« Où allez-vous, Maître ? » s'écria Sam, encore qu'il comprît enfin ce qui se passait.
« Aux Havres, Sam », répondit Frodon.
« Et je ne peux pas y aller »
« Non, Sam. Pas encore en tout cas, pas plus loin que les Havres. Bien que toi aussi tu aies été Porteur de l'Anneau, ne fût ce qu'un court moment. Ton temps viendra peut-être. Ne sois pas trop triste, Sam. Tu ne peux être toujours déchiré en deux. Il te faudra être un et entier pendant de nombreuses années. Tu as tant d'objets de jouissance, tant de choses à être, et tant à faire »
« Mais, répliqua Sam, les larmes aux yeux, je croyais que vous alliez aussi jouir de la Comté durant maintes années, après tout ce que vous avez fait »
« C'est ce que j'ai cru aussi, à une époque. Mais j'ai été trop grièvement blessé, Sam. J'ai tenté de sauver la Comté, et elle l'a été, mais pas pour moi. Il doit souvent en être ainsi, Sam, quand les choses sont en danger: quelqu'un doit y renoncer, les perdre de façon que d'autres puissent les conserver. Mais tu es mon héritier: tout ce que j'avais et que j'aurais pu avoir, je te le laisse. Et tu as aussi Rose, et Elanore, et le petit Frodon viendra, et la petite Rosie, et Merry, et Tête d'Or, et Pippin, et d'autres encore, peut-être, que je ne vois pas. On aura besoin partout de tes mains et de ta tête. Tu seras le Maire, évidemment, aussi longtemps que tu le voudras, et le plus fameux jardinier de l'Histoire, et tu liras des choses dans le Livre Rouge et perpétueras le souvenir de l'époque passée, de sorte que les gens se rappelleront le Grand Danger et n'en aimeront que davantage leur pays bien-aimé. Tout cela te maintiendra aussi occupé et aussi heureux qu'on peut l'être, tant que ta partie de l'Histoire continuera.
« Allons, accompagne-moi! »