à mon avis d'un érotisme très masculin est très présent chez les garçons- ça me semble assez normal, que de tuer "en héros", que de survivre concrètement sur le front, et au long de la guerre, et de voir comment l'idée d'héroïsme perdure ou pas dans ce contexte de guerre "réelle". C'est pour moi le défi principal dans la transmission à mes élèves. Sinon, on ne peux pas comprendre que 10 millions de personnes vont mourir dans la guerre. C'est qu'à un moment, l'idée qu'il faut faire la guerre continue à s'incarner- littéralement- au delà des destin individuels, dans une masse de soldats. Et ce qui me semble plus intéressant avec mes élèves, c'est de faire le parcours inverse à celui qui est attendu, et non pas chercher l'origine de ce nationalisme vivant, mais plutôt d'essayer d'expliquer comment ce sentiment est devenu étranger à la majorité des français, jusqu'à nous. Et espérer,peut-être de pouvoir se réjouir de ce que la grande violence du meurtre autorisé de l'ennemi est devenu inconnu à la plupart des jeunes hommes d'aujourd'hui. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Hyarion - 03/04/2014 J'ai vu le dernier épisode de "Apocalypse, la 1ère Guerre mondiale", diffusé avant-hier, mardi soir, et qui a été suivi par un débat puis par "Apocalypse, Hitler", la précédente série documentaire de 2011, déjà vue à l'époque. J'avais déjà trouvé pertinent le regard nuancé que porte l'historien Jacques Frémeaux sur cette série, ainsi que je l'ai écrit dans mon précédent message. J'ai pris connaissance depuis du point de vue d'un autre historien, Laurent Véray, spécialiste de l'histoire du cinéma et de la période 1914-1918, point de vue également publié sur le site de Télérama, et là encore, je trouve sa critique de la série globalement pertinente sur le fond, même si je ne suis pas forcément d'accord avec tous les arguments avancés et que le ton employé me parait un peu vif : http://television.telerama.fr/television/apocalypse-une-modernisation-de-l-histoire-qui-tourne-a-la-manipulation-selon-l-historien-laurent-veray,110388.php
Bref, mon avis sur "Apocalypse, la 1ère Guerre mondiale" n'a pas fondamentalement changé, mais il faut croire, tout simplement, que je ne fais pas vraiment partie du public-cible de ce genre de programme. En effet, j'ai probablement visionné et lu trop de choses sur le sujet traité pour ne pas avoir un regard distancié vis-à-vis de l'entreprise. Pour autant, je ne trouve pas qu'elle manque d'intérêt, en particulier s'agissant des archives filmées, visiblement rares pour certaines, qui ont été restaurées pour l'occasion, ce qui est toujours une bonne chose sur le principe (même si j'ai lu que Laurent Véray conteste fortement le fait que l'on puisse ici parler de restauration). Mais si intérêt il y a par certains aspects, l'ensemble reste marqué par un storytelling et un simplisme qui en font plus un divertissement destiné à édifier le public avec un message pacifiste qu'un documentaire historique destiné à informer de la complexité du monde comme il va, hier comme aujourd'hui.
Comme je l'ai écrit plus haut, après cette évocation de la Première Guerre Mondiale, France 2 a rediffusé "Apocalypse, Hitler", et le constat reste le même pour ma part, d'autant plus que l'on sent bien, dans ce cas-là, que Costelle et Clarke ont tenu à présenter les choses de telle manière que le jeune public, après avoir vu la série, ne puisse qu'éprouver de la terreur à l'égard d'Adolf Hitler et du nazisme. Le revisionnage de cette série documentaire sur Hitler, bien sûr tout-à-fait regardable en soi, m'a permis de me rendre davantage compte que je ne fais pas vraiment partie du public visé par ce type de programme, ainsi que je l'ai écrit plus haut. Si ce genre de film peut aider à faire comprendre aux jeunes générations que la guerre et le nazisme sont de mauvaises choses, tant mieux, évidemment. Mais à mon avis, l'intérêt du propos s'arrête plutôt là et ne s'adresse donc guère a priori à des personnes comme moi et d'autres, qui n'ont pas besoin qu'on leur explique que la guerre c'est mal, que le nazisme pue et que Hitler était une ordure : personnellement, j'en suis convaincu depuis longtemps, et pas seulement parce que j'ai plus ou moins découvert la méchanceté des nazis avec Indiana Jones et la Dernière Croisade quand j'étais gamin(*). Ainsi que je l'ai déjà écrit, j'ai fait de longues études d'histoire, mais par ailleurs, j'ai eu l'occasion de m'intéresser plus personnellement un temps à la période de la Première Guerre Mondiale, à l'occasion de recherches généalogiques effectuées quand j'étais encore lycéen et au début de mes études supérieures. Ces recherches ont été l'occasion pour moi, il y a maintenant un certain nombre d'années, de me renseigner notamment sur le parcours de deux de mes arrières-grands-pères, qui étaient à peu près de la même génération puisqu'ils avaient 36 et 37 ans en 1914 et qui ont été mobilisés dans l'armée française du début à la fin de la Grande Guerre, l'un uniquement sur le front occidental français et l'autre au moins un temps sur le front balkanique (ou front de Macédoine). Tous deux ont survécu, bien qu'ayant risqué leur vie à un moment ou à un autre. Le plus âgé est revenu du front avec une bronchite chronique, probablement due aux gaz de combat, et en ayant été profondément marqué par cette guerre (il est mort à 53 ans). Le plus jeune, que l'on envoyé dans les Balkans et qui avait sauvé la vie d'un de ses camarades (originaire du même coin que lui) sur le front, a vécu plus longtemps, jusqu'à la Deuxième Guerre, mais en n'ayant pas eu à connaître, à quelques mois près, l'invasion par l'armée allemande de sa région (située en zone dite "libre"), invasion qu'il redoutait en tant qu'ancien combattant de 14-18. J'ai eu accès aux archives recensant toutes les affectations de mes arrières-grand-pères au sein de l'armée durant leur mobilisation, et il faudrait sans doute que j'aille à Vincennes pour connaître plus de détails, mais peut-être que le centenaire de 14-18 sera l'occasion d'une mise en ligne de certaines archives militaires qui m'éviterait le déplacement (je vais bientôt avoir seulement l'âge du Christ sur la Croix, donc ce n'est pas si vieux, mais j'ai connu les salles de consultation d'archives, départementales et nationales, du temps où il fallait obligatoirement travailler avec stylo et papier en ayant les archives originales devant soi sur la table, sans numérisation ni ordinateur d'aucune sorte). Bref, tout cela pour dire que lorsque l'on me parle de la Première Guerre Mondiale, s'il s'agit de se situer sur un plan émotionnel, je pense d'abord à mes aïeux, puis plus généralement à l'ensemble des combattants qui ont supporté cette guerre sur tous les fronts (même s'il faut avoir conscience que les vécus n'ont évidemment pas tous été identiques). Le vécu militaire de J. R. R. Tolkien, dans ce contexte, n'a pas dans mon esprit de statut particulier vis-à-vis de l'histoire de la Grande Guerre, sauf naturellement en ce qui concerne le rapport que l'on peut pertinemment établir entre ce vécu et les écrits de Tolkien. C'est peut-être pour cela que je peux avoir du mal à comprendre ce conditionnement dont a parlé Silmo, même s'agissant de la bataille de la Somme... Que l'expérience de Tolkien puisse être un point de départ vers une prise de connaissance plus poussée de la Grande Guerre en raison du fait que Tolkien représente une figure familière, ainsi que l'écrit Druss, je le conçois fort bien, naturellement, mais que Tolkien puisse occuper une place si importante chez certaines personnes au point que tout soit ramené à lui, y compris un conflit qui dépasse largement l'écrivain, j'avoue avoir déjà un peu plus de mal à le comprendre sur le principe... Ceci dit, à chacun sa sensibilité, et j'ai déjà eu l'occasion de laisser entendre ici que je ne suis pas du genre à établir de hiérarchie en la matière. :-) J'ai récupéré, comme prévu, un exemplaire du livre de John Garth le week-end dernier. J'espère trouver le temps de le lire prochainement. Amicalement à tous, :-) Hyarion. (*): je me souviens encore très bien que c'est en découvrant l'histoire de ce film de Steven Spielberg, évoquée dans la presse jeunesse à l'époque de la sortie du long métrage dans les salles de cinéma en France (octobre 1989), que j'ai commencé à me demander qui étaient ces si méchants nazis qu'affrontent Indiana Jones et son père dans ce film par ailleurs excellent. J'ai un peu plus tard beaucoup appris sur Hitler et sa clique en lisant notamment le premier des huit volumes de la version française d'une histoire internationale de La Deuxième Guerre Mondiale dirigée par André Beaufre (Librairie Jules Tallandier, 1967-1969) qui figurait dans la bibliothèque de mes grands-parents. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - ISENGAR - 29/06/2014 Hello, je suis tombé sur cette page.
A lire en musique, bien entendu I. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Silmo - 11/11/2014 . Un anneau géant de métal sera inauguré aujourd'hui près d'Arras pour rendre hommage à tous les morts de la Grande Guerre dans la région Nord, Pas-de-Calais. 580 000 noms de soldats de toutes nationalités y sont gravés. Cet « anneau de la mémoire » se trouve en face du cimetière Notre-Dame-de-Lorette, plus grande nécropole militaire de France (20 000 tombes individuelles et 22 000 inconnus en ossuaires). Les noms des militaires ont été fournis par la Commonwealth War Graves Commission en ce qui concerne les 241 214 soldats de l’ancien Empire britannique, et, outre-Rhin, la Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge en a transmis 173 876. La liste française comprend 106 012 patronymes, parmi lesquels ceux de soldats de l’ancien empire colonial (Algériens, Sénégalais…), ainsi que ceux des combattants de la Légion étrangère, dont des Sud-Américains. Sur l’anneau sont également inscrits les noms de 2 326 Belges, 2 266 Portugais, 1 037 Russes ou 6 Américains. Pour réaliser cette œuvre d’un périmètre de 345 mètres, le ministère de la Défense a cédé à un prix symbolique à la région, dans le cadre d’une convention signée en avril 2011, le terrain situé à proximité de la nécropole, à charge pour la collectivité d’y construire un mémorial d’exception, «qui dépasse les contraintes nationalistes pour aller vers quelque chose d’universel», selon l’historien et concepteur du projet, Yves Le Maner.
[Parution] Tolkien et la Grande Guerre - ISENGAR - 08/05/2016 Je remonte le fuseau pour relayer une information de la part de Druss sur le forum Tolkiendil, à propos d'une exposition intitulée "Écrivains en guerre 14-18 : Nous sommes des machines à oublier" à partir du 28 juin 2016 à l'Historial de la Grande Guerre du Château de Péronne (80).
Un catalogue est en préparation, avec sans doute un texte sur le jeune sous-lieutenant Tolkien, des fusiliers du Lancashire I. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Tar Palantir - 19/10/2018 C'est bientôt le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale. J'ai pu relire récemment les récits poignants de mon grand-père, Albert, mobilisé en juillet 14 et libéré en juillet 19. Récits qu'il a écrit vers la fin de sa vie, mais encore très présents dans son esprit alors. Afin de préserver sa mémoire, j'ai tenu à vous faire part de quelques-uns de ses souvenirs, soldat ordinaire, héros parmi tant d'autres : [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Tar Palantir - 20/10/2018 VERDUN Le 28 avril 1916, venant de l'Aisne par étapes, nous cantonnons à Cumières près d'Epernay sur la rive droite de la Marne. Joli pays, les vignes grimpent depuis les bords de la vallée jusqu'en haut des côtes qui la dominent, encloses dans des murs qui montent en escalier jusqu'en haut.
Nous passons la nuit bien mal, sur le ciment, sans un peu de paille. Il est vrai que c'et le pays du bon vin et certains sont rentrés à 2 h du matin plus ou moins éméchés. Nous voici donc partis pour une longue marche de 36 kilomètres et avec mes pieds échauffés, j’en ai vu le diable; de temps à autre soleil et averses se succèdent. Après la grande halte où l'on se restaure, j'ai cru ne pouvoir redémarrer. Mais enfin, et malgré tout, je suis arrivé au bout : je n'ai jamais tant pâti d'une marche ! On arrive à Marats La Grande, assez petit village dans un creux. Comble de malheur, hier c'était la Cie qui était de garde à Rancourt, aujourd'hui c'est la section ! Je demande au lieutenant à me déchausser et à prendre la garde pieds nus ; mais il me met exempt de garde et je puis dormir toute la nuit.
Nous restons là jusqu’au 23 mai. Cette fois-ci pas d’erreur, direction Verdun. On ne nous le laisse pas ignorer et tous les soirs, l’abbé Bergey, dans l'église de Marats, nous fait des sermons de circonstance pour gonfler un peu le moral de tout le monde. Enfin, le 23 au matin, nous embarquons en camions. On roule toute la matinée et par Bar-le-Duc, on file vers Verdun. Sur la route, un défilé continuel de camions, une colonne montante, une descendante. Sur les bords, des territoriaux pelles en main, bouchent les trous au fur et à mesure, car la procession n’arrête ni jour, ni nuit. Le camion précédant le nôtre perd une roue avant : on répartit les occupants dans les autres, celui en panne est rejeté sur le côté en un clin d'œil et la procession reprend sa cadence.
Vers 12 heures, nous débarquons à Dugny, on y fait le repas de midi car les roulantes n'ont pu suivre les camions ; aux alentours de 16 heures, arrivent les ordres: on va gagner Verdun de suite et par petits groupes car la route est bombardée…
Nous voici sur une voie ferrée que l’on suit tant bien que mal, truffée de trous d’obus…Mais voici qu’on sent les gaz lacrymogènes, les yeux pleurent. Mettez vos masques ! On les mets pour les enlever bientôt. Mieux vaut pleurer qu’étouffer et marcher en aveugle. Enfin ça n’a pas duré heureusement… La voie tourne à droite . Bien lentement on progresse dans la nuit. Nous voici au pied de la côte. Changement de direction. Il faut monter tout droit. Au début, c’est assez raide mais la pente s’atténue en montant. Jusqu’à ce moment, par une chance inouïe, ma compagnie n’a aucune perte, pas même un blessé. Le jour se lève de bonne heure et les premières lueurs de l’aube dissipent peu à peu les ombres. Nous entamons la montée dans un vieux ravin ou ancienne tranchée, mais on n’y voit pas encore grand-chose. On voit juste que ce creux est encombré de morts qu’on enjambe.
Enfin, morceau par morceau, nous voilà sur le plateau…En face à 500m environ, une masse comme une grande taupinière, le fort certainement . Par ci par là, tassés au fond des trous, quelques rescapés comme moi. L’un d’eux passe en courant, il s’arrête près de moi : surtout ne va pas plus loin me dit-il et me montrant un point à 50m en avant, il me dit une mitrailleuse bat ce coin, tous ceux qui passent sont descendus…Puis il s’en va en me disant « Si Dieu n’a pas pitié de nous, personne n’en reviendra ». Je ne le connaissais pas et je ne l’ai jamais revu. Cependant, je ne voulais pas rester tout seul. Comme compagnie, des morts partout mais de vivants pas de trace. J’oblique vers la droite, cherchant de trou en trou, quand enfin je tombe sur un groupe d’une dizaine de soldats qui, à coup de pelles, essayent d’aménager un semblant de tranchée . Quelle compagnie ? 10ème me répondent-ils. Un lieutenant me dit alors : ne cherche plus ! Reste là ! Toutes les compagnies sont dispersées et il est impossible de former un front continu. Je ne suis plus seul. On organise un tour de garde : un veille et les autres s’allongent au fond. On attend. Mais à chaque instant, il faut prendre la pelle si on ne veut pas être enseveli sous la couche de terre qui inlassablement, telle une pluie, ne cesse de nous recouvrir. Le bombardement furieux ne cesse pas une seconde. Sur la droite, à 20m, un autre groupe d’une dizaine d’hommes est installé comme nous et ils travaillent avec frénésie : ils ont bien creusé un bout de tranchée de 3 m de profondeur au moins. Comment n’y ont-ils pas été enterrés ? On m’a chargé de la liaison avec eux et de temps à autre je me traîne pour aller les voir. A un moment, un agent de liaison passe. « Les boches attaquent sur la droite » dit-il. On redouble de surveillance. Les grenades ne manquent pas. Il y en a partout dans notre coin. C’était une erreur car on ne voit personne. Le bombardement les avait sans doute arrêtés à lui tout seul. La journée se passe ainsi. Il faisait beau mais la fumée était telle, et la poussière, que le soleil était invisible. De temps à autre, des avions, amis ou ennemis – qui sait ?- passent en rase-motte.
Cela devient intolérable. On se sent devenir fou. Enfin bénédiction divine, une averse ! Vite, j’étends ma toile de tente et il se ramasse un peu d’eau, et de la bonne sans doute. J’en remplis deux quarts : bien peu de chose. En face moi, allongé au fond, un camarade gît, blessé. Un éclat lui a , peut-on dire, sectionné le bras droit et je peux tout juste lui enrouler le bras dans une serviette et le lui attacher le long du corps : je lui dis bien de partir, mais il me répond "je ne peux pas". Il ne cesse de gémir, il a encore plus soif que moi, dévoré par la fièvre. Je lui fais boire un quart et j’avale l’autre qui me donne encore plus soif, je crois. Enfin, cela m’a certainement sauvé. Puis sur le soir, voici deux brancardiers qui s’amènent avec deux brancards; ils chargent un blessé et mettent mon pauvre diable de compagnon sur l'autre. Mais comme ils ne peuvent porter les deux, avec un camarade je me charge de l'autre, et suivant les brancardiers nous le transportons vers un abri carré qu'on voit sur la gauche à 2 ou 3 cents mètres. Arrivés devant que voyons-nous : impossible de rentrer, tout est plein de blessés sur des brancards devant la porte, peut être plus de 50 posés à terre! Ne pouvant faire autrement, nous le déposons à côté des autres. Que sont devenus tous ces pauvres malheureux exposés sans abri à un bombardement furieux qui tourne et retourne la terre ? Bien peu doivent en avoir réchappé. Nous retournons en hâte à notre trou, mais nous ne sommes plus que 3 ou 4, les autres sont là, morts, posés devant notre bout de tranchée. La nuit retombe sur nous, pas le moindre répit, on ne sait plus si on vit !
Bien qu'en descente, on n'en peut plus et on est vite essoufflés. Nous nous arrêtons une minute dans un petit ravin creux, quand nous remarquons dans la nuit, à 10 m de nous quelque chose qui brûle; une fusée éclairante nous permet de voir : c'est un tas de morts qui brûle près de l'entrée d'un abri. Horreur ! Nous détalons au plus vite jusqu'à la voie ferrée. Le jour est arrivé . Nous avons rejoint un autre groupe et nous sommes une douzaine. Le terrain n’est plus qu’un chaos, les trous d’obus se chevauchent même . Je ne parle pas du plateau qui a été tourné et retourné cent fois et on trouverait plus un brin d'herbe.
Dans quelques trous une eau croupissante toute verte, des cadavres partout et de toutes dates, les uns du jour, d'autres d'il y a 3 mois ; une odeur épouvantable de poudre et de pourriture imprègne l'air. Lentement, et tout à fait indifférents aux obus qui tombent à droite et à gauche, nous npus éloignons. Certains ne peuvent plus résister à la soif et vont boire l’eau des trous. Je me demande s’ils ne sont pas morts empoisonnés ! J’ai résisté tout de même.
Enfin rassasiés, bidons pleins, on repart. Mais où aller pour retrouver l'endroit où nous avons laissé nos sacs ; d'ailleurs, je suis le seul de ma compagnie... Je cherche ensuite mon chemin dans Verdun car il est bien inutile de demander le moindre renseignement sur l’emplacement des cantonnements, trop de troupes passant et repassant. Le voilà seul parti à l'aventure. Désert partout! Je me souviens qu'en arrivant des fusants avaient éclaté dans les arbres et que c'était sur les fortifications; je vois des arbres, j'y vais et je me retrouve à l'extérieur des fortifications devant une belle église, mais très abîmée et toute crevée par les obus. J'y suis entré et je me demande si ce n'était pas la cathédrale. Je fais demi-tour, enfin plus loin je vois dépasser le cime d'autres arbres. Je m'y dirige et j’arrive devant la porte Latour Deschamp et je me reconnais. A l’entrée de l'abri, une douzaine de camarades assis le long des murs. Ce sont les premiers arrivés. On se félicite, hélas le soir venu, nous étions tout juste une trentaine et personne n’arriva plus.
Nous allons cantonner dans un petit village, où nous arrivons au milieu de la nuit suivante. Libérés de l’obsession des obus, nous dormons, je crois, une partie de la journée. Ah! nous sommes beaux, et pourtant il y a quelques jours que nous sommes descends de Douaumont. Nous nous faisions peur les uns les autres. Malgré de multiples nettoyages tous nos habits dégageaient une odeur infecte dont nous ne pouvions nous défaire; ma couverture a peut-être mis un mois à s'en défaire.
Cependant ils étaient bien habitués à voir des soldats, mais tous prétendaient que nous ressemblions encore à des cadavres ambulants. Il est vrai que c'est bien les plus mauvais moments que nous ayons vécus ; rien n’a plus jamais ressemblé à cet enfer d’une horreur dépassant toute description. Bombardements sans une seconde de répit, plus de morts que de vivants, cette odeur infecte, la soif dévorante à rendre fou, 2 jours et 2 nuits avec un seul quart d'eau à la fin du 2e jour; bienheureuse averse cependant qui a dû en sauver plusieurs. Enfin le tout réuni fait de ces 48 heures un souvenir dont vivrait-on mille ans, on n’arriverait pas à se défaire.
Albert FABIN
[Parution] Tolkien et la Grande Guerre - ISENGAR - 20/10/2018 Poignant, en effet, et très impressionnant... I. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - sosryko - 21/10/2018 Voilà le récit d'un homme qui donne accès à la vérité du vécu, qui est plus que l'exactitude des faits, avec à la fois une grande pudeur et une grande force dans l'écriture : « La nuit retombe sur nous, pas le moindre répit, on ne sait plus si on vit ! »... [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Yyr - 22/10/2018 Merci beaucoup, Gilles. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Yyr - 22/10/2018 Les deux éléments qui m'émeuvent le plus dans le récit de ton grand-père, j'y ai resongé aujourd'hui, c'est ce moment où il partage le peu d'eau récupérée avec celui qui est peut-être mourant, et cette chute, ce « souvenir dont vivrait-on mille ans, on n’arriverait pas à se défaire ». Yyr [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Tar Palantir - 23/10/2018 Ce qui m'a marqué et qui illustre toute l'absurdité de cette bataille, c'est qu'il n'y a même pas trace de l'adversaire : que des bombes et la mort autour. Mais aussi et grâce lui en soit rendue, c'est qu'au milieu de tout ça, il nous montre qu'il reste de l'humanité, en prenant soin des blessés notamment, et en voyant qu'il reste encore des traces de beauté au milieu de cet enfer je vois des arbres, j'y vais et je me retrouve à l'extérieur des fortifications devant une belle église. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Yyr - 24/10/2018 Je suis bien d'accord. Le récit de ton grand-père me fait d'ailleurs beaucoup penser au Cheval rouge d'Eugénio Corti, roman autobiographique de l'auteur, engagé dans les corps expéditionnaires italiens en Russie pendant la Seconde Guerre Mondiale. [Parution] Tolkien et la Grande Guerre - Yyr - 23/12/2020 Je remonte ce fil émouvant pour ajouter aux mots du grand-père de Gilles ceux de Maurice Genevoix : Je ne pouvais plus douter. J’étais rejoint et traversé par les ondes d’un bombardement monstrueux. La distance n’y faisait rien. Cela dépassait toute mémoire. J’étais là bas, sous ce bombardement « lointain » où mes sens, bien avant moi, reconnaissaient l’aboi des obusiers, les salves galopantes des canons de campagne, la scansion lourde des pièces sur voie ferrée, l’enfoncement aux entrailles du sol et aussitôt la croulante éruption des énormes obus de rupture. Mes camarades, mes camarades. Il faut avoir senti, à la poussée d’un parapet contre l’épaule, la brutalité effrayante d’un percutant qui éclate ; avoir entendu pendant des heures, du fond de l’ombre, en reconnaissant toutes leurs voix, monter les gémissements des blessés ; avoir tenu cotre soi un garçon de vingt ans la minute d’avant sain et fort, qu’une balle à la pointe du cœur n’a pas tué tout à fait sur le coup, et qui meurt, conscient, sans une plainte, les yeux ouverts et le visage paisible, mais de lentes larmes roulant sur ses joues. Vous étiez là, mes camarades. C’est pour vous, pour vous tous que je parle. Vous êtes là comme au premier jour. Et vous voyez : votre pays se souvient avec vous. Il sait qu’il faut vous respecter, vous entourer, vous remercier — et vous croire. L’Histoire de France a besoin de vous. Extrait du discours prononcé à la Butte Chalmont, le 28 juillet 1968 |