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Bonjour, je fais une thèse sur le pouvoir des mots chez Tolkien en m'attachant à la réception de l'œuvre c'est-à-dire à la manière dont le lecteur passionné ou non perçoit, ressent, découvre l'univers féerique qu'a crée ce grand auteur. Je suis moi même un "fanatique" de Tolkien et de son œuvre, je trouve par ailleurs ce forum très intéressant et très constructif. Ma thèse est en bonne voie, je précise que le corpus s'étend uniquement au SDA car il est évident qu'au niveau de la structure narrative, qu'au niveau de l'élaboration de la langue, il n'y a pas plus construit, achevé, développé que son œuvre maîtresse (cela ne veut pas dire que le reste est mauvais! loin de moi cette idée.). Si je m'adresse à vous c'est pour recueillir directement vos impressions (si possible bien argumentées mais je m'y attends bien!) sur la lecture de votre auteur favori. Vous, inconditionnels de Tolkien, lorsque vous lisez le SDA où prenez-vous du plaisir? Et je ne parle pas à celui qui une fois avoir lu le SDA referme le livre en disant: "c'était une chouette histoire, maintenant passons à autre chose!". Quand je dis ça, je sais pertinemment qu'il n'y en a aucun sur ce site mais c'est pour vous montrer que le plaisir que l'on prend à lire Tolkien va au delà de l'intrigue. L'amoureux de Tolkien a lu des milliers de fois (bon j'exagère) ses livres. Le travail sur les mots qu'a effectué Tolkien n'y est pas pour rien. Et là je rends hommage à la traduction française qui même si elle est imparfaite nous transmet infiniment bien cette délectation des mots. Je précise que je ne remets pas en cause l'éternel débat langue originale ou traduction. Donc ce que je veux dire par là c'est que le mot est le vecteur de l'imagination, le catalyseur du rêve chez l'individu si je puis dire. Je pense par exemple à la description des jardins, des forêts que je trouve magnifique. Tolkien manie les mots à l'instar d'un magicien et les transforme en quelque chose d'irrationnel et envoûtant. Je voudrais avoir votre avis. N'hésitez pas à me citer des passages précis, ceux qui vous parlent le plus en anglais ou en français. |
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sois le bienvenu sur ce forum. Je te reviendrai plus tard quand j'aurai un peu plus de temps |
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Aiwendil, dans mes bras !! Oui, dans mes bras, enfin un poète qui sait reconnaître le talent propre de la traduction de Ledoux qui, tu as raison, a su utiliser les mots pour nous toucher et nous faire partager l'univers angophone de Tolkien. Et re dans mes brasn parce que le "pouvoir des mots" est un thème qui m'est cher, surtout depuis que j'ai vu TerreMer (de Miyazaki, mais le thème vient de 'lauteur original je suppose) où concept du pouvoir des mots est utilisé de façon assez intelligente (je n'ai pas forcément aimé beaucoup ce conte, mais ce thème là était bien vu et méritait même d'être mieux traité) (mais je crois même l'avoir vu ailleurs avant ça) : à savoir que le travail du magicien consistait à connaître le véritable "nom" des choses, et que c'est en connaissant le vrai "nom" qu'il prend pouvoir sur lui, qu'il soumet l'objet à sa volonté. Le pouvoir des mots chez Tolkien est donc nue excellente manière d'aborder le sujet... mais après j'ai du mal à comprendre comemnt tu peuxfaire une étude sur "la manière dont le lecteur passionné ou non "perçoit", "ressent", "découvre". Là on est dans ce qui sort un peu, justement, du domaine d'une étude, à savoir le ressenti, et il peut être aussi multiple qu'il y a de lecteur. Je ne suis pas sûr donc de ce que tu nous demandes. Si tu veux que chacnu d'entre nous te fasse une description de la manière dont nous avons perçu le SdA, tu risques de te perdre dans la multiplicté des réponses (et leur étendue) Je me demande donc si tu peux mieux circonscrire ton sujet. Mais pour moi, il est indéniable que le lyrisme présent dans le texte du SdA est ce qui m'a le plus fait pénétrer dans ce monde, en évoquant vraiment les forêts merveilleuses, les hautes herbes, la mousse sur les arbres, les pentes des colines, ... l'univers physique dans lequel évoluaient les personnages, et non seulement en nous racontant leur histoire. Je me souviens aussi de plusieurs textes où je crois Tolkien a parlé de ce pouvoir de la morphologie des mots. Mais je ne saurai plus trop où chercher. (Letters ? Faerie ? Home V ? Home X ?) |
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Il me semble, cher Vinyamar, que le talent de Ledoux - mais aussi dans un sens le lyrisme de sa traduction - a déjà été maintes fois défendu dans le pages de ce forum, et ailleurs dans le site. I. |
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Bienvenue Aiwendil! Difficile effectivement de cerner tout à fait la base de cette étude. Difficile surtout de décrire objectivement des sentiments de lecteurs et leurs perceptions de l'oeuvre. Les mots nous renvoient à des images qui sont façonnées par un imaginaire collectif mais au delà de ça il y a la propre histoire de chacun. J'entend par là son vécu et ce qu'il a intégrer. Ainsi chacun percevra différemment le mot "forêt" par exemple, ou imaginera un visage de hobbit en fonction de ce qu'il peut ressentir. Humphrey Carpenter écrivait dans sa biographie qu'il aurait aimé oublier tout ce qu'il avait lu de Tolkien pour pouvoir le redécouvrir de nouveau. Je crois que le fondement est là, tout n'est que découverte.. et Tolkien nous trace simplement une carte et les descriptions apportent la matière suffisante sans imposer ce que nous devrions y voir. Vaste sujet! |
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Oui je reconnais que ce n'est pas très clair dit comme cela. Je m'explique. Mon étude portera sur le pouvoir des mots, ce sera une analyse de poétique, étude du style etc. "tachés de l'or et du rouge de l'automne les arbres semblaient naviguer sans racines sur un océan d'ombre..." "Des bouleaux au feuillage tenu, qui se balançaient au dessus de leurs têtes dans un vent léger, dessinaient des entrelacs noirs sur le ciel pâle..." "L'or d'un soleil tardif s'étendait, chaud et lourd, sur le terrain caché entre les deux parois. Au milieu, une rivière aux eaux brunes traçait de paresseux méandres; elle était bordée de vieux saules, recouverte d'une voûte de saules, obstruée de saules tombés et mouchetée de milliers de feuilles de saule flétries. L'atmosphère était épaissie de ces feuilles qui descendaient en voletant, jaunes, des branches; car une douce et chaude brise soufflait mollement dans la vallée, les roseaux bruissaient, et les rameaux de saules grinçaient." Bravo Ledoux. Il y en a tellement comme cela. On voit toute la différence entre un récit d'un auteur adepte de l'écriture journalistique, c'est-à-dire "droit au but", et un récit de Tolkien. Prendre le temps de décrire l'environnement des personnages pour mieux happer le lecteur, pour mieux le faire rêver. De là à dire que tous les lecteurs de Tolkien sont bovaristes il n'y a qu'un pas. Fuir la réalité dans le rêve est-ce vraiment notre attitude? Sans doute, mais les deux sont imparfaits. Je pense qu'il manque à la réalité la beauté du rêve et au rêve le poids de la réalité. Pour revenir au sujet, lorsqu'on lit des passages comme ceux que je viens de citer, on se rend compte immédiatement que les mots prennent une existence autonome. J'aime beaucoup l'analyse de Sartre concernant le langage poétique et le langage instrument( celui de tous les jours). Selon Sartre les mots qu'emploie le poète "restent à l'état sauvage" à l'inverse des mots domestiques utilisés par l'homme. "Pour celui-là [l'homme de tous les jours], ce sont des conventions utiles, des outils qui s'usent peu à peu et qu'on jette quand ils ne peuvent plus servi; pour le second [le poète] ce sont des choses naturelles qui croissent naturellement sur la terre comme l'herbe et les arbres." Tout est dit. Je vous remercie tous pour vos messages de bienvenue. |
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Oui je reconnais que ce n'est pas très clair dit comme cela. Je m'explique. Mon étude portera sur le pouvoir des mots, ce sera une analyse de poétique, étude du style etc. "tachés de l'or et du rouge de l'automne les arbres semblaient naviguer sans racines sur un océan d'ombre..." "Des bouleaux au feuillage tenu, qui se balançaient au dessus de leurs têtes dans un vent léger, dessinaient des entrelacs noirs sur le ciel pâle..." "L'or d'un soleil tardif s'étendait, chaud et lourd, sur le terrain caché entre les deux parois. Au milieu, une rivière aux eaux brunes traçait de paresseux méandres; elle était bordée de vieux saules, recouverte d'une voûte de saules, obstruée de saules tombés et mouchetée de milliers de feuilles de saule flétries. L'atmosphère était épaissie de ces feuilles qui descendaient en voletant, jaunes, des branches; car une douce et chaude brise soufflait mollement dans la vallée, les roseaux bruissaient, et les rameaux de saules grinçaient." Bravo Ledoux. Il y en a tellement comme cela. On voit toute la différence entre un récit d'un auteur adepte de l'écriture journalistique, c'est-à-dire "droit au but", et un récit de Tolkien. Prendre le temps de décrire l'environnement des personnages pour mieux happer le lecteur, pour mieux le faire rêver. De là à dire que tous les lecteurs de Tolkien sont bovaristes il n'y a qu'un pas. Fuir la réalité dans le rêve est-ce vraiment notre attitude? Sans doute, mais les deux sont imparfaits. Je pense qu'il manque à la réalité la beauté du rêve et au rêve le poids de la réalité. Pour revenir au sujet, lorsqu'on lit des passages comme ceux que je viens de citer, on se rend compte immédiatement que les mots prennent une existence autonome. J'aime beaucoup l'analyse de Sartre concernant le langage poétique et le langage instrument( celui de tous les jours). Selon Sartre les mots qu'emploie le poète "restent à l'état sauvage" à l'inverse des mots domestiques utilisés par l'homme. "Pour celui-là [l'homme de tous les jours], ce sont des conventions utiles, des outils qui s'usent peu à peu et qu'on jette quand ils ne peuvent plus servi; pour le second [le poète] ce sont des choses naturelles qui croissent naturellement sur la terre comme l'herbe et les arbres." Tout est dit. Je vous remercie tous pour vos messages de bienvenue. |
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Heeeu... je comprend encore moins avec ton explication :( Si tu pars de la traduction française, ton sujet est Ledoux. Pour étudier la portée des mots de Tolkien, c'est en anglais qu'il faut lire, il me semble ? J'ai l'air un peu sauvage comme ça ;) Mais j'ai encore du mal à saisir où tu veux en venir ? Parce que même si la traduction française est à mon sens très bonne (au vu des infos dont Ledoux disposait à l'époque, etc... D'ailleurs je rejoins Isengar, on était déjà plusieurs à défendre le travail honorable de Ledoux), je ne vois pas l'intérêt de passer par elle si l'objectif est d'étudier "Le travail sur les mots qu'a effectué Tolkien". Le style, le rythme, le poids des mots de Tolkien, il n'y a qu'en anglais qu'on peut le juger. Je sais bien, pour m'être échinée dans le temps à faire de la traduction poétique, qu'il est quasiment impossible de rendre l'aura de l'anglais en français. Et vice-versa. Par exemple, l'anglais a quantité de termes pour décrire les variations lumineuses. Nous, on en manque cruellement. Or, les variations de lumière sont d'une importance capitale dans l'écriture de Tolkien (cf. Splintered Light de Flieger, dont je n'ai pour le moment encore, lu que quelques extraits). Parce que sur le fond, (enfin, ce que j'en ai compris), je suis d'accord, le souci n'est pas là... Ce que j'ai du mal à comprendre, c'est ce que tu attends de nous. Qu'on site nos passages favoris (sur le plan littéraire) et pourquoi ?
PS : si tu ne vois pas ton message après avoir posté, actualise ta page ;) |
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Laegalad a écrit : "bovariste, pas moi, no way ! J'exècre ce bouquin..." Dans mes bras Falbala :-D |
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(je crois que "bovariste" signifie "mélancolique" les gars, et pour moi il naît clairement de la mélancolie à la lecture du monde de Tolkien. Mais bovariste, pouah, ça ne me plaît pas quand même !) Aiwendil, j'ai compris ton projet grâce à la citation de Sartre. Mais l'écueil c'est que pour moi tout ton projet repose sur cette citation, qu'il faudrait commencer par décrypter. A-t-il vraiment raison, ce Sartre ? (et puis est-ce quelqu'un de fiable, d'abord. On le connait en ville ? Il se comporte bien avec les femmes ?) Je pense qu'il y a un problème quand tu prétend vouloir faire une lecture "désincarnée" du SdA. Parce que le lecteur "absolu", ça n'existe pas, même pas en concept. Etudier un texte en imaginant que les mots puissent être interprétés à leur état sauvage est une lubie.
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Bonsoir les gens :) Vinyamar: "le "pouvoir des mots" est un thème qui m'est cher, surtout depuis que j'ai vu TerreMer (de Miyazaki, mais le thème vient de 'lauteur original je suppose)" Lis *tous* les bouquins Terremer d'Ursula Le Guin, tu m'en diras des nouvelles... (Le Dragon de Brume me charge de te dire que tu as intérêt à obtempérer, sinon il va croquer ;o) ) Aiwendil: "je vais donc imaginer une sorte de lecteur désincarné, un lecteur symbolique et étudier ses rapports avec l'œuvre." Je ne voudrais pas dire de bêtises, mais ça me fait penser à Italo Calvino qui, dans mes souvenirs, s'interrogeait sur la place du lecteur, et se voulait auteur et lecteur en même temps, et se lire en train d'écrire...(je n'ai pas fait de recherches pour actualiser ce souvenir, aussi il est possible que je me plante) Amitiés Ro (en "Supper Time mode) |
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Si j'ai la menace d'un dragon et son souffle contre ma nuque, alors je crois que je vais obtempérer. ...Mais pas tout de suite. |
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En effet, Vin', j'ai entendu de drôles de choses sur ce Sartre, c'est un type un peu louche... mais bon, les femmes et les castors le lui rendaient bien. Shushu. |
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Effectivement Calvino a bien travaillé ce thème mais pas que lui, il y a également Eco, Barthes, Jauss et plein d'autres. Je peux comprendre que ça paraisse sibyllin, j'ai du mal à le reformuler, je pourrais vous écrire directement ma problématique et vous montrer mon plan détaillé, mais je préfère achever le travail et vous fournir le tout une fois que tout sera terminé. Je vous assure qu'il y a une logique même si cela ne vous semble pas très clair. J'ai le soutien de mon directeur de thèse. Pour répondre à Laegalad, il est évident que je travaille sur le texte original, sans quoi cela n'aurait pas de sens, mais j'étudie également attentivement la traduction de Ledoux qui a su rendre ce que Jauss appelait la puissance communicative. Je vous avoue que je suis venu sur ce forum pour partager cette passion des mots avec vous, j'ai lu des choses intéressantes sur ce forum, j'espérais discuter avec vous de votre "démarche de lecture", de la manière dont vous ressentez les écrits de Tolkien, son aptitude à manier les mots, je pense par exemple à sa capacité de reproduire phonétiquement les mouvement de la nature (dans le texte original) grâce à l'étonnante disposition des phonèmes ( par exemple l'alternance de certains sons (dans la langue) semble imiter le bruit du vent ponctué par de brèves rémissions. Conclusion le signifiant s'accorde parfaitement avec le signifié). Ahah Vinyamar je vois que nous ne sommes pas d'accord, tu incarnes pour moi exactement l'autre "école", celle qui est persuadée qu'on ne peut étudier la langue que dans une perspective diachronique ( c'est-à-dire en se référant à l'histoire, au contexte). C'est très intéressant et je sais d'avance qu'on ne pourra pas se mettre d'accord. Cette approche que tu défends est la plus ancienne (ce n'est pas péjoratif car elle est toujours d'actualité). C'est Saussure qui le premier a proposé un nouvel axe d'étude linguistique en mettant en avant l'approche synchronique ( celle que je défends) qui observe et étudie les faits de la langue à l'intérieur d'un système, détaché de son évolution historique, détaché du contexte. Étudier un texte en considérant les mots à l'état sauvage n'est pas une lubie mais une possibilité réelle d'aboutir à une pensée vraiment cohérente sur la langue. C'est je pense se libérer d'une barrière qui empêche l'interprétation de s'émanciper. La clef est dans les mots considérés comme un système autonome. Je ne suis pas le premier à le faire, ils sont nombreux à être passés avant moi, les plus illustres sont Barthes, Jakobson, Todorov, Genette etc. |
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Eh bien alors on peut toujours essayer d'en parler. Je me demande bien quel sens vous donner à des mots comme "sanction", "secte", "maraud" (et "marauder"), "opération", "avouer", etc. dans l'absolu... (en analyse synchronique); Pour ce qui est de ta demande de "discuter avec vous de votre "démarche de lecture"", je comprend un peu mieux avec ton exemple de disposition des phonèmes, mais je doute de pouvoir te donner une réposne en ce qui me concerne. J'ai lu le SdA essentiellement en Français (donc pas de phonèmes originaux à étudier) et suis bien incapable d'avoir ce type de lecture, je m'attache aux images qui me sont communiquées apr le texte plus qu'à la forme même du texte... quand je lis. |
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L'exemple avec les phonèmes en est un parmi d'autres. Je m'intéresse aux images, à tout. Donc n'hésite pas à me parler de tes moments préférés dans la narration, quelles sont les images qui te parlent le plus, les descriptions que tu préfères, tes métaphores favorites etc. Concernant l'analyse en synchronie et en diachronie il est certain que dans l'absolu il convient de combiner les deux si on veut faire une bonne étude lexico-sémantique. Les mots que tu as cité "sanction" "secte" etc. seule une étude diachronique permettra de comprendre d'où procède ces acceptions en les reliant à l'étymon latin etc. On est d'accord, dans l'absolu on est obligé. Mais mon travail est différent car je bosse sur un texte littéraire, sur un tissu de signes qu'il faut décrypter de manière intrinsèque pour justifier ce pouvoir des mots. Maintenant, et je le sais bien, des travaux comme le mien tendent à désacraliser ce pouvoir des mots, à trop vouloir décortiquer on enlève la magie en assommant le texte de barbarismes scientifico-littéraire, mais bon c'est le jeu. |
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Cher Aiwendil, Renvoyer l'attention au contexte dans la discussion entre l'ancienne philologie diachronique et la linguistique saussurienne synchronique, c'est aussi risquer d'oublier que depuis nos illustres amis des années soixante-dix qui ont fait les beaux jours du structuralisme notamment dans l'analyse lexicale et sémantique, de l'eau est passée sous les ponts, et cette eau, par un recours beaucoup plus profond aux véritables acquis du tournant discursif en linguistique, a ramené au premier plan la prise en compte du contexte, et l'analyse des unités transphrastiques, comme Bakhtine le réclamait déjà dans les années vingt-trente par rapport aux formalistes russes... Confer, pour une approche cognitive, François Rastier sur Texto qui étudie notamment, comme tu le sais sans doute, la sémantique littéraire, et surtout, Dominique Maingueneau, dont je te recommande chaudement le "Discours littéraire" de 2004 qui, d'après moi, change largement la perspective pour comprendre le "pouvoir des mots" en prenant en compte leur "usage", leur "cotexte" et leur "contexte" au sein du même discours... Ici pour une illustration. Bien à toi, Sébastien. |
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Mon cher Sébastien je ne sais pas trop comment prendre l'affabilité de ton message, affabilité qui ne me parait guère naturelle mais plutôt au service de cette gentille remontrance. Tu sembles oublier qu'au delà de ce métissage des approches, de cette relation renouée entre exigence philologique et souci interprétatif incarnés par Maingueneau, cohabitent aujourd'hui parfaitement à côté d'une histoire littéraire renouvelée, et de la jeune génétique (représentée notamment par Lejeune), l'herméneutique issue de la Nouvelle critique et des recherches plus théoriques. De l'eau a peut-être coulé sous les ponts mais cela confirme qu'aucune méthode, n'a vocation à être le tout de la critique. |
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>> Je m'intéresse aux images, à tout. Donc n'hésite pas à me parler de tes moments préférés dans la narration, quelles sont les images qui te parlent le plus, les descriptions que tu préfères, tes métaphores favorites etc. |
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Je ne vais pas rentrer dans un débat qui devient bien trop technique pour le profane que je suis. Je voudrais juste te signaler Aiwendil les travaux de Margarita Fernandez. Elle a déjà travaillé sur des thèmes proches de ton sujet. En particulier, je me souviens d'une intervention dans un Oxenmoot sur le thème 'le Sda est un tapisserie de mots', où elle opposait les films qui utilisent l'image au texte qui doit utiliser les mots pour créer des images dans l'esprit du lecteur. Une autre de ses conférence traitait de 'Smeagol-Golum'. Elle y étudiait très précisément les différents types de vocabulaires qu'utilisait l'un et l'autre de ces facettes du personnage pour faire ressentir au lecteur le combat intérieur de Smeagol. Si tu es intéressé, je peux te mettre en relation avec elle |
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Merci Vinyamar. Jean je ne connais pas Margarita Fernandez, ça serait intéressant de voir son travail même si pour le moment j'ai pas mal de choses à lire et à analyser encore. J'apprécie ton geste, merci. |
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Tiens je repense à un mot marrant qui doit pas être facile à étudier en analyse synchronique : "renard" ! Bon, c'était juste pour faire remonter ce fuseau qui m'intéresse quand même beaucoup, même si je n'ai pas travaillé comme le demandait Aiwendil. Faudrait que je relise tout le roman... Mais j'ai quand même le souvenir de quelques passages que j'ai dû relire avec un dictinnaire à côté de moi (et je aprle de la raduciton française) tant les mots employés m'étaient inconnus, et pourtant me ravissaient (la description de l'entrée dans la forêt noire, de mémoire ; d'ailleurs toute cette description de la marche dans la forêt noire, avant et après la rencontre de Bombadil, est une des descriptions du roman que je préfère). Peut-être qu'en relisant seulement ce passage, je pourrais te donner quelques tournures qui m'ont vraiment plues. |
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"forêt noire" ou "vielle forêt"? |
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Relisant le Seigneur des Anneaux ces temps-ci (histoire de vérifier que l'enchantement reste le même), je tombe en arrêt devant le miroir de Galadriel, et me rappelle soudain l'existence de ce fuseau. Où en est alors ta thèse Aiwendil ? Est ce toujours d'actualité ? Je n'ai nul désir d'abreuver les élites du peuple de références littéraires que mes lointaines années de khâgne (rah lointaines... Pas tant que ça mais quand même) ont abandonnées sur la route de la vie professionnelle. Non, un témoignage, une expérience vécue... Voilà les phrases coupables : Tolkien a écrit : La vision changea alors. Brève et petite, mais très vivante, il apercut l'image de Bilbon en train d'aller et de venir nerveusement dans sa chambre. La table était couverte de papiers en desordre; la pluie battait les vitres. Pourquoi a t-elle eu autant de poids dans mes souvenirs du livre ? Je ne sais pas, mais il me semble encore à la relire que je vois l'image de Bilbon, aller et venir dans sa chambre alors que la pluie bat les vitres. En fait, Bilbon est là hors de l'histoire; un peu comme le lecteur. Et son image ici nous renvoie à notre image à nous, dans notre chambre encombrée par le papier - le livre. Mais c'est surtout la pluie battant les vitres qui me fascine, me pousse à savourer chaque mot. La pluie qui bat les vitres, est une image si banale, si morose aussi... la pluie autour de la chambre, arrêtée par les vitres, le monde triste et gris qui frappe à notre fenêtre, que l'on peut voir mais qui ne nous touche pas... la pluie battant les vitres. Effet de profondeur aussi : le miroir permet de voir une fenêtre... Les mots sont si simples, banals comme la réalité qu'ils décrivent. Et pourtant, la poésie de cette image est si puissante qu'elle parvient à focaliser mon imagination. Pourquoi ? C'est au contraire banal, morose, tristement réaliste. N'est-il pas paradoxal de se souvenir, dans une oeuvre faisant la part belle à la féérie, d'une image au contraire aussi... terre-à-terre ? Mais j'ai le sentiment que dans ces quelques mots justement se cache un grand mystère du livre, peut-être la magie de l'écriture de Tolkien qui me fascine tant. En tout cas, leur puissance d'évocation est tout à fait surprenante. |
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Merci Isabelle de nous avoir fait aprtager ce souvenir de lecture et cet enchantement toujours vivace. |
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Si je ne me trompe pas, les chapitres concernant la Lorien ont été écrits entre 1940 et 1942 (voir Une Biographie de H. Carpenter) Un peu plus tard, mais dans un contexte qu'on imagine semblable, Tolkien évoque dans une lettre du 14 mai 1944 à Christopher (L 69), tout le temps passé à ranger son bureau qui se trouvait dans un "état de chaos (sic) qui dénote des préoccupations littéraires ou philologiques"... Le passage du Miroir de Galadriel sur Bilbo me fait penser à ce bout de quotidien très terre-à-terre, à Tolkien pris dans la fièvre de l'écriture, par une nuit pluvieuse, dans son étroit bureau du 20 Northmoor road. N'est-ce pas là une discrète sorte de mise en abyme ? I. |
