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Le thème des traductions de l’œuvre de Tolkien en français revient régulièrement sur ce forum, et le sujet est en effet vaste et complexe. Bon nombre de ces remarques en déplorent, à juste titre, la qualité inégale, attirant l’attention sur tel ou tel passage mal rendu, sinon défiguré, et proposant souvent une alternative. D’autres débattent de la question de la francisation de certains noms propres, de sa légitimité, des effets qu’elle produit sur le lecteur, et de la façon dont elle a été menée. Cependant, il ne me semble pas avoir rencontré jusqu’à maintenant beaucoup de contributions tournées de manière plus générale vers le rendu du style. Le sujet me semble pourtant d’une grande importance, car (que l’on me pardonne ce truisme) dans un texte littéraire, non seulement le récit – qui peut d’ailleurs se réduire à peu de chose – mais aussi le ton adopté, les mots choisis, la construction contribuent à nourrir l’imagination du lecteur en formant un lien avec ses souvenirs et ses références, et en influencent plus ou moins consciemment la réception. Tolkien était bien entendu tout à fait conscient du pouvoir du style et des questions qu’il pose – jusqu’à consacrer une partie de l’appendice F du SdA aux problèmes qu’aurait occasionnés sa traduction fictive du westron en anglais ! Et dans son œuvre, nous le voyons faire usage d’une grande variété de tons. Mais dans quelle mesure ressortent-ils en traduction ? Ils ne sauraient évidemment être complètement oblitérés : même en version française, il serait bien difficile de croire qu’un extrait du Hobbit provient du Silmarillion… Néanmoins, en lisant le Silmarillion justement en français et en anglais, j’ai ressenti des différences de ton notables. Je ne pense pas être le seul dans ce cas. Après avoir observé d’assez près l’Ainulindalë dans l’original et dans la traduction française de Pierre Alien, j’estime qu’un rendu insuffisant du style en est au moins en partie responsable. J’ai choisi l’Ainulindalë comme illustration parce que ces considérations y sont particulièrement importantes, que c’est un des passages où la version française m’a laissé le plus insatisfait… et aussi, comme le savent quelques uns, parce que j’ai une certaine tendresse pour ce texte ;-) Le style général de l’Ainulindalë est caractérisé par l’archaïsme. Beaucoup de textes de Tolkien en portent la marque, mais c’est singulièrement accentué ici. Par ce côté, l’Ainulindalë rappelle quelque peu la « première manière » de Tolkien dans le Book of Lost Tales (Le livre des contes perdus en français). Ces caractéristiques sont encore plus nettes dans le dialogue. Pêle-mêle, on peut remarquer les points suivants : Ce point entre autres donne à l’Ainulindalë une certaine saveur biblique. Le sujet y est évidemment pour beaucoup, mais l’écriture y contribue aussi : l’Ainulindalë rappelle par certains aspects le style de l’Authorized King James Version. Le style paratactique signalé plus haut est encore y nettement plus obsédant : « and » est omniprésent – c’est à l’origine un hébraïsme de syntaxe. Les formes verbales et pronominales archaïques que j’ai signalées ci-dessus y sont régulièrement employées – ce qui fait qu’aujourd’hui, elles évoquent assez inévitablement le style biblique à un anglophone. Certains éléments de vocabulaire (comme « behold ! ») donnent également cette impression. D’où vient que la traduction de Pierre Alien rende un son assez différent de l’original ? Essayons d’en donner quelques raisons vraisemblables – la liste n’est pas et ne cherche pas à être exhaustive. Pris isolément, bien des défauts de la traduction de Pierre Alien sont menus – il en est aussi d’énormes – mais leur accumulation aboutit finalement à modifier sensiblement le ton et la saveur du texte.
Pour commencer, la traduction de Pierre Alien comporte bien des erreurs, et parfois des grossières. Mon propos n’est pas d’en faire une liste exhaustive, mais il est tout de même difficile de ne pas en relever quelques unes. La première phrase même en contient : Eru, « the One » n’est pas « le Premier » mais bien « l’Unique » (la même expression revient d’ailleurs au début de la Valaquenta, où elle est cette fois correctement traduite…). Dans le discours d’Ilúvatar à Ulmo, nous trouvons un assez beau contresens : … “[Melkor] hath bethought him of bitter cold immoderate, and yet hath not destroyed the beauty of thy fountains, nor of thy clear pools. Behold the snow, and the cunning work of frost !”… / …[Melkor] a imaginé un froid extrême et cruel sans avoir pu encore détruire la beauté de tes sources, la limpidité de tes lacs. Prends garde à la neige, au travail rusé du givre ! Le contexte, autant que l’avertissement d’Ilúvatar un peu plus haut (« …nul ne peut changer la musique malgré moi. Celui qui le tente n’est que mon instrument, il crée des merveilles qu’il n’aurait pas imaginées lui-même ! »), indiquent assez nettement qu’Ulmo est ici invité à admirer la beauté de la neige et du givre… Intéressants aussi, les projets apparents de Melkor descendu sur la Terre : « And he feigned, even to himself at first, that he desired to go thither and order all things for the good of the Children of Ilúvatar, controlling the turmoils of the heat and the cold that have come to pass through him » - “Il sembla, et lui-même commença par le croire, qu’il voulait se rendre en cette demeure et y ordonner toutes choses pour le bien des Enfants d’Ilúvatar, et contrôler les tourbillons de chaleur et de glace qui le traversaient [ !!] »… « Qui par lui étaient advenus » serait préférable… sans compter que le mensonge et la dissimulation de Melkor sont rendus bien moins sensibles dans la VF. En dehors de ces énormités, il y a tout un tissu de petites différences dont on n’aperçoit pas la justification, et qui modifient sournoisement le texte sans nécessité. Quelques exemples :
L’Ainulindalë fait usage d’un certain nombre de formules figées qui reviennent régulièrement, ce qui doit se retrouver dans la traduction. Là, Alien n’est pas systématique : si « Children of Ilúvatar » reste bien « Enfants d’Ilúvatar », « Flame Imperishable » et « Imperishable Flame » sont respectivement rendus par « Flamme Eternelle » et « Flamme Immortelle ». On se demande bien ce que « Flamme Impérissable » aurait de choquant. « Deeps of Time » devient soit « Profondeurs du Temps » soit « Abîmes du Temps ». Les parallélismes en sont affaiblis, altérant la structure du texte. Certaines répétitions ont été supprimées, alors qu’il s’agit visiblement d’un choix stylistique de Tolkien qu’il faudrait respecter – à moins qu’il ne passe vraiment mal en français, ce qui ne me paraît pas le cas (ce sentiment est naturellement subjectif) : But Ilúvatar arose in splendour, and he went forth from the fair regions that he had made for the Ainur ; and the Ainur followed him » / « Puis Ilúvatar se leva dans toute sa splendeur et s’avança hors de régions harmonieuses qu’il avait créées pour les Ainur, et ceux-ci le suivirent. »
C’est un point qui se rapproche du précédent. J’ai déjà dit combien la coordination était caractéristique du style de l’Ainulindalë du fait de son emploi quasi systématique en tête de phrase, et cela de préférence à la simple juxtaposition ou à la subordination. Cette particularité est fortement atténuée dans la traduction française où de nombreux « and » et « but » ont été supprimés. Il faut certes tenir compte des différences stylistiques entre les deux langues, et les modifications s’expliquent en partie par le fait que l’anglais emploie plus largement « and » que le français « et » (Stylistique comparée du français et de l’anglais, J. P. Vinay, J. Darbelnet, éd. Didier, 1958 révision 1977). On trouve d’ailleurs dans la VF quelques cas où la coordination peut sonner bizarrement : « Ilúvatar chose a place for their habitation in the Deeps of Time and in the midst of the innumerable stars » / « Ilúvatar choisit l’endroit de leur demeure dans les Profondeurs du Temps et parmi les étoiles innombrables ». Dans ce cas, la simple juxtaposition pourrait être préférable ; il est d’ailleurs à noter que la même formule se retrouve à la toute fin du texte, où Alien la traduit sans coordonnant par « dans les Abîmes du Temps, parmi les étoiles innombrables » (en détruisant le parallélisme par ailleurs… cf. plus haut). Par contre, la suppression de nombreux coordonnants en tête de phrase me paraît une faute. Leur présence ne serait pas gênante en français, alors que leur omission altère la structuration du texte : on ne saisit plus le caractère systématique et spécial de cet emploi (Tolkien n’écrit pas toujours ainsi). . C’est d’autant plus gênant que c’est à mon sens un des éléments qui contribuent le plus au style quelque peu « biblique » de l’Ainulindalë. Voici une série de telles suppressions :
On peut remarquer au fil de la lecture comparée des deux versions une certaine tendance à l’abstraction dans la version française. Il semblerait s’il on en croit les ouvrages de stylistique comparée que ce soit une sorte de péché mignon de la langue française… Mais cette tendance là, je suis convaincu qu’il faut ici y résister de toutes ses forces, tant elle risque d’affaiblir la vivacité des images et descriptions qui émaillent le texte. Quelques exemples : Non que les équivalent cités ci-dessus ne soient foncièrement faux du strict point de vue du sens, mais ils ne se situent pas sur le même plan, ils sont moins colorés.
Tolkien utilise abondamment la syntaxe pour mettre en relief tel ou tel élément : en lisant l’Ainulindalë en VO, on s’aperçoit vite que dans bien des phrases l’ordre des mots n’est pas le plus courant. Ce procédé concourt aussi à donner au texte son parfum d’ancienneté. Pierre Alien n’a pas toujours bien rendu cet aspect, alors que le français offre aussi de multiples procédés de mise en relief si l’on se donne la peine de s’y attarder. Voici quelques exemples : Inversement, certains passages sont davantage mis en relief dans la traduction que dans l’original, ce qui aboutit de même à mettre en face l’un de l’autre des éléments de poids différents : « a little more of his wisdom, which otherwise had been hidden even to the Ainur » / “une part de sa sagesse qui jusqu’alors était restée cachée, même à eux, les Ainur”. Cette insistance me semble de trop.
J’ai déjà dit que l’archaïsme est une des caractéristiques importantes du style de l’Ainulindalë, qu’il faut rendre sans tomber dans l’abus. Il est bien évident qu’il s’agit avant tout de reproduire une impression générale, et non de rendre terme daté pour terme daté. On discerne quelques archaïsmes dans le français de la traduction de Pierre Alien : certains cas d’absence d’article : « Melkor has devised heats and fire without restraint” / “Melkor a prévu chaleurs et fournaises ardentes”, certains éléments de vocabulaire : « muer » (pour changer), « un furieux désir », « il ne pouvait souffrir », « y ordonner toutes choses »… Néanmoins, le texte français me semble bien moins marqué de ce point de vue que son original anglais. Il y a pourtant de quoi faire, et ce qui suit est loin d’épuiser les possibilités en ce domaine. - Verbes : les formes verbales et pronominales archaïques sont pour beaucoup dans la saveur de l’Ainulindalë. Nous n’avons certes pas en français de formes aussi obsolètes que « thou lovest » ne l’est en anglais, mais les possibilités ne sont pas nulles. A plusieurs endroits, il y a moyen, non exploité par Pierre Alien, d’introduire des imparfaits du subjonctifs, formes qui ne sont certes pas complètement sorties d’usage (à l’écrit), mais qui ne sont tout de même plus guère courantes. Par exemple : lest Melkor should hinder the fulfilment of their labour for ever, and Earth should wither ere it flowered » / « de peur que Melkor ne retarde à jamais l’accomplissement de son [!!!] œuvre et que la Terre se flétrisse avant d’avoir fleuri. On pourrait préférer de crainte que Melkor n’entravât à jamais l’accomplissement de leur labeur, et que la Terre ne se flétrît avant que de fleurir. Termes grammaticaux : on peut avoir intérêt à se servir de formes moins étoffées que celles que l’on emploie habituellement, ou, s’il y a choix, de sélectionner le terme le moins courant. Par exemple : Du point de vue de la syntaxe, on peut penser aussi à favoriser certaines constructions quelques peu sorties d’usage si le texte s’y prête. A titre expérimental, je proposerai une version d’un fragment de l’Ainulindalë, ci-dessous. Il s’agit du passage où Melkor se révèle dans la musique. Ce sont certaines de ces pensées qu’il tissait maintenant en sa musique, et aussitôt une discordance s’éleva autour de lui, et parmi ceux qui chantaient près de lui beaucoup se découragèrent, leur pensée fut troublée et leur musique vacilla ; mais certains se mirent à accorder leur musique à sa pensée plutôt qu’à celle qu’ils avaient au début. Alors la discordance de Melkor s’étendit toujours plus loin, et les mélodies qui s’étaient entendues auparavant sombrèrent dans une mer de sons turbulents. Mais Ilúvatar resta assis à écouter jusqu’à ce qu’il semblât qu’autour de son trône une tempête faisait rage, comme d’eaux sombres qui se feraient la guerre en une ire sans fin qui ne se laisserait point apaiser. Alors Ilúvatar se dressa et les Ainur perçurent qu’il souriait ; et il leva la main gauche, et un thème nouveau commença au milieu de la tempête, semblable et pourtant différent du thème précédent, et il gagna en puissance dans sa beauté nouvelle. Mais la discordance de Melkor s’éleva en son tumulte et l’affronta, et de nouveau il y eut une guerre de sons plus violents qu’auparavant, jusqu’à ce que maints Ainur en désarroi ne chantassent plus, et que Melkor fût le maître. Alors Ilúvatar se dressa encore, et les Ainur perçurent que sa mine était sévère ; et il leva la main droite, et voici ! un troisième thème grandit au milieu de la confusion, et il était différent des autres. Car il semblait d’abord doux et harmonieux, un simple murmure de sons légers en mélodies délicates ; mais rien ne pouvait l’étouffer, et de lui-même il tirait puissance et profondeur. Et il sembla enfin qu’il y avait deux musiques qui progressaient en même temps devant le siège d’Ilúvatar, et elles étaient en complet désaccord. L’une était large, et profonde, et belle, mais lente et mêlée d’une tristesse infinie, de là surtout venait sa beauté. L’autre avait maintenant atteint son unité propre ; mais elle était bruyante et vaine, et sans fin répétée ; et elle n’avait guère d’harmonie, mais ressemblait plutôt à un ensemble tapageur comme celui de nombreuses trompettes clamant à l’unisson sur quelques notes. Et elle essayait de noyer l’autre musique par la violence de sa voix, mais il semblait que ses notes les plus triomphantes étaient reprises par l’autre et entremêlées à sa ligne solennelle. Au milieu de cette querelle, alors que les salles d’Ilúvatar étaient ébranlées et qu’un tremblement se propageait dans les silences que rien n’avait encore touchés, Ilúvatar se dressa une troisième fois, et son visage était terrible à voir. Alors il éleva les deux mains, et dans un seul accord, plus profond que l’Abîme, plus haut que le Firmament, perçant comme l’éclat de l’œil d’Ilúvatar, la Musique cessa.
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Moraldandil, retraducteur officieux des Oeuvres Tolkieniennes ;-). J'imprimes, je relie et je vois si j'ai de quoi amener de l'eau au moulin ;-) |
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Belle étude, Moraldandil ! NIKITA |
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Quelques pinaillages à faire, mais félicitations tout de même ! Je n'ai pas encore comparé avec la version française officielle... J'ai peur qu'elle ne me paraisse trop fade ;-) 1.tu as oublié un "and" ;-) : "and many that sang nigh nigh him grew despondent, and they thought was disturbed and their music faltered...". Comme tu les as traduit systématiquement, je suppose qu'il s'agit d'un oubli. 2. pour le deuxième thème, tu as traduit "and it gathered power and had new beauty" par "et il gagna en puissance dans sa beauté nouvelle". J'aurais plutôt mis "et il gagna en puissance et eut une beauté nouvelle". Les deux faits sont séparés dans la version anglaise, et il ne me semble pas que ce soit sa beauté nouvelle qui lui fasse gagner du pouvoir. 3. un peu plus bas : "there was a war of sound more violent than before". Tu as écrit : "il y eu une guerre de sons plus violents qu'auparavant". Mais "sound" est au singulier, ce qui fait que j'aurais écrit "il y eut une guerre sonore plus violente qu'auparavant". 4. à propos de la troisième mélodie : "The one was [...] slow and blended with an immeasurable sorrow, from which its beauty chieffly came". Tu as écrit "de là surtout venait sa beauté"; "de laquelle surtout venait sa beauté" me semble plus naturel. 5. enfin, dernier pinaillage : lors de l'affrontement des deux chants : "but it seemed that its most triumphant notes were taken by the other and woven into its own solemn pattern"; tu n'as pas traduit "own". Il s'agit donc essentiellement de petites choses, mais pour une fois que c'est moi qui les remarque ;-) |
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Remarque tout à fait personnelle à propos d’une rectification de Laegalad : J’avoue préférer la première traduction de Moraldandil, plus recherchée et plus en phase avec le style archaïque de cette ouverture du Silmarillion qui s’éloigne précisément d’un langage « naturel »… NIKITA |
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A vrai dire, j'ai surtout présenté cet essai de traduction à titre d'illustration : il m'a paru souhaitable, après ces quelques éléments d'étude, de montrer plus concrètement à quoi je voulais en venir. Comme toute traduction, elle repose nécessairement sur une interprétation personnelle, et l'on peut tout à fait avoir une vision différente. Donner ma propre traduction n'est pas mon but premier - même si j'avoue m'être bien plu à l'exercice ! Cela dit, je suis tout à fait ouvert à la discussion. Peut-être faut-il que je précise un point important : les critiques que j'ai faites peuvent laisser penser que je suis partisan d'une traduction littérale, et servile, du texte anglais. Ce n'est pas le cas. Certes, j'ai fréquemment reproché à Pierre Alien de trop s'éloigner de l'original, mais c'est parce que j'estime que ce faisant, il en a altéré le sens et l'effet de façon significative. Je n'ignore pas pour autant la nécessité de reformuler certains passages afin d'en donner une version idiomatique : ne pas le faire serait un autre type de déformation. Laegalad a raison de remarquer que mon essai s'éloigne parfois un peu de l'original, mais je pense que les corrections proposées, pour accroître - un petit peu - l'exactitude, pourraient bien nuire à l'effet d'ensemble (à mon goût). 1. Le "and" omis n'est pas un oubli : c'est un cas où mieux vaut à mon avis simplement juxtaposer en français. Littéralement, on aurait et parmi ceux qui chantaient près de lui beaucoup se découragèrent, et leur pensée fut troublée et leur musique vacilla, accumulation de "et" qui peut gêner. Sur ce point, il est vrai que les sensibilités peuvent différer. 2. J'avais plutôt pensé ce "dans" comme exprimant une simultanéité qu'une cause (mais l'association des deux semble courante : cf. l'emploi du français "comme"). "et il gagna en puissance et eut une beauté nouvelle" est certes plus près de l'original mais sonne beaucoup moins bien. 3. Mettre un singulier - "Une guerre de son" - me fait un effet bizarre. "Une guerre sonore" me paraît trop... disons... administratif, et devient plus abstrait, ce qu'il vaut mieux éviter ici - cf. plus haut. 4. Comme l'a remarqué Nikita, l'asyndète permet d'introduire une distance par rapport au langage courant. Elle n'est certes pas dans l'original, mais l'archaïsme d'ensemble en bénéficie : on peut voir ça comme une compensation à l'absence d'équivalents propres pour "thou" etc. Pour être honnête, je crois qu'ici j'ai repris le procédé à Pierre Alien... 5. Je n'ai effectivement pas traduit "own", et là ce n'était pas conscient. Lire alors : il semblait que ses notes les plus triomphantes étaient reprises par l’autre et entremêlées à sa propre ligne solennelle ? Hmmm... je n'en suis pas sûr, "sa propre ligne solennelle" ne me plaît guère... "propre" me semble de trop en français. Maintenant, il est tout à fait légitime et même nécessaire de s'attacher aux "petites choses". Bien des points que j'ai critiqués chez Pierre Alien sont menus pris un par un... mais en s'accumulant, ils peuvent modifier insidieusement un texte. Moraldandil |
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Quelques petites précisions sur mes notes. Il est vrai que j'ai plus l'habitude de traduire des textes journalistiques que cosmogoniques. C'est pourquoi justement je m'attache plus au "mot à mot"; cependant, dans le cas d'un traduction d'une oeuvre littéraire, il est souhaitable de s'en éloigner (un peu). |
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En pleine étude de l'"Ainulindalë" pour mon site (en partie dans le but d'échapper au compte tenu de la pauvreté de tant d'autres sites de Silmo ;) ), j'essaye de me ressourcer un peu partout et je me permets donc de ressortir ce sujet des abîmes (3 ans...) pour féliciter Bertrand pour son travail d'analyse, de comparaison de re-traduction effectué dans ce fuseau. J'ai particulièrement apprecié le recensement des points notables de style chez Tolkien. Forfi P.S: et merci Silmo ne m'avoir retrouvé le lien ;) (décidemment le moteur de recherche...lol) |