« Qu'est-ce qui échapperait à l'impérialisme triomphant de la méthode scientifique ? Ce qui est ici méprisé, c'est la prétention du parlant d'évoquer quelque chose qui ne pourrait pas être réduit par l'analyse scientifique. Mystère de la parole ? Allons donc, nous allons faire l'autopsie et vous verrez bien qu'il n'y a pas d'âme sous mon scalpel. Mépris envers cette parole qui donnait à l'homme l'impression, le sentiment d'une fissure vers un au-delà [...] »
Jacques Ellul
La parole humiliée, p.184
Comment ne pas penser (aussi mais pas seulement) à la savante dissection des archéologues et antiquaires moquée par le professeur ? En séparant la Réalité de la Vérité, le Dit du Sens, la Matière de l'Esprit, en supprimant le second au profit du premier, le chercheur ramène toute l'étendue de son analyse à une chaîne de signes désarticulés et absurdes ...
« Car il est dans leur nature que les bafouillages de toute recherche historique antiquaire marmonnent dans le dru bois de la conjecture, voletant d’un arbre tam-tam à l’autre. Nobles animaux dont le marmonnement à l’occasion vaut la peine d’être entendu ; mais bien que leurs yeux enflammés puissent parfois se révéler projecteurs, leur champ de vision est court. [...] La signification d’un mythe ne peut pas être aisément épinglée sur le papier par un raisonnement analytique. [...] Son défenseur a donc pour lui un désavantage : à moins de prudence, et de parler en paraboles, il tuera ce qu’il est en train d’étudier par vivisection, et il obtiendra une allégorie formelle ou mécanique, et, qui plus est, une allégorie qui ne fonctionnera probablement pas. Car le mythe est vivant immédiatement et dans toutes ses parties, et meurt avant qu’il ait pu être disséqué. »
J.R.R. Tolkien
Beowulf : The Monsters and the Critics, MC p.9, 15-16
Vivisection de la Parole, vivisection du Mythe, vivisection de l'Homme. Il fut un autre professeur, de génétique il se trouve, à combattre ces idées fausses. Étoilé lui aussi, s'il n'a pas écrit l'
Ainulindalë, il contait la
Symphonie de la Vie, il répondait aux carnassiers qui lui demandaient de quelle couleur était la peau d'Adam qu'« elle était couleur d'homme », et il rassurait les enfants qui s'inquiétaient de ne pas retrouver dans le Monde l'enseignement de certaines histoires que « même si on ne s'en [était] pas encore aperçu à l'école et à la télé, [ils avaient] le droit d'être en avance et d'en savoir plus que les programmes officiels ». Or, j'ai découvert il y a tout juste quelques jours, ce présent mois d'avril, ce petit trésor de sa main, longtemps resté secret même de ses proches, en le découvrant j'ai immédiatement pensé à toi, Maître Sosryko :
Le cœur et la raison sont bien loin, comme on le dit, de vivre en bonne intelligence […]
Cette faille il faudrait à tout prix la combler. tous les poètes l’ont dit, comme aussi les savants et même les pédagogues.
Certains établissent leur camp du côté des instincts. D’autres vont se retrancher du côté de l’efficace.
Mais l’immense majorité, refusant le choix déchirant, mais redoutant le précipice, emprunte bien sûr la passerelle mais y reste le moins longtemps possible. D’où l’homme pendulaire, reniant ses amours quand il faut réussir et perdant la raison quand la passion l’agite.
Quelques uns cependant doués d’un plus grand cœur tentent de ressentir le monde pour trouver la raison de vivre ; ainsi font les artistes, les amoureux et les mystiques.
Quelques un des plus doués d’une forte raison tentent d’analyser le monde afin de mieux sentir la vie ; ainsi font les amants de la science et même les théoriciens s’ils sont de bonne volonté.
Mais ceux qui n’ont pas le vertige regardent la faille en face et délibérément s’installent sur la passerelle tissant entre les deux réseaux, des liens si tenus, si fragiles, qu’ils les réparent à chaque instant par prière ou méditation.
Ainsi font, m’a-t-on dit, les sages, ainsi font, je crois, les saints.
Car tout l’honneur de l’homme est de déceler sa faille, d’en scruter l’origine, d’en reconnaître les abords pour tenter de relier ces deux réseaux qui se délient. D’où l’expression si juste : “sa religion est faite”.
Chacun s’y emploie chaque jour, sans le dire ou en le clamant, en s’y appliquant de son mieux, ou même sans y songer, et c’est cela qu’on appelle vivre.
Pourtant certains refusent et professent qu’il faut refuser. Ils décrètent d’un coup que rien au monde n’a de sens. Tout ce fatras d’étoiles, d’êtres ou d’évènements n’est qu’un hasard heureux ou autre nécessité.
En refusant la faille ils débouchent sur l’incongru, disant que le monde est absurde.
Je n’en crois rien.
Regardez, il est beau »
Jérôme Lejeune
In Table des Matières, retrouvée en décembre 2003
Mais j'ignorais que le professeur t'avait personnellement rencontré et que tu avais directement inspiré sa plume !! Grand cachottier, va :) Ou bien serait-ce
l'inspiration des cœurs, au mépris de tout processus analytique (et donc cette inspiration, non temporelle, non matérielle et non démontrable, serait vivante ? non ?!!), le lien, le liant, le re-lié ?
Ami de parole, de poésie, et de sagesse,
Heureux Anniversaire ! Heureuse fête !
Yyr