Le Seigneur des Anneaux – Edito n°12 – Mouvement et narration

Il y a trois mois de cela, lors d’une rencontre avec le public organisée dans un Barnes & Nobles new-yorkais, Peter Jackson, a révélé quelques-uns des choix de narration qu’il avait fait pour Les Deux Tours et Le Retour du Roi. Deux informations retiendront notre attention, la suppression du Nettoyage de la Comté et, surtout, la décision de faire de l’attaque d’Arachne, qui clôt le second tome, un élément dramaturgique du Retour du Roi.
Un roman n’est autre qu’un corps en mouvement à qui la succession des évènements confère un pouvoir croissant. L’impact des scènes finales peut dès lors se prévaloir, comme un fleuve de ses affluents, de l’accumulation des péripéties narratives qui crée peu à peu le lien intime qui unit le lecteur aux personnages et fait que celui-ci, à l’issue de son voyage dans ce monde secondaire, s’appartient moins qu’il n’appartient au récit.

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°11 – Créance secondaire et effets spéciaux

A neuf mois de la sortie des Deux Tours, les rumeurs vont déjà bon train sur la capacité de WETA, la société d’effets spéciaux fondée par Peter Jackson, à mener à bien les travaux dantesques que réclame l’adaptation du deuxième tome du Seigneur des Anneaux. Ce n’est pas sans une certaine inquiétude que l’on peut attendre le résultat de ce travail, d’abord parce que Les Deux Tours comporteront un nombre de plans retouchés numériquement supérieur au nombre de plans à effets spéciaux de La Communauté de l’Anneau, ensuite parce que les incarnations sur grand écran des Ents et, surtout, d’un personnage aussi fondamental que Gollum ne peuvent prétendre à l’à peu près.Une des grandes réussites du Seigneur des Anneaux tient à la force de la créance secondaire que Tolkien parvient à susciter. Le lecteur, soustrait du monde primaire par la grâce d’un imaginaire démiurge, s’immerge alors entièrement  dans un monde secondaire auquel il est prêté vie. Dans Beowulf : The Monsters and the Critics, Tolkien

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°10 – Critique de La Communauté de l’Anneau

Il y a deux semaines, Christopher Tolkien a déclaré qu’aucun film ne saurait rendre justice au livre de son père. C’est un jugement auquel on souscrira. Le Seigneur des Anneaux a été pour beaucoup le premier reflet d’un monde secondaire couché sur papier par un génie. Soupçonnait-il, celui qui découvrait l’oeuvre pour la première fois, l’existence de ces beautés cachées qu’elle recèle ? La Terre du Milieu ne se conquiert pas aisément, elle réclame des lectures annexes, des mises en perspective, elle n’est appréciée à sa juste valeur que lorsqu’on apprend à mieux la connaître en lisant le Silmarillion, Les Contes et Légendes inachevées, les Lettres de son créateur, et HoME pour les plus courageux. Qu’avons-nous ressenti, nous autres qui chérissons Tolkien, lors de notre première lecture du premier tome du Seigneur des Anneaux ? La conscience naissante d’un monde autre dont nous ne devenions pas l’immensité ni la profondeur, et surtout, une impression d’inachèvement, un sentiment d’attente. L’idée même de juger ce premier tome à l’aune d’une oeuvre achevée était loin de nous.

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°09 – Une étrange équivalence

Ces derniers jours ont égrené l’apparition de très nombreuses photos du film, parmi lesquelles on peut voir Aragorn se recueillir sur la tombe de sa mère Gilraen. La musique du film commence à se dévoiler à nous, puisqu’il est maintenant possible d’écouter 30 secondes de chaque morceau de la bande originale, dont la sortie est prévue pour le 20 novembre. Enfin, une nouvelle affiche est apparue. Mais c’est autre chose qui retiendra notre attention.

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°08 – Musique

Il est impossible d’imaginer les grands films d’Alfred Hitchcock sans la musique de Bernard Herrmann ou le cinéma de Spielberg sans la musique de John Williams, impossible d’imaginer les comédies musicales de Jacques Demy sans les chansons de Michel Legrand. Et lorsque Nino Rota place au cour de Huit et Demi de Fellini une ritournelle aux accents de fête triste, il crée l’univers sonore de l’homme absurde qui ressent le besoin de porter un masque de clown pour vivre. La musique dans un film est fondamentale. Elle ne doit pas être comprise comme un simple élément dramaturgique soutenant la structure narrative, mais comme un reflet et une partie intégrante du style du réalisateur et du monde secondaire dans lequel le spectateur pénètre. Aussi bien le style d’un cinéaste se définit autant par la composition de ses plans et les thèmes qui l’obsèdent que par les collaborateurs dont il s’entoure. La manière autocratique de Kurosawa et de Chaplin n’a jamais mieux transpiré que dans le fait que le premier ne laissait à personne d’autre le soin de monter ses films tandis que le second en composait lui-même la musique.

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°07 – Nature et Machine

John Ford a fait sept films dans le désert ocre de Monument Valley, sept westerns dans lesquels les hommes vivent et trépassent à l’ombre de ces immenses cheminées de fées dont les Indiens Navajos disaient qu’elles figuraient leurs dieux. Ford avait trouvé dans ce paysage sublime, où les teintes de la roche se font or à l’aube et rouge vif au crépuscule quand le ciel s’embrase, la sérénité qui convenait à la quiétude et à la nostalgie qui imprègnent ses films. On a prétendu qu’il désirait tourner dans cette réserve indienne afin de verser aux Navajos survivants du génocide, qui vivaient là dans la plus grande pauvreté, le cachet des figurants hollywoodiens. Aucun de ses films ne rend grâce avec plus de poésie à Monument Valley que La Prisonnière du Désert (The Searchers), La Charge Héroïque (She wore a yellow ribbon), et La Poursuite Infernale (My Darling Clementine), où la minéralité du site se reflète dans les visages impassibles et sans âge des acteurs, comme si elle en trouvait le prolongement ou comme si eux-mêmes y puisaient leur force.

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°06 – Adaptation

Pourquoi sommes-nous, pour certains, si attentifs aux libertés prises par Peter Jackson dans son adaptation du Seigneur des Anneaux ? Quel étrange pouvoir distille cette ouvre, qui veut que l’on s’arme de dépit à la vue d’Arwen au gué de Bruinen, et que l’on néglige en fin de compte tant d’autres de nos ouvres littéraires favorites dont l’adaptation à l’écran n’a pas trouvé le ton juste ? C’est un paradoxe que nous sachions que la pérennité de certains récits dans l’histoire ait été le fait de leurs transformations, de leurs transpositions et adaptations, et que nous refusions ce privilège au Seigneur des Anneaux. Oreste vengeant son père Agamemnon nous a été conté par Homère, dans l’Iliade, mais aussi Eschyle, Euripide et même Sartre sous l’occupation (Les Mouches). La mort d’Achille dans l’Iliade n’est pas racontée par Homère mais nous est rapportée par une autre tradition. Pourtant, dans notre imaginaire collectif, c’est Homère et nul autre qui relate la chute de Troie et, partant, la mort d’Achille. Craignons-nous de même que le film devienne cette tradition qui supplée au texte original ?

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°04 – Foi et Magie

Harry Knowles et Moriarty, les sympathiques compères du site aint-it-cool-news sont célèbres sur Internet pour leur inépuisable enthousiasme pour le cinéma et particulièrement pour ce qu’on appelle outre-atlantique les films pour “geeks”. Si les épanchements de Harry font figure de rituel savoureux, Moriarty sait souvent garder la tête froide. Tous deux ont pourtant versé en ce début de semaine dans une hystérie certaine, de celle dont on peut dire qu’elle est une profession de foi (Harry, Moriarty). A les entendre, La Communauté de l’Anneau dont ils n’ont vu que vingt minutes, sera un chef-d’ouvre inoubliable, une date dans l’histoire du cinéma. Pour celui qui s’est aventuré dans cette toile d’articles où les dithyrambes succèdent à l’espérance d’une révélation quasi-religieuse, c’est à peine s’il peut réfléchir, dans les accalmies de cette rumeur propageant la nouvelle précoce

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°05 – Durée

Dans les longs entretiens qu’il accorda à François Truffaud entre 1962 et 1967, Alfred Hitchcock s’exprima sur les raisons pour lesquels il s’était refusé à adapter un grand livre au cinéma. Son respect pour la littérature classique lui interdisait de réduire la pensée d’un grand écrivain aux quelques deux heures que devait durer un film, et la liberté créatrice qu’il revendiquait dans son art se trouverait nécessairement briguée dans une telle adaptation. Il faudrait 10 heures pour adapter Crimes et Châtiments, disait-il. En annonçant que La Communauté de l’Anneau, le premier d’une série de trois film, aurait une durée de 2 heures 45, New Line rend possible le rêve d’une adaptation où la durée n’est pas un mot vide.

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°03 – Gimli

Il parait maintenant acquis que Gimli, dans La Communauté de l’Anneau, tentera de détruire l’Anneau Unique au Conseil d’Elrond. Au vu des extraits de script révélés il y a deux semaines, la scène devrait se dérouler comme suit. Elrond dira que l’Anneau est indestructible et Gimli se lèvera soudain, à la fois flamboyant et ridicule. Il s’avancera vers l’Anneau posé sur une table, tonnant que tout Anneau de Puissance soit-il, il ne saurait résister à une hache de nain, et brisera son arme dessus à la grande joie des enfants. Un gros plan sur le visage hébété de Gimli, couvert de prothèses faciales, devrait compléter cette scène d’introduction. L’interprétation toujours outrancière de John Rhys-Davies (Sallah dans la série des Indiana Jones) aidant, il semble que Gimli soit destiné à devenir le comique de la Compagnie, que Legolas sauvera d’une chute dans la Moria en le rattrapant par la barbe (une scène des 24 minutes de film présentées à Cannes). D’autres extraits du script confirment cette impression (« On ne fait pas de lancer de nain ! », dit notamment Gimli à l’adresse de ses compagnons alors qu’ils s’apprêtent à sauter par dessus une crevasse dans la Moria).

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°02 – Représentation du Mal

La mystérieuse source à l’origine des informations qui sont apparues sur Internet la semaine dernière s’est tarie, les sites impliqués dans cette fuite (tolkienonline.com) ayant très justement cessé de s’en faire le porte-voix à la demande de New Line et de Peter Jackson. Parmi les extraits du script (antérieur au tournage) qui ont été révélés, une scène qui montre Saruman invoquer une tempête contre le Caradhras des hauteurs d’Orthanc a donné davantage de crédit à ce qui ressemble de plus en plus à une certitude : la version cinématographique de La Communauté de l’Anneau fera une large place à Saruman et ses sbires et plus généralement à la symbolique traditionnelle du mal[1] dans les films d’aventures.

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Le Seigneur des Anneaux – Edito n°01 – Le Synopsis Brésilien

Ces dernières semaines avaient été avares de nouvelles sur la post-production de la Communauté de l’Anneau. Quelques photos de Rivendell, une autre d’un Gandalf songeur aux portes de la Moria, et une profusion d’images de figurines WETA et d’autres produits dérivés liés au film, qui promettent à l’amateur tolkiennien rétif aux arguments commerciaux un hiver assez difficile, ont constitué une bien maigre pitance. Une nouvelle qui mérite attention vient cependant de tomber. La durée du nouveau montage du film est maintenant de 2h45. Le site aintitcool.com assure qu’il s’agit de la longueur définitive du film, le travail restant à effectuer ayant trait aux effets spéciaux et à la bande originale.

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