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Est sortie ce mois-ci la traduction française du Rivan Codex de David et Leigh Eddings (Le Codex de Riva, éd. Pocket, coll. « Rendez-vous ailleurs », tr. fr. par Isabelle Troin, 2000, 477 p.). Il s'agit, comme le précise le sous-titre, des Etudes préliminaires de la Belgariade et de la Mallorée. Pour les passionnés de la Belgariade et de la Mallorée, ce volume reste une bonne occasion de parcourir de nouveau les œuvres. Mais on cherche en filigrane les personnages attachants de la décalogie sans jamais les retrouver vraiment. Le sous-titre se vérifie : l'impatience nous gagne de quitter ces préliminaires pour en (re)venir aux péripéties et aux réparties mordantes des principaux protagonistes. On aurait pu s'attendre à un index nominum général, mais il n'entrait malheureusement pas dans la ligne directrice de l'ouvrage. Il faut donc le prendre tel qu'il se donne, à savoir comme un recueil préparatoire qui, paradoxalement, conclut la décalogie (et les Préquelles). Toutefois, certains traits d'humour tombent justes, la synthèse des informations s'avère utile et quelques joyaux se découvrent au fil des pages. Pourquoi un tel compte-rendu dans un forum sur Tolkien ? Tout simplement, parce que David Eddings ne peut s'empêcher de faire référence à son prédécesseur. Puisqu'il entreprend de définir le genre qu'est la fantasy (mais on est loin de l'essai Sur les contes de fées) et de raconter comment il y est venu, Eddings ne peut faire l'économie de Tolkien. Morceaux choisis : - "Un siècle plus tard arriva Tolkien, sans doute plus prude encore que la reine Victoria. Avez-vous remarqué la totale absence de jeunes femelles hobbits ? Des petites filles et des vieilles tantes obèses, oui, mais pas d'adolescentes ni de femmes dans la fleur de l'âge. Les Victoriens vivaient dans l'illusion qu'une femme n'existe pas au-dessous de la ceinture" (p. 14). - "Les écrivains de fantasy contemporains s'inclinent tous poliment devant Lord Tennyson et Tolkien, puis ils les « contournent » pour revenir aux textes originaux [i.e. les romans médiévaux] et y puiser leur inspiration" (Ibid.). - "(...) j'étais dans une librairie à la recherche des romans de « fiction sérieuse ». En passant devant le rayon « fantasy », j'ai repéré un exemplaire d'un des trois volumes du Seigneur des Anneaux et marmonné : « je n'arrive pas à croire que ce vieux machin se vende encore ». En le feuilletant, j'ai remarqué qu'il en était à son soixante-dix-huitième tirage ! Du coup, je suis rentré chez moi et j'ai ressorti le famaux gribouillage [i.e. la carte initiale des Royaumes du Ponant, pp. 20-21], qui m'a semblé plein de possibilités" (p. 19). - "L'idée d'univers différent lancée par Tolkien a pour conséquence que la fantasy est souvent assimilée à la science-fiction et rangée dans les mêmes rayons, où elle n'a pourtant rien à faire. (...) Mais nous écrivons de meilleures histoires qu'eux [i.e. les auteurs de science-fiction] : ils passent trop de temps à expliquer comment marche une montre ; nous nous contentons de dire l'heure qu'il est et de reprendre notre récit" (pp. 30-31). - "Tolkien a autrefois écrit : « J'ai sagement commencé par dessiner une carte ». Je ne suis pas certain de la qualité du premier gribouillis que j'ai produit, mais sans le vouloir, j'ai suivi le bon chemin, et il m'a conduit jusqu'à la Belgariade" (pp. 473-474). Evidemment, tous ces propos sont à entendre avec la bonne humeur habituelle du "grand Dave" (sic, p. 477 ;-) Sébastien |