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 Béowulf (vers 210 à 228)

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Fyrst forð gewát.       Flota wæs on ýðum,
bát under beorge.       Beornas gearwe
on stefn stigon;       stréamas wundon,
sund wið sande;       secgas bǽron
on bearm nacan       beorhte frætwe,
gúðsearo geatolic;       guman út scufon,
weras on wilsíð,       wudu bundenne.
Gewát þa ofer wǽgholm,     winde gefýsed,
flota fámigheals       fugle gelícost,
oþþæt ymb antíd       óðres dógores
wundenstefna       gewaden hæfde
þæt þa líðende       land gesáwon,
brimclifu blícan,       beorgas stéape,
síde sǽnæssas;       þá wæs sund liden,
eoletes æt ende.       Þanon úp hraðe
Wedera léode       on wang stigon,
sǽwudu sǽldon       (syrcan hrysedon,
gúðgewǽdo),       gode þancedon
þæs þe him ýðláde       éaðe wurdon.

Un temps s'écoula : le navire fut sur les vagues, le navire au pied de la falaise. Les guerriers étaient prêts : ils montèrent à bord. Les courants tourbillonnaient, le flot contre le sable. Les hommes portèrent au creux du bateau leurs armes étincelantes, leurs précieux équipements guerriers. Les hommes poussèrent au large, tout exaltés par leur expédition, la coque recourbée. Voici parti sur la mer et ses vagues, hâté par le vent, le navire au col d'écume, à l'oiseau tout pareil, jusqu'à ce qu'au temps prévu, le jour suivant, la proue bien cambrée eût fait tant de chemin que les navigateurs aperçurent terre, virent briller falaises, roides rivages, caps immenses. Voici la mer franchie, le voyage à son terme. Débar­quant rapidement, la troupe des Wèdres mit pied à terre. Ils amarrèrent leur vaisseau de bois. Leurs armes cliquetaient, harnachements guerriers. À Dieu ils rendirent grâce d'avoir effectué leur traversée sans aucune difficulté.


Béowulf est le plus long et le plus connu des poèmes héroïques anglo-saxons. Il nous est parvenu par un unique manuscrit conservé à la British Library, le Cotton Vitellius. Comportant 3182 vers allitérés, il fut composé entre le VIIe et le Xe siècle à destination d'un public chrétien à partir de la tradition anglo-saxonne. Il met en regard deux moments de la vie du héros éponyme : ses exploits de jeunesse, quand chez le roi danois Hrothgar il abat Grendel, un géant mangeur d'hommes qui en ravage les domaines, puis sa mère ; puis, dans sa vieillesse comme roi des Gètes, son dernier combat contre un dragon qui menace son peuple. J. R. R. Tolkien joua un rôle déterminant dans l'étude et la critique de Béowulf en publiant en 1936 un article fondateur intitulé Beowulf: The Monsters and the Critics, qui a été republié avec d'autres de ses essais dans le recueil du même nom. En retour, Béowulf a été une importante source d'inspiration pour Tolkien : certains éléments narratifs de Bilbo le Hobbit et du Seigneur des anneaux y trouvent leur origine.

Le fragment donné ici fut cité et discuté par Tolkien dans un essai consacré à la traduction du poème, On translating Beowulf, inclus dans le recueil The Monsters and the Critics. La traduction française est d'André Crépin.


Références

Poèmes héroïques vieil-anglais : Beowulf, Judith, Maldon, Plainte de l'Exilée, Exaltation de la Croix. Traduction et présentation d'André Crépin. Paris : Union générale d'éditions, 1981. 190 p. (10/18 ; 1460). Série "Bibliothèque médiévale". ISBN 2-264-00399-5

Savage, Anne (ed.). Beowulf in Hypertext. Hébergé par : McMasterUniversity, Hamilton (Ontario). URL: http://www.humanities.mcmaster.ca/~beowulf/



Les citations de John Ronald Reuel Tolkien, Christopher Tolkien, Édouard Kloczko, Christopher Gilson, Patrick Wynne, Rhona Beare, Thomas Alan Shippey, Charles Kennedy, Elaine Treharne, André Crépin, Régis Boyer, François-Xavier Dillmann, Gabriel Rebourcet, Keith Bosley, Pierre-Yves Lambert, Gwyn Jones, Thomas Jones sont soumises au droit de leurs auteurs respectifs ou de leurs ayants droit.


Dernière mise à jour du site : 9 août 2006.
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