Le chant de Beren & Lúthien - Moraldandil - 11/05/2002
[Édit (Yyr) 2021 : ce fuseau est l'un des nombreux rejetons de l'arbre initial de la traduction des poèmes]
J’ai essayé d’adapter en décasyllabes — pas bien réguliers — le début du Chant de Beren et Lúthien. En voici les deux premières strophes, en espérant qu’elle sont vaguement acceptables. The leaves were long, the grass was green, The hemlock-umbels tall and fair, And in the glade a light was seen Of stars in shadow shimmering. Tinúviel was dancing there To music of a pipe unseen, And light of stars was in her hair, And in her raiment glimmering.
There Beren came from mountains cold, And lost he wandered under leaves, And where the Elven-river rolled He walked alone and sorrowing. He peered between the hemlock leaves And saw in wonder flowers of gold Upon her mantle and her sleeves, And her hair like shadow following. Les feuilles étaient longues, le sous-bois vert, Les ciguës dressaient leurs hautes ombelles ; Et la trouée brillait d’une lumière D’étoiles qui dans l’ombre scintillaient. Là, radieuse, dansait Tinúviel, D’une flûte invisible suivait l’air. Sur ses cheveux, sa robe, une dentelle De lumière d’étoiles chatoyait.
Là vint Beren des montagnes gelées. Sous les feuilles il vagabonda perdu, Et marcha seul, de chagrin accablé, Où la rivière des Elfes roulait. Au travers du feuillage des ciguës Il l’aperçut, et vit émerveillé Des fleurs d’or sur ses manches épandues Et l’ombre de ses cheveux qui suivaient.
Le chant de Beren & Lúthien - Vinyamar - 15/05/2002
Moraldandil, c'est très réussi, bravo !
Le chant de Beren & Lúthien - sosryko - 16/05/2002
Vinyamar de retour, ça fait plaisir ;-)
Le chant de Beren & Lúthien - Iarwain - 18/05/2002
Je n'ai rien à rajouter sur ce qui a déjà été dit sur les qualités de tous les poèmes (en particulier la version de Moraldandil de la chanson de Bilbo)
Pour ne pas demeurer en reste, je propose une traduction en octosyllabes (donc, plus resserrée) de la dernière strophe du même poème (càd le Chant de Beren et Lúthien): Long was the way that fate them bore, O’er stony mountains cold and grey, Through halls of iron and darkling door, And woods of nightshade morrowless. The Sundering Seas between them lay, And yet at last they met once more, And long ago they passed away In the forest singing sorrowless. Loin les emporta leur destin Vers de froids versants rocailleux, Par les portes de noirs palais, Et les bois aux nuits sans matin. Les sépara un océan Mais à la fin se rejoignirent, Et longtemps a qu’ils s’évanouirent Dans la forêt, d’amour chantant.
Iarwain
Le chant de Beren & Lúthien - Moraldandil - 19/05/2002
Merci beaucoup.
A me relire, je m’aperçois qu’un aspect de l’original n’est pas rendu : l’opposition entre les trois premiers vers de chaque demi-strophe, en rime masculine, et le dernier qui est en rime féminine. C’est très sensible à l’oreille. Peut-être pourrait-on reproduire ce contraste en opposant trois décasyllabes à un octosyllabe pour chaque demi-strophe. Mais bon... j’ai choisi de tout adapter en décasyllabes, autant continuer. Enchantment healed his weary feet That over hills were doomed to roam ; And forth he hastened, strong and fleet And grasped at moonbeams glistening. Through woven woods in Elvenhome Se lightly fled on dancing feet, And left him lonely still to roam In the silent forest listening.
He heard there oft the flying sound Of feet as light as linden-leaves, Of music welling underground, In hidden hollows quavering. Now withered lay the hemlock sheaves, And one by one with sighing sound Whispering fell the beechen leaves In the wintry woodland wavering.
Her sought her ever, wandering far Where leaves of years were thickly strewn, By light of moon and ray of star In frosty forests shivering. Her mantle glinted in the moon, As on a hill-top high and far She danced, and at her feet was strewn A mist of silver quivering.
When winter passed, she came again, And her song released the sudden spring Like rising lark, and falling rain, And melting water bubbling. He saw the elven-flowers spring About her feet, and healed again He longed by her to dance and sing Upon the grass untroubling.
Again she fled, but swift he came. Tinúviel ! Tinúviel ! He called her by her elvish name, And there she halted listening. One moment stood she, and a spell His voice laid on her : Beren came, And doom fell on Tinúviel That in his arms lay glistening. L’enchantement ranima ses pieds las Que le destin condamnait à errer ; Et fort et leste, en hâte il s’élança Et saisit le clair de lune radieux. Par les bois des Elfes enchevêtrés Elle s’enfuit, dansant à chaque pas, Le laissa seul, et toujours à errer En écoutant par les bois silencieux.
Il entendit souvent le bruit de pieds Légers comme la feuille de tilleul, Et dans des creux dissimulés triller Une musique qui sortait de terre. Fanées, flétries, des ciguës gît l’éteule, Et peu à peu, les hêtres effeuillés Laissent tomber un murmurant linceul Qui frissonne dans la forêt d’hiver.
Il la cherchait toujours, errant bien loin Sur les feuilles amassées par les ans, Au clair de lune, aux rayons d’un essaim D’étoiles tremblant dans des cieux glacés. Sa mante miroitait sous le croissant Lorsqu’au sommet d’une colline au loin Elle dansait, une brume d’argent Épandue frémissante sous ses pieds.
Quand l’hiver fut passé, elle revint, Et de son chant libéra le printemps Soudain comme l’averse, ou le refrain De l’alouette, ou le bruit de l’eau fondante. Il vit les fleurs elfiques jaillissant Autour de ses pieds, et guéri enfin Il eut près d’elle le désir brûlant De chanter, danser sur l’herbe abondante.
De nouveau elle fuit, mais vif il vint Pleurant : Tinúviel ! Tinúviel ! Par son nom d’elfe il l’appela enfin ; Elle alors pour l’écouter s’arrêta, Resta ainsi un moment, et sur elle Sa voix exerça un charme : Beren vint Et le destin tomba sur Tinúviel Qu’étreignirent, scintillante, ses bras. Iarwain a écrit :
Pour ne pas demeurer en reste, je propose une traduction en octosyllabes (donc, plus resserrée) de la dernière strophe du même poème
Effectivement, le style en est sensiblement plus lapidaire. J’ai personnellement choisi le décasyllabe parce que je me sentais un peu à l’étroit dans l’octosyllabe (indiscutablement plus proche du rythme original). Le français réclame souvent un peu plus de syllabes que l’anglais.
Pour l’avant-dernier vers, peut-être serait-il possible de continuer d’élider le sujet : Et, il y a longtemps, s’évanouirent (avec synérèse pour il y a) Le dernier vers me dérange un peu... mais que trouver ?
Qui, d’ailleurs, chante sans tristesse ? F. Ledoux semble incliner vers Beren et Lúthien (Et, il y a longtemps, ils disparurent / Dans la forêt, chantant sans tristesse.), mais ne serait-ce pas la forêt ? Ambiguïté voulue ?
Le chant de Beren & Lúthien - Moraldandil - 26/05/2002
Terminons : As Beren looked into her eyes Within the shadows of her hair, The trembling starlight of the skies He saw there mirrored shimmering. Tinúviel the elven-fair, Immortal maiden elven-wise, About him cast her shadowy hair And arms like silver glimmering.
Long was the way that fate them bore, O’er stony mountains cold and grey, Through halls of iron and darkling door, And woods of nightshade morrowless. The Sundering Seas between them lay, And yet at least they met once more, And long ago they passed away In the forest singing sorrowless. Lorsque Beren regarda dans ses yeux, Dans les ombres de ses cheveux de nuit, L’éclat tremblant des étoiles aux cieux S’y reflétait en rayons miroitants. Tinúviel, des Elfes le plus beau fruit, Vierge immortelle au savoir merveilleux, Jeta ses cheveux d’ombre autour de lui, L’enlaça de ses bras d’argent luisant.
De leur destin le long chemin amer Des pics tristes et froids leur fit franchir, Des portes sombres, des salles de fer Et des bois ténébreux sans lendemain. Les Mers Séparatrices s’étendirent Entre eux, mais enfin ils se retrouvèrent, Et, il y a longtemps, ils s’évanouirent Dans la forêt qui chante sans chagrin.
Le chant de Beren & Lúthien - Fangorn - 26/05/2002
Fichtre, je suis admiratif, bravo ! :-) Fangorn, scié
Le chant de Beren & Lúthien - Vinyamar - 26/05/2002
moi aussi. c'est vraiment réussi. il est seulement dommage d'avoir recours au chevauchement (comment ça s 'apelle déjà, quand on fini un vers à la ligne qui suit). j'avoue que c'est un bémol que j'ose poster, mais je ne sais pas comment faire mieux. C'est quand même pas la même langue.
Le chant de Beren & Lúthien - Iarwain - 27/05/2002
Vinyamar a écrit :
il est seulement dommage d'avoir recours au chevauchement > (comment ça s’appelle déjà, quand on fini un vers à la ligne qui suit).
Cela peut s'appeler enjambement ou rejet (s'il y a une volonté stylistique derrière: quand on veut mettre l'accent sur un mot précis, par exemple); mais la différence entre les deux termes n'est pas essentielle. Mais je ne suis pas d'accord avec toi quant à son utilisation: en effet, avec en contrepartie le contre-rejet, cela crée une rupture bienvenue dans le rythme un peu monotone parfois du vers classique; mais bon, c'est un point qui peut être discuté dans le détail (par exemple, dans ma version de la chanson de Bilbo, je l'ai utilisé aux vers 4-5 pour souligner le mouvement du voyageur, impatient de continuer son chemin...)
En fait, je n'aurais qu'une seule réserve à faire, à peine une critique, en ce qui concerne le sens à donner au dernier vers, puisque c'est une partie (la seule, pour l'instant) que j'ai moi-même traduite; mais pour moi, il s'agit plus d'un problème d'interprétation personnelle.
Iarwain
Le chant de Beren & Lúthien - Moraldandil - 28/05/2002
Merci à tous.
Je n'avais pas d'intentions enticides ! :-D
Comme le souligne Iarwain, le dernier vers est assez ambigu en anglais. J'ai hésité longtemps - et en fait j'hésite toujours - entre ce que j'ai proposé plus haut et : Dans la forêt en chantant sans chagrin. Pour ce qui est de l'enjambement, autant le dire franchement : je l'ai plus utilisé pour obtenir un vers et des rimes corrects que pour son pur effet stylistique... Ceci : Les Mers Séparatrices s’étendirent Entre eux, mais enfin ils se retrouvèrent n'est certes pas classique. Mais de toute façon, bien des éléments de ces vers ne sont déjà pas classiques. Disons que comme il s'agit d'une traduction-adaptation, et qu'il s'agit tout de même de rester raisonnablement près de l'original, un peu de souplesse est nécessaire... Nai Anar caluva tielmanna !
|