Cours Sindarin n°3
La Formation du Pluriel
| Ce cours a été présenté pour
la première fois sur le forum de ce site par Didier Willis, webmestre
du site Hiswelokë
. Nous en produisons ici un récapitulatif complet, en détaillant
à l'occasion quelques points qui n'avaient pas été
abordés alors. Si votre navigateur supporte JavaScript, vous pourrez
aussi directement consulter le Dictionnaire Sindarin de Didier pour tous
les mots elfiques sur lesquels figure un lien. Nous vous rappelons que peu
de textes linguistiques de J.R.R. Tolkien ont été publiés
à cette date, et que plusieurs hypothèses, faites sur la base
d'un exemple ou deux seulement, ne peuvent rester autrement que spéculatives. |
I. Introduction
Vous devez tous connaître quelques formes plurielles en Sindarin,
ne serait-ce Emyn beraid « les collines des tours »
avec barad « tour »
(cf. Barad-Dûr) et amon
« colline » (Amon Sûl, etc.). Mais quelles
sont les règles qui régissent la formation du pluriel ?
Comment passe-t'on de barad à beraid et de amon
à emyn ? C'est ce que nous allons étudier dans
ce cours.
Ceci sera valable pour les noms comme pour les adjectifs et les participes
passés, les règles étant les mêmes.
II. Pluriel simple ou collectif
Ouvrons d'abord une parenthèse sur les différents types
de pluriels existant en Sindarin. Outre le pluriel simple qui correspond
à celui du français (« un hobbit »
perian, « des
hobbits», periain), il existe un pluriel collectif (« tous
les hobbits, les hobbits en tant que peuple », periannath).
La terminaison du pluriel collectif est -(i)ath.
Il semble que dans un dialecte Sindarin au moins, elle puisse être
-ion. Quelques mots seulement illustrent cette seconde forme, la
première étant de loin la plus fréquente et la mieux
attestée. A titre d'exemple, nous pouvons comparer, sur la carte
du Seigneur des Anneaux, Minhiriath « (région)
entre les rivières » et Nanduhirion « vallée
des rivières sombres ». Ces deux toponymes (noms géographiques)
font intervenir le pluriel collectif de sîr
« rivière », à savoir siriath ou
sirion (nous ne l'avons pas encore traité dans un cours,
mais vous reconnaîtrez au passage le phénomène de lénition
- mutation de la consonne initiale - dont nous avons sommairement parlé
dans les cours précédents).
Nous ne nous étendrons pas plus sur ce thème. La formation
du pluriel collectif ne comporte a priori aucune difficulté
particulière, et mérite juste d'être mentionnée
avant d'aborder la formation du pluriel simple...
III. Umlaut et voyelles infléchies
Nous avons déjà mentionné, dans le cours
n°2 sur la conjugaison, le phénomène d'umlaut
qui caractérise la langue Sindarine : l'ajout d'une voyelle
i à un mot provoque une mutation des autres voyelles (on
parle alors de voyelles infléchies).
En Sindarin Classique, cette mutation se fait en e. Par exemple
nous avons l'impératif daro
« halte », mais l'infinitif deri
« arrêter ». De même, nous trouvons les
mots magor « épéiste »
(dans Menelvagor, la constellation d'Orion) et megil
« épée » (dans Mormegil, le surnom
de Túrin). A chaque fois, notez l'effet pervers de la voyelle i
sur le reste du mot...
Le terme umlaut n'est pas choisi au hasard, comme les germanistes
le reconnaîtrons certainement par la suite.
IV. Le pluriel Proto-Elfique
Pour appréhender la formation du pluriel en Sindarin, il existe
deux méthodes. La première est d'apprendre par coeur toutes
les formes. La seconde, que nous allons exposer ici, est de recourir à
l'étymologie pour essayer de comprendre comment cela se passe. C'est
un peu plus technique, mais au fond ce n'est pas très compliqué.
Si en outre vous essayez d'apprendre la langue Quenya, ce petit passage
par l'elfique primitif vous permettra d'effectuer le rapprochement entre
ces deux langues elfiques.
En elfique primitif, le pluriel se forme simplement en ajoutant un i
à la fin du mot. Après une consonne, le Quenya a pour une
bonne part conservé ce mécanisme : atan « homme »,
pluriel atani. Dans le dialecte des Noldor, ce i s'est plus
tard transformé en r après une voyelle : cirya
« navire », pluriel ciryar (originellement
*ciryai).
En Sindarin, cette voyelle finale n'existe plus, mais sa disparition
a entraîné une inflexion des autres voyelles. La dernière
voyelle du mot est directement affectée (on peut considérer
que le -i- a glissé vers l'interieur du mot), et toutes les
autres voyelles sont infléchies :
Voilà, de manière assez grossière, comment nous
passons de adan au pluriel edain. Le principe, même
s'il y a des exceptions, est toujours sensiblement le même.
Essayez de prononcer la forme intermédiaire à haute voix,
comme en allemand pour les voyelles infléchies. Vous verrez que
la transition est somme toute assez naturelle. Ce qu'il nous faut maintenant
voir, c'est la manière dont sont affectées les différentes
voyelles finales.
V. Le pluriel Sindarin
Les tables détaillées, avec tous les cas particuliers,
se trouvent sur le site anglais Ardalambion, en attendant qu'une âme
charitable les traduissent en français. Notre longue introduction
devrait néanmoins vous permettre de les consulter et de les utiliser
sans avoir à comprendre l'anglais. Nous ne préciserons donc
que les principales règles :
Les mots dont la finale est en o font leur pluriel en y
(par exemple orn / yrn, mallorn / mellyrn).
Les mots dont la finale est en a font leur pluriel en ai
(par exemble adar / edair, tâl / tail).
Les mots dont la finale est en e font leur pluriel en i
(par exemple têw / tîw, angren / engrin).
VI. Exercices
a) Recherche personnelle
La règle « o donne y » connaît
au moins deux exceptions, une dans Le Seigneur des Anneaux, et l'autre
dans The Letters of J.R.R. Tolkien.
b) Grammaire
Analyser les toponymes Pinnath Gelin « Les Crètes
Vertes » et Ered Mithrin « Les Montagnes Grises ».
Les mettre au singulier.
Sur le modèle de la première expression, mettre au pluriel
le toponyme Fen Hollen « La Porte Close ».
Indication : le mot fen
est étymologiquement *fenn (à rapprocher de fennas
« porte d'entrée » dans une des exclamations
de Gandalf, voir cours n°2).
c) Version
Nous ne prendrons pas en compte les lénitions à ce stade
du cours.
Traduire : gerin neled gelaidh nuithennin, deryn dad a thôn.
a, ar
conj. « et »
doron n
« chêne »
galadh n.
« arbre »
gar- v.
« avoir, posséder »
neled adj.
num. « trois »
nuithannen pp. « rabougri »
(du verbe nuitha-)
tad adj.
num. « deux » (avec lénition dad)
thôn n.
« pin »
d) Thème
Nous ne prendrons pas en compte les lénitions à ce stade
du cours.
Traduire : « Apporte deux oreillers et un lit pour les
amoureux... et des tranches de pain, du miel, et des verres ! »
an prep.
« vers, pour »
basgorn n.
« tranche de pain »
calph n.
« récipient pour boire »
glî n.
« miel »
haust n.
« oreiller »
mellon n.
« ami »
pesseg n.
« oreiller »
tog- v. « apporter »
(infinitif tegi)
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n°4
© Mars 2000,
Didier Willis.