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[Édit (Yyr) 2021 : ce fuseau est l'un des nombreux rejetons de l'arbre initial de la traduction des poèmes] Voilà un autre rejeton du fuseau Traduire les poèmes ? ;-) Tout d’abord, un grand merci à Moraldandil (il doit commencer à être habitué ;-)), qui m’a grandement aidée. Ensuite, quelques précisions : ce poème contient une opposition entre vers à quatre accents et vers à trois accents (je vous rassure, je ne l’ai pas trouvé toute seule), en plus des rimes croisées (ça, si J). J’ai choisi de ne rendre dans la traduction française que le schéma des rimes ; c’était déjà assez compliqué, sans en plus ajouter des différences de longueur dans les vers ;-). Evidemment, l’utilisation de la rime m’a entraînée parfois à faire une légère « broderie » pour retomber sur mes pattes. J’ai essayé autant que possible de l’éviter. Ah ! Autre chose : la traduction de « Earth-maiden » : j’ai traduit « Damoiselle de la Terre ». Je sais, c’est long, mais le « I’m born Earth’s daughter » de Firiel sonne comme une révélation tragique dans l’original, et ce vers est le pivot du poème ; si j’avais traduit « Earth-maiden » et « Earth’s daughter » de la même manière en français, j’aurais perdu cet effet. Il s’agit évidemment d’une question de sensibilité ;-) Il y a aussi le vers 84 sur lequel je doute (and she halted staring) : faut-il traduire « et elle cessa de les fixer » ou « et elle s’arrêta en les fixant » ? J’ai préféré la première solution, car elle me fait penser aux contes de fées, où dès que l’on cesse de fixer l’objet enchanté, il disparaît. De plus, j’imagine assez bien Firiel marquer un temps d’arrêt à ce moment en regardant son pied, réalisant qu’elle ne peut suivre les Elfes. The Last Ship Le dernier navire Firiel looked out at three o’clock: A trois heures Firiel regarda dehors : She watched the gleam at window grow, Elle regarda par la fenêtre grandir l’éclat, Her gown had jewels upon its hem, Sa robe de joyaux était ourlée, [25] A sudden music to her came, Une musique vint à elle soudain, A ship with golden beak and oar Un navire à rostre doré With harp in hand they sang their song Harpe à la main ils chantaient leur chanson “Then whither go ye, boatmen fair, « Où donc alors, descendant la rivière, “Nay!” they answered. “Far away « Nenni ! » répondirent-ils. « Loin d’ici [65]“To mortal fields say farewell, « Disons adieux aux champs mortels The oars were stayed. They turned aside: Les rames furent arrêtées. « Firiel ! Firiel ! » Firiel looked from the ricer-bank, Firiel depuis la rive les regarda, No jewels bright her gown bore, Sa robe ne portait plus de joyaux brillants, Year still after year flows L’une après l’autre, les années |
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Très beau travail Laegalad :-) Je n'ose imaginer combien de temps tu as du passer sur ce poème pour le traduire ainsi ;-) Au sujet la justification de ton choix pour le vers 84, il est vrai qu'il est difficile de trancher mais j'aime beaucoup l'idée que tu avances. C'est très poétique justement ;-) Pour ce qui est de la place de ce texte dans l'oeuvre de Tolkien, il y a tout de même un lien avec le Légendaire, de par le thème elfique, et aussi d'après ce qu'en dit la préface aux Aventures de Tom Bombadil (non incluse de façon incompréhensible dans l'édition bilingue de chez Bourgois mentionnée ci-dessus:-(). Cette préface est très intéressante car Tolkien s'emploie à expliquer comment la plupart des poèmes qu'il propose (et qui, à l'origine, n'étaient pas destinés à faire partie du Légendaire) dérivent notamment de la tradition hobbite ou humaine. En gros, il internalise (je ne sais pas trop si ça se dit ;-)) les poèmes. Je donne ici le passage qui se rapporte au poème "The Last Ship" afin que ceux qui n'ont pas la préface puissent savoir ce que Tolkien en disait : No 16 ["The last ship"] must be derived ultimately from Gondor. [It is ] evidently based on the traditions of Men, living in shorelands and familiar with rivers running into the Sea [...] No 16 mentions the Seven Rivers* that flowed into the Sea in the South Kingdom, and uses the Gondorian name, of High-elvish form, Fíriel, mortal woman**. In the Langstrand and Dol Amroth there were many traditions of the ancient Elvish dwellings, and of the haven at the mouth of the Morthond from which 'westward ships' had sailed as far back as the fall of Eregion in the Second Age. These two pieces [No 6 & 16], therefore, are only re-handlings of Southern matter, though this may have reached Bilbo by way of Rivendell. * : Lefnui, Morthrond-Kirl-Ringló, Gilrain-Sernui, and Anduin. ** : The name was borne by a princess of Gondor, through whom Aragorn claimed descent from the Southern line. It was also the name of a daughter of Elanor, daughter of Sam, but her name, if connected with the rhyme, must be derived from it; it could not have arisen in Westmarch. Encore bravo pour ta traduction ! :-) Laurent |
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Merci Finrod ;-D !
Heu... je ne sais pas, je n'ai pas compté. Il y a bien dû y avoir quelques heures de droit, des trajets en train, et puis des soirées dictionnaires ;-).
Tu parle d'"Encore un Elfe qui part"? Il se trouve que je l'avais composé avant de découvrir The Adventures of Tom Bombadil. Pas de plagiat, donc ;-), même si ma nouvelle peut faire penser à ce que tu viens de me citer à propos du prologue (dont je ne soupçonnais même pas l'existence ;-)). Encore merci (mes smileys ne ressemblent affreusement pas au grand sourire que j'ai devant mon écran ;-))! |
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Bonjour, Je suis nouveau ici. Certains me connaissent sous ce même pseudo sur Tolkiendil ou comme "Eru" sur Tolkienfrance ou Aratars. Je voulais vous proposer la traduction que j'ai faite du dernier conte du receuil "Tom Bombadil", intitulé "The Last Ship". J'ai essayé de coller au plus près du texte original, tout en respectant la façon dont les rimes étaient placées et une métrique la plus proche possible du texte original (elle n'est pas parfaite j'en conviens). La voici : The Last Ship Le Dernier Vaisseau Firiel looked out at three o’clock :
She watched the gleam at window grow,
Her gown had jewels upon its hem,
A sudden music to her came,
A ship with golden beak and oar
With harp in hand they sang their song
When whither go ye, boatmen fair,
“Nay !” they answered. “Far away
“To mortal fields say farewell,
The oars were stayed. They turned aside :
Firiel looked from the river-bank,
No jewels bright het gown bore,
Year still after year flows A trois heures Firiel regarda au-dehors :
De sa fenêtre le soleil levant elle observa,
De joyaux sa longue robe se bordait
Une musique vint à elle soudainement,
Un vaisseau au bec et aux ailes d’or
La harpe à la main, ils entamèrent un chant
« Alors, où va donc ce bel équipage,
« Non ! » répondirent-ils. « Loin devant
« Au champs des mortels adieu disant,
Les rames se figèrent. Il se tournèrent :
De la rive Firiel les regarda,
De joyaux sa robe n’était plus bordée,
Les années succèdent aux années, Voilà, j'attends avec impatience vos commentaires. |
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Rien ne vaut un petit "up" lambertinien :-) |
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Pourrais-tu nous en dire plus sur ce que tu as voulu rendre dans ta traduction ? Au niveau des pieds, par exemple, ou des effets rendus ? J'aurais bien quelques remarques à faire, mais je ne puis être impartiale -- même si je l'ai traduit il y a longtemps (ouch ! mai 2003 ?! Déjà ?!), il m'en reste une imprégnation (d'autant que j'envisageais de le retravailler, maintenant que j'ai pris de la graine) :) Or donc, si tu nous disais un peu mieux ce que tu as préféré rendre par rapport à autre chose, dans ce délicat travail de balance qu'est la traduction, cela m'aiderait à mieux "jauger" (puisque je n'ai pour seul référenciel, actuellement, que ce sur quoi j'avais pris garde à l'époque) :) |
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Je découvre Firiel à l'instant, que ce soit dans sa version anglaise ou dans sa traduction, aussi mon avis est à prendre comme une simple impression. « ses cheveux en nattes elle coiffa » rend « her long hair braided, » Ce n'est qu'un avis personnel, mais je trouve que "coiffa" ne rend pas assez le sentiment que, faisant cela, elle se brime pour retourner à sa vie normale et la strophe entière il me semble, sous entend que c'est difficile et qu'elle en a du regret, même si elle l'assume. Je peux me tromper, c'est la première fois que je lis ce poème. Dès lors, je me demande s'il n'aurait pas fallu utiliser un verbe avec une idée de restriction comme "brida" ou "brima" ce qui serait fortement exagéré par rapport au sens normal de "braid" (cf dict.org), ou alors pour respecter plus à la fois le sens et l'impression, "lia" "noua" "serra" ou un truc comme ça. c'st vrai, quand tu te "coiffes" il y a deux sens, ça peut être libérer les cheveux pour les brosser ou les enfermer pour les natter, à mon sens c'est le second sens ici. De toutes façons c'est un tout petit, petit, détail hein, la traduction est fort jolie! ;o) Romaine (nulle en poésie mais habituée à se brimer, natter, les tifs! ;o))) ) |
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Bien bien je vais essayer de répondre à tout ça ! Laegalad : en fait je me suis lancé dans cette traduction suite à différentes discussions sur Tolkienfrance concernant les traducteurs. Je disais que plutôt que de critiquer sans arrêt tel ou tel traducteur, il fallait essayer de tenter l'exercice soi-même pour en mesurer l'ampleur. Ce que j'ai, comme un défi. Par défi,j'entends le fait de donner vie en français à un poème de Tolkien, c'est-à-dire d'être aussi proche que possible du texte original (ce qui était loin d'être le cas de la traduction éditée de Tom Bombadil (avant 2003 en tous cas)), tout en replaçant les rimes à l'identique et en essayant de garder une métrique compacte, assez proche du texte anglais, du moins le plus proche possible. Défi très difficile, car l'anglais est plus synthétique que le français. Il m'a fallu me torturer pas mal l'esprit pour arriver à quelque chose qui commence à me satisfaire. J'ai fait et défait jusqu'au résultat que je présente. Mon but était, au delà d'une métrique parfaite, d'essayer de faire "couler" le texte d'une façon proche de l'original. La métrique que je propose n'est pas parfaite, mais j'ai préféré trangresser parfois un peu les règles pour essayer le rendre le mieux possible l'impression ressentie dans le texte de Tolkien. Par ailleurs, je voulais donc aussi rétablir certains termes dans leur sens véritable, tant la traduction dont je dispose me paraît étrange par moments. La confusion entre "tinkle" et "twinkle" par exemple. Dans la version publiée, "tinkle" a été traduit par "tintinnabuler", qui est la traduction de "twinkle". Autre exemple : « Her gown had jewels upon its hem, as she ran down to the river » qui avait été traduit par quelque chose du genre : « sa robe était ourlée de gemmes, et comme elle descendait vers la rivière... ». Or, l'impression que me donne ce passage est totalement différente : pour moi, sa longue robe se borde de rosée (joyaux) comme elle parcourt l'herbe en descendant vers la rivière, ce qui est bien différent, d'autant que plus loin on a : « No jewels bright her gown bore, as she walked back from the meadow ». Aurait-elle décousu ses ourlets entre temps ? non, la signification est autre. Il y aurait pas mal à dire, mais je ne veux pas trop m'étendre pour l'instant. J'ai essayé aussi de donner un peu de rythme qui manquait dans la traduction (à peu près) littérale officielle. Ce avec mes modestes moyens. Romaine : oui ce passage m'a fait hésiter, mais il me semble que "natter" représente bien le fait de contraindre ses cheveux. Bien sûr, on aurait aussi pu dire "tresser", "nouer", "attacher" ou autre comme tu le suggères. Mais il me semble que l'impression rendue déjà auparavant impose déjà cette vision contraignante (elle rentre chez elle, sous sa porte noire, sa maison remplie d'ombres, elle enfile son sarrau) et il me semblait inopportun de surcharger encore, de faire de la surtraduction. D'ailleurs "braid" signifie bien "natter", "tresser", ou tout autre terme signifiant "entrelacer ses cheveux"... En cas de doute, ma source est un dictionnaire unilingue anglais de 1966-1967, parfait pour traduire Tolkien. Mais cela dit je ne te donne pas tort dans ton approche. Voila, n'hésitez pas à poser d'autres questions, je trouve vos interventions très très intéressantes. |
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Je m'occuperai de travailler à quelque chose de plus profond dans la semaine (j'espère :)), mais quelque chose m'intrigue : la métrique, justement :) Le poème original est accentuel : les vers impairs ont quatre accents forts, les pairs en ont trois. Cet effet de balancement est accentué par les rimes finales, qui en plus d'être croisés, sont alternativement masculines et féminines (ie : les rimes masculines finissent sur un accent, les rimes féminines sur une syllabe inaccentuée). Firiel looked out at three o'clock:
Pour ma part et idéalement -- ce que je n'ai pas fait dans ma version antérieure (je n'aime pas m'auto-citer, mais comme je vais sans doute y revenir par la suite...) et que j'aimerai mettre en place dans la révision... ce qui n'est pas évident -- je tenterais de rendre ça en français par une alternance 8 syllabes / 6 syllabes, ou 12/9, je ne sais pas encore trop -- si même cela est possible jusqu'au bout. |
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Oui, Laegalad, je comprends tes interrogations. Je dois préciser que si je pense bien me débrouiller pour ce qui concerne la traduction, je ne suis pas un professionnel dans le domaine de la poésie, et que par métrique j'entends essentiellement le nombre de pieds que comporte un vers (peut-être que j'utilise ce terme à tort d'ailleurs). C'est du moins dans ce sens-là que je voulais m'exprimer : j'ai voulu rendre une traduction dans un français assez "compact" pour me rapprocher le plus possible du texte original. Ce qui était à la base assez difficile tout en respectant le plus possible la lettre. |
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Five millenia latter... Or donc, voilà le (long) commentaire promis (et coloré :)) ! Introduction Tout d'abord, re-situons le poème dans la tradition, avec l'aide de la préface de l'auteur : No 16 ["The last ship"] must be derived ultimately from Gondor. [It is ] evidently based on the traditions of Men, living in shorelands and familiar with rivers running into the Sea [...] No 16 mentions the Seven Rivers* that flowed into the Sea in the South Kingdom, and uses the Gondorian name, of High-elvish form, Fíriel, mortal woman**. In the Langstrand and Dol Amroth there were many traditions of the ancient Elvish dwellings, and of the haven at the mouth of the Morthond from which 'westward ships' had sailed as far back as the fall of Eregion in the Second Age. These two pieces [No 6 & 16], therefore, are only re-handlings of Southern matter, though this may have reached Bilbo by way of Rivendell." * : Lefnui, Morthrond-Kirl-Ringló, Gilrain-Sernui, and Anduin. ** : The name was borne by a princess of Gondor, through whom Aragorn claimed descent from the Southern line. It was also the name of a daughter of Elanor, daughter of Sam, but her name, if connected with the rhyme, must be derived from it; it could not have arisen in Westmarch. En ce qui concerne la « texture » de la traduction, nous avons tous les deux choisi une façon « naturelle » — à quelques vers près.
Pour la technique, comme je disais, le vers original alterne 4 / 3 accents, et rimes croisées masculines / fémines. Pour les rimes croisées, nous avons tous les deux conservés cette contrainte. L'alternance rimes masculines / féminines, par contre, est plus délicate à conserver, d'autant que c'est une habitude qu'a perdu le français moderne. Pour ma Reste le schéma 4 / 3 accents. La première fois, j'avais laissé tombé aussi, et utilisé un vers libre. Mais avec un peu d'expérience, on manie plus facilement les vers syllabiques, et j'ai réussi une alternance décasyllabes / octosyllabes, qui étaient en fait les plus récurrants dans ma première version, même s'ils ne suivaient pas un schéma particulier. Traduction The Last Ship Le dernier navire Fíriel looked out at three o'clock: Fíriel mira dehors à trois heures : She watched the gleam at window grow, Par la vitre elle vit grandir l'éclat Her gown had jewels upon its hem, Avec sa robe ourlée de joyaux, A sudden music to her came, Une musique soudaine lui vint, A ship with golden beak and oar Un navire s'approcha en glissant With harp in hand they sang their song Harpes à la main ils chantaient leur air 'Then whither go ye, boatmen fair, « Où allez-vous alors, gents bateliers, 'Nay!' they answered. 'Far away « Nenni ! » répondirent-ils. « Nous suivons 'To mortal fields say farewell, « Oublions donc la Terre-du-Milieu, The oars were stayed. They turned aside: Les rames cessèrent. Ils se retournèrent, Fíriel looked from the river-bank, De la rive, Fíriel les regarda, No jewels bright her gown bore, Sa robe était nue de joyaux brillants, Year still after year flows Les unes après les autres, les années Ouf ! Voilà pour le premier bout... |
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Et le deuxième... Notes pour ma version Note 1. : v. 4 : « clear and shrill was crowing = coqueliquait clair aigrelet. » A force d'utiliser « chanter » pour désigner le cri du coq, on en a oublié le terme propre : coqueriquer, ou coqueliquer : Coqueriquer, verbe intrans. (de coquerico). [En parlant du coq] Faire cocorico. [...] 1re attest. 1575 coqueliquer (A. PARÉ, Œuvres, Introduction, chap. XXVI, éd. Malgaigne, t. 1, p. 99), 1752 coqueriquer (Trév.); de coquerico, coquelico, dés. -er. J'ai utilisé le terme le plus ancien, et j'aime bien la sonorité que j'ai réussi à rendre ; un peu plus loin, pour « se frayant entre les feuilles, frêles / et frais, un vent vagabondait », j'ai multiplié les sons ventoyants. Je n'ai donc pas « traduit » les allitérations au même endroit, mais là où elles venaient le plus naturellement. Note 2. : v.19 : « and leaned upon a willow-stem = et se pencha sur le tronc d'un marsault » Le marsault est une espèce de saule, le Salix Capréa(qu'on appelle aussi marsaule, saule gris, ou osier cendré) ; il est moins liées aux milieux humides que les espèces voisines de saules et préfère les fonds de vallés, mais rien ne l'empêche de pousser en bord de ruisseau. Note 3. : v. 23-24 : « bending reeds were softly blown, / lily-leaves were sprawling. = les roseaux étaient doucement courbés, / les feuilles-de-lis s'étalèrent. » « sprawling » n'est pas évident à traduire : se vautrer, s'étaler, tomber... mais pour les plantes, c'est plutôt « pousser dans tous les ens »... ce que ne rend pas bien laquo; s'étalèrent », mais je n'ai pas trouvé de terme plus adéquat. Note 4. : v.37 : « Fair folk out of Elvenland = [...] de belles gens / des Terres-des-Elfes [...] » // v. 61 : « we go back to Elvenhome, = nous nous en retournons au beau Pays / des Elfes, [...] » Il y a un parallélisme entre ces deux vers, auquel je n'avais pas prêté attention de prime abord ; mais Elvenland ne peut être traduit de la même façon que Elvenhome. D'où l'appelation «Terre des Elfes» pour nommer le lieu où ils habitent en TdM, et d'où ils viennent, et «Pays des Elfes» pour celui où ils retournent, par-delà les mers. Le choix de «go back» semblerait indiquer qu'il s'agit d'Elfes ayant vécu en Valinor... quoique l'on puisse sans doute considérer qu'il s'agisse de descendant des premiers émigrants, pourquoi pas, qui retournent aux pays de leurs ancêtres, et qu'ils considèrent comme leur patrie ? Note 5 : v.73 – 80 : « The oars were stayed. They turned aside: / "Do you hear the call, Earth-maiden? / [75] Fíriel! Fíriel!" they cried. / "Our ship is not full-laden. / One more only we may bear. / Come! For your days are speeding. / Come! Earth-maiden elven-fair, / [80] our last call heeding." » Cette strophe n'est pas évidente, car la traduction exige de la place en français, ne serait-ce que pour «Earth-maiden». Trois syllabes en anglais. En français, 7 ou 8 suivant si la dernière syllabe est suivit d'une consonne ou muette. J'ai en effet tenu à conserver mon «Demoiselle-de-la-Terre», qui est long, mais que je ne tiens pas à raccourcir en « Fille de la Terre ». Car ce dernier terme est employé par Fíriel, et je gage que ce n'est pas innocent. Il me semble toujours (car c'est une intuition que j'avais eu dès le départ, en réalité) que le poème entier tourne autour de cette révélation, de cette prise de conscience ; c'est parce qu'elle est Fille de la Terre qu'elle ne peut venir au Pays-des-Elfes. Les Elfes l'ont nommée «Earth- maiden», Demoiselle-de-la-Terre, mais «demoiselle» est un état passager : on est d'abord enfant, puis demoiselle, puis dame ; ce n'est qu'une étape. Et à cette étape, Fíriel opposera un état, une nature : elle est Fille de la Terre, ses racines sont en Terre du Milieu, elle ne peut rien y changer. Pour s'écarter un peu de la «simple» traduction, cela m'étonne... Car ce sont les Elfes qui ont Arda dans le sang. Les Humains – et Fíriel porte son humanité jusque dans son nom, qui signifie « femme mortelle » – sont désignés comme «ceux qui ne font que passer» : ils ne sont pas reliés à Arda jusqu'à la fin du monde. Mais ici, ce sont les Elfes qui s'en vont à jamais, et Fíriel qui demeure... Serait-ce à dire que les Elfes sont Enfants-des-Etoiles, et les Humains Enfants-de-la-Terre ? Note 6 : Strophe suivante : « Fíriel looked from the river-bank, / one step daring; / then deep in clay her feet sank, / and she halted staring. / [85] Slowly the elven-ship went by / whispering through the water: / "I cannot come!" they heard her cry. / "I was born Earth's daughter!" » ; v. 84 : « and she halted staring. = et elle s'arrêta, figée. » J'avais du mal à comprendre ce vers, ou du moins, il me plaisait d'imaginer que Fíriel s'arrêtait subitement en fixant son pied, et perdant le contact visuel avec la nef – ce qui, dans un conte de fée, implique la disparition de l'objet enchanté. Je traduisais donc « Elle cessa de les fixer. » Or (merci Tirno :)) halt ne s'utilise que pour un arrêt physique... par conséquent, ma jolie vision tombe à l'eau, et Fíriel s'arrête en fixant le navire des yeux. Faute de place, j'ai employé "figée", qui indique que son corps – et donc son regard – est immobile. Cette strophe est vraiment le point tournant du poème... Jusque là, Fíriel était une belle damoiselle richement parée : l'enchantement elfique de l'aurore l'ornait de joyaux tremblants, la parait de lumière... Mais suffit-il qu'elle se souvienne de sa nature, suffit-il qu'elle cesse de fixer le navire, et l'enchantement cesse, doucement... Sa belle robe se dénude, puis elle revêt son sarrau, vêtement de travail couleur terre ; ses cheveux libres, qui flamboyaient au matin, se retrouve noués, tressés, bridés ; et la belle lueur du jour se fait ombre, petit à petit... Note 7 : v. 93 : « She donned her smock of russet brown, = Elle revêti son sarrau brun-rouille, » Juste parce que le mot est joli : « russet » signifie «feuille-morte» (ce que j'avais employé lors de ma première traduction, mais que, part souci de naturel et pour éviter le «verbe à la fin», j'ai eacute;carté de cette version-ci), «roussâtre», «rustique». Le terme vient évidemment du vieux français, «rousset», latin <i>russus</i>, «roux, rouge». L'étonnant est la signification de «rustique», qui n'est pourtant pas une couleur, et qui vient du latin «ruralis, e : des champs, champêtre, rustique, rural.». Mais en tout cas, cela lie le tout une fois de plus à la campagne, donc à la terre : ayant reconnu être fille-de-la-Terre, Fíriel revêt la couleur associé, un brun-rouille, couleur de glaise, celle où son pied s'enfonça. Note 8 : v. 102 : « westward ships have waded = de navire à l'ouest n'est parti » Dans le sens, moderne, « to wade» signifie : patauger, barboter, passer à gué ; ce qui n'est pas une image très élégante pour une nef elfique... Mais le sens poétique est plutôt «aller de l'avant» : O.E. wadan "to go forward, proceed," in poetic use only, except as oferwaden "wade across," from P.Gmc. *wadan (cf. O.N. vaða, Dan. vade, O.Fris. wada, Du. waden, O.H.G. Watan, Ger. waten "to wade"), from PIE base *wadh- "to go," found only in Gmc. and L. (cf. L. vadere "to go," vadum "shoal, ford," vadare "to wade"). The notion is of "to advance into water." It. guado, Fr. gué "ford" are Gmc. loan-words. Online Etymology Dictionnary (lien) Notes pour la version de Samwise Je prend donc en compte le fait que tu as voulu faire, essentiellement, une version littérale – mais pas strictement, puisque tu as gardé les rimes. Comme tu n'es pas bloqué par le nombre de pieds, puisque tu as choisis un vers libre, il t'est plus facile de respecter stricto sensu l'original. Il m'est difficile de faire des propositions sans retomber sur ce que j'ai fait moi, mais j'essaye :) Tout d'abord, une remarque générale, qui tient de mon goût pour le naturel et la spontanéité : tu utilises beaucoup cette ruse de poète©Kendra qui consiste en caser le verbe à la fin... J'avoue volontiers avoir longtemps fait de même, c'est bien pratique :) Mais depuis mes traductions sur Tom Bombadil, je fais une chasse impitoyable à ces inversions, et tord du nez quand je suis obligée d'y recourir... Je trouve que ça gêne la diction, que ça provoque une bizarrerie plutôt que de couler de source. Tu me diras que Tolkien y recourt, ce qui est vrai. En même temps, même en réduisant ces inversions au maximum, on est obligé d'y passer une ou deux fois – autant que ce soit le moins possible. Note 9. : v. 9 – 10 : « She watched the gleam at window grow, / till the long light was shimmering = De sa fenêtre le soleil levant elle observa, / ses longs fils d’or allant chatoyer »
Si l'on s'en tient au strict sens, c'est plutôt : «Elle regarda la lueur grandir à la fenêtre, jusqu'à ce que la longue lumière chatoie» : il n'y a pas mention de soleil levant encore (c'est une simple lueur d'aube, puis le soleil se lève), ni de longs fils d'or (simplement d'une longue lumière). « Elle regarda par la fenêtre grandir l'éclat / Jusqu'à se faire longue lumière chatoyant... » Note 10. : v. 13 – 16 : « Over the floor her white feet crept, / down the stair they twinkled, / [15] through the grass they dancing stepped / all with dew besprinkled. = Sur le sol ondulèrent ses pieds immaculés, / descendant les marches ils papillonnèrent, / parcourant l’herbe ils se mirent à danser / tout saupoudrés de perles éphémères. » Hrumf :) Je ne vois pas trop comment des pieds peuvent onduler :) to crept, c'est «ramper, se glisser» ; de même «papilloner» évoque un mouvement d'aile, un battement rapide, un palpitement : des yeux papillonnent, (d'ailleurs on parle plutôt de cils papillonnant), mais des pieds, j'ai des doutes... twinkle appartient au vocabulaire de la lumière (vocabulaire récurrent d'ailleurs chez Tolkien, et en particulier dans ce poème), et répond à la blancheur de ses pieds : il est donc important de ne pas y manquer. Enfin, tu as traduit «dew» par «perles éphémères» ; pourquoi pas, mais on perd un aspect humide (dew et besprinkled) pour un effet «terreux» ou terrestre plutôt (poudre et perles). Or, ici, l'eau est liée à la nature, aux Elfes, à l'enchantement ; et la terre aux hommes et à la vie quotidienne. J'en reviens encore à ce tournant du pied dans la glaise : jusque là, l'élément phare était l'eau, et la lumière. Et à partir de là, c'est à la terre et à l'ombre de prendre la place. C'est pourquoi je m'en tiendrais à «éclaboussé», ou «constellé» (puisque cela ramène à la lumière) de rosée, plutôt que de faire appel à un terme terrestre. Note 11 : v.24 : « lily-leaves were sprawling. = Et les pétales des lis éparpillant. » Il n'est pas question de pétales, mais de feuilles ; «sprawling» cependant n'est pas facile à traduire... Le sens est «qui pousse dans tous les sens», mais difficile de trouver un terme qui synthétise tout ça... éparpiller n'est pas mal, mais ce n'est pas le martin-pêcheur qui éparpille les feuilles de lys, elles le font toute seules... De même, le martin-pêcheur ne fait que plonger ; le vent est indépendant de tout ça. Note 12 : v.31 : « like wind-voices keen and young = des voix portées par le vent, jeunes et gaies, » Wind-voices, ce sont des voix-de-vent : le chant des elfes s'entend comme un murmure. Note 13 : v. 33-34 : « A ship with golden beak and oar / and timbers white came gliding; = Un vaisseau au bec et aux ailes d’or / et au plumage blanc arriva voguant ; » :) Il est certe question de bec, mais ni d'ailes, ni de plumage : oar désigne les rames, timbers les madriers (j'ai pour ma part élargi en traduisant par coque, puisque les madriers forment la coque). De même pour la strophe suivant, les Elfes chantent au rythme du balancement des rames, pas du battement des ailes :) Note 14 : v. 67 : « In Elvenhome a clear bell = en Valinor, d’une cloche d’argent » Tu extrapoles un peu : il est question du Pays des Elfes (en opposition, je pense, aux Terres-des-Elfes citées plus haut), mais pas de Valinor. Par ailleurs, Elvenhome désigne Eldamar, généralement – la nuance est faible, je te l'accorde :) Néanmoins, celà me semble une surtraduction. Note 15 : v.73 à 80 : voir note 5 et 6, à propos de Earth-Maiden. Note 16 : v.88 : « "I was born Earth's daughter!" = « Je suis de la Terre, car née de son sang ! ». » Mmm, un peu de surtraduction aussi ici :) Elle est née fille de la Terre, mais pas du sang de la Terre (l'image n'est pas très ragoutante en plus :)). Note 17 : v. 94 : « her long hair braided, = ses cheveux en nattes elle coiffa » A propos de braid, l'idée de Romaine est bonne, et en effet, toute la strophe, depuis «I was born Earth's Daughter», est une lente dégradation... voir plus haut :) Tu disais, Samwise, que tu craignais une surcharge en utilisant encore un terme contraignant, comme « natter», «tresser». Mais le terme est très naturel, je n'y trouve aucune surcharge. Et du moment que Tolkien l'a employé, il n'y a pas de scrupule à avoir... Note 18 : v. 103-104 : « in mortal waters as before, / and their song has faded. = par les eaux mortelles comme cela était, / et leurs chants pour toujours s’éteignirent. »
La rime voyagèrent / s'éteignirent est un peu faible :) C'est embêtant surtout en fin de poème, puisque c'est l'écho qui résonne le plus longtemps (au milieu, noyé dans Oh ! Et une autre remarque encore, mais qui n'est pas très importante : tu traduis successivement ship par « vaisseau », « nef » et « bateau ». Il serait préférable d'utiliser toujours le même terme (ce que je n'ai pas fait : j'ai traduit « elven-ship » par « nef des Elfes » [v.85], par manque de place : « navire elfique » est trop long)... Ouf, et c'est tout ! :) |
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Je reviens donc à ce fuseau après pas mal de temps. J'ai pu bien analyser tout ce qui a été dit, notamment par Laegalad, et j'ai donc préparé à mon tour un certain nombre de remarques, tant sur les remarques et critiques faites à la mienne que sur sa traduction de The Last Ship. Concernant la petite polémique née dans un autre fuseau (A propos du forum JRRVF), je réserve certains commentaires pour une discussion privée. (je t'envoie ça par mail, Laegalad) I- COMMENTAIRES DE LAEGALAD SUR MA TRADUCTION Laegalad a écrit :
Tout d'abord, je tiens à préciser que je connaît le sens "strict" (non, c'est pour éviter les malentendus là). Ensuite, tu nuances entre lueur d'aube et soleil levant, soit. Mais on tatillonne un peu là, non ?
Pfiou ! Allons-y :
Là encore, j'aimerais que tu m'expliques…dire qu'une perle est un élément terrestre, je ne comprends pas à vrai dire : à part portées autour du cou, les perles sont du domaine aquatique. D'ailleurs, n'emploie-t-on pas l'expression "perles de rosée" ? "perles" désignant en l'occurrence les gouttes. Pour "saupoudrés", admettons oui, mais si on emploie "constellés", on abandonne un élément "eau" au profit de l'élément "ciel" ou "lumière". Mais "éclaboussés" me plaît bien.
Là je ne suis d'accord : lily-leaves peut aussi bien désigner les feuilles que les pétales (certes le sens de "pétales" est plus rare). Désolé, pas de lien internet à donner pour le prouver, j'ai juste mon dictionnaire anglais. Mais bon là j'ai fait un choix, sur lequel tu n'es pas d'accord, soit, ce sera l'occasion d'en rediscuter.
C'est très exactement le sens que je donnais : une voix portée par le vent, comme une rumeur. J'avais compris le sens de "wind-voices", je tiens à te rassurer. D'ailleurs je ne vois pas trop la différence entre les deux propositions, si ce n'est que tu emploies une expression toute faite. Je voulais surtout rendre le fait que ces voix sont celles des Elfes.
Je ne sais comment réagir…en tout cas merci de m'enseigner la signification de ces mots, que mon dictionnaire, bizarrement, ne connaît pas ^^(sans doute des mots rares ou très archaïques). J'ai quand même du mal à croire que la métaphore t'ait échappé…Il s'agit là d'une référence évidente (à mon sens) aux bateaux des Teleri, en forme de cygne : d'où "ailes" qui remplacent "rames" et "plumage" qui remplace "coque". Peut-être une surtraduction, certes, mais l'occasion était trop belle, surtout en association avec "bec".
C'est vrai, mais là aussi l'occasion était belle.
Ta fille n'est-elle pas de ton sang ? Encore une fois, métaphore…. II- TRADUCTION DE LAEGALAD Bien, passons donc à l'exercice inverse.
En conclusion, je dirais que nous avons des façons différentes d'aborder la poésie (et donc la traduction de la poésie). Pour toi, c'est plus question de "mathématique", tu peux parfois sacrifier certains éléments pour cadrer avec une définition arithmétique de la poésie. Personnellement, étant peu averti de ces considérations, la poésie est quelque chose que je lis, que j'écoute, que j'essaie de faire couler, et dans ce cas de restituer le rythme original. Il m'arrive donc de sacrifier certaines règles prédéfinies de métrique. |