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Une rapide recherche dans les messages du forum Légendaire et dans ses estimables voisins de palier m'ont conforté dans l'impression que le personnage de Tevildo, le fameux 'Prince des Chats' du Conte de Tinúviel (dans Le Livre des Contes Perdus) a longtemps été laissé de côté. Le passage de Tevildo à Sauron m'a toujours intrigué. Au point que je n'ai pas réussi à trouver de problématique acceptable pour un article que je souhaitais écrire sur le sujet. Christopher Tolkien, dans diverses notes du livre des Contes perdus évoque le fait que JRR Tolkien a tout simplement 'remplacé' Tevildo par Sauron. Remplacé d'un point de vue littéraire, externe. Tevildo a été gommé dans la reprise du texte du Conte de Tinúviel par Tolkien et remplacé par ce nouveau personnage qu'était Sauron. Qu'en pensez-vous ? I. |
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Miaou ! I. |
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Oui, je ne pense pas qu'il s'agisse d'une transformation mais bien d'un remplacement ... |
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Sauron semble avoir hérité dans une certaine mesure de Fankil (Fangli, Fúkil), appelé 'son of Melko', qui n'avait pas été capturé et s'était échappé dans le monde avec maintes autres sombres formes après l'Enchaînement de Melko et l'Eveil des Elfes, et qui dirigea les Nains et les Gobelins, après l'étiolement de Tû devant le Soleil, parmi les Hommes nouvellement éveillés dans l'optique les convertir à a cause de Melko (peut-être faut-il y voir le rôle très tardif de Sauron comme le Seigneur Ténébreux à l'origine de la Chute des Hommes). Cependant il est indéniable que Sauron a repris le rôle de Tevildo dans le Conte de Beren et Lúthien et qu'il y joue quasiment la même partition que son prédécesseur. Il faut dire que dans l'imagerie populaire le loup était plus terrifiant que le chat, aussi détestable Tolkien trouvait cet animal ; et dans l'optique d'une publication, il n'est pas impossible qu'il est décidé de remplacé Tevildo par Sauron pour paraître plus crédible, pour toucher plus de monde (?, qu'on soit d'accord, ceci n'engage que moi). aravanessë |
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Effectivement, Le loup est plus crédible comme créature terrifiante que le chat. Encore que la description de Tevildo dans le Conte de Tinuviel fait assez froid dans le dos, non ? [Tevildo] était un chat (…) noir comme le charbon et maléfique à voir. Ses yeux étaient longs et très étroits et bridés, et luisaient et de rouge et de vert, mais ses grandes moustaches grises étaient épaisses et acérées comme des aiguilles. Son ronronnement était comme un roulement de tambours et son grognement comme le tonnerre, et quand il hurlait de colère il glaçait le sang. Brrr... :o) Mais remplacement de Tevido par Sauron tient peut-être à quelque chose de plus profond que la crédibilité maléfique du loup par rapport au chat. Cette suppression de Tevildo et son remplacement par Sauron semble alors s'inscrire dans un glissement de la mythologie naissante vers une approche plus chrétienne qu'elle ne l'étais au départ, selon moi. Et loin d'être un 'caprice' d'écrivain, on sent une véritable logique dans la démarche de Tolkien. Comme me disait Sosryko il n'y apas longtemps : "rien n'est innocent chez Tolkien". On peut dire que ça m'a mis la puce à l'oreille :p I. |
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Je ne sais pas si le rapprochement a déjà été fait, mais le cas de la reine Berúthiel présente plusieurs points communs avec celui de Tevildo-Sauron. Le plus évident est le thème des chats maléfiques. Neuf esclaves noirs, tourmentés et liés par un blanc : voilà qui me rappelle furieusement les neuf Nazgûl liés par l’Unique. De façon analogue à Sauron, Berúthiel espionne et terrifie les hommes par ses neuf esclaves, entièrement soumis à sa volonté et particulièrement efficaces dans les ténèbres — au point d’être restés dans les proverbes de la Terre du Milieu, ainsi que l’illustre Aragorn dans la Moria (SdA, II, 4). On sait toutefois que Tolkien a reconnu ne pas savoir qui était la reine Berúthiel lorsqu’il la mentionne dans le Seigneur des Anneaux (voir le dossier résumé par Hammond & Scull dans leur ouvrage The Lord of the Rings. A Reader’s Companion [= RC], p. 283-284). La note des CLI est aussi très probablement postérieure à l’interview donné par Tolkien à Daphne Castell en 1966 (cf. RC, p. 284) où il décrivait ce comportement singulier des chats qui suivent ceux qui les détestent. C’est donc un rapprochement tardif que Tolkien esquisse entre Berúthiel et Sauron. Mais qu’en est-il de Tevildo Prince des Chats (puisque c’est ce qui t’intéresse, Isengar ;-) ? Le texte des LCP II, 1 met en relief le pouvoir que possède Tevildo pour lier ses esclaves. Ce secret des chats, qui les lie dans la soumission, s’accompagne d’un collier d’or (« un insigne qu’aucun chat n’oserait déshonorer »), où « une grande magie de force et de pouvoir y était déposée » (LCP, p. 315). Au passage, notons que ce secret assure également le maintien des pierres de la maison de Tevildo, à l’image de Barad-dûr.
Une autre comparaison : chassée par son mari, Berúthiel – qui détestait la mer – sera jetée dans un navire avec ses chats. Dans ces deux histoires, les chats sont des êtres liés par un puissant sortilège qui assure la cohésion par la soumission apeurée à la haine. Ils seront condamnés à l’errance et à l’abandon, à la suite de leur maître(sse), sans espoir de salut.
Sur les chats chez Tolkien en général : Sur la chatte Grimalkin-Graymalkin, voir le message de Sosryko (09.07.2002) dans ce fuseau : Sur Berúthiel : |
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* rooon-rooon... A la liste proposée par notre cher Fangorn, j'ajouterai ce modeste essai, livré voici quelques temps par votre modeste serviteur : I. |
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notre cher Fangorm a écrit: Un petit mot super externaliste (c'est rare, encore qu'il est question de language) afin d'expliquer pourquoi les félins sont toujours attirés par ceux qui en ont peur. D'un côté, on a les humains qui n'aiment pas les chats (les sots) et qui ont des réflexes de primates dès que le greffier apparaît... (que voulez vous, les réflexes, c'est les réflexes).... Alors, ils se contractent, sont nerveux, etc... Or, le premier des réflexes du "Sapiens Sapiens" est de cligner des yeux (c'est naturel. on n'y peut rien. C'est un signe de peur). Silmo, vite fait |
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Je me demande un truc... Le clin du gros orteil, ça doit être difficile pour les trolls du genre de la Moria, vu qu'ils n'ont pas d'orteils. Comment savoir, alors, si on peut venir leur faire témoignage de notre aimable tendresse ?... :o) Ok, je sors... I. |
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Ce qu’a dit Isengar sur les deux différents types de monstres m’a fait sérieusement réfléchir. (Je n’ai pas dans l’immédiat The Monsters and the critcs sous la main, je me fierai donc aux dires de nôtre ami hobbit). Le passage de Tevildo à Sauron, ne me semble pas illustrer parfaitement le passage de l’ogre diabolique au diable à la forme d’ogre.(En effet, dans le Légendaire, si la Mort est omniprésente, la question d’un Salut Céleste au sens chrétien est plus ou moins absente. Pas question de foi, d’œuvres ou de Grâce au sens stricte, du moins pas de manière explicite, sauf si on considère ce qui va suivre). D’un point de vue internaliste, il me semble que l’avènement de l’ogre diabolique au diable à forme d’ogre est aussi assez bienillustré dans le Silmarillion, par Sauron et sa clique de Loups d'un côté, et Carcharoth de l'autre. Je m’explique. Au chapitre 19, Beren et Lùthien, on nous présente Huan ainsi : il était écris qu’il rencontrerait la mort, mais pas avant d’avoir fait face au plus grand loup qui eût jamais parcouru la surface de la terre. Ce qui fait de Carcharoth, en tant que meurtrier de Huan, l’Instrument du Destin. C’est d’ailleurs pour cela que Morgoth l’a choisit : Morgoth se souvint du destin de Huan et choisit un des louveteaux de la race de Draugluin qu’il nourrit de sa main avec de la chair vive pour qu’il acquît sa propre force. Le loup grandit si vite qu’il ne tint plus dans aucune des cavernes, et il restait, énorme et affamé, couché aux pieds de Morgoth. Là les tourments enflammés de l’enfer entrèrent en lui et il fut rempli d’un feu dévorant 1 qui le torturait, lui et sa force terrible. Il eut pour nom Carcharoth, Gueule Rouge 2, dans les récits de ce temps, et Anfauglir, les Mâchoires de la Soif 3. Et Morgoth l’envoya, privé de sommeil 4, devant les portes d’Angband, au cas où Huan viendrait. Une autre référence au destin est faite à la page 242, lorsque Carcharoth entre en Doriath : il était porté par le destin. Ce qui explicite mon propos, ou plutôt celui de Tolkien. Mais de quel destin s’agit-il ? Huan nous en donne une idée lorsqu’il parle pour la deuxième fois : Désormais tu ne peux plus sauver Lùthien de l’ombre de la mort, car son amour l’y destine. Tu peux te détourner de ton destin et la conduire en exil où tu chercheras vainement la paix, ta vie durant. Mais si tu ne renies pas ton destin, ou bien Lùthien abandonnée devras mourir seule, ou bien elle doit défier comme toi le sort qui vous attend – sans espoir, mais sans certitude. Mais mon cœur me dit, que je verrai aussi ce que vous trouverez à la Porte 5. Donc, le Destin mène à deux issues : 1°) Beren refuse de l’assumer, et conduit sa dulcinée en exil (Adam et Eve, la Chute). 2°) Beren assume son destin, alors, soit Lùthien meurt seule, soit ils défieront le sort. Ce qui revient à dire, qu’en refusant d’affronter la Mort-Renaissance, ils resteront sur Terre, soumis à la déchéance de celle-ci (je vous renvoit au marrissement d'(Arda, et à la condition difficile des Hommes et des Elfes) ; mais si ils passent par elle, alors ils iront au-delà, au-delà du Dévorateur d’Ame diabolique à forme d’ogre, mais ils n’ont là aucune certitude, c’est une question de choix, de « foi » dirons nous. Carcharoth signifie Gueule Rouge, par extension un dévorateur. En effet il dévore le bras de Beren, mais aussi la Lumière du silmaril. La Gueule du loup est une nuit, une caverne, un enfer dépourvu de lumière6. Plus encore, un fléau qui se répand dans le Monde. Mais lorsque Carcharoth est tué par Huan, et que l’on retire le silmaril de ses entrailles, nous assistons à la délivrance de la gueule, à l’aurore, à la lumière initiatique faisant suite à la descente aux Enfers d’Angband. Cependant, la délivrance ici est double, le silmaril est délivré, mais aussi Beren, et puis Lùthien. Ceci dans la mesure où Beren est libéré de « la souffrance des humains » et où Lùthien est libérée d’Arda, ce qui, pour un Elfe, est La délivrance. Ce qui montre que le Lai de la Délivrance, n’est pas l’émancipation de Lùthien de la tutelle de son père ou je ne sais quoi d’autre, mais le Délivrance comme Mort, moyen d’échapper au Monde. En conséquence, c’était bien là la volonté d’Eru Iluvatar, que les choses se passent ainsi. (A Manwë fut révélée la volonté d’Iluvatar, page 246). Le Destin étant fixé par Lui (Et toi, Melkor, tu verras qu’on ne peut jouer un thème qui ne prend sa source ultime en moi, et que nul ne peut changer la musique malgré moi. Ainundalë), et Carcharoth étant l’Instrument de ce destin, car c’est grâce à lui que se réalise la Délivrance. 1. Mais il est aussi rempli d’un feu dévorant… Son esprit est comparé à un brasier (page 238) et lui-même à un torrent de feu (page 242) s’abattant sur les Terres du Nord. Un feu dévorant et destructeur, diabolique en tout point. 2. Rouge : couleur funéraire, couleur du « feu » secret et initiatique, symbole de pouvoir, ce qui renvoit parfaitement à l'idée de feu régénérateur. 3. Cette soif que l’on retrouve peu avant sa mort, lorsque le Loup s’abreuve dans les eaux de l’Esgladuin, a un caractère tantalien. La vanité d’avaler la Lumière des Arbres, lui a valut une soif impossible à étancher. 4. Sans sommeil : typique de l’enfer, sans repos, sans quiétude... 5. La Porte peut faire référence au passage de la de ce monde à l'autre, à la Mort. Dans la liturgie ne dit-on pas que la Vierge est la Porte du Ciel ? Et le Christ n'a-t-il pas dit : Je suis la Porte, si quelqu'un entre par Moi, il sera sauvé (Jean 10,9). 6. On peut trouver une analogie dans l'Edda de Snorri Sturlusson. Les Loups, y sont des dévorateurs d'astres, des mangeurs de Lumière... Notes : On peut remarquer d'autres similitudes avec Beowulf Morgoth, comme Lucifer (luci-ferus il me semble), est un porte-lumière, qui a souhaité conserver la Lumière pour lui-même. Les Silmarilli de la Couronne de Fer peuvent faire penser à l’Emeraude que portait Lucifer sur son front, le futur Graal). Sur ce, bonne nuit à tous ! |