|
Vu l'heure tardive, pardonnez-moi de faire court et sans couleurs (Oh l'autre hé...).
La situation est la suivante : nous avons en France deux traductions de Mythopoeia (une dans Tolkien, Faërie et Christianisme chez ad solem et l'autre dans Faërie et autres textes [= FAT] chez Bourgois). Evidemment, je comprends combien l'exercice est difficile pour un poème "normal"; or celui-ci est très compliqué et l'imagine que les traducteurs ont dû vraiment souffrir à la tâche.
En tout, je n'y trouves pas mon compte en ce moment et dans le sujet de ce fuseau , alors que je ne m'intéresse pas à la métrique mais seulement au sens véhiculé par le texte. The heart of man is not compound of lies,
Mes difficultés se trouvent au point central du propos (ceux-là même sur laquelle Flieger s'appuie dans Splintered Light, p. 46-48), en vv. 60-64.
Qui est selon vous « le grand Artefact » que l'homme ne doit pas adorer? Il me semble difficile de ne pas identifier ce "grand artefact" avec "la lumière réfractée" tant le jeu sonore s'y prête. Pourrait-on traduire (quant au sens) par : L'homme, subcréateur, ne doit pas adorer le grand Artefact, cette lumière réfractée issue d'un blanc unique qui le (=l'homme) traverse pour se fragmenter en de nombreuses couleurs, sans cesse recomposée en formes vivantes passant de l'esprit à l'esprit.
L'objet de mon interrogation vient d'une recherche en cours et de la lecture de Flieger.
Ne serait-ce pas un peu plus compliqué que cela? Il me semble qu'il y a bien trois choses et non pas deux :
(1) Le Blanc unique (originel = le créateur) Ceci me semble confirmé par un texte de Du conte de fée que Flieger cite juste avant (p. 42) : When we can take green from grass, blue from heaven, and red from blood, we have already an enchanter’s power — upon one plane (…) Faërie begins ; mans become a sub-creator Là, nous avons bien le sous-créateur qui se laisse habiter/traverser par des couleurs pures/primitives issues de la contemplation de la création (l’herbe, le ciel, le sang, bref, ce monde physique accessible au pouvoir que possèdent tous les hommes, ce que Mythopoeia appelle notre « acte créateur (…) (used or misused) ») et non pas une révélation du Blanc unique qui n’est pas accessible à la nature humaine (sinon par révélation justement, qui ne dépend pas seulement de l’homme mais aussi du dispensateur du Blanc unique). Rque : Une pensée en cours... Mais la lumière fragmentée, c'est peut-être autre chose que seulement de la réfraction. Si on ajoute la notion de combinaison de lumières (v. 63 : endlessly combined), on obtient la notion d'interférences lumineuses. Or, seules la diffraction et les interférences peuvent produire de la lumière mais aussi l'absence de lumière (v. 66-67 : we dared to build (...) of dark and light)... Dans cette "optique" (haha!), l'homme n'est plus seulement un prisme mais aussi un réseau ou mieux, l'aile d'un papillon, oulalala, au lit moi |
Juste une aparté, de bon matin ;o) : la question que tu soulèves, Sosryko, me rapelle dans une certaine mesure l'étymologie de l'arc-en-ciel mythique des Germains du Nord, le Bifröst, "pont" qui permet aux divinités de rejoindre Yggdrasill pour y tenir leur thing (cf. le Grimnísmál, le Fáfnismál et la Gylfaginning). Si rọst convoie l'idée de "chemin", bif- (ou bil-) suggère l'idée de mouvement ou de changement décevant, de trahison en quelque sorte, voire encore de bariolage, d'abondance de couleurs. Le Bifröst pourrait être le chemin des âmes, d'après J. de Vries, assimilé au Gjallarbrú, le "pont sur le Gjôll", rivière qui sépare le monde des vivants de l'empire des morts. A ce titre, le Bifröst pourrait être assimilé à la voie lactée. De fait quand tu établis la typologie suivante :
Ne peut-on opérer une distinction au sein même de la "fragmentation" (i.e. l'activité sous-créatrice) entre les sous-créateurs qui se livrent à l'ordonnancement des couleurs (au sang correspond la couleur rouge, au ciel le bleu, à l'herbe le vert, etc.), pour glorifier la Création, et ceux qui, au contraire, se livrent à un bariolage, à un mélange désordonné des couleurs qui ne respecterait pas la "réfraction primitive" (i.e. la Création), renvoyant à l'idée de "trahison" dont Saruman serait un exemple ?
Cordialement, |
|
Exactement ! puisque Tolkien souligne lui-même cette double possibilité, ce choix, en précisant « (...) though we dared to build (...) 'twas our right / (used or misused) » (v. 66.68-69) :-) |
|
Je crains ne pas être d'une grande aide... Ce passage en particulier est très difficile à traduire, je trouve :( Dis-graced he may be, yet is not dethroned, Tout disgracié qu'il soit, il n'est pas encore détroné, (pour mémoire, ta proposition : « L'homme, subcréateur, ne doit pas adorer le grand Artefact, cette lumière réfractée issue d'un blanc unique qui le (=l'homme) traverse pour se fragmenter en de nombreuses couleurs, sans cesse recomposée en formes vivantes passant de l'esprit à l'esprit ».)
J'avoue que je ne comprend pas tout... :( Aussi ce ne sont que des pistes, et si on pouvait avoir un autre esprit, bilingue si possible (Tiiiirnooo :)) pour arbitrer, ce serait bien... Je vais laisser un peu mariner... peut-être qu'une illumination me viendra, mais j'ai l'impression qu'il manque quelque chose, la phrase me paraît bancale (ce qui vient certainement de moi). Qu'est-ce qui est fragmenté d'un Blanc en nuances, dans le texte ??? |
|
Mais j'avais très bien compris le "whom", Stéphanie ;-)) not his to worship the great Artefact, (60) Comme suit : sub-creator through whom
C'est mallarméen... et pourquoi pas? Rque : Autre argument pour le grand Artefact = création : si l'homme n'a pas le droit de l'adorer (le grand Artefact), il a le droit de remplir le monde d'elfes et de gobelins (v. 60 // v. 65-66, 66-69) : not his to worship the great Artefact, (60) S. |


