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[Édit (Yyr) 2021 : ce fuseau est l'un des nombreux rejetons de l'arbre initial de la traduction des poèmes] J'ai récemment acquis The Story of Kullervo, la réécriture du cycle de Kullervo dans le Kalevala que J. R. R. Tolkien écrivit vers 1913-1914, édité par Verlyn Flieger et récemment publié. Il est très intéressant d'y retrouver les premiers pas d'écrivain d'un tout jeune Tolkien alors au début de sa vingtaine, dans le feu de sa découverte du Kalevala et du finnois, s'entraînant à la narration et à la poésie. Le commentaire, extrait d'une présentation du Kalevala pour un club d'étudiants, est déjà très caractéristique de sa manière. J'ai trouvé particulièrement délicieux un des poèmes intercalés dans la narration : le chant magique de la femme d’Āsemo le forgeron, par lequel elle entend protéger ses vaches confiées à la garde de Kullervo. C'est une reprise directe du chant 32 du Kalevala, où le personnage correspondant est la femme d'Ilmarinen. Tolkien reprend dans ce poème le rythme octosyllabique obsédant du vers kalévaléen, et mêle noms finnois ou pseudo-finnois (annonçant le quenya qui viendra peu après) et de nombreux archaïsmes caractéristique de sa première façon d'écrire, telle qu'on l'observe aussi dans les Contes perdus. Archaïsmes d'ailleurs pas toujours employés à bon escient, on le voit par exemple employer thou "tu" comme un pluriel, énormité grammaticale qu'il n'aurait sûrement pas commise plus tard ! Du coup, je me suis précipité cet après-midi et ce soir sur une feuille de papier pour en faire un rendu en français. Je vous le livre ici quasi brut de décoffrage. Guard my kine O gracious Ilu Gracieux Ilu, garde mes vaches Then Palikki’s little damsel Demoiselle de Palikki O thou Uru, O my darling Ô toi Uru, ô mon chéri, All this prayer and all this chanting De cette prière et ce chant, B. |
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Un grand merci |
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Merci Bertrand pour ce beau cadeau
Dès les premiers vers, on relève (chez Tolkien qui suit la traduction de Kirby) la présence d'arbres gardiens (saule, aulne, sorbier, merisier), dont un sorbier/mountain ash, dont Tolkien fera plus tard un personnage à part entière avec l'ent nommé Vif-sorbier/Quickbeam (Cwicbéam, nous dit Shipppey dans Road to Middle-earth [n.7, p.379]). Ou bien, le refrain de la traduction de Kirby :
Through the finest of the summers, à peine modifié par Tolkien en :
In the fine days of the summer Je note également la présence, dans la forêt, des wild things, qu’on retrouvera avec un autre homme-ours, Beorn, qui annonce que dans Mikwood, autre forêt dangereuse s’il en est, « the wild things are dark, queer and savage ». S. |
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C'est toujours impressionnant de voir que, dès ces lointaines années d'avant-guerre, beaucoup de choses étaient déjà là, en gestation. Merci beaucoup pour tout ceci, cher Bertrand. I. |
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Merci pour ce partage, Bertrand.
Je me demandais encore, l'autre jour, quel était au juste cet « oiseau d'Ève » (“bird of Eve”) dont parle le poème... Qu'en est-il, selon vous ? J'ai pensé éventuellement à un rossignol, en supposant que le mot anglais “Eve” pouvait peut-être ici renvoyer au soir, d'une manière ou d'une autre, qui de facto se rapproche de la nuit, présente dans le nom anglais de l'oiseau, “nightingale”... Amicalement, Hyarion. |
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C'est une excellente question, tu mets le doigt sur un gros problème de traduction : car effectivement bird of eve "oiseau du soir" serait nettement plus attendu en contexte. Et pourtant, la majuscule figure bien dans l'édition de Verlyn Flieger, j'imagine qu'elle ne l'a pas mise de son propre chef et qu'elle reproduit un choix typographique de JRRT. On sait bien qu'il aime recourir aux majuscules, mais dans ce poème il n'en met qu'aux noms propres et à quelques personnifications évidentes comme Heaven, Creator, Ocean ou Honeypaw. Inversement, il n'en a pas mis à sun et twilight dans les vers avoisinants, qui auraient pourtant pu s'y prêter. C'est la raison pour laquelle j'ai favorisé la traduction par le nom biblique. Mais on ne peut certainement pas exclure un oiseau du Soir, même si ce Soir majuscule paraît un peu incongru et que j'imagine difficilement Tolkien passer à côté de l'ambiguïté produite ; il est bien plus probable qu'elle soit voulue, s'il y a bien là dedans une allusion à la première femme en plus de celle au soir. (Jeu de mots évidemment aussi intraduisible, s'il est bien là, que le and I never lie qui conclut le poème de l'Oliphant). Mais j'ignore, s'il y a bien un « oiseau d'Ève » là-dedans, à quoi Tolkien peut faire allusion exactement. Je dois dire que dans ma hâte à traduire je n'ai pas pris là le temps de chercher... Une petite recherche Google rapide sur cette expression suffit à rappeler des attestations chez plusieurs poètes dont James Thomson, Thomas Chatterton, Robert Burns, John Keats, manifestement au sens d' "oiseau du soir" et de"rossignol" ; il est possible que ce soit une expression toute faite (il faudrait que je jette un coup d'oeil dans l'OED). Pour la nature même de l'oiseau, j'ai aussi pensé immédiatement au rossignol et pour les mêmes raisons que toi... et pas mal de poètes apparemment, pour des raisons évidentes liées au chant nocturne de cet oiseau. Mais il y a aussi le fait que c'est un oiseau qui sera plus tard chez Tolkien lié à l'amour et la femme. Le chant du rossignol est associé avec l'amour de Thingol et Melian, et le nom gris-elfique du rossignol Tinúviel l'est avec celui de Beren et Lúthien. Et l'on retrouve une idée du même ordre sur un registre doux-amer dans l'histoire d'Aldarion et Erendis, avec le couple d'oiseaux chanteurs qu'ils reçoivent des elfes à leur mariage (quoiqu'il ne soit pas dit que ce soient des rossignols)... et qui repartent quand l'amour s'étiole. C'est peut-être chercher un peu loin, mais ce possible « oiseau d'Ève » ne pourrait-il être une préfiguration de cette association d'idées ? |
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Moraldandil a écrit :
Le terme avec une majuscule n'est pas si rare que ça ; on a, certes toujours en expression, Christmas Eve, New Year's Eve, Midsummer's Eve, etc. Personnellement, dans ma propre traduction de ce passage, j'avais traduit par l'oiseau de Veille (mais je n'ai pas la prétention que ça soit un bon choix). |
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Certes, mais comme tu le notes, toujours en expression avec un nom propre ou quasi nom-propre, ce qui tend à amener la majuscule à tous les mots pleins en typographie anglaise... actuelle. Mais dans un manuscrit en 1913-1914, jamais révisé pour publication par l'auteur même ? On ne peut même pas exclure la simple bizarrerie passagère. Je ne sais pas si cette difficulté d'interprétation a jamais été soulevée auparavant, mais si c'est le cas ça m'intéresse ! |
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Moraldandil a écrit :
Je remarque qu'Auguste Angellier a précisément consacré à Robert Burns et à John Keats ses deux thèses soutenues à Lille en 1893, et je me demande du coup si sa Légende de l'Oiseau Bleu, dont j'ai parlé précédemment, ne pourrait pas être une sorte d'exercice de style à partir, effectivement, d'une possible expression toute faite employée par les poètes d'Outre-Manche, en supposant que le récit est entièrement le fruit de son imagination. Ceci dit, l'oiseau d'Angellier, très directement associé par lui à l'histoire d'Adam et Ève juste après la Chute, s'il est inspiré peut-être du rossignol par association d'idées et en raison de son chant mélodieux, fait aussi penser, littéralement pour le coup, à une possible variante merveilleuse d'oiseau de Paradis... sachant en sus que le Paradisier bleu (Paradisaea rudolphi) était une découverte ornithologique très récente à l'époque d'Angellier ! ;-) En ce qui concerne J. R. R. Tolkien et son mystérieux « oiseau d'Ève », peut-être effectivement cette association qu'il semble (?) faire entre un oiseau chantant de nuit (possiblement un rossignol, donc) et la figure biblique d'Ève est-elle une préfiguration d'une association d'idées que l'on retrouvera plus tard plusieurs fois dans son œuvre comme tu l'a signalé : après tout, ce ne serait pas la première fois que des références « externes » explicites apparaissent plus ou moins clairement dans ses premiers écrits (a fortiori dans un exercice de style de jeunesse comme The Story of Kullervo) avant de disparaître par la suite. Amicalement, Hyarion. |
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J'ai du mal à être convaincu par une double référence, à la lecture du texte. Tolkien louait le caractère sauvage du Kalevala (et d'autant plus la partie sur Kullervo), justement non empreint de nos références et surtout pas celles de la chrétienté dans sa conférence qui accompagne le texte et qui date peu ou prou de la même époque. |
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Très élégante traduction, cher ami ! Je m'excuse de mon absence prolongée, mais j'avais perdu mes identifiants. Je ne pourrai malheureusement pas commenter l'actualité tolkienienne avec vous avant septembre, je pars lundi pour trois mois vers l'Ultima Thulé. Bien à vous, A. |
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Bon séjour au pays des Hommes du nord I. |
