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[Édit (Yyr) 2021 : ce fuseau est l'un des nombreux rejetons de l'arbre initial de la traduction des poèmes] Tadam!!! Enexclusivité sur ce forum... Non, là je m'y crois trop... Voici le Lai de Nimrodel: The lay of Nimrodel Le lai de Nimrodel An Elven-maid there was of old, Jadis vivait ici une elfe jeune encor, A star was bound upon her brows Une étoile blanche était posée sur son front, Her hair was long, her limbs were white, Sa chevelure était longue, ses bras blancs, Beside the falls of Nimrodel, Sur la rive des chutes de la Nimrodel, Where now she wanders, none can tell, Où erre-t-elle aujourd’hui, nul ne peut dire, The elven-ship in haven grey Le grand navire elfique dans les havres gris A wind by night in Northen lands Une nuit un vent des terres froides du nord When dawn came dim the land was lost, Quand l’aube terne vint, la terre s’éloignait, Amroth beheld the fading shore Amroth entraperçu la côte évanouie Of old he was an Elven-king, En des temps bien lointains il fut des Elfes un roi, From helm the sea they saw him leap, De la barre à la mer ils le virent s’élancer, The wind was in his flowing hair, Le vent soufflait dans ses beaux cheveux longs flottants, But from the West has come no word, Mais de l’Ouest aucun message n’est venu, Evidemment , j’ai du prendre quelques libertés par rapport au texte ; outre la forme (alexandrins au lieu d’octosyllabes, alternés avec des vers de 11 pieds au lieu de 6… Je ne suis pas arrivée à garder la forme originale), j’ai parfois ajouté des mots et changés certains sens (par exemple, strophe 1 vers 4, j’ai remplacé chaussures par atours, beaucoup plus poétique à mon sens et en plus qui rimait). Bon, cela dit, toute suggestion pour remplacer « Le vent soufflait dans ses beaux longs cheveux flottants », accumulation indigeste d’adjectifs (plus un angliscisme ;-D), sera la bienvenue. Mais mon cerveau étant pressé comme un citron, il n’a pas pu produire mieux. J’espère ne pas m’être trompée en comptant les pieds sur mes doigts (je n’ai jamais été douée en maths, alors si en plus on rajoute du contorsionisme ;-p).
Suilannad |
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Hum... sans vouloir déprimer personne, il me semble qu’il y a là une faille : les vers choisis sont trop longs par rapport à l’original, qui alterne vers de 6 et 8 syllabes. C’est vrai que se donner plus de place rend la traduction plus confortable, on se sent moins enserré... mais la poésie s’en trouve diluée. Et il arrive un moment, comme ici, où l’on se voit obligé de « remplir », d’empâter en ajoutant des adjectifs notamment... ce qui aboutit parfois à bousculer assez sérieusement le sens du texte. Par ex. l. 10 : « de deuil », qui change vraiment trop la tonalité du début du poème, l. 15 « ombelles », qui me rendent perplexe à cet endroit, bien que j’aie quelque idée de leur provenance ;-) etc. De plus, le sujet lui même n’est pas sans danger ici ; on ne peut pas dire qu’il soit franchement original... il est même passablement rebattu ! Ce qui expose à tomber dans le cliché : « sa belle Nimrodel » par exemple me semble un peu doucereux. Je voudrais aussi signaler ceci : Laegalad a écrit :
Là, je dis : attention ! « Shoes » est un terme on ne peut plus banal, et la traduction doit respecter le niveau de langue, sans « embellir », sans quoi l’effet d’origine risque de ne pas être restitué. A la limite, on aboutit à une « belle infidèle » à la mode du XVIIIe siècle, soigneusement expurgée de tout ce qui pourrait choquer les convenances du temps... Maintenant, je soupçonne que c’est plutôt la rime qui posait problème :-) C’est vrai que les rimes sont un pousse-au-crime ; il est tentant de tordre le sens pour en dénicher. D’un autre côté, les supprimer enlève un des caractères essentiels de la musique et de la structure du poème, notamment ici où les rimes croisées viennent renforcer l’effet de l’hétérométrie. Voici un essai dans une alternance de déca- et d’octosyllabes. Si j’ai moins eu besoin d’« étoffer », je ne me fais pas trop d’illusions : il y reste encore bien des défauts que je viens précisément de citer. Voyez plus haut pour le texte original. Lai de Nimrodel
Une vierge des Elfes fut jadis
Une étoile était posée sur son front,
Ses cheveux étaient longs et ses bras blancs,
Au bord des chutes de la Nimrodel,
Nul ne sait où elle erre maintenant
La nef elfique dans le havre gris
Des terres du Nord, une nuit, un vent
Au point du jour la terre était perdue,
Amroth vit que la rive s’effaçait
Il fut jadis un roi Elfe régnant
De la barre on le vit sauter dans l’onde
Ses cheveux dénoués flottaient au vent,
Mais de l’Ouest nul message n’est venu, Les écarts par rapport au sens littéral ne manquent pas ; j’ai néanmoins tenté d’en respecter l’esprit. « Seule », qui, je le confesse, a été amené par la rime avec « tilleul », s'ajoute au sens du texte ; il s’appuie toutefois sur une version de l’histoire d’Amroth et Nimrodel dans les Contes et légendes inachevés. Et je ne suis pas du tout satisfait par « cruelle », qui est très conventionnel. Je n’ai malheureusement pas pu trouver de meilleure solution... les propositions sont donc les bienvenues ! Moraldandil |
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ET bam, ramasse tes billes Laegalad ;-) Heureusement qu'il en faut beaucoup pour me déprimer ! Tu sais que tu serais presque désespérant des fois? Parce qu'évidemment, ta trado est bien plus coulante et aisée que la mienne... J'aimerais bien trouver de quoi remplacer tes "cruelle" et "seule", mais j'ai bien peur que tu me surpasse de trop loin là-dessus... Bon, la prochaine fois, je m'attaque à un truc tout simple, s'il y en a un. |
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Bon, ben il ne reste plus qu'à imprimer ça dans la même police que le lvire, à couper et à coller à la place de l'original... :-) |
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Merci... Et... mes excuses aussi ; mon objectif n’est certes pas de décourager quiconque. Je me suis attelé ce lai à plusieurs reprises avant d’obtenir ce résultat. Pour ce qui est des ombelles... mes excuses encore ! Mais j’étais assez surpris de voir survenir ce mot à cet endroit, alors que rien ne le suggère dans l’original. Comme le lai emploie la même comparaison avec la feuille de tilleul que le chant de Beren et Lúthien, j’ai tout bêtement fait un lien... qui n’avait pas lieu d’être. Reprendre un mot me semble d’ailleurs difficilement constituer un plagiat :-) Laegalad a écrit :
Ça n’est pas faux, et c’est une critique pertinente : le style de l’original est plus simple. Et je viens précisément de souligner le danger de l’ « embellissement » stylistique... « Nef » est également critiquable à ce titre... mais je confesse que sa brièveté est bien commode. Je ne pense pas dénaturer par là le ton général, mais c’est vrai que ce point pourrait être amélioré.
Je n’y avais rien vu de spécialement mordant. La critique peut aussi être une contribution constructive - comme ici - et il serait alors malvenu de s’en formaliser.
Moraldandil |
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Moraldandil> J'accepte tes excuses ;-) et je t'explique mon ombelle : en fait, ce qui m'y a fait penser, ce sont les branches des mellyrn, mais à la réflexion, je ne sais plus si les mellyrn se trouvaient en Lorien au temps de Nimrodel. En tout cas, Nimrodel avait pour habitude de demeurer dans les arbres... Fait un amalgame de tout ça, et tu obtiens l'expliquation des ombelles : Nimrodel chantant du haut d'un talan au bord des cascades. Vinyamar> Toi aussi? Mais moi j'ai du y imprimer en tout petit tout petit, parce qu'en français, je n'ai encore que l'édition Pocket avec les affreuses illustrations de Siudmak ;o) |
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Moraldandil> je n'aurais qu'une petite correction à faire (sinon, je trouve le reste admirablement rendu), sur l'adverbe "traître[use]ment", à la 9e strophe; mais se pose, alors, un problème de métrique...que je proposerais volontiers de résoudre ainsi (en empruntant un petit quelque chose à Laegalad:-)): [...] Sinon, si j'interviens moins souvent ici ces derniers temps, c'est que je suis en train de me lancer dans une traduction du "lay of Leithian" dans HoME III (au moins le premier "canto" pour commencer- que je voudrais tout de même terminer avant d'en soumettre ma modeste interprétation à la critique des Tolkiendili:-)) Iarwain |
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Bravo pour vos belles traductions Moraldandil et Laegalad. Bien sûr, on peut toujours discuter du rendu de tel ou tel passage particulier du poème mais traduire en français un poème anglais n'est pas une mince affaire. Pour ma part, je m'en sentirais bien incapable. Bon courage Iarwain :-) Finrod. |
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Iarwain a écrit :
Touché ! :-D C’est ma foi vrai, « traîtrement » ne se trouve pas dans le dictionnaire. Voilà donc pourquoi le correcteur d’orthographe le refusait obstinément! Ayant consulté mon Petit Robert, j’ai bel et bien constaté que cet adverbe n’y figurait pas… mais "traîtreusement" s’y trouve, formé sur l’adjectif "traîtreux" aujourd’hui sorti de l’usage général (que je me souviens avoir découvert de façon significative chez Robert Merle). Bref, j’avais procédé sans le savoir à une régularisation analogique. Pas d’une faute contre le système de la langue donc, mais contre une norme, et la question est de savoir si cet écart est acceptable. De mon point de vue, visiblement oui, puisque j’ai produit cette forme spontanément. A vrai dire, la proscrire m’apparaît en valeur absolue comme un purisme mal placé. Néanmoins, je conçois qu’elle puisse gêner et, plus important, troubler par là l’effet produit. Ta solution est donc largement préférable, d'autant plus que "perfide" correspond de plus près à "faithless" que "traître". Je te souhaite bon courage pour ta traduction du lai de Leithian… pour une entreprise de cette ampleur, je crois que tu en auras besoin, ne serait-ce que pour le premier chant ! Moraldandil |
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Moraldandil a écrit :
Sauf que (si je me souviens bien de mes leçons de grammaire de collège...:-)) en règle générale* les adverbes en -ment se forment d'après le féminin de l'adjectif correspondant: ainsi, bonnement, grandement... et donc **traîtressement, ce qui me semble tout de même moins heureux que traîtreusement, et même que **traîtrement:-) *mais peut-être y a-t-il des exceptions? Iarwain PS: Merci pour vos encouragements:-) 'Tis yet a bolder deed to sail tant pis j'ai osé:-) |
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Mmm... pour rester chez Robert Merle, il y a bien bougre/bougrement.... :-) Peut-être en est-il ainsi parce que nous avons affaire à des noms employés comme adjectifs ? A creuser (mais pas ici). Le fait que le mot me soit venu spontanément montre néanmoins qu’il y a certainement eu alignement inconscient sur un modèle de dérivation plus courant. De toute façon, le problème ne se pose plus si l’on adopte ta solution, à mon avis nettement meilleure. Moraldandil |
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voulu voir ce que je pouvais, maintenant que j’ai pris de la graine, faire de ce très beau poème chanté par le Prince Legolas aux abords de l’eau rafraîchissante de la Nimrodel. J’avais tenté de le traduire à mes débuts (par pitié, n’y redescendez pas), et Moraldandil avait lui aussi fait un essai. J’ai voulu me tester, voir si je faisais mieux, et j’ai fait cette re-re-traduction sans regarder les anciennes re-traductions. Ce regard, je ne l’ai porté qu’à la fin, après avoir peaufiné et relu ma traduction (l’actuelle que je présente maintenant, pour ceux qui n’ont pas suivi :)). L’original alterne tétramètres et trimètres iambiques : les vers impaires ont quatre pieds (tétramètres), les vers pairs en ont trois (trimètres) ; un iambe est un pied (c'est-à-dire une cellule rythmique) qui alterne accent faible et accent fort. Les rimes sont croisées (ABAB). Dans l’exemple, les pieds sont séparés par le signe « | », les accents forts sont en gras, et les rimes en vert et magenta. An El | ven-maid | there was | of old, Ce qui donne huit syllabes pour les vers impairs, et six pour les pairs. Pas assez de place, donc, pour mettre autant d’idées en français que dans l’original. J’ai donc choisi d’agrandir un peu en alternant décasyllabes et octosyllabes (10 et 8), et j’ai bien entendu gardé le schéma de rimes. Deux « problèmes » de traduction se sont présentés (du moins, persistent, je pense avoir réglé les autres :)). Le premier fut la traduction de « fair ». Très difficile à traduire en fait : en français, fair signifie « très beau », « magnifique »... ou « blond », mais par la proximité de fair et fairy, le mot se colore d’une idée de « sur-naturel ». Cette proximité n'est pas linguistique, c'est uniquement une association d'idée, qui peut très bien n'être que personnelle ; étymologiquement, fair vient du vieil anglais fæger "beautiful, pleasant," d’une racine germanique *fagraz d’une racine indo-européenne *fag-. ; fairy vient du vieux français faerie "land of fairies, meeting of fairies, enchantment, magic," de fae "fay," du latin fata (pl.) "the Fates." Voir ce dictionnaire étymologique : http://www.etymonline.com/. Le mot apparaît quatre fois dans le poème : v.8 : In Lórien the fair ; v.10 : And fair she was and free ; v.40 : In fair Lothlórien ; et v.47 : Afar they saw him strong and fair . Deux fois appliqué à un Elfe, deux fois à un lieu. Je ne pense pas que l’utilisation de fair réponde systématiquement à un sens symbolique, puisque Tolkien l’utilise en rime avec hair à chaque fois qu’il a besoin de la rime. Pour le reste, fair est à l’intérieur du vers. Il n’empêche que chaque fois que quelque chose d’elfique et positif doit être décrit, c’est fair qui revient (le navire n’est pas positif, mais faithless, sans foi, perfide, unfair). Je ne suis pas totalement satisfaite de ma traduction de fair, puisque pour des raisons de rimes et de place, j’ai dû employer « enchantée » pour le vers 8, « trèsbelle » pour le vers 10, « enchantée » de nouveau au vers 40 (il s’agit du même lieu), et « beau » au vers 47. Pour bien faire, j’aurais dû employer le même mot à chaque fois. Le deuxième problème de traduction, c’est The elven-ship in haven grey / Beneath the mountain-lee. J’ai mis du temps à comprendre que mountain-lee désigne le flanc de la montagne abrité du vent (in, under the lee of something : près de quelque chose, protégé du vent par cette chose). Mais « Sous le flanc de la montagne abrité du vent » reste indigeste. Il existe certainement un terme pour désigner un port protégé du vent dominant par une montagne, mais je ne le connais pas ; avis aux marins ou montagnards… Il n’y avait guère d’autres effets à rendre, si ce n’est le parallélisme v.7-8 // v.39-40 : As sun upon the golden boughs
When golden were the boughs in spring Bizarrement, et même si j’avais complètement oublié ma première tentative, je suis retombée sur les « rameaux blonds » de la forêt enchantée. Les allitérations et assonances sont trop peu nombreuses pour être strictement volontaires, je n’y ai donc pas prêté garde, si ce n’est au troisième quatrain, où le hasard de la traduction a fait que je me retrouvait naturellement avec beaucoup de liquides, ce qui m’arrangeait bien : Her hair was long, her limbs were white, Ses cheveux étaient longs et ses bras blancs, Song of Nimrodel Chant de Nimrodel An Elven-maid there was of old, Il fut jadis une Elfe demoiselle, [5] A star was bound upon her brows, Une étoile était posée sur son front, Her hair was long, her limbs were white, Ses cheveux étaient longs et ses bras blancs, Beside the falls of Nimrodel, Au pied des chutes de la Nimrodel, Where now she wanders none can tell, Nul ne sait où elle erre maintenant, The elven-ship in haven grey Le navire elfique au havre gris [25] A wind by night in Northern lands Un vent vint de nuit des Terres nordiques When dawn came dim the land was lost, Quand l’aube vint, les monts gris se perdaient, Amroth beheld the fading shore Amroth vit que la rive s’effaçait Of old he was an Elven-king, Il était roi elfique auparavant From helm to sea they saw him leap, De la barre à la mer il s’élança, [45] The wind was in his flowing hair, Le vent soufflait dans ses cheveux flottants, But from the West has come no word, Mais depuis l’Ouest aucun mot n’est venu, |