Clive Staples Lewis (1898-1963)

Introduction

En guise d’introduction, quelques mots issus de Wikipedia : Clive Staples Lewis, plus connu sous le nom de C. S. Lewis, né à Belfast le 29 novembre 1898 et mort à Oxford le 22 novembre 1963, est un écrivain et universitaire britannique. Il est connu pour ses travaux sur la littérature médiévale, ses ouvrages de critique littéraire et d’apologétique du christianisme, ainsi que pour la série des Chroniques de Narnia parues entre 1950 et 1957.
Ami très proche de J. R. R. Tolkien, il enseigne à ses côtés à la faculté de littérature anglaise de l’université d’Oxford ; ils faisaient tous deux partie du cercle littéraire des Inklings.

Compilation réalisée par Sosryko

  • 1926 : rencontre de Tolkien et C.S. Lewis. Tolkien, 34 ans, après un passage par l’université de Leeds, revient sur Oxford après avoir été élu (en juillet) à une chaire de vieil-anglais et obtenu (en octobre) un poste au Pembroke College. C.S. Lewis, 27 ans, est alors jeune professeur de littérature anglaise au Magdalen College depuis 1925.tolkien1image-cs-lewis-1
  • 1927 : Tolkien introduit C.S. Lewis au club des Coalbiters.
  • 1931 : Tolkien et C.S. Lewis rejoignent le club littéraire des Inklings. Les affinités littéraires de Lewis et Tolkien sont nombreuses. Parmi celles qui ont été relevées sur JRRVF :
    • en 2006, à l’occasion de la parution du Vent dans les Saules aux éditions Phébus, Fangorn nous rappelle que C.S. Lewis et Tolkien connaissaient bien ce conte de Kenneth Grahame.
    • déjà en 2003, il évoquait An Experiment with Time (1927) de J.W. Dunne, autre livre important à plus d’un titre pour Tolkien et Lewis (voir à1937)
    • quant à Sosryko, il rappelle en 2002 que C.S. Lewis avait invité Tolkien à rejoindre l’Oxford Dante Society et suggère que les lectures partagées du Purgatoire ont pu inspirer la formulation du Notre Père en Quenya.
  • 1930-1931 : C.S. Lewis accompagne Tolkien dans sa tentative de refonte des études linguistiques et littéraires de l’université d’Oxford.
  • 1931 est aussi une année personnellement charnière pour C.S. Lewis car elle correspond à sa conversion à la foi chrétienne. Tolkien a joué un rôle non négligeable dans son cheminement spirituel et c’est à la suite de longs échanges sur les mythes et l’Évangile que Lewis, alors théiste après avoir abandonné la foi de ses jeunes années et professé l’athéisme (Spirits in Bondage, 1919), devient chrétien. Ces échanges autour du Mythe, de l’Homme et du Créateur conduiront Tolkien à écrire un poème, Mythopoeia. Avec Tolkien, Lewis accepte (ainsi que Szpako l’écrit en 2003) que finalement le plus beau des contes de fées est celui du Christ car « cette histoire est entrée dans l’Histoire et le monde primaire » (Faërie, épilogue). Pour Tolkien le cœur du Christianisme est un mythe qui est aussi un fait et Lewis de renchérir : « The old myth of the Dying God, without ceasing to be myth, comes down from the heaven of legend and imagination to the earth of history » (Essays on Theology and Ethics, p.66).
  • 1936 : C.S. Lewis se lie d’amitié avec Charles Williams, lequel rejoint les Inklings.
  • 1937 (ou juste avant) : les réflexions sur la fonction du mythe conduisent C.S. Lewis et Tolkien à l’écriture d’œuvres prévues pour être complémentaires. Humphrey Carpenter, biographe des Inklings et de Tolkien, rapporte ainsi la proposition de Lewis à Tolkien :

« “Tollers, il y a trop peu de ce que nous aimons vraiment dans les légendes. Je crains que nous ne soyons obligés d’en écrire nous-mêmes”. Ils convinrent que Lewis essaierait “les voyages dans l’espace” et Tolkien  “les voyages dans le temps”. » (Cédric)

Il s’agit en réalité d’une citation d’une lettre de Tolkien (no294 ; voir aussi nos24, 159, 257). Pour Tolkien, cela se traduit par la rédaction de la Route Perdue. S’il ne mène pas au bout le projet d’écriture (il faudra attendre la parution en 1987 du cinquième volume des Histoires de la Terre du Milieu pour lire le manuscrit), Lewis termine Au-delà de la Planète Silencieuse en 1937, le propose à un éditeur qui le publie dans la foulée (1938). Tolkien est enthousiaste à la lecture du livre et personnage principal, le Dr. Elwin Ransom, est un professeur de philologie de l’université d’Oxford qui ressemble beaucoup à un Tolkien « lewisisé » (voir Lettres, no77). Tolkien acceptera l’hommage et reprendra le nom du personnage dans The Notion Club Papers (HoMe IX).tolkien1image-cs-lewis-2

  • 1940-1948 : C.S. Lewis entre dans une période intense d’activité radiophonique et d’écriture d’essais philosophiques et théologiques qui font de lui, en quelques années, un apologète célèbre :
    • le Problème de la souffrance (1940 ; qui déçoit Jean),
    • Tactique du diable (1942),
    • The Case for Christianity (1942),
    • Broadcast Talks (1942),
    • Christian Behaviour (1942),
    • l’Abolition de l’Homme (1943 ; cité par Sosryko),
    • le Grand Divorce (1945)
    • et Miracles (1947).

Dans cette même période, Au-delà de la Planète Silencieuse est suivi de deux autres romans de science-fiction théologiques : Perelandra (1943) et Cette Hideuse Puissance (1945), lequel clos ce qu’il est convenu d’appeler la Trilogie Cosmique et qui entre en résonance avec une certaine actualité de 2015.

Si C.S. Lewis, dans Cette Hideuse Puissance, rend hommage au monde du légendaire tolkienien en employant les termes de « l’Ouest véritable » et de Numinor (renvoyant ainsi au Númenor de la Route Perdue), force est de constater que les thématiques et le genre sont ceux de Charles Williams. De manière symétrique, Tolkien reprendra la notion de Lewis des hnau telle qu’on la rencontre dans Au-delà de la Planète Silencieuse.

Entre les deux derniers romans de la Trilogie Cosmique paraît English Literature in the Sixteenth Century dans la collection « Oxford History of English Litterature » (1944). En 1948, Tolkien évoque cet ouvrage dans une lettre d’excuses qu’il adresse à C.S. Lewis à la suite de vives critiques formulées au cours d’une lecture de Lewis aux Inklings (Lettres, no113).

Cette période 1940-1948 peut donc être considérée comme celle de l’apparition des causes de l’éloignement futur entre Tolkien et Lewis. Ces causes sont multiples : les prises de positions théologiques publiques de C.S. Lewis désolent Tolkien et l’antipapisme privé de son ami (revenu dans l’Église anglicane en se convertissant) le blesse ; à cela s’ajoute une certaine jalousie devant la rapidité d’écriture de Lewis, le succès d’édition qui est le sien ou son admiration à l’égard de Charles Williams – Tolkien regrettant l’influence grandissante de ce dernier sur C.S. Lewis.tolkien1image-cs-lewis-3

  • En 1949, Tolkien voit paraître le Fermier Gilles de Ham accompagné d’illustrations de Pauline Baynes dont il présente le travail à C.S. Lewis. Bien que C.S. Lewis n’apprécie pas autant que Tolkien les talents de Pauline Baynes, celle-ci illustrera l’intégralité des sept chroniques de Narnia :
    • le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire magique (1950 ; cité par Yyr),
    • le Prince Caspian (1951),
    • l’Odyssée du passeur d’Aurore (1952 ; cité par Fangorn, Yyr et Romaine),
    • le Fauteuil d’Argent (1953 ; cité par Yyr),
    • le Cheval et son écuyer (1954)
    • le Neveu du Magicien (1955 ; cité par Fangorn)
    • la Dernière Bataille (1956)

En 2001 et en 2002, Fangorn, en passe de devenir un grand lecteur de C.S. Lewis, annonce la parution en poche de la traduction française des Chroniques de Narnia, 40-50 ans après leur publication en Angleterre. Cédric, qui avait été le premier à relever la nouvelle, associait alors non sans raison cette publication tardive avec le succès de Harry Potter en France.

Les trois premiers titres des Chroniques ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques qui n’ont quasiment pas été abordées sur le forum sinon ici ou .

  • 1954 : nomination de C.S. Lewis au poste de professeur de littérature anglaise du Moyen Âge et de la Renaissance à l’université de Cambridge. Ce départ d’Oxford accélère le délitement des Inklings, dont Lewis était rapidement devenu l’élément central (Lettres, no298).
  • 1955 : C.S. Lewis publie une critique du Seigneur des Anneaux (« The Dethronment of Power », Time & Tide 36 du 22 octobre) dans laquelle, entre autre, il souligne le lien qui existe entre le traitement de la guerre dans le roman et la guerre telle que Tolkien et lui-même ont pu la vivre dans les tranchées.
  • 1956-1963 : la rencontre de C.S. Lewis avec Joy Davidman, avec laquelle il se marie en 1956 et qui mourra quatre ans plus tard d’un cancer des os correspond à la période du plus grand éloignement entre Tolkien et C.S. Lewis.

Pendant cette période, C.S. Lewis écrit non seulement des essais de spiritualité (Réflexions sur les Psaumes, 1958 ; Lettres à Malcom, parution posthume en 1964), philosophique (Les Quatre amours, 1960) ou littéraire (l’Expérience de critique littéraire, 1961) mais aussi un roman, Un Visage pour l’éternité (1961) – certainement le plus personnel et qu’un critique aussi posé et sérieux qu’Irène Fernandez considère comme « peut-être le plus beau » de son œuvre.

Si les essais de spiritualité ne sont toujours pas du goût de Tolkien, ce dernier renoue le contact dans les derniers mois de la maladie qui emporte C.S. Lewis, en novembre 1963. Círdan rapportait en 2002 l’émouvante confidence de Tolkien, dévasté par la mort de celui qui était resté son ami le plus intime :

« Jusqu’ici j’ai eu les émotions normales d’un homme de mon âge – comme un vieil arbre qui perd ses feuilles une à une : là c’est plutôt un  hache près des racines » (Lettres, no251)

  • 1973 : Mort de Tolkien. Selon diverses sources concordantes, C.S. Lewis avait rédigé, à la fin des années 1950, une présentation de Tolkien qui devient, le 3 septembre 1973, la nécrologie parue dans le Times. Le critique littéraire et auteur de l’Allégorie de l’Amour (1936) y rappelle que le Seigneur des Anneaux n’a jamais été envisagé par Tolkien comme une allégorie de la seconde guerre mondiale :

This things were not devised to reflect any particular situation in the real world. It was the other way round. Real events began horribly, to conform to the pattern he had freely invented. 

Ainsi que Jean le concluait en 2008, une telle conformité des événements historiques au schéma librement inventé met en évidence l’applicabilité du mythe à la compréhension de l’Histoire et de l’Homme (Szpako, en 2001, faisait de même en faisant allusion au même texte de C.S. Lewis).

Círdan revient en 2014 sur le sujet important de l’allégorie et questionne l’usage que Tolkien et Lewis en faisaient. On retient souvent le mépris que Tolkien affichait pour ce procédé, mais la réalité n’est pas aussi tranchée, ainsi que nous le rappelle Elendil (cf. déjà Vinyamar en 2005).tolkien1image-cs-lewis-4

L’écart entre Tolkien et Lewis réside en ce que l’allégorie employée par C.S. Lewis intervient dans des œuvres littéraires fréquemment et volontairement conçues comme une apologie de la foi chrétienne.

Une telle dimension apologétique explique une réception faite à C.S. Lewis dans les milieux chrétiens évangéliques qui dépasse celle de Tolkien. Le forum en témoigne incidemment, à l’occasion de vacances récentes de notre webmaster dans les montagnes de Tenerife.

Une telle apologie chrétienne n’est pas du goût de certains amateurs de Tolkien qui y voient là une forme d’excès rédhibitoire (Tirno).

D’autres au contraire, tel Jean de retour de l’Oxonmoot 2010, se réjouissent de prolonger la découverte des œuvres de Tolkien par celles de C.S. Lewis.

Ainsi, parmi les amateurs de Tolkien sur JRRVF, ceux qui apprécient aussi Lewis l’apprécient avec enthousiasme (Fangorn, Jean, Yyr, Sosryko), tandis que plusieurs rejettent Lewis à cause d’une écriture trop différente de celle de Tolkien (Lambertine, Laegalad, Vinyamar).

Cependant la qualité du critique littéraire n’est jamais mise en cause – et Hyarion nous rappelle qu’un écrivain aussi opposé aux cercles des auteurs d’Oxford que Philip Pullman ne franchit pas cette limite. Et lorsqu’il s’agit d’expliquer la raison de « l’obsession » qui pousse les participants de ce forum à explorer l’œuvre littéraire de Tolkien, c’est en compagnie de larges extraits de l’Expérience de critique littéraire de C.S. Lewis (1961) que Fangorn répond mieux qu’aucun autre n’aurait pu.

Bibliographie complémentaire

  • The Collected Letters of C.S. Lewis:
    • Family Letters 1905-1931 (Zondervan ; isbn : 0060884495)
    • Books, Broadcast, and the War 1931-1949 (Zondervan ; isbn : 0060883324)
    • Narnia, Cambridge, and Joy 1950-1963 (Zondervan ; isbn : 0060819227)
    • C.S. Lewis Essay Collection. Literature, Philosophy and Short Stories (HarperCollins ; isbn : 0007136544)
    • C.S. Lewis Essay Collection. Faith, Christianity and the Church (HarperCollins ; isbn : 0007136536)
    • The C.S. Lewis Readers’ Encyclopedia (Zondervan ; isbn : 0310215382)
    • Alister McGrath, C.S. Lewis. A Life (Tyndale ; isbn : 1496410459)
    • Irène Fernandez, C.S. Lewis. Mythe, raison ardente (Ad Solem ; isbn : 2884820612)
    • Daniel Warzecha, L’imaginaire spirituel de CS Lewis. Expérience religieuse et imagination dans son œuvre de fiction (L’Harmattan ; isbn : 229610911X)
    • notices « Lewis, C.S. », « Inklings », « Tolkien, J.R.R., carrière & travaux universitaires » dans le Dictionnaire Tolkien (CNRS Éditions ; isbn : 2271075041)